lundi 23 février 2026

Quels sont les véritables agents des conflits en Afrique ?

 

Mali et Algérie

 Il serait hasardeux de réduire le conflit au Mali, après celui de la Libye, à une simple question de sauvegarde des dernières guenilles de l’empire colonial français (la « Françafrique » champ de manœuvres des « barbouzes » de Foccart à Mitterrand). Ce conflit s’insère dans une longue chaîne de conflits à enjeux stratégiques : de la Somalie au Soudan, de l’Éthiopie à l’Érythrée, du Rwanda au Congo-Kinshasa, du Tchad à la Libye.

Le Mali est un maillon essentiel de la stabilité des frontières en Afrique - tracées naguère par le colonialisme français - enclavé et enserré par un nombre impressionnant de pays : l’Algérie, le Niger, le Sénégal, le Burkina-Faso, la Mauritanie, la Côte-d’Ivoire et la Guinée. Par sa position géographique, le Mali est aussi devenu un lieu de passage obligé de toutes sortes de trafics (cocaïne transitant maintenant par la Guinée-Bissau) et armes en tous genres nomadisant dans la région Maghreb-Sahel (Libye, Mauritanie, Algérie, Niger, etc.).

Les derniers rebondissements de la guérilla islamiste d’abord au Niger, autour des mines d’uranium (exploitées par la France et la Chine), puis dans le Sahara algérien, autour des puits gaziers, montrent que les enjeux géopolitiques dépassent de loin ceux de l’ex-puissance française, bien déclinante depuis une dizaine d’années.

La « Françafrique » est aux abois. Les USA ont étendu leur zone d’influence sur certains pays stratégiques comme l’Angola, pour mieux contrôler les routes d’approvisionnement pétrolier. Le groupe britannique BP a développé ses positions en Algérie aux dépens de la France. Mais le problème majeur se trouve dans une tendance à la réduction des parts de marché de tous ces pays face à la Chine. La récente « bonne volonté » de cette dernière soutenant l’intervention de la France au Mali, et par contrecoup au Niger, où elle dispose d’intérêts économiques, est purement circonstancielle et ne doit pas cacher la nouvelle donne géopolitique.

 


 

La Chine, sur quasiment tout le continent africain, Algérie incluse, a étendu méticuleusement sa toile depuis plus de 10 ans. Elle vise à contrôler l’Afrique non seulement pour son pétrole, mais aussi pour les métaux rares nécessaires au développement de ses industries électroniques et militaires.

Selon des chiffres récents, le commerce entre la Chine et l’Afrique est passé de 129,6 milliards de dollars US en 2010 à 200 milliards de dollars US en 2012. Avec l’élimination de Khadafi par la France, la Grande-Bretagne et les USA, la Chine a perdu une importante bataille dans le contrôle de son approvisionnement énergétique, même si elle conserve toutes ses positions au Soudan (Nord et Sud inclus, malgré la partition de 2011) qu’elle soutient de toutes ses forces, armes incluses.

Son « allié » actuel, la Russie, semble aussi faire une subite volte-face face à la montée en puissance géostratégique de la Chine à ses frontières. Selon le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius, la Russie aurait « proposé d’apporter des moyens de transports » pour la logistique des troupes et du matériel français au Mali. Serait-ce une monnaie d’échange pour conserver sa base militaire en Syrie, après la chute inévitable d’Assad II ?

Il est évident que l’intervention de la France au Mali et le réchauffement de ses relations avec l’Algérie n’ont rien à voir avec une quelconque « guerre » des matières premières entre John Bull et l’Oncle Sam, d’un côté, et l’Europe, de l’autre, dont la France essaierait de prendre la direction géopolitique. Tous les pays d’Europe et les USA – malgré leurs apparents différends – ont, à terme, tout à gagner à éliminer la Chine du continent africain pour lui couper ses approvisionnements énergétiques, avant que celle-ci ne mette en place son vaste plan de développement naval (pour le moment réduit à un porte-avions en mer de Chine depuis 2011).

L’impérialisme français, qui est l’un des cinq lazzaroni du Conseil de sécurité de l’ONU, devra se plier aux décisions que voudront bien lui soumettre les USA. C’est ainsi que le secrétaire d’État américain à la Défense Leon Panetta avait souligné il y a une semaine que les opérations au Mali ne constituaient pas une guerre française mais exigeaient « un effort international » qui devrait être confirmé par l’ONU, autrement dit tous les ‘lazzaroni’, Allemagne et Brésil inclus (puisqu’ils y sont associés).

La question du terrorisme islamiste qui entraîne ses « brigades internationales » dans le but de former un nouveau califat en Afrique – l’Afrikanistan – pourrait sembler secondaire si derrière lui ne se profilait un redécoupage impérialiste de l’Afrique occidentale et centrale qui profiterait à l’Algérie et à des sous-puissances extrarégionales (Arabie saoudite, Qatar, Émirats du golfe arabo-persique), qui s’appuient ici et là sur un « mouvement de libération nationale touareg » créé de toutes pièces.

La situation gravissime de décomposition économique et politique de tous ces pays africains, rattachés naguère à la Françafrique, ne peut que nourrir des appétits impérialistes dont les acteurs sont multiples. Dans ce sens, l’élimination de Khadafi a permis d’octroyer gratuitement d’immenses stocks d’armes à ces guérillas « islamistes », manipulées plus ou moins par les services secrets des États islamiques mentionnés plus haut. Aussi la guerre au Mali et l’offensive terroriste de l’AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique) en Algérie ne sont pas indépendants l’un de l’autre. Leur surgissement ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt, c’est-à-dire dissimuler un tournant géostratégique en Afrique.

L’Afrique est devenue un explosif champ d’affrontements impérialistes, essentiellement tripolaire : USA et pays anglo-saxons (Australie, GB et Canada) ; Europe (principalement Allemagne, Italie et France) ; et la Chine, en vue d’un contrôle stratégique des matières premières. Les USA cherchent hic et nunc à déployer toute sa force militaire contre la Chine en se dégageant de l’Afghanistan, pour se concentrer sur les zones Pacifique et Océan indien, avant de s’attaquer à la « question africaine ».

La Chine des 20 dernières années n’a jamais caché son intention de contrôler l’Afrique, non seulement économiquement, mais à terme stratégiquement, dès qu’elle en aura les moyens navals. Toute son idéologie impérialiste – répandue ad nauseam dans ses « manuels scolaires » – s’appuie beaucoup sur le « modèle » de l’empereur Yong-le qui fit construire au XVe siècle des centaines de navires (à l’origine d’un premier désastre écologique puisque la moitié de la couverture forestière du sud de la Chine disparut !) et ordonna de grandes expéditions « d’exploration » dans tout l’océan Indien, vers l’Afrique orientale en particulier.
Les USA visant à conserver leur hégémonie sur le monde (ils disposent de 50% des armements de pointe), l’Empire du milieu doit s’attendre à une contre-offensive US en règle sur tous les continents, en Asie d’abord, et très rapidement en Afrique.

Quant à la France « hollandaise » et aux autres pays d’Europe (G.B., tant qu’elle restera dans l’Europe ; la France, l’Allemagne et l’Italie), la question qui préoccupe tous ces brigands n’est sûrement pas le respect des « droits de l’homme » et la « construction d’États de droit ». Leur obsession est celle de savoir quelles parts de marché leur seront concédées dans ce théâtre d’ombres africain dont les deux premiers rôles sont les USA et la Chine.

La guerre au Mali ne se limitera pas à l’Afrique de l’Ouest : la porte est déjà largement ouverte à d’autres conflits en Afrique centrale (Rwanda, Ouganda, Congo) où les grandes puissances impérialistes s’impliquent militairement (par exemple, les Britanniques au Rwanda, qui est devenu anglophone).

Le scramble for Africa (partage de l’Afrique par les grandes puissances décidé au Congrès de Berlin en 1884) ne fait que se perpétuer.

Une fois de plus, les populations d’Afrique, prises entre plusieurs tirs croisés de brigands armés, avec ou sans uniformes, sont les victimes sanglantes et terrorisées de ces appétits impérialistes, que leur idéologie soit la « construction d’États de droit », les « luttes de libération nationale », ou le djihadisme dont le « sacro-saint coran » est le manuel d’utilisation de la kalachnikov.

Une fois de plus, les travailleurs des pays industrialisés devront payer le prix fort de ces guerres qui s’inscrivent dans une course aux armements toujours plus sophistiqués et dont l’Afrique servira de champ d’expérimentation à terme.

 

Ph. B., le 24 janvier 2013

 

Source du graphique de cet article :

 

Analyses d’autres groupes :
– L’impérialisme occidental détient les ficelles des tensions au Mali.
– Intervention française au Mali : encore une guerre au nom de la paix !.
– Guerre au Mali. En Afrique, la France est le gendarme de l’Europe contre les USA et leurs acolytes.


dimanche 22 février 2026

Quelques notes à propos du fascisme qui viendrait

 



L’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat

Lao Tseu


À la fin des années 1960–début 1970, la lutte contre les fascistes n’est pas un créneau politique en soi, mais s’insère dans l’antimilitarisme alors très fort, qui s’oppose aux guerres impérialistes et coloniales. Elle ne passe ni par un front uni antifasciste, même s’il peut se réaliser ponctuellement comme à Nanterre en 1965-19661 ou à Lyon au début des années 1970, mais il ne recouvre pas une identité spécialisée et une activité à part entière. Les autres champs d’activité prédominent tels le syndicalisme étudiant, le lien avec les luttes d’usines où les luttes des immigrés dans les foyers Sonacotra et il s’agit simplement d’assurer notre sécurité de façon préventive plutôt que de passer à l’offensive. D’ailleurs dans beaucoup d’universités, l’extrême droite domine politiquement l’extrême gauche et la pousse à la défensive (par exemple en Droit à Assas surtout et aussi à Lyon, toujours en Droit).

Dès la fin des années 1960, une profonde transformation de la composition sociale des étudiants s’amorce et elle ira en s’amplifiant rapidement chaque année. Cette profonde transformation des universités, des écoles et des instituts achève la longue période de l’université de classe (309 000 étudiants en 1961-1962) et ouvre celle de l’université de masse (850 000 en 1968-1970). De cette nouvelle vague étudiante partira le mouvement de 1968 et en particulier les nouveaux campus, qui accueillent les nouvelles vagues d’étudiants, sont des lieux de vie puisqu’ils comprennent des cités universitaires et donc des enjeux politiques d’implantation. Mais à l’époque, pas question pour nous de s’arroger des territoires, mais bien plutôt d’en éviter certains.

