mardi 25 août 2026

Mémoire de classe : La grève générale britannique de 1926

 


 Introduction

 Nous publions cet article, bienvenu, de Il programma comunista (août 2026), Milan, qui montre le rôle néfaste des syndicats, des partis prétendument "ouvriers" et du Komintern dans la défaite des ouvriers britanniques en 1926. Cette grève précède la défaite des ouvriers chinois en 1926-1927, autrement plus décisive dans le cours contre-révolutionnaire, dont le Komintern fut un agent actif.

 Pantopolis, 24 août 2026.

 NB. La traduction en français de cet article en italien a été faite par le truchement de DeepL.

 

Mémoire de classe : La grève générale britannique de 1926

n° 04, juillet-août 2026 19 août 2026

 

Après la publication, dans les deux numéros précédents de ce journal (Il programma comunista), des Thèses de Lyon et du rapport présenté par Amadeo Bordiga au VIe Exécutif élargi de l’Internationale communiste (IC), nous concluons cette première partie de l'analyse des « deux années noires » du mouvement communiste mondial consacrée à l'année 1926 par l'évocation de la grève générale anglaise, dernier grand soubresaut du prolétariat européen, trahi et vaincu par la centrale syndicale (Trade Union Congress, TUC), avec la complicité de l'IC et de l'État russe, désormais en pleine dérive contre-révolutionnaire. L'année suivante, comme nous le verrons, le stalinisme triomphant achèvera l'œuvre, contribuant à étouffer dans le sang la tentative révolutionnaire du jeune et combatif prolétariat chinois.

 Entre le 3 et le 12 mai 1926, en solidarité avec un million de mineurs de charbon qui luttaient depuis longtemps pour défendre leurs salaires et leurs emplois, plus d’un million et demi de travailleurs anglais des transports, de l’électricité, du gaz, du bâtiment et d’autres secteurs ont croisé les bras. La paralysie fut quasi totale : le gouvernement dut déclarer l’état d’urgence, mobiliser l’armée et la marine, et organiser de véritables équipes de briseurs de grève. Puis, le jour même où la « deuxième ligne » — les travailleurs de la sidérurgie, des chantiers navals et des fonderies — se joignait à la lutte, le Conseil général du Trade Unions Congress (TUC, la centrale syndicale) décida de suspendre la grève générale.

 Ce fut une véritable trahison. Malgré la poursuite courageuse de la lutte dans certains secteurs, les grévistes durent reprendre le travail sans aucune garantie pour l’avenir, les mineurs furent livrés à eux-mêmes face à un lock-out dans les puits qui allait durer plusieurs mois, et les représailles patronales et étatiques se multiplièrent pour aboutir à la législation anti-ouvrière de 1927. Le sentiment de frustration engendré au sein de la classe ouvrière par la suspension soudaine de la grève eut également des effets à long terme, destinés à avoir des répercussions particulièrement négatives, surtout dans les années 1930, marquées par un chômage massif.

 La grève générale britannique de 1926 a représenté le dernier sursaut du prolétariat européen dans les années de déclin qui ont suivi la grande vague révolutionnaire de 1917-1923. Elle a coïncidé (avec l’année 1927 en Chine, plus tragique et complexe) avec un véritable tournant du mouvement communiste international : le triomphe du stalinisme en tant que théorie et pratique de la contre-révolution.

 Pourquoi donc cette grève générale ? Comment a-t-elle mûri, comment s’est-elle développée, qu’était-elle ? Quelles forces y ont pris part ? Quelles en ont été les conséquences ?

La Grande-Bretagne, une puissance en déclin

 Si l’on prend L’Impérialisme de Lénine, écrit en 1916, on constate que l’extraordinaire ampleur des documents utilisés concerne essentiellement l’Allemagne et les États-Unis, tandis que les références à la Grande-Bretagne se comptent à peine sur les doigts des deux mains. Ce fait est emblématique : il signale le déclin désormais inexorable de la puissance britannique, supplantée par de nouveaux impérialismes plus agressifs.

 Il est vrai que, durant ces années-là, la Grande-Bretagne reste la première puissance coloniale. Son empire est immense et compte quelque 400 millions de sujets. Les investissements d'outre-mer s'élèvent à 4 milliards de livres sterling. Le volume des exportations de capitaux est supérieur aux investissements intérieurs et représente 10 % du revenu national.

 Mais la structure économique, financière et productive est vétuste, usée, rigide, liée à la relation coloniale particulière. L'étendue des possessions, base nécessaire au passage du colonialisme du XIXe siècle à l'impérialisme moderne, est en effet un boulet si elle ne s'accompagne pas d'une capacité de production, d'une vitalité et d'une souplesse des structures financières, dont la Grande-Bretagne se montre dépourvue. Par exemple, bien que son réseau ferroviaire ait augmenté de 100 % entre 1890 et 1913 (grâce surtout à l’énorme extension de ses possessions), contre 46 % pour la Russie, 25 % pour l’Allemagne et 22 % pour la France, il reste toutefois nettement en retard par rapport à celui des États-Unis (+145 %). Surtout, souligne Lénine, « au cours de cette même période, le développement des forces productives, et en particulier de l’industrie minière et sidérurgique, fut notoirement beaucoup plus rapide en Allemagne qu’en Angleterre, sans parler de la France et de la Russie »[1]. La Grande-Bretagne est donc, pour Lénine, un exemple de « pourrissement des pays les plus forts sur le plan capitaliste » (p. 546).

 Dans un texte publié quelques mois avant la grève générale anglaise et intitulé « Où va l’Angleterre ? », Léon Trotsky trace magistralement la courbe de ce déclin progressif[2]. À partir des années 1880, la Grande-Bretagne perd du terrain face à ses rivaux américains, anglais et japonais, et cette crise finit par ébranler aussi, dans une certaine mesure, la situation privilégiée dont jouissait jusqu’alors l’aristocratie ouvrière anglaise. De vastes conflits de classe jaillissent des profondeurs de la société entre 1911 et 1914, notamment dans les mines et les transports, et seule la Première Guerre mondiale en interrompt la propagation. Puis, entre 1917 et 1920, les luttes reprennent avec un élan renouvelé et aboutissent à la grève générale d’avril 1921, ouvertement trahie par le TUC et en particulier par le syndicat des cheminots. Ce sont les années où l’on assiste à une politisation marquée de la classe ouvrière anglaise, où se développe le mouvement des « délégués d’atelier » (shop stewards) se développe, et les comités « Ne touchez pas à la Russie ! » voient le jour.

 Mais la guerre a également pour effet d’accélérer le déclin de la Grande-Bretagne. En effet, elle marque la fin de son « splendide isolement » : les progrès de la technologie militaire (avions, navires, sous-marins, canons à longue portée) accroissent sa vulnérabilité et son implication dans les questions européennes et atlantiques, tandis que le centre géopolitique du reste de cet immense empire reste l’océan Indien et le Pacifique. Parallèlement, on assiste également à une érosion progressive des colonies britanniques par de nouveaux concurrents, les Américains et les Allemands en tête.

 Tout cela entraîne une augmentation continue des dépenses militaires, qui vient s’ajouter à la dette colossale (1 milliard 400 000 livres sterling) contractée par la Grande-Bretagne auprès des États-Unis, tandis que les chances de recouvrer les créances auprès des autres puissances alliées sont pour l’instant minces. La dépendance vis-à-vis des États-Unis s’aggrave et, au milieu des années 1920, le passage international de la livre sterling au dollar comme monnaie de convertibilité marque la fin véritable d’une époque, ouvrant la voie à une grave crise monétaire interne. Dans le même temps, un nouveau concurrent se profile de manière menaçante à l’horizon, notamment dans la construction navale (une énorme ironie pour une Angleterre habituée jusqu’à hier à « dominer les vagues » !) et dans le secteur charbonnier (avec la fin de l’occupation française de la Ruhr) : l’Allemagne, qui a mis en place une « trustification » complète des processus de production, tandis que le processus de monopolisation britannique reste tardif et précaire.

 Les effets de cette situation générale — démontre encore Trotsky — sont un chômage désormais chronique : il ne s’agit plus d’une « normale » armée industrielle de réserve (élastique, capable de s’étendre et de se contracter selon les situations), mais d’une couche permanente, « un durcissement goutteux de l’organisme social, dû à un métabolisme imparfait »[3]. Ce qui rend nécessaire, afin de maintenir la paix sociale, l’octroi d’une allocation de chômage stable, alourdissant encore davantage les dépenses de l’État.

 Ainsi, en avril 1925, la Fédération de l’industrie britannique déclarera que, au cours des deux dernières années, les profits du capital industriel ont été si faibles qu’ils n’ont pas encouragé les industriels à moderniser leurs installations : « notre problème national n’est pas un problème de production, mais de ventes »[4]. Il faut produire à moindre coût pour battre la concurrence et augmenter les bénéfices, en cherchant ainsi à stimuler le processus de valorisation du capital. Mais la situation de l’industrie britannique est particulièrement précaire : des secteurs vitaux comme le fer et l’acier, la construction navale et les industries maritimes sont en pleine déliquescence, et la situation est encore pire dans le textile et le charbon, sur lesquels reposent tout particulièrement les exportations. On assiste donc à un décalage entre l’économie intérieure (transports, électricité, construction), caractérisée par un chômage relatif et une hausse relative des salaires, et les secteurs d’exportation (charbon, fer, acier, chantiers navals, textile), où le chômage augmente et les salaires baissent[5]. Trois voies s’ouvrent devant le capital anglais pour parvenir à se revitaliser : soit une restructuration drastique de l’industrie (mais, comme on l’a vu, l’argent frais manque pour la mener à bien), soit une réduction des impôts (mais les dettes colossales, les dépenses liées à l’immense empire, le poids des allocations chômage la rendent irréalisable), soit une baisse des salaires (mais le risque de déclencher de graves conflits sociaux est très élevé). La classe dominante anglaise se trouve donc dans une véritable impasse, qui marque également — commente Trotsky — la fin du « libéralisme » traditionnel.

 La réponse ouvrière

 Depuis le début du siècle, la réponse de la classe ouvrière britannique semble osciller entre une « dévotion » historique aux syndicats et des voies de sortie d’inspiration anarcho-syndicaliste. Entre les deux, comme un mastodonte, le Parti travailliste fondé en 1906, capable d’absorber et de phagocyter avec une habileté consommée toute impulsion qui ne soit pas clairement, ou suffisamment, de nature de classe.

 Ce sont vingt années de luttes généreuses. Entre 1906 et 1907, les ouvriers des filatures de lin et de jute, les chaudronniers, les ouvriers mécaniciens et surtout les mineurs organisés au sein de la Fédération du sud du Pays de Galles, l’un des secteurs les plus combatifs du prolétariat britannique. En 1907, une première grève éclate dans les chemins de fer, contre le refus de reconnaître le syndicat. Entre 1908 et 1909, la première des crises récurrentes du nouveau siècle s’abat sur la Grande-Bretagne, avec un effondrement des salaires et un taux de chômage atteignant 8 %. Et, fidèles au rendez-vous, en 1909, les mineurs se mettent en grève contre la pratique consistant à calculer les salaires sur la base du prix du charbon. L’année 1910 est une nouvelle année de grèves : encore les mineurs (souvent par des actions non officielles) contre le système des trois équipes, puis les ouvriers des filatures de coton et des chantiers navals de la Clyde et de la Tyne (d’autres secteurs très combatifs) : dans ces deux derniers cas, le patronat réagit par un lock-out et le gouvernement intervient ouvertement dans le conflit social.

 Mais ce sont surtout les années 1911 à 1914 qui sont marquées par une grande effervescence. Le nombre d'adhérents aux syndicats augmente (passant de 2,5 millions en 1909 à 4 millions en 1913) et, parallèlement, l'influence du syndicalisme révolutionnaire se répand — réaction élémentaire, généreuse mais insuffisante, face au conservatisme des syndicats officiels. C’est l’époque de l’IWW d’origine américaine, de Tom Mann, de l’action directe. En 1910, on assiste à la création du Transport & General Workers’ Union (TGWU), première expérience importante d’unification syndicale. Mais ce sont surtout les mineurs de différentes régions, notamment du sud du Pays de Galles, qui sont les protagonistes de ces années-là, comme le montrera en 1912 la brochure *The Miners' Next Step*, première tentative de définir une stratégie révolutionnaire pour la classe ouvrière britannique. Un bref résumé, année par année, est plus qu’éloquent.

 1911 : grèves des mineurs du sud du Pays de Galles, des imprimeurs de Londres, des marins (avec une grève de solidarité des dockers), des déchargeurs et des charretiers (avec une première grande victoire), des cheminots et, à nouveau, des travailleurs des transports ; grève nationale des cheminots (à Liverpool, le gouvernement fait intervenir les troupes, ce qui entraîne de graves émeutes,mais l’action se solde par une victoire ouvrière).

