mardi 15 septembre 2026

Lutte ouvrière et militarisation en Belgique depuis le début de 2026

 

Lutte ouvrière et militarisation en Belgique depuis le début de 2026

  Posted on August 27, 2026 by fredocorvo

Démantèlement social et préparation à la guerre : les deux faces d’une même restructuration

Flamand

M.O. 27-8-2026

Depuis le début de 2026, la Belgique est le théâtre d’une succession presque ininterrompue de grèves, de manifestations et d’autres actions. Cheminots, fonctionnaires, personnel enseignant, travailleurs du secteur privé et autres catégories se sont opposés aux réformes du gouvernement De Wever. Les motifs immédiats diffèrent : pensions, allocations de chômage, indexation des salaires, statuts du personnel, conditions de travail et économies dans les services publics. Mais derrière ces conflits distincts se dessine un processus plus général.

L’État belge tente de modifier en profondeur les conditions dans lesquelles la force de travail est vendue, utilisée et reproduite. Les chômeurs doivent être poussés plus rapidement vers le marché du travail, les malades de longue durée doivent être « activés », les travailleurs doivent travailler plus longtemps, les droits à la pension sont restreints et l’évolution des salaires est freinée. Parallèlement, des moyens sans précédent sont dégagés pour l’armement, les infrastructures militaires, l’industrie de la défense, la logistique militaire et le personnel de l’armée.

Ces processus ne se déroulent pas indépendamment les uns des autres. Ils font partie d’une même restructuration de la Belgique au sein d’une Europe qui se prépare à des confrontations internationales de longue durée.

Cette évolution ne se limite d’ailleurs pas à une seule région linguistique. La classe ouvrière belge est fortement divisée, politiquement, institutionnellement et syndicalement, entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles. Pourtant, les travailleurs de toutes les régions sont confrontés aux mêmes réformes fédérales. Dans le même temps, les différentes régions remplissent des fonctions spécifiques dans l’économie de guerre en développement : la Wallonie principalement comme centre de l’industrie traditionnelle de l’armement, la Flandre comme nœud industriel, technologique et logistique avec Anvers-Bruges et Zeebruges, et Bruxelles comme centre de commandement politique, administratif et militaire.

C’est précisément cette combinaison qui fait de la Belgique, depuis 2026, un exemple particulièrement clair du lien entre lutte de classe et militarisation.

1. Des conflits séparés à une confrontation sociale prolongée

L’année a commencé par un conflit important dans les chemins de fer. Du dimanche soir 25 janvier au vendredi soir 30 janvier, plusieurs catégories de cheminots ont cessé le travail pendant cinq jours. L’action était notamment dirigée contre la suppression des recrutements statutaires à la SNCB et chez Infrabel, contre les réformes de HR Rail, contre la réforme des pensions et contre de nouvelles économies dans le rail.[1]

La portée du conflit dépassait les conditions de travail immédiates. Selon les syndicats du rail, le projet de loi du ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke devait non seulement remplacer progressivement les nominations statutaires par des emplois contractuels. Le système existant, selon lequel les décisions importantes au sein de la Commission paritaire nationale nécessitaient une majorité des deux tiers, était également remis en question. La position institutionnelle des syndicats au sein des chemins de fer était donc elle aussi mise sous pression.[2]

Ce conflit illustre une tendance générale. L’État cherche à adapter des relations de travail qui offraient historiquement un degré relativement élevé de sécurité à une gestion plus flexible du personnel. L’attaque contre l’emploi statutaire dans les chemins de fer en est un exemple particulièrement visible.

D’autres actions ont suivi. Les mobilisations provinciales des syndicats ont débouché sur la manifestation nationale du 12 mars 2026 à Bruxelles. Selon la police bruxelloise, environ 80 000 personnes y ont participé ; les syndicats en ont revendiqué plus de 100 000.[3] Les manifestants venaient de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles, et aussi bien du secteur public que du secteur privé.

Les principales revendications concernaient la réforme des pensions, le « malus Jambon », la limitation de l’indexation automatique, la politique à l’égard des chômeurs et des malades de longue durée, ainsi que la détérioration générale des conditions de travail et du pouvoir d’achat.[4]

Le 12 mai, une nouvelle manifestation nationale a eu lieu. La police a compté environ 40 000 participants ; la FGTB en a annoncé plus de 75 000.[5] Le nombre était inférieur à celui de mars, mais le mouvement n’avait pas disparu. La succession des actions provinciales, des grèves sectorielles et des mobilisations nationales montre que, depuis 2025 et le début de 2026, la Belgique connaît davantage que des protestations syndicales occasionnelles.

Il existe une confrontation sociale prolongée autour de la répartition des coûts de la restructuration économique, budgétaire et géopolitique.

2. Le gouvernement restructure la force de travail

Le gouvernement De Wever présente principalement sa politique comme une réponse aux déficits budgétaires, au vieillissement de la population, à un taux d’emploi trop faible et à la nécessité de rendre l’économie belge plus compétitive.

Du point de vue de la classe ouvrière, cette même politique apparaît sous un autre jour. Elle accroît la pression pour rendre la force de travail disponible au capital plus longtemps, plus intensément et avec davantage de flexibilité.

L’une des mesures les plus importantes est la limitation dans le temps des allocations de chômage. La réforme adoptée en 2025 produit concrètement ses effets à partir de 2026. Le droit est en principe limité à deux ans au maximum, avec des exceptions pour certaines catégories.[6]

Cela modifie la fonction de l’assurance chômage. Le chômage est moins longtemps couvert par une assurance collective et une part plus importante du risque est reportée sur le travailleur individuel, son ménage et, finalement, le CPAS. Le gouvernement fédéral a lui-même dû prévoir des mécanismes de compensation pour les CPAS, puisqu’il s’attend à ce qu’une partie des personnes perdant leurs allocations de chômage y demande le revenu d’intégration.[7]

Parallèlement, la pression exercée sur les malades de longue durée pour qu’ils reprennent un emploi rémunéré est renforcée. Les flexi-jobs sont encore étendus et le gouvernement prévoit une réduction des charges des entreprises afin d’améliorer leur compétitivité.[8]

La politique des pensions s’inscrit elle aussi dans cette évolution. Les réformes comprennent notamment des conditions plus strictes pour la pension anticipée, des modifications du calcul des pensions des fonctionnaires, la disparition progressive de certains régimes préférentiels et l’introduction d’un mécanisme de bonus-malus par lequel un départ anticipé entraîne, sous certaines conditions, une pension moins élevée.[9]

La logique économique est claire : une plus grande partie de la population doit rester disponible pour le travail salarié pendant une plus grande partie de sa vie.

Cela ne signifie pas que chaque réforme particulière soit exclusivement provoquée par la militarisation. La pression sur les pensions, la sécurité sociale et les salaires existait bien avant la vague actuelle de réarmement. Le vieillissement, les problèmes budgétaires, la concurrence internationale et les tentatives de longue date visant à flexibiliser le marché du travail ont leur propre histoire.

Mais depuis 2025-2026, le contexte change fondamentalement. Alors qu’on exige des travailleurs qu’ils travaillent plus longtemps et renoncent à certains droits sociaux, l’État a simultanément décidé de consacrer des dizaines de milliards supplémentaires à la défense.

Il en résulte un conflit politique direct sur la répartition des ressources.

3. Du budget de la défense à l’économie de guerre

La militarisation belge ne peut plus être décrite comme une simple augmentation du budget de la défense.

Dans la Vision stratégique 2025, l’effort total de défense belge prévu pour la période 2026-2034 s’élevait déjà à environ 139 milliards d’euros. Il ne s’agit pas seulement d’acheter des armes, mais aussi de développer le personnel, les stocks, les infrastructures, la recherche et les capacités industrielles.[10]

Mais même ce programme a rapidement été dépassé par de nouveaux engagements au sein de l’OTAN.

En vue du sommet de l’OTAN à Ankara des 7 et 8 juillet 2026, le gouvernement belge s’est explicitement fixé pour objectif de confirmer la nouvelle norme de 5 % et d’accélérer le développement de l’industrie belge de la défense.[11] Selon la méthodologie de l’OTAN, ces cinq pour cent ne se composent pas uniquement de dépenses militaires classiques. Une partie peut être consacrée à la sécurité, aux infrastructures et à la résilience présentant une importance militaire.

La frontière entre le budget de la défense et le reste de l’économie devient ainsi de moins en moins nette.

La militarisation prend dès lors une autre signification. Il ne s’agit pas seulement de soldats et d’armes. Il s’agit de savoir si les ports peuvent traiter de grandes quantités de matériel militaire, si les chemins de fer et les routes sont adaptés aux transports militaires, si les stocks de munitions sont suffisants, si les soins de santé peuvent continuer à fonctionner dans des circonstances extrêmes, comment les réseaux informatiques sont protégés et si suffisamment de techniciens, de chauffeurs, de travailleurs de la logistique et de personnel médical sont disponibles.

C’est le développement d’une économie de guerre en préparation : non pas une économie dans laquelle toute la production est déjà directement orientée vers la guerre, mais une économie dans laquelle un nombre croissant de fonctions civiles sont planifiées en fonction d’éventuelles situations d’urgence militaire.

4. Plan SHIELD : militarisation de la société civile

Une étape décisive a été franchie avec le Plan SHIELD, le premier Plan national de défense belge depuis la fin de la Guerre froide. Le plan a été approuvé le 29 juin 2026 par l’autorité fédérale et les entités fédérées.

Sa portée est considérable. Le gouvernement affirme explicitement que la défense nationale n’est plus seulement une mission de la Défense. D’autres services publics et les entités fédérées doivent eux aussi organiser la continuité et la protection, notamment des ports, de la cybersécurité, du réseau routier, des voies navigables et des soins de santé.[12]

Une part beaucoup plus importante de la reproduction sociale est ainsi intégrée dans la planification militaire.

