dimanche 2 août 2026

Le rêve destructeur de l'impérialisme de Cecil Rhodes à Elon Musk

Publié le 17 Mars 2025 par Pantopolis, 16 mars 2025

Le capitalisme à la recherche de nouvelles Atlantides extraterrestres

Le capitalisme à la recherche de nouvelles Atlantides extraterrestres

«Toutes ces étoiles… ces mondes immenses qui restent hors d’atteinte. Si je le pouvais, j’annexerais les autres planètes» [Sarah Millin, (Cecil) Rhodes, Chatto & Windus, Londres, 1933, p. 138].

Le rêve destructeur de l'impérialisme, de Cecil Rhodes à Elon Musk

Le Macédonien Alexandre le Grand, conquit la moitié de l’Orient, et vingt villes portèrent et même continuent à porter son nom, depuis Alexandrie d’Égypte jusqu’à Alexandrie d’Arachosie (actuelle Kandahar en Afghanistan).

À l’occasion de l’expansion coloniale européenne, tous les nouveaux conquérants ont rêvé de donner leur nom à d’immenses terres conquises le plus souvent par le fer et par le feu, pour instaurer des régimes de prédation organisée sacrés « civilisation ».

Depuis Christophe Colomb et Simon Bolivar – et même bien avant[1] –, Cecil Rhodes (1853-1902) est le seul créateur d’empire ayant donné son nom à un nouveau territoire conquis : la Rhodésie du Nord (Zambie depuis 1964) et celle du Sud (Zimbabwe depuis 1980), à laquelle il ajouta le Nyassaland[2]. Ce fils de clergyman, homme d’affaires, devenu premier ministre de la colonie du Cap (1890-1896), fut le fondateur de la British South Africa Company, visant à coloniser et exploiter les territoires au nord du Transvaal. Il est célébré dans les bourses du monde capitaliste comme le créateur de la société diamantaire De Beers. Il est surtout l’archétype d’un impérialisme anglo-saxon carnassier, réussissant à étendre l’empire africain de Sa Gracieuse Majesté du Cap au Caire.

Cecil Rhodes incarne à merveille les ambitions impérialistes de l’époque. La première puissance coloniale étendait officiellement sa domination sur une partie de la planète « pour faire régner partout la paix, la liberté et la justice ». Dans son premier testament – rédigé à l’âge de 24 ans – il envisageait, pour cela, l’absorption par l’Empire britannique de toutes les îles du Pacifique, y compris le Japon (sic), de la côte chinoise et de l’Amérique du Sud. Il caressait même, en 1877, l’idée d’une « reconquête des États-Unis d’Amérique ».

A défaut d’avoir conquis la planète entière, Rhodes de se targuait d’être le plus authentique philanthrope; il avait fait don de bourses d’études… mais strictement réservées aux étudiants blancs. Rhodes lança le mot d’ordre de l’égalité des droits de « tous les hommes civilisés », prenant soin de préciser qu’un Noir capable d’écrire et de travailler valait plus qu’un Blanc paresseux ou oisif[3]

Le colonialisme à la Cecil Rhodes, au profit d’un État capitaliste ou d’un petit roitelet européen (le Belge Léopold II), souverain du Congo, ne fut rien d’autre qu’une méthode de pillages et d’asservissement dans sa colonie « personnelle ». Son bilan est une tragédie historique pour les populations soumises à sa férule[4].

On peut mieux chiffrer le bilan des politiques coloniales menées en Afrique par les États capitalistes français, allemand, italien, portugais, espagnol, mais aussi britanniques. L’Empire français se targuait lui aussi, sans vergogne, d’avoir apporté, selon le ministre de l’éducation Jules Ferry : « paix », « liberté » et « justice »[5]. L’Empire britannique dont Rhodes portait les couleurs occasionna en Inde de colossales famines. Elles furent pires que celles de l’Union soviétique, de la Chine de Mao et de la Corée du Nord réunies, soit 100 millions de morts[6].

L’obsession quotidienne de Cecil Rhodes et de ses confraternels concurrents (empires coloniaux français, belge, espagnol, portugais, etc.) était que le peuple d’en-bas, au chômage et affamé ne s’insurge contre « leur » « patrie », mais engage une guerre de classe totale contre le Capital.

