5
mars 2026 Alencontre
Etats-Unis,
Iran,
Israël,
Moyen Orient
0
Déclaration
de l’IASWI contre la guerre
Par l’Alliance
internationale de soutien aux travailleurs en Iran (IASWI)
[L’Alliance internationale de
soutien aux travailleurs en Iran (IASWI-basée au Canada) est une
campagne indépendante et non partisane créée en 1999 afin de
renforcer la solidarité entre travailleurs et travailleuses pour la
défense des droits et des luttes des travailleurs et travailleuses
en Iran. L’IASWI est gérée par des bénévoles et n’est
financée par aucun gouvernement ni aucune entreprise. Elle rejette
les sanctions économiques et les interventions militaires
impérialistes, et ses positions sont fondées sur l’opposition à
l’exploitation capitaliste et la promotion de la solidarité
internationale de la classe ouvrière.
La déclaration suivante de l’IASWI
a été publiée à la suite des bombardements meurtriers et
horribles perpétrés par Israël et les États-Unis. Elle déclare,
en termes clairs et sans ambiguïté: «Cette guerre destructrice n’a
pas pour but de libérer le peuple iranien. Au contraire, elle
déforme, sape et détruit les luttes mêmes pour la liberté,
l’égalité, les droits des travailleurs et travailleuses ainsi que
la justice sociale et économique en Iran.»
Il s’agit d’un engagement fort et
courageux en faveur de la résistance, de la lutte et de l’espoir.
C’est une critique sévère à l’égard du soutien opportuniste
et caricaturale du gouvernement canadien du premier ministre Mark
Carney à l’attaque militaire conjointe du président américain
Donald Trump et du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou
contre l’Iran. La guerre est menée sans respecter les procédures
internationales officielles d’intervention militaire en passant par
les organes des Nations unies auxquels le Canada dit adhérer.
L’appel à la solidarité avec les
travailleurs et travailleuses d’Iran – face à ces attaques
motivées de façon hypocrite – est clair et stimulant. Il souligne
un point essentiel: la résistance du peuple au régime corrompu du
«capitalisme clérical» ne cautionne en aucun cas la guerre
déclenchée contre l’État iranien. L’appel rejette les efforts
visant à imposer le prétendu Shah, Reza Pahlavi, fils de l’ancien
dictateur et Shah déchu. Il réaffirme que l’indépendance et la
légitimité de la résistance des peuples ne peuvent être
compromises par les efforts d’Israël et des États-Unis pour la
saper. Elle affirme: «La classe ouvrière iranienne a été claire:
ni les bombes, ni les sanctions économiques, ni le régime
autoritaire n’apporteront l’égalité et la liberté. La voie
vers la libération réside dans le pouvoir collectif indépendant
des travailleurs, des femmes, des étudiants et des communautés
opprimées elles-mêmes.»
L’IASWI appelle les travailleurs et
travailleuses, les socialistes et tous les autres à manifester leur
solidarité avec le peuple iranien, dans les termes les plus clairs.
Nous condamnons cette guerre illégale contre l’Iran et l’abandon
des négociations diplomatiques, sous la pression de l’État
d’Israël et de ses alliés au sein de l’État américain. Nous
assistons déjà à des crimes de guerre potentiels avec le massacre
d’écoliers et le bombardement d’hôpitaux. Ceux-ci doivent faire
l’objet d’une enquête immédiate.
L’intervention des États-Unis et
d’Israël étend encore davantage la guerre et la destruction à
travers le Moyen-Orient, dans la poursuite des objectifs
expansionnistes et diplomatiques d’Israël, avec de graves
conséquences pour la région et le monde. L’impact sur les
travailleurs du monde entier de la flambée des coûts de l’énergie,
de l’augmentation constante des dépenses militaires et du
renforcement permanent des mesures d’austérité dans le domaine
social se fait déjà durement sentir. Il est nécessaire d’insister
pour que le gouvernement canadien évite toute implication directe ou
indirecte dans le conflit, poursuive la reprise des efforts
diplomatiques et élabore des propositions pour un Moyen-Orient
exempt d’armes nucléaires, qui comprennent l’inspection
approfondie et le désarmement des stocks nucléaires d’Israël. –
IASWI]
***
NON à
la guerre!
