Voici un document datant du 25 08
2011 du CIP IDF, qui explique bien comment on passe du salariat à
l'auto entrepreneur de soi .Depuis il y a du nouveau avec un
concurrent redoutable qui est le travail du consommateur qui associé
à l' IA va générer des précaires et surnuméraires. Comme nous l'
avons signalé plusieurs foi , la machinerie s'est attaquée à
remplacer la force physique des hommes ( faisans travailler femmes et
enfants) l'informatisation de la société permet de remplacer la
force de travail du cerveau humain et de liquider tous les métiers
que la machinerie numérique intègre et connecte ( TIC plus l' IA).
G,Bad
DE
LA LOI EL KHOMRI AU RAPPORT BADINTER VIA LES ORDONNANCES MACRON ET LA
LOI SUR LE TÉLÉTRAVAIL
Publié, le jeudi 25 août 2011 |
Dernière modification :
lundi 23 juin 2014
La déprolétarisation était une politique d’individualisation,
de construction des intérêts individuels et de leur mise en
concurrence. Son but était d’affaiblir, autant que possible,
l’expression collective des classes laborieuses, toujours supposées
dangereuses.
Aujourd’hui, les politiques néolibérales [1]
n’affichent ni le même vocabulaire, ni le même programme que les
ordolibéraux. Elles n’en gardent pas moins le souci de
l’individualisation et de la concurrence pour les exacerber dans la
figure de l’entrepreneur individuel qu’elles introduisent aussi
dans le social.
Nous publions une série de textes issus d’une recherche
collective conduite par la coordination sur la précarité et ses
enjeux :
• Dette
objective et dette subjective, des droits sociaux à la dette -
Enquête collective
• La
précarisation et le morcellement du temps - Enquête
collective
•Techniques
de pouvoir pastoral : le suivi individuel des chômeurs et des
allocataires du RSA - Enquête collective
Déprolétarisation et nouvelle prolétarisation
Les inspirateurs et organisateurs de l’« économie sociale
de marché » de l’après-guerre en Allemagne, les
« ordolibéraux », préconisaient une politique
économique et sociale dont l’objectif principale était la
« déprolétarisation » de la population. Cette politique
se traduisait par la construction de petites unités de production,
des aides à l’accession à la propriété de son logement,
l’actionnariat populaire, etc. La déprolétarisation était censée
conjurer le danger politique de grandes concentrations industrielles,
où le prolétariat aurait pu s’organiser et devenir une force
politique autonome, à l’instar de la fin du XIXe siècle et du
début du XXe siècle.
L’État providence et la cogestion avec les
syndicats réformistes dans les entreprises permettaient d’organiser
un transfert de richesse réel vers les salariés, qui les impliquait
dans la gestion capitaliste de la société. Malgré une
« salarisation croissante de l’économie », « un
salarié également capitaliste n’est plus un prolétaire »
pouvait-on écrire [2].
La déprolétarisation était une politique d’individualisation,
de construction des intérêts individuels et de leur mise en
concurrence. Son but était d’affaiblir, autant que possible,
l’expression collective des classes laborieuses, toujours
supposées dangereuses.
Aujourd’hui, les politiques néolibérales
n’affichent ni le même vocabulaire, ni le même programme que les
ordolibéraux. Elles n’en gardent pas moins le souci de
l’individualisation [3]
et de la concurrence pour les exacerber dans la figure de
l’entrepreneur individuel qu’elles introduisent aussi dans le
social.
Comment le gouvernement néolibéral
intervient-il dans le social ? Il transforme le social en une
fonction de l’entreprise. Il intervient pour favoriser, pour
inciter, solliciter et contraindre chaque individu à devenir
entrepreneur de soi [4],
à devenir son propre capital humain.
COMMENT
ON GLISSE DU SALARIAT
AU CONTRACTANT : L' EXEMPLE DES
CORRECTRICES
Le néolibéralisme est, selon Foucault, un mode de gouvernement
qui consomme de la liberté. Pour ce faire, il doit d’abord la
produire et l’organiser. La liberté n’est pas pour les
néolibéraux une valeur naturelle qui préexiste à l’action
gouvernementale et dont il s’agirait de garantir l’exercice
(comme dans le libéralisme classique), mais ce dont le marché a
besoin pour fonctionner.
La grande différence entre le néolibéralisme contemporain et le
libéralisme keynésien est que la liberté qu’il s’agit de
fabriquer et d’organiser pour le premier est d’abord celle de
l’entreprise et de l’entrepreneur. On peut donc dire que les
libéraux pratiquent bel et bien une sorte de politique sociale,
puisque la société est, comme dans le keynésianisme, la cible
d’une intervention gouvernementale permanente. Ce qui change par
rapport à ce dernier, ce sont les objets et les finalités : il
s’agit de faire de la société un ensemble d’entreprises et de
faire du travailleur lui-même une entreprise individuelle. Les
politiques néolibérales impliquent des interventions étatiques
aussi nombreuses que les interventions keynésiennes :
cependant, à la différence de ces dernières, elles ne visent pas à
soutenir la demande mais l’offre. La concurrence et les inégalités
(écarts de revenus, de statuts, de formations) auraient le pouvoir
d’exciter la passivité du consommateur d’allocations chômage,
de RSA, de minima sociaux, pour l’aiguillonner à devenir acteur de
sa vie, gérant avisé de son capital le plus précieux, lui-même.
La concurrence et les
inégalités doivent contribuer à transmuter le travailleur en
capital humain appelé à assurer lui-même d’abord sa
formation permanente, mais aussi la croissance, l’accumulation,
l’amélioration et la valorisation de lui-même. Il devient son
propre capital qu’il lui faut faire fructifier à travers la
gestion de son carnet d’adresses, de son agenda, de sa vie conduite
selon la logique du rapport entre coûts, investissement et dette,
subordonné à la loi de l’offre et de la demande. Le voilà
devenu une sorte d’entreprise permanente et multiple. Ce qui est
alors demandé aux individus n’est plus seulement d’être
productifs au travail, mais d’organiser la rentabilité d’un
capital, celui constitué par sa propre personne. L’individu
doit se considérer lui-même comme un fragment de capital, une
fraction moléculaire du capital. Le travailleur n’est plus un
simple facteur de production, l’individu n’est pas, à proprement
parler, une force de travail, mais un « capital-compétences »,
une « machine-compétences », qui va de pair avec ce que
le livret ouvrier appelait au XIXe siècle une moralité, et que
Foucault décrira pour la fin du XXe siècle comme un « style
de vie, un mode de vie » [5],
une « forme de rapport de l’individu à lui-même, au temps,
à son entourage, à l’avenir, au groupe, à la famille » [6].
Cette métamorphose ne peut pas être opérée à travers les
augmentations salariales et les dépenses de l’État providence.
Les salaires stagnent et les dépenses sociales sont réduites et
consistent, de préférence, en aides pour l’entreprise et en
dégrèvements fiscaux pour les couches les plus riches de la
population.
Un système comme l’État providence arase, même à la marge,
les inégalités, il corrige les « irrationalités », il
régule les « excès » du marché : c’est selon la
logique néolibérale un système anticoncurrentiel. Pour les
libéraux, un système qui mutualise les risques fausse en effet la
concurrence, puisqu’il introduit de la justice sociale,
c’est-à-dire une logique non économique qui entrave le bon
fonctionnement du marché, alors même que le marché est perçu par
eux comme seul capable d’une distribution rationnelle et efficace
des ressources.