Une infirmière reste une travailleuse civile, mais les soins de santé deviennent simultanément un élément de la résilience militaire nationale. Un docker ne devient pas soldat, mais son lieu de travail devient essentiel pour l’acheminement de marchandises militaires. Un cheminot travaille pour le transport civil de personnes et de marchandises, mais la même infrastructure est nécessaire pour déplacer des troupes et du matériel.

La contradiction est manifeste.

D’un côté, le gouvernement peut affirmer que les chemins de fer, les soins de santé, les infrastructures et les services publics doivent économiser et fonctionner plus efficacement. De l’autre, le même État découvre que ces secteurs sont indispensables à la préparation militaire.

C’est important pour la lutte ouvrière. Des secteurs qui, dans le fonctionnement quotidien du capitalisme, semblent souvent séparés les uns des autres sont matériellement reliés par la préparation à la guerre.

5. Les ports : puissance ouvrière et logistique militaire

Par sa situation géographique, la Belgique occupe une position importante dans la logistique de l’Europe occidentale. Le port d’Anvers-Bruges compte parmi les plus grands ports d’Europe ; Zeebruges joue en outre un rôle important dans le trafic roulier et l’approvisionnement militaire.

En juin 2026, le gouvernement fédéral a décidé de mettre en place un accord-cadre pluriannuel pour un partenariat stratégique en matière d’opérations portuaires dans le cadre du Host Nation Support, explicitement au bénéfice de la Défense belge, des alliés de l’OTAN et des États membres de l’Union européenne.[13]

Cela signifie que les ports belges ne sont pas seulement des nœuds commerciaux. Ils sont systématiquement préparés comme infrastructures logistiques militaires.

C’est ici que la dépendance de l’économie de guerre à l’égard du travail salarié devient particulièrement concrète.

Les navires ne se chargent et ne se déchargent pas eux-mêmes. Le matériel militaire ne se déplace pas tout seul. Il faut pour cela des dockers, des pilotes, des grutiers, des chauffeurs, des cheminots, des travailleurs de maintenance, des planificateurs et d’innombrables autres salariés.

C’est précisément pour cette raison que les conflits du travail dans les ports et la logistique ont potentiellement une portée beaucoup plus grande que ne le suggèrent leurs revendications économiques immédiates. Il en va de même pour les chemins de fer et les transports.

L’État militaire cherche à rendre cette chaîne logistique plus robuste. Mais, ce faisant, il révèle simultanément à quel point la puissance militaire dépend du travail collectif quotidien de personnes qui ne contrôlent pas elles-mêmes les objectifs auxquels leur travail est affecté.

6. Wallonie : de l’industrie traditionnelle au centre d’armement

Les différences régionales au sein de la Belgique sont considérables.

La Wallonie possède la plus forte concentration de l’industrie traditionnelle de la défense. Selon l’agence wallonne d’investissement, environ 67 % de l’industrie belge de la défense se trouve en Wallonie. La région compte plus de deux cents entreprises actives totalement ou partiellement dans le secteur de la défense.[14]

Parmi elles figurent des entreprises d’importance internationale telles que FN Herstal, John Cockerill Defense, Thales Belgium, KNDS Belgium, Sonaca et Safran, ainsi qu’un vaste réseau de sous-traitants et d’instituts de recherche.

Le 30 janvier 2026 a par exemple été créée Land Systems Logistic Support (LS²), une entreprise commune de John Cockerill Defense, FN Herstal et Thales. Pendant vingt ans, LS² doit assurer la maintenance, la modernisation et le soutien logistique des véhicules et systèmes embarqués de la Composante Terre belge.[15]

Il ne s’agit pas simplement d’un contrat d’achat. L’État cherche à fixer à long terme une capacité industrielle nationale permettant de maintenir les systèmes militaires en état opérationnel.

Les capacités de production de munitions sont elles aussi renforcées. KNDS Belgium a ouvert une nouvelle ligne automatisée de production d’obus d’artillerie de 155 mm. L’entreprise présente explicitement cette installation comme un renforcement des capacités industrielles belge et européenne.[16]

Le gouvernement wallon y voit des opportunités économiques. Dans sa communication officielle, la croissance du marché de la défense est associée aux investissements, à l’emploi hautement qualifié, à l’innovation et aux exportations.

Une contradiction importante apparaît ici pour les travailleurs.

L’expansion militaire peut effectivement créer des emplois. Pour des régions marquées par une longue histoire de déclin industriel, cela peut sembler attrayant. Mais l’emploi et le salaire sont alors liés à une industrie dont l’expansion dépend d’un réarmement international permanent et, en dernière instance, de la possibilité de la guerre.

Cette contradiction ne peut donc pas être résolue par la simple revendication que les contrats de défense doivent créer « davantage d’emplois belges ». Cela ne fait que lier plus étroitement le travailleur, sur le plan économique, à la concurrence militaire entre les États.

7. Flandre : logistique, technologie et infrastructures

La Flandre occupe une position différente.

Elle possède moins d’industrie lourde traditionnelle de l’armement que la Wallonie, mais dispose de grands ports, d’entreprises logistiques, d’entreprises technologiques, d’une industrie électronique, d’infrastructures et d’institutions de recherche. La Flandre est donc essentielle pour la chaîne de production militaire au sens large.

Les infrastructures liées au F-35 en donnent un exemple. En février 2026, la Défense annonçait que de nouvelles infrastructures modulaires destinées aux opérations des F-35 à Florennes avaient été livrées par l’entreprise belge Automation, établie à Hal, en collaboration avec Arcadis.[17]

Ce type de projet illustre l’effacement progressif de la distinction entre entreprises « civiles » et « militaires ». Centres de données, électronique, cybersécurité, communications, construction, logistique et production avancée peuvent tous être intégrés dans des systèmes militaires.

La même évolution apparaît dans les ports. Anvers-Bruges et Zeebruges sont à la fois des infrastructures commerciales dont dépendent de très nombreux travailleurs et des nœuds stratégiques dont l’importance dans la planification de l’OTAN ne cesse de croître.

Il se développe ainsi une forme flamande de militarisation, moins visible qu’une usine de munitions, mais socialement non moins importante.

8. Bruxelles : centre de commandement politique et point de concentration de la résistance ouvrière

Bruxelles occupe une troisième position.

Elle n’est pas seulement la capitale fédérale. La ville accueille également les principales institutions de l’Union européenne et le siège de l’OTAN. Bruxelles constitue ainsi l’un des principaux centres de commandement politique de la militarisation européenne et atlantique.

Mais Bruxelles est simultanément, depuis 2025-2026, le lieu où les travailleurs flamands, wallons et bruxellois se réunissent physiquement lors des mobilisations nationales.

Ce n’est pas sans importance.

La structure de l’État belge divise continuellement les travailleurs selon la langue, la région, la communauté et le niveau de pouvoir. Les conflits sociaux sont souvent traités séparément comme des problèmes flamands, wallons ou bruxellois. Mais lors des manifestations nationales, les travailleurs des différentes régions linguistiques marchent littéralement côte à côte contre les mêmes mesures fédérales.

Les mobilisations nationales montrent ainsi, sous une forme embryonnaire, que les intérêts matériels des travailleurs ne coïncident pas avec la division institutionnelle de la Belgique.

Cette unité reste cependant fragile tant qu’elle est principalement organisée par les appareils syndicaux nationaux et qu’elle se désagrège, après une journée d’action, en entreprises, secteurs et régions séparés.

9. L’armée recherche la même force de travail que la société civile

Une économie de guerre n’a pas seulement besoin de machines, mais aussi de personnes.

La Défense veut recruter en 2026 environ 4 800 nouveaux membres du personnel : 2 800 militaires d’active, 960 civils et 1 050 réservistes. Elle recherche notamment des techniciens, chauffeurs, magasiniers, infirmiers, médecins, contrôleurs aériens, pilotes et spécialistes de la cybersécurité.[18]

Il ne s’agit généralement pas d’une force de travail utilisable exclusivement par l’armée. Ce sont précisément des professions dont les entreprises civiles, les hôpitaux, les entreprises de transport et les services publics ont également besoin.

La militarisation intensifie donc la concurrence pour la force de travail.

Lorsque la Défense recrute des techniciens, des spécialistes informatiques et du personnel infirmier, elle entre partiellement en concurrence avec des secteurs civils déjà confrontés à des pénuries de personnel. L’expansion militaire détourne ainsi vers la préparation à la guerre non seulement de l’argent, mais aussi du travail qualifié.

Un nouvel instrument particulièrement significatif est l’Année de service militaire. Sur 3 248 candidats, cinq cents jeunes ont été sélectionnés. Le 26 août 2026, les cinquante premiers ont commencé leur formation à la Marine à Saint-Croix, près de Bruges : 33 néerlandophones et 17 francophones.[19]

Le programme est volontaire. Il ne s’agit donc pas du rétablissement du service militaire obligatoire classique.

Politiquement, il constitue néanmoins un changement. L’ensemble des quelque 130 000 jeunes de dix-sept ans reçoivent des informations sur la participation au programme, qui vise explicitement à constituer une nouvelle génération de réservistes.[18]

Le lien entre jeunesse, marché du travail et forces armées est ainsi systématiquement renforcé.

10. Les limites de la stratégie syndicale

Les trois grandes organisations syndicales – FGTB/ABVV, CSC/ACV et CGSLB/ACLVB – ont joué un rôle central dans la résistance au gouvernement De Wever.

Cette résistance est réelle. Sans les structures syndicales, les mobilisations nationales de dizaines de milliers de travailleurs auraient difficilement pu voir le jour. Les actions persistantes ont en outre conduit à des retards et à des adaptations de plusieurs réformes.

Le problème ne peut donc pas être réduit à l’affirmation selon laquelle les syndicats « ne font rien ».

La limite est plus profonde.

Leur stratégie reste finalement orientée vers la pression exercée sur le gouvernement, le Parlement et la concertation sociale. Face au démantèlement social, ils proposent généralement une autre répartition des charges budgétaires : défense de l’index, meilleures pensions, taxation des grandes fortunes et des entreprises et rétablissement de la concertation sociale.

