vendredi 17 avril 2026

Rosa Luxemburg. Inauguration à Leipzig pour le 150e anniversaire : « La course aux armements et les guerres continueront tant que le capital régnera. »

 

traduction

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« Tant que le capital régnera, les armements et les guerres ne cesseront pas. » Ces mots sont gravés depuis le 5 mars 2021 dans la pierre, sur le sol devant l’entrée du Felsenkeller à Leipzig. Rosa Luxemburg y a prononcé, le 27 mai 1913, l’un de ses discours les plus importants sur la « situation mondiale ».

Extraits traduits d’un article en ligne paru à cette occasion : https://kreuzer-leipzig.de/2021/03/05/so-lange-das-kapital-herrscht/

Lettre à Leo Jogiches

Elle décrit ce meeting dans une lettre à Leo Jogiches le 28 mai 1913 : « Hier soir, j’ai tenu un magnifique meeting dans la plus grande salle de Leipzig. J’ai parlé de la politique mondiale et attaqué fermement le groupe parlementaire ainsi que toute la tactique dominante dans le parti. Mon discours a été accueilli par des tonnerres d’applaudissements et j’ai été officiellement remerciée. …

Le discours de Francfort et la condamnation pour incitation à la désobéissance

Après le discours de Leipzig sur l’inanité des guerres en référence à la guerre des Balkans de 1913… elle réitère en septembre 1913, dans un discours à Francfort, son appel au refus de servir et d’obéir en cas de guerre ; « Non, nous ne le ferons pas » [tirer sur d’autres prolétaires] et sera condamnée à un an de prison, le discours étant considéré comme une incitation à la désobéissance aux lois et aux décisions de l’autorité.

Je me sens comme un chien perdu

En janvier 1912, elle descend à l’hôtel Sedan lors de la campagne électorale et écrit : « Ici, à Leipzig, je tourne en rond et me sens comme un chien perdu. Tout est froid, désagréable, les gens sont agaçants, je n’ai pas de chambre à moi. Mais j’essaie de me libérer et de m’isoler intérieurement de tout cela. »

[Note du blog : Il faut lire cette citation en sachant que Rosa Luxemburg a tenu un nombre incalculable de meetings, attachant une importance primordiale à la lutte pour la prise de conscience du prolétariat, sans ménager sa fatigue et malgré son aspiration profondément ancrée au calme et à la solitude. Il faut aussi comprendre le courage qu’il lui fallait pour affronter de front, sur ce terrain majeur, le pouvoir impérial, alors même que le parti social-démocrate était dominé par le réformisme, qui atteindra son triste apogée avec le ralliement officiel à la guerre en 1914.]

Meetings ouvriers dans les années 1920

Le discours de Rosa Luxemburg

https://www.marxists.org/deutsch/archiv/luxemburg/1913/05/plagwitz.htm

La situation politique mondiale – (discours du 27 mai 1913 à Leipzig-Plagwitz) – d’après un compte rendu de presse


Leipziger Volkszeitung, n° 121 du 29 mai 1913.

Rosa Luxemburg, Œuvres complètes, vol. 3, p. 212–219.

Transcription : Oliver Fleig et Sozialistische Klassiker.

Balisage HTML : Einde O’Callaghan pour le Marxists’ Internet Archive.


Nous vivons une époque étrange, dans laquelle l’attention de la classe ouvrière est de plus en plus accaparée par un domaine très particulier de la vie publique : ce domaine est la politique étrangère. Pour la conception et l’horizon intellectuel du petit-bourgeois moyen, la politique étrangère appartient à cette rubrique du journal du matin qu’il lit en buvant son café pour se distraire de ses soucis ou des récriminations de sa moitié. Pour la classe ouvrière, en revanche, la politique étrangère est profondément sérieuse et d’une importance capitale. Il n’en a pas toujours été ainsi. Si l’on suit la vie intellectuelle de la classe ouvrière au cours des dernières décennies, on peut presque en sentir le pouls et observer comment, année après année, l’attention pour la politique étrangère augmente parmi les travailleurs. Pourtant, cela ne suffit toujours pas : il faut parvenir à ce que chaque ouvrière et chaque ouvrier apprenne à comprendre qu’il s’agit de suivre, avec la même énergie, la même attention et la même passion que les questions de politique intérieure, tous les événements de la politique mondiale. Chaque prolétaire, homme ou femme, doit aujourd’hui se dire : rien ne se produit en politique étrangère qui ne touche aux intérêts les plus propres du prolétariat. Lorsque, en Afrique, les militaires allemands oppriment les Noirs [1], lorsque, dans les Balkans, les Serbes et les Bulgares massacrent les soldats et paysans turcs [2], lorsque, au Canada, lors des élections, le parti conservateur prend soudain le dessus et renverse la domination libérale [3], dans tous les cas, les ouvrières et les ouvriers doivent se dire : c’est de votre cause qu’il s’agit, vos intérêts sont en jeu. C’est Karl Marx qui, des décennies avant que cette évolution ne soit aussi clairement visible, nous a donné des indications pour comprendre ce phénomène. Dans sa célèbre adresse inaugurale, il disait notamment : les luttes concernant la politique étrangère font partie de la lutte générale pour l’émancipation du prolétariat, elles font donc partie de la lutte de classe. [4]


Si nous comparons la situation politique mondiale actuelle à l’époque où cette adresse inaugurale fut prononcée, nous pouvons mesurer le changement des temps. Dans les années 1860, le pivot de la situation mondiale était encore constitué par les suites et conséquences du partage de la Pologne entre la Prusse, l’Autriche et la Russie. [5] C’est le frottement mutuel entre les complices de ce pillage qui déterminait la situation mondiale. Aujourd’hui, si l’on demande quel est le centre des événements mondiaux, même un homme politique sérieux serait bien embarrassé. Aujourd’hui, nous avons un tel point en mer du Nord, dans la rivalité entre l’Angleterre et l’Allemagne. En Méditerranée, il existe tout un enchevêtrement d’oppositions et de contradictions. La paix dans les Balkans [6] signifie le démembrement de la Turquie européenne et, en même temps, la garantie certaine de la prochaine guerre pour la Turquie asiatique. Mais les contradictions internationales ne s’arrêtent pas là. Sur le corps du malheureux Perse se livre la lutte entre la Russie et l’Angleterre. [7] En pleine paix, un pays et un peuple sont dépecés. Un peu plus à l’est se trouve le gigantesque foyer révolutionnaire de la Chine. De l’Asie, le chemin mène à travers l’océan Pacifique vers l’Amérique. Là, nous avons connu ces dernières décennies toujours de nouvelles surprises. Depuis que les États-Unis ont mené en 1898 leur première guerre coloniale contre l’Espagne pour les Philippines, les capitalistes américains tournent leurs regards avides vers l’Asie. De là est née l’opposition entre le Japon et les États-Unis et l’Angleterre.