Comment donc assurer des ressources au salarié et à l’individu
qu’on voudrait transformer en entrepreneur, sans augmenter son
salaire ni en faire un « assisté » ? Par l’accès
au crédit ! On remplace l’accès aux revenus par l’accès
au crédit immobilier, à la consommation, aux assurances. La
politique américaine des subprimes promettait de, construire
la « société de propriétaires », comme le
récitait le président Bush. On a pu juger du succès de
l’entreprise en 2008, lorsque cette politique a porté ses fruits
et produit la plus grande crise financière, économique et sociale
depuis 1929.
Avec les néolibéraux, la déprolétarisation fait un bond en
avant dans les discours, mais elle se transforme dans les faits en
une
précarisation économique et existentielle qui est le nom
nouveau d’une réalité ancienne : la prolétarisation. Cette
nouvelle prolétarisation touche des couches importantes de classes
moyennes et de travailleurs de nouveaux métiers (les intermittents
du spectacle, par exemple), de ce qu’on appelait avant son
effondrement, la New Economy. L’entrepreneur de soi prend du
plomb dans l’aile, et son aspect devient moins flamboyant, moins
désirable qu’il ne le fut dans les années 1980 et 1990. Les
néolibéraux, en préconisant la déflation salariale et en
réduisant drastiquement les dépenses sociales, produisent
un entrepreneur de soi, plus ou moins pauvre, plus ou moins
endetté, mais toujours précaire qui doit gérer son employabilité,
son capital humain, ses dettes et ses difficultés économiques et
sociales, bref sa misère comme s’il gérait une entreprise.
En réalité, il n’est pas nécessaire et il
n’est pas requis non plus de monter sa petite entreprise
individuelle pour être entrepreneur de soi. Il suffit de se
comporter comme si on était patron de soi-même, d’épouser la
logique patronale, les attitudes entrepreneuriales, la façon de se
rapporter au monde, à soi et aux autres d’un chef d’entreprise
dans l’exploitation rationnelle de soi. Les stages que proposent
les institutions qui ont en charge les chômeurs, les allocataires de
RSA, les « assistés », contribuent de façon plus ou
moins crédibles à produire un sujet pour l’entreprise, ou
du moins un individu qui se soumet de bon cœur à ses sémiotiques
et à ses valeurs. La précarisation/prolétarisation, ne
signifie pas seulement un appauvrissement économique, mais aussi un
assèchement subjectif. Car celui qui la subit perd le contrôle de
son temps [7]
et de ses propres savoirs et savoir-faire. Ce phénomène est
particulièrement évident dans les secteurs les plus industrialisés
que notre recherche a étudié, l’audiovisuel.
1. La prolétarisation de différentes générations
Les politiques actuelles de l’emploi et les politiques du
workfare (qui visent à forcer, à inciter à l’emploi ceux
qui reçoivent des aides sociales) sont des politiques qui
introduisent, à des degrés divers, l’insécurité, l’instabilité,
l’incertitude, la précarité économique et existentielle dans la
vie des individus. Elles insécurisent non seulement la vie des
individus, mais aussi leurs rapports à toutes les institutions qui
jusque-là les protégeaient.
Les politiques libérales bloquent l’« ascension sociale »
que les générations précédentes considéraient comme un acquis de
la « modernité » et du développement du capitalisme. Le
« progrès », la sortie de la misère « paysanne »
vers le travail industriel et vers les « classes moyennes »,
semblent s’épuiser et se renverser dans une nouvelle pauvreté.
Nous trouvons des données comparables à celles
que nous avons établies lors de notre
première enquête sur les intermittents, dans des études qui
portent sur « les classes moyennes à la dérive » [8].
Le capitalisme contemporain, même pour des métiers comme ceux du
spectacle vivant et enregistré, où le niveau de formation est
supérieur à la moyenne, « n’est réellement porteur que
pour un dixième de la population des nouveaux venus, pour qui le
confort demeure incertain puisque se généralise un dispositif de
type « ² »²up or out« ² »², ascension ou
exclusion ». Nous retrouvons dans l’ensemble des
« classes moyennes » le phénomène de polarisation et de
fractionnement que nous avons constaté chez les intermittents. Seule
une « classe moyenne très supérieure » accède au
sommet du salariat privé (avocats d’affaires, experts-comptables,
cadres de la finance et management, etc.), mais « à l’autre
extrémité, la précarité va de pair avec la modestie du niveau de
vie ».
Les jeunes fils des « anciennes classes moyennes »
sont à la fois « surdiplômés » et
« surabondants » :« Pour les générations
âgées de trente à quarante ans aujourd’hui, tandis que le niveau
des diplômes croît, que les origines sociales s’élèvent, et
donc que les candidats potentiels à l’entrée dans les classes
moyennes abondent, la moitié des postes au sein des catégories
intermédiaires de statut public ont simplement disparu et leur
équivalent dans le privé ont connu une croissance trop lente pour
absorber l’expansion des candidatures. Ce décalage n’est nulle
part aussi profond que pour ces catégories intermédiaires. »
Nous avons comparé deux générations différentes, lors de deux
ateliers réunissant l’un des nouveaux entrants dans le régime de
l’intermittence et l’autre des intermittents qui y sont depuis de
nombreuses années. Les conclusions convergent et elles représentent
la réalité de la plupart des salariés qui travaillent dans ces
métiers.
Les extraits de l’atelier des « nouveaux venus »
dans le régime de l’intermittence mettent en lumière la condition
de ce qu’en Italie on appelle la « génération 1 000
euros », en Espagne et en Grèce, la « génération
700 euros ». Ce sont les revenus avec lesquels les jeunes,
en moyenne, vivent dans les différents pays d’Europe.
Une jeune comédienne explique qu’avec les petits boulots
qu’elle faisait (standardiste), elle n’arrivait pas à vivre et
que ses parents étaient obligés de l’aider.
Comédienne 2 : « J’arrivais à vivre
difficilement et quand j’avais envie de faire autrement, ma mère
me filait un petit billet. »
Elle s’est sentie immédiatement mal à l’aise, presque
coupable.
Comédienne 2 : « J’ai vingt-deux ans. Non, j’ai
trente ans ! C’est vrai que le billet à trente ans, c’est
un peu dur. Parce que la subordination à ses parents... À trente
ans, on a aussi envie de projeter des choses. »
Le néolibéralisme a introduit une discontinuité entre
générations, puisque, même très bien formés, les jeunes (comme
ceux qui ont participé à l’atelier), se trouvent dans une
« galère » qu’ils ne considèrent pas comme un passage
de la formation à l’emploi, une initiation à la vie adulte, mais
comme une condition permanente, comme un mode de vie qu’ils doivent
assumer, à leur corps défendant, sans compter sur le concours de
l’État (le régime de l’intermittence, c’est un « plus »
et une chance qui, de toute façon, « est destinée à
disparaître »).
Comédien : « C’est difficile de faire comprendre
ça à une génération qui n’a pas eu à subir ces choses-là.
