Jair Bolsonaro est un nom inexact mais puissant, car il a su
combiner l'escalade répressive et la rébellion sociale déclenchée
en 2013.
19/01/2024
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Par un groupe de militants
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“Tu peux même pacifier, mais le retour sera
triste”
MC Vitinho [1]
“Regarde comment les choses ont tourné”, disait
un camarade l’autre jour. “Il y a quelques années, si tu étais
dans une boulangerie, ou à un arrêt de bus, et que tu entendais
quelqu’un se plaindre du gouvernement, c’était encourageant. On
y voyait une ouverture pour parler politique, une lueur de conscience
de classe. Il n’y a pas très longtemps, ça a commencé à
changer. Aujourd’hui, quand j’entends quelqu’un se plaindre, je
suis déjà sur le qui-vive: “oulà, si ça se trouve il est pour
Bolsonaro”
1.
Selon Lula, “ce pays est incompris depuis ce qui
s’est passé en juin 2013”. Quelques mois avant d’être
condamné, il déclarait: “c’était prématuré que de penser que
2013 était démocratique”. [2] Naturellement, sa
déclaration a été fort mal reçue parmi les militants qui avaient
participé à cette vague de manifestations: revoilà le PT qui
s’en prend à juin!
Mais avait-il tort, Lula? Juin 2013 avait-t-il
vraiment été un “moment démocratique”? En ce mois fatidique,
des milliers – puis des millions – de personnes ont bloqué
avenues et autoroutes dans tout le pays, ont affronté les polices,
brûlé des bus, attaqué des bâtiments publics et saccagé des
boutiques. La réduction du prix du bus n’était ni à débattre ni
négociable, c’était une exigence à imposer de force: “soit le
gouvernement le baisse, soit la ville s’arrête!”. Ça n’est
pas tout à fait “démocratique”… Ça a été un mouvement de
rupture, une révolte [3] qui confrontait l’ordre
établi [4] – l’arrangement forgé lors de la
période de redémocratisation, fixé par la Constitution Citoyenne
de 88, qui a garanti pendant deux décennies des critères
socialement acceptables de stabilité et de prévisibilité pour la
politique brésilienne.
Ça a fait peur. En pleine mobilisation populaire,
la plus grande de l’histoire du pays, on s’est retrouvés
perplexes: si on rompt avec l’ordre démocratique, que pourra-t-il
se passer? Il n’y avait pas de révolution en vue. À ce moment-là,
la gauche s’est découverte intimement liée au régime. Non
seulement parce qu’elle était au pouvoir, mais aussi parce que,
depuis la fin des années 70, “construire la démocratie” était
devenu son principal objectif.
Depuis 2013, la gauche a fui la révolte et ceci en
brandissant l’étendard de la démocratie. D’un côté, elle
pouvait dire que les mobilisations présentaient un danger à l’ordre
démocratique et justifier ainsi leur répression; [5]
en même temps, elle pouvait saluer les manifestations et les
encadrer.– A force de voir en juin un mouvement pour “plus de
droits” et “plus de démocratie”, s’effaçait le contenu
concret et contestataire des manifestations. La lutte contre cette
augmentation de 20 centimes n’a pas seulement touché un aspect
crucial des conditions matérielles de vie dans la métropole, mais a
aussi exposé les limites des canaux de participation qui s’étaient
améliorés pendant les derniers mandats. La violence qui a gagné
les rues a laissé le discours démocratique dans l’impasse.
Tant
et si bien que, depuis, l’insistance à défendre l’État de
droit ne nous a qu’apporté le droit de perdre des droits. Et les
“Opérations de Garantie de la Loi et de l’Ordre” [6]
ne tarderaient pas à se retourner contre le propre gouvernement qui
avait approuvé la Loi Antiterroriste. [7]
Puisque la gauche s’identifiait du côté de
l’ordre, la contestation est passée dans le camp opposé. C’est
la droite qui a mené les masses dans la rue pour renverser un
gouvernement (et qui a inversé les symboles et les pratiques de
juin, transfigurant, par exemple, MPL en MBL [8]).
Elle n’a pas perdu de temps avec la “défense de la démocratie”:
pour atteindre ses objectifs politiques, elle a su utiliser des
institutions et jouer tactiquement avec ses propres limites. [9]
En coordonnant des coups à l’intérieur de l’État – dans le
parlement, dans la sphère judiciaire et même dans les forces armées
– avec des mobilisations dans les rues, la droite est arrivée au
pouvoir en cernant par le haut comme par le bas, à l’image du
“mouvement de pince” [10] souhaité autrefois
par la gauche. Selon les mots de Paulo Arantes, cette nouvelle droite
a ressuscité la politique “comme lutte, et non comme gestion”.
[11]
Pendant les élections de 2018, Bolsonaro a affronté
Fernando Haddad, celui-là même à qui nous nous sommes confrontés
en juin 2013 alors qu’il était maire. Et le président élu lui
aussi attaque fréquemment la mystique démocratique. Il est
politiquement incorrect: il ne s’en tient pas à la bienséance
cultivée par les autres acteurs du jeu politique. Par webcam dans
son appartement, il fait des déclarations critiques des Droits de
l’Homme, des urnes électroniques et de la Constitution. En disant
ce qui ne se dit pas, il ridiculise le consensus établi depuis la
re-démocratisation, en exposant ses contradictions et en mobilisant
justement la révolte contre celui-ci. Pour les défenseurs de ce
qu’a attaqué Bolsonaro, il est peut-être réconfortant de croire
que le nouveau président a été élu à base de mensonges (par la
manipulation des utilisateurs de Whatsapp, grâce à une industrie
de la fake news); il semble néanmoins plus correct de
considérer le contraire: c’est surtout pour avoir assumé
ouvertement des vérités jusqu’alors dissimulées que le Capitaine
a conquis un tel soutien populaire. Mais la constatation de la
violence sociale, dans ce cas, ne pointe pas vers un horizon de
transformation – au contraire, elle en réduit l’espoir.
