mardi 20 octobre 2026

INFOBREF N°583-octobre 2026

 

 



Rubrique la question du logement

L’expulsion de Maricarmen en Espagne et la crise mondiale du logement

Santiago Guillen, Alex Lantier

Des manifestants campent sur la Plaza del Sol dans la capitale espagnole Madrid, le dimanche 27 septembre 2026, suite à l'expulsion mercredi dernier de Maricarmen, 87 ans, pour réclamer des lois plus strictes afin de protéger les locataires. [AP Photo/Manu Fernandez]

Le 23 septembre, la police de Madrid a expulsé María del Carmen Abascal, 87 ans, connue sous le nom de Maricarmen, de son appartement du quartier du Retiro où elle vivait depuis 1956. Les forces anti-émeutes ont dispersé des centaines de sympathisants qui se trouvaient dans l'immeuble, et les secouristes l'ont évacuée sur une civière tandis que la foule scandait: «Tu n'es pas seule!»

La société propriétaire de son appartement exigeait plus de trois fois son ancien loyer. Son expulsion a déclenché des manifestations dans toute l'Espagne. Des millions de travailleurs dans le monde entier sont confrontés à la même menace: des loyers qu'ils ne peuvent plus payer et des propriétaires qui bénéficient du soutien des tribunaux et de la police.

Maricarmen a payé son loyer. Elle a perdu son logement à cause du bail signé par son père en 1956, sous l'ancien système espagnol de contrôle des loyers. Selon une loi de 1994, un enfant héritant d'un tel bail ne peut le conserver que deux ans, sauf s'il souffre d'un handicap d'au moins 65 pour cent, or le handicap de Maricarmen est évalué à 50 pour cent. La famille propriétaire de l'immeuble l'a vendu en 2018, et en mars 2020, la société Urbagestión, le nouveau propriétaire de l'appartement, a intenté une action en justice pour mettre fin à son bail.

Un tribunal de Madrid a statué en sa faveur en janvier 2022. La cour d'appel provinciale a infirmé cette décision en juin 2022, et en décembre 2023, la Cour suprême a refusé d'examiner son pourvoi. Urbagestión réclamait 2 650 € par mois, puis 1 650 €, à une femme dont la retraite s'élève à environ 1 450 €. L'organisme a refusé une offre d'un donateur anonyme visant à combler la différence.

En juin, un comité des Nations Unies a demandé à l'Espagne de suspendre l'expulsion le temps d'examiner son cas, ou bien de lui fournir un logement de remplacement convenable. Le tribunal a ignoré cette demande.

Depuis son lit d'hôpital, Maricarmen a publié une vidéo combative. « Je n'ai pas réussi à défendre mon foyer, mais je me suis battue pour que d'autres apprennent à se battre pour le leur », a-t-elle déclaré. Appelant ses auditeurs à « se battre », elle a ajouté : « Ce que je veux, c'est que ce problème des fonds-vautours soit éradiqué une fois pour toutes. »

En réponse, le 26 septembre, des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Madrid sous le slogan «Plus jamais de Maricarmen», tandis que des manifestations avaient lieu à Barcelone, Séville, Valence, Malaga et dans d'autres villes. Des locataires ont ensuite installé un campement à la Puerta del Sol, place occupée en 2011 par le mouvement de masse contre l'austérité. Ces protestations font suite à deux années de manifestations ayant rassemblé des centaines de milliers de personnes à travers l'Espagne contre la flambée des loyers.

Le syndicat des locataires de Madrid, à l'origine de la manifestation, estimait la foule à 300 000 personnes, tandis que la délégation du gouvernement central à Madrid n'en annonçait que 25 000. Des manifestations étaient prévues ce jour-là dans 40 villes, après des rassemblements dans 16 villes en début de semaine. Dimanche soir, près de 200 tentes étaient installées à la Puerta del Sol, dans un campement majoritairement jeune, comptant de nombreuses personnes sans expérience politique, rapportait le quotidien Público. Lundi, des manifestants bloquaient la Diagonal, l'une des principales avenues de Barcelone.

Le même jour, Urbagestión accepta de laisser Maricarmen réintégrer son appartement, après plus de quatre heures de négociations menées sous l'égide de la société de logement de la ville de Madrid. Elle devait signer un bail de huit ans avec un loyer plafonné à 30 pour cent de ses revenus, mais devait encore approuver l'accord depuis son lit d'hôpital. La société céda après cinq jours de manifestations. Le Syndicat des locataires de Madrid maintint son campement à la Puerta del Sol, et sa porte-parole, Carolina Vilariño, déclara: « Cette affaire dépasse le cas de Maricarmen.»

Cette réaction témoigne des fortes tensions sociales qui se développent en Espagne et ailleurs. Au cours de la dernière décennie, les loyers des nouveaux baux en Espagne ont augmenté plus rapidement que les salaires. Le logement social représente moins de 2 pour cent du parc immobilier espagnol, contre une moyenne européenne d'environ 8 pour cent. Selon l'Institut national de la statistique, 44,3 pour cent des Espagnols âgés de 26 à 34 ans vivaient chez leurs parents en 2025. Quelque 272 000 expulsions ont été effectuées depuis l'arrivée au pouvoir de Pedro Sánchez en juin 2018, soit quelque 90 par jour.

Les prix de l'immobilier dans l'Union européenne ont augmenté de plus de 60 pour cent entre 2010 et 2025. Au Portugal, où les prix ont progressé de 16,5 pour cent sur un an jusqu'en juin, des manifestants ont défilé dans 16 villes en mars après l'adoption par le gouvernement de mesures visant à accélérer les expulsions. En Irlande, le nombre d'enfants sans-abri a été multiplié par sept depuis 2014.

En France, la police a procédé à un nombre record de 24 556 expulsions en 2024, année où 912 personnes sans domicile fixe sont décédées. En Angleterre, plus de 177 000 enfants vivent en hébergement temporaire, un chiffre également record.

Aux États-Unis, 22,7 millions de ménages locataires, un record, soit près de la moitié des locataires, ont consacré plus de 30 pour cent de leurs revenus au logement en 2024. Plus de 12 millions y ont consacré plus de la moitié. Selon les statistiques gouvernementales, plus de 745 000 personnes étaient sans abri en janvier 2025. En Ontario, au Canada, les demandes d’expulsion déposées par les propriétaires pour permettre à eux-mêmes ou à des proches d’emménager ont augmenté de 85 pour cent entre 2020 et 2023.

La société américaine de capital-investissement Blackstone a commencé à acquérir des appartements en Espagne en 2013 et était devenue en 2019 le premier bailleur privé du pays. Des banques comme JP Morgan, Bank of America et Deutsche Bank ont fourni 80 pour cent des fonds à un taux d'intérêt d'environ 3 pour cent, tout en obtenant leurs propres financements auprès de la Banque centrale européenne et de la Réserve fédérale à taux zéro, comme l'a rapporté le site d'information Infobae en mai. Une étude gouvernementale a révélé qu'en 2023, seuls quelque 39 pour cent des logements locatifs en Espagne appartenaient à des propriétaires individuels louant un seul logement.

Pour ces fonds d’investissement, un locataire titulaire d’un bail est simplement un coût à éliminer. Le cas de Maricarmen illustre ce schéma: un appartement à loyer modéré passe aux mains d’une société et le nouveau propriétaire utilise les tribunaux et la police pour expulser un locataire qui paie un loyer inférieur au prix du marché.

La crise du logement est indissociable de la guerre et de l'austérité. Les gouvernements du monde entier ont dépensé la somme record de 2 900 milliards de dollars pour leurs armées en 2025, « la onzième année consécutive de hausse » selon un rapport publié en avril par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). En Europe centrale et occidentale, les dépenses ont progressé plus rapidement que jamais depuis la fin de la Guerre froide. En Espagne, elles ont augmenté de 50 pour cent en un an, pour atteindre 40,2 milliards de dollars, dans un pays où les logements sociaux représentent moins de 2 pour cent du parc locatif.

Le président américain Donald Trump a demandé au Congrès un budget de 1 500 milliards de dollars pour l’armée pour l’exercice budgétaire débutant le 1er octobre, soit une augmentation de 42 pour cent. En avril, la Maison-Blanche s’était vantée que cette somme « dépassait même les augmentations budgétaires de l’administration Reagan et se rapprochait des hausses historiques enregistrées juste avant la Seconde Guerre mondiale ». Ce même budget entraînerait une réduction de 73 milliards de dollars des dépenses non militaires.

Les gouvernements empruntent pour financer le réarmement et les taux d'intérêt augmentent. Le 16 septembre, la Réserve fédérale a relevé ses taux d'intérêt, une première depuis 2023. Le 24 septembre, la société de financement hypothécaire Freddie Mac a indiqué que le taux moyen des prêts hypothécaires à 30 ans aux États-Unis s'établissait à 7,03 pour cent, ce qui se traduira par une hausse des loyers pour les locataires.

En Allemagne, en mars 2025, les sociaux-démocrates se sont joints aux conservateurs pour lever la limite constitutionnelle des emprunts destinés aux dépenses militaires au-delà de 1 pour cent du PIB, et les Verts leur ont fourni les voix nécessaires pour obtenir la majorité des deux tiers dont ils avaient besoin.

Josh Turek, candidat démocrate au Sénat dans l'Iowa, a promis d'« interdire aux sociétés de capital-investissement de Wall Street d'acheter des maisons individuelles », mais les démocrates au Congrès ont voté le budget du Pentagone année après année. En Espagne, c'est le gouvernement de coalition du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et de Sumar qui a porté les dépenses militaires au-dessus de 2 pour cent du PIB pour la première fois depuis 1994, selon le SIPRI.

Le PSOE et ses partenaires de la pseudo-gauche comme Podemos ne résoudront pas la crise du logement car ils défendent les rapports de propriété capitalistes qui la produisent. Podemos, issu des manifestations de 2011, a formé le gouvernement avec le PSOE en 2020, et le parti dissident de Podemos, Sumar, continue d’y être. Ces gouvernements ont renfloué les grandes entreprises et les banques, et ont soutenu la guerre de l'OTAN contre la Russie en Ukraine, alors que les expulsions atteignaient en moyenne plus de 80 par jour. Leur action a été si hostile aux travailleurs que la coalition risque de perdre les élections de l'année prochaine face à une alliance du Parti populaire (de droite) et du parti d'extrême droite Vox.

La réaction massive à l'expulsion de Maricarmen témoigne de la profonde opposition de la classe ouvrière à l'ensemble du système politique en place. « C’est soit le système rentier, soit le gouvernement qui tombera», a déclaré Valeria Racu, porte-parole du syndicat des locataires, à la télévision. Pourtant, la principale revendication du syndicat est que ce même gouvernement, qui supervise cette crise, adopte un décret plus ambitieux sur le logement.

Il est impératif de tirer les leçons des manifestations de 2011 en Espagne. L'occupation de la Puerta del Sol cette année-là exprimait une opposition massive à l'austérité du gouvernement PSOE de José Luis Rodríguez Zapatero. Le problème n'était pas un manque de militantisme. Les forces qui la dominaient ont déclaré le mouvement « apolitique » et « sans leader », laissant ainsi le champ libre à ceux qui ont canalisé l'opposition vers Podemos et, finalement, vers le gouvernement.

