lundi 23 février 2026

LES BONS ET MAUVAIS TERRORISTES

 

De l' éborgneurs de la république française a celui de la république islamique.


Devant le flot de conneries distillé par les médias je ne peux m' empêcher d' intervenir.

Les Chefs d' états et leur tribus ne cessent de préparer des guerres, allant jusqu'à ouvrir par exemple dans l' UE la conscription en prévision de l' acte le plus violent, la guerre avec la Russie comme prétexte à développer la militarisation de l' Europe . Par ailleurs nous les voyons, quand les charniers deviennent trop évident condamner pour crime de guerre, les Poutine et Netanyahou ; puis aller « négocier » avec ces criminels et décider qui va se voir décerner la médaille de mauvais terroristes ou bons terroristes.

Quelques faits, les kurdes du PKK classé terrorisme sont devenus de bons terroristes dés lors qu'ils se sont occupés de régler le compte de l' état islamique, le mauvais terroriste.

Les feydayins combattants du peuple , en diaspora classé terroristes sont devenus acceptables au sein de la résistance Iranienne et son programme « démocratique et laïque »1

Trump , lui aussi n' est pas regardant, alors qu'ils fait bombarder des embarcations estampillées narcotrafic , il procède à la grâce de Juan Orlando Hernandez ex-président du Honduras un marco devenu un bon narco. Puis il reçoit le criminel de guerre Netanhayou2 à la maison blanche, se félicite de l' arrivé au pouvoir en Syrie d' ex-terroriste de l' Etat islamique, Le président par intérim de la Syrie, Ahmed Al-Charaa, aussi reçu à l' Élisée par le président français Macron.






Ce même Macron, s' en prend au régime des Mollahs qui éborgne en nombre3 les manifestants,mais il faut tout de même se souvenir que Macron fut l' éborgneur des gilets jaunes.

Et cerise sur le gâteau le lynchage d'un militant d' extrême droite Identitaire venu en découdre à un meeting de LFI, et comme toujours nos démocrates bon teint ont repoussé les extrêmes de droite et de gauche en rappelant l' assassina de Clément Méric. Un, étudiant à Science Po, activiste antifa,frappé à mort par des skinheads lors d’une bagarre près de la gare Saint-Lazare.

Tout le gratin réactionnaire de « la France aux français » est descendu dans la rue pour demander, justice pour Quentin. En première ligne  Zemmour, Marion Maréchal, Marie-Caroline Le Pen,

Marine Le Pen..Cette dernière veut que l'ultra gauche soit estampiller du label terroriste avec le soutien d'Alice Weidel, députée allemande et co-leader du parti nationaliste AfD. Une décision déjà prise, outre-Atlantique, par Donald Trump.

En ce qui concerne la violence, nous n' avons pas de leçon à recevoir de ces gens qui veulent militariser l'Europe, pour que les peuples s'entretuent pour le compte des capitalistes.

Nous les voyons tous s'épancher contre la VIOLENCE, cette violence qui a frappé et assassiné Renée Nicole Good et Alex Pretti, violence de la sinistre ICE toujours active.

Renée Nicole mère de famille a eu le malheur de se trouver, avec son véhicule, sur le chemin de cette milice qui sème la terreur. Depuis, la victime subit une campagne de diffamation post mortem et de fake news massives sur les réseaux d’Elon Musk et les médias trumpistes, pour la salir au maximum. L’ICE rafle des enfants, entre dans les écoles et les magasins, réprime les manifestations et exécute ses opposant·es. C’est une véritable milice fasciste, qui bénéficie de moyens sans précédents.

En France, la république démocratique n'est pas regardante elle qui avait nommée à la tête de la Défense Gérard Longuet ( 27 février 2011 – 10 mai 2012 ) créateur du mouvement Occident et son Ordre nouveau 4


«La violence est l’accoucheuse de toute vieille société qui est enceinte d’une nouvelle» (Karl Marx, Le Capital, Livre 1, chap. 23).


G.Bad

LE TERRORISME ARME DU CAPITAL POUR SON INDUSTRIE DE GUERRE











































1 L'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI) est le groupe d'opposition politique le plus important et le plus actif d'Iran,. L'OMPI est membre du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), qui déclare lutter pour l'instauration d'un régime démocratique et laïque en Iran. De 1997 à 2013, l'OMPI fut classée comme organisation terroriste par les États-Unis, le Canada, l'Union européenne et le Japon, et par le Home Office britannique jusqu'en juin 2008. Elle est toujours classée comme organisation terroriste par l'Iran et par l'Irak post-Saddam.



2Le jeudi 21 novembre 2024 , un mandats d’arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité est lancé contre le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, son ex-ministre de la défense Yoav Gallant et le chef de la branche armée du Hamas, Mohammed Deif.

3 Contre le peuple, ils sont toujours ensemble bien que par ailleurs ils puissent s' affronter , alors qu' il y a quelques jours la presse et les médias versaient des larmes sur la répression en Iran qui visait

«  Téhéran, les médecins font état d’un personnel médical débordé alors que la répression violente s’intensifie. Un ophtalmologue de Téhéran a recensé plus de 400 blessures oculaires par balle [les fusils à plomb sont utilisés depuis longtemps contre les manifestant·e·s] dans un seul hôpital, alors que le personnel médical débordé peine à faire face au bilan d’une répression de plus en plus violente des manifestations nationales par les autorités iraniennes. »14 janvier 2026 Alencontre Iran

4Gérard longuet ancien ministre de la défense

« Au printemps 1964, il prend part, en compagnie d'Alain Madelin, à la création du mouvement d'extrême droite Occident, souvent impliqué dans des affrontements violents contre l'extrême gauche.

Le 12 janvier 1967, Gérard Longuet participe à un commando d'Occident qui attaque des étudiants d'extrême gauche du Comité Vietnam national à l'université de Rouen[5],[6]. Parmi les nombreux blessés, Serge Bolloch – il deviendra vingt ans plus tard journaliste au Monde – est dans le coma, le crâne fracassé[7]. Le 12 juillet 1967, il est condamné à 1 000 francs d'amende comme co-auteur de « violence et voies de fait avec armes et préméditation[8],[9] », en même temps que douze autres militants de l'extrême droite – dont Patrick Devedjian, Alain Madelin, Alain Robert[10]. Sources wikipédia)


 

Quels sont les véritables agents des conflits en Afrique ?

 

Mali et Algérie

 Il serait hasardeux de réduire le conflit au Mali, après celui de la Libye, à une simple question de sauvegarde des dernières guenilles de l’empire colonial français (la « Françafrique » champ de manœuvres des « barbouzes » de Foccart à Mitterrand). Ce conflit s’insère dans une longue chaîne de conflits à enjeux stratégiques : de la Somalie au Soudan, de l’Éthiopie à l’Érythrée, du Rwanda au Congo-Kinshasa, du Tchad à la Libye.

Le Mali est un maillon essentiel de la stabilité des frontières en Afrique - tracées naguère par le colonialisme français - enclavé et enserré par un nombre impressionnant de pays : l’Algérie, le Niger, le Sénégal, le Burkina-Faso, la Mauritanie, la Côte-d’Ivoire et la Guinée. Par sa position géographique, le Mali est aussi devenu un lieu de passage obligé de toutes sortes de trafics (cocaïne transitant maintenant par la Guinée-Bissau) et armes en tous genres nomadisant dans la région Maghreb-Sahel (Libye, Mauritanie, Algérie, Niger, etc.).

Les derniers rebondissements de la guérilla islamiste d’abord au Niger, autour des mines d’uranium (exploitées par la France et la Chine), puis dans le Sahara algérien, autour des puits gaziers, montrent que les enjeux géopolitiques dépassent de loin ceux de l’ex-puissance française, bien déclinante depuis une dizaine d’années.

La « Françafrique » est aux abois. Les USA ont étendu leur zone d’influence sur certains pays stratégiques comme l’Angola, pour mieux contrôler les routes d’approvisionnement pétrolier. Le groupe britannique BP a développé ses positions en Algérie aux dépens de la France. Mais le problème majeur se trouve dans une tendance à la réduction des parts de marché de tous ces pays face à la Chine. La récente « bonne volonté » de cette dernière soutenant l’intervention de la France au Mali, et par contrecoup au Niger, où elle dispose d’intérêts économiques, est purement circonstancielle et ne doit pas cacher la nouvelle donne géopolitique.

 


 

La Chine, sur quasiment tout le continent africain, Algérie incluse, a étendu méticuleusement sa toile depuis plus de 10 ans. Elle vise à contrôler l’Afrique non seulement pour son pétrole, mais aussi pour les métaux rares nécessaires au développement de ses industries électroniques et militaires.