 

1912 : grèves des déchargeurs de Glasgow et de Liverpool, des travailleurs des transports (qui sont vaincus), essor des syndicats de cheminots et leur fusion en un seul syndicat, généralisation de la pratique de classe des « grèves de solidarité », grève nationale des mineurs (entre février et avril : plus d’un million d’ouvriers en lutte pour le salaire minimum), autres grèves des mineurs du sud du Pays de Galles et du sud du Yorkshire.

 

1913-1914 : le mouvement de lutte s'étend en Irlande, où il est dirigé par James Connoll et Jim Larkin, ainsi qu'en Écosse, et aboutit à la constitution d'une « Triple Alliance industrielle », qui réunit les syndicats des mineurs, des cheminots et des travailleurs des transports.

 La guerre freine naturellement cet élan puissant, même si, entre 1914 et 1918, de nombreuses grèves non officielles se succèdent : celles des ouvriers mécaniciens de la Clyde, des mineurs du Yorkshire et du sud du Pays de Galles. C’est aussi l’époque des luttes contre la conscription obligatoire et des grèves des loyers. C’est aussi l’époque des délégués syndicaux : particulièrement influents dans l’industrie mécanique et navale, ils dirigent les grèves des chantiers navals de la Clyde, des aciéries de Glasgow et des chantiers navals de la Tyne. Après 1917, sous l’impulsion de la Révolution d’octobre, l’activité des délégués syndicaux prend un caractère plus politique, mais après la fin de la guerre, le mouvement s’essouffle. Suivent toutefois deux autres années de grande combativité, avec pour objectifs centraux des augmentations salariales et la réduction du temps de travail : à nouveau les chantiers navals de la Clyde, à nouveau les ouvriers de Belfast (période durant laquelle la « question irlandaise » est d’ailleurs particulièrement aiguë), les ouvriers des filatures de coton, les cheminots (avec une grève nationale qui dure huit jours, soutenue par une grève de solidarité des imprimeurs), et même les policiers !

 Les mineurs se remettent en lutte en 1920, avec une grève nationale qui dure du 16 octobre au 3 novembre : la « Triplice », créée quelques années auparavant pour rendre plus incisives les actions du prolétariat anglais, refuse son soutien, démontrant toute sa timidité et sa soumission face au patronat et à l’État. Ce dernier, en revanche, sait bien identifier ses ennemis : c’est en effet à l’occasion de cette grève que fut promulguée la « loi sur les pouvoirs d’urgence », qui marque un tournant dans l’histoire des conflits entre le capital et le travail en Grande-Bretagne, prélude à des interventions étatiques bien plus drastiques et lourdes quelques années plus tard.

 On en arrive ainsi à 1921, lorsque, après plusieurs grèves des mineurs réclamant des conventions collectives nationales et non sectorielles, le mouvement de lutte s’étend de plus en plus, impliquant cette fois-ci la « Triplice ». L’affrontement est ouvert, l’État mobilise ses forces répressives, et c’est alors qu’a lieu le tragique « vendredi noir » d’avril 1921 : malgré la résistance de la base,

 le syndicat des cheminots se retire, suivi par la « Triplice ». Les mineurs résistent jusqu’en juin, jusqu’à ce que, épuisés et privés du soutien de secteurs clés, ils soient contraints de céder. C’est la défaite : les salaires sont directement attaqués, on en arrive à n’accorder qu’un simple « salaire de survie » , et le chômage remonte en flèche. D'autres luttes éclateront donc à nouveau au cours des années suivantes : les ouvriers mécaniciens, les ouvriers du bâtiment et agricoles, les marins (grève non officielle), les dockers (grève non officielle), les ouvriers du textile…

 Entre-temps, en 1920-1921, les Councils of Action avaient vu le jour : expression du mouvement « Ne touchez pas

 à la Russie », né à l’époque de la guerre civile et de l’encerclement de la Russie soviétique par les puissances capitalistes, ces « conseils » étaient composés de militants de base, de représentants des syndicats et du mouvement coopératif, de membres du Parti travailliste et du Parti communiste, ainsi que de militants du mouvement des chômeurs (National Unemployed Workers’ Movement, NUWM). De plus, en 1924, le « Minority Movement » s’était développé, une sorte de fraction de gauche au sein du syndicat, plus ou moins directement inspirée par le Parti communiste britannique, et un travail embryonnaire d’organisation des chômeurs commençait à porter ses premiers fruits.

 Au grand rendez-vous de 1926, la classe ouvrière britannique se présente donc avec une histoire glorieuse, mais aussi avec une faiblesse évidente : face au bloc constitué par les syndicats et le Parti travailliste, il n’existe pas de véritable opposition politique marxiste, en dehors de groupes généreux mais politiquement confus et approximatifs, comme les délégués syndicaux ou les anarcho-syndicalistes. Ce sera l’une des raisons de la défaite de 1926. Mais ce n’est qu’une raison parmi d’autres : les autres seront entièrement imputables au stalinisme naissant, qui  célébrerait justement cette année-là son triomphe.

 

La grève générale de 1926

 Le 30 juin 1925, les propriétaires des mines britanniques décident de dénoncer la convention collective nationale en vigueur depuis 1924 : désormais, seuls les accords locaux auront valeur. Mais ce n’est pas tout : la résiliation de la convention collective nationale s’accompagne de baisses de salaires, de la suspension du salaire minimum et d’une augmentation du temps de travail. Le 10 juillet, les mineurs s’adressent au Conseil général du TUC, qui s’engage à les soutenir, tandis que le TGWU propose un embargo sur le transport du charbon en cas de lock-out patronal. Le 29 juillet, le gouvernement se prononce contre l’octroi d’une nouvelle subvention à l’industrie minière, qui permettrait de maintenir les niveaux de salaire dans les mines. Et le lendemain, dans des termes destinés à devenir tristement célèbres en Grande-Bretagne comme ailleurs, il proclame : « Tous les travailleurs de ce pays doivent accepter des réductions de salaire pour aider à remettre l’industrie sur pied. »

 À ce moment-là, avec un mois de retard !, le TUC s’apprête à déclarer la grève. Le 31 juillet est le fameux « vendredi rouge » : face à la menace d’un mouvement ouvrier, le gouvernement fait marche arrière et accorde une subvention d’une durée de neuf mois à l’industrie minière, sous réserve du retrait des demandes de réductions salariales. Une commission (la Commission Samuel) est ensuite mise en place, chargée d’ « enquêter » sur les conditions dans les mines et d’élaborer des propositions de solution. Entre-temps, cependant, le temps passe. Les 29 et 30 août se réunit la Conférence nationale du Minority Movement, lié au Parti communiste britannique, tandis qu’au congrès du TUC à Scarborough (du 7 au 12 septembre), la base demande que le Conseil général donne mandat au TUC de proclamer une grève générale.

 Pendant que les discussions se poursuivent, l’État met en place ses dispositifs anti-grève : il crée l’Organisation for Maintenance of Supplies, chargée d’assurer le contrôle et la distribution des approvisionnements sur l’ensemble du territoire national ; il divise l’Angleterre et le Pays de Galles en dix « districts », chacun placé sous l’autorité d’un commissaire civil ; il met en place un véritable réseau de comités locaux composés de «volontaires» chargés d’agir à la fois comme briseurs de grève et comme forces répressives.

 Entre septembre et octobre 1925, alors même que le Parti travailliste décide d’expulser les communistes de ses rangs[6], la répression s’abat sur le Parti communiste : 12 dirigeants sont arrêtés et condamnés à des peines comprises entre 6 et 12 mois pour des délits de presse. Fait encore plus grave, en novembre, 167 mineurs d’anthracite de Carmarthen (Pays de Galles) sont jugés pour une grève locale menée en juillet-août et 50 d’entre eux sont condamnés à des peines allant de 14 jours à 12 mois. Il est évident que l’État se prépare et, en effet, tout au long du mois de décembre 1925, les préparatifs anti-grève se poursuivent tant au niveau central que local, notamment en ce qui concerne les forces de police et le système des transports, et un véritable plan d’action est élaboré.

 On arrive ainsi en mars 1926, lorsque la Commission Samuel rend enfin public son rapport, qui prévoit une réorganisation de l'industrie minière sans nationalisation, une suspension des subventions à l'industrie et des réductions de salaires. Les patrons répliquent en exigeant également une augmentation des horaires de travail et le passage des conventions collectives nationales à des conventions locales ou régionales. Le mois d'avril s'écoule au gré de négociations infructueuses et, finalement, le patronat annonce un lock-out à compter du 30, date à laquelle prendra fin la subvention de l'État à l'industrie.

 Le 1er mai, lors de la Conférence spéciale du TUC, les propositions du Conseil général en faveur d’une grève générale pour la défense des salaires et des horaires sont approuvées. Le slogan proclame : « pas un penny de moins sur le salaire, pas une minute de plus par jour ». La grève est déclenchée à partir de minuit le 3 mai, et il revient aux syndicats respectifs d’en décider les modalités. Le gouvernement déclare immédiatement l’état d’urgence et, dans un message radiophonique à la nation, le Premier ministre proclame : « Restons à notre poste ». Entre-temps, cependant, alors même que la préparation de la grève devrait mobiliser toutes les énergies du TUC, celui-ci reprend, en secret, les négociations avec le Premier ministre, qui se poursuivent également le 2 mai.

 À minuit le 3 mai, les équipes de jour terminent leur service, celles de nuit ne prennent pas la relève : c'est le début de la grande grève générale anglaise de 1926. Elle durera jusqu'au 12 mai, mobilisant plus de deux millions et demi de travailleurs. La « première ligne », immédiatement appelée à la lutte (et cette division de la classe en deux « lignes » constituera un autre facteur de faiblesse), est composée, outre les mineurs déjà en grève, de travailleurs des transports, d’imprimeurs (ceux du « Daily Mail » refusent de publier les appels du gouvernement, qui réagit en parlant de « défi à la Constitution »), d’ouvriers de la sidérurgie, des centrales électriques, du bâtiment et de l’industrie chimique. La « deuxième ligne » est composée des travailleurs du secteur électrique, de la construction navale et de l’industrie textile, mais seuls les électriciens et les ouvriers des chantiers navals seront appelés à la lutte, et ce seulement le 12 mai, à quelques heures de la suspension de la grève, avec des conséquences de déception, de division et de frustration que l’on peut aisément imaginer.

 Mais ce n’est pas seulement cette division interne à la classe ouvrière, poursuivie « stratégiquement » (!!) par la centrale syndicale, qui affaiblit la lutte. Les préparatifs de la grève sont tardifs et insuffisants : alors que, comme nous l'avons vu, l'État s'y était préparé dès septembre 1925 (neuf mois auparavant), ce n'est qu'à la fin du mois d'avril 1926 que le Conseil général du TUC commence à y réfléchir. En réalité, l'essentiel de l'organisation de la grève se fait, non pas au niveau central (comme cela aurait dû être le cas), mais au niveau local, là où des noyaux organisés tels que les Councils of Action sont déjà actifs ou là où l’on peut compter sur l’action du petit Parti communiste britannique, qui, depuis longtemps, compte dans son journal les jours restant jusqu’à la fin de la subvention gouvernementale à l’industrie minière et donc jusqu’à une action de grève (mais, comme nous le verrons, l’action du Parti communiste présente elle aussi des aspects extrêmement ambigus, oscillant entre démagogie et conformisme).

 De son côté, avec un certain retard, le TUC met en place un Comité d’organisation de la grève pour coordonner l’action des différents syndicats, un Comité de propagande pour informer la base et contrer la propagande d’État, un Comité pour la distribution de nourriture et les services essentiels, un Comité pour la distribution des autorisations (pour la circulation et la distribution de nourriture et de tracts, ainsi que pour la poursuite du travail dans certains secteurs industriels). Mais tout cela se déroule de manière improvisée et sans véritable cohésion entre les différents syndicats : on a clairement l’impression que le TUC mise davantage sur les négociations en coulisses avec le gouvernement (qui se poursuivent, à l’insu surtout des mineurs) que sur l’organisation et la direction effectives de la grève. Par exemple, une question aussi délicate que la distribution des permis est d’abord centralisée (par l’intermédiaire du syndicat des cheminots), puis déléguée aux comités locaux des travailleurs des transports ; mais, parallèlement, les Councils of Action s’en occupent également, ce qui donne souvent lieu à de graves conflits. Le TUC montre en outre son incapacité (ou son manque de volonté) à s’opposer efficacement aux mesures gouvernementales, telles que la saisie et la fermeture de certains journaux globalement favorables aux grévistes. Dans le même temps, cependant, à partir du 10 mai, il interdit la publication de tout bulletin de grève local, ce qui porte gravement atteinte à la cohésion et à l’information à la base. De plus, il approuve la poursuite de l'activité des centrales électriques à Londres et dans d'autres localités, alors que leur suspension aurait pu constituer un atout majeur pour la grève. Dans les ports ensuite, autre secteur clé, la situation est loin d’être claire et l’activité des équipes de briseurs de grève organisées par l’État bien à l’avance n’est pas suffisamment contrée. En somme, le TUC laisse la grève suivre son cours, mais ne fait pas grand-chose pour la soutenir et encore moins pour la diriger et la radicaliser.