Les mêmes questions se posent aujourd'hui, en Espagne comme à l'international. On ne peut garantir l'accès au logement tant que celui-ci restera une source de profit pour Blackstone et ses homologues. Un logement décent pour tous exige de nationaliser les promoteurs immobiliers et les banques, de les placer sous contrôle démocratique et de réorienter les ressources actuellement consacrées à la guerre vers les besoins sociaux.

Les travailleurs ne peuvent mener ce combat en lançant des appels au PSOE, à Sumar ou à Podemos. Les travailleurs américains ne peuvent pas plus compter sur les Démocrates que sur Trump. Ce combat exige l'organisation indépendante de la classe ouvrière, au sein de comités de la base sur les lieux de travail et dans les quartiers, liés par-delà les frontières grâce à l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (acronyme anglais IWA-RFC). Surtout, il requiert la construction d'une direction marxiste-internationaliste, c'est-à-dire trotskyste – le Comité international de la Quatrième Internationale – en Espagne et dans le monde entier.

(Article paru en anglais le 29 septembre 2026)



L’expropriation financière des ménages dans l’Argentine de Milei

26 août 2026 Alencontre * La Une, Argentine 0

Mobilisation le 21 août 2026 contre les mécanismes financiers d’endettement des ménages liés à la paupérisation croissante.

Par Esteban Mercatante

La difficulté à faire face aux dettes est devenue l’un des aspects les plus pressants de la catastrophe sociale provoquée par la politique économique de Milei. Les banques et les fintechs accaparent une part de plus en plus importante des revenus grâce à des taux usuraires.

Analyse de la dette des ménages

L’endettement des ménages sous le gouvernement de Milei se caractérise par une croissance d’une rapidité sans précédent. À l’heure actuelle, on recense 20,8 millions de personnes ayant contracté au moins un crédit formel dans le pays, dont 5,8 millions accusent un retard de paiement de plus de 90 jours sur leurs mensualités.

Le stock total de la dette des ménages s’élève, selon un rapport récent de l’association regroupant les fintechs, s’appuyant sur les données de la Banque centrale, à 82’800 milliards de pesos. Cela représente, en moyenne, un niveau d’endettement par personne de près de 4 millions de pesos [soit 2275 euros]. Par type de créancier, la dette se répartit comme suit:

  • 81,1% sont concentrés auprès des banques;

  • 11,7% relèvent des fintechs [sociétés utilisant la technologie financière telles que Mercado Pago (le géant des paiements de MercadoLibre), Ualá (banque numérique), Brubank et Naranja X];

  • 7,1% sont détenus par d’autres prestataires non bancaires.

Comme on peut le constater, les banques restent la principale source de financement des ménages, mais les fintechs ont créé un canal de crédit qui était pratiquement inexistant il y a à peine quelques années. Ce qui ressort de ce secteur, c’est qu’en termes de nombre de personnes concernées, son poids est bien plus important que ne le laisse apparaître la comparaison en volume. Alors que les banques comptent 14,3 millions de débiteurs, les fintech en comptent 10,1 millions, et les autres établissements de crédit 5,2 millions. Ces chiffres indiquent qu’il existe un vaste groupe de personnes qui ont simultanément des dettes auprès des banques, des fintechs ou d’autres créanciers. La particularité des fintechs réside dans le fait qu’elles financent un grand nombre de personnes en accordant des montants de prêt par personne plus modestes, comme le montre la comparaison avec le crédit octroyé par le système financier traditionnel.

Parallèlement, bien qu’elles regroupent moins d’emprunteurs et un volume de crédit nettement inférieur, les impayés concernent presque le même nombre de personnes en situation de défaut de paiement auprès des banques et des fintechs: respectivement 2,45 et 2,41 millions de personnes en défaut de paiement. Le secteur restant, où le volume de crédits et d’emprunteurs est moindre, est pourtant celui où les impayés sont les plus importants: 2,7 millions de personnes.

L’encours des prêts au secteur privé, exprimé en pourcentage du PIB, est passé de 5,2% en décembre 2023 à 13,6% en janvier 2026. La dette bancaire moyenne par ménage est passée de 377’664 pesos en 2023 à 5’702’809 pesos  en janvier 2026, ce qui implique une part croissante du salaire moyen annuel.

Contrairement aux cycles précédents axés sur les biens durables ou le logement, l’endettement actuel se concentre sur les dépenses courantes. Selon un rapport de Focus Market publié en avril, 58% des dettes liées aux cartes de crédit concernent l’achat de denrées alimentaires, 15% les vêtements et 11% les carburants. L’origine des dettes bancaires s’explique à 34% par le refinancement de cartes de crédit, à 19% par des crédits personnels, à 14% par des prêts sur gage et à seulement 6% par des crédits immobiliers. Les dettes liées aux obligations de base ont également augmenté: le non-paiement des charges de base est passé de 1,4% à 4,9%, celui des frais de scolarité de 0,7% à 3,1% et celui des services de 2,3% à 5,4%. Près de la moitié des ménages (48%) n’arrivent pas à joindre les deux bouts, et parmi eux, 25% ont dû s’endetter auprès d’établissements financiers ou par le biais de circuits informels.

***

«Quelqu’un leur a-t-il mis un pistolet sur la tempe?», s’interrogeait de manière rhétorique Javier Milei il y a quelques semaines à l’adresse des débiteurs, afin de se décharger de toute responsabilité et d’écarter l’idée que son gouvernement puisse intervenir. Les dépenses actuellement financées par le crédit témoignent d’une situation d’enlisement due à la baisse des revenus, qui a laissé une grande partie de la population sans autre choix que de recourir à des emprunts devenus impossibles à rembourser.

Le taux de défaut de paiement des ménages, qui avoisinait les 3% lorsque Milei a pris ses fonctions [décembre 2023], a atteint 12,8% en juin 2026, selon le rapport de la BCRA (Banque centrale de la République argentine). Il s’agit du niveau le plus élevé depuis que la BCRA dispose de données comparables. Par type de produit, en juin 2026, les prêts personnels affichaient un taux de défaut de paiement de 16,4%, les cartes de crédit de 12,6%, les prêts garantis par nantissement (sur gage) de 7,9% et les prêts hypothécaires de 1,6%. Les fintech affichent un taux de défaut de paiement de 22%.

Le cycle d’endettement sous Milei se distingue des précédents à trois égards. Premièrement, la rapidité: le taux de défaut de paiement actuel est passé de niveaux historiquement bas à des sommets inégalés depuis deux décennies en à peine 16 à 19 mois. Deuxièmement, la destination des crédits: les crédits actuels financent la consommation contrainte (alimentation, services, charges) dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat, et non l’investissement productif ni le logement comme lors de la période de l’UVA [Unidad de Valor Adquisitivo: outil financier qui s’ajuste régulièrement pour suivre l’inflation et protéger le pouvoir d’achat, ce qui était particulièrement important pour le paiement des prêts hypothécaires]. Troisièmement, l’hétérogénéité selon les circuits: le crédit non bancaire affiche des taux de défaut de paiement bien supérieurs à ceux de la banque traditionnelle, ce qui reflète le fait que les secteurs aux revenus les plus faibles recourent à des crédits plus coûteux et moins réglementés, faute de pouvoir accéder au système financier traditionnel. L’«inclusion financière» vantée par les fintechs a contribué à amplifier la rapidité et l’ampleur sans précédent de la crise d’endettement dont souffrent les ménages.

La danse des vampires

Ces derniers jours, les taux d’intérêt extrêmement usuraires (un adjectif qui reste en deçà de la réalité) pratiqués par les fintechs sur les crédits accordés ont fait grand bruit. Elles peuvent aller de 400% à 1000% par an (en tenant compte du coût financier total) et varient en outre considérablement selon le bénéficiaire du prêt, selon les mêmes critères indéchiffrables (sauf pour les propriétaires de l’algorithme) qui font qu’un même produit peut apparaître à des prix différents sur les rayons de Mercado Libre selon la personne qui navigue sur le site.

Le coût de financement scandaleux facturé par les fintechs a permis aux taux pratiqués par les banques de paraître raisonnables, même si celles-ci facturent aujourd’hui un taux de 120% (coût financier total) pour un prêt personnel. Autrement dit, le taux appliqué par les banques équivaut à 3,5 fois l’inflation annuelle selon les derniers chiffres disponibles (33,8%).

Les banques traditionnelles participent, tout autant que les fintechs, à ce que l’on pourrait définir, à l’instar de Costas Lapavistas, spécialiste du secteur financier, comme une «expropriation financière». L’auteur a utilisé ce terme pour désigner ce qui se produit lorsque les banques ou d’autres entités tirent des bénéfices financiers directement des revenus personnels des travailleurs et travailleuses ainsi que d’autres personnes. Il cherche à établir une distinction entre ce qui a constitué la source principale des banques depuis leur origine, à savoir leur activité principale consistant à prêter aux entreprises, et ce qui découle d’une extension de leurs activités, dans laquelle le crédit aux particuliers prend davantage d’ampleur et se présente sous des formes plus variées. Dans le cas du financement des entreprises, la source d’où provenait le profit de l’intermédiation financière était clairement une proportion de la masse de la plus-value que la classe capitaliste, considérée dans son ensemble, extrayait de la force de travail. Lorsqu’ils contractaient un crédit, les entrepreneurs devaient en supporter les coûts en prélevant une partie de leurs bénéfices. Mais la situation change lorsque le crédit bancaire aux particuliers prend une ampleur massive. Dans ce cas, les établissements financiers peuvent tirer des bénéfices significatifs directement des salaires et des rémunérations. Cela impose une charge supplémentaire sur le salaire, qui ne servira plus uniquement à couvrir les besoins de la main-d’œuvre, mais également à rembourser le montant emprunté, majoré des intérêts. Ce bénéfice que l’intermédiation financière tire au détriment du salaire est ce que Lapavitsas appelle «l’expropriation financière».

Pour Lapavitsas, l’ampleur atteinte par l’expropriation financière résulte d’une transformation structurelle dans laquelle ont convergé, d’une part, les besoins des établissements financiers d’étendre la portée des crédits aux particuliers face à l’affaiblissement du dynamisme d’autres sources de profits (telles que le financement des entreprises productives) et, d’autre part, «la participation croissante des travailleurs aux mécanismes de financement destinés à satisfaire des besoins fondamentaux, tels que le logement, l’éducation, la santé et la prévoyance vieillesse» [1].

Il ne s’agit pas simplement d’un type différent d’emprunteur, mais d’une relation économiquement asymétrique dont les banques peuvent tirer profit. Les institutions financières disposent d’avantages en matière d’information et de pouvoir qui leur permettent de traiter les particuliers différemment des entreprises capitalistes. Lorsqu’il s’agit d’entreprises d’une certaine envergure, celles-ci disposent d’un accès raisonnable à l’information et ne se trouvent pas en situation d’infériorité face aux institutions financières en termes de pouvoir social et économique. Les services financiers dont elles bénéficient sont nécessaires à la production et à la circulation de la valeur et de la plus-value. Les tarifs de ces services se situent généralement dans des limites déterminées, à chaque période, par la disponibilité du capital prêté et la rentabilité de l’accumulation réelle. Si tel n’était pas le cas, les entreprises capitalistes pourraient, en principe, contourner les mécanismes financiers existants; par exemple, en recourant davantage au crédit commercial (auprès de fournisseurs ou de clients) ou en mettant en place des mécanismes alternatifs à partir de zéro. En d’autres termes, les entreprises capitalistes qui recourent au financement effectuent des calculs économiques régis par la logique du cycle de leur propre capital. Par conséquent, et en moyenne, la rémunération perçue par les établissements financiers dans le cadre de leurs opérations avec les entreprises productives et commerciales s’aligne sur les exigences du capital social total. Cela ne s’applique bien sûr pas à une grande partie du secteur des PME, dont l’accès au crédit dans des pays comme l’Argentine est très limité, une situation qui s’aggrave d’autant plus que leur échelle de production est réduite.