La critique des dépenses militaires commence elle aussi à se faire entendre. Lors de la mobilisation du 12 mai, le président de la FGTB, Bert Engelaar, a par exemple souligné la contradiction entre les restrictions imposées aux pensions et aux allocations et l’augmentation des dépenses d’armement.[20]

C’est une évolution importante. L’économie de guerre commence à pénétrer dans la lutte sociale.

Mais cette critique reste largement budgétaire : l’argent consacré aux armes pourrait être mieux utilisé à des fins sociales.

La question plus fondamentale reste généralement hors du débat : pourquoi la classe ouvrière belge devrait-elle fournir la base économique, industrielle et humaine permettant à l’État belge de renforcer sa position au sein de l’OTAN, de l’Union européenne et de la concurrence internationale entre puissances capitalistes ?

Tant que cette question n’est pas posée, il reste une place pour un militarisme « socialement responsable » : l’augmentation des dépenses de défense est acceptée à condition que les charges soient réparties plus équitablement, que les entreprises belges obtiennent des commandes et que les travailleurs belges conservent leurs emplois.

L’intérêt national reste ainsi le cadre à l’intérieur duquel les travailleurs sont censés penser.

11. De la lutte reproductive à la lutte de classe autonome ?

La plupart des luttes en Belgique restent pour l’instant des formes de lutte de classe reproductive.

Les travailleurs luttent contre la détérioration de leurs conditions de vie et de travail, mais généralement de manière séparée par secteur et dans le cadre des structures politiques et syndicales existantes.

Cela n’est pas insignifiant. Une grève pour les pensions ou les conditions de travail ne peut pas abolir le capitalisme, mais les travailleurs y font concrètement l’expérience du fait que leurs intérêts entrent en conflit avec ceux de l’État et du capital.

La question décisive est de savoir ce qui se produit au cours de ces conflits.

Une grève des chemins de fer reste-t-elle un conflit de cheminots ? Une action portuaire reste-t-elle un problème de dockers ? Une grève dans l’enseignement reste-t-elle une lutte d’enseignants ? Dans ce cas, chaque secteur peut être négocié séparément, isolé et finalement ramené au travail.

La situation change lorsque les travailleurs commencent eux-mêmes à relier leurs luttes.

Le développement de l’économie de guerre rend même cette connexion matériellement plus visible. Les chemins de fer, les ports, le transport routier, l’industrie, les soins de santé, l’énergie, l’informatique et les services publics sont traités par l’État lui-même comme les composantes d’une seule structure nationale de résilience.

Ce que l’État rassemble pour préparer la guerre apparaît encore, dans la lutte syndicale quotidienne, comme une série de secteurs largement séparés.

C’est là que réside une contradiction fondamentale.

12. Ni solution flamande, ni solution wallonne, ni solution belge

La classe ouvrière belge est réellement divisée. Les différences linguistiques, les marchés du travail régionaux, les structures industrielles différentes et les institutions politiques ne disparaissent pas simplement en affirmant que tous les travailleurs ont les mêmes intérêts.

Mais l’évolution depuis le début de 2026 montre simultanément les limites de ces divisions.

Un travailleur wallon chez un producteur d’armement, un docker flamand, un fonctionnaire bruxellois, un cheminot de Charleroi ou d’Anvers et une infirmière de Gand occupent des positions différentes dans la division sociale du travail. Pourtant, leurs salaires, leurs pensions, leur sécurité d’emploi et leurs conditions de travail sont influencés par le même développement général du capital et de l’État.

Et la militarisation relie leur travail d’une manière nouvelle.

Les munitions produites en Wallonie doivent être transportées. Les ports et les chemins de fer doivent fonctionner. Les systèmes informatiques et les communications doivent être disponibles. Les soins de santé doivent être préparés aux situations de crise. Les jeunes doivent pouvoir être mobilisés comme réservistes.

La préparation à la guerre constitue ainsi, en dernière analyse, une gigantesque organisation du travail social collectif sous le commandement des États nationaux.

La force capable de s’y opposer ne peut donc pas davantage rester flamande, wallonne ou belge.

Conclusion : la classe ouvrière face à l’économie de guerre

Depuis le début de 2026, la Belgique connaît un double mouvement.

D’un côté, les travailleurs sont confrontés à la détérioration des pensions, à la limitation des droits au chômage, à la flexibilisation, à la pression sur les salaires et l’indexation ainsi qu’à la restructuration des services publics.

De l’autre, le même État développe systématiquement ses capacités militaires. Non seulement en achetant des armes, mais en organisant l’industrie, la recherche, les infrastructures, la logistique, les soins de santé, la force de travail et la jeunesse dans le cadre d’une politique beaucoup plus large de sécurité et de défense.

Ces deux évolutions convergent dans une contradiction fondamentale.

Le capital belge et son État ont besoin des travailleurs pour produire de manière compétitive, payer des impôts et travailler plus longtemps. Mais ils ont également besoin de ces mêmes travailleurs pour produire des armes, maintenir les ports en activité, permettre les transports militaires, entretenir les systèmes de communication, soigner les blessés et, finalement, servir comme militaires ou réservistes.

C’est là que réside aussi la puissance potentielle de la classe ouvrière.

Elle ne réside pas dans les promesses électorales d’une « Belgique plus sociale », ni dans une répartition plus équitable des coûts du réarmement, ni dans la défense d’un intérêt industriel wallon, flamand, belge ou européen.

Cette puissance réside dans le fait que, sans le travail collectif, l’économie capitaliste comme la machine militaire s’arrêtent.

Pour l’instant, cette puissance apparaît surtout de manière fragmentée : cinq jours dans les chemins de fer, une manifestation nationale, une action dans une usine, un conflit dans l’enseignement ou un arrêt de travail dans les transports et les services publics.

Le développement vers une lutte de classe autonome commence lorsque les travailleurs relient eux-mêmes ces luttes séparées, créent leurs propres organes de lutte, ne laissent pas aux appareils permanents le pouvoir de décider de l’extension et de la fin des actions et établissent des contacts avec les travailleurs au-delà de l’entreprise, du secteur, de la région linguistique et des frontières nationales.

Car la même course aux armements qui militarise la Belgique militarise également l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Pologne, la Russie, la Chine, les États-Unis et d’autres États.

Face à cette internationalisation du capital, de l’armement et de la préparation à la guerre ne peut finalement se dresser que l’internationalisation de la lutte ouvrière.

M.O. 27-8-2026


Sources

[1] BRUZZ/Belga, « Vijfdaagse staking bij het spoor is van start gegaan », 26 janvier 2026. Description de la grève du 25 au 30 janvier et des revendications concernant les nominations statutaires, les pensions, HR Rail et les économies dans le rail.
https://www.bruzz.be/actua/mobiliteit/vijfdaagse-staking-bij-spoor-van-start-2026-01-26

[2] ACV Transcom, « Spoorbonden staken tegen ‘frontale aanval op personeelsstatuut’ », 8 janvier 2026. Sur l’emploi statutaire, le travail contractuel et la Commission paritaire nationale.
https://www.hetacv.be/acv-transcom/nieuws-en-persberichten/2026/01/08/spoorbonden-staken-tegen–frontale-aanval-op-het-personeelsstatuut

[3] De Standaard, Benthe Vermeulen, « Tussen de tienduizenden misnoegde betogers in Brussel », 12 mars 2026. Décompte de la police : 80 000 ; estimation syndicale : 100 000.
https://www.standaard.be/binnenland/tussen-de-tienduizenden-misnoegde-betogers-in-brussel-er-wordt-steeds-meer-geld-weggehaald-bij-wie-er-het-minste-heeft/141342134.html

[4] Centrale Générale-FGTB, « 12 maart: Nationale betoging tegen de sociale afbraak van de Arizona-regering », 12 février 2026 ; FGTB Bruxelles, compte rendu de la manifestation nationale, 12 mars 2026.
https://www.accg.be/nl/actualiteit/20260212-12-maart-nationale-betoging-tegen-de-sociale-afbraak-van-de-arizona-regering

[5] De Standaard, « Politie telt 40.000 betogers op nationale betoging », 12 mai 2026 ; Centrale Générale-FGTB, « Met 75.000 in Brussel op 12 mei: we geven niet op! », 12 mai 2026.
https://www.standaard.be/binnenland/politie-telt-40.000-betogers-op-nationale-betoging/151383191.html

[6] Gouvernement fédéral belge, « Invoering loongrenzen binnen de uitkeringsverzekering voor werknemers », Conseil des ministres du 3 avril 2026. La source confirme la limitation de l’assurance chômage à deux ans au maximum.
https://news.belgium.be/nl/invoering-loongrenzen-binnen-de-uitkeringsverzekering-voor-werknemers

[7] Gouvernement fédéral belge, « Compensatieregeling OCMW’s naar aanleiding van de beperking van de werkloosheidsuitkering in de tijd », 19 septembre 2025. Sur le transfert attendu d’anciens chômeurs vers l’aide des CPAS à partir de 2026.
https://news.belgium.be/nl/compensatieregeling-ocmws-naar-aanleiding-van-de-beperking-van-de-werkloosheidsuitkering-de-tijd

[8] Gouvernement fédéral belge, « Regering-De Wever bereikt eerste reeks grote akkoorden ». Sur l’activation des chômeurs et des malades de longue durée, l’extension des flexi-jobs et la réduction des charges des entreprises.
https://news.belgium.be/nl/regering-de-wever-bereikt-eerste-reeks-grote-akkoorden

[9] Gouvernement fédéral belge, « Maatregelen in het kader van de pensioenhervorming ». Sur le bonus-malus, la pension anticipée, les pensions des fonctionnaires et les régimes préférentiels.
https://news.belgium.be/nl/maatregelen-het-kader-van-de-pensioenhervorming

