traduction
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« Tant que le capital régnera, les
armements et les guerres ne cesseront pas. » Ces mots sont gravés
depuis le 5 mars 2021 dans la pierre, sur le sol devant l’entrée
du Felsenkeller à Leipzig. Rosa Luxemburg y a prononcé, le 27 mai
1913, l’un de ses discours les plus importants sur la « situation
mondiale ».
Extraits traduits d’un article en
ligne paru à cette occasion :
https://kreuzer-leipzig.de/2021/03/05/so-lange-das-kapital-herrscht/
Lettre à Leo Jogiches
Elle décrit ce meeting dans une lettre
à Leo Jogiches le 28 mai 1913 : « Hier soir, j’ai tenu un
magnifique meeting dans la plus grande salle de Leipzig. J’ai parlé
de la politique mondiale et attaqué fermement le groupe
parlementaire ainsi que toute la tactique dominante dans le parti.
Mon discours a été accueilli par des tonnerres d’applaudissements
et j’ai été officiellement remerciée. …
Le discours de Francfort et la
condamnation pour incitation à la désobéissance
Après le discours de Leipzig sur
l’inanité des guerres en référence à la guerre des Balkans de
1913… elle réitère en septembre 1913, dans un discours à
Francfort, son appel au refus de servir et d’obéir en cas de
guerre ; « Non, nous ne le ferons pas » [tirer sur d’autres
prolétaires] et sera condamnée à un an de prison, le discours
étant considéré comme une incitation à la désobéissance aux
lois et aux décisions de l’autorité.
Je me sens comme un chien perdu
En janvier 1912, elle descend à
l’hôtel Sedan lors de la campagne électorale et écrit : « Ici,
à Leipzig, je tourne en rond et me sens comme un chien perdu. Tout
est froid, désagréable, les gens sont agaçants, je n’ai pas de
chambre à moi. Mais j’essaie de me libérer et de m’isoler
intérieurement de tout cela. »
[Note du blog : Il faut lire cette
citation en sachant que Rosa Luxemburg a tenu un nombre incalculable
de meetings, attachant une importance primordiale à la lutte pour la
prise de conscience du prolétariat, sans ménager sa fatigue et
malgré son aspiration profondément ancrée au calme et à la
solitude. Il faut aussi comprendre le courage qu’il lui fallait
pour affronter de front, sur ce terrain majeur, le pouvoir impérial,
alors même que le parti social-démocrate était dominé par le
réformisme, qui atteindra son triste apogée avec le ralliement
officiel à la guerre en 1914.]
Meetings ouvriers dans les années 1920
Le discours de Rosa Luxemburg
https://www.marxists.org/deutsch/archiv/luxemburg/1913/05/plagwitz.htm
La situation politique mondiale –
(discours du 27 mai 1913 à Leipzig-Plagwitz) – d’après un
compte rendu de presse
Leipziger Volkszeitung, n° 121 du 29
mai 1913.
Rosa Luxemburg, Œuvres complètes,
vol. 3, p. 212–219.
Transcription : Oliver Fleig et
Sozialistische Klassiker.
Balisage HTML : Einde O’Callaghan
pour le Marxists’ Internet Archive.
Nous vivons une époque étrange, dans
laquelle l’attention de la classe ouvrière est de plus en plus
accaparée par un domaine très particulier de la vie publique : ce
domaine est la politique étrangère. Pour la conception et l’horizon
intellectuel du petit-bourgeois moyen, la politique étrangère
appartient à cette rubrique du journal du matin qu’il lit en
buvant son café pour se distraire de ses soucis ou des
récriminations de sa moitié. Pour la classe ouvrière, en revanche,
la politique étrangère est profondément sérieuse et d’une
importance capitale. Il n’en a pas toujours été ainsi. Si l’on
suit la vie intellectuelle de la classe ouvrière au cours des
dernières décennies, on peut presque en sentir le pouls et observer
comment, année après année, l’attention pour la politique
étrangère augmente parmi les travailleurs. Pourtant, cela ne suffit
toujours pas : il faut parvenir à ce que chaque ouvrière et chaque
ouvrier apprenne à comprendre qu’il s’agit de suivre, avec la
même énergie, la même attention et la même passion que les
questions de politique intérieure, tous les événements de la
politique mondiale. Chaque prolétaire, homme ou femme, doit
aujourd’hui se dire : rien ne se produit en politique étrangère
qui ne touche aux intérêts les plus propres du prolétariat.