Si nous examinons également les guerres des dix à quinze dernières années, nous voyons comment l’horizon politique s’est progressivement élargi. On peut, grossièrement, faire commencer ce bouleversement avec la guerre sino-japonaise de 1895. Cette guerre montra un pays qui s’éveillait pour la première fois à l’indépendance. En 1898 suivit la guerre entre l’Amérique et l’Espagne, au cours de laquelle les États-Unis combattirent pour la première fois hors de leur territoire. La guerre des Boers de 1899 couronna une série de conquêtes silencieuses que l’Angleterre avait réalisées là-bas. Puis vint l’expédition des « Huns » en Chine, au cours de laquelle Guillaume II donna aux soldats le mot d’ordre : pas de pardon, pas de prisonniers. Les soldats devaient agir comme les Huns, de sorte que, pendant mille ans, aucun Chinois n’ose regarder de travers un Allemand. [8] En 1904 éclata la guerre entre la Russie et le Japon, suivie de la révolution russe, à laquelle se rattachèrent les révolutions en Perse, en Turquie et en partie en Inde. Ces dernières années, nous avons ensuite vu une série d’éclairs et d’orages en Chine. Le conflit entre la France et l’Allemagne au sujet du Maroc a entraîné l’expédition italienne à Tripoli, laquelle a à son tour conduit à la guerre des Balkans. La force motrice de ces guerres est la volonté de se partager les régions encore non atteintes par le capitalisme.


Jusqu’à récemment, il existait au sein de la social-démocratie un moyen très simple de décider de notre attitude face à une guerre. La guerre d’agression était rejetée et condamnée ; en revanche, la social-démocratie devait soutenir la guerre défensive. Le camarade Bebel, qui a dit tant de choses excellentes, mais parfois aussi, comme tout homme, moins excellentes, déclara un jour au Reichstag qu’en cas de guerre défensive, malgré son âge, il prendrait encore le fusil sur l’épaule. [9] Cette directive n’est déjà plus valable, car la distinction entre guerre d’agression et guerre défensive se dissout entre nos mains ou éclate comme une bulle de savon. Dans les guerres de la Révolution française, le gouvernement français déclara la guerre, et pourtant il s’agissait de guerres défensives protégeant l’œuvre de la révolution contre la réaction. La guerre des Balkans est formellement une guerre d’agression contre la Turquie. Mais les dirigeants des nations attaquantes se répandent en déclarations sur la défense des droits nationaux les plus sacrés et de la foi chrétienne contre les Turcs — et ils ont, eux aussi, raison. Nous devons en conclure que, en tant que prolétaires, nous devons nous opposer à toute guerre, qu’elle soit d’agression ou de défense. Nous y reconnaissons une conséquence de l’impérialisme et, de même que nous combattons l’impérialisme dans son ensemble, nous combattons chacune de ses manifestations.


Un expédient dans notre tactique consiste à ce que la social-démocratie allemande se place sur le terrain de la Triple Alliance, c’est-à-dire qu’elle soutienne l’union des diplomaties allemande, autrichienne et italienne. Il est profondément regrettable que, il y a quelques semaines à peine, lors du débat au Reichstag sur le nouveau projet militaire [10], le camarade David ait déclaré publiquement, au nom du groupe parlementaire, que nous, sociaux-démocrates, nous nous plaçons sur le terrain de la Triple Alliance, avec la réserve toutefois que celle-ci devrait être un bon élève et œuvrer pour la paix. [11] Malheureusement, nous ne sommes pas restés seuls : presque le même jour, au Parlement de Vienne, le camarade Renner fit une déclaration similaire pour la social-démocratie autrichienne. Attendre de la Triple Alliance, d’une politique d’alliances capitalistes destinée à préparer la guerre, qu’elle œuvre pour la paix, c’est vouloir cueillir des figues sur un chardon. Il suffit d’examiner les résultats de la Triple Alliance. Sa première conséquence fut de pousser la France vers l’alliance honteuse avec la Russie et de conduire l’Angleterre avec la France et la Russie à cette relation triangulaire. [12] Une autre conséquence de la Triple Alliance est l’énorme armement de l’Allemagne contre la France et la Russie, ainsi que celui de l’Autriche. Où était donc la Triple Alliance lorsqu’il s’agissait de maintenir la paix, lorsqu’une puissance de l’Alliance envahissait Tripoli ou lorsque l’Autriche annexait la Bosnie et l’Herzégovine ? C’est une vérité bien connue que lorsque deux ou trois États capitalistes mettent leurs têtes ensemble, il s’agit toujours de la peau d’un quatrième État capitaliste. Quelle naïveté de croire que cette alliance puisse garantir la paix. Il existe une alliance internationale qui s’est révélée être la seule garantie de la paix : l’alliance de tous les prolétaires révolutionnaires du monde !


Nous devons aussi en finir avec une autre illusion susceptible de semer la confusion : l’illusion du désarmement. Il y a quelques années, le ministre anglais Grey fit un beau discours appelant à un accord sur les armements. [13] À peine cela fut-il entendu chez nous que certains camarades de notre groupe parlementaire dirent : bravo, cet homme parle comme un livre. Ils croyaient que, de cette manière, nous pourrions remonter de la guerre vers la paix. Mais lorsque Grey parlait ainsi, il avait déjà un nouveau projet naval en poche, et au lieu du désarmement vinrent d’énormes réarmements. En Allemagne aussi, ce fut similaire. En commission budgétaire, le ministre de la guerre parla d’un accord avec l’Angleterre. [14] Cela provoqua un grand émoi ! Un ministre de la Guerre allemand qui tenait comme une colombe le rameau d’olivier de la paix dans le bec ; en réalité, ce n’était que le prélude à l’énorme projet militaire. Il faut vraiment fermer les yeux pour ne pas voir que les armements sont une conséquence naturelle de tout le développement économique. Tant que le capital domine, les armements et la guerre ne cesseront pas. Tous les grands et petits États capitalistes sont désormais entraînés dans le tourbillon de la course aux armements. Cela a toujours été le privilège de la social-démocratie que ses efforts ne prennent pas racine dans un pays de cocagne, mais reposent solidement sur le terrain réel. Face à tous les phénomènes politiques, nous avons toujours demandé comment ils s’accordaient avec le développement capitaliste. Comme nous avons ri des politiciens bourgeois de la paix, ces braves gens et mauvais musiciens. C’est une utopie sans espoir d’attendre que, grâce à notre propagande pour le désarmement, les États capitalistes cessent de s’armer. Les armements sont une conséquence fatale du développement capitaliste, et cette voie mène à l’abîme.

Nous poursuivons un objectif tout différent, qui définit clairement notre tâche historique : le système de milice, l’armement du peuple, comme l’exige notre programme. Nous avons le devoir de dire au peuple qu’il doit cesser de faire preuve d’obéissance cadavérique, qu’il doit défendre ses propres intérêts. Certes, l’exigence de la milice est tout autre chose que le désarmement de la classe dominante ; le système de milice ne peut naître que de l’énergie du prolétariat. Nous ne nous faisons pas d’illusions, nous ne croyons pas pouvoir instaurer la milice du jour au lendemain. Une organisation militaire où le peuple en armes décide s’il veut entrer en guerre ou non est incompatible avec la domination des Krupp et des cartels de l’armement. Pour instaurer la milice, il faut renverser les classes dominantes, cela signifie une révolution, un immense travail historique. Mais cela doit-il être un prétexte pour conserver soigneusement notre revendication comme un reliquat familial dans une armoire, pour ne la ressortir que lors d’occasions solennelles ?

