lundi 30 mars 2026

G.Bad- La réindustrialisation passe par le réarmement et l'économie de guerre -.2026

 

Le mercredi 26 mars, le premier ministre de la France Sébastos Lecornu a tenu à l' Assemblée nationale un long discours sur le réarmements salvateur et créateur d'emploi. Ancien ministre de la défense notre bonhomme n' hésite pas à appuyer sur l' accélérateur des dépenses de guerres:

« Mesdames et Messieurs les députés, cette réponse ne peut pas être seulement budgétaire. Elle est aussi organisationnelle, elle est aussi juridique, elle est aussi nationale et donc politique, intellectuelle et culturelle. Car la réalité des crises contemporaines est claire. Elles sont rapides, hybrides, imprévisibles. Elles mêlent le militaire, l’économique, le cyber, l’informationnel, l’énergie. Elles visent nos intérêts, mais aussi nos capacités collectives à réagir. Elles se cumulent plus qu’elles ne se succèdent. Face à cela, l’État doit être prêt, se préparer, se mettre à jour. » 
Ce mettre à jour, se traduit par une augmentation du budget de la défense et par conséquent une augmentation des impôts et des restrictions budgétaires publiques.
« Nous prévoyons d’investir 8,5 milliards d’euros supplémentaires de commandes entre 2026 et 2030, qui s’ajoutent aux 16 milliards d’euros de la LPM votée en 2023.
C’est indispensable et je veux que chacun s’en rende compte, c’est colossal. Au total, c’est comme si le budget annuel des armées, au début des années 2000, avait été exclusivement consacré à l’achat de seules munitions. »
La réindustrialisation guerrière va même mobiliser le secteur privé ,un plan de 300 millions d' euros est prévu pour soutenir ses industries duales. Sébastos nous a annoncé la création d'une plateforme « France Munitions » qui sera financé par l' État et le privé. S.Lecornu nous dévoile enfin comment notre économie va se muter en économie de guerre1 :
« Au fond, il s’agit d’une même exigence : adapter un État conçu pour le temps de paix à un monde qui ne l’est plus tout à fait. »
Pour le moment il n y a aucune manifestation digne de ce nom contre le « réarment dit sécuritaire » se sauveur d' emplois ; au parlement le RN se met au garde-à-vous et en demande plus, quant à LFI elle a troqué le drapeau rouge de la commune de Paris pour le bleu blanc rouge des Versaillais il ne faut pas s' attendre à des actions d' ampleur de ce coté.
Au parlement tous s'alignent en faveur du réarmement salvateur, seul les divise son emploi et qui va payer comme le signal les échos

« La France insoumise (LFI) n'a pas clairement écarté une hausse des moyens réservés à la Défense, comme le demande le Premier ministre, Sébastien Lecornu. « Tout dépend pour quoi en faire, et comment cela est financé », répond le député Bastien Lachaud. Qui, à la tribune de l'Assemblée nationale, a déroulé la vision géopolitique de son parti, critiquant la « rhétorique belliqueuse » de l'exécutif face à la crainte d'un conflit imminent avec la Russie, qui relève du « bourrage de crâne » et de la « fuite en avant militariste ».(Les Echos-Assemblée Nationale)

Pas question en tout cas de s'aligner sur les demandes d'augmentation de budget militaire de Washington. Ou sur les besoins nécessaires à bâtir une défense européenne commune. Paris doit « affirmer sa voix singulière », a plaidé à la tribune le député de Seine-Saint-Denis, spécialiste des questions militaires de LFI. Notamment en développant la dissuasion nucléaire spatiale de la France - un concept cher à LFI - et en mettant en place une « conscription citoyenne » pour les jeunes, qui comprendra, entre autres, une « formation militaire initiale ».Assemblée Nationale

Du côté des Ecologistes, on se dit au contraire prêts à consentir un effort budgétaire pour les armées. Dans l'optique de « faire masse » au niveau européen pour « faire face » aux autocrates. Les écolos privilégient cependant une augmentation des dépenses moins rapide que le gouvernement, explique le député vert Damien Girard, qui préconise notamment de développer la réserve opérationnelle plutôt que le service militaire.Assemblée Nationale

La boucle est bouclée , patriotes de gauche ou patriotes de droite tous des criminels qui se cachent derrière le respect du droit international et des contrats

« La France doit respecter les accords de défense qui la lient à ses partenaires dans la région. Lorsqu’un allié est attaqué, la parole de notre pays ne saurait manquer. Il est légitime, et conforme à nos engagements, d’apporter une aide à caractère défensif, notamment face aux attaques de drones et de missiles. » La France insoumise

G.Bad

Voir :La mélasse juridique bourgeoise internationale

Encart

27 entreprises européennes dans le top 100 mondial

En 6e position de ce classement largement dominé par des entreprises américaines (41 sur 100), BAE Systems fait figure de leader européen de l'industrie de défense. Avec près de 30 milliards de dollars (27,6 milliards d'euros*) de recettes liés à la défense en 2023, cette entreprise britannique est l'un des plus grands fournisseurs mondiaux de systèmes de défense et de sécurité. Elle joue un rôle particulièrement important dans la production de l'Eurofighter Typhoon, un avion de combat européen développé en partenariat avec les Italiens de Leonardo et la branche défense et espace d'Airbus.