Mais en même temps, ils commencent à nous comprendre, ils
commencent à voir. Ça devient une réalité pour eux aussi. »
Comédienne 2 : « Ils commencent à comprendre que
c’est plus difficile pour nous que pour eux. Mais quand tu dis que
tu n’a pas d’argent, ils ne le comprennent pas. Quand tu vas
comparer les prix au supermarché, on te dit : « Mais
enfin, prends celui- là, c’est plus joli, c’est mieux ».
Mais non, moi je compte, parce que la vie est difficile. La
situation actuelle est difficile, j’ai du mal à faire mes courses.
Ils peuvent l’entendre comme une abstraction, mais pas
concrètement. »
Comédien : « J’adore la phrase « ² »²
Mais ça coûte rien, ça coûte 60 euros « ² »². Ça,
on l’entend tous les jours. »
Comédienne 2 : « J’ai fait un scandale dans une
queue, devant une caisse de supermarché. On avait acheté plein,
plein de trucs, on avait fait les courses pour une compagnie... Donc
on avait plein de choses, et il y avait une différence de 7 euros
dans la note. La nana derrière nous était excédée par le temps
qu’on avait pris pour recompter et elle commence à nous dire
« Ca va aller, pour 7 euros ! Tant pis quoi ! »
À ce moment-là j’étais payée 6 euros 44 centimes net de
l’heure... 6,44 euros c’est une heure de standard. Ce n’est pas
une heure à bouquiner dans un parc. C’est une heure en uniforme,
avec une minijupe, à sourire à des gens qui te prennent pour...
Bref. Et là, c’est parti très, très vite. On peut bien
comprendre que la situation des jeunes est difficile, mais quand même
7 euros, faut pas déconner ! »
L’appauvrissement économique s’accompagne d’un
appauvrissement subjectif, c’est-à-dire d’une dépendance qui
génère une infantilisation qui se prolonge dans la vie et dont on
ne voit pas le bout. Ce phénomène de jeunes qui prolongent à
l’infini ce qui autrefois n’était qu’une étape dans la vie
professionnelle, touche tous les pays d’Europe. Les « jeunes »
sortent de plus en plus tard du foyer familial et dépendent encore,
si les familles le peuvent, de leur aides.
M. S. : « C’est sûr qu’il y a un rapport à
ce que c’est-ce qu’être jeune aujourd’hui... Moi, j’ai
trente-trois ans, et on est des petits, petits, petits. Aux yeux de
l’institution, on débarque, on est des poussins. Alors que j’ai
quand même trente-trois ans. Il y a quinze ans, des gens de mon âge,
étaient bien plus assis. Je dis ça, parce qu’il y a une
précarisation, une infantilisation qui va avec la précarisation. »
Comédienne 2 : « Ça crée un âge qui n’existe
pas. On n’est plus des ados, on n’est plus des enfants, mais on
n’est pas tout à fait des adultes. Moi, je n’ai pas eu de frigo
pendant x milliards d’années, parce que dans l’appartement
précédent, c’était trop petit, et je n’avais de fric. Je
pouvais mettre des choses au frais sur la fenêtre, l’hiver,
c’était tout ! Finalement j’ai acheté un frigo, et quand
les mecs sont venus me le livrer, ils ont dit : « Ah !
Une étudiante dans un appartement d’étudiante ». Et ben,
non ! J’ai trente balais, et j’en ai marre. »
Comédien : « Cette situation commence à me peser
considérablement. Ca me pèse. C’est humiliant ! »
Comédienne 2 : « C’est ça, c’est humiliant. Et
je me demande si on va arriver au même phénomène qu’en Italie,
des gens qui ne partent plus de chez leurs parents. Qui ont trente,
quarante ans et qui ne partent pas parce qu’ils n’ont pas les
moyens de le faire. »
Les politiques libérales de l’après-guerre étaient encore des
politiques « progressistes » qui, tout en dépolitisant
la relation de travail et les relations sociales, assuraient une
montée dans la stratification sociale. La force du capitalisme
tenait à cette sensation, peu importe qu’elle ait été réelle ou
fantasmée, de « progrès continu ». Aujourd’hui, le
sentiment qui prime est celui du blocage et/ou du déclassement.
Comédienne 2 : « Oui, c’est exactement ce que je
vis. Mes parents n’avaient pas peur, car mes arrière-grands-parents
étaient dans une merde noire. Pour mes grands-parents, ça allait un
peu mieux, et pour mes parents ça allait encore mieux. Donc, moi
j’avais en tête la même idée que mes parents : il n’y a
pas de raison que ça ne continue pas, ça va aller mieux ou ça va
aller pareil. »
Comédien : « Nos parents ne pouvaient pas imaginer
que ça pouvait être difficile pour nous au niveau du caddie. Le
caddie, on pensait que c’était quelque chose qui était un petit
peu résolu. »
Comédienne 2 : « Mes parents ont encore du mal à
réaliser notre situation. »
Un intermittent, avec vingt-deux ans d’expérience dans le
métier de la prise de vue, a la même appréhension subjective de sa
condition. Et pourtant, il n’est jamais sorti du régime, il a un
bon salaire, une maison (payée à crédit) mais, et notamment à
partir de 2003, un sentiment de précarité et d’insécurité
s’installe. Plusieurs éléments indiquent une précarisation.
« C’est l’effet double peine : non seulement
nous sommes précarisés par notre situation, avec un système de
travail à la journée, de l’ultra court, mais le changement de
statut, les modifications du régime d’assurance chômage, rajoute
un petit piment dans cette histoire. Donc la pression qu’on nous
mettait comme précaires, nous est imposée d’autant plus
facilement aujourd’hui qu’en plus on nous réduit les Assedic.
Tout est mêlé, l’avènement de la technologie numérique et la
TNT dans le milieu télé, plus la précarité, plus l’application
des nouvelles conventions collectives [soit l’application
stricte des salaires minima], font que c’est une espèce de
salmigondis nocif pour nous. Tout part à vau-l’eau. C’est super
triste. Je n’ai jamais perdu mon statut, mais je me demande ce qui
va se passer à la rentrée... Malgré vingt-deux ans d’expérience :
j’ai tout filmé, la guerre, les accouchements, les matchs de foot,
les cocktails Molotov... Je me suis pris des beignes dans la
gueule... je suis allé à la Maison Blanche, à l’ONU... »
Nous retrouvons, dans une situation complètement différente de
celle des nouveaux entrants, le même sentiment de déclassement,
d’insécurité, et de peur de l’avenir, accentué du fait que,
contrairement aux jeunes générations, il a connu une situation
« meilleure ».
« Socialement, toutes ces années, on a cru qu’on était
des employés normaux. Je pensais que je pouvais vivre la vie que mes
parents ont vécue, j’ai cru ça. J’ai des crédits, j’ai une
maison, paye des impôts, mais ai l’impression que tout ça est
construit sur pilotis et que du jour au lendemain ça peut
s’effondrer ! Que, du coup, je me serais fait croire à une
vie professionnelle et sociale conventionnelle, juste parce qu’on a
des salaires, que le boulot roule. Est-ce ma nature anxieuse qui me
fait penser ça ? Je n’en n’ai pas le sentiment, je sais
qu’aujourd’hui encore, après vingt-deux ans d’exercice, je
peux me dire : ça peut s’arrêter demain. »
Ce processus de précarisation s’accompagne le plus souvent,
notamment pour les chômeurs et les allocataires, par une injonction
à devenir actif, autonome, par une sollicitation à sortir de
l’assistance, pour prendre son destin en main, pour devenir
« entrepreneur ». Même si vous ne devenez pas réellement
entrepreneur, on vous invite à en épouser le langage et le
comportement. Dans le néolibéralisme s’installe une étrange
mixité de précarisation/prolétarisation et de discours
entrepreneurial.