Non ! Nous devons revendiquer la milice dans le programme d’action quotidien ; le peuple doit savoir que la réalisation de cette revendication suppose le renversement de la domination des junkers. En France, nous vivons actuellement le proteste tumultueux contre le service de trois ans ; là commence déjà l’opposition à l’obéissance militaire aveugle. L’ouvrier allemand serait-il plus stupide, plus mauvais et plus lâche ? Je crois que ce n’est pas en vain que nous comptons quatre millions de voix social-démocrates et que nous avons derrière nous cinquante ans d’histoire socialiste. Le temps viendra aussi où la classe ouvrière allemande ne se laissera plus commander, où elle se lèvera comme un seul homme et dira : je ne le veux pas, je ne le fais pas ! (Vifs applaudissements)

Une conséquence des délires d’armement est le déclin honteux du parlementarisme. En Allemagne, toute opposition bourgeoise a disparu du Parlement ; il n’y a aucune proposition d’armement qui ne soit approuvée par les fidèles mamelouks du gouvernement. Il suffit que le gouvernement siffle, et les parlements sautent comme des caniches. Nous travaillons aux élections du Reichstag à la sueur de notre front pour envoyer autant de représentants que possible au Reichstag ; mais s’il y a un ouvrier qui pense qu’il suffit de déposer un bulletin de vote, il ne peut que m’inspirer de la pitié. Dans la même mesure où davantage de sociaux-démocrates sont envoyés au Parlement, celui-ci se réduit toujours plus à une feuille de vigne de l’absolutisme. Lorsque l’expédition de Chine [15] fut équipée, les députés étaient chez leur mère ; ensuite, les représentants de la bourgeoisie accordèrent avec une diligence servile l’indemnité pour les dépenses déjà engagées. En Angleterre, où le cérémonial du tour de passe-passe parlementaire est particulièrement développé, la situation est la même ; un journal anglais écrivait que le parlementarisme trois fois sacré est en passe de fermer boutique. Comme en Allemagne et en Angleterre, il en va de même en Autriche et dans d’autres États : le parlementarisme s’enfonce de plus en plus dans le marécage. Que vaudrions-nous, nous social-démocrates, si nous fondions nos espoirs sur le parlementarisme ? Le centre de gravité de la politique social-démocrate doit être déplacé vers les masses ; le Parlement ne reste plus qu’une tribune — certes importante — d’où l’on doit faire œuvre d’éducation socialiste et stimuler les masses. Que la masse puisse agir lorsque c’est nécessaire, nous en avons eu suffisamment de preuves ces derniers temps. On nous dit souvent, les livres de caisse et d’adhérents à la main, que nous n’avons pas encore assez de membres, que les caisses sont encore trop faibles pour mener de grandes actions. Oh, ces petits calculateurs ! Je ne sous-estime pas la valeur des organisations, on ne saurait trop l’estimer, mais il serait profondément erroné de croire qu’il faudrait que le dernier ouvrier et la dernière ouvrière soient membres inscrits du parti avant que la grande marche contre le capitalisme puisse commencer. En Belgique, ce sont 400 000 hommes qui sont restés les bras croisés pendant dix jours pour conquérir des droits politiques, même si je pense qu’on ne les a pas engagés au bon moment. La classe ouvrière belge est pourtant loin d’avoir des organisations aussi solides que l’allemande. L’exemple de la révolution russe a également montré de quoi la masse est capable. En 1906, le prolétariat russe n’avait ni organisations syndicales ni organisations politiques, et quelques années plus tard, dans le feu de la révolution, des organisations prolétariennes solides étaient forgées.

Il est nécessaire que nous ne sous-estimions pas notre force, la force élémentaire de la grande masse, car le danger de sous-estimer nos forces est plus grand que celui de les surestimer. Nous devons dire aux masses prolétariennes que si, après 50 ans de développement, nous comptons des millions dans nos rangs, cela ne nous autorise pas seulement à être fiers, mais nous oblige aussi à agir. Plus nous grandissons, plus nous sommes tenus de jeter tout le poids de notre masse dans la balance. Nous devons éclairer les masses et leur dire : lorsque les capitalistes se partagent le monde, nous sommes les héritiers de ces entreprises périlleuses. Nous devons montrer ce courage, cette détermination et cette absence de scrupules dans la poursuite de nos tâches que les révolutionnaires bourgeois ont manifestés, que Danton a résumés en disant que, dans certaines situations, il ne faut pour mot d’ordre que trois mots : de l’audace, de l’audace et encore de l’audace ! (Applaudissements tempétueux)


Notes

1. En 1904, dans le Sud-Ouest africain, les peuples herero et hottentot s’étaient soulevés contre la domination coloniale de l’impérialisme allemand. L’insurrection, qui avait le caractère d’une guerre de libération, se termina par une défaite lourde de pertes pour ces peuples, après que les troupes coloniales allemandes eurent agi pendant trois ans avec une extrême cruauté contre eux.

2. D’octobre 1912 à mai 1913, la Bulgarie, la Serbie, la Grèce et le Monténégro firent la guerre à l’Empire ottoman, qui se termina par une défaite de la Turquie. Cette guerre était, dans sa tendance principale, une guerre nationale contre la domination étrangère turque dans les Balkans. En raison de l’ingérence des grandes puissances impérialistes, elle mit en danger la paix en Europe.

3. Avec la victoire du parti conservateur aux élections de la Chambre des communes au Canada en septembre 1911, une domination de quinze ans de la majorité libérale prit fin.

4. Voir Karl Marx, Adresse inaugurale de l’Association internationale des travailleurs, dans Karl Marx et Friedrich Engels, Œuvres, t. 16, Berlin 1971, p. 13.

5. À la suite des partages de la Pologne en 1772, 1793 et 1795, les territoires occidentaux furent annexés par la Prusse, la Galicie par l’Autriche et les territoires orientaux par la Russie. En 1815, le Congrès de Vienne créa le royaume de Pologne (Pologne du Congrès), lié à la Russie par une union personnelle.

6. Dans le traité de paix de Londres, conclu le 30 mai entre les États balkaniques et la Turquie, celle-ci dut céder presque tous ses territoires de la péninsule balkanique aux États balkaniques.

7. Sous l’influence de la révolution en Russie de 1905 à 1907, un mouvement de masse bourgeois-démocratique se développa en Perse, conduisant à la limitation de l’absolutisme et à l’introduction d’un régime constitutionnel. Avec le soutien actif de la Grande-Bretagne et de la Russie tsariste, qui réprimèrent par la force armée les forces révolutionnaires dans le sud et le nord de la Perse, les forces réactionnaires réussirent à écraser la révolution à la fin de 1911.

8. Le 27 juillet 1900, Guillaume II avait, à Bremerhaven, adressé aux troupes de l’expédition de Chine un discours chauviniste d’incitation, devenu tristement célèbre sous le nom de « discours des Huns », les appelant à une extrême brutalité envers les combattants chinois de la liberté.

9. Le 7 mars 1904, August Bebel s’était exprimé au Reichstag sur l’attitude de la social-démocratie en cas de guerre d’agression de puissances étrangères contre l’Allemagne. Il partait alors de la constatation, souvent soulignée par Karl Marx et Friedrich Engels ainsi que par lui-même, et juste pour le XIXe siècle, qu’une guerre nationale de défense contre le tsarisme et ses alliés pouvait être possible et nécessaire dans l’intérêt du développement du mouvement ouvrier. Bebel n’avait pas vu que cette conception était dépassée du fait du changement du rapport de forces national et international à l’époque de l’impérialisme.