Dans l’après-guerre, le discrédit des extrêmes droites entraîne un repli des mouvements nationalistes et xénophobes sur la scène politique et pousse leurs militants à changer de paradigme pour se relancer. C’est dans cette perspective que des étudiants favorables à l’Algérie française ont créé en 1960 la Fédération des étudiants nationalistes. Ce courant s’oriente vers une stratégie européenne (voir le groupe Jeune Nation en faveur de la « civilisation européenne ») et l’idée de gagner le combat culturel, en chassant le marxisme d’universités où il est pourtant loin d’être dominant. Il faudra en effet attendre la réforme Edgar Faure de l’automne 1968 et l’après 1968 avec l’autonomie des universités et la participation étudiante dans les conseils, pour que, à l’image du Centre expérimental de Vincennes, un nombre significatif de présidents d’universités soient de gauche, soutenus par les syndicats de gauche enseignants et étudiants. Dans le creuset bouillonnant du Vincennes des années 1970, se rencontrent, s’allient ou s’opposent toutes sortes de courants porteurs d’un marxisme rénové et critique qui a bien peu à voir avec le marxisme dogmatique d’Althusser enseigné à Normale Sup’ ; s’y activent aussi les philosophes et les psychanalystes, qui, sous le nom de déconstruction, des années plus tard aux États-Unis seront désignés comme porteurs de la French Theory.

Pour l’extrême droite, la défaite « culturelle » semble consommée et la tentative de regroupement s’avère problématique. En effet, Tixier-Vignancourt, le candidat à laquelle elle se rallie, n’obtient que 5 % des voix aux présidentielles de 1965, et le groupe Ordre nouveau peine à exister sur le terrain entre action légale ou illégale et affrontement avec des services d’ordre entraînés et équipés comme celui de la Ligue communiste, capable, par exemple, d’infliger une sorte de défaite militaire aux forces de l’ordre venues protéger un grand meeting d’Ordre nouveau2 à Paris en juin 1973. De la même façon, le mouvement italien des années 1968-78, dans sa caractéristique principalement opéraïste, ne cède pas à cette spécialisation antifasciste, alors même que certains de ses cadres ou militants les plus âgés ont participé à la résistance (Feltrinelli et les GAP) ou sont fils de résistants comme à Sesto San Giovanni dans la banlieue de Milan où ont lieu, comme à Rome ou à Gênes, des affrontements de terrain dans les quartiers populaires avec de nombreuses victimes et des morts, mais dans le cadre d’un affrontement plus vaste ressortissant clairement de la lutte des classes, pour ne pas dire de la guerre de classes. Erri de Luca, responsable du Service d’Ordre du groupe Lotta continua pour Rome à l’époque, posera cette question de l’antifascisme dans le mouvement à partir de sa propre position singulière3.

Même si les staliniens (dans leur caractérisation du gaullisme), puis les maoïstes qui avancent la notion de fascisation de l’État bourgeois, commencent à voir des fascistes partout, la menace est assez mince et les tendances les plus radicales et violentes veulent davantage porter leur attaque au cœur de l’État, telles la Fraction armée rouge en Allemagne, les Brigades rouges en Italie, la Gauche prolétarienne puis Action directe en France.

À partir des années 1980 et dans une constellation théorique, éditoriale et universitaire particulièrement favorable à la gauche dans la plus grande partie de l’Europe de l’Ouest se manifeste paradoxalement une nouvelle droite, intellectuelle d’abord, qui diffuse ses idées à travers la renaissance de grands partis issus de l’extrême droite fasciste, mais en rupture relative avec elle, particulièrement dans leur recherche de respectabilité parlementaire. C’est en contrepoint de ce renouveau que se développent, surtout dans la jeunesse, des organisations spécifiques comme le SCALP (Section carrément anti-Le Pen) puis Ras l’front et No Pasaran pour la France ; mais les orientations y restent encore assez traditionnellement gauchistes et les notions de référence restent globalement communes à l’intérieur de ce qui apparaît comme deux camps rendus irréductibles par l’histoire de leurs affrontements et idéologiquement séparés par un corpus non seulement solide mais cohérent et homogène. On n’y retrouve donc pas encore ce caractère identitaire que va prendre l’idéologie antifasciste des années 2000 dans sa forme « antifa ». Cette dernière s’avère d’ailleurs congruente au contexte de guerre des identités qui fait désormais florès.

La défaite du dernier assaut prolétarien, l’écroulement du bloc soviétique et de son système de référence d’un côté, l’aggiornamento des anciens partis fascistes en une droite populiste respectueuse d’une démocratie limitée à tendance autoritaire de l’autre, ont réduit les anciens groupes politiques d’extrême droite et d’extrême gauche à des pratiques de racket appliquées au champ politique4 de la société capitalisée, sous la forme de « bandes-racket » qui se concurrencent de façon quasi clientéliste (cf. Jacques Camatte in De l’Organisation5, 1972) et à une marginalisation de type identitaire qui n’est plus définie par le moindre critère politique dans une situation générale de « crépuscule de la politique » (Tronti). L’ancien affrontement politique défini par des lignes de classes clairement définies (à tort ou à raison, ce n’est pas la question ici) et dans le cadre de luttes de masse a tendance à s’effacer au profit de luttes bandes contre bandes. Cela peut être le cas comme on l’a vu parfois entre Black Bloc et forces de l’ordre, entre hooligans de différentes tendances, entre hooligans et une police elle-même réduite à une bande (la BAC en France, des unités spéciales en Italie6) ; et enfin entre bandes d’extrême droite et d’extrême gauche en train de défendre ce qu’ils voient comme leur pré carré, à savoir un territoire qu’ils cherchent à s’approprier sans que la population de ce quartier ait le moindre mot à dire sur le sujet. Ces « occupations » n’ont d’ailleurs nul caractère de classe puisqu’elles n’investissent pas les banlieues, mais d’ex-quartiers ouvriers aujourd’hui rénovés et « gentrifiés » pour les uns ou des quartiers à valeur symbolique chrétienne ou féodale pour les autres. C’est que dans les banlieues et ce qu’on appelle plus ou moins péjorativement « les quartiers » suivant qu’on y est à l’intérieur ou à l’extérieur, prospèrent et s’agitent d’autres types de bandes pratiquant des formes plus traditionnelles de racket à caractère mafieux et criminel, hermétiques, elles, à toute identité politique en termes d’extrême droite ou d’extrême gauche7, sauf peut-être encore en Italie et en Espagne où l’imprégnation fasciste et communiste pour la première, fasciste pour la seconde, y a perduré pour des raisons historiques, quitte à se ressourcer au travers des bandes de supporters (les « ultras »), qui à l’occasion animent des sortes de centres sociaux de secours populaire pour les nécessiteux de pure origine espagnole8.

La résultante de cette conflictualité fondée sur une ligne de base de désignation d’un ennemi souvent essentialisé des deux côtés (le raciste et le racisé) empêche toute compréhension en termes de dialectique des luttes, ce qui était quand même l’intérêt des conflits de classes. L’extrémisme apparent des positionnements apparaît alors d’autant plus absurde qu’il n’est le plus souvent qu’une posture sans influence politique, puisqu’elle est sans référence autre qu’abstraite à une quelconque révolution ou contre-révolution. Il s’insère ainsi parfaitement dans la pseudo-bataille culturelle actuelle.

Si les Blacks Blocs sont parfois apparus comme une bande de par leur caractère identitaire, leur forme mouvante et au service « militaire » des mouvements ne les expose pas à l’accusation de bande-racket car s’ils s’organisent pour des tâches concrètes, ils fuient l’organisation au sens politique du terme, son centralisme et sa rigidité bureaucratique, sa dépendance envers des chefs. Il n’en est pas de même de nombreux groupes « antifa » dont le but premier est de se différencier et de se démarquer en tant que groupe, alors même que les Gilets jaunes ou les cortèges de tête avaient la volonté de ne pas se distinguer ou de ne le faire que dans la nécessité ou le choix de l’action en cours. Ainsi, comme on a pu le voir pendant le mouvement des Gilets jaunes, les groupes antifas ont souvent donné l’impression de ne se préoccuper que de leurs petites affaires avec la bande d’en face. Pendant les manifestations contre la réforme des retraites, leur slogan, Siamo tutti antifascisti, résonnait de façon particulièrement décalée et ridicule ; et correspondait tout à fait à ce que Jacques Camatte appelait un slogan de marketing rackettiste (cf. note 5).

Sur un processus de fascisation

Il a été développé par les maos dans les années 1970 avec en particulier un article d’André Glucksmann sur le nouveau fascisme et l’assimilation entre gaullisme et fascisme dans la revue Les Temps Modernes de mai 1972, consacré à cette question. Dans le même ordre d’idée, on peut se reporter aux cours de Michel Foucault à Vincennes (1972) sur les rapports entre libéralisme et fascisme.

Certains commentateurs actuels de Foucault comme Jean-Claude Monod9 prétendent que Foucault aurait anticipé des aspects de la politique du second mandat de Trump, mais sans parvenir véritablement à montrer une analogie probante, car Foucault reste dans une compréhension classique du fascisme médiée par un antifascisme tout aussi classique qui ne prend pas encore en compte la crise spécifique de la forme État-nation qui est postérieure à son écrit.

Ces commentateurs actuels essaient pourtant d’utiliser sa perception d’une tendance à la dislocation de l’État en général, sans précision, au profit du développement d’une gouvernementalité non étatique qui passerait par les réseaux, par exemple Maga et une horizontalité que les Gafam ont reprise à leur compte et développée de leur côté, sans rapport autre que financier avec le pouvoir politique. Celle-ci côtoierait ou plutôt serait recouverte par une tendance à un exécutif fort, mais temporaire, parce qu’en théorie soumis en tout ou en partie au calendrier électoral et à la possibilité de l’alternance. Cet exécutif procède par coups de force éventuellement en discontinuité avec l’institution et sa légitimité et par là se heurte au principe de l’État de droit, qui bascule vers un droit de l’exécutif qui tend à se distinguer du droit de l’État (cf. les démêlés de Trump, Sarkozy et Netanyahou avec les juges). Mais l’analyse des maos et de Foucault ne fonctionne pas pour la France giscardienne, qui se dégage à peine du gaullisme et reste jacobine et organisée selon des hiérarchies qui restent largement traditionnelles, mélange de capitalisme patrimonial peu ouvert à la Bourse et de capitalisme technocratique, le pantouflage faisant le lien. Et surtout, cette actualisation de Foucault néglige le fait que dans la crise de sa forme nation, c’est l’État lui-même qui se réorganise sous la forme réseau.