L’hypocrisie a laissé place au cynisme: le monde est injuste, il
le restera et, pour ceux qui ne sont pas d’accord, il le sera
d’autant plus [12].
Tout au long de la campagne électorale, la gauche a
milité contre la dictature. Le problème, c’est que dans les
faits, on “critiquait la dictature pour défendre l’ordre actuel:
voilà une bonne manière de faire en sorte que les gens considèrent
la dictature comme une hypoyhèse viable” [13].
Lorsque les forces armées qui critiquent l’injustice sociale
s’avèrent être les mêmes qui administrent une telle injustice,
il y a un court-circuit: le pouvoir de contestation de l’ordre
passe du côté de celui qui expose la violence et la souffrance en
les assumant cyniquement – non pas pour les remettre en
question, mais pour les confirmer. C’est ainsi que la propre
perception du quotidien torturant peut se convertir en justification
de la torture: “Les gens largués dans les files d’attente des
hôpitaux, c’est ça la torture! 14 millions de personnes au
chômage, c’est ça la torture!”, défendait un électeur de
Bolsonaro interviewé à l’extrême-sud de São Paulo peu après
l’élection. [14]
La rébellion canalisée par la droite est
paradoxale: elle conteste l’ordre en vigueur tout en s’y
appuyant, et en promettant de l’endurcir – ce qui nous ramène à
la façon par laquelle João Bernardo [15] définit
le fascisme: une révolte au sein de l’ordre. Si on peut parler
aujourd’hui d’un mouvement fasciste, ce serait moins pour le
caractère autoritaire de Bolsonaro ou ses discours de haine, que
pour le bouillon de colère populaire qui l’alimente. [16]

2.
Comparée à ce qu’a été le fascisme classique,
il est vrai que la révolte conservatrice en cours au Brésil actuel
paraît encore diffuse. Mais dire qu’il ne s’agit pas d’un
mouvement fasciste ne signifie pas que la scène soit plus
rassurante. Après tout, “la façon petista (du Parti des
Travailleurs) de gouverner” a aussi été plutôt différente de
l’expérience social-démocrate du début du siècle dernier.
La social-démocratie – qui proposait, en
contrepartie d’une alliance avec le capital, un programme de
réformes structurelles et d’expansion de droits universels à tous
les citoyens – peut à peine être comparée aux gouvernements
petistas, qui se sont bornés à conjuguer l’expansion du marché
avec des politiques publiques basées sur des bénéfices qui
ciblaient certains segments spécifiques. Ils ont tout de même
constitué une efficace ingénierie de gestion des conflits sociaux,
en incorporant les organisations de travailleurs aux politiques du
gouvernement. La stratégie de “cumul de forces” assumée par la
gauche brésilienne a signifié, dans la pratique, la conversion des
mouvements de base qui sont entrés en scène à la fin de la
dictature en forces productives du nouvel arrangement social.
Le projet de pacification continuellement
perfectionné pendant les gouvernements du PT a représenté, en
réalité, une guerre permanente [17] – visible
non seulement à travers les taux croissants d’expulsions,
d’incarcérations, de massacres, de torture et létalité
policière, mais aussi dans le travail. À côté des dispositifs
répressifs d’exception, le moteur de notre “économie émergente”
a été un véritable “état d’urgence économique” [18],
dictant des politiques justifiées par la détresse sociale. Avec le
discours de “l’amplification de droits”, diverses formes de
sous-emploi ont proliféré, aux routines assommantes et aux revenus
douteux, bref, ce que l’on appelle vulgairement des “boulots de
merde” ou des “offres forcées” [19].
Le futur promis par des programmes d’accès au
microcrédit, au logement ou à l’enseignement supérieur, tout
comme l’augmentation d’offres d’emplois (formels comme
informels), s’est dissipé dans un présent perpétué de travail
redoublé, d’endettement, de concurrence, d’insécurité,
d’épuisement dans les files d’attente, d’humiliation dans les
bus bondés, de dépression et d’accablement mental. Le prix de
l’euphorie des gouvernements Lula et Dilma a été, en somme, une
mobilisation totale pour la survie, traduite par de plus grandes et
plus denses parties de vie appliquées au travail.
Par toute sorte d’instruments, ce régime de
gestion a servi à densifier lla thune (ou le profit) des
capitalistes au Brésil et approfondir la prolétarisation dans
divers couches et coins du pays. Les dites politiques publiques
d’inclusion tout comme le vertigineux processus “d’inclusion
numérique” qui a touché les masses jusqu’alors déconnectées,
ou encore les infrastructures qui ont ouvert de nouvelles voies de
circulation pour le capital, ont joué le rôle d’inclusion des
populations et territoires dans des circuits d’exploitation de plus
en plus intenses, et ont ainsi mis à disposition plus de combustible
pour les feux de l’accumulation flexible . Tout ça avec une cote
de popularité élevée!