10. Fin 1913, un projet de loi militaire et financier fut présenté au Reichstag, prévoyant le plus grand renforcement de l’armée depuis la création de l’Empire allemand. Une partie des moyens financiers supplémentaires devait être obtenue par une contribution militaire exceptionnelle et par l’imposition de tous les patrimoines supérieurs à 10 000 marks, le reste étant reporté sur les épaules de la population laborieuse. Le groupe social-démocrate rejeta le projet, mais vota en faveur d’un prélèvement exceptionnel sur le patrimoine (la « contribution militaire ») et d’un impôt sur l’accroissement de fortune pour financer le projet militaire. Le vote avait été précédé de vives discussions internes, qui se terminèrent par la suppression de la résistance de 37 députés par les révisionnistes abusant de la discipline du groupe. Cette approbation signifiait l’abandon du principe « pas un homme ni un sou pour ce système ! ».

11. Cette déclaration avait déjà été faite le 3 décembre 1912 par l’opportuniste Eduard David au nom du groupe social-démocrate. Il soutenait la politique étrangère impérialiste et déclarait la social-démocratie allemande comme un soutien de la Triple Alliance, pour autant qu’elle fût une « alliance défensive ».

12. Après que la France et la Russie, ainsi que la Grande-Bretagne et la France, eurent déjà formé des alliances, la Grande-Bretagne et la Russie s’entendirent en août 1907 sur la délimitation de leurs sphères d’influence. Ainsi naquit la Triple-Entente comme bloc de puissance impérialiste.

13. Le 13 mars 1911, le ministre des Affaires étrangères Sir Edward Grey, à l’occasion de la présentation du nouveau budget naval à la Chambre des communes britannique, parla des possibilités de limitation des armements, notamment d’un traité avec l’Allemagne, les dépenses d’armement constituant selon lui une « hémorragie en temps de paix ». Le budget naval fut adopté et entraîna une augmentation de quatre millions de livres sterling par rapport à l’année précédente.

14. Ce n’était pas le ministre de la Guerre, mais le secrétaire d’État à l’Office impérial de la Marine, Alfred von Tirpitz, qui, le 6 février 1913, dans la commission budgétaire du Reichstag, déclara qu’il accueillerait favorablement un accord avec la Grande-Bretagne et que des négociations seraient possibles dès que celle-ci le souhaiterait et ferait des propositions.

15. En 1900, les impérialistes allemands prirent pour prétexte l’assassinat du représentant allemand à Pékin lors de l’insurrection des Ihétuans pour envoyer un corps expéditionnaire en Chine afin d’assurer leur expansion en Asie de l’Est. Avec les troupes d’autres puissances impérialistes, ils réprimèrent brutalement le mouvement de libération chinois.

16. Le 14 avril 1913 débuta en Belgique une grève politique de masse pour le suffrage universel, soigneusement préparée depuis juin 1912 dans tout le pays par un comité spécial sur les plans organisationnel, financier et idéologique. Environ 450 000 travailleurs y participèrent. Le 24 avril 1913, le congrès du parti ouvrier belge décida d’y mettre fin après que le Parlement belge eut décidé d’examiner la réforme électorale en commission.


Rosa Luxemburg

On peut lire aussi : en allemand, une brochure sur Internet : https://www.die-linke-in-leipzig.de/fileadmin/lcmssvleipzig/user/upload/Weltpolitische_Lage.pdf


mercredi 15 avril 2026

Liens historiques sur le nationalisme


 

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  • Socialisme ou Barbarie n°24, Prolétariat français et nationalisme algérien


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Quelques livres en vrac


La deuxième Internationale et l'Orient, Editions Cujas, 1967 [numérisé]

Les marxistes et la question nationale (1848-1914), Editions Maspero, 1974 [numérisé]

Le premier Congrès des peuples de l'Orient, Bakou 1920 [numérisé]

Fayet Jean-François – Karl Radek, Editions Peter Lang, 2004 [numérisé]

Revue Partisans – Le domaine nationale en 2 volumes, Editions Maspero, 1971 [numérisé]

Revue Partisans – Rosa Luxemburg vivante, Editions Maspero, 1969 Revue [numérisé]

INFOBREF N°578-mars,avril 2026

 


5 mars 2026 Alencontre Etats-Unis, Iran, Israël, Moyen Orient 0

Déclaration de l’IASWI contre la guerre

Par l’Alliance internationale de soutien aux travailleurs en Iran (IASWI)

[L’Alliance internationale de soutien aux travailleurs en Iran (IASWI-basée au Canada) est une campagne indépendante et non partisane créée en 1999 afin de renforcer la solidarité entre travailleurs et travailleuses pour la défense des droits et des luttes des travailleurs et travailleuses en Iran. L’IASWI est gérée par des bénévoles et n’est financée par aucun gouvernement ni aucune entreprise. Elle rejette les sanctions économiques et les interventions militaires impérialistes, et ses positions sont fondées sur l’opposition à l’exploitation capitaliste et la promotion de la solidarité internationale de la classe ouvrière.

La déclaration suivante de l’IASWI a été publiée à la suite des bombardements meurtriers et horribles perpétrés par Israël et les États-Unis. Elle déclare, en termes clairs et sans ambiguïté: «Cette guerre destructrice n’a pas pour but de libérer le peuple iranien. Au contraire, elle déforme, sape et détruit les luttes mêmes pour la liberté, l’égalité, les droits des travailleurs et travailleuses ainsi que la justice sociale et économique en Iran.»

Il s’agit d’un engagement fort et courageux en faveur de la résistance, de la lutte et de l’espoir. C’est une critique sévère à l’égard du soutien opportuniste et caricaturale du gouvernement canadien du premier ministre Mark Carney à l’attaque militaire conjointe du président américain Donald Trump et du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou contre l’Iran. La guerre est menée sans respecter les procédures internationales officielles d’intervention militaire en passant par les organes des Nations unies auxquels le Canada dit adhérer.

L’appel à la solidarité avec les travailleurs et travailleuses d’Iran – face à ces attaques motivées de façon hypocrite – est clair et stimulant. Il souligne un point essentiel: la résistance du peuple au régime corrompu du «capitalisme clérical» ne cautionne en aucun cas la guerre déclenchée contre l’État iranien. L’appel rejette les efforts visant à imposer le prétendu Shah, Reza Pahlavi, fils de l’ancien dictateur et Shah déchu. Il réaffirme que l’indépendance et la légitimité de la résistance des peuples ne peuvent être compromises par les efforts d’Israël et des États-Unis pour la saper. Elle affirme: «La classe ouvrière iranienne a été claire: ni les bombes, ni les sanctions économiques, ni le régime autoritaire n’apporteront l’égalité et la liberté. La voie vers la libération réside dans le pouvoir collectif indépendant des travailleurs, des femmes, des étudiants et des communautés opprimées elles-mêmes.»

L’IASWI appelle les travailleurs et travailleuses, les socialistes et tous les autres à manifester leur solidarité avec le peuple iranien, dans les termes les plus clairs. Nous condamnons cette guerre illégale contre l’Iran et l’abandon des négociations diplomatiques, sous la pression de l’État d’Israël et de ses alliés au sein de l’État américain. Nous assistons déjà à des crimes de guerre potentiels avec le massacre d’écoliers et le bombardement d’hôpitaux. Ceux-ci doivent faire l’objet d’une enquête immédiate.