L’Alliance internationale de soutien
aux travailleurs en Iran (IASWI) condamne avec la plus grande fermeté
la guerre lancée le 28 février 2026 par les gouvernements des
États-Unis et d’Israël contre le territoire iranien. Présentée,
entre autres mensonges, comme une «frappe préventive» et un
«soutien au peuple iranien», cette agression montre clairement que
la vie des civils, leur sécurité et leurs aspirations démocratiques
ne sont même pas la moindre des préoccupations des régimes Trump
et Netanyahou. Au cours des premières heures du bombardement, plus
de 150 écolières de Minab, ainsi que des travailleurs de
l’éducation ont été tués, beaucoup d’autres ont été
blessés, et des hôpitaux et des quartiers civils ont été pris
pour cible à Téhéran et dans d’autres villes du pays.
Cette guerre s’inscrit dans le cadre
d’un programme plus large de changement de régime mené par les
États-Unis et Israël, uniquement dans leur propre intérêt
stratégique et sans aucun rapport avec les aspirations du peuple
iranien à un avenir meilleur. Tout en prétendant soutenir la
liberté en Iran, les gouvernements Trump et Netanyahou ont
systématiquement saboté et mis en danger les manifestations
populaires et les mouvements sociaux indépendants, imposé des
sanctions économiques dévastatrices et promu des personnalités
telles que Reza Pahlavi, qui a ouvertement approuvé cette guerre.
Retour
au Shah?
Reza Pahlavi, le fils du Shah d’Iran
déchu, a déclaré: «Mon cœur saigne pour les trois héros
américains tués et les cinq blessés par le régime [iranien]. Le
peuple iranien leur sera éternellement reconnaissant. À leurs
familles en deuil: veuillez accepter notre immense amour, nos plus
sincères condoléances et notre éternelle gratitude.» Il a
également déclaré de manière honteuse: «Les Iraniens sont
reconnaissants à Donald Trump d’avoir pris pour cible le régime
oppressif et d’avoir offert une chance à la liberté. Le moment
est venu pour un leadership fort et stable de concrétiser cette
opportunité historique.» Pendant ce temps, il est resté silencieux
sur le massacre d’écolières et d’autres civils.
Cette guerre destructrice n’a pas
pour but de libérer le peuple iranien. Au contraire, elle déforme,
sape et détruit les luttes mêmes pour la liberté, l’égalité,
les droits des travailleurs et travailleuses ainsi que la justice
sociale et économique en Iran.
Les
travailleurs et travailleuses s’opposent aux guerres impérialistes
Les organisations syndicales et
populaires indépendantes en Iran – notamment les associations
d’enseignants, les travailleurs des transports publics, les
travailleurs du pétrole et de la pétrochimie, les métallurgistes,
les travailleurs de la canne à sucre, les retraités et les
organisations de femmes et d’étudiants – se sont toujours
opposées aux guerres impérialistes, au militarisme et à la
répression du régime iranien. Ancrées dans les lieux de travail,
les écoles et les communautés, elles ont maintes fois mis en garde
que l’agression militaire étrangère et les politiques
autoritaires nationales sapent leurs luttes pour le pain, la liberté,
l’égalité des sexes et les droits démocratiques.
La classe laborieuse iranienne a été
claire: ni les bombes, ni les sanctions économiques, ni le régime
autoritaire n’apporteront l’égalité et la liberté. La voie
vers la libération réside dans le pouvoir collectif indépendant
des travailleurs, des femmes, des étudiants et des communautés
opprimées elles-mêmes. Nous exhortons les mouvements syndicaux et
socialistes du monde entier à continuer de soutenir la classe
ouvrière iranienne dans ses efforts d’organisation contre les
politiques capitalistes et répressives de la République islamique,
qui a emprisonné des militants syndicaux, écrasé les syndicats
indépendants, massacré des manifestant·e·s, exécuté des
prisonniers politiques et imposé des politiques économiques
néolibérales et corrompues qui ont dévasté les travailleurs.
Nous appelons tous les travailleurs et
travailleuses, toutes les organisations et tous les individus épris
de justice et de liberté à exiger de toute urgence:
Un
cessez-le-feu immédiat et inconditionnel.