Les évènements de 2013 ont rompu avec le climat de
paix produit par toute cette euphorie. La vague de manifestations qui
a pris les villes du pays s’apparentait à une guerre, signalant la
crise d’un modèle jusqu’alors prospère d’administration des
conflits sociaux. La révocation de l’augmentation de 20 centimes
n’a pas été suffisante pour réparer la faille: il n’était
plus possible de dissiper toute l’animosité populaire et
reconstituer la formule magique du consensus. Les tentatives de
restaurer l’harmonie – comme les “cinq pactes en faveur du
Brésil” que Dilma avaient annoncés à la télévision dans le
reflux des manifestations– demeurèrent vaines. La continuité de
la pacification armée dépendrait alors d’un nouveau compromis.
Une fois convoqués pour “neutraliser les forces
opposantes” qui se sont montrées en juin, les agents de l’ordre
qui depuis des années accumulaient du savoir-faire à Haïti et dans
les favelas cariocas (de Rio de Janeiro) ne quitteraient pas la scène
politique. Il est clair aujourd’hui qu’il ne s’agissait pas
d’opérations ponctuelles de répression. Dans la nouvelle
stratégie de gestion qui se dessine face à la menace de chaos
social qui a frappé à la porte en 2013, les tactiques de guerre –
avec ses commandants – assument ouvertement un rôle central.
Dans ce réarrangement, “Jair Bolsonaro est un nom
inexact”, mais puissant, justement parce qu’il a été capable de
conjuguer cette escalade répressive avec la rébellion sociale
libérée en 2013. Deux voies convergent en lui:
La première, le maintien de
la loi et de l’ordre et la promesse de sécurité de l’empire et
que tout battement cardiaque contraire sera violemment supprimé. La
deuxième opère sur l’illusion de rupture et la prise en otage de
la révolte: “tout sera différent d’avant” ou “faut changer
tout ça” [20].
Si le mouvementa répandu une révolte contre
l’ordre, sa reprise dépendait de la mobilisation de ce même
sentiment. Dans ce processus de récupération, ce ne sont pas que
les forces répressives qui ont été mises en marche: la propre
énergie contestataire des travailleurs a été retournée contre
elle-même. Si les perspectives de regagner la paix semblaient déjà
politiquement improbables, elles rencontrent également des entraves
économiques – avec la crise, l’efficacité des mécanismes de
participation et des programmes sociaux se trouve compromise. C’est
là que l’animosité commence à sembler fonctionnelle: comme il
n’y a plus d’argent, qu’ils s’entretuent dans la course aux
miettes. La confrontation et la révolte ne sont plus une menace,
mais désormais une nouvelle sorte de discipline.
Lorsque
la nouvelle droite, entre 2015 et 2016, a fait de l’Avenue Paulista
son podium, la sociologue Silvia Viana [21] a
observé que les dimensions de cette indignation contre la corruption
pouvaient avoir un rapport avec l’expérience dans le marché du
travail. Elle se demande comment la haine “jaune et verte” [22]
pouvait mettre des cibles si différentes dans le même sac: qu’ont
en commun le corrompu, l’étudiant bénéficiant des quotas, le
mouvement pour le logement, le cambrioleur, le mendiant et le
boursier? Ils doublent les autres. Ils profitent de raccourcis et de
protections dans la lutte pour la survie, ils ont recours à des
avantages compétitifs qui produisent une concurrence déloyale dans
une arène où chacun était censé courir par soi-même.
Dans un contexte d’épuisement économique, la
nouvelle droite a fourni une forme politique à l’intensification
de la compétition entre les travailleurs. En assumant sans pudeurs
la loi du plus fort, elle trace un programme d’action à la hauteur
de la sauvagerie du monde du travail entretenue le long des dernières
décennies. La survie dépend de la capacité à la résilience et de
la force de volonté individuelle, et toute forme d’assistance est
vue comme de la “victimisation”. Le projet de libérer le port
d’armes ne devrait pas étonner: c’est la chance de tirer sur son
concurrent – sur le type qui t’a mis en retard dans
l’embouteillage, qui t’a fait un sale coup au boulot, qui a pris
ta place à la fac. Et, pour la guerre de tous contre tous, y
aurait-il candidat plus adéquat que le capitaine?
Mais “Jair Bolsonaro est un nom inexact”
justement parce que ce phénomène ne se limite pas à la droite:
l’intensification de la compétition entre travailleurs traverse
tout le spectre politique, pouvant prendre différentes formes,
parfois même celles qui semblaient opposées. Il suffit de
remarquer, par exemple, comment les lynchages virtuels encouragés
par des groupes conservateurs contre les professeurs présumés
“communistes” suivent une dynamique semblable à celle du
“escracho” [23], pratique qui s’est renforcée
avec la vague féministe des dernières années. En plus de détruire
la réputation du dénoncé, les deux ont souvent l’objectif,
parfois concrétisé, de lui faire perdre son emploi. Dans un climat
social traversé par la concurrence, les identités se présentent
comme des tranchées pour la dispute. Sous cet angle, on peut
comprendre tant l’apparition de stratégies de marché comme
“l’afro-entreprenariat”, que la croissance récente d’un
mouvement noir qui abandonne le principe d’auto-déclaration et
revendique la création de “commissions évaluatrices de véracité
raciale” et de “critères phénotypiques” pour persécuter et
expulser des collègues admis à des concours et examens [24].