Selon des chiffres récents, le commerce entre la Chine et l’Afrique est passé de 129,6 milliards de dollars US en 2010 à 200 milliards de dollars US en 2012. Avec l’élimination de Khadafi par la France, la Grande-Bretagne et les USA, la Chine a perdu une importante bataille dans le contrôle de son approvisionnement énergétique, même si elle conserve toutes ses positions au Soudan (Nord et Sud inclus, malgré la partition de 2011) qu’elle soutient de toutes ses forces, armes incluses.

Son « allié » actuel, la Russie, semble aussi faire une subite volte-face face à la montée en puissance géostratégique de la Chine à ses frontières. Selon le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius, la Russie aurait « proposé d’apporter des moyens de transports » pour la logistique des troupes et du matériel français au Mali. Serait-ce une monnaie d’échange pour conserver sa base militaire en Syrie, après la chute inévitable d’Assad II ?

Il est évident que l’intervention de la France au Mali et le réchauffement de ses relations avec l’Algérie n’ont rien à voir avec une quelconque « guerre » des matières premières entre John Bull et l’Oncle Sam, d’un côté, et l’Europe, de l’autre, dont la France essaierait de prendre la direction géopolitique. Tous les pays d’Europe et les USA – malgré leurs apparents différends – ont, à terme, tout à gagner à éliminer la Chine du continent africain pour lui couper ses approvisionnements énergétiques, avant que celle-ci ne mette en place son vaste plan de développement naval (pour le moment réduit à un porte-avions en mer de Chine depuis 2011).

L’impérialisme français, qui est l’un des cinq lazzaroni du Conseil de sécurité de l’ONU, devra se plier aux décisions que voudront bien lui soumettre les USA. C’est ainsi que le secrétaire d’État américain à la Défense Leon Panetta avait souligné il y a une semaine que les opérations au Mali ne constituaient pas une guerre française mais exigeaient « un effort international » qui devrait être confirmé par l’ONU, autrement dit tous les ‘lazzaroni’, Allemagne et Brésil inclus (puisqu’ils y sont associés).

La question du terrorisme islamiste qui entraîne ses « brigades internationales » dans le but de former un nouveau califat en Afrique – l’Afrikanistan – pourrait sembler secondaire si derrière lui ne se profilait un redécoupage impérialiste de l’Afrique occidentale et centrale qui profiterait à l’Algérie et à des sous-puissances extrarégionales (Arabie saoudite, Qatar, Émirats du golfe arabo-persique), qui s’appuient ici et là sur un « mouvement de libération nationale touareg » créé de toutes pièces.

La situation gravissime de décomposition économique et politique de tous ces pays africains, rattachés naguère à la Françafrique, ne peut que nourrir des appétits impérialistes dont les acteurs sont multiples. Dans ce sens, l’élimination de Khadafi a permis d’octroyer gratuitement d’immenses stocks d’armes à ces guérillas « islamistes », manipulées plus ou moins par les services secrets des États islamiques mentionnés plus haut. Aussi la guerre au Mali et l’offensive terroriste de l’AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique) en Algérie ne sont pas indépendants l’un de l’autre. Leur surgissement ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt, c’est-à-dire dissimuler un tournant géostratégique en Afrique.

L’Afrique est devenue un explosif champ d’affrontements impérialistes, essentiellement tripolaire : USA et pays anglo-saxons (Australie, GB et Canada) ; Europe (principalement Allemagne, Italie et France) ; et la Chine, en vue d’un contrôle stratégique des matières premières. Les USA cherchent hic et nunc à déployer toute sa force militaire contre la Chine en se dégageant de l’Afghanistan, pour se concentrer sur les zones Pacifique et Océan indien, avant de s’attaquer à la « question africaine ».

La Chine des 20 dernières années n’a jamais caché son intention de contrôler l’Afrique, non seulement économiquement, mais à terme stratégiquement, dès qu’elle en aura les moyens navals. Toute son idéologie impérialiste – répandue ad nauseam dans ses « manuels scolaires » – s’appuie beaucoup sur le « modèle » de l’empereur Yong-le qui fit construire au XVe siècle des centaines de navires (à l’origine d’un premier désastre écologique puisque la moitié de la couverture forestière du sud de la Chine disparut !) et ordonna de grandes expéditions « d’exploration » dans tout l’océan Indien, vers l’Afrique orientale en particulier.
Les USA visant à conserver leur hégémonie sur le monde (ils disposent de 50% des armements de pointe), l’Empire du milieu doit s’attendre à une contre-offensive US en règle sur tous les continents, en Asie d’abord, et très rapidement en Afrique.

Quant à la France « hollandaise » et aux autres pays d’Europe (G.B., tant qu’elle restera dans l’Europe ; la France, l’Allemagne et l’Italie), la question qui préoccupe tous ces brigands n’est sûrement pas le respect des « droits de l’homme » et la « construction d’États de droit ». Leur obsession est celle de savoir quelles parts de marché leur seront concédées dans ce théâtre d’ombres africain dont les deux premiers rôles sont les USA et la Chine.

La guerre au Mali ne se limitera pas à l’Afrique de l’Ouest : la porte est déjà largement ouverte à d’autres conflits en Afrique centrale (Rwanda, Ouganda, Congo) où les grandes puissances impérialistes s’impliquent militairement (par exemple, les Britanniques au Rwanda, qui est devenu anglophone).

Le scramble for Africa (partage de l’Afrique par les grandes puissances décidé au Congrès de Berlin en 1884) ne fait que se perpétuer.

Une fois de plus, les populations d’Afrique, prises entre plusieurs tirs croisés de brigands armés, avec ou sans uniformes, sont les victimes sanglantes et terrorisées de ces appétits impérialistes, que leur idéologie soit la « construction d’États de droit », les « luttes de libération nationale », ou le djihadisme dont le « sacro-saint coran » est le manuel d’utilisation de la kalachnikov.

Une fois de plus, les travailleurs des pays industrialisés devront payer le prix fort de ces guerres qui s’inscrivent dans une course aux armements toujours plus sophistiqués et dont l’Afrique servira de champ d’expérimentation à terme.

 

Ph. B., le 24 janvier 2013

 

Source du graphique de cet article :

 

Analyses d’autres groupes :
– L’impérialisme occidental détient les ficelles des tensions au Mali.
– Intervention française au Mali : encore une guerre au nom de la paix !.
– Guerre au Mali. En Afrique, la France est le gendarme de l’Europe contre les USA et leurs acolytes.


dimanche 22 février 2026

Quelques notes à propos du fascisme qui viendrait

 



L’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat

Lao Tseu


À la fin des années 1960–début 1970, la lutte contre les fascistes n’est pas un créneau politique en soi, mais s’insère dans l’antimilitarisme alors très fort, qui s’oppose aux guerres impérialistes et coloniales. Elle ne passe ni par un front uni antifasciste, même s’il peut se réaliser ponctuellement comme à Nanterre en 1965-19661 ou à Lyon au début des années 1970, mais il ne recouvre pas une identité spécialisée et une activité à part entière. Les autres champs d’activité prédominent tels le syndicalisme étudiant, le lien avec les luttes d’usines où les luttes des immigrés dans les foyers Sonacotra et il s’agit simplement d’assurer notre sécurité de façon préventive plutôt que de passer à l’offensive. D’ailleurs dans beaucoup d’universités, l’extrême droite domine politiquement l’extrême gauche et la pousse à la défensive (par exemple en Droit à Assas surtout et aussi à Lyon, toujours en Droit).

Dès la fin des années 1960, une profonde transformation de la composition sociale des étudiants s’amorce et elle ira en s’amplifiant rapidement chaque année. Cette profonde transformation des universités, des écoles et des instituts achève la longue période de l’université de classe (309 000 étudiants en 1961-1962) et ouvre celle de l’université de masse (850 000 en 1968-1970). De cette nouvelle vague étudiante partira le mouvement de 1968 et en particulier les nouveaux campus, qui accueillent les nouvelles vagues d’étudiants, sont des lieux de vie puisqu’ils comprennent des cités universitaires et donc des enjeux politiques d’implantation. Mais à l’époque, pas question pour nous de s’arroger des territoires, mais bien plutôt d’en éviter certains.