[10] Gouvernement fédéral belge, « Actualisering van het STAR-plan voor Defensie: Strategische Visie 2025 », 18 juillet 2025. Pour 2026-2034, un effort total de défense de 139 milliards d’euros est prévu.
https://news.belgium.be/nl/actualisering-van-het-star-plan-voor-defensie-strategische-visie-2025

[11] Gouvernement fédéral belge, « Organisatie van een NAVO-top in Ankara », Conseil des ministres du 20 juin 2026. Objectifs belges : confirmation de l’objectif OTAN de 5 % et développement accéléré de l’industrie de la défense.
https://news.belgium.be/nl/organisatie-van-een-navo-top-ankara

[12] Cabinet du ministre de la Défense Theo Francken, « Historische primeur: eerste Nationaal Verdedigingsplan, SHIELD genaamd », 29 juin 2026 ; SPF Affaires étrangères, « Herziene nationale veiligheidsstrategie maakt ons land paraat voor instabiele wereld », 27 juillet 2026.
https://francken.belgium.be/nl/nieuws/historische-primeur-eerste-nationaal-verdedigingsplan-shield-genaamd-brengt-alle-overheden

[13] Gouvernement fédéral belge, « Overheidsopdrachten voor Defensie », Conseil des ministres du 5 juin 2026. Partenariat stratégique pour les opérations portuaires et le Host Nation Support au profit de la Belgique, de l’OTAN et de l’UE.
https://news.belgium.be/nl/overheidsopdrachten-voor-defensie-125

[14] Wallonia, « Why Wallonia is establishing itself as Europe’s strategic and innovative defence ecosystem », 2 juin 2026 ; Defence Industry 2026 – Wallonia. Le gouvernement wallon mentionne plus de 200 entreprises de défense et indique que 67 % de l’industrie belge de la défense est établie en Wallonie.
https://www.wallonia.be/en/news/why-wallonia-establishing-itself-europes-strategic-and-innovative-defence-ecosystem

[15] FN Herstal/John Cockerill/Thales, « LS²: Launch of a strategic partnership to ensure the operational readiness of Belgian Land Force vehicles », 30 janvier 2026. Le partenariat est conclu pour une durée de vingt ans.
https://fnherstal.com/en/news/ls%C2%B2-launch-of-a-strategic-partnership-to-ensure-the-operational-readiness-of-belgian-land-force-vehicles/

[16] KNDS, « Inauguration of a new 155 mm artillery-shell production unit at KNDS Belgium », 2026. Sur l’extension des capacités belges de production de munitions d’artillerie.
https://knds.com/en/press-releases/inauguration-of-a-new-155-mm-artillery-shell-production-unit-at-knds-belgium-a-major-strengthening-of-belgian-and-european-industrial-capacity

[17] Défense belge, « Eerste modulair inzetbare infrastructuur voor F-35-missies », 5 février 2026. Sur la participation de l’industrie belge aux infrastructures du F-35.
https://www.mil.be/nl/news/eerste-modulair-inzetbare-infrastructuur-voor-f-35-missies/

[18] Défense belge, « Rekrutering 2026: Defensie zoekt 4.800 extra collega’s, waarvan 500 via Militair Dienstjaar », 8 septembre 2025. Répartition : 2 800 militaires d’active, 960 membres du personnel civil et 1 050 réservistes ; profils professionnels recherchés et organisation de l’Année de service militaire.
https://www.mil.be/nl/news/rekrutering-2026-defensie-zoekt-4800-extra-collega-s-waarvan-500-via-militair-dienstjaar/

[19] Défense belge, « Militair Dienstjaar gaat van start bij de Marine », 26 août 2026. Sur 3 248 candidats, 500 participants ont été sélectionnés ; les cinquante premiers ont commencé le 26 août à Saint-Croix.
https://www.mil.be/nl/news/militair-dienstjaar-gaat-van-start-bij-de-marine/

[20] Centrale Générale-FGTB, « Met 75.000 in Brussel op 12 mei: we geven niet op! », 12 mai 2026. Dans son compte rendu, le syndicat relie explicitement les revendications sociales à la critique de l’augmentation des dépenses militaires.
https://www.accg.be/nl/actualiteit/20260512-met-75000-in-brussel-op-12-mei-we-geven-niet-op

Airbus Espagne : article et mises au point

 


Airbus Espagne : article et mises au point

 

Sommaire

Airbus Espagne : une grève de grande ampleur atteint un point critique

Par M.O., le 31 août 2026

La grève chez Airbus en Espagne est importante non seulement en raison des revendications des salariés, mais aussi parce qu’elle met en lumière une contradiction au cœur de l’économie de guerre européenne qui s’accélère. Une entreprise qui profite énormément de l’augmentation des dépenses militaires exige simultanément modération et flexibilité de la part des salariés dont le travail rend cette expansion possible.

Environ 14 000 personnes travaillent pour Airbus en Espagne. Après des mois de conflit et d’arrêts de travail intermittents, les salariés des principaux sites ont rejeté les propositions de l’entreprise et ont entamé une grève illimitée le 25 août. Cette action a été lancée par l’UGT, la CGT et ÚTIL et a initialement reçu un très fort soutien ; selon des sources syndicales, le taux de participation s’élevait à environ 90 %.

Le conflit immédiat porte sur les salaires, le pouvoir d’achat, le télétravail, les congés, les transports, l’évolution de carrière et d’autres conditions de travail. Il concerne également les salariés susceptibles d’être transférés vers la future coentreprise spatiale Airbus-Leonardo-Thales. Un accord antérieur soutenu par les syndicats CCOO, SIPA et ATP avait été rejeté par le personnel lors d’un référendum.

Ce rejet est significatif. Les salariés ne se sont pas contentés de suivre l’accord conclu entre la direction et les représentants syndicaux en place. Ils ont eux-mêmes évalué l’accord et l’ont rejeté. Les décisions ultérieures concernant la grève ont également été prises à plusieurs reprises lors d’assemblées sur les lieux de travail et par des votes.

Les bénéfices augmentent tandis qu’on demande aux salariés de modérer leurs revendications

Le contexte économique rend ce conflit particulièrement révélateur.

Airbus a directement profité du réarmement européen. Au premier semestre 2026, ses bénéfices ont fortement augmenté, tandis que l’Espagne et d’autres États européens ont accru leurs achats militaires. Les programmes espagnols impliquant Airbus comprennent des avions de combat, des hélicoptères ainsi que des avions de transport militaire et de ravitaillement. Getafe produit des composants tant civils que militaires et assure l’assemblage final de l’Eurofighter, tandis que Séville est un centre important pour l’avion de transport militaire A400M.

Cette grève remet donc en cause l’argument habituel selon lequel l’expansion militaire crée des emplois industriels sûrs dont les travailleurs bénéficient automatiquement.

L’augmentation des commandes militaires crée certes des emplois dans certaines usines. Mais la propriété et le contrôle restent entre les mains du capital. L’État finance les commandes ; Airbus remporte les contrats ; la direction détermine les investissements et les conditions de travail ; et les travailleurs doivent toujours se battre pour le prix et les conditions auxquelles ils vendent leur force de travail.

En effet, l’importance stratégique croissante d’Airbus renforce potentiellement le pouvoir de négociation des travailleurs. Selon certaines informations, la grève commence à affecter la production des A320, A330 et A350 ainsi que les activités de défense, y compris les livraisons depuis Séville.

Airbus a réagi en exerçant à son tour des pressions. La direction a mis en garde contre les conséquences pour les clients, la répartition future de la production et de l’emploi, et a annoncé que les recrutements prévus en Espagne pourraient être gelés tant que la grève se poursuivrait.

C’est là une contradiction bien connue : on dit aux salariés que l’expansion de la production militaire garantit leurs emplois, alors que ces mêmes emplois peuvent être utilisés contre eux dès qu’ils font usage de leur pouvoir collectif.

De la pression des salariés au retour à la négociation ?

Le moment le plus critique est peut-être arrivé.

Airbus a amélioré son offre. Entre autres mesures, la dernière proposition indexe les salaires sur l’inflation réelle et prévoit une augmentation salariale de 7,6 %. L’entreprise a également fait marche arrière sur le télétravail et accordé des concessions concernant les indemnités de maladie et d’autres conditions. Les manifestations précédentes avaient déjà contraint Airbus à assouplir sa tentative de réduire le télétravail.

Ces concessions démontrent une évidence : la grève a fait bouger les lignes là où des mois de négociations n’avaient pas réussi à résoudre le conflit.

Pourtant, l’UGT propose désormais aux salariés de suspendre temporairement la grève afin de laisser à Airbus une marge de manœuvre pour négocier. Les salariés d’Illescas ont déjà approuvé une interruption temporaire, tandis que des votes ont lieu aujourd’hui dans les autres sites. L’UGT fait valoir que cela privera Airbus de son argument pour refuser de conclure les négociations tant que l’action collective se poursuit. Elle précise que la grève illimitée pourra reprendre si Airbus ne fait pas de concessions suffisantes.

C’est précisément là qu’il faut faire preuve de prudence.

Airbus a exigé la suspension de la grève comme condition préalable à des négociations de fond. Si les salariés suspendent leur moyen de pression le plus puissant afin de démontrer leur volonté de négocier, le rapport de force s’inverse : l’efficacité de la grève devient la raison même de son interruption.

Cela ne signifie pas pour autant que toute suspension tactique soit nécessairement un échec. La question décisive est de savoir qui contrôle cette décision.

Si ce sont les travailleurs eux-mêmes, par le biais d’assemblées organisées à Getafe, Séville, Cadix, Illescas et Albacete, qui déterminent quand l’action commence, quand elle s’arrête, quelles concessions sont suffisantes et si la lutte reprend, ces assemblées peuvent devenir plus que de simples instruments de ratification d’accords négociés ailleurs.

Mais si la prise de décision revient progressivement des assemblées aux négociations entre la direction et les appareils syndicaux, le pouvoir indépendant des travailleurs sera à nouveau réduit à une simple pression venant soutenir les négociations collectives.