Ces deux dernières entreprises figurent, elles aussi, dans ce top 100. A la 12e place du classement, Airbus a enregistré 12,9 milliards de dollars de recettes liées à la défense en 2023 – ce qui constitue 18 % des recettes totales du groupe. La société franco-néerlandaise, dont le siège de la division défense et espace est situé en Allemagne, produit notamment des avions de transport militaire, tels que le C212 ou l'Airbus A400M Atlas.

Le groupe industriel italien Leonardo est lui considéré comme l'un des premiers constructeurs au monde d'hélicoptères civils. Il est aussi spécialisé dans l'électronique de défense et de sécurité, qui constitue près de la moitié de son chiffre d'affaires, en produisant des missiles, torpilles, radars et systèmes de communication. Le groupe a enregistré 12,4 milliards de dollars de recettes militaires en 2023, le plaçant à la 13e position du classement mondial.

À LIRE AUSSI

[Fact-checking] La défense européenne n'est-elle rien sans l'Otan ?

Thalès, Safran, Dassault… l'industrie française de défense bien représentée

Avec cinq entreprises dans le top 100, l'industrie de défense française est plutôt bien représentée dans ce classement (sans compter Airbus, considérée comme paneuropéenne). On retrouve ainsi Thalès (16e), Naval Group (32e), figurant parmi les leaders mondiaux de la construction de navires militaires, Safran (33e), spécialisé dans la propulsion aéronautique et spatiale, Dassault Aviation (46e) et ses Mirages et Rafales, parmi les meilleurs avions de combats au monde, ainsi que le Commissariat à l'énergie atomique (50e). Au total, les recettes de défense cumulées de ces firmes françaises atteignaient plus de 25 milliards de dollars en 2023.

Parmi les 27 entreprises européennes de ce classement, on retrouve également 7 sociétés britanniques, 4 allemandes, 3 paneuropéennes et 2 italiennes. La Suède, la Norvège, l'Espagne, la Pologne, la République tchèque et l'Ukraine comptent chacune une entreprise nationale dans ce classement.










1Dans ce cadre, une nouvelle usine de drones va être inaugurée dans l’Essonne et un gros distributeur d’État va être mis sur pied baptisé « France munitions ». Il s’agit d’assurer l’approvisionnement des armées françaises mais aussi des « alliés » et des exportations.

mercredi 25 mars 2026

La mythification de la paysannerie

 


L’acceptation du mythe de l’équilibre naturel correspond au triomphe absolu de la tradition.

Depuis plus d’un siècle, l’extrême gauche prédit la crise du capitalisme avec une régularité insistante : plus ces révolutionnaires prétendent être des prophètes, plus ils annoncent qu’il s’agit de la crise finale et ultime. Malgré cela, le capital s’est accumulé et concentré, l’économie s’est développée et le système capitaliste s’est renforcé et développé, ce qui n’empêche pas les prédictions habituelles de se répéter. Mais ces erreurs d’optique ne sont pas dues uniquement au fait que la majorité des révolutionnaires prennent leurs désirs pour des réalités et construisent des stratégies fondées sur des rêves. Elles sont également dues à l’instabilité inhérente au capitalisme.

Le capitalisme est le seul mode de production qui exige l’instabilité, alors que tous les systèmes économiques précédents ont cherché à garantir que leurs conditions de fonctionnement restent inchangées. Les anciens systèmes d’exploitation avaient tendance à reproduire la même profession dans les mêmes familles et les mêmes types de production dans les mêmes lieux. Le capitalisme a complètement changé ce panorama et institué comme règle la mobilité de la force de travail et la mutabilité des types de production.

C’est pourquoi le capitalisme ne peut ni survivre ni se développer sans crises sectorielles et régionales permanentes, sans l’adoption continue de nouvelles techniques et de nouveaux systèmes d’organisation, sans que de nombreux travailleurs soient jetés au chômage tandis que d’autres sont absorbés par de nouvelles branches d’activité, sans le déplacement continu de volumes importants de capitaux, sans la migration d’énormes vagues humaines, et sans des destructions qui s’accompagnent toujours de constructions.

Plutôt que de révéler une quelconque crise générale du capitalisme, l’instabilité est plutôt un symptôme de sa vitalité. Dans ce système, l’instabilité n’implique pas en soi un déséquilibre, parce que l’équilibre peut se restaurer dans le temps ou dans l’espace : un déséquilibre peut être compensé plus tard, ou ailleurs, par autre un déséquilibre dans la direction opposée. Voilà pourquoi les prophètes pressés se trompent, lorsqu’ils confondent instabilité et crise.