Lorsque, en Afrique, les militaires allemands oppriment les Noirs
[1], lorsque, dans les Balkans, les Serbes et les Bulgares massacrent
les soldats et paysans turcs [2], lorsque, au Canada, lors des
élections, le parti conservateur prend soudain le dessus et renverse
la domination libérale [3], dans tous les cas, les ouvrières et les
ouvriers doivent se dire : c’est de votre cause qu’il s’agit,
vos intérêts sont en jeu. C’est Karl Marx qui, des décennies
avant que cette évolution ne soit aussi clairement visible, nous a
donné des indications pour comprendre ce phénomène. Dans sa
célèbre adresse inaugurale, il disait notamment : les luttes
concernant la politique étrangère font partie de la lutte générale
pour l’émancipation du prolétariat, elles font donc partie de la
lutte de classe. [4]
Si nous comparons la situation
politique mondiale actuelle à l’époque où cette adresse
inaugurale fut prononcée, nous pouvons mesurer le changement des
temps. Dans les années 1860, le pivot de la situation mondiale était
encore constitué par les suites et conséquences du partage de la
Pologne entre la Prusse, l’Autriche et la Russie. [5] C’est le
frottement mutuel entre les complices de ce pillage qui déterminait
la situation mondiale. Aujourd’hui, si l’on demande quel est le
centre des événements mondiaux, même un homme politique sérieux
serait bien embarrassé. Aujourd’hui, nous avons un tel point en
mer du Nord, dans la rivalité entre l’Angleterre et l’Allemagne.
En Méditerranée, il existe tout un enchevêtrement d’oppositions
et de contradictions. La paix dans les Balkans [6] signifie le
démembrement de la Turquie européenne et, en même temps, la
garantie certaine de la prochaine guerre pour la Turquie asiatique.
Mais les contradictions internationales ne s’arrêtent pas là. Sur
le corps du malheureux Perse se livre la lutte entre la Russie et
l’Angleterre. [7] En pleine paix, un pays et un peuple sont
dépecés. Un peu plus à l’est se trouve le gigantesque foyer
révolutionnaire de la Chine. De l’Asie, le chemin mène à travers
l’océan Pacifique vers l’Amérique. Là, nous avons connu ces
dernières décennies toujours de nouvelles surprises. Depuis que les
États-Unis ont mené en 1898 leur première guerre coloniale contre
l’Espagne pour les Philippines, les capitalistes américains
tournent leurs regards avides vers l’Asie. De là est née
l’opposition entre le Japon et les États-Unis et l’Angleterre.
Si nous examinons également les
guerres des dix à quinze dernières années, nous voyons comment
l’horizon politique s’est progressivement élargi. On peut,
grossièrement, faire commencer ce bouleversement avec la guerre
sino-japonaise de 1895. Cette guerre montra un pays qui s’éveillait
pour la première fois à l’indépendance. En 1898 suivit la guerre
entre l’Amérique et l’Espagne, au cours de laquelle les
États-Unis combattirent pour la première fois hors de leur
territoire. La guerre des Boers de 1899 couronna une série de
conquêtes silencieuses que l’Angleterre avait réalisées là-bas.
Puis vint l’expédition des « Huns » en Chine, au cours de
laquelle Guillaume II donna aux soldats le mot d’ordre : pas de
pardon, pas de prisonniers. Les soldats devaient agir comme les Huns,
de sorte que, pendant mille ans, aucun Chinois n’ose regarder de
travers un Allemand. [8] En 1904 éclata la guerre entre la Russie et
le Japon, suivie de la révolution russe, à laquelle se rattachèrent
les révolutions en Perse, en Turquie et en partie en Inde. Ces
dernières années, nous avons ensuite vu une série d’éclairs et
d’orages en Chine. Le conflit entre la France et l’Allemagne au
sujet du Maroc a entraîné l’expédition italienne à Tripoli,
laquelle a à son tour conduit à la guerre des Balkans. La force
motrice de ces guerres est la volonté de se partager les régions
encore non atteintes par le capitalisme.