L’arrêt de
tous les bombardements et opérations militaires étatsuniens et
israéliens, ainsi que des représailles des forces militaires
iraniennes.
La protection des civils et un
accès humanitaire complet, y compris la libération immédiate des
prisonniers politiques [au nombre de 52’000] dont la vie est
gravement menacée.
Nous exhortons en outre les
travailleurs et les travailleuses, les syndicats, les socialistes et
les organisations progressistes anti-guerre, ainsi que les militants
internationaux, à se faire l’écho des voix et des revendications
de la base en Iran en:
Renforçant
la solidarité internationale contre le militarisme, l’impérialisme,
le capitalisme, l’autoritarisme et la répression.
Soutenant les luttes du peuple
iranien pour la liberté, l’égalité et l’autodétermination
sans aucune ingérence de la part des gouvernements étrangers.
Le peuple iranien et la région n’ont
pas besoin de bombes ou de bellicistes, mais de la solidarité des
travailleurs et des personnes de conviction du monde entier.
Les États-Unis et Israël doivent
immédiatement cesser de bombarder l’Iran!
Non à la guerre!
Cessez-le-feu immédiat!
Vive la solidarité
internationale! (Publié par The
Bullet le 4 mars
2026; traduction rédaction A
l’Encontre)
L’Alliance
internationale de soutien aux travailleurs en Iran (IASWI) est
une campagne indépendante et progressiste, basée entre autres au
Canada, qui soutient les droits et les luttes des travailleurs et
travailleuses en Iran. Son site web est workers-iran.org
(temporairement indisponible).
jeudi 12 mars 2026
Deux
articles éclairant sur les possibles graves conséquences de la
guerre contre l'Iran. Outre des centaines de morts civiles, des
centaines de milliers de déplacés, c'est la famine qui se pointe
dans les pays les plus riches de la planète, ce qui confirme qu'il
existe une denrée plus indispensable et vitale que le pétrole :
l'eau !
Golfe
persique : de la guerre du pétrole à la guerre de l’eau ?
026/03/12
at 11:45 AM
par
Béchir
Lakani
Une
station de dessalement à Bahreïn a été endommagée dimanche par
une attaque de drones iraniens. Et une frappe aurait également
touché une usine en Iran. Dans une région où l’approvisionnement
en eau potable dépend largement du dessalement, de telles attaques
font planer la menace d’une crise humanitaire majeure pour les
populations du Golfe, comme pour celles d’Iran.
L’eau
sera-t-elle la prochaine arme stratégique dans le conflit armé qui
prend de plus en plus d’ampleur au Moyen-Orient ? Les récents
incidents autour d’installations de dessalement dans le Golfe
persique laissent entrevoir un scénario inquiétant. A savoir celui
d’une guerre où la ressource la plus vitale de la région serait
directement menacée. Autrement dit, dans une région où l’eau est
plus vitale encore que le pétrole, ces installations constituent des
cibles militaires d’une importance capitale.
Voyons
les faits. Le 8 mars, le ministre iranien des Affaires étrangères,
Abbas Araghchi, accusait les États-Unis d’avoir bombardé une
usine de dessalement sur l’île de Qeshm Island, située au large
du port stratégique de Bandar Abbas. Selon Téhéran, cette attaque
aura perturbé l’approvisionnement en eau d’une trentaine
de villages. En représailles à cet acte hostile, un drone iranien
endommagea le lendemain à son tour une station de dessalement à
Bahreïn. Laquelle fournit notamment de l’eau potable à une base
militaire américaine installée dans l’île. Ces attaques inédites
marquent une évolution dont les conséquences sont imprévisibles.
L’eau- une denrée rare et vitale pour cette région, l’une des
plus désertiques de la planète- pourrait désormais être utilisée
comme levier stratégique et militaire.
Dépendance
et vulnérabilité
Effectivement,
l’eau douce étant une ressource quasi inexistante, il en
résulte que la plupart des États de la région reposent
essentiellement sur les usines de dessalement pour alimenter leurs
populations et leurs économies. Sachant que le Moyen-Orient qui est
parsemé de plusieurs milliers d’installations réparties le long
des côtes du Golfe, concentre près de 40 % de la capacité mondiale
de dessalement.