L’intervention des États-Unis et d’Israël étend encore davantage la guerre et la destruction à travers le Moyen-Orient, dans la poursuite des objectifs expansionnistes et diplomatiques d’Israël, avec de graves conséquences pour la région et le monde. L’impact sur les travailleurs du monde entier de la flambée des coûts de l’énergie, de l’augmentation constante des dépenses militaires et du renforcement permanent des mesures d’austérité dans le domaine social se fait déjà durement sentir. Il est nécessaire d’insister pour que le gouvernement canadien évite toute implication directe ou indirecte dans le conflit, poursuive la reprise des efforts diplomatiques et élabore des propositions pour un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires, qui comprennent l’inspection approfondie et le désarmement des stocks nucléaires d’Israël. – IASWI]

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NON à la guerre!

L’Alliance internationale de soutien aux travailleurs en Iran (IASWI) condamne avec la plus grande fermeté la guerre lancée le 28 février 2026 par les gouvernements des États-Unis et d’Israël contre le territoire iranien. Présentée, entre autres mensonges, comme une «frappe préventive» et un «soutien au peuple iranien», cette agression montre clairement que la vie des civils, leur sécurité et leurs aspirations démocratiques ne sont même pas la moindre des préoccupations des régimes Trump et Netanyahou. Au cours des premières heures du bombardement, plus de 150 écolières de Minab, ainsi que des travailleurs de l’éducation ont été tués, beaucoup d’autres ont été blessés, et des hôpitaux et des quartiers civils ont été pris pour cible à Téhéran et dans d’autres villes du pays.

Cette guerre s’inscrit dans le cadre d’un programme plus large de changement de régime mené par les États-Unis et Israël, uniquement dans leur propre intérêt stratégique et sans aucun rapport avec les aspirations du peuple iranien à un avenir meilleur. Tout en prétendant soutenir la liberté en Iran, les gouvernements Trump et Netanyahou ont systématiquement saboté et mis en danger les manifestations populaires et les mouvements sociaux indépendants, imposé des sanctions économiques dévastatrices et promu des personnalités telles que Reza Pahlavi, qui a ouvertement approuvé cette guerre.

Retour au Shah?

Reza Pahlavi, le fils du Shah d’Iran déchu, a déclaré: «Mon cœur saigne pour les trois héros américains tués et les cinq blessés par le régime [iranien]. Le peuple iranien leur sera éternellement reconnaissant. À leurs familles en deuil: veuillez accepter notre immense amour, nos plus sincères condoléances et notre éternelle gratitude.» Il a également déclaré de manière honteuse: «Les Iraniens sont reconnaissants à Donald Trump d’avoir pris pour cible le régime oppressif et d’avoir offert une chance à la liberté. Le moment est venu pour un leadership fort et stable de concrétiser cette opportunité historique.» Pendant ce temps, il est resté silencieux sur le massacre d’écolières et d’autres civils.

Cette guerre destructrice n’a pas pour but de libérer le peuple iranien. Au contraire, elle déforme, sape et détruit les luttes mêmes pour la liberté, l’égalité, les droits des travailleurs et travailleuses ainsi que la justice sociale et économique en Iran.

Les travailleurs et travailleuses s’opposent aux guerres impérialistes

Les organisations syndicales et populaires indépendantes en Iran – notamment les associations d’enseignants, les travailleurs des transports publics, les travailleurs du pétrole et de la pétrochimie, les métallurgistes, les travailleurs de la canne à sucre, les retraités et les organisations de femmes et d’étudiants – se sont toujours opposées aux guerres impérialistes, au militarisme et à la répression du régime iranien. Ancrées dans les lieux de travail, les écoles et les communautés, elles ont maintes fois mis en garde que l’agression militaire étrangère et les politiques autoritaires nationales sapent leurs luttes pour le pain, la liberté, l’égalité des sexes et les droits démocratiques.

La classe laborieuse iranienne a été claire: ni les bombes, ni les sanctions économiques, ni le régime autoritaire n’apporteront l’égalité et la liberté. La voie vers la libération réside dans le pouvoir collectif indépendant des travailleurs, des femmes, des étudiants et des communautés opprimées elles-mêmes. Nous exhortons les mouvements syndicaux et socialistes du monde entier à continuer de soutenir la classe ouvrière iranienne dans ses efforts d’organisation contre les politiques capitalistes et répressives de la République islamique, qui a emprisonné des militants syndicaux, écrasé les syndicats indépendants, massacré des manifestant·e·s, exécuté des prisonniers politiques et imposé des politiques économiques néolibérales et corrompues qui ont dévasté les travailleurs.

Nous appelons tous les travailleurs et travailleuses, toutes les organisations et tous les individus épris de justice et de liberté à exiger de toute urgence:

  • Un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel.

  • L’arrêt de tous les bombardements et opérations militaires étatsuniens et israéliens, ainsi que des représailles des forces militaires iraniennes.

  • La protection des civils et un accès humanitaire complet, y compris la libération immédiate des prisonniers politiques [au nombre de 52’000] dont la vie est gravement menacée.

Nous exhortons en outre les travailleurs et les travailleuses, les syndicats, les socialistes et les organisations progressistes anti-guerre, ainsi que les militants internationaux, à se faire l’écho des voix et des revendications de la base en Iran en:

  • Renforçant la solidarité internationale contre le militarisme, l’impérialisme, le capitalisme, l’autoritarisme et la répression.

  • Soutenant les luttes du peuple iranien pour la liberté, l’égalité et l’autodétermination sans aucune ingérence de la part des gouvernements étrangers.

Le peuple iranien et la région n’ont pas besoin de bombes ou de bellicistes, mais de la solidarité des travailleurs et des personnes de conviction du monde entier.

Les États-Unis et Israël doivent immédiatement cesser de bombarder l’Iran!

  • Non à la guerre!

  • Cessez-le-feu immédiat!

Vive la solidarité internationale! (Publié par The Bullet le 4 mars 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

L’Alliance internationale de soutien aux travailleurs en Iran (IASWI) est une campagne indépendante et progressiste, basée entre autres au Canada, qui soutient les droits et les luttes des travailleurs et travailleuses en Iran. Son site web est workers-iran.org (temporairement indisponible).


jeudi 12 mars 2026

Golfe persique : de la guerre du pétrole à la guerre de l’eau

 
Deux articles éclairant sur les possibles graves conséquences de la guerre contre l'Iran. Outre des centaines de morts civiles, des centaines de milliers de déplacés, c'est la famine qui se pointe dans les pays les plus riches de la planète, ce qui confirme qu'il existe une denrée plus indispensable et vitale que le pétrole : l'eau !

Golfe persique : de la guerre du pétrole à la guerre de l’eau ?

026/03/12 at 11:45 AM

par Béchir Lakani


Une station de dessalement à Bahreïn a été endommagée dimanche par une attaque de drones iraniens. Et une frappe aurait également touché une usine en Iran. Dans une région où l’approvisionnement en eau potable dépend largement du dessalement, de telles attaques font planer la menace d’une crise humanitaire majeure pour les populations du Golfe, comme pour celles d’Iran.