Jusqu’à récemment, il existait au
sein de la social-démocratie un moyen très simple de décider de
notre attitude face à une guerre. La guerre d’agression était
rejetée et condamnée ; en revanche, la social-démocratie devait
soutenir la guerre défensive. Le camarade Bebel, qui a dit tant de
choses excellentes, mais parfois aussi, comme tout homme, moins
excellentes, déclara un jour au Reichstag qu’en cas de guerre
défensive, malgré son âge, il prendrait encore le fusil sur
l’épaule. [9] Cette directive n’est déjà plus valable, car la
distinction entre guerre d’agression et guerre défensive se
dissout entre nos mains ou éclate comme une bulle de savon. Dans les
guerres de la Révolution française, le gouvernement français
déclara la guerre, et pourtant il s’agissait de guerres défensives
protégeant l’œuvre de la révolution contre la réaction. La
guerre des Balkans est formellement une guerre d’agression contre
la Turquie. Mais les dirigeants des nations attaquantes se répandent
en déclarations sur la défense des droits nationaux les plus sacrés
et de la foi chrétienne contre les Turcs — et ils ont, eux aussi,
raison. Nous devons en conclure que, en tant que prolétaires, nous
devons nous opposer à toute guerre, qu’elle soit d’agression ou
de défense. Nous y reconnaissons une conséquence de l’impérialisme
et, de même que nous combattons l’impérialisme dans son ensemble,
nous combattons chacune de ses manifestations.
Un expédient dans notre tactique
consiste à ce que la social-démocratie allemande se place sur le
terrain de la Triple Alliance, c’est-à-dire qu’elle soutienne
l’union des diplomaties allemande, autrichienne et italienne. Il
est profondément regrettable que, il y a quelques semaines à peine,
lors du débat au Reichstag sur le nouveau projet militaire [10], le
camarade David ait déclaré publiquement, au nom du groupe
parlementaire, que nous, sociaux-démocrates, nous nous plaçons sur
le terrain de la Triple Alliance, avec la réserve toutefois que
celle-ci devrait être un bon élève et œuvrer pour la paix. [11]
Malheureusement, nous ne sommes pas restés seuls : presque le même
jour, au Parlement de Vienne, le camarade Renner fit une déclaration
similaire pour la social-démocratie autrichienne. Attendre de la
Triple Alliance, d’une politique d’alliances capitalistes
destinée à préparer la guerre, qu’elle œuvre pour la paix,
c’est vouloir cueillir des figues sur un chardon. Il suffit
d’examiner les résultats de la Triple Alliance. Sa première
conséquence fut de pousser la France vers l’alliance honteuse avec
la Russie et de conduire l’Angleterre avec la France et la Russie à
cette relation triangulaire. [12] Une autre conséquence de la Triple
Alliance est l’énorme armement de l’Allemagne contre la France
et la Russie, ainsi que celui de l’Autriche. Où était donc la
Triple Alliance lorsqu’il s’agissait de maintenir la paix,
lorsqu’une puissance de l’Alliance envahissait Tripoli ou lorsque
l’Autriche annexait la Bosnie et l’Herzégovine ? C’est une
vérité bien connue que lorsque deux ou trois États capitalistes
mettent leurs têtes ensemble, il s’agit toujours de la peau d’un
quatrième État capitaliste. Quelle naïveté de croire que cette
alliance puisse garantir la paix. Il existe une alliance
internationale qui s’est révélée être la seule garantie de la
paix : l’alliance de tous les prolétaires révolutionnaires du
monde !
Nous devons aussi en finir avec une
autre illusion susceptible de semer la confusion : l’illusion du
désarmement. Il y a quelques années, le ministre anglais Grey fit
un beau discours appelant à un accord sur les armements. [13] À
peine cela fut-il entendu chez nous que certains camarades de notre
groupe parlementaire dirent : bravo, cet homme parle comme un livre.
Ils croyaient que, de cette manière, nous pourrions remonter de la
guerre vers la paix. Mais lorsque Grey parlait ainsi, il avait déjà
un nouveau projet naval en poche, et au lieu du désarmement vinrent
d’énormes réarmements. En Allemagne aussi, ce fut similaire. En
commission budgétaire, le ministre de la guerre parla d’un accord
avec l’Angleterre. [14]
Cela provoqua un grand émoi ! Un ministre de la Guerre allemand qui
tenait comme une colombe le rameau d’olivier de la paix dans le bec
; en réalité, ce n’était que le prélude à l’énorme projet
militaire. Il faut vraiment fermer les yeux pour ne pas voir que les
armements sont une conséquence naturelle de tout le développement
économique. Tant que le capital domine, les armements et la guerre
ne cesseront pas. Tous les grands et petits États capitalistes sont
désormais entraînés dans le tourbillon de la course aux armements.