 « J’étais hier dans l’East-End (quartier ouvrier de Londres), et j’ai assisté à une réunion de sans-travail. J’y ai entendu des discours forcenés. Ce n’était qu’un cri : Du pain ! Du pain ! Revivant toute la scène en rentrant chez moi, je me sentis encore plus convaincu qu’avant de l’importance de l’impérialisme... L’idée qui me tient le plus à cœur, c’est la solution du problème social, à savoir : pour sauver les quarante millions d’habitants du Royaume-Uni d’une guerre civile meurtrière, nous, les colonisateurs, devons conquérir des terres nouvelles afin d’y installer l’excédent de notre population, d’y trouver de nouveaux débouchés pour les produits de nos fabriques et de nos mines. L’Empire, ai-je toujours dit, est une question de ventre. Si vous voulez éviter la guerre civile, il vous faut devenir impérialistes »[7].

Ces appels directs à de sanglantes guerres de rapine contre des populations soumises au talon de fer colonial, affamées, exploitées et réprimées sans répit, n’empêchèrent pas l’éclatement de la première grande boucherie impérialiste, dont le prolétariat des métropoles comme des colonies a payé le plus lourd prix. Le rationnement drastique imposé par les capitalistes et l’inflation en spirale des prix alimentaires touchèrent durement les prolétaires de l’Empire britannique,  moins cependant que ceux des Empires centraux victimes d’un blocus mieux organisé[8].

Rhodes ne vécut pas assez longtemps pour voir son empire s’écrouler avec la fin d’un système colonial condamné au lendemain de la guerre. Plus de 120 ans après sa mort, ses statues sont déboulonnées ou mises au rebut[9].

Elon Musk, Sud-Africain comme Rhodes, s’érige en successeur légitime, un suprématiste blanc rêvant depuis l’enfance de reconquérir un pouvoir « bien blanc ».  A la tête du pouvoir suprême, avec ses compères Trump et Vance, il accuse les « non-blancs » de vouloir « confisquer des terres » (« blanches ») et de « traiter certaines catégories de population  (lire : « blanches »), TRÈS MAL » menaçant de suspendre l’aide américaine à destination de la « nation arc-en-ciel », dans l’attente d’une « enquête complète sur la situation »[10]. Musk vise plus haut encore : non seulement il veut s’emparer de l’ensemble du monde capitaliste sublunaire, mais il veut engendrer dans le monde supralunaire un capitalisme extraterrestre, voire extragalactique.

L’entreprise SpaceX, que Musk a fondée en mai 2002, grâce aux profits de la vente de PayPal[11], est aujourd’hui reconnue dans le domaine de l’exploration spatiale. Avec une valeur estimée de 180 milliards de dollars et des succès techniques indéniables, tels que le Starship, une fusée réutilisable capable de transporter plus de 100 tonnes de charge. Malgré plusieurs explosions en  vol[12],  l’entreprise semble résolue à transformer ce rêve enfantin-infantile en réalité. Quoi qu’il en coûte, pour reprendre une antienne bien connue…

Dans la nouvelle saga muskienne, la Terre est condamnée à court terme (mais pas le capitalisme, assuré d’une immortalité sui generis). La Terre est une Atlantide (capitaliste) en péril qu’il faut quitter sans délai avec des myriades d’engins spatiaux)[13]. Le nouveau « génie » du Golfe de l’Amérique promet de bâtir une colonie sur Mars avec des moyens titanesques :

- des fusées géantes réutilisables (sauf risque d’explosions périodiques…), ce qui réduirait les coûts de lancement;

- une flotte spatiale financée par des capitaux publics et privés, permettant de transporter à chaque synchronisation orbitale jusqu’à 100.000 personnes !

- une stratégie (ou plutôt une prophétie…) à long terme, prévoyant des milliers de lancements pour créer une ville d’un million d’habitants sur la glaciale « planète rouge » dénuée d’oxygène, d’eau et de toute infrastructure de survie pour les futurs conquérants du néant.

Elon Musk, clone du Docteur Folamour, sombre alors dans un nirvana hallucinatoire, ponctué de saluts nazis (non réprimés). Pour lui, le lancement d’un Starship coûterait « seulement » 2 millions de dollars. Avec un objectif de 100 vaisseaux construits par an, SpaceX pourrait disposer de 1.000 Starships d’ici une dizaine d’années, tous capables de transporter annuellement une mégatonne de matériaux.