L’eau sera-t-elle la prochaine arme stratégique dans le conflit armé qui prend de plus en plus d’ampleur au Moyen-Orient ? Les récents incidents autour d’installations de dessalement dans le Golfe persique laissent entrevoir un scénario inquiétant. A savoir celui d’une guerre où la ressource la plus vitale de la région serait directement menacée. Autrement dit, dans une région où l’eau est plus vitale encore que le pétrole, ces installations constituent des cibles militaires d’une importance capitale.

Voyons les faits. Le 8 mars, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, accusait les États-Unis d’avoir bombardé une usine de dessalement sur l’île de Qeshm Island, située au large du port stratégique de Bandar Abbas. Selon Téhéran, cette attaque  aura perturbé l’approvisionnement en eau d’une trentaine de villages. En représailles à cet acte hostile, un drone iranien endommagea le lendemain à son tour une station de dessalement à Bahreïn. Laquelle fournit notamment de l’eau potable à une base militaire américaine installée dans l’île. Ces attaques inédites marquent une évolution dont les conséquences sont imprévisibles. L’eau- une denrée rare et vitale pour cette région, l’une des plus désertiques de la planète- pourrait désormais être utilisée comme levier stratégique et militaire.


Dépendance  et vulnérabilité

Effectivement, l’eau douce étant une ressource quasi inexistante, il  en résulte que la plupart des États de la région reposent essentiellement sur les usines de dessalement pour alimenter leurs populations et leurs économies. Sachant que le Moyen-Orient qui est parsemé de plusieurs milliers d’installations réparties le long des côtes du Golfe, concentre près de 40 % de la capacité mondiale de dessalement.

Les chiffres illustrent cette dépendance extrême. Au Koweït, près de 90 % de l’eau potable provient du dessalement. La proportion atteint 86 % à Oman et environ 70 % en Arabie saoudite. Aux Emirats arabes unis, plus de 40 % de l’eau consommée est produite par ces installations. Ces infrastructures ont permis l’émergence des grandes métropoles du Golfe, de Dubaï à Doha en passant par Abu Dhabi. Car, sans eau potable produite par ces infrastructures, ces villes champignons construites au cœur de déserts arides seraient tout simplement inhabitables.


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[AST] La paix capitaliste est la source de la guerre impérialiste !

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Source en allemand : https://astendenz.wordpress.com/2025/10/20/der-kapitalistische-frieden-ist-die-quelle-des-imperialistischen-krieges/

Dans le capitalisme mondial, la paix ne peut être qu’un intervalle entre deux guerres, limité dans l’espace et dans le temps. Il ne peut y avoir de « paix mondiale » dans le capitalisme. Il y a toujours des conflits quelque part. En temps de paix, les États se préparent à la guerre en se réarmant militairement. Et en temps de guerre, ils se battent militairement pour créer les conditions de la prochaine paix. Dans la paix capitaliste, les prolétaires sont exploités : ils produisent pour le capital et l’État plus d’argent qu’ils n’en coûtent eux-mêmes sous forme de salaires. Et en temps de guerre, ils doivent tuer et mourir pour « leurs » États capitalistes exploiteurs. La paix capitaliste n’est pas une alternative à la guerre impérialiste, mais sa source.

Paix et guerre en Ukraine

Entre les États et les blocs d’États, la paix est la forme non militaire de la concurrence pour les sources de matières premières, les débouchés commerciaux et les sphères d’influence géopolitiques. À partir d’une certaine intensité, cette concurrence se transforme en guerre. Ainsi, les blocs d’États de l’impérialisme occidental, l’UE et l’OTAN, ont continué à étendre leur influence contre la Russie impérialiste par leur élargissement à l’Est. Lorsque le président ukrainien Ianoukovitch a refusé en 2013 de conclure l’accord d’association avec l’UE, notamment en raison de la pression exercée par Moscou, un mouvement social-réactionnaire s’est formé sur la place Maïdan, soutenu par l’impérialisme occidental, avec une aile pro-occidentale et démocratique et une autre ultranationaliste et néofasciste. Ce mouvement social-réactionnaire a renversé Ianoukovitch en février 2014 et établi un régime pro-occidental, tandis que l’impérialisme russe annexait la Crimée en mars 2014. Dans l’est de l’Ukraine, des « républiques populaires » pro-russes ont fait sécession. Une guerre civile s’est alors développée. L’Ukraine était soutenue par l’impérialisme occidental, les « républiques populaires » par l’impérialisme russe. Ainsi, la guerre civile en Ukraine était également une guerre impérialiste par procuration entre la Russie et l’OTAN.

En février 2022, l’impérialisme russe a directement attaqué l’Ukraine. Depuis lors, l’OTAN et l’UE mènent une guerre indirecte contre Moscou sous la forme d’une guerre économique de plus en plus intense, ainsi que d’un renforcement financier, militaire et des services de renseignement du régime ukrainien pro-occidental. L’Ukraine et l’Occident collectif s’utilisent mutuellement dans cette guerre par procuration contre la Russie. L’Occident dans son ensemble nuit à son rival impérialiste, la Russie, par le biais de l’Ukraine. Le régime ukrainien tente de rester dans ce jeu sanglant grâce à l’armement militaire fourni par l’Occident.

Cette guerre par procuration est menée tant par l’impérialisme russe que par l’impérialisme occidental, aux dépens du prolétariat mondial. Au début du carnage impérialiste, les prix de l’énergie et des denrées alimentaires ont fortement augmenté dans le monde entier. Cela a également représenté une lourde charge pour le prolétariat en Allemagne. Les syndicats de la DGB ont soutenu la guerre économique allemande contre la Russie. La « solidarité avec l’Ukraine » de l’impérialisme occidental va à l’encontre des intérêts des salariés de ce pays. S’ils travaillent, ils sont soumis à la dure exploitation capitaliste. De plus, ils sont recrutés en masse par l’État ukrainien. Ils sont censés tuer et mourir – pour les intérêts du régime capitaliste ukrainien et le jeu géopolitique de l’Occident collectif. Pour les salariés ukrainiens, leur « propre » État et l’OTAN/l’UE sont des ennemis de classe structurels au même titre que l’impérialisme russe.

La Russie est en passe de remporter la guerre sur le plan militaire. L’impérialisme américain sous Trump est tout à fait intéressé à mettre fin à ce carnage par une paix impérialiste négociée avec Moscou. Mais cela implique la cession de territoires ukrainiens à la Russie. Et Moscou exige également la neutralité militaire de l’Ukraine. Ni l’Ukraine, ni l’UE, ni les puissances européennes de l’OTAN ne sont disposées à faire des concessions importantes au Kremlin. Et la Russie ne souhaite pas non plus mettre fin à la guerre pour l’instant. Même la puissance de l’impérialisme américain n’est pas suffisante pour contraindre les deux parties à la paix. D’où l’hésitation de Washington entre les offres de paix à Moscou et la poursuite de la guerre.

Pour l’impérialisme allemand, la Russie est l’ennemi numéro un. Il s’arme contre elle. Et prépare ses citoyens à la guerre. Jouer avec le feu d’une guerre nucléaire, c’est le programme de l’État allemand. C’est la lutte des classes menée par les puissants contre le prolétariat. La gestion par l’État-providence de la misère produite par le capitalisme est vouée à se détériorer. Des canons plutôt que du beurre. Et peut-être que bientôt, les prolétaires allemands devront eux aussi tuer et mourir au nom de l’impérialisme allemand. D’abord dans des guerres par procuration, qui exacerbent considérablement le risque d’une destruction nucléaire massive.