La fixation actuelle sur Trump et donc sur les États-Unis élude aussi le fait fondamental que le fascisme a été une affaire avant tout européenne, et ceci dans une période précise, avec laquelle les continuités sont quasiment rompues. Pour ne prendre qu’un exemple, le fascisme historique est lié à la guerre et plus précisément à la défaite et aux conditions qui sont faites aux vaincus de la part des vainqueurs10. Il ne passe pas par une phase de fascisation à proprement parler, mais par des coups de force dont on voit mal d’où ils pourraient venir aujourd’hui. À ce sujet, la marche pour la prise du Capitole, malgré toutes les interprétations qu’on peut en donner, n’a rien à voir avec la marche sur Rome de Mussolini.

Double placage donc et double méprise sur la « fascisation » : par rapport aux États-Unis et par rapport à l’Europe. Du côté d’une possible fascisation des États-Unis, on oublie le fait que le fascisme n’y a que rarement et brièvement constitué un risque politique majeur malgré les tendances hitlerophiles de Lindberg11 et un maccarthysme plus anticommuniste que fasciste. Il a plutôt été une construction ex nihilo de la part d’ennemis de l’État classés à l’extrême gauche ; d’abord conduite par le parti communiste stalinien américain dans les années 1930, qui assimile fascisme hitlérien et « fascisme social » rooseveltien et enfin un raccourci théorique à valeur heuristique pour les mouvements subversifs des années 1960-1970 avec les Black Panthers, Angela Davis ou la notion de « fascisme sans dictature » avancée par Herbert Marcuse pour expliquer la répression contre la « nouvelle gauche ».

Aujourd’hui, du côté européen, on entend des appels à l’antifascisme comme si le fascisme était à l’ordre du jour comme dans les années 1930, alors que les exemples de « démocratie illibérale » au sein de l’UE montrent que la société capitalisée a absorbé fascisme et antifascisme au sein des différents types de régime démocratique, les réduisant à une bataille des imageries qui tend à remplacer maintenant l’ancienne bataille des idéologies. Il n’y a alors plus guère de démonstration ou d’argumentation et les mots n’ont plus guère de signification dans la novlangue du capital.

Le fascisme est confondu avec la répression, alors que celle-ci ne constitue pas un régime politique. Malgré les théories sur l’état d’exception, elle reste le plus souvent conjoncturelle, circonstancielle et plus ou moins limitée, parce qu’encore soumise aux lois et à la Constitution. Ainsi, LFI qui respecte le système parlementaire et la loi refuse d’être classé à l’extrême gauche par un pouvoir en place qui cherche à le sortir du camp démocratique, parce que « extrême » est devenu un mot inutilisable politiquement même pour elle. Il est maintenant jugé aussi déraisonnable que ce qui est censé l’accompagner, la violence politique, dans la mesure où celle-ci est déconnectée de ce qui l’a longtemps soutenue, à savoir l’idée de révolution et des groupements ou partis qui s’en réclamaient. Toute violence politique est alors vidée de son contenu et de ses principes pour être assimilée à une violence en général, qu’évidemment tout un chacun cherche à fuir si ce n’est à condamner.

Or aujourd’hui, le pouvoir et les médias nomment « ultra gauche » une mouvance « antifa » sans aucune référence théorique aux courants de l’ultragauche historique conseilliste ou bordiguiste, qui se déclaraient, eux, clairement communistes et contre ou très réticents envers tout front antifasciste12.

L’analyse peut certes gagner en finesse comme chez le Pasolini des Lettres luthériennes dans lesquelles il écrit : « Il existe aujourd’hui une forme d’antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se décerner un brevet d’antifascisme réel. Il s’agit d’un antifascisme facile, qui a pour objet et objectif un fascisme archaïque qui n’existe plus et qui n’existera plus jamais. […] Voilà pourquoi une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui ou, du moins, de ce que l’on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide, soit prétextuel et de mauvaise foi ; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos ». Mais il ne peut s’empêcher de dérailler en rajoutant : « Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle anti-fascisme13 ». Ce qui est pour le moins porteur de confusion, d’autant que Pasolini croit distinguer dans la société de consommation un nouveau fascisme bien plus puissant parce que moins politique et plus civilisationnel. Là aussi, les termes de fascisme et d’antifascisme utilisés à la sauce personnelle brouillent les pistes, plus qu’ils n’éclaircissent la question. À la limite, plutôt que la référence à la société de consommation pourrait-on faire valoir aujourd’hui que le pouvoir des réseaux sociaux et des médias de tous ordres peut agir dans le sens d’une fascisation des esprits sans qu’elle passe par un mouvement de masse et la conquête d’institutions et d’associations, une sécurité de plus en plus privatisée, etc.

Mais est-ce que cela suffit à produire du fascisme qui vient ? La multiplication des chaînes poubelles de télé est-elle plus fasciste, aussi fasciste ou aussi peu fasciste que la chaîne unique publique de l’ordre gaulliste, alors que nous sommes visiblement, comme nous l’avons dit plus haut, au crépuscule de la politique ?

Le FN n’est jamais arrivé au pouvoir et le RN n’y est pour le moment pas. Mais si on regarde ce qui se passe en Italie, depuis plusieurs années déjà, les anciens fascistes de l’Alliance nationale, dédouanés par Berlusconi, mais aussi la Ligue du Nord, qui a été plusieurs fois au gouvernement (et maintenant Meloni avec son mouvement Fratelli d’Italia), acceptent l’alternance électorale, même quand ça ne les arrange pas14. Cette normalisation institutionnelle et idéologique ouvre naturellement une poussée plus à l’extrême droite, mais même celle-ci, si on se fie au nouveau parti (Futuro Nazionale) créé par l’ancien général des forces spéciales Roberto Vannacci, a lui aussi décidé de se présenter aux prochaines élections, alors qu’il ne se propose pas moins de remettre le monde à l’endroit, si on en croit son récent bestseller, Il mondo al contrario.

Toujours pour l’Italie, Gato Soriano critique la vision de Benedetto Croce, qui voyait dans le fascisme « une maladie morale de l’Italie » ; une conception que reprend Umberto Ecco qui caractérise le fascisme avec pas moins de 14 critères qui mélangent allègrement ceux qui existaient avant toute existence du fascisme (le culte de la tradition, le refus du modernisme et notamment le rejet des Lumières et de la Raison, le machisme, le colonialisme15) et ceux qui existent aussi en démocratie (le machisme, la construction d’une identité nationale, le racisme, une novlangue).

Le côté contre-productif de l’antifascisme

Si tout est fascisme dès qu’il y a autoritarisme de l’État ou de ses institutions régaliennes et interventions de ses forces de l’ordre, alors rien n’est fasciste car il n’y a plus de danger ; tout est connu et pas si grave. À Minneapolis, par exemple, les personnes qui résistent à l’ICE ne se préoccupent justement pas de la définition de ce qu’est le fascisme, mais tentent d’intervenir directement contre des mesures répressives jugées incompréhensibles et ressenties comme injustes, ou ressenties comme injustes parce que jugées incompréhensibles, les deux possibilités se conjuguant pour faire nombre et force.

En France, le mouvement des Gilets jaunes n’a pas traité l’État français de fasciste, mais a dénoncé ce qui lui apparaissait comme le retour des privilèges de l’ancien régime ; il n’était pas principalement par l’idéologie, fût-elle anticapitaliste, mais par des conditions objectives ressenties subjectivement comme tout à coup insupportables où c’est on ne sait quelle goutte d’eau qui fait déborder le vase (ici, l’augmentation du prix de l’essence) et dans leurs manifestations, les rares et brefs mais réels affrontements entres « fachos » et « antifas » en leur sein leurs étaient totalement incompréhensibles au début du mouvement.

Les affrontements actuels entre bandes-rackets qui se font plus ou moins passer pour des forces politiques en promouvant leur visibilité médiatique ne sont pas les signes de la guerre civile qui vient, de la même façon que les émeutes sans lendemain ne sont pas l’insurrection.

Pas de convergence possible en vue non plus entre d’un côté, des organisations de jeunesse qui n’existent plus, même s’il existe encore des jeunes dans des pays vieillissants, et de l’autre des vieux anciens combattants comme ont pu l’être, pour la France, les anciens de la guerre d’Algérie, mais à un degré bien moindre que dans l’Allemagne des années 1920 et 1930 et l’Italie des années 1920. L’OAS dans les années 1960, ce n’est déjà plus qu’un groupuscule malfaisant, alors que les corps francs allemands ou les squadristes italiens représentaient une force vive et massive. Et que dire d’organisations féministes ayant pignon sur institution qui craindraient les quelques militantes de Némésis, alors qu’elles s’entredéchirent avant tout entre elles ?


La rhétorique antifasciste a aussi été reprise par les grands partis dans leur tentative de faire échec au FN, par exemple en France. Mais ce n’est pas parce que la logique mitterrandienne machiavélique — compter sur les voix perdues du FN pour diviser les voix de droite et faire gagner une gauche minoritaire — a été abandonnée à partir de 2002 et la victoire de Chirac que l’instrumentalisation ne continue pas avec divers fronts républicains supposés faire barrage, mais dont les ressources politiques et morales sont aujourd’hui épuisées. Quand elle passe par une certaine coopération avec des groupes antifas comme LFI avec la Jeune Garde, il y a alors contradiction chez cette dernière entre d’une part, une activité de terrain proche de celle de LFI en direction des populations « racisées16 » pour un antifascisme de masse permettant de sortir du ghetto culturel punk/skin/hooligan et de travailler avec la gauche électorale et les syndicats ; et d’autre part le maintien des pratiques opportunistes de baston plus ou moins affinitaires.


Si on les en croit, partis, médias et réseaux et de quelque bord politique qu’ils s’expriment, la terreur régnerait à Lyon, la « ville de l’extrême droite » pour les uns et c’est donc logique, la ville des antifas pour les autres. Un discours bien rodé et entretenu depuis les années 2000, dans une ville pourtant bien calme avant le 13 février 2026, surtout si on pense aux événements qui s’y sont produits et l’ont agitée pendant le mouvement des Gilets jaunes en 2018-2019, puis celui de 2023 sur les retraites, enfin en protestation contre le meurtre de Nahel par la police.