Dans la même veine que Trump qui bâtit des projets fumeux (et mafieux) qui font toujours flop[14], « Kekius Maximus » (surnom de l’Imperator spatial) soutient qu’un billet pour Mars pourrait coûter moins de 100.000 dollars. « Partir vivre sur Mars coûtera un jour moins de 500.000 dollars, et peut-être moins de 100.000 », indiquait-il sur X. « Un montant assez bas pour que la plupart des habitants des pays développés puissent vendre leurs maisons sur Terre et déménager sur Mars s’ils le souhaitent » (sic),  et sans aucune garantie de retour…

Elon Musk a également défini sa vision sociétale de Mars. Favorable à une « démocratie directe » plutôt qu’à une « démocratie représentative », il préconise que les premiers habitants décident eux-mêmes de leur mode de gouvernance. À ses yeux, la colonisation de Mars ne consiste pas seulement à survivre, mais à bâtir une « civilisation » de nouveaux Crésus, basée sur le virtuel puisque la monnaie serait le bitcoin, seul garant de la « démocratie directe » de ces impérialistes de l’espace.

Les premières missions Starship sans équipage pourraient décoller dès 2026, avec comme objectif celui d’essaimer des humains sur Mars quatre ans plus tard. Les conditions idéales pour le lancement, qui surviennent tous les 26 mois, rythmeraient les étapes de ce projet. Les habitants de cette planète du néant, s’ils survivaient, seraient de véritables zombies contrôlés depuis la base opérationnelle de Musk au Texas : Starbase[15]. Précisons que les zombies de l’espace extraterrestre auraient des cerveaux dépourvus du « génie muskien », mais implantés de puces électroniques pour les activer ou les désactiver à volonté…

Tous ces projets d’adolescent attardé mégalomane – dont l’« humanité » se limite à faire le salut hitlérien – reposent uniquement sur la longévité putative de la barre de fer trumpienne.

Cela suppose que :

- la brutale politique de tarifs douaniers tous azimuts, totalement fantasque, ne mette pas en péril la stabilité très incertaine des échanges, de la Bourse, et donc la viabilité de l’économie américaine;

- la vente des voitures électriques Tesla, fabriquées en Chine, aux USA, en Allemagne, etc., se poursuive sans anicroches, alors que se développent de féroces campagnes de boycott, ou d’efficaces mesures de rétorsion chinoises (ou autres);

- les ouvriers des bagnes industriels de Musk se comportent encore comme de « gentils » esclaves soumis, en dépit d’une exploitation sans merci, d’une totale absence de droits, et du règne de la peur instauré par la camarilla mafieuse Musk-Trump-Vance s’appuyant sur de puissants réseaux « sociaux » d’extrême droite.

Un mois et demi après une prise du pouvoir « légale » par les urnes, ce régime reposant sur la manipulation, les « fake-news », la corruption, est déjà lourdement endetté, au point de semer le doute chez les capitalistes eux-mêmes. Les matamores du « golden age » annoncé affrontent déjà le spectre de la faillite :

« La valeur de X s’est écroulée depuis son rachat ; les nouveaux projets ont sombré dans les limbes avec le licenciement de 80 % des effectifs; annonceurs et usagers fuient. Et à Wall Street, Londres ou Paris, les banques viennent de se délester de plus de 5 milliards de créances potentiellement douteuses sur les 13 milliards de dettes contractées par le magnat pour le rachat de la plateforme, fin 2022. Elon Musk n’a rien d’invincible. C’est un colosse aux pieds d’argile. En politique comme pour le business. »[16]

Musk a pour le moment un usage illimité de la pompe à « phynances » fédérale pour s’abreuver jusqu’à plus soif. Il n’est pas sûr que ce pillage mafieux à usage privé puisse durer indéfiniment comme au temps béni de la piraterie impérialiste où aucun frein n’existait pour limiter la rapacité des grands barons du capitalisme privé.  

Ce système de pillage impérialiste sans limite détruit année après année toute la planète, réduit sa population  à un état de déchéance avancé. Les effets délétères du système capitaliste sont encore plus tangibles avec le règne des Musk-Trump-Vance et de leurs compères Poutine et Xi Jinping, engagés toujours plus dans des guerres impérialistes sans fin.

Le système impérialiste est inévitablement condamné, à court ou à moyen terme. Les destructions engendrées par  les guerres impérialistes s’accumulent déjà à nos portes : Ukraine, Russie, Israël-Gaza, Moyen-Orient, Afrique (Congo, Soudan, etc.), en attendant les conflits autour de Taiwan et de la Corée dans la zone–Indo-Pacifique. Il n’est aucun lieu de la terre, où l’humanité ne soit maintenant en danger.