La portée plus large

La lutte chez Airbus recèle donc à la fois une force et une faiblesse.

Sa force réside dans la volonté des travailleurs de faire grève sur plusieurs sites, de rejeter un accord qu’ils jugeaient insuffisant et d’interférer directement avec la production au sein d’une des entreprises aérospatiales stratégiquement importantes d’Europe.

Sa faiblesse réside dans le fait que la lutte reste presque entièrement confinée à Airbus et aux négociations sur les conditions de travail des salariés d’Airbus.

Or, Airbus se trouve au cœur de la militarisation européenne. Les travailleurs qui produisent des avions, des armes, des équipements électroniques, des systèmes de transport et des infrastructures militaires sont de plus en plus confrontés à la même contradiction : les gouvernements affirment que d’énormes ressources supplémentaires doivent être consacrées à la défense, tandis que l’on attend simultanément des travailleurs qu’ils acceptent la modération salariale, l’austérité et une plus grande flexibilité du travail.

La prochaine étape ne consiste donc pas simplement à obtenir un meilleur accord chez Airbus.

Il s’agit d’étendre la lutte au-delà d’Airbus — vers les salariés d’autres entreprises et secteurs qui sont contraints de payer, sous différentes formes, le prix de cette même réorganisation de la société autour de la concurrence militaire.

Ce n’est qu’alors qu’une lutte pour les salaires et les conditions de travail pourra commencer à s’attaquer à la question plus large posée par le réarmement européen : qui contrôle la production, et à quelles fins le travail de la société est-il utilisé ?

PS

Le dernier développement à suivre est le vote d’aujourd’hui sur la suspension temporaire de la grève et la nouvelle réunion de médiation de la SIMA prévue mardi 1er septembre.

Sources

  1. Reuters, « Les salariés d’Airbus en Espagne reprennent la grève après avoir rejeté l’offre », 26 août 2026.
    Source indépendante fiable concernant la reprise de la grève après le rejet par les salariés de l’offre d’Airbus et de la proposition de médiation. reuters.com
    Article de Reuters

  2. RTVE, « Les salariés d’Airbus votent en faveur d’une grève illimitée à partir de ce mardi », 24 août 2026.
    Particulièrement utile pour rendre compte des assemblées sur le lieu de travail et de la décision prise à une large majorité par les salariés de lancer une grève illimitée le 25 août. Article de RTVE

  3. El País, Début de la grève illimitée des salariés d’Airbus : « Nous réclamons ce que nous méritons », 25 août 2026.
    Reportage détaillé sur le début de la grève illimitée. Il aborde les salaires, la perte de pouvoir d’achat, le télétravail et d’autres revendications, ainsi que la forte hausse des bénéfices d’Airbus au cours du premier semestre 2026. Article d’El País

  4. UGT, « L’UGT exige d’Airbus qu’elle fasse preuve de responsabilité et négocie de bonne foi pour progresser vers la résolution du conflit social », 26 août 2026.
    Il s’agit d’une source syndicale de premier plan. Elle fournit des détails utiles sur les négociations au SIMA, les indemnités de maladie et les revendications en cours de négociation. Communiqué de l’UGT

  5. Cinco Días / El País, « Airbus et les syndicats maintiennent des positions divergentes après la réunion au SIMA tandis que les arrêts de travail se poursuivent », 27 août 2026.
    Cet article est important car il évoque la tentative d’Airbus de subordonner la poursuite des négociations à la suspension de la grève. Il rapporte également les mises en garde de la direction concernant les clients, la production future et le recrutement, ainsi que les perturbations de la production des A320, A330 et A350 et des livraisons dans le domaine de la défense depuis Séville. Article de Cinco Días

  6. Europa Press, « Airbus propose d’indexer les salaires sur l’IPC réel et d’accorder une augmentation de 7,6 % pour mettre fin à la grève, tout en maintenant le télétravail », 28 août 2026.
    La source la plus claire concernant la proposition révisée d’Airbus : indexation sur l’inflation réelle, rétablissement du pouvoir d’achat de 7,6 % sur cinq ans, maintien de l’accord de télétravail existant et dispositions supplémentaires concernant les révisions salariales individuelles et les promotions. Surtout, elle confirme également qu’Airbus a subordonné la finalisation de son offre à la fin ou à la suspension de la grève. Article d’Europa Press

  7. Cinco Días / El País, « Les salariés d’Airbus reportent à lundi le vote sur la suspension de la grève », 28 août 2026.
    Utile tant pour la suspension temporaire proposée que pour le contexte économique. Il fait état d’une hausse de 11,6 % du chiffre d’affaires d’Airbus et de 50,9 % de ses bénéfices au premier semestre 2026, ainsi que de l’avertissement de l’entreprise selon lequel la grève affectait la production et les livraisons d’avions civils et militaires. Article de Cinco Días

  8. Europa Press, « L’UGT propose de suspendre la grève chez Airbus pendant plusieurs jours afin de donner “une marge de manœuvre” à l’entreprise », 29 août 2026.
    Compte rendu contemporain de première main sur la question tactique cruciale abordée dans mon article : la proposition de l’UGT d’interrompre temporairement la grève illimitée afin de voir si Airbus ferait de nouvelles concessions. europapress.es
    Article d’Europa Press

  9. Cinco Días / EFE, « L’UGT propose de suspendre la grève chez Airbus pendant quelques jours pour tenter de parvenir à un accord », 30 août 2026.
    La source la plus utile concernant la situation juste avant les votes d’aujourd’hui. Elle indique qu’Illescas et Albacete s’étaient orientés vers une suspension temporaire et que Getafe, Cadix, San Pablo et Tablada voteraient le 31 août. Elle confirme également que toute proposition éventuelle doit être soumise aux assemblées de chantier, puis à un référendum général contraignant. Article de Cinco Días

Airbus Espagne : les salariés rejettent la suspension de la grève illimitée

M.O. 1er septembre 2026

Mise à jour du 1er septembre 2026

Un événement majeur s’est produit. Le 31 août, les salariés d’Airbus ont rejeté de manière catégorique la proposition de suspendre leur grève illimitée. Parmi les salariés ayant voté à Getafe, San Pablo et Tablada, 81,2 % se sont prononcés en faveur de la poursuite de la grève, contre 16,4 % en faveur de la suspension. Les salariés d’Albacete et de Cadix avaient accepté de se rallier à la décision de la majorité ; Illescas avait auparavant voté à une faible majorité en faveur de la suspension. Cinco Días

Ce résultat revêt une importance particulière, car Airbus avait posé comme condition à la conclusion d’un accord définitif la suspension ou l’annulation de la grève. Les salariés ont donc rejeté non seulement la dernière offre économique, mais aussi la tentative de la direction de dicter les conditions dans lesquelles ils peuvent négocier. Airbus et les syndicats se réunissent néanmoins à nouveau aujourd’hui, 1er septembre, au service de médiation SIMA, tandis que la grève se poursuit. Press Digital

Cela modifie également l’analyse que j’avais faite précédemment. L’UGT avait préconisé d’accorder à Airbus plusieurs jours sans grève afin de faciliter les négociations. Le personnel a désormais rejeté cette option à une très large majorité. Un responsable de l’UGT-FICA à Cadix a publiquement qualifié la poursuite de la grève d’erreur, tout en affirmant que le syndicat respecterait la décision majoritaire. Sevilla Actualidad

Du point de vue de la lutte indépendante des travailleurs, il s’agit là de l’évolution la plus importante à ce jour. Les assemblées ont imposé leur décision à la fois contre la condition posée par la direction et contre la recommandation émanant d’une partie importante de l’appareil syndical. La distinction est importante : la question n’est plus simplement de savoir si les syndicats négocient un accord d’ s un peu plus favorable, mais si les travailleurs eux-mêmes conservent le contrôle de l’arme principale permettant d’obtenir ces concessions — l’interruption de la production.

Le conflit conserve également toute sa portée pour la militarisation européenne. Airbus affirme que la poursuite des perturbations devient critique pour son activité et ses clients, alors que ses sites espagnols participent à une production civile et militaire d’importance stratégique. La grève démontre donc concrètement que l’expansion de l’industrie européenne de l’armement s’accompagne d’une concentration croissante de travailleurs capables d’interrompre cette production. Ce qui fait toutefois défaut, c’est une extension significative de la lutte au-delà d’Airbus lui-même. Cinco Días

La question immédiate est désormais de savoir quel sera le résultat de la médiation du SIMA d’aujourd’hui : si Airbus renonce à exiger que les salariés suspendent d’abord leur grève, s’il améliore son offre alors que la production reste interrompue, ou s’il rompt les négociations de fond.

Conséquences du vote chez Airbus Espagne

Négociations sociales, influence syndicale, perturbation de la production et réarmement européen

Analyse basée sur les informations disponibles au 1er septembre 2026

Résumé. Le vote du 31 août, avec 81,2 % de voix contre la suspension de la grève illimitée, modifie l’équilibre du conflit de trois manières. Il renforce la position de négociation des salariés à court terme, limite la capacité des responsables syndicaux à déterminer les tactiques de grève indépendamment des votes sur le lieu de travail, et augmente le coût pour Airbus à un moment où l’entreprise développe à la fois sa production civile et militaire. [1]

1. Ce vote renverse la stratégie de négociation d’Airbus

Airbus avait tenté d’imposer un déroulement des événements selon lequel les salariés devaient d’abord suspendre leur principal moyen de pression avant que la direction ne s’engage vers un accord définitif. Sa proposition du 28 août subordonnait formellement l’application de l’accord à la suspension immédiate ou à la fin de la grève. Le vote du 31 août a rejeté ce scénario. [1, 2]

Airbus se trouve désormais face à trois grands choix : maintenir cette condition et risquer d’accumuler des pertes de production ; négocier sérieusement alors que la grève se poursuit, ce qui reviendrait à un recul tactique par rapport à sa position initiale ; ou tenter de faire durer et de diviser la grève en jouant sur les pertes de salaire, les divergences entre les usines et les syndicats, la pression sur les investissements et le recrutement, ainsi qu’une éventuelle redistribution de la charge de travail. La direction avait déjà averti qu’elle envisageait de transférer la charge de travail vers d’autres usines européennes et de geler les nouveaux recrutements. [3]

La portée immédiate de ce vote n’est donc pas que Airbus ait été vaincu, mais que les salariés ont refusé à la direction la séquence « désescalade avant négociation » qu’elle recherchait.