Temps critiques, le 21 février 2026


1 – Dans Nanterre 68, vers le mouvement du 22 mars, Acratie, 1988, p. 74-76, Jean-Pierre Duteuil raconte la tentative de former ce front en 1965 et les difficultés à se mettre d’accord sur son organisation, qui se veut plus ou moins formelle et centralisée suivant les tendances. Dans un texte de 1966, le groupe de « Liaison des étudiants anarchistes » marque son écart par une « Adresse aux antifascistes » dans laquelle il proclame que l’unité antifasciste n’implique pas l’absence de débat (op. cit., p. 77).


2 – Il succède en 1969 à Occident, qui a été dissout en juin 1968, et est la prémisse du futur Front national.


3 – cf. Erri de Luca, préface au livre de Paolo Persichetti et Oreste Scalzone, La révolution et l’État (Dagorno, 2000). Il considère l’activité antifasciste comme secondaire, mais « contenant une charge émotive d’indignation, de passion, qui la rendait inévitable. À la formation de tout caractère révolutionnaire préside une déchirure d’émotion, de colère, de honte pour une impuissance propre. Les analyses des situations historiques lui donnent par la suite poids et sens, mais initialement c’est un coup de fouet dans le système nerveux » (p. 10).


4 – cf. les échanges des années 1940 entre Adorno, Horkheimer, Marcuse, Neumann et Pollock aboutissent à une théorie du racket comme forme spécifique de domination quand la lutte de classes a perdu de son caractère antagonique dans ce que Marx puis la revue Invariance appellent la domination réelle du capital.


5 – Jacques Camatte, op. cit. : « Ils [les rackets politiques] veulent toujours expliquer la façon dont ils se représentent afin d’être reconnus par certains comme l’avant-garde pour représenter les autres, la classe. Ceci se révèle dans le fameux “ce qui nous distingue” de divers groupuscules en quête de reconnaissance. Toute délimitation est limitation et ceci conduit souvent à réduire assez rapidement, comme une peau de chagrin, la délimitation à quelques slogans représentatifs pour le marketing rackettiste. » Jean-Marie Le Pen, pourtant pas un aigle théorique, dénonçait lui aussi, de son point de vue politicien évidemment, « la bande des 4 » et aujourd’hui, qui ne voit pas ce phénomène de racket perdurer, à l’autre bout, dans un LFI réduit par les exclusions et séparations à une bande à Mélenchon ?


6 – cf. Stefano Sollima et le film A.C.A.B.: All Cops Are Bastards (2012).


7 – L’islamisme radical, par exemple en France, ne rentre pas dans ces cadres.


8 – Sur ce sujet, cf. la série espagnole Salvador, accessible sur Netflix.


9 – Jean-Claude Monod, « Qu’est-ce qu’un processus de fascisation ? Penser Trump II avec Foucault », in Le Grand Continent.


10 – Emmanuel Todd prétend que le tournant autoritaire en cours aux États-Unis s’explique, non pas par une défaite passée, mais comme l’anticipation de celle à venir face à la Russie et plus largement aux BRICS. Thèse tarabiscotée, plus amusante que convaincante.


11 – cf. Philip Roth et son roman Le Complot contre l’Amérique.


12 – Le problème se posera concrètement pendant la république de Weimar pour l’Allemagne et en Autriche vis-à-vis de la social-démocratie contre le nazisme ; et pendant la révolution espagnole transformée peu à peu en guerre d’Espagne.


13 – Dès 1945, plus de vingt avant Pasolini, Amadeo Bordiga vise plus juste lorsqu’il affirme : « Le pire héritage du fascisme, c’est l’antifascisme ». Il percevait le rôle non négligeable de l’antifascisme dans les recompositions politiques en Europe après la Seconde Guerre mondiale, mais son affirmation suppose une continuité effective entre le fascisme historique et l’antifascisme d’après 1945, alors qu’il y eut une profonde discontinuité exprimée par Pasolini : « un fascisme archaïque qui n’existe plus et qui n’existera plus jamais ».


14 – cf. Gato Soriano, note 25 du texte « Le fascisme, vraiment ? » publié dans le no 355 de Courant alternatif, de décembre 2025. Il cite Federico Finchelstein, dans Dai fascismi ai populismi. Storia, politica e demagogia nel mondo attuale, Roma, Donzelli, 2019, qui distingue nettement les fascismes qui précèdent la Seconde Guerre mondiale des populismes — héritiers du fascisme — qui acceptent le cadre « démocratique » des élections tout en maintenant une mystique du chef et des pratiques de type totalitaire. Il donne entre autres l’exemple du péronisme argentin, né de la crise du régime libéral-démocratique, qui s’impose par voie électorale et accepte de laisser la place sans violences majeures (pp. 170-174).


15 – La note 18 de Soriano (ibid.) est éclairante : « Je pense notamment au colonialisme italien qui se développe en Afrique orientale bien avant le fascisme — et est imbibé de racisme — et, à l’opposé, aux positions exprimées par Pino Rauti au début des années 1990, soutenant que le fascisme est une communauté d’esprit et pas de race, au moment où la Ligue du Nord de Umberto Bossi construisait sa fortune électorale sur un racisme de café du commerce. C’est justement à ce moment-là que le parti néofasciste de Rauti (le MSI) fait son pire score électoral de tout l’après-guerre ».


16 – Ils sont présents dans la région lyonnaise, par exemple, au Tonkin à Villeurbanne, ils discutent avec les jeunes de La Duchère, aux Minguettes à Vénissieux.



jeudi 19 février 2026

Nationalisme et socialisme (Mattick, 1959)

 


La Bataille socialiste

Par lucien

Publié en anglais dans The American Socialist en septembre 1959, en français dans Front Noir (février 1965) et ICO n° 99 (novembre 1970). [https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/gauchecommuniste/gauchescommunistes-ap1952/frontnoir/frontnoir-n07-08.pdf ; republié in ICO n° 99, novembre 1970.)
  • Cahiers de discussion pour le socialisme de conseils, Nationalisme et socialisme. Le bilan d’une discussion (brochure)

Qu’elles soient soudées par l’idéologie, par les conditions objectives ou par la combinaison habituelle des deux, les Nations sont des produits d’un développement social. Il n’y a pas plus de raison rie chérir ou de maudire le tribalisme ou, pour la même raison, un cosmopolitisme idéal. La nation est un fait pour ou contre lequel on lutte, suivant les circonstances histo­riques et leurs implications pour les populations et, à l’intérieur de ces populations pour les différentes classes.

L’État national moderne est à la fois produit et condition du développement capitaliste. Le capitalisme tend à détruire les traditions et les particularités nationales en étendant son mode de production partout dans le monde. Cependant, quoique la production mondiale, et quoique le  « vrai » marché capitaliste soit le marché mondial, le capitalisme surgit dans certaines nations plus tôt que dans d’autres, trouva des condi­tions plus favorables dans certains endroits, y réussit mieux, et combina ainsi des intérêts capitalistes spé­ciaux avec des besoins nationaux particuliers. « Les nations progressives » du dernier siècle furent celles où se produisit un développement capitaliste ra­pide ; « les nations réactionnaires » furent celles où les rapports sociaux entravèrent le développement du mode capitaliste de production. Parce que le « proche avenir » appartenait au capitalisme, et, parce que le capitalisme est la condition préalable du socialisme, les socialistes non-utopistes favorisèrent le capitalisme com­me opposé aux vieux rapports sociaux de production, et saluèrent le nationalisme dans la mesure où il pou­vait hâter le développement capitaliste. Sans l’admettre ouvertement, ils n’étaient pourtant pas loin d’accepter l’impérialisme capitaliste comme moyen d’en finir avec la stagnation et le retour des contrées non-capitalistes, d’orienter ainsi leur développement dans des voies progressives. Ils étaient favorables aussi à la dispari­tion des petites nations incapables de développer l’économie sur une grande échelle, et à leur absorption par des entités nationales plus larges, capables de dévelop­pement capitaliste. Ils soutenaient cependant les petites « nations progressives » contre les grands pays réaction­naires et si elles étaient absorbées par ces derniers, firent cause commune avec les mouvements de libéra­tion nationale. A aucun moment et en aucune occasion cependant, le nationalisme n’était considéré comme ob­jectif socialiste ; il n’était accepté que comme instrument d’un progrès social qui, ensuite, aboutirait finalement à l’internationalisme socialiste. Le « monde capitaliste » du siècle dernier, c’était le capitalisme occidental. La question nationale se posait à propos de l’unification de pays comme l’Allemagne et l’Italie, de la libération de nations opprimées comme l’Irlande, la Pologne, la Hongrie, la Grèce et de la con­solidation d’états « synthétiques » comme les Etats-Unis. C’était aussi le monde du socialisme, un monde limité, vu du XXème siècle. Alors que les questions nationales qui agitaient le mouvement socialiste au mi­lieu du XIXème siècle étaient ou bien résolues, ou bien en voie de l’être et avaient en tout ca cessé d’avoir une réelle importance pour le socialisme occidental, le mouvement révolutionnaire du XXème siècle, élargi au monde entier, posait de nouveau la question du na­tionalisme. Ce nouveau nationalisme, qui secoue la domination occidentale et institue les rapports de pro­duction capitaliste et l’industrie moderne dans des ré­gions encore sous-développées, est-il toujours une force « progressive » comme l’était le nationalisme d’antan ? Ces aspirations nationales coïncident-elles en quoique ce soit avec les aspirations socialistes ? Hâtent-elles la fin du capitalisme en affaiblissant l’impérialisme occi­dental ou bien injectent-elles une vie nouvelle au capi­talisme en étendant au globe entier son mode de pro­duction ?

La position du socialisme du XIXème siècle, vis à vis du nationalisme ne consistait pas seulement à préférer Je capitalisme à des systèmes sociaux plus statiques. Les socialistes intervenaient dans les révolutions démocratico bourgeoises qui étaient aussi nationalistes ; ils appuyaient les mouvements de libération nationale des peuples opprimés parce qu’ils se présentaient sous des formes démocratico-bourgeoises, parce qu’aux yeux des sosialistes, ces révolutions nationales démocratico-bour­geoises n’étaient plus des révolutions strictement ca­pitalistes. Elles pourraient être utilisées, sinon à instal­ler le socialisme lui-même, du moins à favoriser la crois­sance de mouvements socialistes et à lui assurer de meil­leures conditions.