La révolution mondiale plutôt que le pacifisme national

Le pacifisme revêt souvent un caractère très national. Alors que les responsables politiques allemands renforcent l’armement militaire de l’État et exportent des armes meurtrières vers des zones de guerre (Ukraine, Israël), les pacifistes nationaux aspirent à une nation allemande pacifique. Autrement dit, à un monde où les loups racontent de belles histoires aux moutons avant de s’endormir, sans les dévorer. Certes, les loups au pouvoir racontent effectivement de belles histoires aux moutons qu’ils gouvernent, mais c’est pour les endormir et ainsi mieux les dévorer. Le pacifisme national fait lui aussi partie des somnifères. Il ne désarme pas les États belliqueux et militarisés, mais le prolétariat engagé dans la lutte des classes.

Le pacifisme exige que les États cessent enfin de se faire la guerre. Ils doivent uniquement coopérer entre eux. Cette exigence contredit la concurrence impérialiste entre les États, qui se traduit militairement par des guerres. La diplomatie, que les pacifistes présentent comme une alternative à la guerre, n’est qu’une arme particulière de la concurrence entre États. Elle repose sur la puissance économique et militaire des États. Elle est une forme particulière d’imposition des intérêts impérialistes. Si les États peuvent imposer leurs intérêts de manière diplomatique et pacifique, tant mieux. Si ce n’est pas le cas, et que les dirigeants politiques estiment qu’ils peuvent et doivent mener des guerres pour défendre ces intérêts, alors ils le feront. La diplomatie prépare la guerre en temps de paix et la paix en temps de guerre.

Le pacifisme exige des États qu’ils désarment. Mais ils ne le feront pas, surtout en ce moment, alors que la crise capitaliste s’aggrave et que la concurrence inter-impérialiste s’intensifie. Il ne peut y avoir qu’une seule forme réaliste de désarmement : la destruction révolutionnaire mondiale de tous les États !

Une révolution mondiale ? Est-ce réaliste !? Eh bien, il est toujours possible que la lutte des classes mondiale se radicalise dans des situations exceptionnelles extrêmes et débouche sur une révolution sociale planétaire. En revanche, dans quelle mesure est-il réaliste de penser que les États cesseront de se faire la guerre et procéderont à un désarmement militaire significatif ?

Lutte des classes contre le réarmement et les exportations d’armes

En Allemagne aussi, la lutte des classes prolétarienne contre le réarmement, les exportations d’armes et la préparation à la guerre est absolument nécessaire. La forme la plus efficace de lutte des classes est la grève. Cependant, les grèves contre le réarmement et les exportations d’armes sont interdites en Allemagne. Dans ce pays, les « grèves politiques » sont considérées comme illégales. Seules sont légales les grèves organisées par les syndicats pour des objectifs négociables pouvant faire l’objet de conventions collectives, par exemple des salaires plus élevés et des horaires de travail plus courts. La grande majorité des syndicats soutient la politique de réarmement et de guerre de l’impérialisme allemand. Ils sont profondément intégrés à l’État allemand. Les grèves contre l’impérialisme allemand ne peuvent être que sauvages et organisées indépendamment des syndicats. Nous n’aurions rien contre le développement de telles grèves.

Traduction française : Les Amis de la Guerre de Classe



Le wokisme géopolitique des campistes ou la sanctification des conflits impérialistes

12 avril 2026 Robert Bibeau 39 Views

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Par Khider Mesloub.

Le campisme (choisir un camp géopolitique, notamment anti-occidental) ne se présente jamais comme une idéologie. Il se donne pour une évidence politique. Il ne discute pas : il désigne les camps. Il ne démontre pas : il distribue les rôles. Il ne pense pas : il classe. Et c’est précisément là que réside sa force, et sa dérive.

Comme le wokisme, dont il partage les structures profondes, le campisme est né d’un constat réel : l’hypocrisie des puissances occidentales, la violence de leur impérialisme, la manipulation médiatique. À partir de cette critique légitime, il s’est mué en une machine morale de tri géopolitique. Le monde n’est plus analysé. Il est jugé, puis immédiatement classé. À la structure des rapports de production se substitue une structure des positions : identitaires dans un cas, géopolitiques dans l’autre. La légitimité ne se déduit plus des rapports sociaux, mais de la position occupée dans une grille morale.

La géopolitique comme morale : le Bien contre le Mal

Le wokisme ne raisonne pas en termes de structures sociales, mais en termes de positions morales. Le campisme opère de manière identique. À la place de l’analyse matérialiste, il impose une grille rudimentaire : l’Occident est le Mal, ses adversaires sont le Bien. Peu importe la nature des régimes. Peu importe les rapports de production. Peu importe l’exploitation réelle des populations. La position géopolitique devient le critère absolu de légitimité. Ainsi, comme le wokisme classe les individus selon leur identité, le campisme classe les États selon leur position face à Washington (ou l’Occident en général). Ce n’est plus la réalité sociale qui fonde le jugement. C’est l’appartenance au camp.

Le wokisme a substitué à la hiérarchie sociale une hiérarchie des identités. Le campisme reproduit ce mécanisme à l’échelle internationale. Certains États parlent avec légitimité. D’autres doivent être condamnés par principe. La Russie, la Chine, l’Iran deviennent des acteurs « légitimes » du seul fait de leur opposition à l’Occident. Leurs crimes sont minimisés, relativisés, justifiés. À l’inverse, tout ce qui émane du bloc occidental est disqualifié a priori. Ce n’est plus l’analyse qui compte, mais l’origine du discours. Ce n’est plus la vérité des propositions qui est interrogée, mais la position de celui qui parle. La vérité ne vaut plus par ce qu’elle dit, mais par le camp auquel elle est rattachée.

Le wokisme fragmente le corps social en une multiplicité d’identités concurrentes. Le campisme fragmente le monde en blocs antagonistes. Dans les deux cas, le résultat est identique : la structure de classe disparaît. Les rapports de production, l’exploitation, la condition des travailleurs sont relégués au second plan. Ils sont remplacés par une lecture symbolique du monde : domination occidentale ici, résistance souveraine là. Mais cette opposition masque l’essentiel : dans tous les camps, ce sont les mêmes rapports sociaux capitalistes qui dominent. Des bourgeoisies d’État. Des travailleurs exploités. Des appareils répressifs.

Le campisme, comme le wokisme, produit une politique hyper-moralisée mais matériellement aveugle. C’est ici que le parallèle devient décisif. Le wokisme définit qui a le droit de parler. Le campisme définit qui a le droit de tuer. Dans la logique campiste, la violence n’est pas abolie. Elle est redistribuée, légitimée. Les bombardements occidentaux sont des crimes. Les bombardements russes deviennent des réponses. La répression occidentale est dénoncée. La répression iranienne est excusée. Ce n’est pas une critique de la violence : elle est légitimée selon le camp.