En revanche, le financement destiné aux revenus personnels vise principalement à satisfaire des besoins fondamentaux: logement, retraites, consommation, assurances, etc. Il diffère qualitativement des financements orientés vers la production ou la circulation capitalistes. De plus, les travailleurs et autres personnes qui cherchent à satisfaire leurs besoins fondamentaux par le biais de la finance disposent de peu d’options pour contourner ou remplacer les mécanismes du système financier. C’est pourquoi les revenus individuels peuvent devenir l’objet d’une expropriation financière.

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Les dégâts du progrès

Les projets de data centers dans l’espace se multiplient, mais des contraintes techniques pèsent encore sur cette technologie encore balbutiante. Parmi elles, la question de la dissipation thermique des composants, difficile à mener dans l’espace

Nvidia, Google, SpaceX, les entreprises chinoises, et même les Européens… Tout le monde veut son data center dans l’espace. Ces centres de traitement de données deviennent de plus en plus capitaux dans nos sociétés, avec une demande toujours croissante, en raison de la numérisation continue de la société et du boom de l’intelligence artificielle.

Mais ce sont par ailleurs des installations ayant des besoins considérables en énergie. L’idée, en les positionnant dans l’espace, est de profiter au maximum de l’énergie solaire, en réduisant ou supprimant les contraintes terrestres : pas de nuages, fonctionnement quasi sans interruption et une efficacité bien plus importante.

La convection sur Terre, mais pas dans l’espace

Seulement voilà, il y a un problème : la chaleur générée par ces installations quand elles sont en marche. Sur Terre, quand un objet est chaud, il finit par se refroidir au contact de l’air par un phénomène appelé convection : c’est le transfert d’énergie entre un objet et son environnement. Sauf que dans le vide spatial, il n’y a ni liquide ni gaz (en quantité suffisante) pour, in fine, évacuer cette chaleur.

Et même si l’espace est froid, les engin en orbite reçoivent de plein fouet le rayonnement du Soleil, faute de protection atmosphérique. On estime qu’une face de satellite exposée au Soleil peut monter jusqu’à 150 degrés, tandis qu’à l’abri elle peut descendre à -120 degrés.

La solution ? Le rayonnement infrarouge

Seulement, un data center dont le rôle sera de recevoir et d’envoyer en permanence de grandes quantités de données, et de faire également des calculs informatiques en permanence, est susceptible de chauffer beaucoup plus.

Chez Nvidia, on assure que le vide spatial peut servir de « puits de chaleur infini », même sans convection. Tout se ferait par rayonnement infrarouge, autrement dit, par de la radiation. Ici, les ondes électromagnétiques s’échapperaient sans avoir besoin d’un moyen de transfert de chaleur pour évacuer les degrés en trop.

L’entreprise travaille sur le développement d’un radiateur d’un mètre sur un mètre pour évacuer la chaleur excessive, tout en maintenant une position adéquate au Soleil : récupérer tout à la fois l’énergie solaire via les panneaux tout en protégeant le cœur de l’installation.

Des radiateurs sur l’ISS pour évacuer la chaleur

En réalité, ce type de solution existe déjà. Le cas le plus emblématique est la Station spatiale internationale (ISS), qui dispose de structures pour dissiper la chaleur par rayonnement — en l’espèce, des radiateurs placés sur la poutre.Il s’agit de radiateurs en aluminium de 6m² liés à un échangeur thermique. La chaleur est transportée, dans un premier temps, par l’eau, puis c’est de l’ammoniac qui prend le relais. Toxique pour les humains, l’ammoniac a l’avantage de geler à une température bien plus basse que l’eau, 77 degrés, ce qui permet de fonctionner même dans l’espace.

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dimanche 18 octobre 2026

Brochure sur la revolte des cités française de 2005

Ci joint en PDF un ensemble d' analyse du groupe Echanges sur la révolte des cités françaises. suivi d'un complément d'un camarade

La révolte des cités françaises, symptôme d’un combat social mondial (avril 2006)

 

ÉMEUTES EN FRANCE, 2005, 2023 : MÊME IMPASSE


Après celles, très importantes de 2005, de nouvelles émeutes ont éclaté en territoire français, surtout dans les banlieues des grandes villes. Cette fois-ci, le conflit a été déclenché suite à l’assassinat d’un jeune de 17ans, Nahel, par des représentants de l’ordre public au service de la République française et de sa belle démocratie bien dictatoriale.

La réponse des jeunes prolétaires des banlieues ne s’est pas fait attendre. Leur haine légitime envers les autorités qui les méprisent s’est une fois de plus manifestée par la violence, par le pillage des magasins, par l’incendie du matériel urbain et des voitures, par l’attaque de commissariats, par le saccage des établissements publics et par l’affrontement direct contre la flicaille en surnombre et armée jusqu’au dent. La paix sociale a un prix, ce prix c’est la violence exercée légalement et impunément contre ceux qui visent à l’ébranler, même si c’est pour répondre à un assassinat légal venant perturber en premier lieu cette même paix sociale.

Comme toujours, le pouvoir dominant (gouvernement comme opposition) a réprouvé et réprimé directement (ou par son appui depuis l’opposition), le mouvement social dans la rue. Il a hypocritement critiqué le geste criminelle des assassins en uniforme, qui comme toujours ne risqueront pas grand-chose, nous faisant bien comprendre que le corps policier est là pour nous protéger, nous braves citoyens, et qu’ il est impossible d’éradiquer complètement les bavures même s’il faut tout faire pour les éviter. Errare humanum est, c’est bien connu ! Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme l’a si bien dit Monsieur Voltaire.

Mais tout ne va pas si bien. Nous pourrions même dire que tout va pour le pis dans le pire des mondes ! Si ce sont les banlieues qui tiennent le haut du pavé des émeutes (celles de 2005 comme celles de 2023) ce n’est pas un hasard. Ce sont les zones géographiques où se concentrent la plus grande misère humaine (matérielle comme intellectuelle), où il y a le plus de laissés pour compte, de marchandises humaines rejetées par le Capital comme prolétaires exploitables. Et de ce fait, contrairement à ce que pratiquement tout le monde croit, ce sont les zones géographiques qui ont le moins de poids réel pour pouvoir ébranler véritablement le système social d’exploitation capitaliste qui règne sur toutes les latitudes sans exceptions, et ce, malgré la détermination combative de ceux qui y survivent tant bien que mal. Il est bon de rappeler ici plusieurs choses importantes.

Il n’y a jamais eu de mouvements révolutionnaires dans l’histoire sans révolte, sans violence, sans une énorme envie d’en découdre avec les forces de l’ordre, les autorités, avec tout ce qui représente le maintien de la misère et de l’exploitation. La bourgeoisie le sait bien, elle qui, en tant que classe montante, s’est appuyée sur la révolte des classes inférieures à elle, pour mettre à bas le système féodal.

La solidarité a toujours été l’un des piliers fondamentaux du mouvement révolutionnaire. À ce titre, la révolte des banlieues qui s’est étendue, une fois de plus, à la vitesse grand V partout en France, dans les grandes villes comme dans les plus petites, c’est aussi notre révolte. Sans faire sienne la révolte des banlieues, malgré toutes les critiques qu’il faut en faire, aucun groupe, aucune organisation, aucun parti, aucun individu ne peut prétendre être révolutionnaire.

Mais la révolte, si elle en reste là, est battue d’avance. Les événements de 2005 le prouvent amplement. Il est primordial que cette révolte fasse un saut qualitatif. Et pour ce faire elle a besoin de l’appui d’autres secteurs du prolétariat, avant tout de ceux qui survivent en travaillant, exploités par le Capital. Ne nous trouvant pas dans une période particulièrement révolutionnaire, cet appui, qui devrait être naturel, est inexistant, et qui plus est, une grande partie des prolétaires (dans son acception purement sociologique) aurait plutôt tendance à réprouver ces « petits morveux formant des hordes sauvages » qui crament les voitures des prolos qui en ont besoin pour travailler ou se rendre au turbin. La classe capitaliste (toutes tendances politiques confondues) insiste bien entendu sur cet aspect des choses pour que ceux qu’elle méprise en réalité, s’affrontent entre eux au lieu de s’unir contre elle.

Or, cette union est indispensable, elle représente les prémisses du saut qualitatif qui ferait vraiment trembler le capitalisme et tous ses défenseurs. Pour l’instant, comme en 2005, malgré la durée et la dureté des événements, la classe dirigeante est préoccupée mais non point effrayée. Seuls quelques symboles sont touchés, elle peut donc manœuvrer à souhait, et prétendre qu’elle a bien compris qu’il faut améliorer la situation des banlieues où se concentrent majoritairement des immigrés, première, deuxième, troisième voire même quatrième génération qu’elle se propose de mieux intégrer dans la grande et belle République française ! Cette classe dominante prétend pouvoir se reprendre et mieux faire avec l’aide de tous les démocrates, une fois la paix sociale rétablie. C’est ce qu’elle affirmait déjà en 2005 et pourtant, la situation n’a fait qu’empirer.

C’est cette paix sociale qui est importante pour elle, car elle sait que c’est en mouvement que les choses peuvent changer, que c’est en mouvement que les prolos, les abrutis, les moins que rien, les laissés pour compte, les « échecs scolaires », la vermine, la racaille peuvent comprendre qu’ils doivent non seulement se passer de la classe dirigeantes et de tous ses sbires, mais en finir avec elle. Elle sait qu’en mouvement, les incultes, les « ratés » scolaires peuvent apprendre très vite et même s’intéresser à des idées dont ils n’avaient jusqu’à présent jamais entendu parler, d’où la nécessité de l’intervention des révolutionnaires (en action et en parole), même si, probablement, ils risquent eux aussi de se prendre une baffe, physiquement et moralement, tout simplement parce que pour l’instant, à l’état de révolte, les jeunes des banlieues ne voient et ne vivent que leur révolte ; ils se savent les déchets de ce système pourri, mais ne se voient pas comme des prolétaires devant exiger et obtenir la solidarité de l’ensemble des esclaves salariés, pas plus que ces derniers ne se posent le problème dans l’autre sens. En fait, les uns et les autres, qui font pourtant partie de la même classe sociale, n’entrevoient, pour l’instant, que la pérennité de leur situation.