Cependant, à la fin du siècle, c’est l’impérialisme, non le nationalisme, qui était à l’ordre du jour. Les intérêts allemands « nationaux » étaient devenus des intérêts impérialistes rivalisant avec les impérialismes d’autres pays. Les intérêts « nationaux » français étaient ceux de l’empire français, comme ceux de Grande Bre­tagne étaient ceux de l’empire britannique. Le contrôle du monde et le partage de ce contrôle entre les gran­des puissances impérialistes déterminaient des politi­ques « nationales ». Les guerres « nationales » étaient des guerres impérialistes culminant en guerres mondia­les.

On considère généralement que la situation russe, au commencement du XXème siècle, était en bien des points similaire à la situation révolutionnaire de l’Eu­rope occidentale du milieu du XIX ème siècle. L’attitu­de positive des premiers socialistes à l’égard des révo­lutions nationales bourgeoise s’appuyait sur l’espoir, sinon sur la conviction, que l’élément prolétarien, dans ces révolutions, dépasserait le but limité de la bourgeoi­sie. Pour Lénine, la bourgeoisie russe n’était plus capa­ble d’accomplir sa propre révolution démocratique de sorte que la classe ouvrière était appelée à accomplir la révolution bourgeoise et la révolution prolétarienne à travers une série de changements sociaux qui cons­titueraient une « révolution permanente ». En un sens, la nouvelle situation semblait répéter sur une plus gran­diose échelle, la situation révolutionnaire de 1848. Au lieu des alliances d’autrefois, limitées et temporaires, entre mouvements démocratico-bourgeois et interna­tionalisme prolétarien, il existait maintenant à l’échelle mondiale, un ensemble de forces révolutionnaires de caractère à la lois social et national, qui devraient être entraînés au-delà de leurs objectifs restreints vers des fins prolétariennes.

Un socialisme international consistant, comme celui de Rosa Luxembourg, par exemple, s’opposait à « l’au­todétermination nationale » des Bolchevicks. Pour elle, l’existence de gouvernements nationaux indépendants n’altéreraient pas le fait qu’ils seraient contrôlés par les puisances impérialistes puisque ces dernières domi­naient l’économie mondiale. Jamais on ne pourrait lut­ter contre le capitalisme impérialiste, ni l’affaiblir, en créant de nouvelles nations : mais seulement en oppo­sant au supra-nationalisme capitaliste l’internationalis­me prolétarien. Naturellement, l’internationalisme pro­létarien ne peut empêcher et n’a aucune raison d’empê­cher les mouvements de libération nationale contre la domination impérialiste. Ces mouvements appartien­nent à la société capitaliste, exactement comme son im­périalisme. Mais « utiliser » ces mouvements nationaux pour des buts socialistes ne pouvait signifier autre chose que les débarrasser de leur caractère nationaliste et les transformer en mouvements socialistes, orientés vers l’internationalisme.

La première guerre mondiale produisit la Révolution russe, et, quelles qu’aient été ses intentions primitives, elle fut et resta une révolution nationale. Bien qu’elle attendit de l’aide de l’étranger elle n’en apporta jamais aux forces révolutionnaires de l’extérieur, excepté lors­que cette aide lui fut dictée par les intérêts russes nationaux. La 2ème guerre mondiale et ses séquelles ame­na l’indépendance pour l’Inde et le Pakistan, la Révo­lution chinoise, la libération de l’Asie du Sud-Est, et l’autodétermination pour quelques nations d’Afrique et du Moyen-Orient. A première vue, cette renaissance du nationalisme contredit à la fois la position de R. Luxembourg et celle de Lénine, sur la  » question na­tionale « . Apparemment, l’époque de l’émancipation nationale n’est pas terminée, et il est évident que le courant de plus en plus fort contre l’impérialisme ne sert pas les fins socialistes révolutionnaires à l’échelle mondiale.

Ce que révèle réellement ce nouveau nationalisme, ce sont les changements structurels de l’économie capita­liste mondiale et la fin du colonialisme du XIXème siè­cle. Le « fardeau de l’homme blanc  » est devenu un fardeau réel au lieu d’une aubaine. Les profits de la domination coloniale diminuent tandis que le coût de l’empire augmente. Sans doute des individus, des cor­porations, et même des gouvernements, s’enrichissent encore par l’exploitation coloniale. Mais ceci n’est plus dû qu’à des conditions spéciales, contrôle de ressources pétrolières concentrées, découvertes de grands gise­ments d’uranium, etc.. plutôt qu’au pouvoir général de faire des opérations profitables dans les colonies et autres contrées dépendantes. Les taux de profit excep­tionnels d’autrefois sont tombés aujourd’hui au niveau de taux de profit « normal « . Lorsque le profit reste exceptionnellement élevé, c’est surtout dû aux subsides gouvernementaux. En général, le colonialisme ne paye plus, de sorte que, c’est en partie le principe du profit lui-même qui invite à reconsidérer le problème de la domination impérialiste.

Deux guerres mondiales ont plus ou moins détruit les vieilles puissances impérialistes. Mais elles n’ont pas amené la fin de l’impérialisme qui, tout en prenant de nouvelles formes et expressions, maintient le contrôle économique et politique des nations fortes sur les fai­bles. Un impérialisme indirect paraît plus riche en pro­messes que le colonialisme du XIX ème siècle ou sa renaissance tardive dans la politique russe des satelli­tes. Naturellement, l’une n’exclut pas l’autre, et on voit des considérations stratégiques réelles ou imaginaires porter les Etats-Unis à contrôler Okinaya, et l’Angle­terre, Chypre. Mais en général, un contrôle indirect peut être supérieur à un contrôle direct, de même que le système du travail salarié s’est montré supérieur au travail des esclaves. Seule dans l’hémisphère Ouest, l’Amérique n’a pas été une puissance impérialiste dans le sens traditionnel. Elle s’est assurée le bénéfice du contrôle impérial, plus par la « diplomatie du dollar  » que par l’intervention militaire directe. En tant que puissance capitaliste la plus forte, l’Amérique espère dominer à sa manière les régions non soviétiques du monde.

Aucune des puissances européennes n’est de force aujourd’hui à s’opposer à la dissolution complète de son empire, si ce n’est avec l’aide américaine. Mais cette aide soumet ces nations tout comme leurs posses­sions étrangères, à la pénétration et au contrôle améri­cains. Héritant de ce qu’abandonne l’impérialisme et son déclin, les Etats-Unis n’éprouvent pas le besoin de voler au secours de l’impérialisme ouest-européen à moins qu’un tel secours ne frustre le bloc oriental. « L’anticolonialisme  » n’est pas une politique améri­caine délibérément voulue pour affaiblir les alliés oc­cidentaux , — bien qu’en fait elle les affaiblisse — mais a été choisie dans la perspective de renforcer le  » mon­de libre « . Il est certain que cette perspective compréhensive, couvre de nombreux intérêts spéciaux plus étroits, ce qui donne à « l’anti-impérialisme  » américain son caractère hypocrite et conduit à penser qu’en s’opposant à l’impérialisme des autres nations, l’Amérique développe le sien.

Privés de possibilités impérialistes, l’Allemagne, l’Ita­lie et le Japon, n’ont plus de politique indépendante. Le déclin progressif des Empires français et britanni­que a fait de ces nations des puissance de second ordre. En même temps, les aspirations nationales des régions moins développées et plus faibles, ne peuvent se réali­ser que si elles entrent dans les plans de conquête des impérialismes dominants. Quoique la Russie et les Etats-Unis se partagent la suprématie mondiale, des pays moins importants s’efforcent néammoins de défendre leurs intérêts spécifiques et d’influencer quelque peu la politique des super-grands. L’opposition et les con­tradictions internationales de ces deux grands riveaux permettent aussi à des nations nouvellement apparues comme la Chine et l’Inde, un degré d’indépendance qu’elles n’auraient pu atteindre sans cela. Sous le cou­vert de la neutralité, une petite nation comme la You­goslavie par exemple peut quitter un bloc de puissances pour retourner à l’autre. Les pays indépendants moins faibles peuvent soutenir leur indépendance, comme on le voit, grâce uniquement au conflit majeur entre la Russie et les Etats-Unis.

L’érosion de l’impérialisme occidental, dit-on, crée un vide du pouvoir dans les régions jusqu’alors subju­guées. Si le vide n’est pas comblé par l’Ouest, il le sera par la Russie. Bien sûr, ni les représentants du  » nouveau nationalisme  » ni ceux du « vieil impérialis­me » ne comprennent cette sorte d’affirmation, puisque le nationalisme se substitue à l’impérialisme, aucun vide ne se produit. Ce qu’il faut entendre par « vide  » c’est que « l’auto-détermination nationale » des pays sous-développés les laisse à la merci d’une « agression communiste » intérieure et extérieure, à moins que l’Ouest ne garantisse leur « indépendance ». En d’au­tres termes, l’auto-détermination nationale n’inclut pas le libre choix de ses alliés, quoiqu’elle implique parfois une préférence à l’égard de la « protection » des puis­sances occidentales.

« L’indépendance » de la Tunisie et du Maroc, par exemple, est reconnue aussi longtemps que l’indépen­dance à l’égard de la France implique la loyauté, non envers la Russie, mais envers le Bloc occidental dominé par l’Amérique.

Dans la mesure où elle peut encore exercer dans le monde des deux blocs, l’auto-détermination nationale est une expression de la « guerre froide », une impasse politico-militaire. Mais la tendance du développement n’est pas vers un monde composé de nations nombreu­ses, chacune indépendante et vivant dans la sécurité, mais vers la désintégration des nations faibles, c’est-à-dire vers leur « intégration » à l’un ou à l’autre bloc. Sans doute, la lutte pour l’émancipation nationale à l’intérieur des rivalités impérialistes permet à certaines contrées d’exploiter la lutte pour le pouvoir entre l’Est et l’Ouest. Mais ce fait lui-même tend à limiter leurs aspirations nationales puisqu’un accord Ou une guerre, entre l’Est et l’Ouest mettrait fin à leurs possibilités de manœuvre entre les deux blocs. Et tandis que la Russie qui n’hésite pas à détruire tout essai de l’auto-détermination nationale réelle dans les pays qui sont sous son contrôle direct, est prête à appuyer toute auto-détermi­nation nationale dirigée contre la domination occiden­tale, l’Amérique qui réclame l’auto-détermination pour les satellites de la Russie, n’hésite pas à pratiquer dans le Moyen-Orient ce qu’elle abhorre en Europe Orientale. En dépit des révolutions nationales et de l’auto-déter­mination, l’époque de l’émancipation nationale est pra­tiquement dépassée. Ces nations peuvent conserver une indépendance formelle ne les libérant pas de la domina­tion économique et politique de l’Ouest. Elles ne peu­vent échapper à cette suprématie qu’en acceptant celle de la Russie, en se plaçant à l’intérieur du bloc Oriental.