Les
chiffres illustrent cette dépendance extrême. Au Koweït, près de
90 % de l’eau potable provient du dessalement. La proportion
atteint 86 % à Oman et environ 70 % en Arabie saoudite. Aux Emirats
arabes unis, plus de 40 % de l’eau consommée est produite par ces
installations. Ces infrastructures ont permis l’émergence des
grandes métropoles du Golfe, de Dubaï à Doha en passant par Abu
Dhabi. Car, sans eau potable produite par ces infrastructures, ces
villes champignons construites au cœur de déserts arides seraient
tout simplement inhabitables.
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Source en allemand :
https://astendenz.wordpress.com/2025/10/20/der-kapitalistische-frieden-ist-die-quelle-des-imperialistischen-krieges/
Dans le capitalisme mondial, la paix ne peut être qu’un
intervalle entre deux guerres, limité dans l’espace et dans le
temps. Il ne peut y avoir de « paix mondiale » dans le
capitalisme. Il y a toujours des conflits quelque part. En temps de
paix, les États se préparent à la guerre en se réarmant
militairement. Et en temps de guerre, ils se battent militairement
pour créer les conditions de la prochaine paix. Dans la paix
capitaliste, les prolétaires sont exploités : ils produisent
pour le capital et l’État plus d’argent qu’ils n’en coûtent
eux-mêmes sous forme de salaires. Et en temps de guerre, ils doivent
tuer et mourir pour « leurs » États capitalistes
exploiteurs. La paix capitaliste n’est pas une alternative à la
guerre impérialiste, mais sa source.
Paix et
guerre en Ukraine
Entre les États et les blocs d’États, la paix est la forme non
militaire de la concurrence pour les sources de matières premières,
les débouchés commerciaux et les sphères d’influence
géopolitiques. À partir d’une certaine intensité, cette
concurrence se transforme en guerre. Ainsi, les blocs d’États de
l’impérialisme occidental, l’UE et l’OTAN, ont continué à
étendre leur influence contre la Russie impérialiste par leur
élargissement à l’Est. Lorsque le président ukrainien
Ianoukovitch a refusé en 2013 de conclure l’accord d’association
avec l’UE, notamment en raison de la pression exercée par Moscou,
un mouvement social-réactionnaire s’est formé sur la place
Maïdan, soutenu par l’impérialisme occidental, avec une aile
pro-occidentale et démocratique et une autre ultranationaliste et
néofasciste. Ce mouvement social-réactionnaire a renversé
Ianoukovitch en février 2014 et établi un régime pro-occidental,
tandis que l’impérialisme russe annexait la Crimée en mars 2014.
Dans l’est de l’Ukraine, des « républiques populaires »
pro-russes ont fait sécession. Une guerre civile s’est alors
développée. L’Ukraine était soutenue par l’impérialisme
occidental, les « républiques populaires » par
l’impérialisme russe. Ainsi, la guerre civile en Ukraine était
également une guerre impérialiste par procuration entre la Russie
et l’OTAN.
En février 2022, l’impérialisme russe a directement attaqué
l’Ukraine. Depuis lors, l’OTAN et l’UE mènent une guerre
indirecte contre Moscou sous la forme d’une guerre économique de
plus en plus intense, ainsi que d’un renforcement financier,
militaire et des services de renseignement du régime ukrainien
pro-occidental. L’Ukraine et l’Occident collectif s’utilisent
mutuellement dans cette guerre par procuration contre la Russie.
L’Occident dans son ensemble nuit à son rival impérialiste, la
Russie, par le biais de l’Ukraine. Le régime ukrainien tente de
rester dans ce jeu sanglant grâce à l’armement militaire fourni
par l’Occident.