Non, le capitalisme ne pourra se perpétuer pour le seul bénéfice de quelques oligarques assoiffés de profits, n’hésitant pas à verser le sang des exploités, en les réprimant férocement ou en les jetant comme chair à canon dans ses guerres impérialistes. Ni sur la « planète bleue » ni sur une quelconque planète fantasmée que l’impérialisme, dans sa folie des grandeurs, rêve de conquérir, pour mieux la détruire.

L’impérialisme, dans toutes ses versions (« libéral », « illibéral », capitaliste d’État, « communiste », etc.) est détruit la planète Terre méticuleusement, heure après heure, par la simple recherche du profit, dans des guerres généralisées entre pirates capitalistes pour obtenir les dernières miettes accessibles et vendables sur des marchés capitalistes.

La balle est maintenant dans le camp du prolétariat américano-canadien, mais aussi européen. Tout dépend maintenant de sa réaction de classe et donc de sa capacité à s’organiser pour d’abord briser l’offensive du capital, et ensuite poser la question de la prise du pouvoir par les exploités.

Pantopolis, 16 mars 2025.

 


[1] L’Empire ottoman, que veut refonder Erdoğan, provient du nom de l’empereur Osman, premier de la dynastie. Il fut fondé à la fin du XIIIe siècle (en 1299) au nord-ouest de l’Anatolie byzantine (aujourd’hui : Turquie).

[2] L’histoire du Nyassaland est marquée par l’accaparement massif des terres communautaires africaines par les colons blancs britanniques. Le Nyassaland a pris le nom de Malawi en 1964.

[3] Jean Werz, Le Monde, 6 juillet 1953, « La mémoire de Cecil Rhodes bâtisseur de l’empire africain de l’Angleterre est célébrée par la reine mère Elizabeth ».

[4] Léopold II créa en 1885 l’État indépendant du Congo qui fut sa propriété personnelle. Sa ‘vigoureuse’ action coloniale lui valut le titre de « Saigneur du Congo ». Le chiffre généralement admis des victimes de la colonisation royale pourrait être de plusieurs centaines de milliers, sans qu’il y ait un accord d’historiens sur un chiffre plausible. Cf. Tanguy De Wilde D’Estmael, Université catholique de Louvain et Collège d’Europe de Bruges : leopold-ii-roi-des-belges-et-souverain-du-congo-une-figure-historique-confrontee-aux-mythes-memoriels.pdf.

[5] Discours à l’Assemblée nationale du 28 juillet 1885 (« Les fondements de la politique coloniale »), juste avant une expédition militaire à Madagascar : « Est-ce que vous pouvez nier, est-ce que quelqu'un peut nier qu’il y a plus de justice, plus d’ordre matériel et moral, plus d’équité, plus de vertus sociales dans l’Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête ? Quand nous sommes allés à Alger pour détruire la piraterie, et assurer la liberté du commerce dans la Méditerranée, est-ce que nous faisions œuvre de forbans, de conquérants, de dévastateurs ? Est-il possible de nier que, dans l’Inde, et malgré les épisodes douloureux qui se rencontrent dans l’histoire de cette conquête, il y a aujourd’hui infiniment plus de justice, plus de lumière, d’ordre, de vertus publiques et privées depuis la conquête anglaise qu’auparavant ? »

[6] « Comment le colonialisme britannique a tué plus de 100 millions d’Indiens en 40 ans », site « les crises » : https://www.les-crises.fr/comment-le-colonialisme-britannique-a-tue-100-millions-d-indiens-en-40-ans/

[7] Souligné par nous. Le texte émane du journaliste W.T. Stead (1849-1912), citant son ami de Cecil Rhodes. Cf. Die Neue Zeit, 1898, xvie année, n° 1, p. 304, et Lénine, dans son ouvrage L’Impérialisme stade suprême du capitalisme (1916). W.T. Stead ne connut pas le naufrage du capitalisme en 1914 mais celui du Titanic, en 1912, qui fut son tombeau…

[8] Pour l’Allemagne, voir Nicolas Patin, «Réflexions autour des victimes allemandes du blocus de 1914-1918 », Les Cahiers Sirice, 2021/1, n° 26, p. 95-107. En Allemagne, le nombre de victimes de la faim, imputable au blocus naval, s’éleva à environ 500.000.