2. Devenir une petite entreprise, de la misère à la
pauvreté : entretien avec un animateur d’établissement
culturel de formation
La précarisation/prolétarisation réclame des solutions
institutionnelles inédites. Une nouvelle sensibilité se fait jour
désormais, qui mise sur l’engagement entrepreneurial des
précaires, des pauvres et des « assistés ». Nous avons
rencontré différentes modalités de cet engagement. Elles
convergent toutes sur la nécessité de responsabiliser, de
mobiliser, d’impliquer les individus en les tenant responsables de
leur propre sort (version libérale) et de les transformer
d’« assistés » en acteurs de leur propre destin
(version social-démocrate).
La Ville de Paris, comme la plupart des partis politiques et des
institutions de l’État providence, ne croit plus à la viabilité
économique des droits sociaux, et elle ouvre des centres
expérimentaux pour former les individus à devenir, à se
penser et à agir comme des microentreprises. La politique de
l’emploi est en train de se muer en politique visant à la
création, pour les chômeurs, les précaires, les « assistés »
(allocataires du RSA), de leur propre emploi.
Le sens de cette démarche est très bien explicité dans cet
entretien avec le responsable de l’un des programmes financés par
la Mairie de Paris pour expérimenter des nouvelles formes
d’autoemploi, pour la transformation des artistes (notamment les
plasticiens) au RSA en entreprises individuelles.
Le responsable de ces stages, comme la grande majorité des
personnes qui animent les cours de formation pour chômeurs et
allocataires que nous avons interviewés, ne croit pas à la
possibilité de pérenniser le régime de l’intermittence et, plus
généralement les droits sociaux. « L’intermittence,
c’est fini, elle n’est plus viable économiquement. (...)
L’intermittence est bien parce que elle a reconnu l’artiste comme
salarié, mais elle le met dans une posture d’assisté ».
Le suivi, sur deux ans, de l’artiste au RSA, par une équipe de
comptables, experts en droit de l’entreprise, en marché de l’art
etc., est symptomatique de ce mariage improbable entre la logique de
l’entreprise et la réalité de la précarité et de la pauvreté.
Le but, nous a expliqué le responsable, est de « faire
passer l’artiste de la misère à la pauvreté » à
travers la constitution d’une petite entreprise. Le « nirvana »
(autre expression employée par l’interviewé) pour ces artistes
reconvertis en petits entrepreneurs est d’arriver à faire un
chiffre d’affaire égal au SMIC, puisque dans les conditions
actuelles, il n’y a pas d’autre alternative que de devenir une
petite entreprise, que d’apprendre la comptabilité, que d’assumer
la façon de penser, de voir le monde et de se comporter de
l’entrepreneur. Et pour ce faire il faut opérer une reconversion
« subjective ».
Il faut signaler que cette orientation est
partagée par un grand nombre de personnes, d’institutions et de
syndicats, même si elle n’est jamais ouvertement énoncée dans
des situations officielles. L’intérêt de cet entretien réside
dans le fait qu’il synthétise de façon paradigmatique un discours
ambiant. La nécessaire redéfinition des droits sociaux, tels qu’ils
ont été institués dans l’après-guerre, débouche sur des
discours et des pratiques paradoxales, dont cet entretien est un très
bon exemple : on veut faire sortir les « pauvres »
(dans ce cas les artistes) de l’« assistance » et on
construit une petite entreprise qui sera aussi et inévitablement
« assistée » puisque non viable du point de vue
strictement économique, comme nous a confié le responsable (« On
continue à les accompagner après la fin du stage »), on
veut rendre les personnes « autonomes » [9]
et on les suit pas à pas, on les conseille, on les sollicite, on les
coache.
La logique de cette formation n’est pas aussi féroce que celle
de l’idéologie libérale, au contraire, puisqu’elle émerge d’un
milieu associatif, mais le résultat est le même :
l’individualisation. Les droits sociaux sont pour tous, ils
impliquent solidarité, mutualisation et engendrent des luttes, des
formes de résistance et d’organisation collectives. Ici, par
contre on apprend « le chacun pour soi » et le « marché
pour tous ».
L’individualisation visée par cette formation est spécifique,
puisque elle est aidée, soutenue, sollicité par le « social »,
organisée par des acteurs du monde associatif et culturel.
L’individualisation constitue un renversement de la
logique de mutualisation et de solidarité du mouvement ouvrier.
Les premières formes du mouvement ouvrier organisaient le passage de
l’intérêt individuel à la mutualisation des ressources, de la
débrouille individuelle à la solidarité et l’entraide
collectives, tandis qu’aujourd’hui, ce que l’on voit se
dessiner est la mobilisation de financements, des personnels, de la
formation, des espaces et des structures pour former un « individu
entrepreneur ».
Ce qui se produit ici à un niveau micropolitique, informe la
logique des institutions de l’État providence au niveau
macropolitique.
À partir de la figure de l’artiste au RSA reconverti à la
petite entreprise, on expérimente la construction d’une force de
travail flexible, mobile, adaptable et qui fonctionne à bas coûts.
Le régime de l’intermittence assure une « continuité de
revenus » en intégrant la discontinuité et la précarité du
salaire par des allocations « chômage » à des métiers
qui fonctionnent sur le « multiemploi », le
« multiemployeur ». L’expérimentation veut substituer
à l’agencement de salaires et d’allocations de l’intermittence
une simple « continuité salariale » garantie par
l’autoentreprenariat. Comment assurer une continuité des revenus
pour une personne qui exerce plusieurs emplois pour différents
employeurs, une fois que les droits sociaux (à l’intermittence)
fonctionnent pour un nombre de plus en plus restreint d’ayants
droit ? Par l’entreprise individuelle.
« Ce qui m’intéressait, c’est de trouver aujourd’hui
des solutions - et là je pense qu’on est en train de les trouver -
pour permettre, dans le champ artistique, de croiser trois choses :
le multiemploi, le multiemployeur – si besoin – et la continuité
salariale. »
« L’idée, c’est : des artistes en CDI, le CDI
ne voulant plus dire grand-chose à l’heure actuelle. On n’est
pas plus protégé en CDI qu’en CDD, presque moins. Donc une
continuité salariale, avec un salaire à temps plein, si possible,
avec les activités artistiques au centre de cette activité à temps
plein, sans que ce soit la totalité. Et là je pense qu’on est en
train, depuis deux ans, d’expérimenter des formes, et on verra si
on a raison ou pas. Il y a deux ans qu’on expérimente, et là on a
trouvé une solution intéressante, au-delà de ce que demandait la
Ville de Paris. »
Les risques, les coûts – économiques, sociaux et subjectifs –
de la précarité inévitablement liés au multiemploi et aux
multiemployeurs, ne sont plus socialisés et relativement mutualisés,
comme dans le régime de l’intermittence, mais assumés
individuellement : le passage de l’« assistance »
à l’« autonomie » se résume fondamentalement à cette
responsabilisation dans la création de sa propre « continuité
salariale ». Le travail « artistique » ne suffit
pas, il faut donc cumuler plusieurs petits boulots et les gérer
selon une logique entrepreneuriale.