2. Les salariés ont la preuve que les perturbations entraînent des concessions

La chronologie a son importance. L’offre révisée d’Airbus liait les salaires à l’inflation réelle et proposait un regain de pouvoir d’achat de 7,6 % sur cinq ans, jusqu’en 2030. Elle préservait également l’accord de télétravail existant, conservait l’ancien modèle de congés, mettait fin à l’utilisation du système de gestion de l’absentéisme « Bradford » et comprenait d’autres dispositions relatives au lieu de travail. Ces changements ont été présentés après que la pression syndicale s’est intensifiée. [2]

Cela pose un problème de négociation à la direction. Si des concessions apparaissent alors que la production est perturbée, les salariés ont une raison évidente de douter de l’argument selon lequel ils doivent d’abord supprimer la source de leur moyen de pression avant que la négociation puisse se poursuivre. La question de la négociation peut alors passer de « suspendre la grève pour que nous puissions négocier » à « quelles concessions supplémentaires sont nécessaires pour que les salariés suspendent la grève ? »

3. L’autorité syndicale est devenue plus conditionnelle

Ce résultat met en évidence une distinction importante entre l’organisation syndicale et le contrôle exercé par les travailleurs sur le déroulement immédiat de la lutte. La grève est officiellement déclenchée par la CGT, l’UGT et ÚTIL, et les représentants syndicaux restent au cœur de la médiation et de la négociation collective. Le vote ne témoigne donc pas d’une simple rupture entre les travailleurs et les syndicats. [1]

Il montre toutefois que l’autorité tactique des responsables syndicaux est conditionnelle. Une proposition de suspension de la grève n’a pas pu être imposée d’en haut une fois qu’une large majorité des travailleurs votants l’a rejetée. Albacete et Cadix avaient décidé de se rallier au résultat majoritaire, tandis que le vote global a donné 81,2 % contre la suspension, 16,4 % pour et 2,4 % d’abstentions. [1]

La description la plus précise est donc celle d’un contrôle accru des travailleurs au sein d’un conflit négocié par les syndicats, et non encore d’une organisation indépendante de travailleurs en dehors des syndicats. La distinction est importante : les assemblées peuvent opposer leur veto ou imposer des tactiques de grève sans pour autant disposer d’une structure distincte capable de coordonner, de négocier et d’étendre la lutte de leur propre chef.

4. La perturbation de la production confère au conflit un poids inhabituel

Les usines espagnoles d’Airbus occupent des maillons au sein de chaînes de production interconnectées. Les informations communiquées avant le vote faisaient état d’effets sur la production de l’A330, de conséquences possibles sur la production de l’A320 et de l’A350 en raison de la diminution des stocks de composants, ainsi que de perturbations dans la production d’ s de défense et les livraisons depuis Séville. Airbus a averti que le conflit portait atteinte à la confiance des clients et prenait une tournure grave sur le plan opérationnel. [3]

Le facteur décisif n’est donc pas simplement le nombre de grévistes, mais leur position dans le processus de production. La fabrication aérospatiale combine des usines géographiquement dispersées, des composants spécialisés et certifiés, ainsi qu’un assemblage étroitement coordonné. Un arrêt à un maillon de la chaîne peut se propager aux usines en aval une fois les stocks épuisés.

5. Airbus dispose d’une marge de manœuvre limitée pour compenser ailleurs

La direction peut tenter de redistribuer le travail, de hiérarchiser les livraisons, d’utiliser les stocks ou de transférer des tâches entre les sites européens. Mais la production aérospatiale n’est pas facilement transférable. Les processus certifiés, l’outillage spécialisé, les exigences réglementaires et la main-d’œuvre qualifiée limitent les possibilités de substitution rapide. Plus la grève dure, plus ces contraintes prennent de l’importance. [3]

Il en résulte une asymétrie. Les salariés subissent une perte de salaire immédiate, tandis qu’Airbus peut dans un premier temps absorber les perturbations grâce à ses stocks et à la gestion de son planning. Mais les coûts opérationnels de la direction peuvent augmenter fortement dès lors que des pénuries viennent perturber l’assemblage final ou les livraisons. La durée de la grève est donc déterminante pour l’équilibre des forces.

6. Le moment est particulièrement délicat pour Airbus

Airbus s’apprête à procéder à une forte augmentation de sa production. Fin juin 2026, son carnet de commandes d’avions commerciaux s’élevait à 9 222 appareils. L’entreprise a déclaré qu’elle intensifiait ses activités dans tous ses secteurs d’activité afin de répondre à la demande croissante de produits civils et militaires. Airbus Defence and Space a enregistré 9,3 milliards d’euros de prises de commandes au premier semestre 2026, contre 5,1 milliards d’euros un an plus tôt, tandis que le chiffre d’affaires de la division Défense et Espace a atteint 6,3 milliards d’euros. [4]

Le secteur militaire avait déjà connu une forte expansion en 2025. Airbus Defence and Space avait enregistré un niveau record de prises de commandes de 17,7 milliards d’euros, incluant de nouveaux contrats Eurofighter avec l’Allemagne, l’Italie et la Turquie, et Airbus avait indiqué que la production de l’Eurofighter était en cours d’accélération avec les partenaires du programme. [5, 6]

La grève intervient donc dans un contexte de tentative d’expansion plutôt que de stagnation industrielle. Des carnets de commandes bien remplis et des engagements de livraison importants peuvent renforcer le pouvoir de négociation des salariés occupant des postes stratégiques, car il est plus difficile de reporter une interruption de la production sans conséquences pour les clients et les objectifs de production.

7. Le lien avec le réarmement européen est significatif

La portée plus large de cette situation apparaît plus clairement dans le contexte de l’expansion de la production militaire européenne. Airbus y participe à travers des programmes tels que l’Eurofighter, l’A400M, l’A330 , le MRTT, le C295, les hélicoptères militaires, les satellites et d’autres systèmes de défense. Sa division Défense et Espace a clôturé l’année 2025 avec un carnet de commandes d’environ 50,8 milliards d’euros et un volume annuel de commandes record de 17,7 milliards d’euros. [6]

Le conflit chez Airbus met donc en évidence une contradiction au sein du réarmement européen. Les gouvernements et les entreprises de défense recherchent des commandes plus importantes, une production plus rapide et une capacité accrue. La mise en œuvre simultanée de ces objectifs nécessite davantage de main-d’œuvre qualifiée, une meilleure utilisation des installations existantes et une plus grande dépendance vis-à-vis des travailleurs occupant des postes stratégiques dans la chaîne de production.

Cette situation n’est pas propre à Airbus. Rheinmetall, par exemple, a annoncé fin août 2026 un investissement supplémentaire de 270 millions d’euros à Kassel pour développer la production de chars, les essais de drones et la logistique. La tendance générale est à l’augmentation des capacités militaro-industrielles à travers l’Europe. [7]

8. La main-d’œuvre fait partie du problème de « résilience » de l’industrie de l’armement

La politique européenne de défense met de plus en plus l’accent sur la résilience des chaînes d’approvisionnement et sur la capacité à maintenir la production militaire en période de tensions géopolitiques. Le conflit chez Airbus démontre que la résilience ne peut se réduire aux matières premières, aux semi-conducteurs ou à la dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers. La main-d’œuvre elle-même constitue un facteur stratégique.

Pour les entreprises de défense et les gouvernements, cela incite à la duplication des capacités de production, à l’augmentation des stocks, à l’automatisation, à la polyvalence des compétences et à la mise en place d’accords de main-d’œuvre à long terme visant à réduire la vulnérabilité face aux grèves. Aucune de ces mesures n’élimine la dépendance de la production aérospatiale à l’égard d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et certifiée, et la plupart sont coûteuses ou longues à mettre en œuvre.

9. L’effet d’exemple potentiel

Une évolution stratégiquement importante serait une extension au-delà des usines espagnoles individuelles. La production d’Airbus est organisée à l’échelle internationale, tandis que les négociations collectives et les structures syndicales restent fortement nationales. Cela crée une contradiction : le réseau de production fournit la base matérielle d’un pouvoir de négociation transfrontalier des travailleurs, mais ne crée pas automatiquement une organisation transfrontalière de ceux-ci.

Si le conflit espagnol reste isolé, Airbus disposera, à terme, d’une plus grande marge de manœuvre pour exploiter les différences entre les sites, les effectifs et les régimes nationaux du travail. Si des conflits comparables ou des actions coordonnées surgissaient dans d’autres parties du réseau aérospatial européen, la capacité de la direction à compenser par la redistribution s’en trouverait réduite.

10. La production militaire confère à ce conflit une importance supplémentaire

Il ne faut pas qualifier à tort cette grève de grève anti-guerre. Ses revendications immédiates portent sur les salaires et les conditions de travail. Néanmoins, dans la mesure où ce même système industriel produit des avions militaires et d’autres systèmes de défense, la poursuite des arrêts de travail peut objectivement entraver la production militaire, quelles que soient les motivations déclarées des travailleurs.

Cela revêt une importance politique accrue si le réarmement s’accompagne d’objectifs de production plus exigeants, de pénuries de main-d’œuvre, de restructurations ou de pressions sur les dépenses sociales. Les travailleurs peuvent alors être confrontés à la militarisation non seulement en tant que politique étrangère, mais aussi concrètement à travers la discipline sur le lieu de travail, les négociations salariales, le recrutement et les appels à la responsabilité industrielle ou nationale.