Les révolutions nationales dans les régions retardées du point de vue capitaliste, sont des essais de moderni­sation par l’industrialisation, soit qu’elles expriment simplement une opposition au capital étranger, soit qu’elles tendent à changer les rapport sociaux existants. Mais tandis que le nationalisme du XIXème siècle était un instrument de développement du capital privé, le nationalisme du XXème siècle est essentiellement un instrument de développement du capitalisme d’Etat. Et tandis que le nationalisme du siècle dernier, créait le libre marché mondial et le degré d’indépendance éco­nomique possible à l’intérieur du capitalisme privé, le nationalisme actuel, porte de nouveaux coups à un marché mondial déjà en voie de désagrégation et dé­truit ce degré d’intégration internationale « automati­que » qu’avait engendré le mécanisme du marché libre.

Derrière les mouvements nationalistes, il y a, bien sûr, la pression de la pauvreté, qui devient de plus en plus explosive à mesure qu’augmente la différence entre nations pauvres et riches. La division internationale du travail telle qu’elle est déterminée par la formation du capital privé implique l’exploitation des contrées les plus pauvres par les plus riches et la concentration du capital dans les pays capitalistes avancés. Le nouveau nationalisme s’oppose à la concentration du capital dé­terminée par le marché, de manière à assurer l’indutria-lisation des pays sous-développés. Dans les conditions actuelles cependant, l’organisation de la production ca­pitaliste sur un plan national augmente sa désorganisa­tion à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, entreprise pri­vée et contrôle gouvernemental opèrent simultanément dans chaque pays capitaliste, et dans le monde entier. De sorte qu’existent côte à côte la concurrence géné­rale la plus âpre, la subordination de la concurrence privée à la concurrence nationale la plus impitoyable, et la subordination de la concurrence nationale aux exi­gences supranationales de la politique des blocs.

A la base des aspirations nationales et des rivalités impérialistes, se trouve le besoin réel d’une organisa­tion mondiale de la production et de la distribution, au profit de l’humanité dans son ensemble. Première­ment, comme le géologue K. F. Mather l’a fait remar­quer, parce que la « terre est faite beaucoup plus pour être occupée par des hommes organisés à l’échelle mon­diale, pouvant pratiquer au maximum à travers le mon­de entier le libre échange des matières premières et des produits finis, que par des hommes qui s’entêtent à élever des barrières entre régions, même si ces régions sont de grands pays ou des continents entiers ». Deuxiè­mement parce que la production sociale ne peut se dé­velopper pleinement, et libérer les hommes du besoin et de la misère que par la coopération internationale, sans égards aux intérêts nationaux particuliers. Le progrès du développement industriel est fondé sur l’interdépendance inévitable. Si elle n’est pas acceptée et utilisée à des fins humaines, une lutte interminable entre na­tion, pour la domination impérialiste, produira par suite de l’incapacité à réaliser à l’échelle internationale ce qui a été réalisé ou est en voie de l’être sur le plan natio­nal : l’élimination partielle ou totale de la compétition capitaliste.

Malgré l’élimination du capital privé ou sa régle­mentation restrictive, les antagonismes de classe sub­sistent dans tous les pays, par suite, la nationalisation du capital ayant laissé intacts les rapports de classes, il est impossible d’échapper à la compétition interna­tionale ; la défense d’un pays et sa force croissante si­gnifie en réalité la défense et la reproduction de nou­veaux groupes dirigeants. « L’amour de la patrie socialiste  » dans les pays communistes, le désir de se fai­re une place comme on le voit dans les pays de gouver­nements à économie « socialiste  » et l’auto-détermina­tion nationale, dans les contrées autrefois subjuguées, signifie l’existence et la montée de nouvelles classes do­minantes liées à l’existence de l’Etat national.

Alors qu’une attitude positive à l’égard du nationa­lisme trahit un manque d’intérêt pour le socialisme, la position socialiste sur le nationalisme est manifestement inefficace tout comme les pays qui en oppriment d’au­tres. Une position anti-nationaliste intransigeante sem­ble, tout au moins indirectement, appuyer l’impérialis­me. Cependant, l’impérialisme fonctionne grâce à ses propres ressorts, indépendamment des attitudes socia­listes à l’égard du nationalisme. Bien plus, les socialis­tes n’ont pas pour rôle de fomenter les luttes pour l’au­tonomie nationale ; comme l’ont démontré les mou­vements de « libération » qui ont surgi dans le sillage de la seconde guerre mondiale. Contrairement aux es­poirs d’autrefois, le nationalisme ne put être utilisé à des fins socialistes et il ne fut pas un bon moyen stra­tégique pour hâter la fin du capitalisme.

Au contraire, le nationalisme détruisit le socialisme, en l’utilisant à des fins nationalistes.

Ce n’est pas le rôle du socialisme de soutenir le na­tionalisme, même quand celui-ci combat l’impérialis­me. Combattre l’impérialisme sans affaiblir simultané­ment le nationalisme, ce n’est autre chose que combat­tre certains impérialistes et en appuyer d’autres, car le nationalisme est nécessairement impérialiste ou illu­soire. Appuyer le nationalisme arabe, c’est s’opposer au nationalisme juif ; appuyer ce dernier, c’est lutter contre le premier, car il est impossible de soutenir un na­tionalisme sans soutenir aussi des rivalités nationales, l’impérialisme et la guerre. Etre un bon nationaliste indien, c’est combattre le Pakistant ; être un vrai pa­kistanais, c’est détester l’Inde. Ces deux pays récem­ment « libérés » se préparent à la lutte pour des terri­toires litigieux et soumettent leur développement à l’ac­tion destructive de l’économie de guerre capitaliste.

Et ainsi de suite : « libérer Chypre de la domination anglaise tend seulement à ouvrir une nouvelle bataille pour Chypre entre Grecs et Turcs et ne supprime pas le contrôle occidental sur la Turquie et la Grèce. « Li­bérer » la Pologne de la domination russe peut mener à une guerre avec l’Allemagne pour la « libération » des provinces allemandes aujourd’hui dominées par la Pologne, puis à de nouvelles luttes polonaises pour les territoires pris par l’Allemagne. Une indépendance réel­le de la Tchécoslovaquie rouvrirait certainement la lut­te pour la région des Sudètes, lutte qui entraînerait à son tour la lutte pour l’indépendance tchécoslovaque, et peut-être pour celle des Slovaques désireux de se sé­parer des Tchèques. Avec qui faut-il être ? Avec les Algériens contre les Français ? Avec les Juifs ? Avec les Arabes ? Avec les deux ? Où les juifs iront-ils pour faire place aux Arabes ? Que feront les réfugiés ara­bes pour cesser d’être un « mal » pour les Juifs ? Que faire d’un million de colons français menacés d’expro­priation et d’expulsion quand la libération algérienne sera accomplie ? Des questions semblables se posent partout. ; les Juifs y répondent pour les Juifs, les Ara­bes pour les Arabes, les Algériens pour les Algériens, les Français pour les Français, les Polonais pour les Po­lonais, et ainsi de suite, de sorte qu’elles demeurent non résolues et insolubles. Si utopique que puisse paraître la recherche d’une solidarité internationale dans cette mê­lée des antagonismes nationaux et impérialistes, aucu­ne autre route ne semble ouverte pour échapper aux luttes fratricides et parvenir à une société mondiale rationnelle.

Bien que les sympathies socialistes soient avec les opprimés, elles visent non les nationalismes qui surgis­sent doublement mais la condition des opprimés qui af­frontent à la fois une classe de dirigeants indigènes et de dirigeants étrangers. Leurs aspirations nationales sont en partie des aspirations « socialistes » puisqu’elles ren­ferment l’espérance illusoire des populations appauvries qui croient qu’elles amélioreront leurs conditions par l’indépendance nationale. L’auto-détermination natio­nale n’a pas émancipé les classes laborieuses des pays avancés. Elle ne le fera pas non plus maintenant en Asie et en Afrique. Les révolutions nationales, l’algé­rienne, par exemple, apporteront peu aux classes pauvres, à part le droit de partager plus équitablement les préjugés nationaux.

Sans doute, c’est quelque chose pour les Algériens, qui ont souffert d’un système colonial particulièrement arrogant. Mais on peut prévoir les résultats possibles de l’indépendance algérienne en examinant le cas de la Tunisie et du Maroc, où les rapports sociaux exis­tants n’ont pas changé, et où les conditions d’existence des classes exploitées n’ont pas été notablement amé­liorées.

A moins d’être un pur mirage, le socialisme renaîtra comme un mouvement international — ou pas du tout — En tous cas, et sur la base de l’expérience passée, ceux qui sont intéressés à la renaissance du socialisme, doi­vent souligner avant tout son caractère international. Si un socialiste ne peut devenir nationaliste, il n’en est pas moins un anti-colonialiste et un anti-impérialiste. Cependant, sa lutte contre le colonialisme n’implique pas son adhésion au principe d’auto-détermination na­tionale, mais exprime son désir d’une société socialiste internationale, une société sans exploitation. Si les so­cialistes ne peuvent s’identifier aux luttes nationales, ils peuvent en tant que socialistes, s’opposer à la fois au nationalisme et à l’impérialisme. Par exemple, le rôle des socialistes français n’est pas de lutter pour l’indépendance algérienne, mais de transformer la Fran­ce en une société socialiste. Les luttes pour cet objectif aideraient certainement le mouvement de libération en Algérie et n’importe où, mais ce serait là une consé­quence secondaire, et non la raison même de la lutte socialiste contre l’impérialisme nationaliste. Au stade suivant, l’Algérie devrait être « dénationalisée  » et intégrée à un mode socialiste international.