 Au niveau local, en revanche, comme on l’a dit, les travailleurs parviennent à s’organiser plus efficacement. C’est là qu’interviennent les « Councils of Action », qui, compte tenu de leur composition, ne sont toutefois pas toujours politiquement homogènes (certains sont dirigés par des éléments de gauche, d’autres se conforment à la ligne syndicale officielle) ; des comités de grève sont actifs ; des sections syndicales sont actives. Ce sont ces trois réalités distinctes (les Councils, les comités de grève, les sections syndicales locales, au nombre de 500 dans toute la Grande-Bretagne)[7] qui mèneront la grève de manière plus étendue et plus radicale. La Conférence spéciale d’action de ces organismes, qui s’est réunie le 21 mars, avait ainsi défini ses missions : distribution des autorisations, assistance, piquets de grève, publication de bulletins de grève, organisation des transports, envoi de conférenciers et d’orateurs, relations avec les coopératives, organisation de l’autodéfense contre les forces légales et illégales.

 Par exemple, dans les bassins houillers combatifs du Fife (Est de l’Écosse), « l’organisation fonctionnait comme une horloge. Tout était bloqué — même les voies ferrées étaient occupées par des piquets de grève. Le Conseil pouvait compter sur un service de coursiers sans égal dans toute la Grande-Bretagne, avec trois voitures (et trois autres disponibles en cas d’urgence), une centaine de motos et tous les vélos dont on pouvait avoir besoin. Les coursiers couvraient toute la région du Fife, diffusant des informations et transmettant au quartier général des rapports sur l’état de la grève, envoyant des orateurs partout, même dans les localités les plus isolées […] Après les charges de la police contre les piquets de grève, les Corps de défense des grévistes, auxquels avaient adhéré au départ environ cent cinquante ouvriers, furent réorganisés. Le nombre de militants impliqués est passé à sept cents, et quatre cents d’entre eux, qui avaient été sous-officiers pendant la guerre, ont défilé en formation militaire à travers la ville [de Methil, où les affrontements avaient eu lieu] pour protéger les piquets de grève. La police n’est plus intervenue »[8].

 Dans d’autres régions également, comme l’ouest de l’Écosse, Birmingham, Glasgow, Manchester, le Black Country, la cohésion de la grève fut extraordinaire et le niveau d’organisation à la base extrêmement élevé, avec des comités d’épouses de mineurs qui contrôlaient les prix des denrées alimentaires et s’occupaient de la distribution de vivres aux familles les plus démunies, ainsi que des groupes de jeunes bénévoles qui transportaient des exemplaires des bulletins clandestins en les cachant dans leurs landaus, sans oublier l’essor de publications visant à diffuser des nouvelles et des informations et à maintenir le moral des grévistes. Dans le sud du Pays de Galles, par ailleurs, la réalité préexistante d'une diffusion capillaire du marxisme dans les vallées et les villages, parmi les mineurs, cheminots, ouvriers de la sidérurgie et d’autres secteurs (il existait dans la région plus d’une centaine de bibliothèques de mineurs, avec les classiques du marxisme publiés par la maison d’édition Kerr de Chicago), fit en sorte que la grève fût menée avec acharnement et organisée par des collectivités entières, unies et solidaires. Selon les mots d’un responsable minier, toute la région « était au bord du soulèvement »[9] : ce n’est pas un hasard si trois navires de guerre et un sous-marin sont restés à l’ancre au large de Newport et de Swansea même après la fin de la grève, tandis que cinquante-huit mineurs d’ anthracite furent arrêtés et emprisonnés.

 Au niveau local, donc, les travailleurs ont su faire preuve d’un très grand potentiel de lutte et d’organisation. Des piquets de grève de masse furent organisés, mobilisant dans certaines localités, notamment minières, l’ensemble de la communauté, avec des tours de quatre heures suivis de vingt minutes de repos ; la distribution de la nourriture et les transports furent gérés de manière autonome, écartant souvent les agences gouvernementales chargées de ces tâches. Mais les difficultés de coordination générale, tant au niveau central (de la part du Conseil général du TUC) qu’au niveau local (à Londres, par exemple, on ne parvint jamais à créer un organe central et centralisé chargé de diriger la grève), persistèrent et furent graves.

 La réponse de la base fut toutefois supérieure aux prévisions. En effet, le lendemain de la suspension de la grève générale, un nombre plus important de travailleurs se sont mis en grève que la veille ! De plus, la « deuxième ligne », contrainte de travailler jusqu’au dernier moment, trépignait d’impatience pour rejoindre le mouvement et, dans de nombreux cas, notamment au niveau local, y a adhéré de sa propre initiative, contre les consignes de la direction centrale. Même les zones isolées et rurales ont fait preuve d’une grande cohésion et d’un grand esprit de combat. Quant aux cheminots, comme pour faire oublier le « vendredi noir » dont leur organisation avait été responsable quelques années auparavant, ils se sont mobilisés en masse : 80 % des travailleurs de la Great Western Railway (98 % des conducteurs et des chauffeurs) ont fait grève pendant les neuf jours entiers et, dans de nombreux cas, même au-delà. Une enquête menée pendant la grève montrait que, en divisant la Grande-Bretagne en trois classes (la classe I concernant les deux tiers des régions et des villes, jusqu’à la classe III qui n’en comprenait que très peu), on obtenait le tableau suivant : classe I en grève à 90-100 %, classe II en grève avec quelques défections, classe III en grève avec des lacunes visibles.

 Les rapports qui parvenaient au Conseil général du TUC étaient sans équivoque et prenaient de court les dirigeants syndicaux : « Partout, l’enthousiasme est unanime. Partout, on comprend ce concept élémentaire : cette fois, nous ne pouvons pas abandonner les mineurs. Des hommes occupant des postes à responsabilité et ayant de longues années de service ont quitté leur travail avec la même détermination inconditionnelle que n’importe qui d’autre. Des villages où l’on n’avait jamais entendu parler de grève adoptent les mêmes positions radicales que des lieux considérés comme des « foyers de troubles ». Au fur et à mesure que les rapports affluaient des différentes régions, il devenait clair que toutes les critiques convergeaient dans une seule direction : pourquoi les tickets-repas étaient-ils distribués si librement ? Pourquoi les centrales à gaz et électriques continuaient-elles de fonctionner ? Pourquoi les chauffeurs routiers étaient-ils tenus à l’écart de la grève pour approvisionner en charbon extrait par des briseurs de grève les centrales à gaz non en grève, travaillant ainsi côte à côte avec les briseurs de grève ? Pourquoi les autres secteurs n’étaient-ils pas eux aussi entraînés dans la lutte ? Il faut noter que cette dernière critique ne venait pas des grévistes, mais des travailleurs qui avaient été contraints de continuer à travailler. Eux aussi voulaient apporter leur contribution à cette grande aventure. Jour et nuit, à toute heure, les envoyés dans les différentes zones trouvaient les comités de grève à l’œuvre »[10].

 Dans l’ensemble, la situation générale est restée calme et ordonnée. Mais il y a eu des troubles dans les mines de charbon, à Plymouth pendant la grève des tramways, à Londres lors de la distribution de nourriture (des chars d’assaut firent leur apparition à Hyde Park, où la distribution était centralisée). Les incidents les plus graves se produisirent à Glasgow, l’un des bastions les plus déterminés de la grève (200 arrestations après un affrontement entre mineurs et police), dans les régions du Tyneside et à Doncaster. Au total, on a dénombré 1 760 arrestations en vertu de la loi d’urgence, 1 389 pour actes de violence et troubles à l’ordre public, 150 pour incitation verbale ou écrite, et 5 000 en vertu de la législation en vigueur (parmi celles-ci, 2 500 concernaient des militants communistes, soit pratiquement la moitié des adhérents).

 Quelle fut l’attitude de l’État ? Il maintint tout d’abord le contrôle des approvisionnements alimentaires, sauf là où l’action des Councils of Action fut suffisamment résolue pour le lui arracher ; il procéda à la réquisition du papier ; il utilisa ouvertement la BBC comme porte-parole direct et officiel ; il donna des instructions au Board of Guardians de ne pas verser d’aide sociale aux grévistes ; il recruta environ un demi-million de briseurs de grève (dont il n’utilisa finalement qu’une fraction), notamment parmi les étudiants universitaires et les fascistes ; le 6 mai, il déclara la grève illégale ; il porta à 50 000 le nombre d’agents spéciaux stationnés à Londres, mit en place des sections d’agents civils ; il déploya 200 000 policiers de réserve en dehors de Londres ; il déploya un croiseur et quatre autres navires de guerre à Liverpool, trois navires de guerre dans le canal de Bristol, quatre croiseurs et 20 autres navires le long de la Tamise, et déploya d’autres navires et troupes dans diverses autres localités ; et bien sûr, il eut la bénédiction de l’Église (le cardinal Bourne tonna à Westminster que la grève générale était « un défi direct à l’autorité légalement constituée… un péché contre l’obéissance que nous devons tous à Dieu » et que « chacun est tenu de soutenir et d’aider le gouvernement, qui est l’autorité légalement constituée du pays, et qui, de ce fait même, représente, dans sa sphère spécifique, l’autorité de Dieu lui-même » — paroles sacrées !)[11]. En somme, elle est ouvertement entrée en guerre, reconnaissant la nature de conflit social qu’avait pris la grève : une leçon que tous les prolétaires devront apprendre une fois pour toutes.

 Puis, le 12 mai, soudaine et inconditionnelle, la capitulation du TUC. La grève générale est suspendue du jour au lendemain, au moment même où la « deuxième ligne » entre en scène . Les grévistes sont contraints de reprendre le travail sans date précise, sans garanties et dans des conditions pires qu’auparavant. Les mineurs, soutenus par certaines catégories professionnelles et certains comités locaux, poursuivent la lutte seuls pendant quelques semaines, avant de devoir céder à leur tour. C’est la défaite : les représailles sont innombrables et un sentiment de frustration et d’impuissance se répand.

Le rôle des forces en présence et les enseignements de la grève générale

Le caractère purement « pompier » de l’action menée par le Conseil général du TUC fut clair dès le début. Non seulement le Conseil refusa de prendre de véritables dispositions en prévision de la grève, mais tout au long de celle-ci, il fit office de véritable frein à la mobilisation de masse qui poussait à un élargissement et à une radicalisation de la lutte. Le 3 mai, le Conseil déclara sans détour que « la plus grande difficulté [...] a été de retenir les travailleurs de ce que l’on pourrait appeler la deuxième ligne plutôt que de les faire sortir ».