Dans l’après-guerre, le discrédit des extrêmes droites entraîne un repli des mouvements nationalistes et xénophobes sur la scène politique et pousse leurs militants à changer de paradigme pour se relancer. C’est dans cette perspective que des étudiants favorables à l’Algérie française ont créé en 1960 la Fédération des étudiants nationalistes. Ce courant s’oriente vers une stratégie européenne (voir le groupe Jeune Nation en faveur de la « civilisation européenne ») et l’idée de gagner le combat culturel, en chassant le marxisme d’universités où il est pourtant loin d’être dominant. Il faudra en effet attendre la réforme Edgar Faure de l’automne 1968 et l’après 1968 avec l’autonomie des universités et la participation étudiante dans les conseils, pour que, à l’image du Centre expérimental de Vincennes, un nombre significatif de présidents d’universités soient de gauche, soutenus par les syndicats de gauche enseignants et étudiants. Dans le creuset bouillonnant du Vincennes des années 1970, se rencontrent, s’allient ou s’opposent toutes sortes de courants porteurs d’un marxisme rénové et critique qui a bien peu à voir avec le marxisme dogmatique d’Althusser enseigné à Normale Sup’ ; s’y activent aussi les philosophes et les psychanalystes, qui, sous le nom de déconstruction, des années plus tard aux États-Unis seront désignés comme porteurs de la French Theory.

Pour l’extrême droite, la défaite « culturelle » semble consommée et la tentative de regroupement s’avère problématique. En effet, Tixier-Vignancourt, le candidat à laquelle elle se rallie, n’obtient que 5 % des voix aux présidentielles de 1965, et le groupe Ordre nouveau peine à exister sur le terrain entre action légale ou illégale et affrontement avec des services d’ordre entraînés et équipés comme celui de la Ligue communiste, capable, par exemple, d’infliger une sorte de défaite militaire aux forces de l’ordre venues protéger un grand meeting d’Ordre nouveau2 à Paris en juin 1973. De la même façon, le mouvement italien des années 1968-78, dans sa caractéristique principalement opéraïste, ne cède pas à cette spécialisation antifasciste, alors même que certains de ses cadres ou militants les plus âgés ont participé à la résistance (Feltrinelli et les GAP) ou sont fils de résistants comme à Sesto San Giovanni dans la banlieue de Milan où ont lieu, comme à Rome ou à Gênes, des affrontements de terrain dans les quartiers populaires avec de nombreuses victimes et des morts, mais dans le cadre d’un affrontement plus vaste ressortissant clairement de la lutte des classes, pour ne pas dire de la guerre de classes. Erri de Luca, responsable du Service d’Ordre du groupe Lotta continua pour Rome à l’époque, posera cette question de l’antifascisme dans le mouvement à partir de sa propre position singulière3.

Même si les staliniens (dans leur caractérisation du gaullisme), puis les maoïstes qui avancent la notion de fascisation de l’État bourgeois, commencent à voir des fascistes partout, la menace est assez mince et les tendances les plus radicales et violentes veulent davantage porter leur attaque au cœur de l’État, telles la Fraction armée rouge en Allemagne, les Brigades rouges en Italie, la Gauche prolétarienne puis Action directe en France.

À partir des années 1980 et dans une constellation théorique, éditoriale et universitaire particulièrement favorable à la gauche dans la plus grande partie de l’Europe de l’Ouest se manifeste paradoxalement une nouvelle droite, intellectuelle d’abord, qui diffuse ses idées à travers la renaissance de grands partis issus de l’extrême droite fasciste, mais en rupture relative avec elle, particulièrement dans leur recherche de respectabilité parlementaire. C’est en contrepoint de ce renouveau que se développent, surtout dans la jeunesse, des organisations spécifiques comme le SCALP (Section carrément anti-Le Pen) puis Ras l’front et No Pasaran pour la France ; mais les orientations y restent encore assez traditionnellement gauchistes et les notions de référence restent globalement communes à l’intérieur de ce qui apparaît comme deux camps rendus irréductibles par l’histoire de leurs affrontements et idéologiquement séparés par un corpus non seulement solide mais cohérent et homogène. On n’y retrouve donc pas encore ce caractère identitaire que va prendre l’idéologie antifasciste des années 2000 dans sa forme « antifa ». Cette dernière s’avère d’ailleurs congruente au contexte de guerre des identités qui fait désormais florès.

La défaite du dernier assaut prolétarien, l’écroulement du bloc soviétique et de son système de référence d’un côté, l’aggiornamento des anciens partis fascistes en une droite populiste respectueuse d’une démocratie limitée à tendance autoritaire de l’autre, ont réduit les anciens groupes politiques d’extrême droite et d’extrême gauche à des pratiques de racket appliquées au champ politique4 de la société capitalisée, sous la forme de « bandes-racket » qui se concurrencent de façon quasi clientéliste (cf. Jacques Camatte in De l’Organisation5, 1972) et à une marginalisation de type identitaire qui n’est plus définie par le moindre critère politique dans une situation générale de « crépuscule de la politique » (Tronti). L’ancien affrontement politique défini par des lignes de classes clairement définies (à tort ou à raison, ce n’est pas la question ici) et dans le cadre de luttes de masse a tendance à s’effacer au profit de luttes bandes contre bandes. Cela peut être le cas comme on l’a vu parfois entre Black Bloc et forces de l’ordre, entre hooligans de différentes tendances, entre hooligans et une police elle-même réduite à une bande (la BAC en France, des unités spéciales en Italie6) ; et enfin entre bandes d’extrême droite et d’extrême gauche en train de défendre ce qu’ils voient comme leur pré carré, à savoir un territoire qu’ils cherchent à s’approprier sans que la population de ce quartier ait le moindre mot à dire sur le sujet. Ces « occupations » n’ont d’ailleurs nul caractère de classe puisqu’elles n’investissent pas les banlieues, mais d’ex-quartiers ouvriers aujourd’hui rénovés et « gentrifiés » pour les uns ou des quartiers à valeur symbolique chrétienne ou féodale pour les autres. C’est que dans les banlieues et ce qu’on appelle plus ou moins péjorativement « les quartiers » suivant qu’on y est à l’intérieur ou à l’extérieur, prospèrent et s’agitent d’autres types de bandes pratiquant des formes plus traditionnelles de racket à caractère mafieux et criminel, hermétiques, elles, à toute identité politique en termes d’extrême droite ou d’extrême gauche7, sauf peut-être encore en Italie et en Espagne où l’imprégnation fasciste et communiste pour la première, fasciste pour la seconde, y a perduré pour des raisons historiques, quitte à se ressourcer au travers des bandes de supporters (les « ultras »), qui à l’occasion animent des sortes de centres sociaux de secours populaire pour les nécessiteux de pure origine espagnole8.

La résultante de cette conflictualité fondée sur une ligne de base de désignation d’un ennemi souvent essentialisé des deux côtés (le raciste et le racisé) empêche toute compréhension en termes de dialectique des luttes, ce qui était quand même l’intérêt des conflits de classes. L’extrémisme apparent des positionnements apparaît alors d’autant plus absurde qu’il n’est le plus souvent qu’une posture sans influence politique, puisqu’elle est sans référence autre qu’abstraite à une quelconque révolution ou contre-révolution. Il s’insère ainsi parfaitement dans la pseudo-bataille culturelle actuelle.

Si les Blacks Blocs sont parfois apparus comme une bande de par leur caractère identitaire, leur forme mouvante et au service « militaire » des mouvements ne les expose pas à l’accusation de bande-racket car s’ils s’organisent pour des tâches concrètes, ils fuient l’organisation au sens politique du terme, son centralisme et sa rigidité bureaucratique, sa dépendance envers des chefs. Il n’en est pas de même de nombreux groupes « antifa » dont le but premier est de se différencier et de se démarquer en tant que groupe, alors même que les Gilets jaunes ou les cortèges de tête avaient la volonté de ne pas se distinguer ou de ne le faire que dans la nécessité ou le choix de l’action en cours. Ainsi, comme on a pu le voir pendant le mouvement des Gilets jaunes, les groupes antifas ont souvent donné l’impression de ne se préoccuper que de leurs petites affaires avec la bande d’en face. Pendant les manifestations contre la réforme des retraites, leur slogan, Siamo tutti antifascisti, résonnait de façon particulièrement décalée et ridicule ; et correspondait tout à fait à ce que Jacques Camatte appelait un slogan de marketing rackettiste (cf. note 5).

Sur un processus de fascisation

Il a été développé par les maos dans les années 1970 avec en particulier un article d’André Glucksmann sur le nouveau fascisme et l’assimilation entre gaullisme et fascisme dans la revue Les Temps Modernes de mai 1972, consacré à cette question. Dans le même ordre d’idée, on peut se reporter aux cours de Michel Foucault à Vincennes (1972) sur les rapports entre libéralisme et fascisme.