Bilan global

Le vote du 31 août constitue un revers tactique pour la direction d’Airbus, car sa tentative de faire de la cessation de la pression industrielle une condition préalable à la mise en œuvre de son offre révisée a été rejetée à une écrasante majorité. C’est également un revers pour toute stratégie syndicale visant à obtenir une trêve temporaire avant de tester la volonté de la direction de faire davantage de concessions. Il ne faut toutefois pas exagérer ces deux conclusions : Airbus dispose toujours d’importantes ressources financières et organisationnelles, et le conflit reste géré au niveau institutionnel par l’intermédiaire de syndicats bien établis. [1, 2]

Pour l’instant, cependant, les travailleurs ont préservé l’instrument qui leur confère leur pouvoir de négociation, précisément au moment où Airbus tente d’augmenter sa production. Cela confère au conflit une importance qui dépasse le simple accord salarial immédiat. Le réarmement européen renforce la puissance financière et politique des entreprises d’armement grâce aux commandes publiques, mais l’expansion de la production militaire accroît simultanément leur dépendance vis-à-vis de groupes concentrés de travailleurs qualifiés. [4, 5, 6]

Que cette dépendance structurelle se transforme en un pouvoir plus large de la classe ouvrière dépend d’une étape supplémentaire qui n’a pas encore eu lieu : l’extension et la coordination au-delà des usines Airbus individuelles, et finalement au-delà d’Airbus, à travers le système de production aérospatial et militaro-industriel européen de plus en plus intégré.

Sources

Les références numérotées dans le texte correspondent aux sources ci-dessous. Les liens sont cliquables et écrits en toutes lettres afin de rester lisibles lorsqu’ils sont imprimés ou copiés depuis Word.

1. EFE, « Le personnel d’Airbus rejette la suspension temporaire de la grève à 81 % des voix », 31 août 2026.

https://efe.com/andalucia/2026-08-31/la-plantilla-de-airbus-rechaza-suspender-temporalmente-la-huelga-con-un-81-de-los-votos/

2. Europa Press, Airbus propose d’indexer les salaires sur l’IPC réel et d’accorder une augmentation de 7,6 % pour mettre fin à la grève, tout en maintenant le télétravail, 28 août 2026.

https://www.europapress.es/economia/noticia-airbus-ofrece-ligar-sueldos-ipc-real-76-mas-frenar-huelga-mantiene-teletrabajo-20260828165137.html

3. Cinco Días / El País, Airbus et les syndicats restent sur des positions divergentes après la réunion au SIMA tandis que les grèves se poursuivent, 27 août 2026.

https://cincodias.elpais.com/companias/2026-08-27/airbus-y-los-sindicatos-mantienen-posiciones-distantes-tras-la-reunion-en-el-sima-mientras-continuan-los-paros.html

4. Airbus, Airbus publie ses résultats semestriels (S1) 2026, 29 juillet 2026.

https://www.airbus.com/en/newsroom/press-releases/2026-07-airbus-reports-half-year-h1-2026-results

5. Airbus, Airbus publie ses résultats annuels (AF) 2025, 19 février 2026.

https://www.airbus.com/en/newsroom/press-releases/2026-02-airbus-reports-full-year-fy-2025-results

6. Airbus, Rapport annuel 2025 d’Airbus, 2026.

https://www.airbus.com/sites/g/files/jlcbta136/files/2026-04/airbus_annual_review_0.pdf

7. Reuters, « Rheinmetall va investir 270 millions d’euros alors que Kassel, en Allemagne, devient un pôle clé pour la fabrication de chars », 27 août 2026.

https://www.reuters.com/business/aerospace-defense/rheinmetall-invest-270-mln-germanys-kassel-becomes-key-tank-hub-2026-08-27

dimanche 13 septembre 2026

LE CAPITAL FICTIF SE DEVELOPPE VERS L'IMPASSE DE LA DETTE PERPETUELLE

 Suite au débat Manuel Bompard face à Thierry Breton sur LCI le 8 septembre 2026, une polarisation entre ceux qui dans le cadre du capitalisme pensent qu'il faut euthanasier la dette ( LFI....) et ceux qui pensent qu'il faut poursuivre les politiques de rigueur et d' austérité ( la liquidation complète de l' état providence) . Comme nous avons essayé de le démontrer dans notre article de 2021 et bien d' autres, les limites du capitalisme son atteintes, puisque celui-ci comme l' avait prévu Marx se retrouve face à lui même.



En ce début 2021, il me paraît nécessaire de faire le point sur les dernières évolutions de ce que l' on appelle la finance mondiale et le capital fictif .

Si l'année 2020 fut touchée marquée par la pandémie mondiale du coronavirus, elle fut aussi atteinte par la maladie virale de l'endettement à perpétuité et par la découverte d' un vaccin (la MMT) pour la guérir selon l'usage voulant qu'il faut soigner le mal par le mal.

Et bien nous y voilà, la solution moderne nous est encore une fois venue d' Amérique sous le nom de Théorie monétaire moderne (MMT) de Stéphanie Kelton,

 Tous les pays de l' OCDE l'ont finalement adopté. Les partisans de la MMT pensent que la monnaie est un monopole public dont ils peuvent user à leur guise « sans limite ». Cette idée n' est pas nouvelle comme le souligne Nick Beams dans son article (La théorie monétaire moderne (MMT) et la crise du capitalisme )

« En 1924, l'économiste allemand Georg Friedrich Knapp a avancé une nouvelle théorie de la monnaie. Il soutenait que l'argent ne provenait pas de la production de marchandises et n'avait pas de valeur intrinsèque. C'était un jeton créé par les gouvernements comme moyen de paiement pour les obligations fiscales qu'ils imposaient. Cette théorie, connue sous le nom de chartalisme1 (dérivé du mot latin charta, qui signifie "jeton"), est à la base du MMT. » (Nick Beams)

 Nous avons vu dans nos précédents articles comment la BCE a fait voler en éclats les traités de Maastricht et de Lisbonne, comment en Allemagne une fraction du capitalisme allemand a cherché à résister, en vain. Tout cela pour finir par nous chanter les louanges du MMT et de sa dette perpétuelle non remboursable.


P.Artus dans un interview Oui, la dette explose mais elle n'aura pas à être remboursée ! nous explique de long en large pourquoi la dette n' est pas forcément remboursable. Dans le même sillage le groupe Mélenchon résolution nº 2914 efface la dette d'un coup de baguette magique.


  « La solution que nous proposons est pragmatique. D’abord la transformation de la dette actuelle des États par la banque centrale européenne en dette perpétuelle à taux nul. Aujourd’hui, 18 % de la dette publique française est stockée à la banque centrale. Sa transformation en dette perpétuelle permettrait d’effacer pour notre pays le coût de la crise sanitaire. Cela peut se faire immédiatement. La Banque centrale européenne pourra ensuite augmenter sa politique de rachat des dettes publiques sur le marché secondaire pour les geler petit à petit. Cette opération ne nécessite pas de changer les traités européens. » (...)« Monétiser la dette par la banque centrale est la solution la plus raisonnable, la seule sérieusement envisageable. Elle est plus pertinente que jamais. Sinon quoi ? Va t on pendant les cent prochaines années n’avoir d’autre projet de société que de payer une dette contractée pour payer les dégâts de l’ère productiviste à l’heure où il faut investir pour sortir de cette façon de produire et d’échanger. » ( extraits de la résolution nº 2914)


 Il ne fait pas de doute que pour le capital financier « Monétiser la dette par la banque centrale est la solution la plus raisonnable, la seule sérieusement envisageable. » Ceci dénote que le capital fictif fait ici figure de « dernier métro » pour la finance mondiale en détresse. Avec le dit « Grand Reset » ils vont essayer une sortie de crise. Pour éponger les dettes ( les bonnes2 comme les mauvaises) le capital financier va d' abord consolider son assise mondiale par le truchement des banques centrales, qui maintenant font figure de dernier recours pour capter la monnaie mondiale et superviser le crédit. Ce n' est certes pas un hasard si la BCE, puis la Banque des banques centrales La BRI envisagent de passer à la monnaie numérique de détail.

Ce grand requiem de la finance mondiale n' est que l' aboutissement d'une longue agonie,dont les fondements proviennent de ce que la composition organique du capital ,est suffisamment élevée pour que toute innovation technologique qui vise l' extraction de plus value relative tend à dévaloriser-transférer en fictivité-davantage de capital fixe qu'elle produit de plus value apte à être transformée en profit, intérêt et rente foncière.


 Autrement dit la machinerie (Robotique et NTCI) permet une augmentation de la productivité, cette productivité produit de la plus-value relative tout en provoquant une dévalorisation des forces de travail à l' échelle mondiale. Comme la plus-value provient de l' exploitation du travail humain, plus la machinerie exclu ce travail humain source d' enrichissement du capital , plus ce dernier se retrouve face à lui même en sciant la branche sur laquelle il est assis. Il est alors contraint de procéder à un « enrichissement fictif » par la dette et l' expansion du capital fictif afin d' empêcher la dévalorisation du capital.

La dette devra être remboursée

Tout le monde connaît l' expression « Qui paye ses dettes s'enrichit" mais à l'ére du capital fictif le retournement dialectique la transforme en son contraire « qui fait de la dette s'enrichit »

Tout d' abord réaffirmons que malgré les discours, les gouvernements ne vont pas exonérer les citoyens du remboursement de « la dette » dite souveraine1 et s' il le faut ils piocheront dans l' épargne des citoyens A la question, faudra-t-il rembourser la dette ? Voici ce que répond Agnès Bénassy-Quéré chef économiste de la DG du trésor.