Cette confusion, cependant, n’est pas dépourvue de base sociale, parce qu’un mode de production, afin d’assurer la vitalité de ses fondements, remet sans cesse en cause ses formes d’existence épisodiques et que le fait de les remplacer par d’autres formes semble représenter un risque grave. Eduqués dans l’idée qu’il leur faut accepter la mutabilité de tous les moyens économiques et de toutes les conditions d’existence, les exploités finiront-ils par concevoir la précarité de ce système ?

Alors qu’un courant idéologique défend les valeurs du progrès et annonce que l’instabilité fait partie des nécessités de la vie, un autre insiste sur la nécessité de doter la société d’une ancre conservatrice. Les idéologies capitalistes ont oscillé entre ces deux points de vue et, dans la plupart des cas, elles les combinent de différentes façons. C’est dans ce contexte qu’a surgi le mythe de la nature.

L’idée que la société industrielle aurait rompu l’équilibre de la nature est fondée sur l’hypothèse que cet équilibre aurait un jour existé. Les écologistes, qui ont acquis une très grande capacité d’expression publique et conquis un pouvoir d’intervention surprenant dans la société contemporaine, admettent implicitement, quand ce n’est pas explicitement, un axiome fondamental – le mythe de l’équilibre naturel et de la nature comme modèle à l’aune duquel il faudrait évaluer les instabilités économiques. Ils présentent systématiquement les contradictions sociales comme des contradictions entre la société et la nature, ce qui leur permet d’escamoter le processus d’exploitation et ses conséquences.

Attribuer à la nature un état originel où aurait régné l’équilibre et lui appliquer les postulats généraux de tous les autres équilibres, c’est y chercher la justification d’illusoires harmonies sociales et donc séparer totalement la société de ses modes de fonctionnement. La naturalisation est la forme suprême de la réification. Dès l’instant où un modèle d’ordre particulier est présenté comme naturel, il devient éternel et incontestable. L’acceptation du mythe de l’équilibre naturel correspond au triomphe absolu de la tradition.

Je ne m’étonne pas que certaines idéologies soient reliées de façon claire et exclusive à l’aile la plus rétrograde du capitalisme. Mais il est troublant que l’extrême gauche ait avalé l’appât, l’hameçon et la canne à pêche du mythe de la nature – de plus, il s’agit d’une situation nouvelle. Jusqu’à il y a quelques décennies, la gauche se caractérisait par le désir d’accélérer l’avenir et les amateurs de reliques peuplaient seulement les rangs des conservateurs. Aujourd’hui, la situation s’est inversée : c’est de l’extrême gauche que s’élèvent le plus de louanges pour les vertus des facteurs historiques de stabilité, tandis que la droite, même lorsqu’elle se prétend conservatrice, ne craint absolument pas d’initier des innovations qui liquident les vestiges du passé. Par ailleurs, pourquoi l’ancienneté d’une culture, ou d’un comportement collectif, est-elle présentée comme un critère en faveur de leur nécessaire survie, alors qu’on pourrait plus logiquement argumenter qu’il est temps, pour un phénomène qui dure depuis très longtemps, de disparaître ?

L’un des artifices du multiculturalisme consiste à s’insurger contre la destruction des cultures, des langues et des modes de vie archaïques, comme s’ils avaient toujours existé et n’étaient pas issus, à leur tour, de la destruction de cultures et de langues antérieures. Les multiculturalistes servent ainsi un double objectif. Tout d’abord, sur un plan stratégique général, ils cherchent à maintenir la population pauvre fragmentée dans une multitude de mini-groupes, précisément au moment où le Capital, pour sa part, est mondialisé. Cette démarche contribue à renforcer le Capital lorsque surviennent des confrontations sociales. En second lieu, et dans le domaine plus réduit de leurs intérêts professionnels, les multiculturalistes, tous passés par l’université, cherchent à maintenir en vie leurs cobayes humains puisque ceux-ci leur servent à écrire des thèses et des articles sur les cultures et les langues qu’ils étudient.

La nature est un mythe : elle n’existe pas, sinon en tant qu’objet de l’action humaine.

Si je devais définir les limites de la nature, j’utiliserais des termes équivalents à ceux de la chose en soi de Kant, c’est-à-dire ce qui, restant extérieur à l’action humaine, ne peut être connu, parce que l’homme ne pense et ne connaît que ses propres actions. Depuis l’aube de l’humanité ce mythe a été dévoilé. Selon les archéologues qui ont essayé de reconstruire la base des idées qui prévalaient au néolithique et les chercheurs qui se consacrent à l’analyse structurale des récits mythologiques, l’un des éléments fondateurs des idéologies archaïques était l’opposition entre la culture humaine et la nature, entre monde civilisé et espaces sauvages.