Les mouvements identitaires d’aujourd’hui ont
été en grande partie encouragés, il est vrai, par les politiques
focalisées (toute sorte de quota, concours culturels, de bureaux
spéciaux pour les minorités, etc.), mais ne sont pourtant pas un
résultat automatique de celles-ci: ils constituent un fait nouveau.
Leur caractère punitif, autoritaires et excluants révèlent une
tendance belliqueuse, qui rejette le vivre-ensemble tolérant et les
espoirs d’inclusion cultivées par la politique du consensus. En
accélérant la désagrégation sociale, l’aggravation de la crise
a rétréci les possibilités d’administration des conflits; en
même temps, elle a approfondi le confinement de la politique à la
dimension de l’urgence et de l’immédiat. À gauche comme à
droite, les touts nouveaux acteurs ont, en commun, la disposition au
conflit stérile, marqué par la disparition des horizons de
transformation de la réalité sociale.
Pendant que la politique gagne des airs de guerre
ouverte, les technologies de médiation sociale développées les
dernières années semblent obsolètes. Malgré leurs efforts de se
montrer à la hauteur de ce qui est imposé par temps de récession,
en mettant en place des mesures d’austérité, les gestionnaires
Petistas ont fini par devenir la cible-même du mouvement destructif
de la crise. La vague de destruction qui s’est abattue non
seulement sur les principaux opérateurs de l’arrangement politique
constitué depuis la re-démocratisation et sur sa machine de
gouvernement, mais aussi sur quelques unes des plus grandes
entreprises brésiliennes, doit être comprise dans le cadre d’un
“anéantissement forcé de toute une masse de forces productives”
[25], mouvement typique des crises capitalistes, qui
est toujours accompagné d’un approfondissement de l’exploitation.
La destruction de forces productives, fréquemment par le moyen de la
guerre, a toujours constitué une issue de secours efficace pour le
capital.

3.
De notre côté de la lutte de classes, les sentiers
battus ont mené à des cul-de-sac.
Lors des années de succès des gouvernements de
gauche, la croissance économique s’est conjuguée avec
l’intégration des mouvements populaires au régime capitaliste, en
une complexe ingénierie de participation et de pacification qui
limitait avec efficacité tout horizon de contestation. Dans ce
contexte, la naissance de révoltes de jeunes travailleurs qui
paralysaient les villes, affrontaient les polices et forçaient les
préfectures de différents partis à baisser les prix des tarifs de
bus avait quelque chose d’inhabituel. Éclatant dans le pays depuis
la “Révolte du Buzú” – qui a secoué Salvador déjà en 2003,
première année de la présidence de Lula –, ces soulèvements
pointaient de possibles brèches dans la “paralysie monotone” de
la période:
Pour les petits groupes à
gauche et à la marge du gouvernement, déclencher le désordre de la
révolte était la possibilité de faire front face à cette
gigantesque structure de gestion de la lutte de classes. La violente
explosion politique des rues refuse les mécanismes de participation
et réagit à la répression armée. (…) la révolte apparaît
justement en tant que critique destructrice, en tant que négation du
consensus paralysant. [26]
Ce n’est que par la rupture du consensus que les
conflits sociaux pourraient dépasser les étroites limites de la
routine administrée et se lever ouvertement en tant que lutte de
classes. De ce point de vue, la possibilité de contestation était
dans les mouvements de caractère disruptif qui, en rendant la guerre
visible, réalisaient dans la pratique la critique de la
pacification. Au delà des révoltes concernant le transport
collectif, cela se voyait dans les paralysies sauvages des méga
travaux du PAC [Programme d’Accélération de la Croissance], front
de l’expansion du capitalisme national (“non pas grève, mais
terrorisme”, expliqua un ouvrier du Jirau) [27];
dans la dissidence des sans-terre qui, malgré le MST, ont occupé
l’Institut Lula [28]; dans la vague spontanée
d’occupations urbaines qui se sont propagées à travers les
périphéries de São Paulo sous la préfecture Haddad à la suite
des manifestations de juin [29]; dans l’augmentation
vertigineuse du nombre de grèves depuis 2011 – atteignant, entre
2013 et 2016, le point jusqu’ici culminant – et dans la rébellion
croissante de ces grévistes contre leurs syndicats [30];
et enfin dans le refus collectif des lycéens face aux mesures
d’austérité, rejetant la médiation des institutions et occupant
les écoles pour forcer un recul de la part du gouvernement.

Il n’empêche qu’au fur et à mesure que les
fissures dans le consensus se sont transformées en une vraie
cassure, le sens de ces luttes se décale et elles perdent leur
pouvoir contestataire. Les conflits sortent de l’ordre du jour et
la révolte se conforme en tant que dispositif du nouvel arrangement
politique. Notre pari sur la rupture du consensus s’est épuisé
avec lui, égarant les formulations qui en venaient. Depuis, la
violence sociale qui a surgi pointe plus vers le chaos et la
concurrence que toute autre chose. Après tout, c’était ça qu’il
y avait sous les structures de pacification: la désagrégation du
tissu social, sans horizon d’action collective.
Maintes voix ont réagi à la traînée de
destruction de 2013, prêchant, en chœur, le besoin de reprendre la
construction “depuis la base”. Les limites de la révolte
s’expliqueraient par le manque d’organisations de masse
structurées dans les lieux de résidence, de travail et d’études.