 Mais ce n’est pas tout. Alors que l’État reconnaissait ouvertement la portée politique que prenait le mouvement de grève, le TUC insistait pour maintenir la lutte — tant au niveau de la pratique quotidienne qu’au niveau de l’identité et de la prise de conscience — dans certaines limites économiques et industrielles, et s’efforçait d’en convaincre la partie adverse, d’un ton larmoyant, dans les pages de son organe officiel de la grève, The British Worker : « Le Conseil général du TUC tient à souligner qu’il s’agit d’un conflit purement industriel […]. Lors de la réunion extraordinaire du TUC, aucun objectif politique n’a été mentionné (ni même envisagé). Il était parfaitement clair que personne n’avait d’autre objectif en tête que celui d’ordre industriel […] La grève générale n’est pas une « menace » pour le Parlement. Aucune attaque contre la Constitution n’est en cours. Nous implorons M. Baldwin [le Premier ministre] de nous croire »

 [12]. Cette passivité ne s’accompagnait pas seulement, comme on l’a déjà vu, d’une intense activité de négociation en coulisses. Alors même qu’il aurait fallu consacrer le maximum d’énergie à la mobilisation et à l’organisation de la lutte pour élargir le mouvement à d’autres catégories et diffuser un sentiment vivant d’unité et de solidarité en rassemblant les travailleurs et en brisant les barrières et les particularismes locaux, le Conseil général agissait de manière diamétralement opposée et s’attachait à tenir les travailleurs à l’écart du théâtre du conflit. Ainsi, le British Worker écrivait encore le 5 mai : « Le Conseil général suggère que, dans tous les quartiers où un grand nombre de travailleurs n’ont rien à faire, des activités sportives et des divertissements de toutes sortes soient organisés, afin d’occuper un certain nombre de travailleurs et d’offrir du divertissement à bien d’autres encore ». Et, dans les jours qui suivirent, tout en se gardant bien de consacrer la moindre ligne aux affrontements et aux arrestations qui se multipliaient partout, il précisait encore davantage la ligne de pensée du Conseil général, en invitant à organiser « des rencontres spéciales de football et de cricket… des attractions en salle. … des tournois de whist », allant jusqu’à relayer avec admiration de véritables perles telles que celles contenues dans un « Appel » du Comité de grève de Cardiff : « Ne cessez pas de sourire… Repoussez les provocations. Travaillez dans vos petits jardins. Prenez soin de vos épouses et de vos enfants. Si vous n’avez pas de petit jardin, allez à la campagne, dans les parcs, sur les terrains de jeux. Ne perdez pas votre temps à flâner en centre-ville. Allez à la campagne, il n’y a pas d’occupation plus saine que les promenades » ![13]

 Or, si l’on peut parler d’un boycott ouvert en ce qui concerne la position du Conseil général du TUC, que dire du petit Parti communiste britannique, né six ans plus tôt sur des bases très hétérogènes et politiquement fallacieuses, certes très combatif à la base, mais déjà orienté vers le centrisme à sa tête ? Pouvant compter sur un réseau ouvrier assez étendu, constitué principalement du National Minority Movement et du National Unemployed Workers’ Movement, toute l’action du PC n’a cessé d’osciller entre un grand activisme local (non dépourvu de nuances démagogiques évidentes : le PC va jusqu’à parler de « dualisme des pouvoirs » pour désigner le fait que certains Councils of Action arrachaient la distribution de vivres et de permis des mains des autorités locales !) et un manœuvrisme évident au sommet et au niveau international, expression d’une dégénérescence progressive de l’Internationale communiste.

 Dès la deuxième conférence du National Minority Movement (29-30 août 1925), le PC insiste en effet sur la nécessité d’un Conseil général du TUC fort, « doté de pleins pouvoirs pour diriger l’ensemble des activités des syndicats ». Le « Programme d’action », rédigé en janvier 1926, rend encore plus explicite cette ambiguïté fondamentale, selon laquelle on lance des mots d’ordre d’organisation et de lutte, mais, dans le même temps, on continue à en confier l’initiative au Conseil général du TUC. Même lorsque, au cours de la grève, l’orientation et la pratique de pur compromis (et finalement de trahison) du Conseil apparaissent clairement, le PC ne renonce pas à cette perspective : ainsi, d’une main, il rédige des articles et des tracts mettant en garde contre la « possibilité » d’une trahison de la lutte par le Conseil général, mais de l’autre, il publie en gros caractères le mot d’ordre « Tout le pouvoir au Conseil général »[14].

 D’autre part, comme on l’a dit, cette ambiguïté n’était que le reflet du revirement que l’Internationale communiste était en train d’opérer au cours de ces mêmes années et dont le PC britannique fut l’interprète obéissant et fidèle. Sur le sol anglais, la manifestation la plus négative de ce revirement fut précisément le rôle joué, au cours de la grève générale, par le Comité anglo-russe. Créé en 1924, ce Comité fut l’un des exemples les plus désastreux de la tactique du « front politique uni » introduite par une Internationale d’abord chancelante sur le plan théorique et des principes, puis de plus en plus asservie à une politique centriste et finalement contre-révolutionnaire. Et cela montre à quel point nos critiques à l’égard de cette tactique étaient fondées : une tactique que l’Internationale et la quasi-totalité des partis qui en faisaient partie n’ont jamais comprise, comme nous la comprenions, de la seule manière possible (« par le bas » : le ralliement des travailleurs, indépendamment de leur affiliation politique ou de leurs idées politiques et religieuses, sur un front de lutte et autour d’objectifs de classe spécifiques), mais qu’ils ont toujours conçue « par le haut » (l’accord au sommet entre partis et organisations ouvrières aux perspectives politiques et méthodes de lutte divergentes) .

 Le Comité anglo-russe avait en effet pour objectif de mener à bien un processus d’unification entre la classe ouvrière soviétique et la classe ouvrière britannique, par le biais d’un accord de soutien et de collaboration entre les syndicats soviétiques (qui étaient donc l’expression d’une situation révolutionnaire) et le Conseil général du TUC (qui, comme on l’a vu, adoptait des positions ultra-modérées et de droite)[15]. Outre la confusion manifeste qu’il a engendrée (il existait une Internationale des syndicats rouges, en lutte ouverte contre l’Internationale « jaune » d’Amsterdam à laquelle se référait le TUC anglais !) , le Comité anglo-russe finit par ne servir que les intérêts du Conseil général du TUC, lui conférant une légitimité radicale qu’il n’avait pas et suscitant des perplexités et une animosité évidentes parmi les travailleurs anglais. Surtout (et là, la chose fut encore plus scandaleuse), il resta en place tout au long de la grève : c’est-à-dire tout au long du sabotage progressif mené par le TUC à son encontre, jusqu’à la trahison finale. On en arriva à l’absurdité suivante : alors que les travailleurs soviétiques collectaient, par l’intermédiaire de leurs syndicats, une somme considérable destinée à soutenir matériellement la lutte de leurs frères britanniques, le TUC (qui siégeait au Comité aux côtés des syndicats soviétiques) la refusa avec dédain ! Non seulement cela, mais on s’est bien gardé de dissoudre le Comité au lendemain de cette trahison flagrante. Sa fin peu glorieuse ne survint que des années plus tard, alimentant encore davantage les déceptions et les divisions au sein d’une classe ouvrière britannique déjà bien assez désorientée et marquée par le déroulement de la grève et de son issue finale. Au-dessus des têtes des travailleurs qui se battaient avec tant de vigueur dans ce qui allait être le dernier grand soubresaut d’une phase révolutionnaire, au-dessus des têtes des militants de base combatifs du petit PC eux-mêmes, le stalinisme commençait à célébrer ses triomphes. Les travailleurs britanniques se retrouvèrent à lutter seuls : face à l’appareil social-démocrate gigantesque représenté par le Parti travailliste et le Conseil général du TUC, ils ne purent même pas compter sur la présence d’un parti communiste solide et politiquement uni. Surtout, au niveau international, ils furent sacrifiés sur l’autel d’une contre-révolution désormais rampante.

 Déterminé à faire passer les intérêts de l’URSS (le blocus du charbon à la suite de la grève anglaise nuisait aux relations commerciales avec la Grande-Bretagne) à ceux de la révolution internationale, le stalinisme, par l’intermédiaire du Comité anglo-russe, contribua en effet au boycott de la grève mis en œuvre par le Conseil général[16].

 Vingt ans plus tard, dans un premier bilan critique de l’action de l’Internationale communiste, de plus en plus soumise aux exigences nationales de l’État russe, nous écrivions dans les pages de ce qui était alors notre organe théorique :

 « En 1926, un événement d’une grande importance bouleversera tant l’analyse de la situation, telle qu’elle avait été présentée par le Ve Congrès de l’Internationale (1924), que la politique qui en avait découlé en Russie et dans les autres pays. La situation mondiale avait été caractérisée par la formule de la « stabilisation », qui n’excluait évidemment pas la possibilité d’une reprise de la vague révolutionnaire, mais – en raison des implications tactiques qu’elle comportait – loin de faciliter l’orientation de l’Internationale vers une reprise de la lutte prolétarienne, elle devait la rendre prisonnière de formulations tactiques et d’organismes qui ne se modifient ni ne se brisent du jour au lendemain. […] Or, lorsqu’en 1924 on avait parlé de « stabilisation », on ne s’était évidemment pas limité à un simple examen statistique et technique de l’évolution économique, mais, à partir du constat incontestable du reflux de la vague révolutionnaire à la suite de la défaite de la révolution allemande de 1923, on avait engagé une discussion politique qui était d’ailleurs en parfaite harmonie avec les décisions tactiques de l’Internationale.

 « Ces décisions s’articulaient autour de l’objectif fondamental du maintien de l’influence communiste sur les grandes masses. Et puisque, dans cette situation défavorable, le contact avec les grandes masses n’était possible que par le développement de relations politiques avec les organisations social-démocrates qui tiraient profit du reflux révolutionnaire, la formule de la « stabilisation » impliquait la tactique de l’infiltration des directions des partis et des syndicats social-démocrates.

« Lorsque, en 1926, éclata la gigantesque grève des mineurs anglais, l’Internationale ne pouvait donc que tirer les conséquences des lignes tactiques déjà établies. Les dirigeants syndicaux se hâtèrent de conclure des accords permanents avec les dirigeants des syndicats soviétiques, et le Comité anglo-russe fut contraint d’exercer la fonction que les événements lui imposaient.

 « La grève devint générale et, si toute l’analyse économique effectuée par le Ve Congrès vola en éclats, il n’en fut pas de même pour la tactique qui en avait découlé. L’Internationale se trouva non seulement dans l’impossibilité de révéler aux masses le rôle contre-révolutionnaire des dirigeants syndicaux, mais elle dut aller jusqu’au bout et maintenir sa solidarité avec eux tout au long de cette importante agitation prolétarienne dans l’un des secteurs fondamentaux du capitalisme mondial » [17].

 Ces déviations étaient le résultat d’une situation interne à l’IC, que nous avons déjà esquissée dans les préambules à la réédition de nos Thèses de Lyon et de l’intervention de Bordiga au VIe Exécutif élargi de l’IC.

 Notre texte souligne ainsi que « dans l’intérêt diplomatique de l’État russe, il fallait ne pas rompre avec le Comité anglo-russe, comité qui avait pourtant servi de paravent aux dirigeants tradunionistes pour saboter la grève générale, alors qu’on reconnaissait officiellement en eux les « seuls représentants du mouvement syndical anglais » . Les documents officiels eux-mêmes posent sans équivoque le problème : un puissant mouvement prolétarien sera sacrifié parce que c’est ce qu’exigent les besoins de défense de l’État russe ».

 C’est par ces mots que nous clôturons la série d’articles que nous avons consacrée à 1926, année clé dans le développement et l’affirmation de la contre-révolution stalinienne. L’année prochaine, ce sera au tour des événements tragiques survenus en Chine.

 

Notes----------- -------------------------------------------------

 

[1] Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, dans Lénine, Œuvres choisies en six volumes, vol. II, p. 525.

 

[2] L. Trotsky, Wither England ? New York : International Publishers, 1925.

 

[3] L. Trotsky, op. cit., p. 22. Cf. également John Foster, « British Imperialism and Labour Aristocracy », dans Jeffrey Skelley (dir.), *The General Strike. 1926*, Lawrence and Wishart, Londres 1976 (il s’agit d’un texte pro-PC britannique, mais utile en termes de données et de documents).

 

[4] Cité dans L. Trotsky, op. cit., p. 23.

 

[5] Voir John Foster, op. cit., p. 12.

 

[6] Sur ce thème également, celui du « noyautage » (c’est-à-dire « s’infiltrer » dans des organisations telles que le Parti travailliste), l’Internationale, alors déjà en voie de dégénérescence, porte d’énormes responsabilités, qui devront être examinées plus en détail dans un autre cadre.

 

[7] Après la fin de la grève, en réponse à 190 questionnaires, 131 rapports sur l’activité de différents « groupes d’action » ont été recueillis. Le tableau qui en ressort est probablement représentatif de la situation des 500 groupes locaux actifs dans la grève : 48 se trouvaient dans le Yorkshire, 52 à Londres, 65 dans le Lancashire ; 54 étaient des « Councils of Action », 45 des comités de grève, 15 des sections syndicales, 8 des comités d’urgence, et 9 d’autres formes d’organisation.

 

[8] Dans *Workers’ Weekly*, 173 (11 juin 1926), cité dans Jeffrey Skelley, éd., op. cit., p. 88.

 

[9] The South Wales Institute of Engineers, discours présidentiel de D. Ivor Evans, 1946, cité dans Jeffrey Skelley, éd., op. cit., p. 241. Dans la deuxième partie de cet ouvrage, les développements de la grève générale sont analysés région par région, de manière détaillée et particulièrement intéressante.

 

[10] « The Secret History of the Great Strike », Lansbury's Labour Weekly, 63 (22/5/1926).

 

[11] Cité dans Jeffrey Skelley, éd., op. cit., p. 73-74.

 

[12] The British Worker, n° 1 (5/5/1926).

 

[13] Cité dans Jeffrey Skelley, éd., op. cit., p. 82-83.