Aristote s’est inséré dans une très longue lignée : en définissant l’homme comme un animal social, il le définissait effectivement comme un être antinaturel. Le fait que ce philosophe grec, pour étudier le phénomène du changement, ait eu recours à des analogies tirées de l’activité artistique et artisanale indique qu’il considérait la nature comme un objet d’intervention. En tant que principe de changement, la nature, telle qu’Aristote la comprenait, s’oppose d’un côté au hasard et, de l’autre, au travail de l’artisan et de l’artiste. A l’inverse, les artistes et les artisans, même s’ils se servent des mêmes matériaux que la nature, nous transforment de différentes manières ; donc au lieu d’imiter la nature, ils entrent en concurrence avec elle.

À cet égard, au IIe siècle avant notre ère, à une époque où les techniques avaient commencé à acquérir une autre importance, le philosophe stoïcien Panétios de Rhodes soutint que l’activité manuelle des êtres humains pouvait compléter la nature, créant ainsi une sorte de nouvelle nature.

Et à l’aube de l’époque la science devint expérimentale, ce classique méthodologique qu’est le Novum Organum de Francis Bacon annonça que «la technique est l’homme ajouté à la nature1», ce qui signifie, comme l’a souligné Jean-François Revel, commentateur subtil des questions philosophiques, que «la nature sans la technique humaine ne serait pas la nature». A tous les déséquilibres inhérents à la nature, il faut en ajouter un de plus, l’action sociale, qui étant toujours contradictoire, ne peut être comprise que comme un déséquilibre qui détermine d’autres déséquilibres.

Les différentes technologies qui se sont succédées ne se sont pas limitées pas à introduire des déséquilibres. Dans la mesure où elles matérialisent certains systèmes de relations sociales, elles sont toutes apparues pour résoudre des déséquilibres plus ou moins aigus résultant de l’appropriation sociale de la nature, inaugurant ainsi différentes formes de déséquilibre.

Je ne prendrai qu’un exemple mais qui illustre tous les autres, sans exception. L’utilisation du charbon minéral au début de l’industrie capitaliste, durant la transition du XVIIIe au XIXe siècle, source d’énergie très polluante et à laquelle aujourd’hui on attribue tant de maux, est née pour résoudre un énorme déséquilibre provoqué, sous le système seigneurial, par le fait qu’on utilisait le bois dans pratiquement toutes les constructions et de multiples fabrications. Cette utilisation extensive du bois en tant que matière première suscita une telle diminution des surfaces occupées par les bois et les forêts que, en Grande-Bretagne, le bois dut être importé de pays lointains et atteignit des prix inabordables. L’utilisation du charbon minéral vint résoudre la crise soulevée par l’utilisation du bois dans la société européenne précapitaliste.


L’industrie moderne se limita initialement à résoudre les déséquilibres insoutenables créés par les technologies et les formes d’exploitation qui l’avaient précédée. Depuis lors, elle a su répondre à des déséquilibres qu’elle avait elle-même créés, en adoptant d’autres modalités contradictoires et donc, elles aussi, déséquilibrées. On ne peut même pas estimer que la société industrielle aurait atteint un potentiel destructeur plus élevé, en termes relatifs. Bien au contraire, on peut formuler la règle suivante : plus les moyens techniques employés par une société sont rudimentaires, plus vastes seront les répercussions de leur action sur la nature, par rapport aux résultats obtenus sur le plan de la production matérielle. Il existe de nombreuses études sur les systèmes économiques qui utilisent des technologies archaïques, qu’il s’agisse de peuples préhistoriques ou de peuples contemporains, et ces études confirment cette règle. Je me limiterai à deux exemples.

Les groupes sociaux nomades qui utilisaient des outils de pierre taillée ne les aiguisaient pas lorsque leur tranchant était émoussé, mais les mettaient de côté et taillaient d’autres instruments. Dans des délais extrêmement courts, de minuscules groupes humains réussissaient à épuiser complètement des carrières importantes ; ils

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1 La phrase de Francis Bacon et le commentaire de Jean-François Revel se trouvent dans l’Histoire de la philosophie occidentale de Thalès à Kant, Nil, 1994, p. 357 (réédition Pocket 1996).

cherchaient alors une nouvelle source d’approvisionnement, jusqu’à ce qu’ils aient de nouveau consommé trop de pierre, et ainsi de suite. Comme le même système était appliqué à d’autres matières premières et aux aliments, d’énormes territoires devenaient inutilisables dans un court laps de temps.

Pour chasser les animaux, les petits groupes itinérants de chasseurs-collecteurs mettaient souvent le feu à une forêt ou une savane ; lorsque le vent poussait les flammes en direction d’un précipice, ils provoquaient la fuite des animaux qui y tombaient pour échapper aux flammes. Une vaste zone était ainsi incendiée et le nombre d’animaux qui mouraient de cette façon était bien supérieur aux capacités de consommation de ces petits groupes. En effet, ils ne connaissaient pas encore les méthodes de conservation à long terme, et l’on mangeait seulement la viande immédiatement consommable. Quand il partait dans un autre endroit, ce petit groupe humain laissait derrière lui une destruction incomparablement plus importante que les avantages qu’il avait retirés de la chasse. Je pourrais ajouter d’innombrables exemples, qui illustrent tous une seule règle : en proportion du niveau de production souhaité, les technologies les plus grossières sont celles qui provoquent les effets secondaires les plus graves et qui endommagent les zones les plus vastes.