Mais de telles organisations existaient, voyons! Et faisaient partie
de la machine gouvernementale contre laquelle les manifestations se
soulevaient: le parti de gauche qui était à la présidence comptait
des bases dans toutes les 5570 communes du Brésil; les deux
centrales syndicales principales du pays soutenaient le gouvernement;
le plus grand mouvement de travailleurs ruraux du monde et toute une
gamme de mouvements pour le logement étaient devenus des opérateurs
de programmes sociaux et gestionnaires d’entreprises; une masse
ambigüe d’associations, ONGs, collectifs culturels et groupes
périphériques avait sa reproduction rattachée à des appels à
projet de types et chiffres variés [31]. Et tous
alimentaient une myriade d’archives, de banques de données et
cartographies menées par toute sorte d’organismes, privés comme
d’État – parmi lesquels, bien évidemment, les institutions
policières [32].
Il ne s’agit pas d’un détour: “les bases”,
maintenant, ne peuvent exister qu’en tant que contingents de
travailleurs chosifiés, convenablement apprivoisés et représentés
– traitées comme monnaie d’échange des bureaucraties” [33].
En remarquant cette dynamique déjà dans les années 1990, un
dirigeant sans-terre l’a synthétisé en un dicton: “peuple dans
la rue, argent avec intérêts”. Avoir une base bien organisée
signifie, effectivement, gérer des populations. Le “travailleur de
base” de ces mouvements n’a pas été abandonné, mais mené
jusqu’à ses dernières conséquences, se conformant en technique
de gestion:
Sans cela la gestion
deviendrait impraticable. (…) Pour cette raison les concessions
matérielles servant de réservoir économique garantissent le
fonctionnement et l’ossification des mouvements sociaux, leur
conversion en bras de l’État chargés d’enregistrer la base
sociale et gérer les maigres ressources des politiques publiques,
donc des organismes qui accomplissent des tâches essentielles pour
le succès de la contre-révolution permanente en son modèle
démocratique-populaire [34].
De ce point de vue, le cri de la gauche pour
“l’organisation dans les quebradas” [quartiers des périphéries
urbaines] dans l’après-juin avait des airs d’une tentative
facétieuse de rejouer l’histoire, comme s’il était possible de
récupérer une soi-disant pureté perdue de cette organisation
communautaire de fond d’église des années 70 et 80. D’un autre
côté, il servait comme moyen d’échapper au problème posé par
les rues de 2013: anonyme et explosive, cette révolte était
l’expression d’un prolétariat urbain dont la force de travail a
été encadrée par diverses politiques publiques, connecté aux
technologies de l’information, employé dans des régimes précaires
et hautement mobiles (en ce sens, la centralité du transport entre
ses revendications n’est pas fortuite).
Or aujourd’hui la propre révolte semble
s’accorder à l’ordre établi. Lorsqu’en 2018 un mouvement
décentralisé de camionneurs a paralysé l’économie brésilienne
par des blocages d’autoroutes du nord au sud, les intérêts et
l’organisation des travailleurs se sont révélés confondus à
ceux des secteurs de l’entreprenariat. La même rébellion qui a
mis le pays au bord de l’effondrement entrevoyait un renforcement
de l’ordre, appelant une “intervention militaire”. La paralysie
des camionneurs a conquis un vaste soutien de la population,
influençant des secteurs de travailleurs urbains (des livreurs à
moto jusqu’aux professeurs) [35], et a scellé le
tombeau du “grand accord national” [36] ébauché
par le gouvernement Temer – tentative, déjà rabaissée, de
garantir la survie du vieil arrangement politique autour d’un
programme d’austérité.
Enfin, la victoire de Bolsonaro noue le fil de
continuité qui relie 2013 à 2018: la conformation de la révolte à
l’ordre. Et, face à ça,
ce que fait la plus
grande partie de la gauche c’est créer des fronts antifascistes et
d’amples fronts démocratiques dans différents lieux et sous
différentes formes, justement pour affirmer les valeurs de la gauche
contre la croissance des valeurs d’extrême-droite – le rouge et
noir comme le multicolore contre le vert et jaune du drapeau
national, la Démocratie contre la Dictature. (…) ces positions
demeurent dans le domaine abstrait et discursif: que signifie
aujourd’hui combattre le fascisme avec un fusil? Qui sont les
fascistes, nos collègues de travail qui ont voté pour Bolsonaro?
[37]
Ce nouveau scénario coince les possibilités de
former un point de vue critique. D’un côté, une demande
renouvelée de la réhabilitation de l’arrangement démocratique de
pacification déjà caduc, dont les forces se révèlent de moins en
moins productives – un appel d’autant plus impuissant qu’il
tend à s’enfermer dans la défense de symboles. De l’autre côté,
la simple insistance sur la révolte perd son pouvoir de
contestation, après tout c’est le propre régime qui assume
maintenant ouvertement la violence sociale. Coincée entre ces deux
formes de défense de l’ordre, par où va la lutte de classes?

Notes
[1] MC Vitinho, O Crime é o
Crime/Dilma Sapatão/Instalar a UPP (2011). La chanson est un
proibidão (sous-genre du funk carioca lié aux factions criminelles
des favelas de Rio de Janeiro), enregistré après l’invasion des
favelas par l’armée et l’installation d’”Unités Policières
de Pacification” (UPP) sous le gouvernement du Parti des
Travailleurs (PT).