[9] Le mouvement Rhodes must fall, animé surtout par des étudiants d’Afrique du Sud, s’est répandu à travers le monde grâce aux réseaux sociaux, afin de lutter contre le « suprématisme blanc ».

[10] Cf. Le Monde, 5 février 2025 : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/02/05/quand-l-enfant-du-pays-elon-musk-s-immisce-dans-la-politique-americaine-vis-a-vis-de-l-afrique-du-sud_6532289_3212.html

[11] La plate-forme PayPal est une alternative au paiement par chèque ou par carte bancaire.

[12] La fusée Starship explosa au-dessus des Bahamas le 16 janvier dernier;  puis à nouveau le  6 mars 2025. Cela ne freine pas Musk dans ses projets à court terme : https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20250308-explosion-de-la-fus%C3%A9e-starship-le-doute-plane-sur-l-agence-am%C3%A9ricaine-de-l-aviation

[13] Scénario brillamment mis en images dans l’ouvrage d’Edgar P. Jacobs, L’Énigme de l’Atlantide, Dargaud.

[14] Cf. Le Monde du 18 octobre 2024, sur un projet financier de Trump, porté par des « businessmen douteux » : https://www.lemonde.fr/pixels/article/2024/10/18/donald-trump-fait-un-flop-avec-world-liberty-financial-son-projet-de-cryptoactif_6355332_4408996.html

[15] Le Point, 25 janvier 2025 : https://www.lepoint.fr/monde/bienvenue-a-starbase-la-ville-revee-d-elon-musk-25-01-2025-2580781_24.php

[16] Rosa Moussaoui, « Elon Musk un colosse aux pieds d’argile », L’Humanité, 19 février 2025. Elon Musk se heurte à des barrages légisglatifs concernant les revenus des gros capitalistes. Une juge du Delaware vient de rejeter un plan de rémunération pharamineuse de 55,8 milliards en faveur du patron de Tesla.


 

samedi 1 août 2026

Incendies de forêt : le privé qui brûle, le public qui paye

 

L’OUVRIER

« L’EMANCIPATION DES TRAVAILLEURS SERA L’OEUVRE DES TRAVAILLEURS EUX-MÊMES » (KARL MARX)

Incendies de forêt : le privé qui brûle, le public qui paye

En France, les trois quarts des forêts sont privées. La plus grande partie est entre les mains d'une dizaine de milliers de riches propriétaires ;le reste est réparti entre 3 millions et demi de tout petits propriétaires. Dans les Landes, où a eu lieu l'incendie de 2026, c'est pire. Là, c'est 92% de la forêt qui est privée. En fait de forêt, c'est plutôt une immense plantation, des pins parfaitement alignés. Quelques très riches familles landaises ont des milliers d'hectares, le reste est partagé entre 38 000 personnes.

La forêt ne rapporte vraiment que si l'on en a beaucoup. Et derrière les plus gros proprié-taires,on a des purs capitalistes, des sociétés, qui investissent dans le bois. Selon les domaines, chaque hectare rapporte, en moyenne, au bout de 40 ans, quand on finit par

couper complètement une série d'arbres, entre 4000 et 7000 euros par hectare. Celui qui possède un millier d'hectares tire ainsi entre 100 000 et 175 000 euros par an, de sa forêt, en moyenne.Alors que c'est la nature qui fait le travail. Ce sont donc essentiellement ces forêts, des forêts privées, qui brûlent. Mais ce ne sont pas leurs propriétaires qui payent, ni pour empêcher les feux de démarrer, ni pour les éteindre une fois le feu parti En 2022, face à un feu déjà énorme en Gironde, il a fallu, dans l'urgence, que l'Etat mobilise 50 entreprises pour faire de gros travaux qui auraient, normalement demandé des mois : 67 bulldozers, pelles mécaniques et autres abatteuses d'arbres, ont ouvert dans la forêt 130 kilomètres de lignes de pares-feux, dont une partie de cent mètres de large. Et on a refait la même chose pour les Landes de 2026. Cet incendie de 2022 a coûté, estime-t-on, entre 25 et 55 millions d'euros, rien que dans la lutte pour l'éteindre : en milliers de pompiers, en centaines de camions et en dizaines d'engins volants. Celui de 2026 est pire encore. Cet argent, il vient directement de notre poche, des impôts que nous payons, par exemple dans tout ce qu'on achète, avec la TVA. On paye parce que les propriétaires de forêts n'ont pas mis suffisamment de systèmes contre l'incendie, alors que tout le monde sait que c'est un problème dans les forêts : pas assez et pas partout de lignes parefeux,pas assez de citernes positionnées d'avance pour vite approvisionner les pompiers, pas assez d'opérations de débroussaillement, etc.