Cela a toujours été le privilège de la social-démocratie que ses
efforts ne prennent pas racine dans un pays de cocagne, mais reposent
solidement sur le terrain réel. Face à tous les phénomènes
politiques, nous avons toujours demandé comment ils s’accordaient
avec le développement capitaliste. Comme nous avons ri des
politiciens bourgeois de la paix, ces braves gens et mauvais
musiciens. C’est une utopie sans espoir d’attendre que, grâce à
notre propagande pour le désarmement, les États capitalistes
cessent de s’armer. Les armements sont une conséquence fatale du
développement capitaliste, et cette voie mène à l’abîme.
Nous poursuivons un objectif tout
différent, qui définit clairement notre tâche historique : le
système de milice, l’armement du peuple, comme l’exige notre
programme. Nous avons le devoir de dire au peuple qu’il doit cesser
de faire preuve d’obéissance cadavérique, qu’il doit défendre
ses propres intérêts. Certes, l’exigence de la milice est tout
autre chose que le désarmement de la classe dominante ; le système
de milice ne peut naître que de l’énergie du prolétariat. Nous
ne nous faisons pas d’illusions, nous ne croyons pas pouvoir
instaurer la milice du jour au lendemain. Une organisation militaire
où le peuple en armes décide s’il veut entrer en guerre ou non
est incompatible avec la domination des Krupp et des cartels de
l’armement. Pour instaurer la milice, il faut renverser les classes
dominantes, cela signifie une révolution, un immense travail
historique. Mais cela doit-il être un prétexte pour conserver
soigneusement notre revendication comme un reliquat familial dans une
armoire, pour ne la ressortir que lors d’occasions solennelles ?
Non ! Nous devons revendiquer la milice
dans le programme d’action quotidien ; le peuple doit savoir que la
réalisation de cette revendication suppose le renversement de la
domination des junkers. En France, nous vivons actuellement le
proteste tumultueux contre le service de trois ans ; là commence
déjà l’opposition à l’obéissance militaire aveugle. L’ouvrier
allemand serait-il plus stupide, plus mauvais et plus lâche ? Je
crois que ce n’est pas en vain que nous comptons quatre millions de
voix social-démocrates et que nous avons derrière nous cinquante
ans d’histoire socialiste. Le temps viendra aussi où la classe
ouvrière allemande ne se laissera plus commander, où elle se lèvera
comme un seul homme et dira : je ne le veux pas, je ne le fais pas !
(Vifs applaudissements)
Une conséquence des délires
d’armement est le déclin honteux du parlementarisme. En Allemagne,
toute opposition bourgeoise a disparu du Parlement ; il n’y a
aucune proposition d’armement qui ne soit approuvée par les
fidèles mamelouks du gouvernement. Il suffit que le gouvernement
siffle, et les parlements sautent comme des caniches. Nous
travaillons aux élections du Reichstag à la sueur de notre front
pour envoyer autant de représentants que possible au Reichstag ;
mais s’il y a un ouvrier qui pense qu’il suffit de déposer un
bulletin de vote, il ne peut que m’inspirer de la pitié. Dans la
même mesure où davantage de sociaux-démocrates sont envoyés au
Parlement, celui-ci se réduit toujours plus à une feuille de vigne
de l’absolutisme. Lorsque l’expédition de Chine [15]
fut équipée, les députés étaient chez leur mère ; ensuite, les
représentants de la bourgeoisie accordèrent avec une diligence
servile l’indemnité pour les dépenses déjà engagées. En
Angleterre, où le cérémonial du tour de passe-passe parlementaire
est particulièrement développé, la situation est la même ; un
journal anglais écrivait que le parlementarisme trois fois sacré
est en passe de fermer boutique. Comme en Allemagne et en Angleterre,
il en va de même en Autriche et dans d’autres États : le
parlementarisme s’enfonce de plus en plus dans le marécage. Que
vaudrions-nous, nous social-démocrates, si nous fondions nos espoirs
sur le parlementarisme ? Le centre de gravité de la politique
social-démocrate doit être déplacé vers les masses ; le Parlement
ne reste plus qu’une tribune — certes importante — d’où l’on
doit faire œuvre d’éducation socialiste et stimuler les masses.