Certains commentateurs actuels de Foucault comme Jean-Claude Monod9 prétendent que Foucault aurait anticipé des aspects de la politique du second mandat de Trump, mais sans parvenir véritablement à montrer une analogie probante, car Foucault reste dans une compréhension classique du fascisme médiée par un antifascisme tout aussi classique qui ne prend pas encore en compte la crise spécifique de la forme État-nation qui est postérieure à son écrit.

Ces commentateurs actuels essaient pourtant d’utiliser sa perception d’une tendance à la dislocation de l’État en général, sans précision, au profit du développement d’une gouvernementalité non étatique qui passerait par les réseaux, par exemple Maga et une horizontalité que les Gafam ont reprise à leur compte et développée de leur côté, sans rapport autre que financier avec le pouvoir politique. Celle-ci côtoierait ou plutôt serait recouverte par une tendance à un exécutif fort, mais temporaire, parce qu’en théorie soumis en tout ou en partie au calendrier électoral et à la possibilité de l’alternance. Cet exécutif procède par coups de force éventuellement en discontinuité avec l’institution et sa légitimité et par là se heurte au principe de l’État de droit, qui bascule vers un droit de l’exécutif qui tend à se distinguer du droit de l’État (cf. les démêlés de Trump, Sarkozy et Netanyahou avec les juges). Mais l’analyse des maos et de Foucault ne fonctionne pas pour la France giscardienne, qui se dégage à peine du gaullisme et reste jacobine et organisée selon des hiérarchies qui restent largement traditionnelles, mélange de capitalisme patrimonial peu ouvert à la Bourse et de capitalisme technocratique, le pantouflage faisant le lien. Et surtout, cette actualisation de Foucault néglige le fait que dans la crise de sa forme nation, c’est l’État lui-même qui se réorganise sous la forme réseau.

La fixation actuelle sur Trump et donc sur les États-Unis élude aussi le fait fondamental que le fascisme a été une affaire avant tout européenne, et ceci dans une période précise, avec laquelle les continuités sont quasiment rompues. Pour ne prendre qu’un exemple, le fascisme historique est lié à la guerre et plus précisément à la défaite et aux conditions qui sont faites aux vaincus de la part des vainqueurs10. Il ne passe pas par une phase de fascisation à proprement parler, mais par des coups de force dont on voit mal d’où ils pourraient venir aujourd’hui. À ce sujet, la marche pour la prise du Capitole, malgré toutes les interprétations qu’on peut en donner, n’a rien à voir avec la marche sur Rome de Mussolini.

Double placage donc et double méprise sur la « fascisation » : par rapport aux États-Unis et par rapport à l’Europe. Du côté d’une possible fascisation des États-Unis, on oublie le fait que le fascisme n’y a que rarement et brièvement constitué un risque politique majeur malgré les tendances hitlerophiles de Lindberg11 et un maccarthysme plus anticommuniste que fasciste. Il a plutôt été une construction ex nihilo de la part d’ennemis de l’État classés à l’extrême gauche ; d’abord conduite par le parti communiste stalinien américain dans les années 1930, qui assimile fascisme hitlérien et « fascisme social » rooseveltien et enfin un raccourci théorique à valeur heuristique pour les mouvements subversifs des années 1960-1970 avec les Black Panthers, Angela Davis ou la notion de « fascisme sans dictature » avancée par Herbert Marcuse pour expliquer la répression contre la « nouvelle gauche ».

Aujourd’hui, du côté européen, on entend des appels à l’antifascisme comme si le fascisme était à l’ordre du jour comme dans les années 1930, alors que les exemples de « démocratie illibérale » au sein de l’UE montrent que la société capitalisée a absorbé fascisme et antifascisme au sein des différents types de régime démocratique, les réduisant à une bataille des imageries qui tend à remplacer maintenant l’ancienne bataille des idéologies. Il n’y a alors plus guère de démonstration ou d’argumentation et les mots n’ont plus guère de signification dans la novlangue du capital.

Le fascisme est confondu avec la répression, alors que celle-ci ne constitue pas un régime politique. Malgré les théories sur l’état d’exception, elle reste le plus souvent conjoncturelle, circonstancielle et plus ou moins limitée, parce qu’encore soumise aux lois et à la Constitution. Ainsi, LFI qui respecte le système parlementaire et la loi refuse d’être classé à l’extrême gauche par un pouvoir en place qui cherche à le sortir du camp démocratique, parce que « extrême » est devenu un mot inutilisable politiquement même pour elle. Il est maintenant jugé aussi déraisonnable que ce qui est censé l’accompagner, la violence politique, dans la mesure où celle-ci est déconnectée de ce qui l’a longtemps soutenue, à savoir l’idée de révolution et des groupements ou partis qui s’en réclamaient. Toute violence politique est alors vidée de son contenu et de ses principes pour être assimilée à une violence en général, qu’évidemment tout un chacun cherche à fuir si ce n’est à condamner.

Or aujourd’hui, le pouvoir et les médias nomment « ultra gauche » une mouvance « antifa » sans aucune référence théorique aux courants de l’ultragauche historique conseilliste ou bordiguiste, qui se déclaraient, eux, clairement communistes et contre ou très réticents envers tout front antifasciste12.

L’analyse peut certes gagner en finesse comme chez le Pasolini des Lettres luthériennes dans lesquelles il écrit : « Il existe aujourd’hui une forme d’antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se décerner un brevet d’antifascisme réel. Il s’agit d’un antifascisme facile, qui a pour objet et objectif un fascisme archaïque qui n’existe plus et qui n’existera plus jamais. […] Voilà pourquoi une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui ou, du moins, de ce que l’on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide, soit prétextuel et de mauvaise foi ; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos ». Mais il ne peut s’empêcher de dérailler en rajoutant : « Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle anti-fascisme13 ». Ce qui est pour le moins porteur de confusion, d’autant que Pasolini croit distinguer dans la société de consommation un nouveau fascisme bien plus puissant parce que moins politique et plus civilisationnel. Là aussi, les termes de fascisme et d’antifascisme utilisés à la sauce personnelle brouillent les pistes, plus qu’ils n’éclaircissent la question. À la limite, plutôt que la référence à la société de consommation pourrait-on faire valoir aujourd’hui que le pouvoir des réseaux sociaux et des médias de tous ordres peut agir dans le sens d’une fascisation des esprits sans qu’elle passe par un mouvement de masse et la conquête d’institutions et d’associations, une sécurité de plus en plus privatisée, etc.

Mais est-ce que cela suffit à produire du fascisme qui vient ? La multiplication des chaînes poubelles de télé est-elle plus fasciste, aussi fasciste ou aussi peu fasciste que la chaîne unique publique de l’ordre gaulliste, alors que nous sommes visiblement, comme nous l’avons dit plus haut, au crépuscule de la politique ?

Le FN n’est jamais arrivé au pouvoir et le RN n’y est pour le moment pas. Mais si on regarde ce qui se passe en Italie, depuis plusieurs années déjà, les anciens fascistes de l’Alliance nationale, dédouanés par Berlusconi, mais aussi la Ligue du Nord, qui a été plusieurs fois au gouvernement (et maintenant Meloni avec son mouvement Fratelli d’Italia), acceptent l’alternance électorale, même quand ça ne les arrange pas14. Cette normalisation institutionnelle et idéologique ouvre naturellement une poussée plus à l’extrême droite, mais même celle-ci, si on se fie au nouveau parti (Futuro Nazionale) créé par l’ancien général des forces spéciales Roberto Vannacci, a lui aussi décidé de se présenter aux prochaines élections, alors qu’il ne se propose pas moins de remettre le monde à l’endroit, si on en croit son récent bestseller, Il mondo al contrario.

Toujours pour l’Italie, Gato Soriano critique la vision de Benedetto Croce, qui voyait dans le fascisme « une maladie morale de l’Italie » ; une conception que reprend Umberto Ecco qui caractérise le fascisme avec pas moins de 14 critères qui mélangent allègrement ceux qui existaient avant toute existence du fascisme (le culte de la tradition, le refus du modernisme et notamment le rejet des Lumières et de la Raison, le machisme, le colonialisme15) et ceux qui existent aussi en démocratie (le machisme, la construction d’une identité nationale, le racisme, une novlangue).

Le côté contre-productif de l’antifascisme

Si tout est fascisme dès qu’il y a autoritarisme de l’État ou de ses institutions régaliennes et interventions de ses forces de l’ordre, alors rien n’est fasciste car il n’y a plus de danger ; tout est connu et pas si grave. À Minneapolis, par exemple, les personnes qui résistent à l’ICE ne se préoccupent justement pas de la définition de ce qu’est le fascisme, mais tentent d’intervenir directement contre des mesures répressives jugées incompréhensibles et ressenties comme injustes, ou ressenties comme injustes parce que jugées incompréhensibles, les deux possibilités se conjuguant pour faire nombre et force.