[2] Discours de l’ancien
président lors de l’ « Acte pour la Reconstruction de
l’État de Droit démocratique » qui a eu lieu dans un des
halls de la Faculté de Droit de l’UFRJ (11 août 2017, disponible
ici:
https://www1.folha.uol.com.br/poder/2017/08/1909354-lula-diz-que-foi-precipitado-considerar-atos-de-2013-democraticos.shtml
HYPERLINK
“https://www1.folha.uol.com.br/poder/2017/08/1909354-lula-diz-que-foi-precipitado-considerar-atos-de-2013-democraticos.shtml)”)
[3] On parle ici de “révolte”
car c’est le terme employé par la militance formée autour des
soulèvements urbains contre la hausse du prix du bus dans le pays
entre 2003 et 2013. En revanche, nous ne négligeons pas la
conception de João Bernardo, pour qui “la révolte est l’agitation
sous l’étendard du lieu-commun, donc précisément l’opposé de
la révolution, qui elle est la liquidation des lieux-communs”
(Revolta/revolução, Passa Palavra, Jul 2013, disponible sur
http://passapalavra.info/2013/07/81647/ HYPERLINK
“http://passapalavra.info/2013/07/81647/)”) distinction qui
contribue notamment à l’analyse des limites affrontées par ces
luttes.
[4] “La seule ‘revendication du
mouvement’ (…) n’en était pas une, puisqu’elle ne laissait
place à aucune organisation, à aucun ‘dialogue’. En son
caractère absolument négatif, elle ne signifiait que le refus de
continuer à être gouverné ainsi.” La description faite en 2016
par le Comité Invisible des manifestations contre la Loi Travail
sonne ici bien familière. (Comité invisible, Maintenant, Paris, La
Fabrique éditions, 2017)
[5] Rappelons-nous, par exemple, la
scène de Marilena Chauí [intellectuelle qui soutient le PT] disant,
lors d’une conférence à la Police Militaire de Rio de Janeiro,
que les black blocks seraient d’inspiration fasciste. Voir ‘Black
blocs’ agem com inspiração fascista, diz filósofa a PMs do Rio
(Folha de São Paulo, août 2013).
[6] Note de la traduction: Au
Brésil, les Opérations de “Garantie de la Loi et de l’Ordre”
(GLO) est un instrument légal par lequel le Président de la
République autorise une intervention militaire temporaire sur une
partie du territoire afin de “pacifier les forces opposantes” (en
d’autres mots, pour réprimer des conflits civils). Les GLO ont été
employées lors de grands évènements comme la Coupe du Monde de
2014 ou les Jeux Olympiques de 2016.
Voir
https://www.defesa.gov.br/arquivos/2014/mes02/md33_m_10_glo_2ed_2014.pdf.
[7] En retraçant la montée
répressive du long lendemain de juin à Rio de Janeiro entre 2013 et
2014, le film Operações de Garantia da Lei e da Ordem (Julia Murat,
2017) dessine la ligne de continuité entre le discours de Dilma face
aux mouvements de protestation et le discours d’investiture de
Temer : la défense de l’ordre.
[8] Note de la traduction: Le
Movimento Passe Livre [Mouvement Libre Passage] est un mouvement
social radical crée en 2005 réclamant la gratuité du transport
public et qui a été au sein des soulèvements de 2013. Le Movimento
Brasil Livre [Mouvement Brésil Libre] est une organisation de droite
fondée en 2014 à la tête du mouvement de protestation pour la
destitution de Dilma Roussef.
[9] D’un côté, on a vu la scène où Lula,
tout en sachant que son jugement était une manœuvre politique, se
rendre à la prison en réaffirmant sa confiance dans les normes
démocratiques: “si je ne croyais pas à la Justice, je n’aurais
pas fait de parti politique, j’aurais proposé une révolution dans
ce pays”. De l’autre, on voit la campagne électorale de Jair
Bolsonaro qui, tout en sachant qu’il remporterait les élections, a
sans cesse remis en question la légitimité des urnes ou affirmé
qu’une victoire de l’opposition serait le résultat d’une
fraude. Eduardo Bolsonaro s’est même moqué de la Cour Suprême,
en affirmant que pour fermer ses portes “il suffirait d’un soldat
et d’un caporal”.
[10] Expression courante dans les
milieux militants pour désigner la stratégie dessinée par ce qui
était appelé champ “démocratique-populaire” depuis les années
1980. Comme une pince, la prise de pouvoir impliquerait un
double-mouvement: par le haut, l’occupation progressive des espaces
institutionnels; par le bas, la mobilisation de masses dirigée par
des organisations populaires, mouvements sociaux et syndicats.
[11] “Pour la première fois, ce
qui s’exprime dans les élections”, dit Paulo Arantes [auteur
marxiste brésilien] lors d’un entretien récent, “ne se résumait
pas à gérer ou générer des politiques publiques classiques, mais
prendre le pouvoir par un affrontement politique” (Abriu-se a
porteira da absoluta ingovernabilidade no Brasil, diz Paulo Arantes,
Brasil de Fato, nov. 2018, disponible sur:
https://www.brasildefato.com.br/2018/11/13/abriu-se-a-porteira-da-absoluta-ingovernabilidade-no-brasil-diz-paulo-arantes/
HYPERLINK
“https://www.brasildefato.com.br/2018/11/13/abriu-se-a-porteira-da-absoluta-ingovernabilidade-no-brasil-diz-paulo-arantes/)”).