« Le troisième cercle, c’est l’emploi de complément.
Par exemple, moi, je suis électricien dans le bâtiment, et je
faisais des chantiers pour m’en sortir. L’art comme moyen sera
une nourriture pour l’expression artistique, plus les chantiers
nourriciers déclarés pour boucler mon Smic dans ma microentreprise.
Et si l’an prochain je n’en ai pas besoin, j’arrête le
multiemploi avec un emploi unique, et pas forcément lui-même, car
je demande aux gens de s’associer avec d’autres, en SARL ou en
association. En général, je propose l’association. »
Le responsable de la formation ne croit pas à la reconversion
professionnelle de l’artiste et il a intégré la fin de la logique
du « plein emploi ». La sortie de la logique du plein
emploi se fait en transférant le mode de fonctionnement de
l’intermittence, telle qu’elle existait avant 2003, à
l’entreprise individuelle. Jusqu’en 2003, on pouvait ouvrir des
droits à l’intermittence en cumulant des heures d’emploi
exercées dans le « régime général ». Aujourd’hui,
ce n’est plus le cas puisque le nouveau protocole interdit cette
possibilité, donc c’est l’économie de l’« entreprise »
qui doit pouvoir organiser et rendre viables le cumul de différents
emplois et employeurs.
« Moi, je ne crois pas à la reconversion de l’artiste
[voir les référents RMI, complètement perdus devant les artistes,
qui leur disent : « ² »² Si vous pouviez
trouver du boulot dans la boulangerie, ça nous arrangerait bien
« ² »²]. Et donc on travaille beaucoup plus sur
la structuration économique de l’artiste, même s’il ne trouve
pas toutes ses ressources dans le secteur artistique, loin de là,
mais pour que son œuvre soit au centre de sa réflexion économique.
Et si on monte un plan économique pour cet artiste ce sera bénéfique
pour sa création, et pas le contraire. Ce qui ne veut pas dire que
l’ensemble de son travail soit occupé par son art. Ce que je dis :
le plan économique peut aller de l’emploi de complément à la
vente d’œuvres, et il doit être bénéfique pour sa création
d’art. De ça, on est bien d’accord avec l’artiste. »
Au lieu de penser et d’organiser l’extension du fonctionnement
de l’intermittence – qui, dans sa version d’avant 2003, était
le régime qui couvrait le mieux les risques de la discontinuité de
l’emploi et du revenu – à d’autres « métiers
culturels » et à toutes les catégories d’emplois
discontinus et précaires, au lieu de formuler à nouveaux frais ce
que Robert Castel définit comme la « richesse sociale »
(les droits sociaux comme « droits de propriété de ceux
qui ne sont pas propriétaires »), on pense à comment
donner un statut d’entreprise individuelle aux « artistes ».
Le responsable, tout en reconnaissant que seule l’intermittence
peut garantir, dans les conditions d’emploi discontinu et de revenu
discontinu, de « vivre de son art », l’écarte comme
possibilité.
« Pour nous, les plasticiens, c’est le cœur de cible,
avec aussi les cinéastes, vidéastes et écrivains. Mais, à la
différence de Pratique caméra, on est dans le champ de la création
d’entreprise culturelle et non dans l’industrie culturelle ou sur
un marché existant.
Il y a trois milieux différents. Face aux
cinéastes, vous avez l’industrie culturelle ; face au
spectacle vivant, c’est un milieu et un marché structurés de
lieux portés par des collectivités territoriales, des institutions
culturelles ; pour les plasticiens, il y a un microcosme formé
par les galeries, trois musées et cinq collectionneurs... Donc le
marché, c’est dix plasticiens qui vivent de leur art et tout le
reste égale rien. Donc, avec le spectacle vivant et le cinéma, on
est dans des milieux structurés et salariés, alors qu’avec l’art
plastique, tout est à faire, on est dans l’économie du XIXe
siècle : l’artiste indépendant qui vend ses œuvres, comme
le tâcheron vendait son travail ; alors que d’autres se sont
salariés, structurés. Le gros avantage de l’intermittence, c’est
que cela a permis de transformer l’artiste indépendant en salarié,
donc de lui faire gagner de la protection sociale, alors que dans le
champ de l’art plastique, on a en face de soi des travailleurs
indépendants où il y a moins de protection sociale, ce qui
correspond à l’économie du XIXe siècle : le journalier, le
tâcheron, le petit commerçant en son nom propre, ou l’artisan en
son nom propre. C’est le XIXe siècle, plutôt que la SARL
d’aujourd’hui avec la protection sociale qui est nécessaire à
nos époques. »
« Et si on leur dit : « ² »² Vous
allez gagner votre vie avec l’art « ² »², on leur
ment. Seule l’intermittence permet de vivre grâce aux indemnités
chômage, en fait. Or, dans l’art plastoc [sic], ça
n’existe pas. Donc, il s’agit d’être inventif. »
La constitution et la gestion de la petite
entreprise individuelle impliquent une transformation du mode de vie
de l’artiste qui ne va pas de soi. Pour s’accoutumer et apprendre
ce nouveau style de vie, cette façon de penser et d’agir,
l’institution de formation met en place un suivi individuel qui
durera deux ans. Toute une noria d’experts, de comptables, de
conseillers culturels sont mobilisés, qui finalement, sous
couverture de savoirs techniques, travaillent à la production de
nouvelles subjectivités.
Des structures prestataires, qui ne font
pas partie de l’État providence, qui ont une origine associative,
assument les mêmes méthodes de travail avec les « usagers »,
puisque ce suivi n’est qu’un avatar du pouvoir pastoral dont nous
avons parlé à propos du suivi individuel des allocataires du
RSA [10].
« On a une séance individuelle assez importante avec
Claire, l’artiste, et moi – sur son point de départ et son point
d’arrivée – et, à partir de là, je trouve la formule la plus
intelligente pour faire fonctionner son économie de vie par rapport
à son projet artistique : le dossier de présentation, le
budget prévisionnel, la structure juridique, la recherche de
financement, les moyens de communication... »
« Moi, ce qui m’intéresse, ce n’est pas les deux ans
[la durée du suivi], mais que le projet réussisse et qu’ils
soient salariés de leur petite entreprise. »
L’artiste bénéficiaire du RSA passe d’un suivi individuel à
un autre. La dépendance que les politiques sociales imposent, se
poursuit dans un cadre plus convivial, mais tout aussi contraignant.
Et le suivi se poursuivra au-delà de deux ans puisque les artistes
jeunes entrepreneurs continuerons à être suivis, conseillés,
guidés.
De l’« assistance », à l’« autonomie »,
il n’y a pas beaucoup de différence, vous êtes toujours sous
l’œil d’un coach.