En France, le mouvement des Gilets jaunes n’a pas traité l’État français de fasciste, mais a dénoncé ce qui lui apparaissait comme le retour des privilèges de l’ancien régime ; il n’était pas principalement par l’idéologie, fût-elle anticapitaliste, mais par des conditions objectives ressenties subjectivement comme tout à coup insupportables où c’est on ne sait quelle goutte d’eau qui fait déborder le vase (ici, l’augmentation du prix de l’essence) et dans leurs manifestations, les rares et brefs mais réels affrontements entres « fachos » et « antifas » en leur sein leurs étaient totalement incompréhensibles au début du mouvement.

Les affrontements actuels entre bandes-rackets qui se font plus ou moins passer pour des forces politiques en promouvant leur visibilité médiatique ne sont pas les signes de la guerre civile qui vient, de la même façon que les émeutes sans lendemain ne sont pas l’insurrection.

Pas de convergence possible en vue non plus entre d’un côté, des organisations de jeunesse qui n’existent plus, même s’il existe encore des jeunes dans des pays vieillissants, et de l’autre des vieux anciens combattants comme ont pu l’être, pour la France, les anciens de la guerre d’Algérie, mais à un degré bien moindre que dans l’Allemagne des années 1920 et 1930 et l’Italie des années 1920. L’OAS dans les années 1960, ce n’est déjà plus qu’un groupuscule malfaisant, alors que les corps francs allemands ou les squadristes italiens représentaient une force vive et massive. Et que dire d’organisations féministes ayant pignon sur institution qui craindraient les quelques militantes de Némésis, alors qu’elles s’entredéchirent avant tout entre elles ?


La rhétorique antifasciste a aussi été reprise par les grands partis dans leur tentative de faire échec au FN, par exemple en France. Mais ce n’est pas parce que la logique mitterrandienne machiavélique — compter sur les voix perdues du FN pour diviser les voix de droite et faire gagner une gauche minoritaire — a été abandonnée à partir de 2002 et la victoire de Chirac que l’instrumentalisation ne continue pas avec divers fronts républicains supposés faire barrage, mais dont les ressources politiques et morales sont aujourd’hui épuisées. Quand elle passe par une certaine coopération avec des groupes antifas comme LFI avec la Jeune Garde, il y a alors contradiction chez cette dernière entre d’une part, une activité de terrain proche de celle de LFI en direction des populations « racisées16 » pour un antifascisme de masse permettant de sortir du ghetto culturel punk/skin/hooligan et de travailler avec la gauche électorale et les syndicats ; et d’autre part le maintien des pratiques opportunistes de baston plus ou moins affinitaires.


Si on les en croit, partis, médias et réseaux et de quelque bord politique qu’ils s’expriment, la terreur régnerait à Lyon, la « ville de l’extrême droite » pour les uns et c’est donc logique, la ville des antifas pour les autres. Un discours bien rodé et entretenu depuis les années 2000, dans une ville pourtant bien calme avant le 13 février 2026, surtout si on pense aux événements qui s’y sont produits et l’ont agitée pendant le mouvement des Gilets jaunes en 2018-2019, puis celui de 2023 sur les retraites, enfin en protestation contre le meurtre de Nahel par la police.


Temps critiques, le 21 février 2026


1 – Dans Nanterre 68, vers le mouvement du 22 mars, Acratie, 1988, p. 74-76, Jean-Pierre Duteuil raconte la tentative de former ce front en 1965 et les difficultés à se mettre d’accord sur son organisation, qui se veut plus ou moins formelle et centralisée suivant les tendances. Dans un texte de 1966, le groupe de « Liaison des étudiants anarchistes » marque son écart par une « Adresse aux antifascistes » dans laquelle il proclame que l’unité antifasciste n’implique pas l’absence de débat (op. cit., p. 77).


2 – Il succède en 1969 à Occident, qui a été dissout en juin 1968, et est la prémisse du futur Front national.


3 – cf. Erri de Luca, préface au livre de Paolo Persichetti et Oreste Scalzone, La révolution et l’État (Dagorno, 2000). Il considère l’activité antifasciste comme secondaire, mais « contenant une charge émotive d’indignation, de passion, qui la rendait inévitable. À la formation de tout caractère révolutionnaire préside une déchirure d’émotion, de colère, de honte pour une impuissance propre. Les analyses des situations historiques lui donnent par la suite poids et sens, mais initialement c’est un coup de fouet dans le système nerveux » (p. 10).


4 – cf. les échanges des années 1940 entre Adorno, Horkheimer, Marcuse, Neumann et Pollock aboutissent à une théorie du racket comme forme spécifique de domination quand la lutte de classes a perdu de son caractère antagonique dans ce que Marx puis la revue Invariance appellent la domination réelle du capital.


5 – Jacques Camatte, op. cit. : « Ils [les rackets politiques] veulent toujours expliquer la façon dont ils se représentent afin d’être reconnus par certains comme l’avant-garde pour représenter les autres, la classe. Ceci se révèle dans le fameux “ce qui nous distingue” de divers groupuscules en quête de reconnaissance. Toute délimitation est limitation et ceci conduit souvent à réduire assez rapidement, comme une peau de chagrin, la délimitation à quelques slogans représentatifs pour le marketing rackettiste. » Jean-Marie Le Pen, pourtant pas un aigle théorique, dénonçait lui aussi, de son point de vue politicien évidemment, « la bande des 4 » et aujourd’hui, qui ne voit pas ce phénomène de racket perdurer, à l’autre bout, dans un LFI réduit par les exclusions et séparations à une bande à Mélenchon ?


6 – cf. Stefano Sollima et le film A.C.A.B.: All Cops Are Bastards (2012).


7 – L’islamisme radical, par exemple en France, ne rentre pas dans ces cadres.


8 – Sur ce sujet, cf. la série espagnole Salvador, accessible sur Netflix.


9 – Jean-Claude Monod, « Qu’est-ce qu’un processus de fascisation ? Penser Trump II avec Foucault », in Le Grand Continent.


10 – Emmanuel Todd prétend que le tournant autoritaire en cours aux États-Unis s’explique, non pas par une défaite passée, mais comme l’anticipation de celle à venir face à la Russie et plus largement aux BRICS. Thèse tarabiscotée, plus amusante que convaincante.


11 – cf. Philip Roth et son roman Le Complot contre l’Amérique.


12 – Le problème se posera concrètement pendant la république de Weimar pour l’Allemagne et en Autriche vis-à-vis de la social-démocratie contre le nazisme ; et pendant la révolution espagnole transformée peu à peu en guerre d’Espagne.


13 – Dès 1945, plus de vingt avant Pasolini, Amadeo Bordiga vise plus juste lorsqu’il affirme : « Le pire héritage du fascisme, c’est l’antifascisme ». Il percevait le rôle non négligeable de l’antifascisme dans les recompositions politiques en Europe après la Seconde Guerre mondiale, mais son affirmation suppose une continuité effective entre le fascisme historique et l’antifascisme d’après 1945, alors qu’il y eut une profonde discontinuité exprimée par Pasolini : « un fascisme archaïque qui n’existe plus et qui n’existera plus jamais ».


14 – cf. Gato Soriano, note 25 du texte « Le fascisme, vraiment ? » publié dans le no 355 de Courant alternatif, de décembre 2025. Il cite Federico Finchelstein, dans Dai fascismi ai populismi. Storia, politica e demagogia nel mondo attuale, Roma, Donzelli, 2019, qui distingue nettement les fascismes qui précèdent la Seconde Guerre mondiale des populismes — héritiers du fascisme — qui acceptent le cadre « démocratique » des élections tout en maintenant une mystique du chef et des pratiques de type totalitaire. Il donne entre autres l’exemple du péronisme argentin, né de la crise du régime libéral-démocratique, qui s’impose par voie électorale et accepte de laisser la place sans violences majeures (pp. 170-174).


15 – La note 18 de Soriano (ibid.) est éclairante : « Je pense notamment au colonialisme italien qui se développe en Afrique orientale bien avant le fascisme — et est imbibé de racisme — et, à l’opposé, aux positions exprimées par Pino Rauti au début des années 1990, soutenant que le fascisme est une communauté d’esprit et pas de race, au moment où la Ligue du Nord de Umberto Bossi construisait sa fortune électorale sur un racisme de café du commerce. C’est justement à ce moment-là que le parti néofasciste de Rauti (le MSI) fait son pire score électoral de tout l’après-guerre ».


