Cetteprolifération de zones de conflits armés, dits de basse ou moyenne intensité, illustre de
manière non équivoque l’accélération de la trajectoire capitaliste vers la guerre généralisée.
C’est à travers cette multiplication de conflits, qui se traduisent la plupart du temps par des
catastrophes « humanitaires » majeures, que le monde capitaliste se prépare économiquement,
politiquement et militairement à des éclatements bellicistes de plus grande ampleur. La
reconstitution et la réorganisation des blocs et alliances ainsi que le renforcement du
découpage de la planète en zones de contrôle et d’influence expriment une préparation
belliciste en tant que perspective militaire concrète vers un conflit qui pourrait être
imminent. C’est donc au niveau mondial que se prépare tendanciellement l’accélération de
cette trajectoire vers les guerres.
Au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie, zones depuis longtemps au centre des enjeux et des conflictualités impérialistes entre les deux anciens grands protagonistes que sont les USA et l’ « URSS », s’ajoutent l’émergence et l’intervention de nouvelles puissances se hissant dans la cours des grands : la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, le Japon… Cette nouvelle donne met ainsi fin à la vieille bipolarisation « Est-Ouest » pour redessiner une situation plurielle et de poly-crises. A ce jeu, c’est la Chine de Xi Jinping qui se révèle être l’une des plus entreprenantes en intensifiant ses revendications territoriales, particulièrement autour de Taïwan, et en s'employant à structurer un cadre international affranchi de l'hégémonie occidentale. Cette dynamique accélère la fragmentation de la « gouvernance mondiale » antérieure en exacerbant toutes les contradictions capitalistes au sein même des blocs militaires déjà constitués, tels l’OTAN : intérêts divergents en Méditerranée, positionnement ambigu de la Turquie, conflit sur Groenland ; menace principale : Russie ou Chine ; tendance à une autonomisation européenne… L’heure est au repositionnement stratégique et à la mise en ordre des camps qui pourraient, dans un avenir relativement bref, s’affronter. La persistance des conflits en Ukraine, à Gaza et au Soudan, conjuguée à l’attaque récente menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran ainsi qu’à l’instabilité sociale structurelle du pays, continue de fragiliser les équilibres régionaux. Ces foyers de tension génèrent des crises humanitaires majeures et maintiennent une pression constante sur l’équilibre international de plus en plus instable. e retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis marque une profonde accélération de ce paradigme, déjà esquissé sous Biden. La précédente administration avait anticipé l’éloignement de l’UE et la centralité de la guerre commerciale avec la Chine. Les interventions directes, notamment au Venezuela, ainsi que les velléités territoriales concernant le Groenland, illustrent une diplomatie transactionnelle (donnant- donnant) et imprévisible. Du point de vue des investissements le principal levier reste celui lié à l’intelligence artificielle, bien que de plus en plus confronté aux limites des capacités énergétiques et aux risques accrus des cyber-menaces et autres pirateries privées et étatiques La politique « trumpienne » actuelle est à l’avant-garde de cette tendance mondiale à redessiner violement les zones d’influences. De ce fait, elle brise les vieux équilibres de la période de la « guerre froide » (1945-1991) avec ses codes pacifiés et « onusiens ». Cette nouvelle politique proactive marque, à l’extérieur des USA comme en leur sein, le retour décomplexé à un autoritarisme revendiqué et à une répression ouverte comme principal mode d’action politique. Bien évidemment, les «barbouzeries » de tous types n’ont jamais cessé (opérations clandestines et coups tordus), mais depuis l’enlèvement et l’exfiltration de Maduro, elles montrent franchement, comme le nom de l’opération « Absolute Resolve » (Résolution Absolue) l’indique : la direction combattante généralisée qui est prise. Le temps des discours orwellien sà double sens ; « Parler de paix pour préparer la guerre », fait de plus en plus place à l’affirmation martiale du réarmement qui s’accompagne bien évidemment de répressions et du réveil des nationalismes agressifs. Les politiques « trumpiennes », sont de plus en plus copiées par d’autres pays, comme nous le montre la dernière crise entre la Colombie et l’Équateur où, le lendemain de la demande du président de la Colombie, Petro, de libérer Jorge Glas1, le président de l’Équateur, Noboa a riposté en imposant des taxes douanières de 30 % sur les importations colombiennes.