[12] En analysant les discours
d’Ernesto Araújo, récemment nommé Ministre des Affaires
Étrangères du gouvernement Bolsonaro, Jan Cenek (dans Trump, o
Ocidente, o chanceler, o ex-prefeito, o romance e a crise, déc.
2018) arrive à des conclusions similaires: “le programme
d’extrême-droite dépasse le réformisme sourd-muet, car il assume
et défend ouvertement ce que l’autre a dit qu’il ne ferait pas,
mais a fait et continue de faire. Tant que le capitalisme est
maintenu la répression est inévitable, la différence est que
l’extrême-droite défend ouvertement la militarisation et la
violence, tandis que le réformisme sourd-muet condamne les deux
uniquement dans le discours qui s’autoproclame démocratique (mais
ceux qui étaient dans les rues en juin 2013 savent bien ce que
Haddad a fait cet automne-là).”
[13] Emiliano Augusto, A paixão é
um excelente tempero para ação, mas uma péssima lente para a
análise (Facebook, oct. 2018).
[14] Carolina Catini et Renan
Oliveira, Depois do fim (Passa Palavra, nov. 2018).
[15] Note de la traduction: João
Bernardo est un militant marxiste portugais. Il était membre du
journal ouvrier “Combate” au moment de la Révolution des
Œuillets de 1974.
[16] Par fascisme on entend un
phénomène historique qui n’est pas un simple synonyme
d’autoritarisme exacerbé, tel qu’il était employé dans le
discours courant de la gauche. On doit remarquer, par exemple, que la
dictature militaire brésilienne des années 60-80,
quoiqu’autoritaire et nationaliste, n’a pas été fasciste à
proprement dire. Pour une discussion étendue à ce sujet, voir João
Bernardo, Labirintos do Fascismo (3e version, révisée et augmentée,
2018).
[17] Pour une analyse de ce projet
de contre-insurrection préventive, voir “Depois de junho a paz
será total” « Après le mois de juin, la paix sera totale »
(dans Paulo Arantes, O novo tempo do mundo, São Paulo, Boitempo,
2013).
[18] L’expression est employée
par Leda Paulani dans “Capitalismo financeiro, estado de emergência
econômico e hegemonia às avessas” « Capitalisme financier,
état d’urgence économique et hégémonie inversé ». (dans
Francisco de Oliveira, Ruy Braga e Cibele Rizek [orgs.], Hegemonia às
avessas, São Paulo, Boitempo, 2010).
[19] “Vagas arrombadas”, terme popularisé
par une page Facebook (https://www.facebook.com/vagasVTNC/ HYPERLINK
“https://www.facebook.com/vagasVTNC/)”).
[20] O Aluminista, Sequestro da
revolta! (2018, O Aluminista, disponible sur:
http://passapalavra.info/2018/11/123623/ HYPERLINK
“http://passapalavra.info/2018/11/123623/)”).
[21] Discours de Silvia Viana lors
du séminaire “Alarme de Incêndio: cultura e política na época
das expectativas decrescentes” (5 Mars, 2016,:
https://www.youtube.com/watch?v=IbOAN3lABHE HYPERLINK
“https://www.youtube.com/watch?v=IbOAN3lABHE)”).
[22] Note de la traduction: se
réfère aux couleurs jaune et verte du drapeau brésilien, portées
par la vague réactionnaire protestant contre la corruption et le
gouvernement du PT depuis 2013.
[23] Bien que l’”escracho”
ait une origine antérieure dans la gauche, renvoyant aux luttes des
familles de disparus politiques en Argentine, c’est dans les
milieux identitaires qu’elle a gagné dans les dernières années
sa forme plus achevée. Pour une narrative plus dynamique de ces
actions, voir Dokonal, Sobre escrachos, extrema-esquerda e suas
próprias novelas: o conto que pensei em escrever (Passa Palavra,
juil. 2014: http://passapalavra.info/2014/07/98096/ HYPERLINK
“http://passapalavra.info/2014/07/98096/)”). Voir aussi
https://fr.wikipedia.org/wiki/Escrache
[24] À ce sujet, voir “A caça
aos ‘falsos cotistas’: austeridade, identidade e concorrência”
(Passa Palavra, Août 2017: http://passapalavra.info/2017/08/114875
HYPERLINK “http://passapalavra.info/2017/08/114875)”).
[25] “Le système bourgeois est
devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son
sein. – Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’un
côté, en détruisant par la violence une masse de forces
productives; de l’autre, en conquérant de nouveaux marchés et en
exploitant plus à fond les anciens.” (Marx et Engels, Manifeste du
Parti Communiste, 1848).
[26] Caio Martins et Leonardo
Cordeiro, Revolta popular: o limite da tática (Passa Palavra, Mai
2014, disponible sur: http://passapalavra.info/2014/05/95701/
HYPERLINK “http://passapalavra.info/2014/05/95701/)”).
[27] Le commentaire est celui d’un
ouvrier qui filmait avec son téléphone portable l’incendie dans
les logements. Les impacts de la construction de Jirau, le
soulèvement ouvrier et l’articulation entre centrales syndicales
et le gouvernement pour réprimer le mouvement sont représentés
dans le documentaire Jaci: sete pecados de uma obra amazônica (Caio
Cavechini, 2015). Pour plus de lecture des rapports de paralysies,
morts, tortures et prisons dans les chantiers des travaux du PAC dans
la région Nord publiés par la Liga Operária, groupe syndical
d’influence maoïste qui agit dans la région, voir
http://www.ligaoperaria.org.br/1/?p=2867.