 

[14] Voir la brochure du Parti communiste britannique, signée par P. Dutt, The Meaning of the General Strike, sans date, mais publiée immédiatement après la fin du conflit. Cf. Hugo Dewar, Communist Politics in Britain : The CPGB From Its Origins to the Second World War. Londres, Pluto Press, 1976, pp. 63-66.

 

[15] Sur le Comité anglo-russe, cf. L. Trotsky, Critique du programme de l’IC (1928), que l’on peut trouver dans le volume L’Internationale communiste après Lénine. Paris : Presses universitaires de France, 1969. Cf. également Hugo Dewar, op. cit., et Michael Woodhouse et Brian Pearce, éd., Essays on the History of Communism in Britain. Londres : New Park Publications, 1975.

 

[16] La dénonciation et la dissolution du C.A.R., précisément en raison de la trahison de la grève générale par le Parti travailliste, fut, au cours de l’année 1926, l’une des revendications de l’Opposition de gauche en URSS et l’un des motifs des conflits les plus violents au sein du Parti bolchevique jusqu’à la liquidation, y compris physique, des opposants en 1927 et les années suivantes.

 

[17] D’après [Ottorino Perrone], « La tactique du Komintern. 1926-1940 », Prometeo, n° 2-3-4-6-7-8, août 1946/novembre 1947. La citation qui suit est tirée de cet article

mercredi 19 août 2026

[Contra la contra] [GCI-ICG] Bolivie : à la croisée des chemins entre insurrection et contre-révolution 2026

 

Source en espagnol : https://materialesxlaemancipacion.espivblogs.net/2026/06/04/bolivia-en-la-encrucijada-de-la-insurreccion-y-la-contrarrevolucion/

GUERRE SOCIALE SUR L’ALTIPLANO

Les manifestations en Bolivie se sont intensifiées ces dernières semaines. La normalité et la paix sociale, tant convoitées par les capitalistes, ont volé en éclats. Des dizaines de barrages routiers sur les axes stratégiques reliant La Paz à Cochabamba, Oruro et aux postes-frontières avec le Chili et le Pérou ne cessent de se multiplier, malgré la répression atroce exercée par la police, des bandes militaires et des tueurs à gages à la solde du pouvoir, auxquels le prolétariat a répondu par une véritable violence de classe organisée.

La société marchande, par la voix de ses porte-parole, aux allures de chacals, et de ses journalistes, véritables vautours, s’empresse de déverser ses idéologies et sa haine raciale contre les insurgés. Dans un premier temps, ils accusent les rebelles d’être tous, sans distinction, des partisans d’Evo Morales (manipulés par les vestiges de l’idéologie du MAS) et passent sous silence le fait que ces journées de lutte dans les rues ne sont pas menées par un personnage obsolète, mais constituent la réponse de la classe ouvrière aux conditions de vie misérables et aux politiques de famine des marionnettes au pouvoir qui cherchent à accélérer le pillage des ressources (eau, lithium, terres, minerais) et à imposer davantage de mesures d’austérité.

Dans le même temps, les organisations gravitant autour de la Centrale ouvrière bolivienne (COB), les secteurs miniers, les paysans et les groupes autochtones ont intensifié leurs manifestations et exigé la démission du président Rodrigo Paz. Les « dirigeants sociaux » (ou plutôt les bureaucrates chargés d’éteindre l’incendiesocial) ont dénoncé la « trahison du gouvernement envers la base populaire » et ont rejeté les appels officiels au dialogue. Mais pour nous, anarchistes-communistes, toutes ces plaintes ne sont qu’une supercherie : il n’y a pas de trahison en tant que telle, car il s’agit là de l’action naturelle de la bourgeoisie qui impose sa volonté pour assurer la pérennité de la domination du Capital.

Les organisations syndicales ne constituent en aucun cas une arme dans la lutte contre le capital, mais elles sont un outil parfaitement intégré au système, qui sert de médiateur et de conciliateur entre la classe dirigeante et les exploités, afin de réguler le prix de la force de travail et d’empêcher la classe ouvrière de se constituer en force révolutionnaire. Une autre de leurs caractéristiques répugnantes est qu’elles ont pour fonction de canaliser la force massive de la classe vers des intérêts sectoriels, contribuant ainsi à la division et à la fragmentation de la lutte, et entretenant l’illusion selon laquelle chaque secteur professionnel, chaque race, chaque ethnie aurait des intérêts particuliers, déconnectés du reste.

Tout comme cela s’est produit récemment en Équateur avec la CONAIE (Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur), qui n’a servi qu’à épuiser, paralyser et anéantir les mobilisations, les grandes organisations bureaucratiques « d’avant-garde » chargées des négociations (y a-t-il d’ailleurs quelque chose à négocier avec nos ennemis de classe ?) tentent une nouvelle fois d’entraîner la classe ouvrière dans le piège des illusions démocratiques bourgeoises, afin que tout reste comme avant, voire empire.

Le gouvernement de ce morveux de Rodrigo Paz s’est empressé de négocier des accords visant à diviser le mouvement, en accordant des concessions à certains secteurs mobilisés. Il a négocié avec les coopératives, il a annulé une dette de 95 millions de bolivianos auprès de la Caisse nationale de santé et a maintenu la subvention sur les carburants. Il a également négocié avec le corps enseignant et avec la COB d’El Alto, et a signé un accord avec les dirigeants des « ponchos rouges » de La Paz. Ces secteurs se sont peu à peu retirés du conflit. Il était évident qu’une partie de la base désapprouvait ses dirigeants pour avoir signé cet accord.

Nous nous permettons de citer un extrait d’un texte qui circule sur le web, qui illustre et corrobore ce qui précède (même si nous ne partageons pas sa perspective de « démocratie ouvrière »), démontrant comment ces mafias de « professionnels des luttes et des mobilisations » sont les véritables fossoyeurs de tout projet révolutionnaire :

« Pendant que ce 30 mai, les Assemblées générales d’auto-organisation comme celle de Patacamaya avec la participation des représentants des 77 communautés de la province Aroma, décident de leur côté comme partout dans tout le pays, de rejeter tout dialogue avec le gouvernement, d’exiger sa démission et de maintenir les blocages illimités tout en radicalisant la mobilisation avec aujourd’hui 93 barrages contre 60 il y a deux jours, de son côté la direction de la COB, la principale centrale syndicale ouvrière, se dérobe une fois de plus et repousse – sous des prétextes de sécurité – l’Assemblée générale nationale où devait être décidé aujourd’hui ou de négocier avec le gouvernement ou de continuer la lutte jusqu’à sa chute. Et pour bien tenter d’empêcher cette Assemblée, la direction de la COB ne donne aucune date pour la prochaine.

L’attitude de la direction de la COB est claire pour tout le monde.

Beaucoup de comités d’auto-organisation avaient appelé à participer à cette Assemblée pour décider de continuer la lutte afin de renverser le gouvernement, et c’était sûr qu’ils seraient majoritaires entraînant la base de la COB avec eux, ce qui aurait transformé de fait cette assemblée ouverte de la COB en direction nationale autoorganisée de la lutte pour renverser le pouvoir. La direction de la COB a montré aujourd’hui qu’elle ne veut pas renverser le pouvoir et qu’elle ne veut pas pour ça que le mouvement insurrectionnel en cours appartienne à ceux qui l’animent.

Beaucoup parlent de trahison.

En même temps, ça ne surprend pas grand monde, vu que la COB avait déjà trahi la première phase du mouvement en décembre/janvier 2026 et surtout ça ne décourage pas parce que les comités d’auto-organisation ont largement averti de ce qui risquait de se passer.

Ça ne cassera pas le mouvement. Ça donnera juste envie aux comités d’auto-organisation de mettre en place par eux-mêmes cette direction démocratique nationale [SIC !] qui manque au mouvement et qui aurait pu se réunir aujourd’hui. » [Information provenant de Luttesinvisibles]

Voilà comment fonctionnent la gauche, le syndicalisme et le citoyennisme. Aujourd’hui, ils nous entraînent dans la grève, mais avant ou pendant le processus, ils nous ont déjà vendu aux conglomérats d’entreprises voraces et à leurs clans politiques.

Tant qu’on restera prisonnier du discours selon lequel cette lutte vise à défendre la démocratie et la souveraineté contre la montée de l’extrême droite et du fascisme, nous serons condamnés à mener ce combat sans ébranler les structures du système capitaliste, et à nous contenter de simples changements de gouvernement au cours desquels la bourgeoisie nationaliste prépare le terrain pour l’arrivée de bourgeoisies excentriques et encore moins scrupuleuses (les Milei, les Noboa, les Bukele, les Trump).

La Bolivie possède une grande tradition de combativité dans le domaine de la lutte des classes (depuis le soulèvement ouvrier de 1952 jusqu’aux guerres de l’eau de 2000 et du gaz de 2003). Ces journées de lutte ont été rendues possible par l’existence d’une communauté de lutte (perspective collective, réseaux de soutien, assemblées, groupes de logistique) ; et il apparaît clairement que, même si l’ampleur d’un mouvement ne le rend pas invulnérable, sans une base sociale qui se lance dans la lutte et se soutienne mutuellement, la paix sociale du capitalisme s’imposera d’autant plus violemment, même si le prolétariat se trouve dans une situation d’extrême précarité et de misère (voir le cas de l’Argentine).

ET APRÈS L’INSURRECTION ?

D’autre part, il convient de préciser que la situation actuelle de l’insurrection prolétarienne en Bolivie ne s’inscrit pas dans le contexte d’une révolution mondiale, mais au contraire, elle se déroule dans un tourbillon de contre-révolution, où la bourgeoisie se montre désespérée dans sa quête d’accumulation du capital — en accélérant la guerre, l’écocide et le contrôle technologique. L’action des blocs bourgeois, qui incarnent les nouveaux fascismes et les nouvelles droites, tend à exacerber les contradictions de classe, mais cela ne signifie pas pour autant que notre classe réponde automatiquement avec éloquence et détermination aux attaques du capitalisme. Il est clair qu’on ne peut pas tout laisser à la spontanéité.

Si le flambeau de la lutte est porté par la Centrale ouvrière bolivienne (COB) réformiste, suite au déclin du MAS, c’est parce que de fait les conditions ne sont pas encore suffisamment mûres pour faire contrepoids et mener une insurrection généralisée qui dépasse les limites d’une démocratie frileuse et du gauchisme. Cependant, surmonter cela ne dépend pas spécifiquement de la simple volonté de quelques individus ou d’une organisation, mais ne peut être que le résultat de bilans et de ruptures au cours de la lutte elle-même.

Deux décennies de soulèvements à travers le monde confirment une fois de plus que lutter sous les bannières des secteurs de la gauche réformiste et progressiste revient à se condamner à la stagnation et à des revers cuisants qui brisent le moral collectif du prolétariat. Il n’est pas surprenant qu’en Bolivie, bien qu’il existe actuellement une communauté de lutte prolétarienne dotée d’une grande combativité, il y ait des limites dues à la confusion et à l’apathie, qui risquent de mener le soulèvement dans une impasse.

Cela signifie-t-il qu’il faille rester les bras croisés« jusqu’à ce que les conditions soient réunies » ? Nous ne le pensons pas. Même si nous savons que nous ne sommes même pas encore dans une phase « prérévolutionnaire », ce n’est ni la fin du chemin, ni la fin de la lutte, et encore moins notre défaite définitive.

Les faits concrets témoignent de la lutte prolétarienne, non pas telle qu’elle devrait être, mais telle qu’elle est : contradictoire au milieu du chaos et de la révolte, avec l’ingérence inévitable, dans sa phase initiale, de secteurs interclassistes et réformistes qui chercheront à tirer profit de la situation. Elle ne surgira jamais dans des conditions idéales et à notre convenance. C’est pourquoi il ne sert à rien de nous isoler au nom d’une pureté révolutionnaire. En tant qu’agitateurs et révolutionnaires, nous devons encourager le débordement des organisations mêmes qui se sont révélées obsolètes afin d’étendre la lutte, non pas pour « les améliorer ou les changer de l’intérieur », mais pour les briser, les dépasser et créer nos propres organes autonomes qui répondent à nos intérêts historiques de classe… et ainsi jusqu’à la révolution sociale.

Il est absurde de penser qu’après des décennies durant lesquelles le prolétariat et ses structures de résistance et de lutte radicale ont été mis en pièces (que ce soit par la répression ou la cooptation), il va soudainement se mobiliser pour partir à l’assaut du ciel, un programme révolutionnaire à la main et en brandissant un drapeau avec l’inscription Omnia sunt communia. La lutte des classes ne fonctionne pas ainsi. Ce n’est pas que le prolétariat « prenne d’abord conscience, devienne révolutionnaire, puis se lance dans la lutte », mais c’est au cours du processus de lutte (toujours tumultueux, complexe, semé de contradictions et d’erreurs) qu’il développe sa conscience et révèle sa perspective révolutionnaire, ou du moins, c’est là que les limites ignominieuses du réformisme deviennent plus évidentes, ce qui l’oblige à repenser ses méthodes de lutte.