16 – Ils sont présents dans la région lyonnaise, par exemple, au Tonkin à Villeurbanne, ils discutent avec les jeunes de La Duchère, aux Minguettes à Vénissieux.



jeudi 19 février 2026

Nationalisme et socialisme (Mattick, 1959)

 


La Bataille socialiste

Par lucien

Publié en anglais dans The American Socialist en septembre 1959, en français dans Front Noir (février 1965) et ICO n° 99 (novembre 1970). [https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/gauchecommuniste/gauchescommunistes-ap1952/frontnoir/frontnoir-n07-08.pdf ; republié in ICO n° 99, novembre 1970.)
  • Cahiers de discussion pour le socialisme de conseils, Nationalisme et socialisme. Le bilan d’une discussion (brochure)

Qu’elles soient soudées par l’idéologie, par les conditions objectives ou par la combinaison habituelle des deux, les Nations sont des produits d’un développement social. Il n’y a pas plus de raison rie chérir ou de maudire le tribalisme ou, pour la même raison, un cosmopolitisme idéal. La nation est un fait pour ou contre lequel on lutte, suivant les circonstances histo­riques et leurs implications pour les populations et, à l’intérieur de ces populations pour les différentes classes.

L’État national moderne est à la fois produit et condition du développement capitaliste. Le capitalisme tend à détruire les traditions et les particularités nationales en étendant son mode de production partout dans le monde. Cependant, quoique la production mondiale, et quoique le  « vrai » marché capitaliste soit le marché mondial, le capitalisme surgit dans certaines nations plus tôt que dans d’autres, trouva des condi­tions plus favorables dans certains endroits, y réussit mieux, et combina ainsi des intérêts capitalistes spé­ciaux avec des besoins nationaux particuliers. « Les nations progressives » du dernier siècle furent celles où se produisit un développement capitaliste ra­pide ; « les nations réactionnaires » furent celles où les rapports sociaux entravèrent le développement du mode capitaliste de production. Parce que le « proche avenir » appartenait au capitalisme, et, parce que le capitalisme est la condition préalable du socialisme, les socialistes non-utopistes favorisèrent le capitalisme com­me opposé aux vieux rapports sociaux de production, et saluèrent le nationalisme dans la mesure où il pou­vait hâter le développement capitaliste. Sans l’admettre ouvertement, ils n’étaient pourtant pas loin d’accepter l’impérialisme capitaliste comme moyen d’en finir avec la stagnation et le retour des contrées non-capitalistes, d’orienter ainsi leur développement dans des voies progressives. Ils étaient favorables aussi à la dispari­tion des petites nations incapables de développer l’économie sur une grande échelle, et à leur absorption par des entités nationales plus larges, capables de dévelop­pement capitaliste. Ils soutenaient cependant les petites « nations progressives » contre les grands pays réaction­naires et si elles étaient absorbées par ces derniers, firent cause commune avec les mouvements de libéra­tion nationale. A aucun moment et en aucune occasion cependant, le nationalisme n’était considéré comme ob­jectif socialiste ; il n’était accepté que comme instrument d’un progrès social qui, ensuite, aboutirait finalement à l’internationalisme socialiste. Le « monde capitaliste » du siècle dernier, c’était le capitalisme occidental. La question nationale se posait à propos de l’unification de pays comme l’Allemagne et l’Italie, de la libération de nations opprimées comme l’Irlande, la Pologne, la Hongrie, la Grèce et de la con­solidation d’états « synthétiques » comme les Etats-Unis. C’était aussi le monde du socialisme, un monde limité, vu du XXème siècle. Alors que les questions nationales qui agitaient le mouvement socialiste au mi­lieu du XIXème siècle étaient ou bien résolues, ou bien en voie de l’être et avaient en tout ca cessé d’avoir une réelle importance pour le socialisme occidental, le mouvement révolutionnaire du XXème siècle, élargi au monde entier, posait de nouveau la question du na­tionalisme. Ce nouveau nationalisme, qui secoue la domination occidentale et institue les rapports de pro­duction capitaliste et l’industrie moderne dans des ré­gions encore sous-développées, est-il toujours une force « progressive » comme l’était le nationalisme d’antan ? Ces aspirations nationales coïncident-elles en quoique ce soit avec les aspirations socialistes ? Hâtent-elles la fin du capitalisme en affaiblissant l’impérialisme occi­dental ou bien injectent-elles une vie nouvelle au capi­talisme en étendant au globe entier son mode de pro­duction ?

La position du socialisme du XIXème siècle, vis à vis du nationalisme ne consistait pas seulement à préférer Je capitalisme à des systèmes sociaux plus statiques. Les socialistes intervenaient dans les révolutions démocratico bourgeoises qui étaient aussi nationalistes ; ils appuyaient les mouvements de libération nationale des peuples opprimés parce qu’ils se présentaient sous des formes démocratico-bourgeoises, parce qu’aux yeux des sosialistes, ces révolutions nationales démocratico-bour­geoises n’étaient plus des révolutions strictement ca­pitalistes. Elles pourraient être utilisées, sinon à instal­ler le socialisme lui-même, du moins à favoriser la crois­sance de mouvements socialistes et à lui assurer de meil­leures conditions.

Cependant, à la fin du siècle, c’est l’impérialisme, non le nationalisme, qui était à l’ordre du jour. Les intérêts allemands « nationaux » étaient devenus des intérêts impérialistes rivalisant avec les impérialismes d’autres pays. Les intérêts « nationaux » français étaient ceux de l’empire français, comme ceux de Grande Bre­tagne étaient ceux de l’empire britannique. Le contrôle du monde et le partage de ce contrôle entre les gran­des puissances impérialistes déterminaient des politi­ques « nationales ». Les guerres « nationales » étaient des guerres impérialistes culminant en guerres mondia­les.

On considère généralement que la situation russe, au commencement du XXème siècle, était en bien des points similaire à la situation révolutionnaire de l’Eu­rope occidentale du milieu du XIX ème siècle. L’attitu­de positive des premiers socialistes à l’égard des révo­lutions nationales bourgeoise s’appuyait sur l’espoir, sinon sur la conviction, que l’élément prolétarien, dans ces révolutions, dépasserait le but limité de la bourgeoi­sie. Pour Lénine, la bourgeoisie russe n’était plus capa­ble d’accomplir sa propre révolution démocratique de sorte que la classe ouvrière était appelée à accomplir la révolution bourgeoise et la révolution prolétarienne à travers une série de changements sociaux qui cons­titueraient une « révolution permanente ». En un sens, la nouvelle situation semblait répéter sur une plus gran­diose échelle, la situation révolutionnaire de 1848. Au lieu des alliances d’autrefois, limitées et temporaires, entre mouvements démocratico-bourgeois et interna­tionalisme prolétarien, il existait maintenant à l’échelle mondiale, un ensemble de forces révolutionnaires de caractère à la lois social et national, qui devraient être entraînés au-delà de leurs objectifs restreints vers des fins prolétariennes.

Un socialisme international consistant, comme celui de Rosa Luxembourg, par exemple, s’opposait à « l’au­todétermination nationale » des Bolchevicks. Pour elle, l’existence de gouvernements nationaux indépendants n’altéreraient pas le fait qu’ils seraient contrôlés par les puisances impérialistes puisque ces dernières domi­naient l’économie mondiale. Jamais on ne pourrait lut­ter contre le capitalisme impérialiste, ni l’affaiblir, en créant de nouvelles nations : mais seulement en oppo­sant au supra-nationalisme capitaliste l’internationalis­me prolétarien. Naturellement, l’internationalisme pro­létarien ne peut empêcher et n’a aucune raison d’empê­cher les mouvements de libération nationale contre la domination impérialiste. Ces mouvements appartien­nent à la société capitaliste, exactement comme son im­périalisme. Mais « utiliser » ces mouvements nationaux pour des buts socialistes ne pouvait signifier autre chose que les débarrasser de leur caractère nationaliste et les transformer en mouvements socialistes, orientés vers l’internationalisme.

La première guerre mondiale produisit la Révolution russe, et, quelles qu’aient été ses intentions primitives, elle fut et resta une révolution nationale. Bien qu’elle attendit de l’aide de l’étranger elle n’en apporta jamais aux forces révolutionnaires de l’extérieur, excepté lors­que cette aide lui fut dictée par les intérêts russes nationaux. La 2ème guerre mondiale et ses séquelles ame­na l’indépendance pour l’Inde et le Pakistan, la Révo­lution chinoise, la libération de l’Asie du Sud-Est, et l’autodétermination pour quelques nations d’Afrique et du Moyen-Orient. A première vue, cette renaissance du nationalisme contredit à la fois la position de R. Luxembourg et celle de Lénine, sur la  » question na­tionale « . Apparemment, l’époque de l’émancipation nationale n’est pas terminée, et il est évident que le courant de plus en plus fort contre l’impérialisme ne sert pas les fins socialistes révolutionnaires à l’échelle mondiale.