[28] La trajectoire de la
résistance des habitants de l’Assentamento Milton Santos
[assentamento est une terre conquise par l’occupation rurale], qui
a couru le risque de souffrir une “réforme agraire à l’envers”
pendant le gouvernement Dilma, a été largement rapportée par Passa
Palavra (le reportage complet peut être accédée ici:
http://passapalavra.info/2013/01/70939/ HYPERLINK
“http://passapalavra.info/2013/01/70939/)”)
[29] Début août 2013, Passa
Palavra rapportait un “printemps silencié”: rien que dans la
région du Grajaú, “environ 20 terrains ont été spontanément
occupés par des familles qui n’ont plus de conditions de payer les
coûts de loyer (…). C’est au minimum curieux de noter que, suite
aux agitations politiques qu’il convient d’appeler les ‘journées
de juin’, se soit déclenché un processus de lutte directe de la
part des couches les plus pauvres des quartiers périphériques et
que même les organismes de communication de gauche n’en donnent
pas l’attention méritée.” (Ocupações do Grajaú protestam por
moradia no centro de São Paulo, Passa Palavra, août 2013,
disponible sur: http://passapalavra.info/2013/08/82681/ HYPERLINK
“http://passapalavra.info/2013/08/82681/)”).
[30] Les rapports annuels du Bilan
des grèves publiés par Dieese listent un total de 2.050 grèves
enregistrées au Brésil pendant l’année de 2013, montant jusqu’à
2.093 en 2016 (les bilans de 2014 et 2015 n’ont pas été publiés
jusqu’à présent). Mais, comme remarque Leo Vinicius, une analyse
de la période doit prendre en compte les “grèves et actions dans
les lieux de travail hors de l’action syndicale et non comprises
dans ces statistiques. Il est probable que plusieurs actions
autonomes de travailleurs organisés aient eu lieu sans qu’on en
ait eu la moindre nouvelle. (Bem além do mito “Junho de 2013”,
Passa Palavra, juil. 2018, disponible sur:
http://passapalavra.info/2018/07/121756/ HYPERLINK
“http://passapalavra.info/2018/07/121756/)”).
[31] Pour un portrait de ce
scénario, voir Estado e movimentos sociais (Passa Palavra, fév.
2012, disponible sur: http://passapalavra.info/2012/02/52448/
HYPERLINK “http://passapalavra.info/2012/02/52448/)”).
[32] Un cas emblématique est celui
du GEO-PR (Système Géoréferencié de Surveillance et Soutien à la
Décision de la Présidence de la République), crée par le
gouvernement Lula en 2005 sous prétexte de protéger les communautés
quilombolas, terres indigènes et occupations rurales. “Alimenté
de données concernant les mouvements sociaux, tels que
‘manifestations’, ‘grèves’, ‘mobilisations’, ‘questions
agraires, ‘questions indigènes’, ‘actions de ONG’ et
‘quilombolas’” pendant plus d’une décennie, il a donné
corps à un “puissant instrument de surveillance de mouvements
sociaux, le plus grand qui soit connu jusqu’ici” (Lucas
Figueiredo, O grande irmão: Abin tem megabanco de dados sobre
movimentos sociais, The Intercept, déc. 2016, disponible sur:
https://theintercept.com/2016/12/05/abin-tem-megabanco-de-dados-sobre-movimentos-sociais/).
[33] Extrait de l’article Revolta
popular: o limite da tática (cit.)
[34] Pablo Polese, A esquerda mal
educada (Passa Palavra, juil. 2016).
[35] En ce qui concerne la
répercussion de la grève des camionneurs parmi les travailleurs
d’applications, livreurs à moto, chauffeurs de bus scolaires et
autres catégories, voir Gabriel Silva, “A greve dos caminhoneiros
e a constante pasmaceira da extrema esquerda” (Passa Palavra, mai
2018, disponible sur: http://passapalavra.info/2018/05/119926/
HYPERLINK “http://passapalavra.info/2018/05/119926/)”).
[36] “Michel forme un
gouvernement d’union nationale, il fait un grand accord, il protège
Lula, il protège tout le monde. Ce pays regagne le calme, personne
n’en peut plus”, disait Sérgio Machado, ancien président de
Transpetro, lors de sa célèbre conversation avec le Ministre de la
Planification du gouvernement Dilma, Romero Jucá, peu avant la
votation de la déstitution (enregistré et diffusé à la presse en
mai 2016, le dialogue est disponible et retranscrit sur
https://www1.folha.uol.com.br/poder/2016/05/1774018-em-dialogos-gravados-juca-fala-em-pacto-para-deter-avanco-da-lava-jato.shtml
HYPERLINK
“https://www1.folha.uol.com.br/poder/2016/05/1774018-em-dialogos-gravados-juca-fala-em-pacto-para-deter-avanco-da-lava-jato.shtml).)”).)
[37] “Um outro João (“Another
João”), Breve comentário sobre as frentes democráticas e
antifascistas contra Bolsonaro” (Passa Palavra, déc. 2018,
disponible sur: http://passapalavra.info/2018/12/123955/ HYPERLINK
“http://passapalavra.info/2018/12/123955/)”).