Le mythe de l’équilibre naturel est inséparable du mythe du bon sauvage, cet être humain primitif censé vivre en harmonie avec le milieu qui l’entoure. La conception moderne du sauvage, élaborée par une société européenne qui possède certaines techniques de production très avancées, a abouti à une distorsion de la capacité d’observation des navigateurs et des colonisateurs, qui ne pouvaient pas comprendre la sophistication considérable de cette humanité qu’ils abordaient pour la première fois. En cherchant chez autrui seulement ce qu’ils possédaient eux- mêmes, les Européens sont évidemment arrivés à la conclusion que les autres n’avaient rien, ou très peu, à offrir, alors qu’en fait ces sociétés, même si elles conservaient, sous des formes simples, certains domaines d’activité qui en Europe avaient atteint une grande complexité, avaient développé la complexité dans d’autres domaines, qui, par contre, avaient seulement atteint un stade rudimentaire chez les Européens. Pour le meilleur et pour le pire, se répandit ainsi l’idée que les sauvages vivaient en communion avec la nature, plutôt qu’on comprenne que ces personnes agissaient également sur la nature, la détruisaient et la recréaient selon des modèles sans aucun doute différents de ceux des Européens, mais pas moins lourds de conséquences.

Le mythe du bon sauvage, propagé par certains anthropologues qui curieusement, dans le paysage politique actuel, s’affirment «de gauche», a renforcé les implications socialement conservatrices du mythe de la nature. Si la Terre, mère commune, était la source inépuisable d’une tradition pérenne et immuable, alors les hommes et les femmes prétendument dépourvus de techniques seraient les acteurs d’une vie exemplaire. Le type de racisme apparu dans les pays germaniques avec le romantisme, au moment de la transition entre le XVIIIe et le XIXe siècle, a introduit un changement dans ce mythe : il a intronisé comme modèle de la tradition, non pas des individus ayant une couleur de peau et un type de nez différents, mais cette partie de la population européenne qui avait été reléguée à l’utilisation d’instruments archaïques, les agriculteurs. La nuit des temps est l’ignorance des historiens et l’immuabilité des techniques archaïques est l’ignorance de ceux qui émettent des commentaires triviaux sur les changements intervenus. Ceux qui recherchent dans l’histoire une stabilité qui n’a jamais existé la falsifient pour en tirer des avantages politiques actuels. Il importe peu aujourd’hui aux amateurs de l’archaïsme paysan que, depuis les recherches de Richard Lefebvre des Noëttes2, puis, dans une autre perspective, de Marc Bloch3 et de ses disciples, comme André-Georges Haudricourt4, on sache que les techniques rurales, loin d’être restées immuables, ont subi de nombreuses adaptations et même parfois des remodélations extrêmement profondes et relativement rapides, pour remédier aux déséquilibres provoqués par des techniques antérieures, inaugurant ainsi de nouveaux déséquilibres.

Dans un ouvrage consacré au régime seigneurial européen5 entre le Ve siècle et le XVe siècle, j’ai analysé en détail les transformations des techniques agricoles. Le lecteur intéressé y trouvera une bibliographie abondante, mais cela servira-t-il à quelque chose ?

Nous sommes en train de parler de mythes : ceux-ci sont d’autant plus solides, qu’ils résistent aveuglément aux démonstrations qui les invalident. Le romantisme considère que les agriculteurs européens sont, depuis des temps immémoriaux, attachés à des techniques qui, en comparaison avec les changements rapides intervenus dans l’industrie, sont présentées comme neutres, en réalité comme des non-techniques.

Pour illustrer ce parcours idéologique, prenons le cas d’Ernst Moritz Arndt, l’un des représentants du racisme et du nationalisme romantique aux connotations linguistiques, qui passa de l’apologie de la paysannerie à la

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2 Cf. La Force animale à travers les âges, 1924, et L’attelage, le cheval de selle à travers les âges, contribution à l’histoire de l’esclavage, 1931 (NdT).

3 Cf. Les caractères originaux de l’histoire rurale française, 1931, et La Terre et le Paysan. Agriculture et vie rurale aux XVIIe et XVIIIe siècles, 1999 (NdT).

4 Cf. L’Homme et la charrue (1955) écrit avec M.J.B. Delamarre ; La technologie, science humaine. Recherches d’histoire et d’ethnologie des technique, 1987 ; et Des gestes aux techniques. Essai sur les techniques dans les sociétés pré-machinistes, 2010 (NdT).

5 Poder e Dinheiro. Do Poder Pessoal ao Estado Impessoal no Regime Senhorial, Séculos V-XV, op. cit. Le lecteur pourra consulter l’entrée consacrée aux techniques agraires dans l’index thématique placé à la fin de chaque volume.