Voir aussi

« Les marxistes et la question nationale (Souyri, 1979)

Fighting for the right to organise (Falah Alwan) »

INFOBREF N°577 fevrier-2026

  

 




Gaza. Les milliardaires de l’immobilier et le comité colonial trumpiste qui se charge de Gaza

 2026 Alencontre 

Contre le narratif victimaire des néofascistes : la liste des victimes de l’extrême droite depuis 2022

13 février 2026Antifascisme, Extrême droite, Nos articles favoris

Le 12 février à Lyon, un groupe de militants et militantes d’extrême droite a attaqué un meeting de Rima Hassan. Comme à chaque fois que les néofascistes s’en prennent à un événement de gauche, la police laisse faire. Elle contraint donc les organisateurs et organisatrices de ces événements à constituer des services d’ordre pour se défendre.

La réciproque n’est pas vraie : quand des manifestations s’opposent à des meetings d’extrême droite, l’État déploie d’énormes dispositifs policiers pour les protéger et réprime les mobilisations antifascistes. Toujours est-il qu’à Lyon, inévitablement, une rixe a éclaté, et un militant identitaire est entre la vie et la mort.

Puisqu’un narratif victimaire est déjà en train de se propager dans les médias de Bolloré, présentant les agresseurs comme d’innocentes victimes des «antifas», il nous faut rappeler que l’extrême droite tue, mutile et terrorise en toute impunité depuis des années. Voici une liste non exhaustive de crimes racistes et fascistes commis par l’extrême droite depuis 4 ans. Aucun n’a fait la Une des médias. Aucun n’a provoqué de polémique nationale.

19 mars 2022, Paris.

Des néo-nazis agressent un homme racisé en pleine rue, des injures racistes fusent. Il s’avère qu’un rugbyman argentin à la carrière internationale, se trouve à proximité et s’interpose. Il s’appelle Federico Martín Aramburú. Avec son ami, ils sont roués de coups par les nervis racistes. L’un d’eux, Loïk Le Priol, ancien du GUD – groupuscule violent d’inspiration fasciste, exhibe un brassard de police. Puis il revient armé, dans une jeep, et abat de plusieurs balles dans le dos Federico Martín Aramburú. Le père de famille meurt sur le coup.

Loïk le Priol tente de s’enfuir en Ukraine. Lui et ses complices possédaient des armes, des objets nazis et des contacts au sein de la police. Cette affaire, en pleine campagne présidentielle, subit une omerta médiatique presque totale.

Juin 2022, à Lyon.

Le chef des identitaires, un certain Adrien Lasalle, poignarde deux hommes en pleine rue, dont un à la gorge. Le crime a lieu vers minuit. Le néonazi s’était rendu dans un quartier réputé «de gauche» et s’en était pris à deux jeunes hommes de 18 et 23 ans. Ivre, l’agresseur a ensuite frappé les policiers venus l’arrêter et a terminé au poste. Il vient de commettre une double tentative de meurtre.

9 décembre 2022, Charleville-Mézières.

Un retraité raciste abat son voisin, Mahamadou Cissé, d’une balle de fusil à pompe. Le Procureur qualifiera ce crime raciste de «meurtre par exaspération» et remettra le tueur en liberté. L’accusé, un ancien militaire, était membre des commandos marines et avait participé à la Guerre d’Algérie.

23 décembre 2022, Paris.

William Malet, militant d’extrême droite se rend avec une arme à feu au Centre Démocratique Kurde à Paris. Il assassine 3 personnes par balles et en blesse 4 autres. En décembre 2021, à Paris déjà, le même William Mallet avait essayé de tuer des réfugiés soudanais au parc de Bercy à coups de sabre, trois jours après un grand meeting de campagne d’Eric Zemmour. Il était pourtant en liberté.

26 décembre 2022, Évry, en banlieue parisienne.

Un homme de 61 ans tire sur une jeune fille de 13 ans, d’origine maghrébine, qui rentrait chez elle. Il était connu de son voisinage pour ses propos racistes. En garde à vue, affirme qu’il voulait rendre hommage à l’homme qui avait assassiné par balles trois militants kurdes deux jours plus tôt.

17 novembre, 2023, dans le Val-de-Marne.

Un retraité attaque un jardinier franco-algérien qui nettoyait des branches chez une cliente, près de chez lui. L’homme profère des cris racistes avant de planter un coup de cutter dans la gorge de Mourad, causant une plaie très profonde au cou.

Si la victime n’avait pas eu le réflexe d’esquiver la lame, sa jugulaire aurait été tranchée, il serait mort en quelques instants. L’agresseur raciste bénéficiera d’une clémence hallucinante de la justice.

25 juin 2024 à Thiais, dans le Val-de-Marne.

Un chauffeur de bus scolaire non-blanc est victime de menaces de mort, d’insultes et d’une tentative de meurtre de la part d’un automobiliste. Ce dernier refuse de partir d’une place réservée aux bus scolaires devant une école maternelle, alors que le chauffeur devait se garer sur cette place.

L’automobiliste crie: «J’en ai marre des gens comme vous, bougnoules et renois, moi je vote RN, je vais te tuer, je vais te massacrer, je vais vous éradiquer». Puis il percute délibérément avec sa voiture le chauffeur de bus au niveau des jambes. Ce dernier est miraculé.

31 aout 2024, près de Dunkerque.

Djamel Bendjaballah, père de famille maghrébin, est assassiné par un militant d’extrême droite nommé Jérôme Decofour. Ce dernier a écrasé Djamel volontairement. Le tueur était membre d’une milice raciste nommée «Brigade Française Patriote», il avait harcelé et menacé de mort à de nombreuses reprises la victime par le passé. Sans réaction de la police.

20 novembre 2024, dans les Vosges.

Rochdi Lakhsassi, commercial d’une trentaine d’années, est froidement abattu de deux balles dans le dos par un habitant à Chavelot dans les Vosges, alors qu’il faisait du démarchage pour son entreprise. Le meurtrier, Noël Richard, 71 ans, a délibérément visé la victime.

14 décembre 2024, dans le Nord.

Paul, habitant de Dunkerque âgé de 22 ans, démarre sa voiture, lourdement armé, pour aller commettre une série d’assassinats. Il tue d’abord trois personnes, puis se rend devant un campement d’exilés. Il assassine deux hommes de nationalité iranienne, âgés de 19 et 30 ans, qui se nommaient Mustafa et Ahmid. Il ne les connaissait pas. C’est ici qu’il termine son escapade meurtrière, avant de se rendre dans une gendarmerie.

16 février 2025, Paris.

Une trentaine de néo-nazis, dont certains portent des casques de moto, attaquent les locaux de l’Association culturelle des travailleurs immigrés de Turquie. Il y a alors la projection d’un film contre l’extrême droite. Les agresseurs hurlent «Paris est nazi», ils tabassent les participant-es et poignardent un syndicaliste de la CGT, dont le pronostic vital est temporairement engagé. Deux personnes sont hospitalisées.

25 avril 2025, à La Grand-Combe.

Dans cette petite ville de 5.000 habitants dans le Gard, au petit matin, un certain David entre dans la mosquée où se trouve Aboubakar Cissé, qui fait le ménage. Au moment où Aboubakar s’agenouille pour prier, David sort un grand couteau de cuisine et le poignarde violemment : ventre, bras, visage, jambes, dos. 50 coups de couteau. L’assassin prend des photos de la victime avec son téléphone et s’écrie «Je l’ai fait, ton Allah de m**… Je vais me faire arrêter, c’est sûr».

30 mai 2025, Alès.

Une descente néo-nazie vise un bar militant de la ville. «J’ai vu une dame âgée se faire étrangler et gazer à bout portant» explique une personne présente sur place. Les néo-nazis ont frappé sans distinction, blessant une vingtaine de clients. Un militant cheminot PCF, tabassé, a été hospitalisé en urgence.

31 mai 2025, Puget-sur-Argens dans le Var.

Hichem Miraoui, un tunisien, âgé de 46 ans et coiffeur de profession, est assassiné chez lui par son voisin raciste. Ce dernier, Christophe B. a débarqué armé dans l’appartement où avait lieu une soirée. Il a assassiné Hichem et blessé par balles deux autres personnes.

L’attentat est revendiqué politiquement et affiché, par ses publications et des vidéos, son soutien sans aucune ambiguïté au Rassemblement National et aux identitaires. Il assène en vidéo : «Tenez-vous à carreau les bicots, car des mecs comme moi, il va y en avoir plein, plein, tenez-vous à carreau».

15 août 2025, à Royère-de-Vassivière.

Lors d’une fête de ce village de 500 habitant-es, un homme est agressé aux cris de «Sale Noir, tu n’as rien à faire ici». Les amis du jeune homme tentent de s’interposer, mais ceux-ci se font «tour à tour injurier, frapper, étrangler, pousser au sol». Une victime perd connaissance.

Alors qu’elles tentent de quitter les lieux, les victimes subissent une chasse à l’homme raciste. Les agresseurs avinés, dont un élu municipal et le président de la société de chasse locale, les poursuivent dans un pick up en continuant à les insulter, hurlant «la chasse au n**** est ouverte».

Décembre 2025, Nice.

Une bande d’une quinzaine de nervis d’extrême droite sème la terreur. Un groupe de 5 amis, venu boire des coups, se fait attaquer par ces derniers, cagoulés, après s’être fait insulter de «sales bougnoules». Une victime raconte s’être fait «shooter de partout» avant que des passant·es n’interviennent.

18 janvier 2026, Toulouse.

Deux étudiants voient débarquer dans leur appartement un voisin armé leur criant «On ne veut pas d’étrangers, c’est nous qui payons la CAF [..] Je ne donne pas mon nom à des Arabes».

19 janvier 2026, Décines-Charpieu, près de Lyon.

Un lycéen de 17 ans d’origine syrienne est attaqué puis tabassé par 3 hommes cagoulés, avant d’être tailladé au visage par des lames de rasoir. Le tout accompagné d’un torrent d’injures racistes : «Sale Arabe», «Sale Musulman».


Ce décompte est incomplet, car il ne recense que des cas dont a parlé la presse locale, et que nous avons pu recenser. Beaucoup d’autres faits sont probablement passés sous nos radars et ceux de la presse. Nous n’avons compilé ici que les violences physiques contre les personnes, mais pas les incendies de mosquées, tags racistes et menaces, qui se comptent par centaines.