Un incendie catastrophique avait eu lieu, exactement aux mêmes endroits que celui de 2026, en... 1949. Il y avait fait 82 morts, et détruit 443 maisons et bâtiments agricoles. C'est à ce moment que l'Etat a obligé les propriétaires de la forêt à cotiser un peu pour les dépenses de prévention. Mais c'est à peine 20 %, ou au plus 30% de ces dépenses qu'on leur demande de payer. Tout le reste, l'essentiel donc, c'est la collectivité, la population dans son ensemble, qui doit le payer. On nous a beaucoup montré la solidarité des gens qui aident les pompiers, ou qui soutiennent les personnes déplacées. Mais derrière cette solidarité, juste et nécessaire, il y a quelque chose d'inadmissible : le fonctionnement actuel est que les propriétaires privés nous coûtent. Non seulement, les plus gros font de belles affaires, 50 milliards par an de chiffre d'affaires dans la filière bois. Mais ils comptent sur les autres, sur la population, pour payer les dégâts que cause leur industrie, telle qu'elle est aujourd'hui. Il y a certes des choses à revoir, avec le changement du climat, comme le fait de ne planter que des pins, qui brûlent très facilement. Mais il faut d'abord et plus que tout remettre en cause ce fonctionnement ; car on le retrouve dans de très nombreuses industries qui nous coûtent cher, et ne rapportent qu'à des petits groupes de profiteurs : une industrie qui ne rapporte pas à tout le monde n'a pas à être payée par tout le monde. Ou alors, il faut en partager aussi la propriété.

1/8/2026 L’Ouvrier n° 435

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mardi 28 juillet 2026

Ruines et vertiges de l’illusion religieuse

Ce texte est paru dans Echanges n° 155 (printemps 2016).