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glorification de la terre. Selon Arndt, la nature était une totalité organique, dans laquelle les plantes, les roches et les êtres humains étaient interdépendants, sans que certains soient plus importants que d’autres. Dans ce cadre, le sol et la race étaient présentés comme faisant partie du même ensemble.

Dans le cercle des intellectuels formés par le romantisme allemand s’est développé un lieu commun : l’idée que les forêts auraient façonné le mode de pensée teutonique et donc conditionné les caractéristiques cérébrales de la race. Martin Bernal, un historien qui s’est penché sur ces questions, a analysé «la tendance persistante des romantiques à déduire le caractère d’un peuple à partir des paysages de sa terre natale6». Vous noterez qu’ils ne choisissaient pas le facteur géographique au détriment du facteur racial, mais les unissaient tous deux dans un ensemble indifférencié, parce que la vue de ces panoramas naturels était censée déterminer une langue donnée et qu’à cette langue correspondait une structure donnée du cerveau. «Le XIXe siècle venait à peine de commencer que la relation mortifère entre l’amour de la terre et le nationalisme raciste militant était déjà solidement établie7», observe Peter Staudenmaier.

Ainsi s’est créé le mythe de l’harmonie entre le paysan et la nature ou, en termes plus drastiques, l’intégration totale du paysan dans la nature, en tant qu’élément naturel. Cultivateur de racines, le paysan allait devenir une racine, profondément implantée dans la Terre-Mère, sa patrie.

En postulant l’équilibre de la nature et en considérant qu’une industrie démoniaque a introduit le déséquilibre, les écologistes actuels embrassent étroitement – peut-être sans le savoir – un couple de concepts qui a structuré la dialectique de l’histoire dans l’œuvre principale d’Oswald Spengler, l’un des monuments de la pensée d’extrême droite durant les premières décennies du XXe siècle : la culture, qui correspondrait à une essence organique et se définirait par sa cohésion interne ; et la civilisation, qui serait purement extérieure et accidentelle, et ne dépasserait pas le niveau technique. Pour Spengler, il s’agissait de l’opposition entre la vie et l’artifice, l’organique et le mécanique. «La culture et la civilisation, c’est-à-dire, le corps vivant et la momie d’un être animé!» Par conséquent, inévitablement, la «civilisation représente la victoire de la ville. La civilisation se libère de ses origines rurales et court à sa propre destruction8».

Bien avant que n’apparaissent les élucubrations des écologistes, il a suffi d’utiliser cette paire de concepts pour que l’un des classiques de la pensée d’extrême droite atteigne la principale conclusion des écologistes.

Examinons maintenant quelques autres fils de cette histoire.


João Bernardo, 2012, traduit du portugais par Y.C.


(Cet article fait partie d’une série de 3 articles sur « Le mythe de la nature » : Le mythe de la nature (2012)


  • La mythification de la paysannerie


  • Agriculture familiale et fascisme italien


  • L’agriculture familiale et le nazisme

et sont inclus avec d’autres textes dans le livre de João Bernardo, Contre l’écologie, Editions NPNF, 2017.

notes

6 Cf. Black Athena. The Afroasiatic Roots of Classical Civilization, volume I: The Fabrication of Ancient Greece 1785-1985, Rutgers University Press, 1987, p. 334. [Ce livre a été édité aux PUF en 1996 sous le titre Black Athena, Les racines afro-asiatiques de la civilisation classique, tome 1 : L’invention de la Grèce antique, (NdT).]

7 Janet Biehl et Peter Staudenmaier, Ecofascism. Lessons from the German Experience, AK Press, 1995, p. 6. [Cet article offre un bref résumé en français de ce livre : http://www.larevolutionencharentaises. com/spip.php?article176, (NdT).]

8 Les citations d’Oswald Spengler sont tirées de l’édition espagnole de son livre, La Decadencia de Occidente. Bosquejo de una Morfología de la Historia Universal, Espasa-Calpe, 1942-1944, volume II, p. 205, et volume III,

p. 150. [La traduction française est parue chez Gallimard en 1948 sous le titre : Le déclin de l’Occident. Volume I : Forme et réalité. Volume II : Perspectives de l’histoire universelle (NdT).]


lundi 23 mars 2026

La guerre au proche orient fait peser une menace sur l’eau et la nourriture

 

jeudi 12 mars 2026

Deux articles éclairant sur les possibles graves conséquences de la guerre contre l'Iran. Outre des centaines de morts civiles, des centaines de milliers de déplacés, c'est la famine qui se pointe dans les pays les plus riches de la planète, ce qui confirme qu'il existe une denrée plus indispensable et vitale que le pétrole : l'eau !

Je complète ,en Europe et plus particulièrement en France l' eau aussi va devenir une denrée rare, les data centers et les centrales nucléaires sont des grandes consommatrices d' eau.