Ce que révèle réellement ce nouveau nationalisme, ce sont les changements structurels de l’économie capita­liste mondiale et la fin du colonialisme du XIXème siè­cle. Le « fardeau de l’homme blanc  » est devenu un fardeau réel au lieu d’une aubaine. Les profits de la domination coloniale diminuent tandis que le coût de l’empire augmente. Sans doute des individus, des cor­porations, et même des gouvernements, s’enrichissent encore par l’exploitation coloniale. Mais ceci n’est plus dû qu’à des conditions spéciales, contrôle de ressources pétrolières concentrées, découvertes de grands gise­ments d’uranium, etc.. plutôt qu’au pouvoir général de faire des opérations profitables dans les colonies et autres contrées dépendantes. Les taux de profit excep­tionnels d’autrefois sont tombés aujourd’hui au niveau de taux de profit « normal « . Lorsque le profit reste exceptionnellement élevé, c’est surtout dû aux subsides gouvernementaux. En général, le colonialisme ne paye plus, de sorte que, c’est en partie le principe du profit lui-même qui invite à reconsidérer le problème de la domination impérialiste.

Deux guerres mondiales ont plus ou moins détruit les vieilles puissances impérialistes. Mais elles n’ont pas amené la fin de l’impérialisme qui, tout en prenant de nouvelles formes et expressions, maintient le contrôle économique et politique des nations fortes sur les fai­bles. Un impérialisme indirect paraît plus riche en pro­messes que le colonialisme du XIX ème siècle ou sa renaissance tardive dans la politique russe des satelli­tes. Naturellement, l’une n’exclut pas l’autre, et on voit des considérations stratégiques réelles ou imaginaires porter les Etats-Unis à contrôler Okinaya, et l’Angle­terre, Chypre. Mais en général, un contrôle indirect peut être supérieur à un contrôle direct, de même que le système du travail salarié s’est montré supérieur au travail des esclaves. Seule dans l’hémisphère Ouest, l’Amérique n’a pas été une puissance impérialiste dans le sens traditionnel. Elle s’est assurée le bénéfice du contrôle impérial, plus par la « diplomatie du dollar  » que par l’intervention militaire directe. En tant que puissance capitaliste la plus forte, l’Amérique espère dominer à sa manière les régions non soviétiques du monde.

Aucune des puissances européennes n’est de force aujourd’hui à s’opposer à la dissolution complète de son empire, si ce n’est avec l’aide américaine. Mais cette aide soumet ces nations tout comme leurs posses­sions étrangères, à la pénétration et au contrôle améri­cains. Héritant de ce qu’abandonne l’impérialisme et son déclin, les Etats-Unis n’éprouvent pas le besoin de voler au secours de l’impérialisme ouest-européen à moins qu’un tel secours ne frustre le bloc oriental. « L’anticolonialisme  » n’est pas une politique améri­caine délibérément voulue pour affaiblir les alliés oc­cidentaux , — bien qu’en fait elle les affaiblisse — mais a été choisie dans la perspective de renforcer le  » mon­de libre « . Il est certain que cette perspective compréhensive, couvre de nombreux intérêts spéciaux plus étroits, ce qui donne à « l’anti-impérialisme  » américain son caractère hypocrite et conduit à penser qu’en s’opposant à l’impérialisme des autres nations, l’Amérique développe le sien.

Privés de possibilités impérialistes, l’Allemagne, l’Ita­lie et le Japon, n’ont plus de politique indépendante. Le déclin progressif des Empires français et britanni­que a fait de ces nations des puissance de second ordre. En même temps, les aspirations nationales des régions moins développées et plus faibles, ne peuvent se réali­ser que si elles entrent dans les plans de conquête des impérialismes dominants. Quoique la Russie et les Etats-Unis se partagent la suprématie mondiale, des pays moins importants s’efforcent néammoins de défendre leurs intérêts spécifiques et d’influencer quelque peu la politique des super-grands. L’opposition et les con­tradictions internationales de ces deux grands riveaux permettent aussi à des nations nouvellement apparues comme la Chine et l’Inde, un degré d’indépendance qu’elles n’auraient pu atteindre sans cela. Sous le cou­vert de la neutralité, une petite nation comme la You­goslavie par exemple peut quitter un bloc de puissances pour retourner à l’autre. Les pays indépendants moins faibles peuvent soutenir leur indépendance, comme on le voit, grâce uniquement au conflit majeur entre la Russie et les Etats-Unis.

L’érosion de l’impérialisme occidental, dit-on, crée un vide du pouvoir dans les régions jusqu’alors subju­guées. Si le vide n’est pas comblé par l’Ouest, il le sera par la Russie. Bien sûr, ni les représentants du  » nouveau nationalisme  » ni ceux du « vieil impérialis­me » ne comprennent cette sorte d’affirmation, puisque le nationalisme se substitue à l’impérialisme, aucun vide ne se produit. Ce qu’il faut entendre par « vide  » c’est que « l’auto-détermination nationale » des pays sous-développés les laisse à la merci d’une « agression communiste » intérieure et extérieure, à moins que l’Ouest ne garantisse leur « indépendance ». En d’au­tres termes, l’auto-détermination nationale n’inclut pas le libre choix de ses alliés, quoiqu’elle implique parfois une préférence à l’égard de la « protection » des puis­sances occidentales.

« L’indépendance » de la Tunisie et du Maroc, par exemple, est reconnue aussi longtemps que l’indépen­dance à l’égard de la France implique la loyauté, non envers la Russie, mais envers le Bloc occidental dominé par l’Amérique.

Dans la mesure où elle peut encore exercer dans le monde des deux blocs, l’auto-détermination nationale est une expression de la « guerre froide », une impasse politico-militaire. Mais la tendance du développement n’est pas vers un monde composé de nations nombreu­ses, chacune indépendante et vivant dans la sécurité, mais vers la désintégration des nations faibles, c’est-à-dire vers leur « intégration » à l’un ou à l’autre bloc. Sans doute, la lutte pour l’émancipation nationale à l’intérieur des rivalités impérialistes permet à certaines contrées d’exploiter la lutte pour le pouvoir entre l’Est et l’Ouest. Mais ce fait lui-même tend à limiter leurs aspirations nationales puisqu’un accord Ou une guerre, entre l’Est et l’Ouest mettrait fin à leurs possibilités de manœuvre entre les deux blocs. Et tandis que la Russie qui n’hésite pas à détruire tout essai de l’auto-détermination nationale réelle dans les pays qui sont sous son contrôle direct, est prête à appuyer toute auto-détermi­nation nationale dirigée contre la domination occiden­tale, l’Amérique qui réclame l’auto-détermination pour les satellites de la Russie, n’hésite pas à pratiquer dans le Moyen-Orient ce qu’elle abhorre en Europe Orientale. En dépit des révolutions nationales et de l’auto-déter­mination, l’époque de l’émancipation nationale est pra­tiquement dépassée. Ces nations peuvent conserver une indépendance formelle ne les libérant pas de la domina­tion économique et politique de l’Ouest. Elles ne peu­vent échapper à cette suprématie qu’en acceptant celle de la Russie, en se plaçant à l’intérieur du bloc Oriental.

Les révolutions nationales dans les régions retardées du point de vue capitaliste, sont des essais de moderni­sation par l’industrialisation, soit qu’elles expriment simplement une opposition au capital étranger, soit qu’elles tendent à changer les rapport sociaux existants. Mais tandis que le nationalisme du XIXème siècle était un instrument de développement du capital privé, le nationalisme du XXème siècle est essentiellement un instrument de développement du capitalisme d’Etat. Et tandis que le nationalisme du siècle dernier, créait le libre marché mondial et le degré d’indépendance éco­nomique possible à l’intérieur du capitalisme privé, le nationalisme actuel, porte de nouveaux coups à un marché mondial déjà en voie de désagrégation et dé­truit ce degré d’intégration internationale « automati­que » qu’avait engendré le mécanisme du marché libre.

Derrière les mouvements nationalistes, il y a, bien sûr, la pression de la pauvreté, qui devient de plus en plus explosive à mesure qu’augmente la différence entre nations pauvres et riches. La division internationale du travail telle qu’elle est déterminée par la formation du capital privé implique l’exploitation des contrées les plus pauvres par les plus riches et la concentration du capital dans les pays capitalistes avancés. Le nouveau nationalisme s’oppose à la concentration du capital dé­terminée par le marché, de manière à assurer l’indutria-lisation des pays sous-développés. Dans les conditions actuelles cependant, l’organisation de la production ca­pitaliste sur un plan national augmente sa désorganisa­tion à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, entreprise pri­vée et contrôle gouvernemental opèrent simultanément dans chaque pays capitaliste, et dans le monde entier. De sorte qu’existent côte à côte la concurrence géné­rale la plus âpre, la subordination de la concurrence privée à la concurrence nationale la plus impitoyable, et la subordination de la concurrence nationale aux exi­gences supranationales de la politique des blocs.