« Ils viennent du RSA, ils sont très fragiles, pas de
capital. La première année, au premier incident, logiquement, ils
tombent. Et c’est pourquoi on les met dans un groupement
d’employeurs qui va avoir en son sein un personnel commun, et
[pour la personne,] soit sa propre organisation lui suffit et elle
se débrouille toute seule, soit elle demande à être salariée du
GE [Groupement d’employeurs] qui va la payer et qui va
facturer le coût de sa structure. Et s’il y a un couac, pendant
deux mois, l’ensemble du GE paie et va lui proposer un travail pour
les deux mois où elle n’a pas pu payer le GE. »
On pourra bien attribuer les meilleures intentions du monde à
cette association prestataire de la Ville de Paris et à ses
animateurs. Le résultat est dans la production de ce que nous avons
défini : l’entrepreneur pauvre et/ou endetté. Pauvre et
endetté, mais entrepreneur, comptable, gérant de sa « propre
pauvreté ». On comprend la réticence des artistes :
pourquoi se donner du mal, s’investir dans une logique
entrepreneuriale, pour passer de la « misère » à la
« pauvreté » ?
« Parce que moi, mon but, c’est de faire passer les
gens de la misère à la pauvreté. Moi, je suis pour l’éloge de
la pauvreté. Quatre milliards de pauvres, on y arrivera ; pas
quatre milliards de riches. Moi, je suis pragmatique. Un Smic, c’est
1 100 euros par mois plus les charges. Donc, avec un CA de 25 000
euros, on arrive à se salarier au Smic. Vous passez de la misère,
avec le RSA à 400 euros par mois, à la pauvreté avec 1 100 euros
par mois, à une pauvreté digne. »
Même à partir des paroles de ce responsable, on peut arriver à
comprendre qu‘il y a des « résistances et des
réticences ». Les gens ne sont pas dupes. Ils ne
comprennent pas pourquoi il faudrait faire cette reconversion
subjective qui les transforme en petits entrepreneurs de leur propre
pauvreté, pour gagner un peu plus que les allocations, en changeant
de mode de vie, de façon de penser et d’approcher le monde.
Beaucoup de ces artistes ce sont engagés dans la production
d’œuvres, comme dit notre interviewé, poussé pour faire autre
chose que le travail salarié, pour ne pas être dans la logique
concurrentielle, pour ne pas « perdre sa vie à la gagner ».
« Certains sont prêts à créer leur micro-entreprise,
et je leur dis : « ² »² Allez-y ! « ² »²
Eh bien, non ! Ils ne veulent pas le faire... car nous sommes
dans une société du « ² »²gagner-son-pain« ² »²,
et eux dans un univers du besoin de créer. Cela se traduit par un
conflit avec la société, entre leur besoin de créer et le temps
nécessaire pour gagner leur vie. Et ils vont privilégier l’œuvre
au gain, donc, et vont tomber dans une trappe d’inactivité
sociale. Et leur dire : « ² »² Faites
boulanger ! « ² »² Non ! J’ai plein
d’artistes qui sont de très bons électriciens et de très bons
peintres, mais s’ils font ça, ils se remettent à boire, à se
droguer, etc. Car s’ils sont tombés dans l’alcool, c’est
qu’ils ne supportaient plus leur travail de gagne-pain. Donc, ça
ne marche pas. »
« Si vous dites à quelqu’un tout seul :
« ² »² Crée ta micro-entreprise « ² »²,
il se dit : « ² »² Je gagne 10 000 euros, je
vais en gagner 25 000 « ² »². Mais il se dit aussi :
« ² »² Je connais le RMI, pourquoi vais-je me mettre
dans un tas d’emmerdes ? « ² »² Je crois qu’on
peut avoir 60 à 80 % de consolidations, c’est-à-dire des
gens qui, au bout de deux ans, auront une entreprise solide. »
(Nous n’avons pu vérifier cette affirmation.)
La synthèse de la pensée de l’animateur est la suivante :
les droits sociaux de l’intermittence n’existent pas pour les
artistes plasticiens. Mais il n’existerons pas non plus, dans un
futur plus ou moins proche, pour les artistes qui aujourd’hui en
bénéficient. Donc, ce qu’il est en train d’expérimenter, c’est
l’avenir du travail artistique en général, une fois que
l’intermittence sera vidée de son contenu et de son sens.
« Au lieu des droits de l’intermittence que vous n’avez
pas, vous développez un projet économique. Au lieu d’être
accroché en permanence au téléphone, on peut faire la même chose
en ayant un emploi de complément ou, surtout, des activités
paraculturelles qui vont nourrir leur art. On est, en France, dans un
schéma de l’artiste hors du monde, et la contrainte rend créatif.
Moi, mon gars, je l’oblige à créer des ateliers pour enfants qui
vont lui créer des ressources, et une expérience qui va le rendre
encore plus créatif. »
Cet entretien manifestate la difficulté à se positionner dans
une phase socio-politico-économique entre, d’une part, la
nécessaire métamorphose de droits sociaux hérités du fordisme de
l’après-guerre et qu’il faut adapter et repenser pour un type d’
« emploi » et de « chômage », radicalement
différents de ceux des Trente Glorieuses. Et, d’autre part, les
politiques néolibérales de restructuration de l’État providence
qui tendent à imputer à l’usager les coûts et les risques que
les entreprises et l’État ne veulent pas assumer. Au milieu de
cette « grande transformation », les milieux associatifs
semblent hésiter et s’interroger. Cet entretien est symptomatique
de la difficulté de l’invention socio-politique dont nous aurions
besoin.
3. La formation et les stages : l’« usinage
sémiotique » de la subjectivité des chômeurs
Les politiques de transformation du salarié,
du chômeur, de l’allocataire du RSA en « entrepreneur de
soi-même » passent par une multiplicité de dispositifs. Les
plus « efficaces » sont les stages de formation et de
reconversion de Pôle emploi. Nous y avons recueilli deux témoignages
de stages obligatoires que les agents de Pôle emploi imposent aux
chômeurs, faute de quoi il y a radiation. Le premier stage de
stratégie de recherche d’emploi (STR), d’une durée de 4 jours
(3 jours et demi, en fait) regroupe cadres et non cadres [11].
Le deuxième s’est déroulé dans une antenne de Pôle emploi
cadres.
Le plus impressionnant dans ces stages, mais aussi dans le travail
de Pôle emploi, c’est la sensation d’être immergé dans un bain
de novlangue. La langue parlée par les animateurs et la
langue écrite des textes distribués, le lexique, le ton,
l’expression des « agents » sont ceux de l’entreprise,
de l’activation, de la mobilisation, de l’investissement
subjectif de l’« entrepreneur de soi ».
Ces stages servent à imprégner les stagiaires des sémiotiques
verbales et non verbales de l’entreprise, à intérioriser les
codes de communication du management, à adapter les modalités
d’expression (linguistiques, corporelles, vestimentaires, etc.)
requises par la compétition et la concurrence.
Est-ce que ces langues, ces codes et ces modalités d’expression
accrochent la subjectivité des chômeurs ? Est-ce que cette
volonté de greffer la subjectivité de l’entrepreneur sur celle
ces chômeurs est efficace ? Difficile à dire. De toute façon,
ce qui est sûr, c’est que Pôle emploi plus qu’un « service
public », ressemble à une succursale des entreprises qui
travaillent à une homogénéisation et à une standardisation des
subjectivités par un « usinage sémiotique ». Les
techniques « disciplinaires » (contrôles, convocations,
suivis personnalisés, radiations, etc.) sont doublées par des
techniques d’initiation et de maîtrise des conduites et des
sémiotiques de l’entreprise.