Les secteurs qui sont déjà profondément ancrés dans les organisations de base, et qui ont pris conscience que le fait de déléguer la lutte à d’autres ne mènera qu’à une impasse, doivent se confronter à cette problématique et se réorganiser afin de surmonter cette contradiction.

La réponse du gouvernement est claire : état d’urgence, loi de bâillonnement, répression brutale et recours immédiat à la force policière pour étouffer dans l’œuf le soulèvement au plus vite. Malgré les morts, il n’y est pas encore parvenu et son désespoir grandit. Mais qu’en est-il de l’autre côté de la barricade ? Allons-nous continuer à nourrir l’espoir stupide que d’autres gouvernements progressistes ou le bloc sino-russo-iranien interviendront de l’extérieur pour nous sauver ? Tous les États sont les ennemis du prolétariat et, tôt ou tard, ils nous écraseront ou nous livreront comme un trophée à leurs rivaux. Le prolétariat n’a pas d’amis parmi la bourgeoisie ; il ne peut compter que sur ses propres forces, sa mémoire historique et ses méthodes de lutte.

La poudrière reste à deux doigts d’exploser, les mobilisations se poursuivent et les assemblées de quartier battent leur plein, mais nous ne devons pas baisser la garde. Nous savons que l’un des points faibles de toutsoulèvementréside dans le faitque plusil se prolonge, plus le poids de la fatigue et du désespoir pèse lourdement sur les insurgés. La pénurie de produits de première nécessité, de médicaments et de fournitures s’aggrave en raison des barrages et du manque de carburant, ce qui est crucial pour la poursuite de la résistance prolétarienne.

Ce qui se passe en Bolivie doit apporter de précieux enseignements à notre arsenal dans cette guerre des classes. De deux choses l’une : soit nous avançons vers l’abolition du capital, de l’argent, du marché, de l’État et des classes… soit nous prolongerons notre misère sous ce système.

Vive la révolte prolétarienne en Bolivie !

Vive ceux qui luttent !

Ni gauche, ni droite !

Mort à l’État et au capital !

Contre la Contra – juin 2026


jeudi 6 août 2026

G.Bad-LES DÉSERTIONS, ET LES RECOURS AUX LÉGIONNAIRES .

 


Comme nous pouvons le constater, les désertions en Ukraine comme en Russie augmentent avec le prolongement d'une guerre sans fin. En juin Zélensky et le ministère de la défense ont été contraints de prendre des mesures pour enrayer la crise des vocations et des 200 000 désertions officielles. Au moment ou je finalise cet article, nous apprenons que sous la poussée des manifestations Zelensky vient de limoger son chef d' état major
Valéri Zaloujny (dit le boucher) qui sera remplacé dans ses fonctions par l’actuel commandant des forces terrestres Alexandre Sirski. Les populations se rendent compte que la guerre n' offre aucun débouché autre que la mort et la désolation tant en Ukraine qu' en Russie. Le président de la république du Kazakhstan vient de dire à Poutine qu'il fallait stopper les combats. Il est clair que les autorités Ukrainiennes et Russes craignent un coup d' état militaire voir des insurrections. Voilà pourquoi tant en Ukraine qu' en Russie ils ont intégré les sociétés militaires privées SMP à l' armée régulière, comme le fut la SMP Wagner de Evgueni Prigojine qui assiégea Moscou1; elle sera intégrée à l' armée régulière.

 1Evgueni Prigojine meurt à l’âge de 62 ans, le 23 août 2023, dans le crash d'un avion d'affaires allant de Moscou à Saint-Pétersbourg et transportant neuf autres personnes, dont le numéro deux du groupe Wagner, Dmitri Outkine.

Le cas de la Légion internationale pour la défense territoriale de l'Ukraine

Cette légion a beaucoup de point commun avec les SMP sociétés militaires privées de l'occident ou et de la SMP Wagner .

En date de novembre 2022 et selon l'ONG Rus Sidiachaïa, 30 000 à 50 000 détenus pour actes criminels ont été recrutés par le groupe Wagner et retirés des prisons russes pour aller combattre en Ukraine. Evgueni Prigojine participe directement à ce recrutement. Une vidéo le montre devant des prisonniers proposer la liberté au bout de six mois à ceux qui rejoignent le Groupe pour combattre. Ce n'est pas conforme à la loi russe. En effet, celle-ci condamne le mercenariat et l'activité de recrutement à cette fin. De plus, sortir un détenu de prison pour l'envoyer combattre à l'étranger est aussi condamnable[64],[65]. Sources Wikipédia

Qui compose la légion Ukrainienne

Cette légion fut créée à la demande de Zelensky sous le numéro d'unité militaire A3449. En mars 2022 il est fait état que plus de 20 000 volontaires de 52 pays1 ont rejoint la légion ukrainienne. Celle ci sera d' ailleurs dissoute le 31 décembre 2025 par l' état major de l' armée régulière et intégrée.

Pourquoi cette dissolution

Il devenait gênant pour l' UE de soutenir financièrement l'Ukraine avec sa composante de légion internationale se réclamant comme le bataillon Azov du nazisme et d' autres similaires comme le révélera Wikipédia :

« Avant la mise en place de la formation de la Légion internationale, la Légion géorgienne est utilisée pour former des volontaires étrangers anglophones puisque l'unité communique en anglais[11]. Kacper Rękawek[13], chercheur sur les combattants étrangers en Ukraine, pense que la majorité des combattants occidentaux qui se sont engagés avant l'invasion russe de l'Ukraine sont passés par la Légion géorgienne[11].

D'autres bataillons de volontaires étrangers dans l'armée ukrainienne comprennent le bataillon Djokhar Doudaïev et le bataillon Cheikh Mansour — tous deux formés par des Tchétchènes anti-russes et anti-Kadyrov[14], le groupe tactique « Belarus » (en) (formé par des Biélorusses anti-Loukachenko)[15], et le bataillon Noman Çelebicihan, formé par des Tatars de Crimée opposés à l'annexion de la Crimée par la Russie[16]. »

Se souvenir de Maxim Kouzminov qui avait déserté vers l’Ukraine, en accord avec les services de renseignements . Son cadavre a été retrouvé criblé de balles dans un parking du sud-est de l’Espagne, où il s’était réfugié avec de faux papiers.

En Ukraine comme en Russie, les désertions vont se multiplier.

Ces derniers temps, en Ukraine comme en Russie les mouvements anti-guerre des population ayant perdu un fils au front manifestent, ce n' est pas une révolution mais le signe avant coureur d'une montée en puissance d'une révolte profonde. Combien ont le sentiment d' avoir perdu un être cher pour rien, pour la patrie alors que tous les oligarques Ukrainiens sont les premier à avoir déserté avec leurs millions à Monaco et sur la cote d' Azur... aux cotés des russes fortunés2

Ce groupe de fortunés est appelé le « Bataillon Monaco », un nom donné par les médias et une enquête du média Ukraïnska Pravda pour désigner ces riches hommes d'affaires et oligarques. En 2022, les autorités et la presse ont estimé qu'environ 84 richissimes Ukrainiens avaient quitté leur pays pour s'installer sur la Côte d'Azur et à Monaco dès le début de la guerre.

Des deux cotés du front les fauteurs de guerre cherchent du sang neuf, en Ukraine les soldes des engagés sont augmentée,et les contrats sont à durée déterminée. L' UE de son coté tente de livrer à Zelensky les 2 millions d'hommes ayant fuit la conscription, l'état allemand vient de prendre des mesures dans ce sens, Le chancelier Merz a commencé à réduire les prestations sociales aux réfugiés ukrainiens environ 700 millions d' euros et pousse au retour les hommes en age de combattre.

L’Union européenne revoit le statut de protection des Ukrainiens qui fuient le front

Mercredi 15 juillet, les États membres ont prolongé le statut de protection temporaire accordé aux personnes fuyant l’Ukraine jusqu’au 4 mars 2028. Néanmoins, à la demande de Kiev, ils ont décidé d’en exclure les futurs réfugiés n’ayant pas rempli leurs obligations militaires.



De violents affrontements entre civils, militaires et forces de l’ordre à Lvov, dans l’ouest de l’Ukraine,

Le soir du 8 juillet 2026, un groupe de personnes a bloqué un véhicule transportant des officiers du centre de recrutement et l’a renversé, comme le montrent notamment des images diffusées sur la plateforme de médias sociaux X. Cet incident a déclenché des affrontements de plus grande ampleur avec la police et l’armée, auxquels ont participé environ deux cents civils. La situation tendue a duré environ cinq heures et s’est poursuivie jusqu’aux premières heures du 9 juillet. Des images diffusées par la télévision ukrainienne ont montré des foules de personnes se faufilant entre les véhicules dans un quartier résidentiel plongé dans l’obscurité, scandant « Honte ! » et arrachant l’uniforme d’un officier. Cet incident est le dernier d’une série d’attaques contre des agents dans des centres de recrutement, témoignant d’une colère latente quant aux méthodes de recrutement de l’armée ukrainienne.

L’incident s’est produit tard dans la soirée, sur le boulevard « Chervona Kalina », dans le quartier de Sykhiv à Lvov. Des agents du Centre territorial de recrutement et de soutien social (CTRS) local ont interpellé un homme recherché pour avoir esquivé le service militaire. Après que le détenu a été emmené dans un véhicule, une foule d’environ 200 personnes s’est rapidement rassemblée sur les lieux et a bloqué le véhicule, qui est resté sur place. La foule a encerclé le véhicule, brisé ses vitres et l’a complètement renversé. La direction du commissariat de police du district de Sykhiv a confirmé que deux agents du CTRS ont été transportés aux urgences, mais que leurs jours n’étaient pas en danger.(sources antimilitarismus

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=36uxUq0adRU

Au regard des derniers événements, tant en Russie qu' en Ukraine, les manifestations contre la guerre et le recrutement montent en puissance, les armées de part et d' autres ne sont qu' un congloméra de mercenaires pouvant changer de camp à tout moment.

A bas les guerres vive la révolution sociale mondiale

G.Bad le 6 août 2026

2Les oligarques russes possèdent de nombreuses propriétés de luxe sur la Côte d'Azur, en particulier le Château de la Croë de Roman Abramovitch au Cap d'Antibes et la villa Irina Maria à Roquebrune-Cap-Martin. Depuis la guerre en Ukraine, la France a gelé ou saisi de nombreux biens dans le cadre d'enquêtes pour blanchiment d'argent.

mercredi 5 août 2026

INFOBREF N°581-juillet aout 2026-incendies et réarmement

 

 

France-grève des pompiers

En plein été de tous les records, ils tapent du poing sur la table. Le jeudi 13 août, les sapeurs-pompiers professionnels et les personnels administratifs, techniques et spécialisés des services départementaux d'incendie et de secours (Sdis) de France sont appelés à faire grève par une intersyndicale du secteur. Celle-ci fait état d'une "colère légitime" et d'un "ras-le-bol généralisé".

 

 

Des milliers de personnes évacuent leur domicile alors que des feux de forêt font rage partout au Canada

Plus de 900 feux font actuellement rage à travers le Canada, dont des dizaines qui sont hors de contrôle. Plus de 120 d’entre eux sont en Colombie-Britannique, où les résidents de plus de 2 000 propriétés ont dû évacuer en vertu des premiers 32 ordres d’évacuation émis vendredi.

Lire plus

Aquitaine : pas besoin de l’invasion russe, les préfets, politiciens pseudo-écologistes appliquent la politique de la terre brûlée

samedi 25 juillet 2026 (sources Matiére et révolution)

Où vont les milliards d’impôts, taxes et dépenses publiques consacrés à la transition écologique, au réchauffement climatique ?

Pas dans la prévention des incendies !

Où vont les milliards d’impôts, taxes et dépenses publiques consacrés à l’ « aide à l’enfance » ? Pas dans la protections des garçons de Betharam, ou de Lyhanna.

Des charlatans, les politiciens pseudo-écologistes ! Une incompétente, la préfette de la Gironde !

Des juges, des préfets qui ne font pas ce pour quoi ils sont grassement payés, c’est ce dont sont victimes les habitants de l’Aquitaine !

Vive l’héroïsme des pompiers de base qui combattent le feu et sauvent des vies !
A bas les bureaucrates des organisations syndicales des pompiers, qui pratiquent la collaboration de classe avec les profits de la sylviculture !

Pompiers volontaires, dénoncez votre utilisation comme service incendie bon marché au service des patrons de l’industrie du bois.

La "forêt des Landes de Gascogne" n’est pas une forêt, c’est une plantation, une usine Sevezo à ciel ouvert !