Cette guerre par procuration est menée tant par l’impérialisme
russe que par l’impérialisme occidental, aux dépens du
prolétariat mondial. Au début du carnage impérialiste, les prix de
l’énergie et des denrées alimentaires ont fortement augmenté
dans le monde entier. Cela a également représenté une lourde
charge pour le prolétariat en Allemagne. Les syndicats de la DGB ont
soutenu la guerre économique allemande contre la Russie. La
« solidarité avec l’Ukraine » de l’impérialisme
occidental va à l’encontre des intérêts des salariés de ce
pays. S’ils travaillent, ils sont soumis à la dure exploitation
capitaliste. De plus, ils sont recrutés en masse par l’État
ukrainien. Ils sont censés tuer et mourir – pour les intérêts du
régime capitaliste ukrainien et le jeu géopolitique de l’Occident
collectif. Pour les salariés ukrainiens, leur « propre »
État et l’OTAN/l’UE sont des ennemis de classe structurels au
même titre que l’impérialisme russe.
La Russie est en passe de remporter la guerre sur le plan
militaire. L’impérialisme américain sous Trump est tout à fait
intéressé à mettre fin à ce carnage par une paix impérialiste
négociée avec Moscou. Mais cela implique la cession de territoires
ukrainiens à la Russie. Et Moscou exige également la neutralité
militaire de l’Ukraine. Ni l’Ukraine, ni l’UE, ni les
puissances européennes de l’OTAN ne sont disposées à faire des
concessions importantes au Kremlin. Et la Russie ne souhaite pas non
plus mettre fin à la guerre pour l’instant. Même la puissance de
l’impérialisme américain n’est pas suffisante pour contraindre
les deux parties à la paix. D’où l’hésitation de Washington
entre les offres de paix à Moscou et la poursuite de la guerre.
Pour l’impérialisme allemand, la Russie est l’ennemi numéro
un. Il s’arme contre elle. Et prépare ses citoyens à la guerre.
Jouer avec le feu d’une guerre nucléaire, c’est le programme de
l’État allemand. C’est la lutte des classes menée par les
puissants contre le prolétariat. La gestion par l’État-providence
de la misère produite par le capitalisme est vouée à se
détériorer. Des canons plutôt que du beurre. Et peut-être que
bientôt, les prolétaires allemands devront eux aussi tuer et mourir
au nom de l’impérialisme allemand. D’abord dans des guerres par
procuration, qui exacerbent considérablement le risque d’une
destruction nucléaire massive.
La révolution mondiale plutôt que le pacifisme national
Le pacifisme revêt souvent un caractère très national. Alors
que les responsables politiques allemands renforcent l’armement
militaire de l’État et exportent des armes meurtrières vers des
zones de guerre (Ukraine, Israël), les pacifistes nationaux aspirent
à une nation allemande pacifique. Autrement dit, à un monde où les
loups racontent de belles histoires aux moutons avant de s’endormir,
sans les dévorer. Certes, les loups au pouvoir racontent
effectivement de belles histoires aux moutons qu’ils gouvernent,
mais c’est pour les endormir et ainsi mieux les dévorer. Le
pacifisme national fait lui aussi partie des somnifères. Il ne
désarme pas les États belliqueux et militarisés, mais le
prolétariat engagé dans la lutte des classes.
Le pacifisme exige que les États cessent enfin de se faire la
guerre. Ils doivent uniquement coopérer entre eux. Cette exigence
contredit la concurrence impérialiste entre les États, qui se
traduit militairement par des guerres. La diplomatie, que les
pacifistes présentent comme une alternative à la guerre, n’est
qu’une arme particulière de la concurrence entre États. Elle
repose sur la puissance économique et militaire des États. Elle est
une forme particulière d’imposition des intérêts impérialistes.
Si les États peuvent imposer leurs intérêts de manière
diplomatique et pacifique, tant mieux. Si ce n’est pas le cas, et
que les dirigeants politiques estiment qu’ils peuvent et doivent
mener des guerres pour défendre ces intérêts, alors ils le feront.
La diplomatie prépare la guerre en temps de paix et la paix en temps
de guerre.
Le pacifisme exige des États qu’ils désarment. Mais ils ne le
feront pas, surtout en ce moment, alors que la crise capitaliste
s’aggrave et que la concurrence inter-impérialiste s’intensifie.
Il ne peut y avoir qu’une seule forme réaliste de désarmement :
la destruction révolutionnaire mondiale de tous les États !
Une révolution mondiale ? Est-ce réaliste !? Eh bien,
il est toujours possible que la lutte des classes mondiale se
radicalise dans des situations exceptionnelles extrêmes et débouche
sur une révolution sociale planétaire. En revanche, dans quelle
mesure est-il réaliste de penser que les États cesseront de se
faire la guerre et procéderont à un désarmement militaire
significatif ?