Nous reportons ici les mots entendus et retranscrits pendant un
« atelier Focus » de Pôle emploi, par un chômeur qui a
participé à la recherche :
« Définir un plan d’action et organiser un suivi
derrière. »
« Savoir être, c’est
primordial. »
« Optimiser son planning, optimiser sa
recherche d’emploi, optimiser son plan d’action, optimiser,
etc. »
« Il faut être super pro »
[professionnel].
« Devenir le plus autonome possible dans
la recherche d’emploi. »
« Se faire une petite
autoévaluation qualitative et quantitative. »
« Vous
pouvez la faire avec votre conseilleur référent, mais c’est aussi
important de la faire vous-même, chez vous. »
« Être
opérationnel tout de suite. »
« Pouvoir activer une
candidature. »
« Il faut être pile poil dans la
cible. »
« Être dans le profil, exactement dans le
profil. »
« Il faut aller très vite droit au
but. »
« Il faut être sur les plus vous
concernant. »
« Ça dépend de ce que vous dégagez. »
Nous avons eu connaissance, à travers un participant à un stage
de formation pour les chômeurs, des brochures qui y sont
distribuées. Elles donnent des conseils pour les entretiens
d’embauche des candidats à un emploi. À partir de ces conseils
les participants aux stages devaient jouer des situations d’embauche,
ou chacun était tour à tour candidat et recruteur.
Les entretiens d’embauche :
« Vérifiez votre tenue vestimentaire (tenue sobre,
soignée, coiffure nette, chaussures cirées...). »
« Adoptez
une dynamique ouverte, attentive, détendue, souriante, positive,
franche et réfléchie. »
« Soyez calme et posé,
évitez les tics nerveux et les gestes automatiques. »
« Lors
de la présentation de votre cursus professionnel, soyez clair,
concis, précis, évitez les répétitions, les silences, les tics
verbaux (« ² »² Euh « ² »², « ² »²
OK « ² »²...). »
L’« usinage sémiotique » n’a pas seulement comme
finalité de produire des compétences, des connaissances, des codes
et des modes d’expression, mais aussi d’inciter à s’investir
dans des rôles professionnels et des fonctions hiérarchiques
(production de « surmoi » entrepreneurial).
Les entretiens d’embauche, ou comment lisser la subjectivité de
toute aspérité, comment produire un sujet conforme à l’entreprise.
Rien ne doit dépasser : tics, indécisions, maladresses, gestes
automatiques, répétitions doivent être éliminés. Il faut
normaliser les comportements à travers la maîtrise des sémiotiques
corporelles, des postures, des attitudes. Ils nous apprennent à nous
soumettre, à passer ces rites d’initiation d’entreprise en
disant toujours « oui » avec la bouche, avec le corps,
avec les vêtements, avec le visage.
Prolétarisation et expropriation des savoir-faire
Traditionnellement, par « prolétarisation » on entend
un appauvrissement économique, mais aussi une perte du savoir-faire
« exproprié » par une organisation du travail qui
remplace l’activité de l’homme par des machines. C’était
sûrement vrai, pendant longtemps, pour les ouvriers de l’industrie,
et la sociologie du travail en a fourni des analyses détaillées.
Est-ce vrai également pour les nouveaux métiers, hautement
qualifiés et spécialisés que l’on rencontre dans le secteur de
l’audiovisuel ? À croire ce que nous a rapporté un cadreur
de trente-huitans, longuement interviewé, il semble que les
nouvelles technologies de l’image fonctionnent exactement comme les
machines dans l’organisation de la production industrielle :
« Le principe du chef-opérateur, c’est d’être
maître de son image, du cadre, de la lumière. Avec la nouvelle
caméra Red-One, tout cela a disparu. On n’a plus d’intervention
subjective, on peut tout transformer en virtuel : la technique
dépossède l’opérateur de son outil.
La caméra numérique a
permis de se passer de lumière, avec des effets préprogrammés
inclus dans les caméras (d’où un gain de temps car plus besoin
d’aller chercher des projecteurs, et réduction du temps de
tournage). Les caméras actuelles donnent donc une image basique, qui
est ensuite retravaillée à l’étalonnage : c’est le même
principe qu’avec un téléphone portable. Cela donne l’idée que
tout le monde peut faire de la bonne image. Ces simplifications
technologiques sont validées par les producteurs. À l’heure
actuelle, ceux-ci veulent juste un bon niveau, une image propre. Ils
ne cherchent pas une esthétique, qui demanderait de se procurer des
projecteurs atypiques pour que le chef-op’ puisse travailler le
contraste, la couleur ou le cadrage (ce sont ses trois outils) et
prenne tu temps à créer du volume. »
Les nouvelles technologies changent à la fois l’esthétique de
l’image et l’organisation du travail. De la même manière que
les machines industrielles, les nouvelles technologies réduisent le
nombre de salariés employés, en concentrant plusieurs tâches,
autrefois distribuées entre plusieurs salariés, sur une même
personne et augmentent ainsi la productivité.
« Or aujourd’hui, on en est arrivés à ce que le
réalisateur filme, prenne le son et mette de la lumière quand il y
a en a – parce que dans le docu-reportage, on n’a pas le temps.
Aujourd’hui en télé, les postes d’ingénieur du son et
d’électro ont disparu, sauf quand il y a une exigence de qualité,
type grosse émission : Envoyé spécial, par exemple. Mais, il
n’y a pas ces exigences pour les émissions de flux, les nouvelles
chaînes de la TNT. On veut faire dire ce qu’on veut faire entendre
en l’espace de trois minutes : ce n’est plus de
l’artistique, c’est du journalisme, du tourné-monté. Ce n’est
pas plus du travail de JRI (journaliste reporter d’images) que
d’équipe. Le docu de création disparaît, l’opérateur
disparaît, il est juste là pour remplir le vide, plus pour faire
sens. »
À cette démultiplication des tâches exécutées par une seule
personne, ne correspond pas une augmentation salariale, au contraire.
L’introduction des nouvelles technologies détermine, au moins dans
un premier temps, une dégradation des conditions de travail et de
rémunération. Les Luddites ont été les premiers à se
révolter, non pas contre les machines, mais contre l’utilisation
capitaliste de la technologie. De la même manière, les salariés de
l’audiovisuel, ne voient pas les machines comme un ennemi. Ils
connaissent très bien leurs potentialités puisqu’ils les
utilisent, par ailleurs et dans beaucoup de cas, pour mener leur
« travail personnel ». Ils sont quand même témoins, à
leur corps défendant, des effets qu’elles produisent une fois
qu’elles sont finalisées à l’augmentation de la productivité
(dans l’audiovisuel comme dans l’industrie) et subordonnées à
la logique du profit.