Nous n’avons pas non plus listé les projet d’attentats fascistes et démantèlements de groupes d’extrême droite lourdement armés. Certains s’apprêtaient à passer à l’acte contre des juifs, des musulmans ou des personnalités politiques de gauche. Rien que dans cette liste, en moins de 4 ans donc, nous comptabilisons au moins 11 décès et une vingtaine de blessés graves par balle ou arme blanche qui ont du être hospitalisés. Un bilan terrible, et méconnu de l’écrasante majorité de la population.


Ajout au 14 février : Nous le précisions dans l’article, il fallait forcément qu’on en oublie tant l’extrême droite se déchaîne ces dernières années. On peut donc ajouter à ce décompte macabre une balle dans la tête d’un homme à Paris par Martial Lanoir, militant fasciste et complotiste, en mai 2022, ainsi que le meurtre d’Ismaël Aali, retrouvé dans un étang de Lyon en janvier dernier après une altercation aux motivations racistes.


Ajout du 16 février : Le 22 février 2024, sur la commune de Chenex en Haute-Savoie, une femme Rom était assassinée. Elle s’appelait Angela Rostas, elle était enceinte de 7 mois. Un chasseur raciste s’amusait à tirer sur des caravanes de Rom, il l’a abattue devant sa famille. Nous en parlions ici.

 IA : course à la puissance

N° 962 28/01/2026  Les États-Unis et la Chine rivalisent pour développer le plus rapidement possible ladite Intelligence Artificielle (IA) dont les usages multiples tendraient à accroître la puissance économique et militaire pour parler comme dans le poste en franglais le soft power et le hard power.

Il est difficile de distinguer, dans l’ambiance de plus en plus folle et de plus en plus anxiogène autour de l’IA, ce qui relève du bluff de ce qui relève de vraies potentialités. En tout cas, la chose certaine reste que pour développer l’IA, il faut une quantité astronomique de données qu’il faut stocker dans des centres de données (data centers). Et ces centres sont très gourmands en énergie électrique, ce qui fait qu’une simple requête chat-gpt si elle épargne de la matière grise humaine, elle dépense une énergie, sans doute utile à d’autres emplois mais là n’est pas la question.

Ainsi, Nvidia (microprocesseurs) et OpenAI (propriétaire de ChatGPT) ont annoncé des investissements de 100 milliards de $ pour construire des centres de données qui réclameraient une puissance installée de 10 GW (à titre de comparaison, le parc nucléaire français représente 63 GW). Google a annoncé déjà en octobre 2025 un accord avec un électricien pour rouvrir une centrale nucléaire pour alimenter son site de données pour développer son IA (GEMINI). Microsoft envisage de se payer le redémarrage de… Three Mile Island1.

La Virginie accueille un pôle mondial de centres données qui exigent 6,2 GW de puissance pour un total de 29 GW pour l’ensemble de l’État (dont la moitié sont des GW produits avec du gaz). Le président Trump a annoncé 500 milliards de dollars d’investissements privés pour les centres de données.

Il ne pouvait faire moins alors que la Chine, de son côté, a lancé un plan IA+. Une démarche, qui semble un brin plus rationnel2 avec une préoccupation liée aux impacts sur les emplois et une dénonciation de la culture du secret autour des algorithmes et les « hallucinations » des modèles IA. Apparemment après l’arrivée surprise de l’IA chinoise Deepseek (concurrent de ChatGpt), la Chine a pris le temps de prendre un peu de retard, lié en partie aux embûches sur l’accès aux composants électroniques mises en place par les puissances occidentales.

D’une certaine manière, les annonces tonitruantes américaines s’expliquent sans doute aussi par des considérations financières car si les entreprises de l’IA sont valorisées à l’extrême en Bourse, pour l’instant elles rapportent relativement peu. La machine à rêves fonctionne aussi à plein régime.

La bataille est donc bien engagée autour des enjeux de maîtrise des techniques IA entre les deux premières puissances mondiales. Un front parmi tant d’autres si bien qu’il est difficile de décider quelle est la mère des batailles.

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1 https://recherche-expertise.asnr.fr/savoir-comprendre/surete/deroulement-laccident-0

2 La Chine enclenche son plan "IA+" pour devenir la première nation tech au monde


Alex Pretti a-t-il été la cible d'un assassinat prémédité?

Des indices de preuve émergent qui indiquent fortement que le meurtre de l’infirmier en soins intensifs Alex Pretti le 24 janvier à Minneapolis était un assassinat ciblé commis par les forces paramilitaires du gouvernement Trump pour terroriser les citoyens de Minneapolis qui s'opposent à leurs activités criminelles et les filment.

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Iran. «Des centaines de blessures oculaires par balle recensées dans un hôpital iranien alors que la répression des manifestations s’intensifie»

14 janvier 2026 Alencontre 0

Par Deepa Parent et William Christou À Téhéran, les médecins font état d’un personnel médical débordé alors que la répression violente s’intensifie. Un ophtalmologue de Téhéran a recensé plus de 400 blessures oculaires par balle [Lire….]

La France Enregistre Un Record De Pauvreté Sur Trente Ans

ByFlavien Bordeleau

Juin 12, 2025

Le 7 juillet, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié son nouveau rapport annuel, selon lequel « en 2023, la part de la population française vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté de près de 650 000 personnes par rapport à 2022 et a atteint 15,4 %, soit le taux le plus élevé depuis 1996, date à laquelle ces statistiques ont commencé à être établies » .

9,8 millions de Français se sont retrouvés sous le seuil de pauvreté, fixé à 1 288 euros par mois et par personne, soit 60 % du revenu médian. L’augmentation de la pauvreté est particulièrement marquée parmi les familles monoparentales : 34,3 % de ces ménages se sont retrouvés sous le seuil de pauvreté en 2023.

D’une part, cela s’explique par l’augmentation du nombre de micro-entrepreneurs déclarant de faibles revenus. D’autre part, cela s’explique par la suppression des aides au pouvoir d’achat que le gouvernement avait mises en place pour lutter contre la flambée des prix après le début de la guerre en Ukraine.

La moitié des personnes vivant sous le seuil de pauvreté disposent de moins de 1 041 euros par mois.

Les catégories les plus touchées par le niveau de pauvreté le plus élevé sont les chômeurs (36,1 %), les familles monoparentales (34,3 %), les personnes seules (20,3 %) et les travailleurs indépendants (19,2 %).

Dans le même temps, le niveau de vie des 10 % des citoyens les plus riches a augmenté de 2,1 %, principalement grâce à « l’augmentation des revenus financiers due à la hausse des taux d’intérêt et à la croissance des revenus d’investissement, notamment ceux provenant des placements et des assurances-vie », note l’INSEE, alors que « la dernière étape de l’exonération fiscale sur la résidence principale, qui a concerné en 2023 les 20 % des ménages les plus riches imposables ».

« Résultat : les inégalités en France s’accentuent et deviennent de plus en plus visibles, revenant pratiquement au niveau des années 1970. Les 20 % les plus riches percevaient des revenus 4,5 fois supérieurs à ceux des 20 % les plus pauvres.

L’ensemble des données pour l’année dernière n’est pas encore prêt, mais les analystes de l’Insee ont déjà indiqué que 12,7 % de la population de la Ve République se trouvait en situation de précarité matérielle et sociale en 2024. Pour des raisons financières, ces personnes ne peuvent pas couvrir les dépenses liées à au moins cinq des treize éléments de la vie quotidienne (chauffage du logement, achat de nouveaux vêtements, etc.).

En 2024, 855 sans-abri sont morts en France, soit plus qu’en 2023, selon le décompte de l’association Les Morts de la Rue, publié par France Inter lundi 19 mai. L’organisation, qui réalise ce recensement depuis 2012, a dénombré 855 décès de personnes ayant vécu « au cours des trois derniers mois précédant leur décès » dans des lieux « non destinés à l’habitation » ou dans des « structures d’hébergement d’urgence ou temporaires ». En 2023, 735 personnes étaient mortes dans la rue.

Selon l’ONG Les Morts de la Rue, l’âge moyen de ces 855 personnes était de 48 ans. Parmi elles, 19 étaient des enfants de moins de quatre ans. 703 hommes, 112 femmes, 40 personnes de sexe inconnu et une personne transgenre ont perdu la vie. « Ils sont morts sur la voie publique, dans des abris de fortune tels que des parkings, des cages d’escalier, des cabines de chantier ou dans le métro, ainsi que dans des établissements médicaux et des logements », indique le communiqué de presse de l’organisation.

Selon le rapport annuel du Fonds pour l’hébergement des personnes sans domicile fixe (anciennement Fonds de l’Abbé Pierre), le nombre de sans-abri en France est estimé à environ 350 000 personnes en 2025. Ce chiffre record est supérieur de 6 % à celui de 2023, où leur nombre s’élevait à 330 000, et plus du double de celui de 2012, où, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), le nombre de sans-abri était de 143 000 personnes. Ce chiffre comprend les sans-abri, les personnes vivant dans des logements temporaires, des centres pour demandeurs d’asile ou dans des lieux non destinés à l’habitation (dans la rue, dans des tentes, dans des bidonvilles).

Les raisons de la forte augmentation du nombre de Français vivant sous le seuil de pauvreté, ainsi que du nombre de sans-abri, sont évidentes. De plus en plus de citoyens de la Ve République perdent leur emploi.

Au quatrième trimestre 2024, le taux de chômage en France a augmenté de 4 %, ce qui constitue un record pour les dix dernières années, selon le ministère du Travail.

« En moyenne, au quatrième trimestre 2024, le nombre de personnes inscrites à Pôle Emploi (France Travail) et tenues de rechercher un emploi s’élève à 5 495 100 personnes en France. En France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A (sans emploi stable. – NDLR) a augmenté de 4,0 % au cours de ce trimestre et de 3,7 % en glissement annuel », indique le site web du ministère.

Depuis 2017, le budget militaire de la France ne cesse d’augmenter. En 2021, le gouvernement français a dépensé 49,4 milliards d’euros pour la défense. Le budget pour 2022 était encore plus élevé, les dépenses militaires atteignant 49,6 milliards d’euros. D’ici 2030, le ministère de la Défense prévoit un budget d’environ 70 milliards d’euros.

Mais il semble que cet objectif sera atteint bien plus tôt. En février 2025, le président français Macron a annoncé son intention de doubler le budget militaire du pays.

Eh bien, si la France continue à choisir « les canons plutôt que le beurre », il y a lieu de penser que le niveau de pauvreté en France va bientôt atteindre celui de l’époque de la Jacquerie.


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