Lutte des classes contre le réarmement et les
exportations d’armes
En Allemagne aussi, la lutte des classes prolétarienne contre le
réarmement, les exportations d’armes et la préparation à la
guerre est absolument nécessaire. La forme la plus efficace de lutte
des classes est la grève. Cependant, les grèves contre le
réarmement et les exportations d’armes sont interdites en
Allemagne. Dans ce pays, les « grèves politiques » sont
considérées comme illégales. Seules sont légales les grèves
organisées par les syndicats pour des objectifs négociables pouvant
faire l’objet de conventions collectives, par exemple des salaires
plus élevés et des horaires de travail plus courts. La grande
majorité des syndicats soutient la politique de réarmement et de
guerre de l’impérialisme allemand. Ils sont profondément intégrés
à l’État allemand. Les grèves contre l’impérialisme allemand
ne peuvent être que sauvages et organisées indépendamment des
syndicats. Nous n’aurions rien contre le développement de telles
grèves.
Traduction française : Les Amis de la Guerre de Classe
Le
wokisme géopolitique des campistes ou la sanctification des conflits
impérialistes
12
avril 2026 Robert
Bibeau 39 Views
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Par Khider Mesloub.
Le campisme (choisir
un camp géopolitique, notamment anti-occidental) ne se présente
jamais comme une idéologie. Il se donne pour une évidence
politique. Il ne discute pas : il désigne les camps. Il ne démontre
pas : il distribue les rôles. Il ne pense pas : il classe. Et c’est
précisément là que réside sa force, et sa dérive.
Comme le wokisme,
dont il partage les structures profondes, le campisme est né d’un
constat réel : l’hypocrisie des puissances occidentales, la
violence de leur impérialisme, la manipulation médiatique. À
partir de cette critique légitime, il s’est mué en une machine
morale de tri géopolitique. Le monde n’est plus analysé. Il est
jugé, puis immédiatement classé. À la structure des rapports de
production se substitue une structure des positions :
identitaires dans un cas, géopolitiques dans l’autre. La
légitimité ne se déduit plus des rapports sociaux, mais de la
position occupée dans une grille morale.
La géopolitique comme morale : le Bien
contre le Mal
Le wokisme ne raisonne pas en termes de structures sociales, mais
en termes de positions morales. Le campisme opère de manière
identique. À la place de l’analyse matérialiste, il impose une
grille rudimentaire : l’Occident est le Mal, ses adversaires sont
le Bien. Peu importe la nature des régimes. Peu importe les rapports
de production. Peu importe l’exploitation réelle des populations.
La position géopolitique devient le critère absolu de légitimité.
Ainsi, comme le wokisme classe les individus selon leur identité, le
campisme classe les États selon leur position face à Washington (ou
l’Occident en général). Ce n’est plus la réalité sociale qui
fonde le jugement. C’est l’appartenance au camp.
Le wokisme a substitué à la hiérarchie sociale une hiérarchie
des identités. Le campisme reproduit ce mécanisme à l’échelle
internationale. Certains États parlent avec légitimité. D’autres
doivent être condamnés par principe. La Russie, la Chine, l’Iran
deviennent des acteurs « légitimes » du seul fait de leur
opposition à l’Occident. Leurs crimes sont minimisés,
relativisés, justifiés. À l’inverse, tout ce qui émane du bloc
occidental est disqualifié a priori. Ce n’est plus l’analyse qui
compte, mais l’origine du discours. Ce n’est plus la vérité des
propositions qui est interrogée, mais la position de celui qui
parle. La vérité ne vaut plus par ce qu’elle dit, mais par le
camp auquel elle est rattachée.
Le wokisme fragmente le corps social
en une multiplicité d’identités concurrentes. Le
campisme fragmente le monde en blocs antagonistes. Dans les
deux cas, le résultat est identique : la structure de classe
disparaît. Les rapports de production, l’exploitation, la
condition des travailleurs sont relégués au second plan. Ils sont
remplacés par une lecture symbolique du monde : domination
occidentale ici, résistance souveraine là. Mais cette opposition
masque l’essentiel : dans tous les camps, ce sont les mêmes
rapports sociaux capitalistes qui dominent. Des bourgeoisies d’État.