En clair. La révolte des banlieues s’est étendue jusque dans les plus petites villes. Mais les centres de production et de distribution de la richesse sociale (accaparée par la seule classe capitalise) ont continué et continuent leur activité comme si rien n’était. Ceux qui en profitent continuent à le faire, comme si rien n’était. Leurs voitures sont au parking, dans les beaux quartiers. Elles ne brûlent pas ! Dans leur beaux appartement molletonnés, ils écoutent de la musique sans faire chier les voisins. C’est insonorisé. Leurs esclaves ne les font pas chier, c’est leurs voitures qui brûlent. Leurs usines, leurs bureaux, leurs moyens de transports fonctionnent sans problème. Et dans ce contexte, l’État, le suprême représentant du Capital et de l’ordre social qui règne, réussit toujours à arrêter les troubles.

Donc répression féroce tout d’abord, puis quelques promesses sociales alimentées, si besoin est, d’un peu de fric provenant de l’Union Européenne pour atteindre son but : éteindre le feu de la révolte.

Et après ? Après, comme en 2005, retour à la normale. La même misère pour les uns (ceux de ces banlieues), la même misère pour les autres (ceux qui ne sont plus ou n’ont jamais été dans celles-là). Et surtout, la même richesse pour ceux qui les exploitent et qui en jettent une partie (les marchandises à deux pattes dont ils n’ont plus besoin) dans les poubelles du chômage, de la marginalité et de la mort sociale.

Hier, aujourd’hui et demain, il faut savoir que rester dans les banlieues et continuer à brûler tout ce qui s’y trouve, c’est s’étouffer, même s’il y a quelques escapades en centre ville. Prendre de l’air, c’est prendre le large. C’est sortir des ghettos, se planter en plein centre des villes et à la sortie des bagnes de production pour y affirmer clairement qu’aucune intégration n’est possible dans une société qui n’a plus besoin de vous comme chair à exploitation, mais qui vous utilisera comme chair à canon en cas de guerre. Voyez en Ukraine et en Russie actuellement ! C’est sortir des ghettos pour gueuler à la face des travailleurs exploités que sans eux, le mouvement de révolte ne peut aller de l’avant, qu’il est foutu d’avance. Et qu’avoir la « chance » de travailler plus de huit heures dans cette satanée société, ce n’est pas une gloire, à l’heure où si l’on faisait table rase des lois du Capital, subvenir aux besoins vitaux de l’humanité ne requerrait que peu de temps et d’effort de la part des êtres humains enfin débarrassés des classes sociales, de l’État et de l’exploitation.

Aristote, qui défendait l’esclavage en son temps, n’avait-il pas affirmé, il y a bien longtemps maintenant : « …si chaque outil pouvait exécuter sans sommation ou bien de lui-même sa fonction propre, comme les chefs-d’œuvre de Dédale se mouvaient d’eux-mêmes, ou comme les trépieds de Vulcain se mettaient spontanément à leur travail sacré ; si par exemple, les navettes des tisserands tissaient d’elles-mêmes, le chef d’atelier n’auraient plus besoin d’aide ni le maître d’esclaves ».

Des siècles et des siècles nous séparent de ces propos. La prophétie s’est plus qu’amplement réalisée. Et pourtant, nous en sommes toujours là. Un être humain peut en exploiter un autre. Il y a des esclaves, il y a des maîtres, et en plus, il y a des bouches en trop à nourrir dont les maîtres n’ont plus besoin comme esclaves. Y’a trop de trucs qui fonctionnent tout seul, y’a trop de travaux totalement inutiles, voire nocifs, histoire d’occuper les esclaves que les maîtres n’osent pas « libérer ». Car ces maîtres n’oublient pas que ce qu’ils font produire aux autres, ils doivent pouvoir le vendre pour en tirer profit, il faut donc des gens solvables !!

Pour se faire, en plus des postes de travail, y compris ceux maintenus artificiellement, ils disposent aussi de la délinquance tant décriée, hypocritement, qui se concentre surtout dans ces banlieues abandonnées des Dieux. En général, la population travailleuse ingurgite tous les propos assénés par les moyens de désinformation au service de la classe capitaliste, ce qui favorise la division des membres d’une même classe qui ont pourtant les mêmes intérêts. Les banlieues sont décrites comme les viviers de la délinquance, du petit trafic de drogue, du vol et du crime. Non sans raison, souvent d’ailleurs. Qu’elles soient majoritairement peuplées d’immigrés les rend en général encore moins respectables aux yeux des bons travailleurs atomisés bien français, qui se croient supérieurs et qui peuvent les mépriser tout comme ils sont eux-mêmes méprisés par la classe dominante. Et pourtant, ils contribuent tous, à leur manière, au bien-être des grands de la terre et à la dynamique du système qui appartient à ces derniers !!!

Nous citerons ici longuement, à ce propos, un texte de K. Marx trop peu connu qui met en lumière l’essentiel sur ce thème, précisément ce que notre belle société démocratique veut maintenir dans l’ombre, coûte que coûte.


« […] Un criminel produit des crimes. Si l’on considère de plus près le rapport entre cette dernière branche de production et l’ensemble de la société, on renoncera à bien des préjugés. Le criminel ne produit pas seulement des crimes mais aussi le droit criminel et par conséquent le professeur qui fait des cours sur le droit criminel, et jusqu’à l’inévitable manuel grâce auquel ce même professeur jette ses cours sur le marché général en tant que `marchandise´. […]

Le criminel produit en outre toute l’organisation de la police et de la justice criminelle, les agents, juges, bourreaux, juré, etc., et tous ces différents métiers qui constituent autant de catégories de la division sociale du travail ; elles développent les diverses facultés de l’esprit humain, créent de nouveaux besoins et de nouvelles manières de les satisfaire. À elle seule, la torture a donné lieu aux inventions mécaniques les plus ingénieuses et elle a occupé quantité d’honnêtes artisans à la production de ses instruments.

Le criminel produit une impression tantôt morale, tantôt tragique -suivant le cas- et rend aussi un `service´ aux émotions morales et esthétiques du public. Il produit non seulement les ouvrages sur le droit criminel, le Code pénal, les législateurs, mais aussi l’art, la littérature, des romans, voire des tragédies. […] Le criminel crée une diversion dans la monotonie et la tranquille assurance de la vie bourgeoise. Il la préserve de la léthargie et fait naître cette tension et cette émotivité inquiètes, sans quoi l’aiguillon de la concurrence finirait lui-même par s’émousser. Le criminel donne ainsi une impulsion aux forces productives [souligné par nous]. D’un côté, le crime enlève au marché du travail une partie de la population en excédent et diminue par là même la concurrence entre les ouvriers ; de l’autre côté, la lutte contre le crime absorbe une autre partie de la même population. Le criminel apparaît donc comme un de ces facteurs naturels `d’égalisation´ qui rétablissent l’équilibre salutaire et ouvrent toute une perspective d’occupations `utiles´. On pourrait mettre en évidence jusque dans les moindres détails cette influence du criminel sur le développement de la puissance productive, Les serrures auraient-elles atteint leur actuelle perfection s’il n’y avait pas de voleurs ? La fabrication des billets de banques en serait-elle arrivée à son niveau actuel de perfection sans les faux-monnayeurs ? Le microscope aurait-il pénétré dans le commerce courant s’il n’y avait pas la fraude commerciale ? La chimie pratique ne doit-elle pas autant à la falsification des produits et aux efforts faits pour le découvrir qu’au zèle honnête de produire des marchandises ? Par ses manières toujours renouvelées d’attaquer la propriété, le crime provoque sans cesse de nouveaux moyens de défense e ses effets sont aussi productifs que ceux des grèves qui influent sur l’invention des machines,

Et, pour quitter la sphère du crime privé – est-ce que nous aurions jamais eu un marché mondial ou simplement des nations, s’il n’y avait pas eu de crimes nationaux ? ».

Karl Marx, in Théories, 1863-1863.


Sans fioritures, la réalité crue, telle qu’elle était et est toujours !!!

Avec ou sans travail, délinquant ou pas, c’est la même mentalité que le capitalisme nous inculque. Avoir du fric ou crever. Et au sein de la délinquance, il y a aussi division en classes sociales. Le petit trafic de drogue (le petit dealer), le vol de voitures et piquer dans les supermarchés, est une chose, les grands détournements de fonds, la haute finance, le grand trafic de drogue, etc., en sont une autre. Même si le but et la mentalité sont équivalents, les uns le font pour survivre, les autres pour s’en mettre plein les fouilles. Ni les moyens pour obtenir du fric, ni les quantités obtenues ne sont les mêmes. C’est donc pourquoi il est plus que légitime qu’en habitant les banlieues on participe à la révolte, parce que précisément on a rien et qu’on a donc rien à perdre d’autre que « notre cité », ses voitures, ses commissariats, ses écoles, ses centre sociaux, et qui sait… UN MONDE À GAGNER !

Pour ce faire, il faut l’intervention active de l’ensemble de la classe exploitée qui doit retrouver les excellentes sensations de la solidarité de classe en visant le seul ennemi de l’humanité, le système social basé sur l’esclavage salarié et sa division en deux grandes classes historiquement antagoniques.

Comme le mouvement de subversion le criait en mai 68 : « Une seule solution, la révolution ! », sociale et internationale faut-il rajouter.

Prolétaires de tous les pays, unissons-nous. Supprimons les armées, les polices, la production de guerre, les frontières, le travail salarié !


Un Esclave Salarié Internationaliste





vendredi 16 octobre 2026

G.BAD - IA E TRANSHUMANISMO É O TOTALITARISMO REALIZADO.

 

G.BAD - IA E TRANSHUMANISMO É O TOTALITARISMO REALIZADO.

 


G.BAD - IA E TRANSHUMANISMO É O TOTALITARISMO REALIZADO.

15 de outubro de 2026 Oeil de faucon


A visita do Papa à França e a sua intervenção em relação à inteligência artificial estão a motivar-me para finalizar o meu artigo sobre IA.

https://www.la-croix.com/religion/magnifica-humanitas-le-texte-integral-de-l-encyclique-de-leon-xiv-en-pdf-20260525  

Esta não é a primeira nem a última vez que falo sobre as consequências humanas das novas tecnologias. Felizmente, não estou sozinho em perceber um perigo iminente que agora afecta todos os seres humanos.

Foi, na verdade, um clérigo , Dominique Dubarle, quem fez soar o alarme. Num texto publicado pelo jornal Le Monde em 1948, intitulado "Em direcção à máquina governante", ele ofereceu uma crítica à cibernética, já prevendo que a máquina governante poderia "executar as tarefas do pensamento". Dubarle havia analisado correctamente que o computador se apresentava como um complemento à máquina mecânica que tinha vindo a substituir a força física humana (robótica) há décadas. A cibernética, argumentava ele, tinha a capacidade de agir como uma extensão do cérebro humano e começar a controlar populações.

A memória dos planos do presidente chileno Allende para esse controle através do Cybersyn chegou ao fim com o golpe da junta militar de Pinochet. No entanto, a era da informatização mundial havia começado, e Zbigniew Brzezinski previu as suas consequências.

"  A era tecnotrónica implica o surgimento gradual de uma sociedade mais controlada. Tal sociedade seria dominada por uma elite, livre de valores tradicionais. Em breve, será possível garantir vigilância quase contínua de cada cidadão e manter arquivos completos e actualizados contendo até mesmo as informações mais pessoais sobre o cidadão. Esses arquivos serão instantaneamente acessíveis às autoridades." Zbigniew Brzezinski , Conselheiro Pessoal de Jimmy Carter, *A Revolução Tecnotrónica*, Calmann-Lévy, Paris, 1970, 387 pp., Traduzido do original americano por Jean Viennet.