« Mais au fait, faudra-t-il rembourser la dette ? La réponse juridique et financière est oui : une dette est un contrat qui doit être honoré. L’Etat ayant la capacité de lever l’impôt, les marchés financiers lui font en général confiance pour honorer ses engagements. En retour, l’État s’appuie sur les marchés pour rembourser ses anciennes dettes en émettant de nouvelles dettes. Les États n’aiment pas faire défaut pour au moins trois raisons. Premièrement, cela rend plus difficile le financement de leurs déficits résiduels. Deuxièmement, les difficultés de financement d’un État en défaut contaminent immédiatement le financement des entreprises. Troisièmement, un défaut fait perdre de l’argent aux épargnants du pays. »Dette publique : qui va payer ?

Pour le moment, les mesures visant à faire payer la dette souveraine apparaissent comme très favorables aux emprunteurs notamment les entreprises, les gouvernements, les particuliers pour l' achat d'immobilier (intérêts plus bas et sur des durées plus longues).

Mais ces mesures nous les connaissons biens depuis la crise financière de 2008 visant à sauver le noyer en lui faisant boire de l' eau, c'est-à-dire du capital fictif à gogo en espérant qu'il sera au final valorisé dans le temps.

 

Qui fait de la dette s'enrichit.

Les partisans de la MMT développent cette idée et trouve un répondant auprès de la « gauche de la dévalorisation » comme le parti de gauche de Mélenchon et autres. Comment est il possible de s'enrichir de la dette ? C' est ce que font les banques quand elles octroient un prêt immobilier dont il faut rembourser les intérêts en premier et ensuite le principal. A une échelle supérieure celles des États c'est le même processus l' État emprunte à la banque centrale « de la monnaie banque centrale » qu'il devra rembourser comme pour un achat immobilier sauf que les États sont aussi actionnaires des banques centrales et de ce fait vont toucher des intérêts en tant qu' actionnaires. Ce petit jeu d' équilibriste peut effectivement fonctionner un temps. Par exemple quand la Banque de France (BdF) achète des titres de la dette publique, les intérêts perçus sur ces titres vont se partager entre la BdF et la BCE comme l' indique ci dessous la BdF elle même.

 « Pour le programme PSPP, 90% des titres sont achetés par les banques centrales nationales (dont la Banque de France) et 10% par la BCE directement. Les achats par les banques centrales nationales de titres publics de leur juridiction sont en risque propre et en revenus non partagés à hauteur de 80% des encours de détention PSPP. Les trois autres programmes d’achat sur titres (SMP, ABSPP, CBPP3) sont par construction en risques partagés. Les intérêts perçus par la BCE contribuent à son résultat, qui est reversé via le dividende aux banques centrales nationales actionnaires et membres de l’Eurosystème selon une clef de répartition dite clef Eurosystème, différente de la clef de capital car recalculée pour les seuls pays membres de la zone euro. Les banques centrales actionnaires de la BCE mais non membres de l’euro ne perçoivent pas de dividende. » (Quand la Banque de France achète des titres de la dette publique française, les intérêts perçus sur ces titres de dettes vont – ils à la Banque de France ou à la BCE ?)


 Il résulte in fine que le Trésor actionnaire à 100% de la BdF, va percevoir un dividende de la part de la BdF, qui comme nous venons de le voir perçoit un dividende de la BCE dont elle est actionnaire Le Trésor récupère ainsi une partie des profits de la BdF et de la BCE. Voilà comment la dette publique devient un enrichissement sans cause.

Il y a aussi l' exemple des 137 milliards de dette tombant du ciel mis sur le dos de la sécu afin de faire perdurer via la CADES la ponction CSG/CRDS sur les salariés, chômeurs, retraités, voir notre article. G.Bad- L' Etat et la Cades gèrent la dette sociale, les salariés , retraités, chômeurs banquent.

Voilà comment la dette publique est devenue un produit financier des plus sûr, classé trois AAA .

La régulation supra-étatique où la stratégie du funambule.

 Alors que les États-Unis première puissance mondiale s'étaient s'octroyer suite aux accords de Bretton Woods le privilège de détenir la monnaie universelle le dollar ; il se trouve que celui-ci entre en déclin relatif. Nous disons relatif dans le sens ou d'autres puissances émergent comme la Chine, s'invitant au banquet mondial des grandes puissances décisionnelles du sort du monde ( les différents G). L' éternelle remise en cause du dollar comme monnaie de réserve est de nouveau au centre des contradictions de ce monde dominé par le capital fictif. Ce que certains appellent le « déclin de l' occident » dont ils attribuent le commencement avec les chocs pétrolier, déplacement de richesses vers les pays non occidentaux et délocalisations. Le déplacement de zone d' accumulation du capital n' est pas nouveau et il indique seulement que certains états entrent en crises quand d' autres prospèrent, cette évolution est matérialisée par l' évolution des « G » Le G6, émerge en 1975, puis devient le G7 avec l' entré du Canada en 1976 et le G8 en 1997 avec la Russie. L'objet des différents « G » est de vouloir réguler l' ensemble des mouvements des monnaies qui commençaient à échappé au contrôle des Etats.

Crise, la fin des rafistolages: dévalorisation financière, crise monétaire et banqueroute des Etats

La guerre des monnaies: conversion du système de crédit en système monétaire.

De là la mise en place de superviseurs2 et des banques centrales de plusieurs pays, au sein du comité de Bâle3. Désormais tous les pays du G20 en sont membres, ses recommandations,sont de facto mises en œuvre par la plupart des banques significatives avant même leur transformation en règles étatiques les fameuxBâle I, Bâle II, Bâle III, FRTB

 A la fin du XXe siècle, des formes de régulation supra-étatiques émergent sur la base des risques souverains4 et des crises dites régionales ( Amérique latine, Asie, Russie) La création de valeur financière devient le critère de jugement prévalant sur la performance d’entreprise, et c’est au nom de cette valeur que des financiers achètent et démantèleront RJR Nabisco à la fin des années 1980, ce qui leur vaut d’être surnommés « les barbares » par le Wall Street Journal.

Au tournant du XXIe siècle, d’autres barbares sont emportés par la déconfiture de grandes entreprises qu’ils avaient portées au pinacle de la Bourse : Enron et WorldCom. On croit alors réguler pour éviter à jamais ce type de crise, c’est ce que fit le président Bush en signant la loi Sarbanes-Oxley. Six ans plus tard, en 2008, le monde connaissait la crise financière la plus violente et la plus globale depuis la crise de 1929. Depuis cette crise,le risque souverain a gagné les pays de l' UE à tel point que l' euro lui même fut menacé dans son existence même et qu'il fut nécessaire pour le sauver de pratiquer en grand la politique dite « non conventionnelle » du « quantitative easing » (QE) ou « assouplissement quantitatif »  c' est à dire l'injection massive de liquidités dans le système financier.

Bien avant la « crise covid 19) le risque souverain planait au-dessus des pays de l'OCDE et la pandémie est arrivée comme la fée clochette pour balayer les dernières résistances visant à ouvrir la boite de pandore de la création monétaire illimitée.

Le confinement des populations a conduit à une chute très importante de la production et on attend un recul du Produit Intérieur Brut (PIB) de 7 % en 2020 pour l’ensemble de l’OCDE. Endettement qui ne fait augmenter l’exposition des banques aux risques souverains. Ce risque nous auront l'occasion de le constater prochainement, va s’amplifier, continuant à enfler les bilans des banques et banques centrales. La récession va accroître le risque souverain, et il ne faut pas compter sur le fil d' Ariane de la « révolution verte » pour une relance. La récession déjà présente avant la crise va se poursuivre avec les affres d'une paupérisation de la classe moyenne venant s' ajouter à celle des travailleurs pauvres. Une situation mondialement explosive nassé préventivement par des couvre feu et État d'urgence sanitaire le tout accompagné de lois liberticides.

 G.Bad 15 janvier 2021

 NOTES

1Voir-Le néo-chartalisme ou Théorie Monétaire Moderne (MMT)

2 Si la nomination au Trésor, de Janet Yellen,est confirmée par le Sénat, cette ancienne présidente de la Fed, partisante de «  la théorie monétaire moderne » ne va pas lésiner sur les dépenses publiques.

 3-En pratique, les principales mesures prises par la BCE, comprennent le nouveau programme temporaire d’achats d’actifs privés et publics (Pandemic Emergency Purchase Programme, ou PEPP), d’un montant de 750 milliards d’euros, qui s’ajoute aux programmes déjà en place pour un total d’achats de plus de 1000 milliards d’euros pour l’année 2020 ; ii) les financements massifs accordés aux banques de la zone euro pour maintenir les crédits à l’économie (Targeted Longer-Term Refinancing Operations, or TLTRO III).

4 Ne pas confondre le régulateur chargé d’édicter les règles, souvent les États (ou, en Europe, la Commission européenne), et le superviseur chargé de les faire appliquer et de surveiller le secteur financier.

5-Le Comité de Bâle ou Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (en anglais Basel Committee on Banking Supervision, BCBS) est un forum où sont traités de manière régulière (quatre fois par an) les sujets relatifs à la supervision bancaire. Il est hébergé par la Banque des règlements internationaux à Bâle.Cette institution fut créée en 1974 1 par les gouverneurs des banques centrales du « groupe des Dix » (G10). C'est la liquidation d'une société allemande (Herstatt), qui a précipité la création du Comité, cette faillite pouvant avoir un effet domino sur d' autres banques. Le Comité se compose de représentants des banques centrales et des autorités prudentielles des pays suivants : Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, États-Unis, France, Italie, Japon, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède et Suisse. Au cours de la session des 10 et 11 mars 2009, il fut décidé de l'élargir à l'Australie, au Brésil, à la Chine, à la Corée, à l'Inde, au Mexique et à la Russie2. Le 10 juin 2009, il a, en outre, été ouvert à Hong Kong et à Singapour, ainsi qu'à d'autres membres du G20 : Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Indonésie et Turquie.

6-Définition : le risque souverain correspond au risque attaché à l'état et aux administrations publiques d'un pays donné et à sa capacité à rembourser ses crédits et à pouvoir faire face à ses engagements.


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