Que la masse puisse agir lorsque c’est nécessaire, nous en avons
eu suffisamment de preuves ces derniers temps. On nous dit souvent,
les livres de caisse et d’adhérents à la main, que nous n’avons
pas encore assez de membres, que les caisses sont encore trop faibles
pour mener de grandes actions. Oh, ces petits calculateurs ! Je ne
sous-estime pas la valeur des organisations, on ne saurait trop
l’estimer, mais il serait profondément erroné de croire qu’il
faudrait que le dernier ouvrier et la dernière ouvrière soient
membres inscrits du parti avant que la grande marche contre le
capitalisme puisse commencer. En Belgique, ce sont 400 000 hommes qui
sont restés les bras croisés pendant dix jours pour conquérir des
droits politiques, même si je pense qu’on ne les a pas engagés au
bon moment. La classe ouvrière belge est pourtant loin d’avoir des
organisations aussi solides que l’allemande. L’exemple de la
révolution russe a également montré de quoi la masse est capable.
En 1906, le prolétariat russe n’avait ni organisations syndicales
ni organisations politiques, et quelques années plus tard, dans le
feu de la révolution, des organisations prolétariennes solides
étaient forgées.
Il est nécessaire que nous ne
sous-estimions pas notre force, la force élémentaire de la grande
masse, car le danger de sous-estimer nos forces est plus grand que
celui de les surestimer. Nous devons dire aux masses prolétariennes
que si, après 50 ans de développement, nous comptons des millions
dans nos rangs, cela ne nous autorise pas seulement à être fiers,
mais nous oblige aussi à agir. Plus nous grandissons, plus nous
sommes tenus de jeter tout le poids de notre masse dans la balance.
Nous devons éclairer les masses et leur dire : lorsque les
capitalistes se partagent le monde, nous sommes les héritiers de ces
entreprises périlleuses. Nous devons montrer ce courage, cette
détermination et cette absence de scrupules dans la poursuite de nos
tâches que les révolutionnaires bourgeois ont manifestés, que
Danton a résumés en disant que, dans certaines situations, il ne
faut pour mot d’ordre que trois mots : de l’audace, de l’audace
et encore de l’audace ! (Applaudissements tempétueux)
Notes
1. En 1904, dans le Sud-Ouest africain,
les peuples herero et hottentot s’étaient soulevés contre la
domination coloniale de l’impérialisme allemand. L’insurrection,
qui avait le caractère d’une guerre de libération, se termina par
une défaite lourde de pertes pour ces peuples, après que les
troupes coloniales allemandes eurent agi pendant trois ans avec une
extrême cruauté contre eux.
2. D’octobre 1912 à mai 1913, la
Bulgarie, la Serbie, la Grèce et le Monténégro firent la guerre à
l’Empire ottoman, qui se termina par une défaite de la Turquie.
Cette guerre était, dans sa tendance principale, une guerre
nationale contre la domination étrangère turque dans les Balkans.
En raison de l’ingérence des grandes puissances impérialistes,
elle mit en danger la paix en Europe.
3. Avec la victoire du parti
conservateur aux élections de la Chambre des communes au Canada en
septembre 1911, une domination de quinze ans de la majorité libérale
prit fin.
4. Voir Karl Marx, Adresse inaugurale
de l’Association internationale des travailleurs, dans Karl Marx et
Friedrich Engels, Œuvres, t. 16, Berlin 1971, p. 13.
5. À la suite des partages de la
Pologne en 1772, 1793 et 1795, les territoires occidentaux furent
annexés par la Prusse, la Galicie par l’Autriche et les
territoires orientaux par la Russie. En 1815, le Congrès de Vienne
créa le royaume de Pologne (Pologne du Congrès), lié à la Russie
par une union personnelle.
6. Dans le traité de paix de Londres,
conclu le 30 mai entre les États balkaniques et la Turquie, celle-ci
dut céder presque tous ses territoires de la péninsule balkanique
aux États balkaniques.
7. Sous l’influence de la révolution
en Russie de 1905 à 1907, un mouvement de masse
bourgeois-démocratique se développa en Perse, conduisant à la
limitation de l’absolutisme et à l’introduction d’un régime
constitutionnel. Avec le soutien actif de la Grande-Bretagne et de la
Russie tsariste, qui réprimèrent par la force armée les forces
révolutionnaires dans le sud et le nord de la Perse, les forces
réactionnaires réussirent à écraser la révolution à la fin de
1911.
8. Le 27 juillet 1900, Guillaume II
avait, à Bremerhaven, adressé aux troupes de l’expédition de
Chine un discours chauviniste d’incitation, devenu tristement
célèbre sous le nom de « discours des Huns », les appelant à une
extrême brutalité envers les combattants chinois de la liberté.