Este mundo que Bresinski nos prometeu é um mundo que encontramos todos os dias, a cada instante, sujeitos ao uso de smartphones que nos rastreiam. O controle da máquina governamental é actualmente o foco de grandes potências como a China e os Estados Unidos. Com a disseminação da IA, tudo parece estar a activar o controlo totalitário sobre os indivíduos, desestabilizando a antiga estrutura económica e jurídica do capitalismo mundial.

Esta não é a primeira vez que isso acontece, mas é a primeira vez que se torna uma mundialização totalitária voltada para o transumanismo e a vigilância sistemática de seres humanos por câmeras, reconhecimento facial e policiamento por smartphones e chips.

Essa evolução das forças produtivas está a revelar-se uma grande destruidora de empregos em muitos sectores, afectando, como previsto, a força de trabalho intelectual. Como P. Bocarra apontaria mais tarde ...

“Na revolução industrial, que está na base do sistema capitalista, temos essencialmente a substituição da mão do artesão que maneja a ferramenta pela máquina-ferramenta que move a ferramenta. Na revolução da informação, temos essencialmente a substituição de certas funções do cérebro humano por meios materiais, para operações de armazenamento, processamento e transferência de informações, como é o caso dos computadores .” ( Paul Bocarra)

Por que querem eles impedir a disseminação da IA?

O Papa Leão XIV, assim como Elon Musk e Trump, não questiona a inteligência artificial; eles simplesmente querem regulamentá-la, controlá-la e dar-lhe uma face humana; querem absolver a IA dos seus aspectos negativos. Temem seu uso por hackers e pelo crime organizado, por exemplo.

A Europol deixa isso claro. O relatório IOCTA 2026, publicado em 28 de Abril, descreve a IA generativa como um acelerador de fraudes online, usada para tornar a engenharia social mais convincente. O relatório sobre o crime organizado, publicado a cada quatro anos e com previsão de lançamento em 2025, fala da IA ​​como um catalisador e sugere imaginar, num cenário futuro, redes criminosas impulsionadas por IA autónoma. Este mesmo documento contém um dado que tem mais peso do que qualquer algoritmo: a taxa de confisco de bens obtidos ilegalmente permanece em torno de 2%. ( Fontes) Europol, “IOCTA 2026, The Evolving Threat Landscape: How Encryption, Proxies and AI Extend Cybercrime ”, publicado em 28 de Abril de 2026.

Os exemplos são inúmeros, sem mencionar o longo histórico do presidente americano Donald Trump com a máfia. Na Itália , os escândalos de peculato são frequentes, de Milão a Nápoles  .

“Nicolas Gratteri é o procurador de Nápoles e, segundo o site da Europol , vem disseminando uma mensagem clara por toda a Itália nos últimos meses. Em Caccuri, em Agosto, declarou que entramos na era das máfias digitais. Segundo ele, algumas famílias da 'Ndrangheta e da Camorra já estão a usar inteligência artificial para procurar rotas de navegação com menor probabilidade de serem interceptadas. A mensagem permanece a mesma. Em Rubiera, há alguns dias, acrescentou que os principais cartéis estão a alterar rotas de navios com base nas taxas de inspecção e que, num porto do norte da Europa, conseguiram fazer parecer que um contentor havia sido escaneado quando, na verdade, não havia sido. Em resumo: a conclusão, também relatada pela Ligne de Région , é que a inteligência artificial já está, ‘entre aspas’, ao serviço da máfia.”

Os ciberataques mais conhecidos da história

Ao longo dos anos, ocorreram inúmeros ciberataques, mas os exemplos de guerra cibernética a seguir tiveram um impacto significativo no cenário dos ciberataques, bem como na forma como empresas e países se defendem contra os atacantes.

Robert Tappan Morris — O Verme Morris (1988)

 /a suite-https://queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com/2026/10/gbad-ia-e-transhumanismo-e-o.html

 

 

 

jeudi 15 octobre 2026

Brésil: “Regarde comment les choses ont tourné”

 

Brésil: “Regarde comment les choses ont tourné”

Jair Bolsonaro est un nom inexact mais puissant, car il a su combiner l'escalade répressive et la rébellion sociale déclenchée en 2013.

19/01/2024

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Par un groupe de militants

Traduções: Português | Inglês | Italiano | Francês | Grego | Espanhol

“Tu peux même pacifier, mais le retour sera triste” 
MC Vitinho [1]

“Regarde comment les choses ont tourné”, disait un camarade l’autre jour. “Il y a quelques années, si tu étais dans une boulangerie, ou à un arrêt de bus, et que tu entendais quelqu’un se plaindre du gouvernement, c’était encourageant. On y voyait une ouverture pour parler politique, une lueur de conscience de classe. Il n’y a pas très longtemps, ça a commencé à changer. Aujourd’hui, quand j’entends quelqu’un se plaindre, je suis déjà sur le qui-vive: “oulà, si ça se trouve il est pour Bolsonaro”

1.

Selon Lula, “ce pays est incompris depuis ce qui s’est passé en juin 2013”. Quelques mois avant d’être condamné, il déclarait: “c’était prématuré que de penser que 2013 était démocratique”. [2] Naturellement, sa déclaration a été fort mal reçue parmi les militants qui avaient participé à cette vague de manifestations: revoilà le PT qui s’en prend à juin!

Mais avait-il tort, Lula? Juin 2013 avait-t-il vraiment été un “moment démocratique”? En ce mois fatidique, des milliers – puis des millions – de personnes ont bloqué avenues et autoroutes dans tout le pays, ont affronté les polices, brûlé des bus, attaqué des bâtiments publics et saccagé des boutiques. La réduction du prix du bus n’était ni à débattre ni négociable, c’était une exigence à imposer de force: “soit le gouvernement le baisse, soit la ville s’arrête!”. Ça n’est pas tout à fait “démocratique”… Ça a été un mouvement de rupture, une révolte [3] qui confrontait l’ordre établi [4] – l’arrangement forgé lors de la période de redémocratisation, fixé par la Constitution Citoyenne de 88, qui a garanti pendant deux décennies des critères socialement acceptables de stabilité et de prévisibilité pour la politique brésilienne.

Ça a fait peur. En pleine mobilisation populaire, la plus grande de l’histoire du pays, on s’est retrouvés perplexes: si on rompt avec l’ordre démocratique, que pourra-t-il se passer? Il n’y avait pas de révolution en vue. À ce moment-là, la gauche s’est découverte intimement liée au régime. Non seulement parce qu’elle était au pouvoir, mais aussi parce que, depuis la fin des années 70, “construire la démocratie” était devenu son principal objectif.

Depuis 2013, la gauche a fui la révolte et ceci en brandissant l’étendard de la démocratie. D’un côté, elle pouvait dire que les mobilisations présentaient un danger à l’ordre démocratique et justifier ainsi leur répression; [5] en même temps, elle pouvait saluer les manifestations et les encadrer.– A force de voir en juin un mouvement pour “plus de droits” et “plus de démocratie”, s’effaçait le contenu concret et contestataire des manifestations. La lutte contre cette augmentation de 20 centimes n’a pas seulement touché un aspect crucial des conditions matérielles de vie dans la métropole, mais a aussi exposé les limites des canaux de participation qui s’étaient améliorés pendant les derniers mandats. La violence qui a gagné les rues a laissé le discours démocratique dans l’impasse.

Tant et si bien que, depuis, l’insistance à défendre l’État de droit ne nous a qu’apporté le droit de perdre des droits. Et les “Opérations de Garantie de la Loi et de l’Ordre” [6] ne tarderaient pas à se retourner contre le propre gouvernement qui avait approuvé la Loi Antiterroriste. [7]

Puisque la gauche s’identifiait du côté de l’ordre, la contestation est passée dans le camp opposé. C’est la droite qui a mené les masses dans la rue pour renverser un gouvernement (et qui a inversé les symboles et les pratiques de juin, transfigurant, par exemple, MPL en MBL [8]). Elle n’a pas perdu de temps avec la “défense de la démocratie”: pour atteindre ses objectifs politiques, elle a su utiliser des institutions et jouer tactiquement avec ses propres limites. [9] En coordonnant des coups à l’intérieur de l’État – dans le parlement, dans la sphère judiciaire et même dans les forces armées – avec des mobilisations dans les rues, la droite est arrivée au pouvoir en cernant par le haut comme par le bas, à l’image du “mouvement de pince” [10] souhaité autrefois par la gauche. Selon les mots de Paulo Arantes, cette nouvelle droite a ressuscité la politique “comme lutte, et non comme gestion”. [11]

Pendant les élections de 2018, Bolsonaro a affronté Fernando Haddad, celui-là même à qui nous nous sommes confrontés en juin 2013 alors qu’il était maire. Et le président élu lui aussi attaque fréquemment la mystique démocratique. Il est politiquement incorrect: il ne s’en tient pas à la bienséance cultivée par les autres acteurs du jeu politique. Par webcam dans son appartement, il fait des déclarations critiques des Droits de l’Homme, des urnes électroniques et de la Constitution. En disant ce qui ne se dit pas, il ridiculise le consensus établi depuis la re-démocratisation, en exposant ses contradictions et en mobilisant justement la révolte contre celui-ci. Pour les défenseurs de ce qu’a attaqué Bolsonaro, il est peut-être réconfortant de croire que le nouveau président a été élu à base de mensonges (par la manipulation des utilisateurs de Whatsapp, grâce à une industrie de la fake news); il semble néanmoins plus correct de considérer le contraire: c’est surtout pour avoir assumé ouvertement des vérités jusqu’alors dissimulées que le Capitaine a conquis un tel soutien populaire. Mais la constatation de la violence sociale, dans ce cas, ne pointe pas vers un horizon de transformation – au contraire, elle en réduit l’espoir. L’hypocrisie a laissé place au cynisme: le monde est injuste, il le restera et, pour ceux qui ne sont pas d’accord, il le sera d’autant plus [12].

Tout au long de la campagne électorale, la gauche a milité contre la dictature. Le problème, c’est que dans les faits, on “critiquait la dictature pour défendre l’ordre actuel: voilà une bonne manière de faire en sorte que les gens considèrent la dictature comme une hypoyhèse viable” [13]. Lorsque les forces armées qui critiquent l’injustice sociale s’avèrent être les mêmes qui administrent une telle injustice, il y a un court-circuit: le pouvoir de contestation de l’ordre passe du côté de celui qui expose la violence et la souffrance en les assumant cyniquement  – non pas pour les remettre en question, mais pour les confirmer. C’est ainsi que la propre perception du quotidien torturant peut se convertir en justification de la torture: “Les gens largués dans les files d’attente des hôpitaux, c’est ça la torture! 14 millions de personnes au chômage, c’est ça la torture!”, défendait un électeur de Bolsonaro interviewé à l’extrême-sud de São Paulo peu après l’élection. [14]

La rébellion canalisée par la droite est paradoxale: elle conteste l’ordre en vigueur tout en s’y appuyant, et en promettant de l’endurcir – ce qui nous ramène à la façon par laquelle João Bernardo [15] définit le fascisme: une révolte au sein de l’ordre. Si on peut parler aujourd’hui d’un mouvement fasciste, ce serait moins pour le caractère autoritaire de Bolsonaro ou ses discours de haine, que pour le bouillon de colère populaire qui l’alimente. [16]

2.