Des travailleurs exploités. Des appareils répressifs.
Le campisme, comme le wokisme, produit une politique
hyper-moralisée mais matériellement aveugle. C’est ici que le
parallèle devient décisif. Le wokisme définit qui a le droit de
parler. Le campisme définit qui a le droit de tuer. Dans la logique
campiste, la violence n’est pas abolie. Elle est redistribuée,
légitimée. Les bombardements occidentaux sont des crimes. Les
bombardements russes deviennent des réponses. La répression
occidentale est dénoncée. La répression iranienne est excusée. Ce
n’est pas une critique de la violence : elle est légitimée
selon le camp.
Le campisme n’abolit pas la violence. Il ne la condamne pas. Il
ne s’oppose pas au meurtre de masse. Il trie. Il décide quelles
morts scandalisent et lesquelles passent. Certaines violences sont
dites barbares ; d’autres deviennent des ripostes, des nécessités,
des actes de souveraineté. La question n’est plus : faut-il
rejeter la mise à mort ? Mais : qui a le droit de tuer sans être
disqualifié ? Toutes les morts ne se valent plus. Certaines sont
pleurées, d’autres relativisées, d’autres effacées. Le
campisme organise une hiérarchie du deuil et de l’indignation.
Mais il ne fait pas que légitimer la violence : il blanchit ceux qui
l’exercent. Dans le « bon camp », les bombes cessent d’être
des instruments de domination. Elles deviennent des réponses. La
violence est lavée par l’appartenance. Ce n’est plus l’acte
qui compte, mais la signature. Et ce ne sont pas des « camps » qui
tuent. Ce sont des États. Des armées. Des appareils répressifs. La
redistribution morale du droit de mort, c’est une immunité
accordée à certains. Derrière les récits, ce sont toujours des
puissances organisées, armées, capitalistes, qui administrent la
violence.
La guerre n’est plus comprise comme un moment des contradictions
de classe, mais comme un épisode d’un récit moral. On ne demande
plus quels intérêts elle sert, mais quel camp elle confirme. La
mort est rendue acceptable, à condition qu’elle soit administrée
par le « bon » camp. Ainsi se déploie la logique nécropolitique :
décider qui peut vivre, et qui peut mourir, non pas selon une
analyse des rapports sociaux, mais selon une grille morale.
OTAN vs BRICS : la géopolitique réduite
à un conflit de légitimités
Dans cette logique, l’opposition entre OTAN
et BRICS fonctionne comme une transposition géopolitique du
schéma wokiste. Le wokisme distribue la légitimité à partir de
l’identité. Le campisme la distribue à partir de l’appartenance
à un bloc. L’OTAN incarne le pôle illégitime par essence. Les
BRICS sont investis d’une légitimité automatique. Peu importe que
ces États soient capitalistes. Peu importe qu’ils exploitent
férocement leurs travailleurs. Peu importe qu’ils répriment,
emprisonnent, tuent les dissidents. La position suffit. (Voir
cet article important à propos des BRICS : La
construction de la Forteresse America en prévision de la Troisième
Guerre mondiale – les 7 du quebec et
https://les7duquebec.net/archives/304884
L’analyse
disparaît au profit d’une assignation morale : l’OTAN est
considérée comme structurellement coupable, et les
BRICS légitimes. Ce schéma interdit toute pensée dialectique. Il
devient impossible de penser ensemble que l’OTAN est un appareil
impérialiste et que ses adversaires sont eux-mêmes des puissances
capitalistes concurrentes. Cette double vérité doit être refoulée
pour que la fiction morale du monde reste intacte. C’est
précisément ce refoulement qui permet au campisme de maintenir la
cohérence de son récit. La guerre n’est plus comprise comme un
affrontement entre bourgeoisies. Elle est transformée en récit
moral. L’OTAN administre la violence au nom de la «démocratie».