Des habitants ont refusé d’obéir aux ordres d’évacuation, ils ont sauvé leurs maisons ! Quand l’Etat ne s’occupe plus des habitants, l’auto-organisation, la désobéissance sont à l’ordre du jour ! Détruisons cet Etat bourgeois, organisons l’Etat des exploités, comme le fit la Commune de Paris en 1871.

La lutte contre cet incendie, c’est une lutte de classes !

Alors que l’Etat bourgeois est discrédités, les syndicats et l’extrême gauche électorale, veut nous redonner confiance en lui, en faisant voter pour une "politique de gauche" (achat de Canadairs etc).

Incendies de forêts : une catastrophe pas si naturelle que cela.

N° 988 28:07/2026 Depuis des semaines, le massif forestier en France, mais aussi celui dans les pays voisins, en particulier méditerranéens, sont la proie de violents incendies ayant déjà dévoré des dizaines de milliers d'hectares. Ces incendies ont contraint à l'évacuation de dizaines de milliers de personnes essentiellement dans la région de Bordeaux. Des maisons ont été détruites par les flammes et plus grave encore, trois sapeurs-pompiers ont été fauchés dans leur lutte contre ces incendies, des dizaines d'autres étant gravement blessés.

Notre première pensée va vers les familles et les proches de ces soldats du feu tombés en accomplissant, comme ils le font toujours et sans relâche leur devoir de protection des populations et aussi vers les populations, plus de 220.000 personnes, forcées d'abandonner leur domicile et qui parfois ont perdu tous leurs biens. Nous pensons également aux nombreux salariés dont les entreprises sont à l'arrêt du fait de la situation.

La violence et l’étendue des incendies en cours trouvent des explications dans les conditions météorologiques estivales particulièrement sévères conduisant à une sécheresse prolongée favorisant la propagation des flammes. Dans ces conditions, les départs de feu pouvant avoir des causes humaines dues à des imprudences ou des actes volontaires malveillants, mais aussi des causes naturelles : orages, inflammation spontanée des tourbières, prennent rapidement des proportions importantes et parfois dramatiques.

Les Macron, Lecornu et bien d'autres en charge ou antérieurement en charge des affaires publiques se contentent de s'en tenir à ces aspects, en oubliant leurs responsabilités dans l'état de dégradation de la forêt et des services publics de protection jouant un rôle majeur pour contenir ou non l'intensité de la catastrophe en cours.

Souvenons nous, déjà en 2013, une grande manifestation des pompiers eut lieu à Grenoble pour de meilleures conditions de travail. La réponse du pouvoir fut violente. La police a chargé et a tiré des balles en caoutchouc. Quentin, soldat du feu, y a perdu un œil. Le 16 juillet 2010 à Nice, lors d’une autre manifestation de pompiers, un policier avait été photographié en train de mettre en joue à très courte distance des pompiers en tenue, désarmés, avec un lanceur de grenade.

Le 15 octobre 2019 à Paris, les pompiers organisaient une grande manifestation afin de réclamer des moyens et des salaires décents. La répression policière avait été d’une extrême violence. Un pompier avait été éborgné par un tir de grenade. La victime, sapeur-pompier professionnel du Service départemental d’incendie et de secours de Dijon, garde des séquelles à vie. Le 28 janvier 2020, même scénario : des dizaines de grenades explosives jetées contre les pompiers, des blessés innombrables, des nasses et des arrestations. Et toujours pas de réponse aux revendications. Pas plus qu'après la manifestation de 2024.

Le gouvernement a fait la sourde oreille aux alertes répétées des professionnels et des volontaires de la profession. Il a fait d'autres choix, comme celui d'engraisser les profits capitalistes et de préparer la guerre impérialiste. De ce fait, les moyens de lutte contre les grands incendies sont sans commune mesure avec les nécessités des moyens pour les limiter et les combattre. Selon des déclarations de pompiers à la revue Contre Attaque1 : " Il manque plus de 300 camions-citernes» alertait un syndicat de pompiers il y a quelques jours dans les médias. Après les incendies, déjà terribles, de l’année 2022, Macron avait fait des belles promesses : un «pacte» pour remplacer les véhicules vieillissants. Mais «la perte de 1000 engins entre 2004 et 2020» n’avait pas été compensée par les commandes, estime Sébastien Delavoux de la CGT. Un autre pompier syndicaliste interrogé par 20 Minutes expliquait que les vieux camions étaient même devenus dangereux, puisqu’ils «ne correspondaient plus aux normes minimales de sécurité pour protéger les sapeurs-pompiers à bord». Il manque aussi des avions : la France ne compte que 20 bombardiers d’eau, dont 12 Canadair vieillissants et 8 avions Dash."

Lorsqu'il était premier Ministre G. Attal a annulé 53 millions de crédits destinés à la sécurité civile2. La sénatrice Les Républicains Françoise Dumont écrit ainsi, dans un avis rendu en fin 2024 au Sénat3 : " cette annulation a contraint la DGSCGC [la direction générale de la sécurité civile] à renoncer à la perspective de commande de deux Canadair ". En revanche, aucune annulation de crédit, bien au contraire n'a été imputé au budget de la guerre qui, lui, a augmenté très fortement. Ainsi, la loi de programmation militaire 2026 revue en mai pour la période 2024-2030 c'est 436 milliards d'euros soit +36 milliards sur 3 ans pour l’armée !

Mais il n'y a pas que le nombre de canadair en jeu, il y a aussi leur entretien et la pénurie de pilote4. De son côté l'Office National des Forêts a vu fondre ses effectifs de 15.000 à 8.000 agents en moins de quarante ans. Tout le montre, le pouvoir porte une lourde responsabilité dans le délabrement du service public et des moyens mis à disposition pour faire face aux catastrophes et protéger la population.

Alors oui : soutien aux pompiers et à tous ceux travaillant dans ces moments si difficiles à la protection de la population, solidarité avec la population touchée par les sinistres et honte aux politiciens, lesquels depuis des dizaines d'années s'emploient à liquider les services publics afin d'assurer les profits d'un système capitaliste prédateur de l'Homme et de la nature. N'oublions rien !(sources le PCR)


https://contre-attaque.net/2026/07/25/les-pompiers-reprimes-hier-envoyes-dans-les-brasiers-aujourdhui/

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/07/17/deux-canadair-annules-par-gabriel-attal-le-vrai-du-faux-sur-les-moyens-de-la-france-face-aux-incendies_6724131_4355770.html

https://www.senat.fr/rap/a24-150-13/a24-150-13_mono.html

https://www.huffingtonpost.fr/france/article/manque-de-canadair-effet-d-annonce-sur-l-a400m-la-charge-de-ces-pilotes-face-aux-feux-dans-le-sud-ouest_294461.html

Unissons-nous dans la lutte contre la guerre, l’austérité, l’exploitation.

N° 988 30/07/2026  Le nombre de Centres d’incendies et de secours (CIS) est passé de 8 700 en 2002 à moins de 7 000 aujourd’hui et les Services d’incendie et de secours (SDIS) manquent de financements, notamment pour payer les indemnités des pompiers volontaires. Entre distribuer des centaines de milliards aux patrons et financer la lutte contre les incendies, le gouvernement a choisi. Tous les politiciens de gauche et de droite depuis des décennies démantèlent les services publics : les pompiers manquent de crédits, la flotte de Canadairs est vétuste et ridiculement faible car Macron, Attal et autres n’ont pas jugé nécessaire d’y mettre les moyens. A quelques dizaines de kilomètres des flammes, il y a des usines Dassault où trois avions de chasse Rafale sortent chaque mois des lignes de production. La CGT Dassault révèle : « Dès 2019, [elle avait] demandé le lancement d’études pour un avion de lutte anti-incendie basé sur la gamme Falcon. Cette orientation a été suivie par la direction, qui a présenté en 2023 un projet concret de Falcon 2000 XLS, FireFighter. Pourtant, ce projet n’a pas été retenu par l’État, au motif d’un manque de moyens » ! Visiblement, commander des Rafale et des canons, c’est prioritaire pour le gouvernement, pas la lutte contre le feu. L’impuissance face à ces feux est le fruit d’une société capitaliste guidée par la recherche du profit maximum et immédiat pour le capital.

 

Les compagnies pétrolières doublent leurs profits

Pour preuve encore les prix des carburants viennent d’atteindre des records au même moment, le groupe TotalEnergies annonce des résultats records pour le premier semestre 2026 :11,4 milliards d’euros de bénéfices net ! 50 % de plus sur la même période de 2025 et les prix des carburants ont augmenté de 40 centimes le litre dans le même temps, pour l’ensemble de l’année les bénéfices atteindraient 21 milliards d’euros, soit +77 % par rapport à 2025 ! La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon est ravie « C’est une chance d’avoir en France un grand énergéticien mondial capable d’assurer notre approvisionnement ». Capable surtout d'exploiter les travailleurs partout dans le monde et de racketter les consommateurs, elle, Macron, son gouvernement défendent inconditionnellement, les capitalistes. Le PDG de TotalEnergies avoue lui-même « nos activités de trading(*) de pétrole brut et de produits raffinés ont beaucoup de succès » il poursuit en expliquant que les prix du pétrole suite au conflit au Moyen-Orient sont une source considérable de « bons coups » financiers! Les compagnies pétrolières ont toutes doublé leurs profits au premier trimestre de 2026, montre l’ONG Oxfam dans une publication du 28 juillet. Les bénéfices cumulés sur l’ensemble de l’année 2026 de BP, Chevron, Eni, ExxonMobil, Shell et TotalEnergies devraient s’élever à 129 milliards d’euros. La revue Nature pointe également la responsabilité écrasante de ces entreprises dans les émissions de gaz à effet de serre: les émissions des cinq plus grandes entreprises pétrolières et gazières dont TotalEnergies seraient, selon cette étude, responsables de près d’une vague de chaleur sur quatre entre 2000 et 2023.

 

Les travailleurs n’ont pas à payer

Les travailleurs, quant à eux, paieront toutes ces hausses de prix par un effondrement de leur pouvoir d’achat. Face à cette menace d’une nouvelle inflation, s’impose une revendication commune à tous : l’augmentation massive des salaires, des retraites et des pensions et leur indexation sur les prix ! Nos gouvernants nous mènent à la catastrophe et seule la mobilisation des travailleurs peut les en empêcher.

 

Le chantage à la dette

"Il est urgent d'arrêter la machine infernale de la dette publique", a lancé le ministre, préparant les esprits aux efforts que le gouvernement s'apprête à demander à chaque ministère : 35 milliards d’euros d’effort ! Sans compter l’enveloppe "dette publique" celle-ci s'élèvera à 12,3 milliards d'euros supplémentaires l'année prochaine dans les poches des financiers et l’augmentation des dépenses de l’armée : 6,4 milliards d'euros. 

Pas question, a-t-il indiqué, de "mettre la tête dans le sable" en attendant l'échéance présidentielle. Prenons-le à son propre discours pour notre camp. Sonnons la révolte et unissons-nous dans la lutte contre la guerre, l’austérité, l’exploitation ! C'est le moment de mener action et mobilisation populaires. C’est l’heure de la lutte en faveur des salaires, contre leurs guerres ! C’est l’heure de l’organisation sur les lieux de travail, dans les quartiers et là où vit et étudie la jeunesse, dès la rentrée, renforçons l'opposition ouvrière et populaire, afin de se débarrasser du système capitaliste et construire une société libérée de l'exploitation capitaliste : une société socialiste.

Imprimer l'article

(*)Le trading désigne l'activité d'achat et de vente d'instruments financiers (actions, obligations, devises, matières premières, produits dérivés, ou structurés



Lockheed Martin rafle Ultra Maritime pour verrouiller la supériorité anti-sous-marine

Lockheed Martin s’apprête à acquérir Ultra Maritime pour 3,5 milliards de dollars, verrouillant ainsi des technologies anti-sous-marines critiques face aux flottes russes et chinoises. L’opération, pilotée par le fonds Advent International, consolide la domination américaine dans la défense navale occidentale.Adélaïde MottePublié le 6 juillet 2026


Lockheed Martin rafle Ultra Maritime pour verrouiller la supériorité anti-sous-marine | Armees.com

Lockheed Martin s’impose comme acquéreur privilégié d’Ultra Maritime pour 3,5 milliards de dollars, consolidant ainsi son arsenal technologique face aux flottes sous-marines russes et chinoises. L’opération, attendue dans les prochains jours selon CNBC, intervient alors que les dépenses militaires mondiales ont atteint 2,89 trillions de dollars en 2025. Le fonds Advent International, propriétaire actuel de l’entreprise britannique, s’apprête à céder un joyau technologique forgé par la fusion de Cobham et Ultra Electronics.