Comparée à ce qu’a été le fascisme classique, il est vrai que la révolte conservatrice en cours au Brésil actuel paraît encore diffuse. Mais dire qu’il ne s’agit pas d’un mouvement fasciste ne signifie pas que la scène soit plus rassurante. Après tout, “la façon petista (du Parti des Travailleurs) de gouverner” a aussi été plutôt différente de l’expérience social-démocrate du début du siècle dernier.

La social-démocratie – qui proposait, en contrepartie d’une alliance avec le capital, un programme de réformes structurelles et d’expansion de droits universels à tous les citoyens – peut à peine être comparée aux gouvernements petistas, qui se sont bornés à conjuguer l’expansion du marché avec des politiques publiques basées sur des bénéfices qui ciblaient certains segments spécifiques. Ils ont tout de même constitué une efficace ingénierie de gestion des conflits sociaux, en incorporant les organisations de travailleurs aux politiques du gouvernement. La stratégie de “cumul de forces” assumée par la gauche brésilienne a signifié, dans la pratique, la conversion des mouvements de base qui sont entrés en scène à la fin de la dictature en forces productives du nouvel arrangement social.

Le projet de pacification continuellement perfectionné pendant les gouvernements du PT a représenté, en réalité, une guerre permanente [17] – visible non seulement à travers les taux croissants d’expulsions, d’incarcérations, de massacres, de torture et létalité policière, mais aussi dans le travail. À côté des dispositifs répressifs d’exception, le moteur de notre “économie émergente” a été un véritable “état d’urgence économique” [18], dictant des politiques justifiées par la détresse sociale. Avec le discours de “l’amplification de droits”, diverses formes de sous-emploi ont proliféré, aux routines assommantes et aux revenus douteux, bref, ce que l’on appelle vulgairement des “boulots de merde” ou des “offres forcées” [19].

Le futur promis par des programmes d’accès au microcrédit, au logement ou à l’enseignement supérieur, tout comme l’augmentation d’offres d’emplois (formels comme informels), s’est dissipé dans un présent perpétué de travail redoublé, d’endettement, de concurrence, d’insécurité, d’épuisement dans les files d’attente, d’humiliation dans les bus bondés, de dépression et d’accablement mental. Le prix de l’euphorie des gouvernements Lula et Dilma a été, en somme, une mobilisation totale pour la survie, traduite par de plus grandes et plus denses parties de vie appliquées au travail.

Par toute sorte d’instruments, ce régime de gestion a servi à densifier lla thune (ou le profit) des capitalistes au Brésil et approfondir la prolétarisation dans divers couches et coins du pays. Les dites politiques publiques d’inclusion tout comme le vertigineux processus “d’inclusion numérique” qui a touché les masses jusqu’alors déconnectées, ou encore les infrastructures qui ont ouvert de nouvelles voies de circulation pour le capital, ont joué le rôle d’inclusion des populations et territoires dans des circuits d’exploitation de plus en plus intenses, et ont ainsi mis à disposition plus de combustible pour les feux de l’accumulation flexible . Tout ça avec une cote de popularité élevée!

Les évènements de 2013 ont rompu avec le climat de paix produit par toute cette euphorie. La vague de manifestations qui a pris les villes du pays s’apparentait à une guerre, signalant la crise d’un modèle jusqu’alors prospère d’administration des conflits sociaux. La révocation de l’augmentation de 20 centimes n’a pas été suffisante pour réparer la faille: il n’était plus possible de dissiper toute l’animosité populaire et reconstituer la formule magique du consensus. Les tentatives de restaurer l’harmonie – comme les “cinq pactes en faveur du Brésil” que Dilma avaient annoncés à la télévision dans le reflux des manifestations– demeurèrent vaines. La continuité de la pacification armée dépendrait alors d’un nouveau compromis.

Une fois convoqués pour “neutraliser les forces opposantes” qui se sont montrées en juin, les agents de l’ordre qui depuis des années accumulaient du savoir-faire à Haïti et dans les favelas cariocas (de Rio de Janeiro) ne quitteraient pas la scène politique. Il est clair aujourd’hui qu’il ne s’agissait pas d’opérations ponctuelles de répression. Dans la nouvelle stratégie de gestion qui se dessine face à la menace de chaos social qui a frappé à la porte en 2013, les tactiques de guerre – avec ses commandants – assument ouvertement un rôle central.

Dans ce réarrangement, “Jair Bolsonaro est un nom inexact”, mais puissant, justement parce qu’il a été capable de conjuguer cette escalade répressive avec la rébellion sociale libérée en 2013. Deux voies convergent en lui:

La première, le maintien de la loi et de l’ordre et la promesse de sécurité de l’empire et que tout battement cardiaque contraire sera violemment supprimé. La deuxième opère sur l’illusion de rupture et la prise en otage de la révolte: “tout sera différent d’avant” ou “faut changer tout ça” [20].

Si le mouvementa répandu une révolte contre l’ordre, sa reprise dépendait de la mobilisation de ce même sentiment. Dans ce processus de récupération, ce ne sont pas que les forces répressives qui ont été mises en marche: la propre énergie contestataire des travailleurs a été retournée contre elle-même. Si les perspectives de regagner la paix semblaient déjà politiquement improbables, elles rencontrent également des entraves économiques – avec la crise, l’efficacité des mécanismes de participation et des programmes sociaux se trouve compromise. C’est là que l’animosité commence à sembler fonctionnelle: comme il n’y a plus d’argent, qu’ils s’entretuent dans la course aux miettes. La confrontation et la révolte ne sont plus une menace, mais désormais une nouvelle sorte de discipline.

Lorsque la nouvelle droite, entre 2015 et 2016, a fait de l’Avenue Paulista son podium, la sociologue Silvia Viana [21] a observé que les dimensions de cette indignation contre la corruption pouvaient avoir un rapport avec l’expérience dans le marché du travail. Elle se demande comment la haine “jaune et verte” [22] pouvait mettre des cibles si différentes dans le même sac: qu’ont en commun le corrompu, l’étudiant bénéficiant des quotas, le mouvement pour le logement, le cambrioleur, le mendiant et le boursier? Ils doublent les autres. Ils profitent de raccourcis et de protections dans la lutte pour la survie, ils ont recours à des avantages compétitifs qui produisent une concurrence déloyale dans une arène où chacun était censé courir par soi-même.

Dans un contexte d’épuisement économique, la nouvelle droite a fourni une forme politique à l’intensification de la compétition entre les travailleurs. En assumant sans pudeurs la loi du plus fort, elle trace un programme d’action à la hauteur de la sauvagerie du monde du travail entretenue le long des dernières décennies. La survie dépend de la capacité à la résilience et de la force de volonté individuelle, et toute forme d’assistance est vue comme de la “victimisation”. Le projet de libérer le port d’armes ne devrait pas étonner: c’est la chance de tirer sur son concurrent – sur le type qui t’a mis en retard dans l’embouteillage, qui t’a fait un sale coup au boulot, qui a pris ta place à la fac. Et, pour la guerre de tous contre tous, y aurait-il candidat plus adéquat que le capitaine?

Mais “Jair Bolsonaro est un nom inexact” justement parce que ce phénomène ne se limite pas à la droite: l’intensification de la compétition entre travailleurs traverse tout le spectre politique, pouvant prendre différentes formes, parfois même celles qui semblaient opposées. Il suffit de remarquer, par exemple, comment les lynchages virtuels encouragés par des groupes conservateurs contre les professeurs présumés “communistes” suivent une dynamique semblable à celle du “escracho” [23], pratique qui s’est renforcée avec la vague féministe des dernières années. En plus de détruire la réputation du dénoncé, les deux ont souvent l’objectif, parfois concrétisé, de lui faire perdre son emploi. Dans un climat social traversé par la concurrence, les identités se présentent comme des tranchées pour la dispute. Sous cet angle, on peut comprendre tant l’apparition de stratégies de marché comme “l’afro-entreprenariat”, que la croissance récente d’un mouvement noir qui abandonne le principe d’auto-déclaration et revendique la création de “commissions évaluatrices de véracité raciale” et de “critères phénotypiques” pour persécuter et expulser des collègues admis à des concours et examens [24].

Les mouvements identitaires d’aujourd’hui ont été en grande partie encouragés, il est vrai, par les politiques focalisées (toute sorte de quota, concours culturels, de bureaux spéciaux pour les minorités, etc.), mais ne sont pourtant pas un résultat automatique de celles-ci: ils constituent un fait nouveau. Leur caractère punitif, autoritaires et excluants révèlent une tendance belliqueuse, qui rejette le vivre-ensemble tolérant et les espoirs d’inclusion cultivées par la politique du consensus. En accélérant la désagrégation sociale, l’aggravation de la crise a rétréci les possibilités d’administration des conflits; en même temps, elle a approfondi le confinement de la politique à la dimension de l’urgence et de l’immédiat. À gauche comme à droite, les touts nouveaux acteurs ont, en commun, la disposition au conflit stérile, marqué par la disparition des horizons de transformation de la réalité sociale.

Pendant que la politique gagne des airs de guerre ouverte, les technologies de médiation sociale développées les dernières années semblent obsolètes. Malgré leurs efforts de se montrer à la hauteur de ce qui est imposé par temps de récession, en mettant en place des mesures d’austérité, les gestionnaires Petistas ont fini par devenir la cible-même du mouvement destructif de la crise. La vague de destruction qui s’est abattue non seulement sur les principaux opérateurs de l’arrangement politique constitué depuis la re-démocratisation et sur sa machine de gouvernement, mais aussi sur quelques unes des plus grandes entreprises brésiliennes, doit être comprise dans le cadre d’un “anéantissement forcé de toute une masse de forces productives” [25], mouvement typique des crises capitalistes, qui est toujours accompagné d’un approfondissement de l’exploitation. La destruction de forces productives, fréquemment par le moyen de la guerre, a toujours constitué une issue de secours efficace pour le capital.

3.

De notre côté de la lutte de classes, les sentiers battus ont mené à des cul-de-sac.