 Les religions empoisonnent l’humanité depuis des millénaires. Non seulement les monothéismes mais encore les polythéismes, animismes et autres philosophies prétentieuses (confucianisme, bouddhisme, etc.) réinvestissent aujourd’hui l’espace public. Elles ne l’avaient à vrai dire ­jamais réellement déserté, attendant patiemment l’heure de se mêler de régenter le monde profane ; les moralistes prétendent toujours diriger les mœurs.
Je ne chercherai pas ici à recenser les différences, indéniables, entre les diverses voies religieuses ni à discuter de leur évolution historique ; je n’écris pas un article pour étudiants en théologie. De toutes les façons, l’histoire des religions enseigne avec quelle facilité les croyants tirent d’un texte sacré les déductions les plus invraisemblables ; usant d’un débridement de la syntaxe farci d’espérances et de sensibleries, leurs théories ne sont fréquemment pas commodes à suivre avec leurs façons de dire les choses et leur ignorance de la vulgaire humanité : hommes et femmes peuvent crever d’ennui, de désespoir et de faim, ce n’est pas leur rayon.
Au chacun pour soi du capitalisme, les religions opposent un groupe exclusif totalement impuissant à changer les conditions de vie de ses membres parce que leurs croyances sont en contradiction totale avec toute tentative de comprendre la société dans laquelle ils vivent. Elles n’offrent à leurs adeptes qu’une identité individuelle illusoire au sein d’un groupe ne laissant aucune place à l’individu ; une illusion n’étant pas la même chose qu’une erreur mais une forme délirante de la pensée où le désir se prend pour la ­réalité.
Ruines. Le capitalisme, depuis sa naissance en Europe, a bouleversé le monde entier et arraché le voile de sensiblerie qui recouvrait les relations humaines : religions, familles, partis politiques sont de nos jours, dans les pays soumis entièrement au capital tout au moins, totalement discrédités ; l’Etat même chancelle et ne se préserve que par ses instruments répressifs.
Dans leur lutte pour l’existence les religieux, qui retrouvent en cela les politiques, en appellent au retour à un état antérieur de la société supposé idyllique afin de pouvoir poursuivre leur quête du profit en toute tranquillité. Révolutionnaires auto-proclamés et religieux se rejoignent pour combattre des changements trop rapides à leur goût. Il leur faut pour ce faire dominer non seulement les esprits mais surtout les corps dont ils savent pertinemment que l’esprit est le sujet.
Le terrorisme, qui n’est pas une technique employée par les seuls religieux ni ne touche pas que l’Europe, comme semblent le croire certaines personnes à l’esprit étroitement enserré dans les frontières européennes, participe de cette entreprise de domination des corps. Il est une réaction extrême non seulement contre la destruction d’anciennes formes de pensée mais surtout contre la destruction d’anciennes formes de relations sociales qu’elles légitiment. On dit qu’il serait l’arme des pauvres, mais la pauvreté est chose relative et, en fait, les terroristes ne manquent pas des financements que nécessitent la préparation et l’exécution d’attentats. On préfère d’ailleurs généralement ignorer le soutien, direct ou indirect, des Etats au terrorisme groupusculaire, tout de même que le terrorisme exercé ouvertement par les Etats : les terroristes à Paris et à Bruxelles n’avaient pas tort de souligner que les Occidentaux ont fait au Moyen-Orient, et ailleurs, plus de victimes civiles qu’eux n’en feront jamais.
Cette domination des corps a toutefois des limites : premièrement dans la nécessité de constituer des groupes guerriers qui, en rassemblant des masses de gens dans un même lieu, aiguise la sexualité des participants, toujours jeunes, ainsi que celle de leurs maîtres ; deuxièmement parce que quand les combattants mâles font défaut, les organisations de combat doivent faire appel à des femmes avec les conséquences que cet appel implique. Il est notoire que les prêtres n’obtiennent la soumission des masses à la religion qu’en ménageant de larges concessions aux pulsions des hommes ici-bas ou en leur promettant toutes satisfactions au royaume des cieux.
Les religions étant plus affaire d’émotion que de raison, il n’y a rien d’étrange à ce qu’elles ressurgissent à notre époque en bouleversement perpétuel, offrant le confort d’une pensée paresseuse et d’une action moutonnière sans rapport avec la réalité autre que son anéantissement. Pour continuer à filer la comparaison avec la politique de partis, la rhétorique religieuse se masque sous la prétention de vouloir changer le monde par la soumission de tous à un dirigeant providentiel. Le bolchévisme tenait aussi ce discours ambigu de l’émancipation de la classe ouvrière par l’adoration d’un homme ; le maoïsme et ses avatars, principalement le tiers-mondisme, ont porté cette ambiguïté à son point d’explosion. Et les étudiants chinois sur la place Tiananmen en 1989 adoraient la déesse Démocratie.
Il y a conjonction entre conservateurs et religieux, c’est une banalité. Ce qui est moins banal, c’est que les forces conservatrices ont maintenant phagocyté les théories prétendument révolutionnaires. Ces révolutionnaires supposés, en lutte contre le bouleversement des sociétés soumises au capital par le capital même, se rangent aux côtés des religieux au nom d’une tradition culturelle, et délaissent la lutte de classes au profit d’une lutte des citoyens, quand ils ne nient pas tout bonnement l’existence d’une classe ouvrière ; et n’hésitent pas à remplacer les prolétaires dans leur lutte contre la bourgeoisie par les laissés-pour-compte.