La France, nouvel eldorado des data centers ?

Golfe persique : de la guerre du pétrole à la guerre de l’eau ?

026/03/12 at 11:45 AM

par Béchir Lakani


Une station de dessalement à Bahreïn a été endommagée dimanche par une attaque de drones iraniens. Et une frappe aurait également touché une usine en Iran. Dans une région où l’approvisionnement en eau potable dépend largement du dessalement, de telles attaques font planer la menace d’une crise humanitaire majeure pour les populations du Golfe, comme pour celles d’Iran.

L’eau sera-t-elle la prochaine arme stratégique dans le conflit armé qui prend de plus en plus d’ampleur au Moyen-Orient ? Les récents incidents autour d’installations de dessalement dans le Golfe persique laissent entrevoir un scénario inquiétant. A savoir celui d’une guerre où la ressource la plus vitale de la région serait directement menacée. Autrement dit, dans une région où l’eau est plus vitale encore que le pétrole, ces installations constituent des cibles militaires d’une importance capitale.

Voyons les faits. Le 8 mars, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, accusait les États-Unis d’avoir bombardé une usine de dessalement sur l’île de Qeshm Island, située au large du port stratégique de Bandar Abbas. Selon Téhéran, cette attaque  aura perturbé l’approvisionnement en eau d’une trentaine de villages. En représailles à cet acte hostile, un drone iranien endommagea le lendemain à son tour une station de dessalement à Bahreïn. Laquelle fournit notamment de l’eau potable à une base militaire américaine installée dans l’île. Ces attaques inédites marquent une évolution dont les conséquences sont imprévisibles. L’eau- une denrée rare et vitale pour cette région, l’une des plus désertiques de la planète- pourrait désormais être utilisée comme levier stratégique et militaire.


Dépendance  et vulnérabilité

Effectivement, l’eau douce étant une ressource quasi inexistante, il  en résulte que la plupart des États de la région reposent essentiellement sur les usines de dessalement pour alimenter leurs populations et leurs économies. Sachant que le Moyen-Orient qui est parsemé de plusieurs milliers d’installations réparties le long des côtes du Golfe, concentre près de 40 % de la capacité mondiale de dessalement.

Les chiffres illustrent cette dépendance extrême. Au Koweït, près de 90 % de l’eau potable provient du dessalement. La proportion atteint 86 % à Oman et environ 70 % en Arabie saoudite. Aux Emirats arabes unis, plus de 40 % de l’eau consommée est produite par ces installations. Ces infrastructures ont permis l’émergence des grandes métropoles du Golfe, de Dubaï à Doha en passant par Abu Dhabi. Car, sans eau potable produite par ces infrastructures, ces villes champignons construites au cœur de déserts arides seraient tout simplement inhabitables.


Un talon d’Achille stratégique

Or, cette dépendance aux techniques du dessalement est le véritable talon d’Achille des États du Golfe. Et si, dans le contexte de la guerre qui oppose aujourd’hui l’Iran à la coalition israélo-américaine, ces usines étaient attaquées par des drones ou des missiles iraniens comme ce fût le cas pour le Bahreïn ?

C’est le pire scénario catastrophe pour les monarchies du Golfe. Les experts de la sécurité hydrique avertissent depuis longtemps de ce danger. Déjà en 2010, une analyse de la CIA estimait que la destruction de plusieurs grandes usines de dessalement dans le Golfe pourrait avoir des conséquences plus graves que la perte de toute autre industrie stratégique. Et ce, d’autant que l’emplacement de ces usines de dessalement, généralement construites en surface, le long du littoral, les rend difficiles à protéger efficacement contre les drones, les missiles ou les cyberattaques. Ainsi, une simple attaque informatique pourrait suffire à perturber les processus chimiques essentiels au traitement de l’eau. De plus, ces installations sont souvent étroitement liées aux centrales électriques. Or, une frappe contre l’infrastructure énergétique peut donc indirectement interrompre la production d’eau potable.


Une catastrophe humanitaire

Pour de nombreux experts, cibler les infrastructures hydrauliques constitue une dangereuse ligne rouge. Car, contrairement aux installations militaires ou industrielles, ces infrastructures sont directement liées à la survie des populations civiles.

Un exemple concret ? Si l’immense complexe de dessalement de Jubail qui alimente la ville de Riyad avec ses huit millions d’habitants venait à être gravement endommagé, la capitale saoudienne pourrait se retrouver privée d’eau en moins d’une semaine. Et ce n’est pas de la science-fiction.

Cela étant, l’Iran n’est pas non plus à l’abri d’une crise similaire. Le pays traverse depuis plusieurs années une sécheresse sévère qui a fortement réduit ses réserves d’eau. Ainsi, les barrages alimentant la capitale, Téhéran, ont atteint des niveaux alarmants. Certains réservoirs sont tombés à moins de 5 % de leur capacité, alimentant les inquiétudes quant à une éventuelle pénurie d’eau pour les plus de dix millions d’habitants de la métropole.