La menace sous-marine : pourquoi Lockheed Martin mise 3,5 milliards sur Ultra Maritime

Les marines russe et chinoise multiplient les déploiements de sous-marins nouvelle génération dans l’Atlantique Nord et la mer de Chine méridionale. Moscou modernise sa flotte de classe Yasen-M, équipée de missiles de croisière Kalibr capables de frapper à 2 500 kilomètres. Pékin aligne déjà six sous-marins nucléaires d’attaque Type 093B, dotés de systèmes de propulsion silencieux défiant les radars acoustiques occidentaux. La fermeture par Moscou de sept passages ferroviaires avec la Finlande et les pays baltes illustre la tension croissante sur le flanc nord de l’OTAN, où la surveillance anti-sous-marine devient critique.

Ultra Maritime fournit aux marines américaine, britannique et australienne des systèmes de détection acoustique passive, des contre-mesures anti-torpilles et des radars de surveillance de surface. Ses équipements équipent les frégates Type 26 britanniques, les destroyers Arleigh Burke américains et les sous-marins de la classe Virginia. Selon Reuters, plusieurs soumissionnaires restent en lice dans un processus d’appel d’offres concurrentiel, mais Lockheed Martin dispose d’un avantage décisif grâce à ses contrats existants avec le Pentagone.

Ultra Maritime : capacités technologiques et systèmes d’armes

Technologie anti-sous-marine : radar, guerre électronique et contre-mesures

L’entreprise britannique maîtrise trois domaines stratégiques. Ses sonars à antenne remorquée détectent les sous-marins à basse fréquence jusqu’à 150 kilomètres. Ses systèmes de guerre électronique brouillent les guidages de torpilles adverses par émission de leurres acoustiques. Ses radars à balayage électronique identifient les périscopes et schnorkels en surface malgré une mer agitée. Ultra Maritime emploie 3 200 ingénieurs répartis entre Plymouth, Portsmouth et Greenock, avec des installations de tests en Écosse et en Cornouailles.

L’héritage de Cobham et Ultra Electronics en défense navale

Advent International a racheté Cobham en 2019 pour 4 milliards de livres, puis Ultra Electronics en 2022, créant ainsi Cobham Ultra. L’entité résultante combine l’expertise de Cobham en ravitaillement en vol et communications tactiques avec celle d’Ultra Electronics en traitement du signal acoustique. Ultra Maritime représente la branche navale de ce conglomérat, mise en vente début 2026 pour valoriser l’investissement du fonds. Guggenheim et JPMorgan conseillent la transaction côté vendeur.

Lockheed Martin : du F-35 aux systèmes navals intégrés

Synergies avec le portefeuille existant (Patriot, F-35, systèmes navals)

Lockheed Martin produit déjà le F-35 Lightning II, avion de combat furtif vendu à 17 nations, et les missiles Patriot, colonne vertébrale de la défense antimissile occidentale. Le contrat de 35 milliards de dollars pour quadrupler la capacité THAAD américaine témoigne de sa position dominante. L’acquisition d’Ultra Maritime permettrait d’intégrer des capteurs navals aux réseaux de commandement aérien et spatial existants, créant une architecture de défense multicouche du fond des océans à l’orbite basse.



Intégration technologique et capacités opérationnelles renforcées

L’interopérabilité entre les sonars d’Ultra Maritime et les systèmes Aegis de Lockheed Martin ouvrirait la voie à une fusion de données en temps réel. Un destroyer pourrait partager instantanément les coordonnées d’un sous-marin détecté avec des chasseurs F-35 embarqués et des batteries de missiles côtières. L’opération pourrait être annoncée dès cette semaine, consolidant ainsi le leadership technologique américain face aux ambitions navales chinoises.

Implications pour les alliés occidentaux et la dissuasion maritime

L’absorption d’Ultra Maritime par Lockheed Martin soulève des questions de souveraineté industrielle au Royaume-Uni, où les parlementaires scrutent les transferts de technologies sensibles. Cependant, l’alliance AUKUS (Australie, Royaume-Uni, États-Unis) pour la construction de sous-marins nucléaires bénéficierait d’une chaîne d’approvisionnement unifiée. Les marines européennes, déjà clientes d’Ultra Maritime, conserveraient l’accès aux systèmes existants tout en profitant des investissements en recherche et développement de Lockheed Martin, estimés à 1,5 milliard de dollars annuels.

L’opération illustre la consolidation accélérée du secteur de la défense navale. BAE Systems, Thales et Saab surveillent attentivement les conséquences sur leurs propres portefeuilles anti-sous-marins. La course aux fonds marins s’intensifie : qui contrôle les océans contrôle les routes commerciales, les câbles sous-marins et la projection de puissance. Avec Ultra Maritime dans son escarcelle, Lockheed Martin s’assure une longueur d’avance dans la guerre silencieuse des profondeurs.

Discours d’Emmanuel Macron aux armées : « L’engagement a été tenu »

Direction : Ministère des Armées / Publié le : 13 juillet 2026

À la veille du 14 Juillet, le président de la République s’est adressé aux armées depuis l’hôtel de Brienne. Revenant sur dix années de remontée en puissance des armées, Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté de poursuivre le réarmement de la France, de renforcer l’industrie de défense européenne et de préserver la condition militaire.

Emmanuel Macron lors du discours aux armées du 13 juillet 2026, à l'hôtel de Brienne

Pour son allocution à l’hôtel de Brienne, lundi 13 juillet, Emmanuel Macron a notamment dressé le bilan des grands chantiers entrepris par la France. Doublement du budget des armées, réarmement du pays, place de la jeunesse, défense de la paix… Les principaux points à retenir.

Dix ans de réarmement : un engagement tenu

Le chef de l’État est revenu sur les engagements pris en 2017, rappelant que la remontée en puissance des armées avait été engagée avant même le retour de la guerre sur le continent européen. « Il y a neuf ans, sitôt élu par les Français, je vous annonçais un tournant historique pour nos armées. […] Je vous annonçais que le budget de la défense serait augmenté, que les engagements seraient tenus et que la France et ses armées seraient à la hauteur de leurs devoirs et responsabilités. »

« L’engagement a été tenu et nous avons bien fait. Avant même que le Sahel ne sombre dans le chaos, avant même que le Proche et Moyen-Orient ne s’enflamment, avant même que la guerre n’arrive sur le sol européen, nous avions amorcé notre réarmement. Avant même le lancement de cette guerre insensée que mène la Russie contre la nation et la terre d’Ukraine, avant toutes les turbulences que nous traversons aujourd’hui, nous prônions l’autonomie stratégique de la France et de l’Europe. »

« Je demandais d’accélérer encore cet effort de défense et fixer pour objectif d’avancer à 2027 l’ambition initialement prévue pour 2030 d’atteindre un budget de 64 milliards d’euros pour nos armées. 64 milliards d’euros en 2027, c’est en dix ans un doublement du budget des armées. »

Les avancées de la loi de programmation militaire

Le président de la République a détaillé les priorités de l’actualisation de la loi de programmation militaire : augmentation des stocks de munitions, renforcement de la souveraineté et des capacités opérationnelles, développement de la résilience nationale.

« Un effort supplémentaire de 36 milliards d’euros est donc prévu pour la période 2026-2030 avec, vous le savez, trois grandes priorités. D’abord, l’augmentation de nos stocks de munitions et le renforcement de la préparation opérationnelle. Ensuite, des moyens supplémentaires pour garantir notre souveraineté : alerte avancée, espace, feu dans la très grande profondeur, défense sol-air. Et aussi le rehaussement de notre dissuasion nucléaire, en cohérence avec le virage stratégique que nous avons annoncé au mois de mars dernier avec la mise en place de la dissuasion avancée. »

« Cette actualisation doit produire des effets visibles avec des commandes et des premières livraisons dès 2026. Cette actualisation entend aussi renforcer la résilience de la Nation […] et permet au fond de consolider cette force d’âme dont je parlais ici en 2024. C’était une nécessité. On en mesure la nécessité en mer d’Arabie où notre Marine nationale est engagée depuis de longs mois. »

Défendre la liberté avec nos alliés

Revenant sur les opérations conduites par les armées françaises, Emmanuel Macron a rappelé que la France demeurait un partenaire fiable, attaché au droit international et à la sécurité collective. Il a aussi souligné le rôle croissant de l’Europe dans sa propre défense.

« La France est un partenaire fiable, stable, qui tient ses engagements et qui tient une ligne claire. La ligne de la non-belligérance dans les conflits qu’elle n’a pas choisis, la ligne du respect du droit international, de la liberté, y compris la liberté de navigation. »

« L’Europe est en train de devenir une puissance, s’appuyant sur les États qui la constituent, respectueuse de leurs décisions souveraines, mais assumant de se défendre et d’agir unie. Une Europe qui ne sera pas celle des nationalismes qui l’ont longtemps consumée, mais qui, en conjuguant les patriotismes de leurs membres, en agissant unis, nous rend tous plus forts. »

« Le message que nous envoyons au monde est le suivant : oui, la paix est notre but, oui, nous chérissons la liberté et le droit, et oui, nous nous tenons prêts à combattre pour les défendre, toujours, et au prix du sang s’il le faut. »

La condition militaire, pilier du réarmement

Le chef de l’État a rendu hommage aux militaires engagés, aux blessés, aux familles endeuillées et aux anciens combattants. Il a réaffirmé que la condition militaire demeurait indissociable de l’effort de réarmement.

« Oui, la Nation sait ce qu’elle doit à ses soldats et à leurs familles. Oui, pour nous défendre, nous avons besoin des meilleurs de nos concitoyens, dans tous les métiers, du combat comme du soutien, pour continuer à disposer d’un modèle d’armée complet. Oui, nous devons attirer. Oui, nous devons fidéliser. »

« La condition militaire est au fond le corollaire du réarmement. Les deux notions sont indissociables. C’est une question de cohérence, de crédibilité et un enjeu d’efficacité. Voilà pourquoi j’ai veillé à améliorer les rémunérations des militaires, la situation des familles des blessés. »

« Je resterai vigilant jusqu’à la dernière seconde à ce que les conditions de vie des militaires, de leurs familles, y compris leur logement, soient améliorées. […] En 2027, une part des primes viendra intégrer le calcul des pensions militaires. »

Le regard tourné vers la jeunesse

Le président de la République est également revenu sur le nouveau service national, dont il avait annoncé le lancement en novembre 2025. Cet engagement militaire volontaire et sélectif est proposé aux jeunes de 18 à 25 ans, avec ou sans diplôme. Il débutera en septembre 2026.

« Je veux saluer l’engagement de la jeunesse de France qui a répondu présente à l’appel et qui rejoindra dès septembre nos rangs en effectuant dans les armées son service national. J’irai à la rencontre des appelés du service national à la rentrée en chef des armées pour les féliciter. »
« Il est essentiel pour consolider cette force d’âme. Il est essentiel pour continuer à recruter les meilleurs. Il est essentiel pour continuer aussi à accroître notre réserve. »

Produire plus vite et préparer les guerres à venir

Enfin, Emmanuel Macron a appelé les industriels à accélérer leur transformation et à produire davantage et plus rapidement, tout en plaidant pour une défense européenne plus intégrée et plus innovante.

« La guerre en Ukraine et les risques identifiés par la Revue nationale stratégique montrent bien qu’aujourd’hui, ce n’est plus seulement le stock mais le flux qui détermine la stabilité stratégique en Europe. Ce ne sont plus les arsenaux existants mais la capacité d’en produire qui sauront décourager les adversaires. L’Ukraine nous donne à cet égard une leçon spectaculaire. »

« Nous devons continuer d’investir davantage, tant des fonds publics européens que des fonds publics nationaux, mais aussi des fonds privés. Nous devons innover. […] Nos entreprises du secteur doivent s’habituer à prendre davantage de risques, à produire aussi plus vite […] et à tout faire pour bâtir des standards européens et une vraie préférence européenne. »

« Oui, nous devons préparer les guerres à venir. Mais nous ne nous trompons pas : notre capacité à les mener dépendra de notre crédibilité aujourd’hui. Ce sont les guerres d’aujourd’hui que nous devons gagner. C’est notre force à tenir sur le front ukrainien, c’est notre capacité à être là où nos partenaires nous attendent au Proche et Moyen-Orient, c’est notre capacité à continuer à être des partenaires tels que nous l’avons re-conçu en Afrique, c’est notre capacité à nous tenir dans l’Indo-Pacifique qui déterminera notre capacité à tenir les enjeux de 2030. »





1

2

3

4

Mémoire de classe : La grève générale britannique de 1926

    Introduction  Nous publions cet article, bienvenu, de Il programma comunista (août 2026), Milan, qui montre le rôle néfaste des syndi...