« L’année dernière, en 2009, on m’a demandé de
faire le chargé de production, le journaliste, l’opérateur, le
preneur de son, et de filmer trois séquences dans trois milieux
différents, le tout pour 250 euros. J’allais chercher le matos et
je le ramenais le soir. C’était pour une boîte marseillaise qui
faisait un truc pour Canal +, pour un festival dans les Dom-Tom. Un
portrait de vie, d’humour, d’une chanteuse. Un tournage entre
quatre et six heures de temps. J’ai occupé quatre postes en une
journée : j’ai réussi, mais j’ai fini sur les genoux. À
part la rencontre sympathique avec la chanteuse, j’étais dans une
contrainte absolue. Physiquement, je ne serai plus capable de le
refaire. La fois suivante, ils ont trouvé d’autres gens pour
refaire la même « performance ». Dans les nouvelles
boîtes, il y a des jeunes JRI qui bossent dix à quinze heures par
jour : on leur fait miroiter que c’est une nouvelle boîte,
quelle va se développer. Résultat, la boîte se fait racheter
quelques temps plus tard et tout le monde est licencié. On est là
pour produire une image propre, rapide efficace, c’est tout, et
surtout ne pas contester les conditions de travail, sinon t’es
giclé, direct. »
Lorsqu’on parle de prolétarisation, il ne s’agit en aucun cas
d’une métaphore, puisqu’il se produit, dans ces secteurs des
hautes technologies, de savoir-faire très spécialisés, des
phénomènes semblables à ce qui s’est produit au moment de
l’installation du travail à la chaîne : le savoir-faire a
été transféré dans les machines et le travail.
Voici la description que donne une infographiste de cette nouvelle
usine en open-space, où les écrans des ordinateurs
remplacent les métiers à tisser ou les tourneuses fraiseuses
d’antan :
« L’industrialisation des images de synthèse a fait
naître de nouveaux espaces de travail, souvent sur le mode
anglo-saxon. Ce sont des open-spaces, aménagés dans
d’anciens hangars, voire des anciennes usines reconverties, où
sont installés des centaines d’ordinateurs avec leurs
infographistes.
La cadence est le premier des critères demandés, que ce soit
dans le secteur du jeu, ou de la série télévisée. Pour le film,
la deadline est plus souvent conditionnée à la sortie
programmée en salles et/ou à la date d’étalonnage. Ce qui
n’empêche pas un rush dans les dernières semaines avant la
livraison. Peuvent alors s’instaurer les cadences infernales, temps
supplémentaires pas payés la plupart du temps, travail le week-end
payé en journée normale, ainsi que les jours fériés. Le volume de
travail non rémunéré est considérable.
Ce secteur des images high-tech fait rêver beaucoup de gens :
l’abus des employeurs y est devenu la norme.
Le lieu de travail
est divisé en deux locaux distincts : Le secteur de luxe de la
publicité est installé dans la salle dite de « ² »²Flame« ² »²,
du nom de l’ordinateur qui y trône. Les clients considèrent cette
machine comme l’ustensile susceptible de réaliser leurs demandes
de traitement d’images aussi extravagantes soient-elles. Cet
ordinateur à programme en temps réel est installé dans une salle
luxueuse, confortable, suffisamment vaste pour y trouver un coin
salon lounge, un mini bar, un écran plat géant, en sus des deux
écrans usuels du Flame. Les clients en pub payent très cher la
prestation, et donc exigent une qualité de service technique comme
d’accueil à la hauteur de leur investissement.
L’infographiste dédié au service de ce matériel vénéré
est appelé u« ² »²nflamiste« ² »². Le
flamiste est interchangeable, et il doit accepter dans sa mission
d’obtempérer, à l’image de sa machine, sans délai ni
discussion, aux remarques et aux désirs des clients. Ces derniers
peuvent être un groupe comportant jusqu’à six personnes invitées
à donner chacune une opinion.
Le Flame gère la totalité du clip publicitaire : on aura
donc intégré dans sa mémoire pour ce faire l’ensemble du travail
accompli en amont, c’est-à-dire la fabrication des éléments en
3D, des caches pour pouvoir incruster ou faire tous les changements
possibles sur les éléments clefs, ainsi que les rushs de tournage
conformés et montés. Le flamiste a donc tout en main pour livrer le
produit finalisé sous la houlette des clients, et rendre possible
leurs vœux.
On peut avoir plusieurs de ces salles appelées
aussi« ² »²suites« ² »² dans un studio de
post production. Comme dans un hôtel, la suite n’est pas dans la
même catégorie de prix que les chambres.
Examinons maintenant le cœur de l’usine elle-même. Nous
trouvons des salles à la surface identique à celles des suites de
Flame, mais où peuvent s’entasser plusieurs dizaines d’ordinateurs
et donc d’infographistes. Sorte de ruches où les gens fabriquent
de l’image avec des horaires extensibles.
Le client de pub ne
mettra jamais les pieds dans ces arrière-salles. Il ne connaîtra de
la fabrication de l’image que ce qu’il a pu observer dans les
suites Flame.
S’il y a une présentation particulière d’éléments à
faire, l’infographiste peut être invité à pénétrer dans la
suite, mais cette transgression est rare. Il y a suffisamment
d’intermédiaires pour que cette pollution du sublime par le
vulgaire ne se produise jamais.
Dans certaines boîtes de production, les infographistes
mangent devant leur machine, faute de place ailleurs, mais aussi pour
ne pas perdre de temps.
Les chargés de prod veillent à ce que
l’infographiste dispose de tout pour travailler correctement,
surveillent son travail afin d’éviter toute perte de temps, et
rapportent au patron et aux clients l’avancée des travaux.
Dans ces boîtes-là, les chargés de prod ne comptent pas
leurs heures de travail, et ne partent en vacances que lorsque leur
teint commence à tourner au gris.
Le terme anglo-saxon utilisé pour qualifier ces chargés de
prod est« ² »²floor manager« ² »² (le
maître de plancher), le contremaître en somme. »
Notes :
[2] François
Bilger, La Pensée économique libérale de l’Allemagne
contemporaine, Paris, Pichon et Durand-Auzias, 1964, p. 186,
cité par Michel Foucault dans Naissance
de la biopolitique, op cit, p. 267).
[5] Ernest-Antoine
Seillière, président du Medef à l’époque de la « refondation
sociale ». Conférence de presse du 20 juin 2000.
[6] Michel
Foucault, Naissance de la biopolitique, op cit, p. 245.
Après bien des soucis avec une Ville de Paris qui s’était
pourtant engagée à nous reloger, la
coordination a dû déménager pour éviter une
expulsion et le paiement d’une astreinte. Nous sommes actuellement
hébergés à la commune libre d’Aligre.
Pour partager infos et expériences, ne pas se laisser faire, agir
collectivement,
passez aux permanences, les lundis de 15 à
18h au Café de la Commune Libre d’Aligre, 3 rue d’Aligre,
Paris 12ème, Tel : 01 40 34 59 74
La coordination avait déjà dû déménager pour éviter une
expulsion et le paiement de 100 000 € d’astreinte. Provisoirement
installés dans un local municipal exigu, nous demandons à tous de
contribuer activement à faire respecter l’engagement de relogement
pris par la Ville. Il s’agissait d’imposer un relogement qui
permette de maintenir et développer les activités de ce qui fut un
centre social parisien, alors que le manque de tels espaces
politiques se fait cruellement sentir.
Pour mémoire : Nous
avons besoin de lieux pour habiter le monde.