Les
BRICS au nom de la «souveraineté». Dans les deux cas :
militarisation, exploitation, répression, gestion politique de la
mort. Le campisme ne combat pas ces appareils. Il choisit celui qu’il
légitime. Le campisme interdit certaines analyses au nom de «
l’anti-impérialisme », qui se confond bien souvent avec un
anti-américanisme primaire. Dire que la Chine est une puissance
capitaliste devient suspect. Rappeler la répression sanglante en
Iran devient « occidentaliste ». Parler des travailleurs exploités
devient secondaire.
Comme toute idéologie morale, le campisme ne tolère pas
ce qui fissure son récit. Le marxisme analyse le monde en
termes de rapports sociaux. Le campisme, comme le wokisme,
le reconstruit en termes de positions morales. Il ne demande plus :
qui exploite ? Mais : qui est du bon côté ? C’est une régression
majeure. Car une fois la morale installée, tout devient justifiable
: l’exploitation, la répression, la guerre, à condition qu’elles
soient exercées par les « bons ».
Wokisme / campisme : une structure miroir
Le wokisme et le campisme reposent sur une même matrice
idéologique. Deux terrains. Une même logique à l’œuvre. Ces
deux courants bourgeois obéissent aux mêmes mécanismes. La morale
remplace l’analyse, la position remplace la réalité, la parole
est disqualifiée selon son origine. Le réel est fragmenté, le
conflit déplacé vers le symbolique, les légitimités distribuées
de manière asymétrique. La violence n’est pas abolie, elle est
justifiée. Le monde est réduit à un récit binaire. La critique
est neutralisée : non réfutée, mais déplacée, fragmentée,
redirigée vers des terrains qui ne menacent pas l’ordre existant.
Et au bout du processus, toujours le même résultat : la
disparition de la lutte des classes, c’est-à-dire l’effacement
du capitalisme comme objet central de critique. Le capitalisme comme
système global disparaît derrière des catégories fragmentées,
tandis que les rapports de production continuent d’organiser
l’exploitation dans tous les camps.
Le wokisme et le campisme apparaissent comme opposés.
Ils remplissent en réalité une fonction identique : moraliser le
réel, fragmenter les dominés, neutraliser l’analyse matérialiste,
rendre acceptable l’ordre existant. L’un parle le langage des
identités. L’autre celui des nations. Mais tous deux neutralisent
les conflits réels en les déplaçant vers un terrain aseptisé.
Pendant que l’on classe et moralise, le capital exploite, les États
militarisent, la guerre avance.
Le campisme n’est pas un anti-impérialisme. C’est un
wokisme géopolitique. Et comme toute morale sans analyse,
il ne libère rien : il classe, justifie, et accompagne l’ordre
existant. Il ne produit pas des acteurs, mais des spectateurs qui
classent, approuvent ou condamnent, sans jamais saisir les mécanismes
qu’ils prétendent dénoncer. Il n’agit pas en acteur historique
déterminé à transformer le monde. Il se contente de l’interpréter
selon une grille idéaliste et particulariste, et d’applaudir les
prétendues prouesses économiques et les victoires militaires
fantasmées de ses maîtres.
En conclusion
L’observation de ces deux
courants met au jour le fondement commun de leur idéologie
bourgeoise. Le wokisme et le campisme émergent dans un moment
historique précis : celui du reflux du marxisme, de l’effacement
de l’internationalisme ouvrier et de la disparition du capitalisme
comme objet central de critique. Privée de cette grille
matérialiste, la pensée se reconfigure en morale : identitaire dans
le champ social, géopolitique dans le champ international. Dans les
deux cas, le capital comme système global disparaît derrière des
catégories fragmentées, tandis que l’État demeure l’opérateur
central de la domination, organisant la militarisation, la répression
et la gestion politique de la mort.
Ces deux courants ne produisent pas des acteurs capables de
comprendre le monde pour le transformer, mais des spectateurs
moralisateurs, assignés à juger, à classer, à prendre parti pour
une identité ou un camp. Derrière leur opposition apparente,
ils participent d’un même mouvement : neutraliser la critique
radicale, assurer la reproduction de l’ordre capitaliste mondial.
Au-delà de ces deux courants identitaires et campistes, reste à
renouer avec la critique radicale du capitalisme pour rendre aux
dominés leur capacité d’action, dévoyée par ces deux mouvements
contre-révolutionnaires.
Khider MESLOUB