Lors des années de succès des gouvernements de gauche, la croissance économique s’est conjuguée avec l’intégration des mouvements populaires au régime capitaliste, en une complexe ingénierie de participation et de pacification qui limitait avec efficacité tout horizon de contestation. Dans ce contexte, la naissance de révoltes de jeunes travailleurs qui paralysaient les villes, affrontaient les polices et forçaient les préfectures de différents partis à baisser les prix des tarifs de bus avait quelque chose d’inhabituel. Éclatant dans le pays depuis la “Révolte du Buzú” – qui a secoué Salvador déjà en 2003, première année de la présidence de Lula –, ces soulèvements pointaient de possibles brèches dans la “paralysie monotone” de la période:

Pour les petits groupes à gauche et à la marge du gouvernement, déclencher le désordre de la révolte était la possibilité de faire front face à cette gigantesque structure de gestion de la lutte de classes. La violente explosion politique des rues refuse les mécanismes de participation et réagit à la répression armée. (…) la révolte apparaît justement en tant que critique destructrice, en tant que négation du consensus paralysant. [26]

Ce n’est que par la rupture du consensus que les conflits sociaux pourraient dépasser les étroites limites de la routine administrée et se lever ouvertement en tant que lutte de classes. De ce point de vue, la possibilité de contestation était dans les mouvements de caractère disruptif qui, en rendant la guerre visible, réalisaient dans la pratique la critique de la pacification. Au delà des révoltes concernant le transport collectif, cela se voyait dans les paralysies sauvages des méga travaux du PAC [Programme d’Accélération de la Croissance], front de l’expansion du capitalisme national (“non pas grève, mais terrorisme”, expliqua un ouvrier du Jirau) [27]; dans la dissidence des sans-terre qui, malgré le MST, ont occupé l’Institut Lula [28]; dans la vague spontanée d’occupations urbaines qui se sont propagées à travers les périphéries de São Paulo sous la préfecture Haddad à la suite des manifestations de juin [29]; dans l’augmentation vertigineuse du nombre de grèves depuis 2011 – atteignant, entre 2013 et 2016, le point jusqu’ici culminant – et dans la rébellion croissante de ces grévistes contre leurs syndicats [30]; et enfin dans le refus collectif des lycéens face aux mesures d’austérité, rejetant la médiation des institutions et occupant les écoles pour forcer un recul de la part du gouvernement.

Il n’empêche qu’au fur et à mesure que les fissures dans le consensus se sont transformées en une vraie cassure, le sens de ces luttes se décale et elles perdent leur pouvoir contestataire. Les conflits sortent de l’ordre du jour et la révolte se conforme en tant que dispositif du nouvel arrangement politique. Notre pari sur la rupture du consensus s’est épuisé avec lui, égarant les formulations qui en venaient. Depuis, la violence sociale qui a surgi pointe plus vers le chaos et la concurrence que toute autre chose. Après tout, c’était ça qu’il y avait sous les structures de pacification: la désagrégation du tissu social, sans horizon d’action collective.

Maintes voix ont réagi à la traînée de destruction de 2013, prêchant, en chœur, le besoin de reprendre la construction “depuis la base”. Les limites de la révolte s’expliqueraient par le manque d’organisations de masse structurées dans les lieux de résidence, de travail et d’études. Mais de telles organisations existaient, voyons! Et faisaient partie de la machine gouvernementale contre laquelle les manifestations se soulevaient: le parti de gauche qui était à la présidence comptait des bases dans toutes les 5570 communes du Brésil; les deux centrales syndicales principales du pays soutenaient le gouvernement; le plus grand mouvement de travailleurs ruraux du monde et toute une gamme de mouvements pour le logement étaient devenus des opérateurs de programmes sociaux et gestionnaires d’entreprises; une masse ambigüe d’associations, ONGs, collectifs culturels et groupes périphériques avait sa reproduction rattachée à des appels à projet de types et chiffres variés [31]. Et tous alimentaient une myriade d’archives, de banques de données et cartographies menées par toute sorte d’organismes, privés comme d’État – parmi lesquels, bien évidemment, les institutions policières [32].

Il ne s’agit pas d’un détour: “les bases”, maintenant, ne peuvent exister qu’en tant que contingents de travailleurs chosifiés, convenablement apprivoisés et représentés  – traitées comme monnaie d’échange des bureaucraties” [33]. En remarquant cette dynamique déjà dans les années 1990, un dirigeant sans-terre l’a synthétisé en un dicton: “peuple dans la rue, argent avec intérêts”. Avoir une base bien organisée signifie, effectivement, gérer des populations. Le “travailleur de base” de ces mouvements n’a pas été abandonné, mais mené jusqu’à ses dernières conséquences, se conformant en technique de gestion:

Sans cela la gestion deviendrait impraticable. (…) Pour cette raison les concessions matérielles servant de réservoir économique garantissent le fonctionnement et l’ossification des mouvements sociaux, leur conversion en bras de l’État chargés d’enregistrer la base sociale et gérer les maigres ressources des politiques publiques, donc des organismes qui accomplissent des tâches essentielles pour le succès de la contre-révolution permanente en son modèle démocratique-populaire [34].

De ce point de vue, le cri de la gauche pour “l’organisation dans les quebradas” [quartiers des périphéries urbaines] dans l’après-juin avait des airs d’une tentative facétieuse de rejouer l’histoire, comme s’il était possible de récupérer une soi-disant pureté perdue de cette organisation communautaire de fond d’église des années 70 et 80. D’un autre côté, il servait comme moyen d’échapper au problème posé par les rues de 2013: anonyme et explosive, cette révolte était l’expression d’un prolétariat urbain dont la force de travail a été encadrée par diverses politiques publiques, connecté aux technologies de l’information, employé dans des régimes précaires et hautement mobiles (en ce sens, la centralité du transport entre ses revendications n’est pas fortuite).

Or aujourd’hui la propre révolte semble s’accorder à l’ordre établi. Lorsqu’en 2018 un mouvement décentralisé de camionneurs a paralysé l’économie brésilienne par des blocages d’autoroutes du nord au sud, les intérêts et l’organisation des travailleurs se sont révélés confondus à ceux des secteurs de l’entreprenariat. La même rébellion qui a mis le pays au bord de l’effondrement entrevoyait un renforcement de l’ordre, appelant une “intervention militaire”. La paralysie des camionneurs a conquis un vaste soutien de la population, influençant des secteurs de travailleurs urbains (des livreurs à moto jusqu’aux professeurs) [35], et a scellé le tombeau du “grand accord national” [36] ébauché par le gouvernement Temer – tentative, déjà rabaissée, de garantir la survie du vieil arrangement politique autour d’un programme d’austérité.

Enfin, la victoire de Bolsonaro noue le fil de continuité qui relie 2013 à 2018: la conformation de la révolte à l’ordre. Et, face à ça,

ce que fait  la plus grande partie de la gauche c’est créer des fronts antifascistes et d’amples fronts démocratiques dans différents lieux et sous différentes formes, justement pour affirmer les valeurs de la gauche contre la croissance des valeurs d’extrême-droite – le rouge et noir comme le multicolore contre le vert et jaune du drapeau national, la Démocratie contre la Dictature. (…) ces positions demeurent dans le domaine abstrait et discursif: que signifie aujourd’hui combattre le fascisme avec un fusil? Qui sont les fascistes, nos collègues de travail qui ont voté pour Bolsonaro? [37]

Ce nouveau scénario coince les possibilités de former un point de vue critique. D’un côté, une demande renouvelée de la réhabilitation de l’arrangement démocratique de pacification déjà caduc, dont les forces se révèlent de moins en moins productives – un appel d’autant plus impuissant qu’il tend à s’enfermer dans la défense de symboles. De l’autre côté, la simple insistance sur la révolte perd son pouvoir de contestation, après tout c’est le propre régime qui assume maintenant ouvertement la violence sociale. Coincée entre ces deux formes de défense de l’ordre, par où va la lutte de classes?

Notes

[1] MC Vitinho, O Crime é o Crime/Dilma Sapatão/Instalar a UPP (2011). La chanson est un proibidão (sous-genre du funk carioca lié aux factions criminelles des favelas de Rio de Janeiro), enregistré après l’invasion des favelas par l’armée et l’installation d’”Unités Policières de Pacification” (UPP) sous le gouvernement du Parti des Travailleurs (PT).

[2] Discours de l’ancien président lors de l’ « Acte pour la Reconstruction de l’État de Droit démocratique » qui a eu lieu dans un des halls de la Faculté de Droit de l’UFRJ (11 août 2017, disponible ici: https://www1.folha.uol.com.br/poder/2017/08/1909354-lula-diz-que-foi-precipitado-considerar-atos-de-2013-democraticos.shtml HYPERLINK “https://www1.folha.uol.com.br/poder/2017/08/1909354-lula-diz-que-foi-precipitado-considerar-atos-de-2013-democraticos.shtml)”)

[3] On parle ici de “révolte” car c’est le terme employé par la militance formée autour des soulèvements urbains contre la hausse du prix du bus dans le pays entre 2003 et 2013. En revanche, nous ne négligeons pas la conception de João Bernardo, pour qui “la révolte est l’agitation sous l’étendard du lieu-commun, donc précisément l’opposé de la révolution, qui elle est la liquidation des lieux-communs” (Revolta/revolução, Passa Palavra, Jul 2013, disponible sur http://passapalavra.info/2013/07/81647/ HYPERLINK “http://passapalavra.info/2013/07/81647/)”) distinction qui contribue notamment à l’analyse des limites affrontées par ces luttes.

[4] “La seule ‘revendication du mouvement’ (…) n’en était pas une, puisqu’elle ne laissait place à aucune organisation, à aucun ‘dialogue’. En son caractère absolument négatif, elle ne signifiait que le refus de continuer à être gouverné ainsi.” La description faite en 2016 par le Comité Invisible des manifestations contre la Loi Travail sonne ici bien familière. (Comité invisible, Maintenant, Paris, La Fabrique éditions, 2017)

[5] Rappelons-nous, par exemple, la scène de Marilena Chauí [intellectuelle qui soutient le PT] disant, lors d’une conférence à la Police Militaire de Rio de Janeiro, que les black blocks seraient d’inspiration fasciste. Voir ‘Black blocs’ agem com inspiração fascista, diz filósofa a PMs do Rio (Folha de São Paulo, août 2013).

[6] Note de la traduction: Au Brésil, les Opérations de “Garantie de la Loi et de l’Ordre” (GLO) est un instrument légal par lequel le Président de la République autorise une intervention militaire temporaire sur une partie du territoire afin de “pacifier les forces opposantes” (en d’autres mots, pour réprimer des conflits civils). Les GLO ont été employées lors de grands évènements comme la Coupe du Monde de 2014 ou les Jeux Olympiques de 2016. Voir
https://www.defesa.gov.br/arquivos/2014/mes02/md33_m_10_glo_2ed_2014.pdf.

[7] En retraçant la montée répressive du long lendemain de juin à Rio de Janeiro entre 2013 et 2014, le film Operações de Garantia da Lei e da Ordem (Julia Murat, 2017) dessine la ligne de continuité entre le discours de Dilma face aux mouvements de protestation et le discours d’investiture de Temer : la défense de l’ordre.

[8] Note de la traduction: Le Movimento Passe Livre [Mouvement Libre Passage] est un mouvement social radical crée en 2005 réclamant la gratuité du transport public et qui a été au sein des soulèvements de 2013. Le Movimento Brasil Livre [Mouvement Brésil Libre] est une organisation de droite fondée en 2014 à la tête du mouvement de protestation pour la destitution de Dilma Roussef.

[9] D’un côté, on a vu la scène où Lula, tout en sachant que son jugement était une manœuvre politique, se rendre à la prison en réaffirmant sa confiance dans les normes démocratiques: “si je ne croyais pas à la Justice, je n’aurais pas fait de parti politique, j’aurais proposé une révolution dans ce pays”. De l’autre, on voit la campagne électorale de Jair Bolsonaro qui, tout en sachant qu’il remporterait les élections, a sans cesse remis en question la légitimité des urnes ou affirmé qu’une victoire de l’opposition serait le résultat d’une fraude. Eduardo Bolsonaro s’est même moqué de la Cour Suprême, en affirmant que pour fermer ses portes “il suffirait d’un soldat et d’un caporal”.