Au final, après le pétrole et les voies maritimes, l’eau pourrait devenir le prochain champ de bataille stratégique du Moyen-Orient. Et dans ce conflit qui ne dit pas encore son nom, la ressource la plus précieuse de la région risque bien d’en être la première victime.


Iran : la guerre fait peser une menace sur l’eau et la nourriture des monarchies du Golfe

Par Oussama Nadjib


Maghreb Émergent | Référence de l'information économique du Maghreb


Tandis que le monde s’inquiète d’un choc pétrolier mondial, les monarchies du Golfe affrontent une menace plus immédiate : celle d’une rupture de leurs approvisionnements en nourriture et en  eau. La guerre contre l’Iran et la paralysie du détroit d’Ormuz exposent brutalement la vulnérabilité logistique d’ économies désertiques dépendantes des importations pour leur survie quotidienne.

En frappant les infrastructures civiles et en perturbant les routes maritimes, le conflit met à nu la fragilité d’un modèle 
 économique dépendant à plus de quatre-vingts pour cent des importations pour satisfaire les besoins essentiels de la population. Le géant danois du transport maritime Maersk a suspendu ses rotations vers plusieurs terminaux majeurs du Golfe, dont ceux de Jebel Ali et de Dammam, évoquant une situation sécuritaire devenue intenable. Cette décision frappe au cœur le port de Jebel Ali, à Dubaï, plaque tournante logistique qui dessert près de cinquante millions de consommateurs dans la région. Selon plusieurs analystes, la paralysie de ce hub transforme de facto des États comme le Qatar, le Koweït ou en économies quasi enclavées, contraintes de dépendre presque exclusivement des routes terrestres saoudiennes, déjà saturées par un afflux exceptionnel de camions.

L’effet sur les marchés locaux est immédiat. Les produits périssables — bananes, fruits frais ou produits laitiers — font l’objet d’une spéculation qui a parfois triplé leur prix en moins de quarante-huit heures. Bien que les autorités assurent que les réserves stratégiques couvrent entre quatre et six mois de consommation, la psychologie de la pénurie a déjà provoqué des ruées dans les supermarchés. À Dubaï, les autorités ont dû assouplir temporairement certaines restrictions de circulation afin de maintenir l’approvisionnement en produits de première nécessité.echnologies traitement eau

L’eau potable, cible stratégique

La crise a franchi un nouveau seuil avec l’attaque d’un drone contre une station de dessalement à Bahreïn. Cet épisode souligne la fragilité extrême d’une région où l’eau potable n’est pas une ressource naturelle, mais un produit industriel issu du dessalement de l’eau de mer. Les infrastructures hydriques du Golfe sont aujourd’hui exposées à une double menace : les frappes directes contre les installations et la pollution marine liée aux attaques contre les pétroliers.

Les marées noires peuvent en effet obstruer les filtres des usines d’osmose inverse, provoquant des arrêts techniques majeurs. Sans ces installations, les grandes métropoles du désert ne disposent que de quelques jours de réserve d’eau potable.

Les limites des stratégies mises en place après 2008

La situation actuelle met également à l’épreuve les politiques adoptées après la crise alimentaire mondiale de 2008. À l’époque, des pays comme l’Arabie saoudite avaient abandonné leurs coûteux programmes de culture domestique du blé afin de préserver leurs nappes phréatiques, préférant investir massivement dans des terres agricoles à l’étranger. Cette stratégie reposait toutefois sur un postulat simple : la sécurité des routes maritimes. Or, la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz remet aujourd’hui en cause cette hypothèse fondamentale en rendant l’acheminement de ces récoltes incertain. Certaines infrastructures de substitution existent. Les silos à grains de Fujairah, situés hors du détroit, offrent par exemple une capacité de stockage stratégique pour les céréales. Mais leur volume reste insuffisant pour compenser la paralysie des grands ports de la côte occidentale du Golfe. Dans ce contexte, la coordination entre les membres du Conseil de coopération du Golfe apparaît comme l’un des derniers leviers pour éviter une rupture majeure des chaînes d’approvisionnement. Cependant, l’absence de réseaux ferroviaires transfrontaliers pleinement opérationnels limite encore la capacité de solidarité logistique entre les six monarchies


La fin du sanctuaire

La crise actuelle montre que la richesse financière des États du Golfe ne constitue plus un rempart suffisant face à l’enclavement géographique et aux nouvelles formes de guerre asymétrique. En externalisant leur agriculture pour préserver leurs ressources en eau, ces pays ont gagné en efficacité économique, mais au prix d’une dépendance stratégique extrême. La stabilité des monarchies du Golfe dépend de leur capacité à protéger leurs infrastructures civiles et à maintenir ouvertes les routes maritimes vitales. Car sans accès libre au détroit d’Ormuz, le modèle de développement ultra-moderne des villes du désert se heurte brutalement aux réalités de la géographie.


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