9. Le 7 mars 1904, August Bebel s’était
exprimé au Reichstag sur l’attitude de la social-démocratie en
cas de guerre d’agression de puissances étrangères contre
l’Allemagne. Il partait alors de la constatation, souvent soulignée
par Karl Marx et Friedrich Engels ainsi que par lui-même, et juste
pour le XIXe siècle, qu’une guerre nationale de défense contre le
tsarisme et ses alliés pouvait être possible et nécessaire dans
l’intérêt du développement du mouvement ouvrier. Bebel n’avait
pas vu que cette conception était dépassée du fait du changement
du rapport de forces national et international à l’époque de
l’impérialisme.
10. Fin 1913, un projet de loi
militaire et financier fut présenté au Reichstag, prévoyant le
plus grand renforcement de l’armée depuis la création de l’Empire
allemand. Une partie des moyens financiers supplémentaires devait
être obtenue par une contribution militaire exceptionnelle et par
l’imposition de tous les patrimoines supérieurs à 10 000 marks,
le reste étant reporté sur les épaules de la population
laborieuse. Le groupe social-démocrate rejeta le projet, mais vota
en faveur d’un prélèvement exceptionnel sur le patrimoine (la «
contribution militaire ») et d’un impôt sur l’accroissement de
fortune pour financer le projet militaire. Le vote avait été
précédé de vives discussions internes, qui se terminèrent par la
suppression de la résistance de 37 députés par les révisionnistes
abusant de la discipline du groupe. Cette approbation signifiait
l’abandon du principe « pas un homme ni un sou pour ce système !
».
11. Cette déclaration avait déjà été
faite le 3 décembre 1912 par l’opportuniste Eduard David au nom du
groupe social-démocrate. Il soutenait la politique étrangère
impérialiste et déclarait la social-démocratie allemande comme un
soutien de la Triple Alliance, pour autant qu’elle fût une «
alliance défensive ».
12. Après que la France et la Russie,
ainsi que la Grande-Bretagne et la France, eurent déjà formé des
alliances, la Grande-Bretagne et la Russie s’entendirent en août
1907 sur la délimitation de leurs sphères d’influence. Ainsi
naquit la Triple-Entente comme bloc de puissance impérialiste.
13. Le 13 mars 1911, le ministre des
Affaires étrangères Sir Edward Grey, à l’occasion de la
présentation du nouveau budget naval à la Chambre des communes
britannique, parla des possibilités de limitation des armements,
notamment d’un traité avec l’Allemagne, les dépenses d’armement
constituant selon lui une « hémorragie en temps de paix ». Le
budget naval fut adopté et entraîna une augmentation de quatre
millions de livres sterling par rapport à l’année précédente.
14. Ce n’était pas le ministre de la
Guerre, mais le secrétaire d’État à l’Office impérial de la
Marine, Alfred von Tirpitz, qui, le 6 février 1913, dans la
commission budgétaire du Reichstag, déclara qu’il accueillerait
favorablement un accord avec la Grande-Bretagne et que des
négociations seraient possibles dès que celle-ci le souhaiterait et
ferait des propositions.
15. En 1900, les impérialistes
allemands prirent pour prétexte l’assassinat du représentant
allemand à Pékin lors de l’insurrection des Ihétuans pour
envoyer un corps expéditionnaire en Chine afin d’assurer leur
expansion en Asie de l’Est. Avec les troupes d’autres puissances
impérialistes, ils réprimèrent brutalement le mouvement de
libération chinois.
16. Le 14 avril 1913 débuta en
Belgique une grève politique de masse pour le suffrage universel,
soigneusement préparée depuis juin 1912 dans tout le pays par un
comité spécial sur les plans organisationnel, financier et
idéologique. Environ 450 000 travailleurs y participèrent. Le 24
avril 1913, le congrès du parti ouvrier belge décida d’y mettre
fin après que le Parlement belge eut décidé d’examiner la
réforme électorale en commission.
Rosa Luxemburg
On peut lire aussi : en allemand, une
brochure sur Internet :
https://www.die-linke-in-leipzig.de/fileadmin/lcmssvleipzig/user/upload/Weltpolitische_Lage.pdf
« Le marxisme est une conception révolutionnaire du monde qui doit
toujours lutter pour des connaissances nouvelles, qui ne hait rien
autant que la pétrification dans des formes valables dans le passé et
qui conserve le meilleur de sa force vivante dans le cliquetis d'armes
spirituel de l'auto-critique et dans les foudres et éclairs de
l'histoire ». Rosa Luxemburg