Le campisme n’abolit pas la violence. Il ne la condamne pas. Il ne s’oppose pas au meurtre de masse. Il trie. Il décide quelles morts scandalisent et lesquelles passent. Certaines violences sont dites barbares ; d’autres deviennent des ripostes, des nécessités, des actes de souveraineté. La question n’est plus : faut-il rejeter la mise à mort ? Mais : qui a le droit de tuer sans être disqualifié ? Toutes les morts ne se valent plus. Certaines sont pleurées, d’autres relativisées, d’autres effacées. Le campisme organise une hiérarchie du deuil et de l’indignation. Mais il ne fait pas que légitimer la violence : il blanchit ceux qui l’exercent. Dans le « bon camp », les bombes cessent d’être des instruments de domination. Elles deviennent des réponses. La violence est lavée par l’appartenance. Ce n’est plus l’acte qui compte, mais la signature. Et ce ne sont pas des « camps » qui tuent. Ce sont des États. Des armées. Des appareils répressifs. La redistribution morale du droit de mort, c’est une immunité accordée à certains. Derrière les récits, ce sont toujours des puissances organisées, armées, capitalistes, qui administrent la violence.

La guerre n’est plus comprise comme un moment des contradictions de classe, mais comme un épisode d’un récit moral. On ne demande plus quels intérêts elle sert, mais quel camp elle confirme. La mort est rendue acceptable, à condition qu’elle soit administrée par le « bon » camp. Ainsi se déploie la logique nécropolitique : décider qui peut vivre, et qui peut mourir, non pas selon une analyse des rapports sociaux, mais selon une grille morale.

OTAN vs BRICS : la géopolitique réduite à un conflit de légitimités

Dans cette logique, l’opposition entre OTAN et BRICS fonctionne comme une transposition géopolitique du schéma wokiste. Le wokisme distribue la légitimité à partir de l’identité. Le campisme la distribue à partir de l’appartenance à un bloc. L’OTAN incarne le pôle illégitime par essence. Les BRICS sont investis d’une légitimité automatique. Peu importe que ces États soient capitalistes. Peu importe qu’ils exploitent férocement leurs travailleurs. Peu importe qu’ils répriment, emprisonnent, tuent les dissidents. La position suffit. (Voir cet article important à propos des BRICS : La construction de la Forteresse America en prévision de la Troisième Guerre mondiale – les 7 du quebec et  https://les7duquebec.net/archives/304884

L’analyse disparaît au profit d’une assignation morale : l’OTAN est considérée comme structurellement  coupable,  et les BRICS légitimes. Ce schéma interdit toute pensée dialectique. Il devient impossible de penser ensemble que l’OTAN est un appareil impérialiste et que ses adversaires sont eux-mêmes des puissances capitalistes concurrentes. Cette double vérité doit être refoulée pour que la fiction morale du monde reste intacte. C’est précisément ce refoulement qui permet au campisme de maintenir la cohérence de son récit. La guerre n’est plus comprise comme un affrontement entre bourgeoisies. Elle est transformée en récit moral. L’OTAN administre la violence au nom de la «démocratie». Les BRICS au nom de la «souveraineté». Dans les deux cas : militarisation, exploitation, répression, gestion politique de la mort. Le campisme ne combat pas ces appareils. Il choisit celui qu’il légitime. Le campisme interdit certaines analyses au nom de « l’anti-impérialisme », qui se confond bien souvent avec un anti-américanisme primaire. Dire que la Chine est une puissance capitaliste devient suspect. Rappeler la répression sanglante en Iran devient « occidentaliste ». Parler des travailleurs exploités devient secondaire.

 

Comme toute idéologie morale, le campisme ne tolère pas ce qui fissure son récit. Le marxisme analyse le monde en termes de rapports sociaux. Le campisme, comme le wokisme, le reconstruit en termes de positions morales. Il ne demande plus : qui exploite ? Mais : qui est du bon côté ? C’est une régression majeure. Car une fois la morale installée, tout devient justifiable : l’exploitation, la répression, la guerre, à condition qu’elles soient exercées par les « bons ».

Wokisme / campisme : une structure miroir

Le wokisme et le campisme reposent sur une même matrice idéologique. Deux terrains. Une même logique à l’œuvre. Ces deux courants bourgeois obéissent aux mêmes mécanismes. La morale remplace l’analyse, la position remplace la réalité, la parole est disqualifiée selon son origine. Le réel est fragmenté, le conflit déplacé vers le symbolique, les légitimités distribuées de manière asymétrique. La violence n’est pas abolie, elle est justifiée. Le monde est réduit à un récit binaire. La critique est neutralisée : non réfutée, mais déplacée, fragmentée, redirigée vers des terrains qui ne menacent pas l’ordre existant.

Et au bout du processus, toujours le même résultat : la disparition de la lutte des classes, c’est-à-dire l’effacement du capitalisme comme objet central de critique. Le capitalisme comme système global disparaît derrière des catégories fragmentées, tandis que les rapports de production continuent d’organiser l’exploitation dans tous les camps.

Le wokisme et le campisme apparaissent comme opposés. Ils remplissent en réalité une fonction identique : moraliser le réel, fragmenter les dominés, neutraliser l’analyse matérialiste, rendre acceptable l’ordre existant. L’un parle le langage des identités. L’autre celui des nations. Mais tous deux neutralisent les conflits réels en les déplaçant vers un terrain aseptisé. Pendant que l’on classe et moralise, le capital exploite, les États militarisent, la guerre avance.

Le campisme n’est pas un anti-impérialisme. C’est un wokisme géopolitique. Et comme toute morale sans analyse, il ne libère rien : il classe, justifie, et accompagne l’ordre existant. Il ne produit pas des acteurs, mais des spectateurs qui classent, approuvent ou condamnent, sans jamais saisir les mécanismes qu’ils prétendent dénoncer. Il n’agit pas en acteur historique déterminé à transformer le monde. Il se contente de l’interpréter selon une grille idéaliste et particulariste, et d’applaudir les prétendues prouesses économiques et les victoires militaires fantasmées de ses maîtres.

En conclusion

L’observation de ces deux courants met au jour le fondement commun de leur idéologie bourgeoise. Le wokisme et le campisme émergent dans un moment historique précis : celui du reflux du marxisme, de l’effacement de l’internationalisme ouvrier et de la disparition du capitalisme comme objet  central de critique. Privée de cette grille matérialiste, la pensée se reconfigure en morale : identitaire dans le champ social, géopolitique dans le champ international. Dans les deux cas, le capital comme système global disparaît derrière des catégories fragmentées, tandis que l’État demeure l’opérateur central de la domination, organisant la militarisation, la répression et la gestion politique de la mort.

Ces deux courants ne produisent pas des acteurs capables de comprendre le monde pour le transformer, mais des spectateurs moralisateurs, assignés à juger, à classer, à prendre parti pour une identité ou un camp. Derrière leur  opposition apparente, ils participent d’un même mouvement : neutraliser la critique radicale, assurer la reproduction de l’ordre capitaliste mondial.

Au-delà de ces deux courants identitaires et campistes, reste à renouer avec la critique radicale du capitalisme pour rendre aux dominés leur capacité d’action, dévoyée par ces deux mouvements contre-révolutionnaires.

Khider MESLOUB






Rosa Luxemburg. Inauguration à Leipzig pour le 150e anniversaire : « La course aux armements et les guerres continueront tant que le capital régnera. »

  traduction https://chatgpt.com/fr-FR/translate/ « Tant que le capital régnera, les armements et les guerres ne cesseront pas. » Ces...