A la base des aspirations nationales et des rivalités impérialistes, se trouve le besoin réel d’une organisa­tion mondiale de la production et de la distribution, au profit de l’humanité dans son ensemble. Première­ment, comme le géologue K. F. Mather l’a fait remar­quer, parce que la « terre est faite beaucoup plus pour être occupée par des hommes organisés à l’échelle mon­diale, pouvant pratiquer au maximum à travers le mon­de entier le libre échange des matières premières et des produits finis, que par des hommes qui s’entêtent à élever des barrières entre régions, même si ces régions sont de grands pays ou des continents entiers ». Deuxiè­mement parce que la production sociale ne peut se dé­velopper pleinement, et libérer les hommes du besoin et de la misère que par la coopération internationale, sans égards aux intérêts nationaux particuliers. Le progrès du développement industriel est fondé sur l’interdépendance inévitable. Si elle n’est pas acceptée et utilisée à des fins humaines, une lutte interminable entre na­tion, pour la domination impérialiste, produira par suite de l’incapacité à réaliser à l’échelle internationale ce qui a été réalisé ou est en voie de l’être sur le plan natio­nal : l’élimination partielle ou totale de la compétition capitaliste.

Malgré l’élimination du capital privé ou sa régle­mentation restrictive, les antagonismes de classe sub­sistent dans tous les pays, par suite, la nationalisation du capital ayant laissé intacts les rapports de classes, il est impossible d’échapper à la compétition interna­tionale ; la défense d’un pays et sa force croissante si­gnifie en réalité la défense et la reproduction de nou­veaux groupes dirigeants. « L’amour de la patrie socialiste  » dans les pays communistes, le désir de se fai­re une place comme on le voit dans les pays de gouver­nements à économie « socialiste  » et l’auto-détermina­tion nationale, dans les contrées autrefois subjuguées, signifie l’existence et la montée de nouvelles classes do­minantes liées à l’existence de l’Etat national.

Alors qu’une attitude positive à l’égard du nationa­lisme trahit un manque d’intérêt pour le socialisme, la position socialiste sur le nationalisme est manifestement inefficace tout comme les pays qui en oppriment d’au­tres. Une position anti-nationaliste intransigeante sem­ble, tout au moins indirectement, appuyer l’impérialis­me. Cependant, l’impérialisme fonctionne grâce à ses propres ressorts, indépendamment des attitudes socia­listes à l’égard du nationalisme. Bien plus, les socialis­tes n’ont pas pour rôle de fomenter les luttes pour l’au­tonomie nationale ; comme l’ont démontré les mou­vements de « libération » qui ont surgi dans le sillage de la seconde guerre mondiale. Contrairement aux es­poirs d’autrefois, le nationalisme ne put être utilisé à des fins socialistes et il ne fut pas un bon moyen stra­tégique pour hâter la fin du capitalisme.

Au contraire, le nationalisme détruisit le socialisme, en l’utilisant à des fins nationalistes.

Ce n’est pas le rôle du socialisme de soutenir le na­tionalisme, même quand celui-ci combat l’impérialis­me. Combattre l’impérialisme sans affaiblir simultané­ment le nationalisme, ce n’est autre chose que combat­tre certains impérialistes et en appuyer d’autres, car le nationalisme est nécessairement impérialiste ou illu­soire. Appuyer le nationalisme arabe, c’est s’opposer au nationalisme juif ; appuyer ce dernier, c’est lutter contre le premier, car il est impossible de soutenir un na­tionalisme sans soutenir aussi des rivalités nationales, l’impérialisme et la guerre. Etre un bon nationaliste indien, c’est combattre le Pakistant ; être un vrai pa­kistanais, c’est détester l’Inde. Ces deux pays récem­ment « libérés » se préparent à la lutte pour des terri­toires litigieux et soumettent leur développement à l’ac­tion destructive de l’économie de guerre capitaliste.

Et ainsi de suite : « libérer Chypre de la domination anglaise tend seulement à ouvrir une nouvelle bataille pour Chypre entre Grecs et Turcs et ne supprime pas le contrôle occidental sur la Turquie et la Grèce. « Li­bérer » la Pologne de la domination russe peut mener à une guerre avec l’Allemagne pour la « libération » des provinces allemandes aujourd’hui dominées par la Pologne, puis à de nouvelles luttes polonaises pour les territoires pris par l’Allemagne. Une indépendance réel­le de la Tchécoslovaquie rouvrirait certainement la lut­te pour la région des Sudètes, lutte qui entraînerait à son tour la lutte pour l’indépendance tchécoslovaque, et peut-être pour celle des Slovaques désireux de se sé­parer des Tchèques. Avec qui faut-il être ? Avec les Algériens contre les Français ? Avec les Juifs ? Avec les Arabes ? Avec les deux ? Où les juifs iront-ils pour faire place aux Arabes ? Que feront les réfugiés ara­bes pour cesser d’être un « mal » pour les Juifs ? Que faire d’un million de colons français menacés d’expro­priation et d’expulsion quand la libération algérienne sera accomplie ? Des questions semblables se posent partout. ; les Juifs y répondent pour les Juifs, les Ara­bes pour les Arabes, les Algériens pour les Algériens, les Français pour les Français, les Polonais pour les Po­lonais, et ainsi de suite, de sorte qu’elles demeurent non résolues et insolubles. Si utopique que puisse paraître la recherche d’une solidarité internationale dans cette mê­lée des antagonismes nationaux et impérialistes, aucu­ne autre route ne semble ouverte pour échapper aux luttes fratricides et parvenir à une société mondiale rationnelle.

Bien que les sympathies socialistes soient avec les opprimés, elles visent non les nationalismes qui surgis­sent doublement mais la condition des opprimés qui af­frontent à la fois une classe de dirigeants indigènes et de dirigeants étrangers. Leurs aspirations nationales sont en partie des aspirations « socialistes » puisqu’elles ren­ferment l’espérance illusoire des populations appauvries qui croient qu’elles amélioreront leurs conditions par l’indépendance nationale. L’auto-détermination natio­nale n’a pas émancipé les classes laborieuses des pays avancés. Elle ne le fera pas non plus maintenant en Asie et en Afrique. Les révolutions nationales, l’algé­rienne, par exemple, apporteront peu aux classes pauvres, à part le droit de partager plus équitablement les préjugés nationaux.

Sans doute, c’est quelque chose pour les Algériens, qui ont souffert d’un système colonial particulièrement arrogant. Mais on peut prévoir les résultats possibles de l’indépendance algérienne en examinant le cas de la Tunisie et du Maroc, où les rapports sociaux exis­tants n’ont pas changé, et où les conditions d’existence des classes exploitées n’ont pas été notablement amé­liorées.

A moins d’être un pur mirage, le socialisme renaîtra comme un mouvement international — ou pas du tout — En tous cas, et sur la base de l’expérience passée, ceux qui sont intéressés à la renaissance du socialisme, doi­vent souligner avant tout son caractère international. Si un socialiste ne peut devenir nationaliste, il n’en est pas moins un anti-colonialiste et un anti-impérialiste. Cependant, sa lutte contre le colonialisme n’implique pas son adhésion au principe d’auto-détermination na­tionale, mais exprime son désir d’une société socialiste internationale, une société sans exploitation. Si les so­cialistes ne peuvent s’identifier aux luttes nationales, ils peuvent en tant que socialistes, s’opposer à la fois au nationalisme et à l’impérialisme. Par exemple, le rôle des socialistes français n’est pas de lutter pour l’indépendance algérienne, mais de transformer la Fran­ce en une société socialiste. Les luttes pour cet objectif aideraient certainement le mouvement de libération en Algérie et n’importe où, mais ce serait là une consé­quence secondaire, et non la raison même de la lutte socialiste contre l’impérialisme nationaliste. Au stade suivant, l’Algérie devrait être « dénationalisée  » et intégrée à un mode socialiste international.



Voir aussi

« Les marxistes et la question nationale (Souyri, 1979)

Fighting for the right to organise (Falah Alwan) »

LES BONS ET MAUVAIS TERRORISTES

  De l' éborgneurs de la république française a celui de la république islamique. Devant le flot de conneries distillé par les mé...