Á la suite de quoi, la Colombie a suspendu des accords cruciaux, comme le transit pétrolier (46 millions de barils colombiens ont transité par l'oléoduc OCP depuis 20132) ou l'approvisionnement électrique réciproque. L’escalade dans les mesures de rétorsion fait craindre une déstabilisation économique majeure pour les deux pays. L’économie est ainsi, plus que jamais, utilisée comme première arme de guerre. Les politiques « trumpiennes » arrivent également à Cuba. 1Jorge Glas, équatorien avec nationalité colombienne, déjà condamné pour corruption, avait fait l'objet d'un raid controversé à l'ambassade du Mexique à Quito en 2024. En juin 2025, il a été condamné à 13 ans de prison supplémentaires pour détournement de fonds. Vice-président sous la présidence de Rafael Correa. 2Communauté Andine des Nations (CAN), crise où les « fameux » principes de libre circulation des biens ont été méprisés. Il s’agit globalement d’une situation mondiale qui génère des instabilités géopolitiques, économiques et sociales de plus en plus étendues. Cette vulnérabilité est inédite depuis 1945, aujourd’hui elle provoque l’augmentation des risques de crises dans tous les domaines : financiers, militaires, sociaux, climatiques… Le célèbre investisseur américain, Ray Dalio prédit que désormais les États-Unis sont devenus une véritable poudrière : « Selon Ray Dalio, le dernier effondrement de ce type date de la période 1930–1945, "qui a conduit à la mise en place des ordres monétaire, politique interne et géopolitique international de l’après- guerre, que nous voyons aujourd’hui se désagréger".[...]Une étape 6 présentée comme "la plus difficile et la plus douloureuse", car elle correspond au moment où "le pays n’a plus d’argent et qu’il y a généralement un conflit terrible sous la forme d’une révolution ou d’une guerre civile", avec comme seules véritables options disponibles, une gestion pacifique ou violente directement issue des choix imposés par les dirigeants en place.[...] Un terreau fertile pour asseoir la montée du populisme, avec l'émergence de "dirigeants à forte personnalité, antiélitistes, qui prétendent se battre pour l’homme ordinaire". [...]Ce risque de basculement se trouve également renforcé par une augmentation de la dette, avec comme effet d'accélération associé une création monétaire intensifiée à l'origine d'une inflation toujours plus importante. Résultat : l'ordre monétaire et politique en place s'érode, les inégalités se creusent et les tensions continuent de s'intensifier, au point de remettre en cause les rapports de force jusque-là en place. ».3 __________________ 3H. Bernard :Ce célèbre investisseur américain prédit un effondrement de l’ordre monétaire et politique actuel, 27 janvier 2026 4Collectif Pensée et Combat – 17 janvier 2026 L’année 2026 renforce ainsi la transition vers un ordre mondial, complexe, où la gestion systémique des risques géopolitiques, financiers, militaires et climatiques s’impose comme l’impératif stratégique de tous les États. L'économie mondiale fait donc face à une croissance instable et à une crise de l'endettement souverain. Cette instabilité produit de manière générale en réaction : -Le protectionnismequi s’impose comme politique commune à tous les États suite à l’instauration de nouveaux droits de douane imposés par les USA. Ceux-ci font peser un risque inflationniste sérieux et menacent de désorganiser durablement les échanges de marchandises et les chaînes d’approvisionnement globales. Il est à souligner qu’historiquement la concurrence exacerbée a débouché sur des guerres impérialistes locales et mondiales. -Le nationalisme qui est toujours la couverture idéologique privilégiée du protectionnisme. Celui-ci se développe d’autant plus vigoureusement qu’il se trouve en face d’un autre nationalisme, lui aussi devenu plus agressif. Leur développement est symétrique et complémentaire. Il constitue un des éléments idéologiques indispensables à la trajectoire vers la guerre. -Le durcissement généralisé des politiques migratoires et l’érosion des dits « acquis sociaux » qui mettent de plus en plus à mal ce qui était considéré comme des « droits acquis » de la mythique « démocratie sociale » et les derniers « filets sociaux ». Ce