[10] Expression courante dans les milieux militants pour désigner la stratégie dessinée par ce qui était appelé champ “démocratique-populaire” depuis les années 1980. Comme une pince, la prise de pouvoir impliquerait un double-mouvement: par le haut, l’occupation progressive des espaces institutionnels; par le bas, la mobilisation de masses dirigée par des organisations populaires, mouvements sociaux et syndicats.

[11] “Pour la première fois, ce qui s’exprime dans les élections”, dit Paulo Arantes [auteur marxiste brésilien] lors d’un entretien récent, “ne se résumait pas à gérer ou générer des politiques publiques classiques, mais prendre le pouvoir par un affrontement politique” (Abriu-se a porteira da absoluta ingovernabilidade no Brasil, diz Paulo Arantes, Brasil de Fato, nov. 2018, disponible sur: https://www.brasildefato.com.br/2018/11/13/abriu-se-a-porteira-da-absoluta-ingovernabilidade-no-brasil-diz-paulo-arantes/ HYPERLINK “https://www.brasildefato.com.br/2018/11/13/abriu-se-a-porteira-da-absoluta-ingovernabilidade-no-brasil-diz-paulo-arantes/)”).

[12] En analysant les discours d’Ernesto Araújo, récemment nommé Ministre des Affaires Étrangères du gouvernement Bolsonaro, Jan Cenek (dans Trump, o Ocidente, o chanceler, o ex-prefeito, o romance e a crise, déc. 2018) arrive à des conclusions similaires: “le programme d’extrême-droite dépasse le réformisme sourd-muet, car il assume et défend ouvertement ce que l’autre a dit qu’il ne ferait pas, mais a fait et continue de faire. Tant que le capitalisme est maintenu la répression est inévitable, la différence est que l’extrême-droite défend ouvertement la militarisation et la violence, tandis que le réformisme sourd-muet condamne les deux uniquement dans le discours qui s’autoproclame démocratique (mais ceux qui étaient dans les rues en juin 2013 savent bien ce que Haddad a fait cet automne-là).”

[13] Emiliano Augusto, A paixão é um excelente tempero para ação, mas uma péssima lente para a análise (Facebook, oct. 2018).

[14] Carolina Catini et Renan Oliveira, Depois do fim (Passa Palavra, nov. 2018).

[15] Note de la traduction: João Bernardo est un militant marxiste portugais. Il était membre du journal ouvrier “Combate” au moment de la Révolution des Œuillets de 1974.

[16] Par fascisme on entend un phénomène historique qui n’est pas un simple synonyme d’autoritarisme exacerbé, tel qu’il était employé dans le discours courant de la gauche. On doit remarquer, par exemple, que la dictature militaire brésilienne des années 60-80, quoiqu’autoritaire et nationaliste, n’a pas été fasciste à proprement dire. Pour une discussion étendue à ce sujet, voir João Bernardo, Labirintos do Fascismo (3e version, révisée et augmentée, 2018).

[17] Pour une analyse de ce projet de contre-insurrection préventive, voir “Depois de junho a paz será total” « Après le mois de juin, la paix sera totale » (dans Paulo Arantes, O novo tempo do mundo, São Paulo, Boitempo, 2013).

[18] L’expression est employée par Leda Paulani dans “Capitalismo financeiro, estado de emergência econômico e hegemonia às avessas” « Capitalisme financier, état d’urgence économique et hégémonie inversé ». (dans Francisco de Oliveira, Ruy Braga e Cibele Rizek [orgs.], Hegemonia às avessas, São Paulo, Boitempo, 2010).

[19] “Vagas arrombadas”, terme popularisé par une page Facebook (https://www.facebook.com/vagasVTNC/ HYPERLINK “https://www.facebook.com/vagasVTNC/)”).

[20] O Aluminista, Sequestro da revolta! (2018, O Aluminista, disponible sur: http://passapalavra.info/2018/11/123623/ HYPERLINK “http://passapalavra.info/2018/11/123623/)”).

[21] Discours de Silvia Viana lors du séminaire “Alarme de Incêndio: cultura e política na época das expectativas decrescentes” (5 Mars, 2016,: https://www.youtube.com/watch?v=IbOAN3lABHE HYPERLINK “https://www.youtube.com/watch?v=IbOAN3lABHE)”).

[22] Note de la traduction: se réfère aux couleurs jaune et verte du drapeau brésilien, portées par la vague réactionnaire protestant contre la corruption et le gouvernement du PT depuis 2013.

[23] Bien que l’”escracho” ait une origine antérieure dans la gauche, renvoyant aux luttes des familles de disparus politiques en Argentine, c’est dans les milieux identitaires qu’elle a gagné dans les dernières années sa forme plus achevée. Pour une narrative plus dynamique de ces actions, voir Dokonal, Sobre escrachos, extrema-esquerda e suas próprias novelas: o conto que pensei em escrever (Passa Palavra, juil. 2014: http://passapalavra.info/2014/07/98096/ HYPERLINK “http://passapalavra.info/2014/07/98096/)”). Voir aussi https://fr.wikipedia.org/wiki/Escrache

[24] À ce sujet, voir “A caça aos ‘falsos cotistas’: austeridade, identidade e concorrência” (Passa Palavra, Août 2017: http://passapalavra.info/2017/08/114875 HYPERLINK “http://passapalavra.info/2017/08/114875)”).

[25] “Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son sein. – Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives; de l’autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens.” (Marx et Engels, Manifeste du Parti Communiste, 1848).

[26] Caio Martins et Leonardo Cordeiro, Revolta popular: o limite da tática (Passa Palavra, Mai 2014, disponible sur: http://passapalavra.info/2014/05/95701/ HYPERLINK “http://passapalavra.info/2014/05/95701/)”).

[27] Le commentaire est celui d’un ouvrier qui filmait avec son téléphone portable l’incendie dans les logements. Les impacts de la construction de Jirau, le soulèvement ouvrier et l’articulation entre centrales syndicales et le gouvernement pour réprimer le mouvement sont représentés dans le documentaire Jaci: sete pecados de uma obra amazônica (Caio Cavechini, 2015). Pour plus de lecture des rapports de paralysies, morts, tortures et prisons dans les chantiers des travaux du PAC dans la région Nord publiés par la Liga Operária, groupe syndical d’influence maoïste qui agit dans la région, voir http://www.ligaoperaria.org.br/1/?p=2867.

[28] La trajectoire de la résistance des habitants de l’Assentamento Milton Santos [assentamento est une terre conquise par l’occupation rurale], qui a couru le risque de souffrir une “réforme agraire à l’envers” pendant le gouvernement Dilma, a été largement rapportée par Passa Palavra (le reportage complet peut être accédée ici: http://passapalavra.info/2013/01/70939/ HYPERLINK “http://passapalavra.info/2013/01/70939/)”)

[29] Début août 2013, Passa Palavra rapportait un “printemps silencié”: rien que dans la région du Grajaú, “environ 20 terrains ont été spontanément occupés par des familles qui n’ont plus de conditions de payer les coûts de loyer (…). C’est au minimum curieux de noter que, suite aux agitations politiques qu’il convient d’appeler les ‘journées de juin’, se soit déclenché un processus de lutte directe de la part des couches les plus pauvres des quartiers périphériques et que même les organismes de communication de gauche n’en donnent pas l’attention méritée.” (Ocupações do Grajaú protestam por moradia no centro de São Paulo, Passa Palavra, août 2013, disponible sur: http://passapalavra.info/2013/08/82681/ HYPERLINK “http://passapalavra.info/2013/08/82681/)”).

[30] Les rapports annuels du Bilan des grèves publiés par Dieese listent un total de 2.050 grèves enregistrées au Brésil pendant l’année de 2013, montant jusqu’à 2.093 en 2016 (les bilans de 2014 et 2015 n’ont pas été publiés jusqu’à présent). Mais, comme remarque Leo Vinicius, une analyse de la période doit prendre en compte les “grèves et actions dans les lieux de travail hors de l’action syndicale et non comprises dans ces statistiques. Il est probable que plusieurs actions autonomes de travailleurs organisés aient eu lieu sans qu’on en ait eu la moindre nouvelle. (Bem além do mito “Junho de 2013”, Passa Palavra, juil. 2018, disponible sur: http://passapalavra.info/2018/07/121756/ HYPERLINK “http://passapalavra.info/2018/07/121756/)”).

[31] Pour un portrait de ce scénario, voir Estado e movimentos sociais (Passa Palavra, fév. 2012, disponible sur: http://passapalavra.info/2012/02/52448/ HYPERLINK “http://passapalavra.info/2012/02/52448/)”).

[32] Un cas emblématique est celui du GEO-PR (Système Géoréferencié de Surveillance et Soutien à la Décision de la Présidence de la République), crée par le gouvernement Lula en 2005 sous prétexte de protéger les communautés quilombolas, terres indigènes et occupations rurales. “Alimenté de données concernant les mouvements sociaux, tels que ‘manifestations’, ‘grèves’, ‘mobilisations’, ‘questions agraires, ‘questions indigènes’, ‘actions de ONG’ et ‘quilombolas’” pendant plus d’une décennie, il a donné corps à un “puissant instrument de surveillance de mouvements sociaux, le plus grand qui soit connu jusqu’ici” (Lucas Figueiredo, O grande irmão: Abin tem megabanco de dados sobre movimentos sociais, The Intercept, déc. 2016, disponible sur: https://theintercept.com/2016/12/05/abin-tem-megabanco-de-dados-sobre-movimentos-sociais/).

[33] Extrait de l’article Revolta popular: o limite da tática (cit.)

[34] Pablo Polese, A esquerda mal educada (Passa Palavra, juil. 2016).

[35] En ce qui concerne la répercussion de la grève des camionneurs parmi les travailleurs d’applications, livreurs à moto, chauffeurs de bus scolaires et autres catégories, voir Gabriel Silva, “A greve dos caminhoneiros e a constante pasmaceira da extrema esquerda” (Passa Palavra, mai 2018, disponible sur: http://passapalavra.info/2018/05/119926/ HYPERLINK “http://passapalavra.info/2018/05/119926/)”).

[36] “Michel forme un gouvernement d’union nationale, il fait un grand accord, il protège Lula, il protège tout le monde. Ce pays regagne le calme, personne n’en peut plus”, disait Sérgio Machado, ancien président de Transpetro, lors de sa célèbre conversation avec le Ministre de la Planification du gouvernement Dilma, Romero Jucá, peu avant la votation de la déstitution (enregistré et diffusé à la presse en mai 2016, le dialogue est disponible et retranscrit sur https://www1.folha.uol.com.br/poder/2016/05/1774018-em-dialogos-gravados-juca-fala-em-pacto-para-deter-avanco-da-lava-jato.shtml HYPERLINK “https://www1.folha.uol.com.br/poder/2016/05/1774018-em-dialogos-gravados-juca-fala-em-pacto-para-deter-avanco-da-lava-jato.shtml).)”).)

[37] “Um outro João (“Another João”), Breve comentário sobre as frentes democráticas e antifascistas contra Bolsonaro” (Passa Palavra, déc. 2018, disponible sur: http://passapalavra.info/2018/12/123955/ HYPERLINK “http://passapalavra.info/2018/12/123955/)”).


INFOBREF N°583-octobre 2026

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