durcissement s’accompagne en règle générale du renforcement répressif de l’État comme « réponse » à l’insécurité sociale. Si une riposte prolétarienne s’ébauche, celle-ci se développera antagoniquement aux points caractéristiques du cours vers la guerre et en réaction à l’offensive étatique. Au début de cette année, deux premières ébauches de cette réponse se sont clairement manifestées en Iran d’abord, puis aux USA : -À la fin décembre et au début janvier en Iran, la force des révoltes a été, une fois de plus, violement écrasée par une répression massive, bestiale et impitoyable. « Ce qui se déroule aujourd’hui en Iran n’est ni un événement exceptionnel ni une explosion soudaine.Cette voix est celle d’une vie qui, pendant des années, a été écrasée sous la pression et qui ne supporte plus ni la répression ni le silence. Les personnes descendues dans la rue ne sont ni des instruments de complots ni des pions des puissances mondiales ; elles sont le produit d’une pauvreté absolue, d’une répression continue, de discriminations quotidiennes et d’un apartheid tissé jusque dans la trame même de leur existence. Ces protestations ne viennent pas de l’extérieur ; elles ont surgi du coeur des foyers, des rues et d’êtres humains qui ne veulent plus seulement survivre, mais veulent vivre pleinement leur vie ».4 Et, comme Marx l’avait déjà souligné en 1848, en ce qui concernait une autre défaite prolétarienne : « Les massacres sans résultats depuis les journées de juin et d'octobre, la fastidieuse fête expiatoire depuis
février et mars, le cannibalisme de la contre-révolution elle-même convaincront les peuples –que pour abréger,pour simplifier, pour concentrer l’agonie meurtrière de la vieille société et les souffrances sanglantes de l’enfantement de la nouvelle société, il n’existe qu’un moyen : le terrorisme révolutionnaire ».5 _________________________ 5K.Marx, Victoire de la contre-révolution à Vienne, 1848 6Site web : https://www.wsws.org/en/articles/2026/01/24/ghkh-j24.html -Peu après, aux USA, c’est au contraire le déclenchement de la répression qui a mis le feu aux poudres et a violemment soulevé une partie du prolétariat et des classes subalternes dans un affrontement frontal à l’État fédéral et à ses forces armées. Cette tentative de réaction manifeste la seule solution face à l’offensive étatique en développant l’arme de la lutte et de l’unification de classe. «Vendredi, plus de 100 000 personnes à Minneapolis, dans le Minnesota, ont bravé des températures inférieures à zéro et un refroidissement éolien de -30 degrés Fahrenheit (-34 degrés Celsius) pour se joindre aux manifestations de la « Journée de la vérité et de la liberté » contre le meurtre de Renée Nicole Good par un agent de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) et l'occupation fédérale en cours de la ville. La manifestation a rassemblé de larges pans de la classe ouvrière-personnels soignants, enseignants, postiers et bien d'autres- ainsi que de nombreux étudiants et des membres de la classe moyenne. Immigrants et natifs du pays ont défilé côte à côte ».6 L’intensification de la trajectoire vers la guerre, accompagné d’une répression de plus en plus étendue est la perspective du point de vue du capital global. Face à cette catastrophe guerrière et répressive annoncée, le prolétariat détient les clés de la riposte par le développement de sa lutte, indépendamment de toutes les structures d’encadrement politique, syndical ou national et ce, avec des méthodes d’action directe, sans aucune illusion démocratique et dans une direction révolutionnaire. À la guerre impérialiste, induite par les rivalités effrénées entre puissances capitalistes, il faut opposer la guerre de classe, induite par les intérêts d’une classe sociale, le prolétariat, qui se trouve aliéné par rapport à l’ensemble de la richesse sociale. La classe exploitée doit donc se solidariser, dans la pratique, avec toutes les luttes sociales, pour l’instant malheureusement trop limitées, dans le monde entier, en essayant de les radicaliser et de les étendre. C’est la seule façon d’en finir avec la barbarie capitaliste et la boucherie mondiale qui pend au-dessus de nos têtes comme l’épée de Damoclès, et qui est susceptible d’anéantir l’Humanité entière. 28 février 2026 « Qui a du fer a du pain » Blanqui :Toast de Londres (1851) Matériaux Critiques League of Internationalist Communists Balance y Avante Grupo Barbaria et des camarades internationalistes