Vertiges. Je ne nie pas que les religions peuvent parfois consoler certains de leur misère économique et exprimer leur révolte contre les nantis. Lors des attentats à Paris et Bruxelles, on a beaucoup disserté sur la radicalisation de certains musulmans. Il y a là une mésinterprétation : ce ne sont pas les musulmans qui se sont radicalisés mais il s’agit bien plutôt d’une islamisation de la radicalité, de révoltés qui ont cru trouver dans la religion une manière de transformer le monde après l’échec de la politique.
Bien entendu on n’a pas parlé d’une radicalisation des catholiques ; ceux qui, par exemple, ont défilé contre le mariage homosexuel. Pourtant, là encore, il s’agissait de l’expression d’une défiance envers les politiciens. Je ferai remarquer à ce propos que cette revendication du mariage par les homosexuels et leurs défenseurs prouve à quel point les idées conservatrices ont pénétré toutes les couches de la société.
Mais les religions, comme la politique, n’offrent qu’une impasse à la révolte car si elles prétendent lier les hommes entre eux et les hommes avec dieu, elles ajoutent en fait un motif à tout ce qui sépare les hommes. Les opposant pour des raisons futiles (prophètes, coutumes, etc.), elles les dressent les uns contre les autres dans des guerres sans fin : les partisans d’une liberté de culte prônent cette liberté pour eux seuls et on ne compte plus les morts au nom de la liberté de leurs assassins.
Comme les partis politiques autrefois, les mouvements religieux attirent des jeunes qui ne sont plus seulement des abîmés économiques (chômeurs, précaires, etc.) mais qui sont plutôt issus de la classe moyenne et parfois même supérieure. Comme autrefois les militants politiques ou syndicaux, les militants religieux combattent pour les intérêts des déclassés, délaissant les plus défavorisés qui, eux, se battent au quotidien pour leur survie sans se laisser séduire, sinon marginalement, par les sirènes de théories grandiloquentes.
Les plus ardents sectateurs religieux ou socialistes se recrutent parmi les fonctionnaires. Ils sont d’ailleurs assez peu dangereux, craignant de perdre leurs places. Les idées religieuses, tout comme les idées politiques, pénètrent parfois les milieux ouvriers, mais les ouvriers ne manifestent pas le sectarisme des premiers. La classe ouvrière est la plus réfractaire aux pratiques et discours moraux des religieux, des politiciens de gauche et de droite. Bien que les médias répandent cette rumeur que les électeurs du Front national, en France, seraient en majorité ouvriers, une analyse plus fine de cet électorat montre que cela dépend beaucoup des régions. Et, de toutes les façons, le Front national n’a encore aucun élu régional parce qu’il y a loin d’un vote protestataire à une adhésion.
Plus dangereux sont ces jeunes sans avenir pour qui l’exercice du terrorisme devient un rite de passage à l’âge adulte mettant fin à une période interminable de postadolescence dans des sociétés européennes où l’âge de l’autonomie devient de plus en plus tardif par manque d’argent. Il est à noter que si Internet a, relativement, supprimé la géographie par la suppression des distances entre interlocuteurs, la proximité géographique, physique, favorise l’entraînement des uns par les autres et la pression du groupe dans les vocations religieuse et terroriste. Les commentateurs parlent alors de communautarisme (voir l’encadré ci-dessous), une sorte de maladie ou d’infamie qui, une fois de plus, ne toucherait que des populations d’origine non européenne.
Cependant, les religieux ne forment pas une communauté homogène ; comme toute communauté, elle est traversée par les intérêts individuels de chacun de ses membres. Ces mêmes commentateurs oublient que si l’islam perturbe nos sociétés européennes, d’autres religions perturbent d’autres sociétés dans le monde, qu’il y a des guerres entre elles toutes et en leur sein : chiites contre sunnites, bouddhistes contre rohingyas (musulmans) au Myanmar (ancienne Birmanie), juifs contre musulmans au Proche-Orient, catholiques contre évangélistes dans plusieurs pays d’Amérique latine, massacres de civils par des armées confessionnelles comme en Ouganda et dans les pays voisins jusqu’en 2008 par la Lord’s Resistance Army, etc. Le nationalisme sous perfusion religieuse nous promet des guerres aux effets démultipliés par les progrès techniques ; Israël en donne un exemple depuis 1949.
Alors que l’utopie religieuse a remplacé l’utopie politique, que tous les déçus d’une vie ordinaire embarquent pour la Syrie comme leurs ancêtres partaient en Union soviétique en quête d’une vie passionnante, je ne peux m’empêcher de penser à ceux-là qui se félicitent d’habiter le meilleur des mondes, s’efforcent de réfléchir, parler et écrire, dans la ligne officielle tout en gardant la conviction de vivre libres. C’est sans compter que les religieux, à l’instar de leurs collègues politiques, se chargent de supprimer tous les individus susceptibles de manifester intelligence et indépendance. Et quand des défenseurs des exploités des pays moins développés, issus des pays riches, tolèrent l’assujettissement des ex-colonisés à la religion pour cause de victimisation ou de tradition, on devine que s’ils expriment une envie d’égalité entre enfants d’ex-colonisés et enfants d’ex-colonisateurs elle est plus forte que leur envie de liberté.
Pour certains, on ne peut critiquer l’islam sans être soupçonné d’islamophobie, car la religion islamique fait partie de la culture des victimes de l’Occident, tout comme on ne peut critiquer Israël sans être accusé d’antisémitisme parce que la religion juive appartient à la culture des victimes du nazisme. L’Europe, elle, serait matérialiste, sans spiritualité. Les mots prennent ici un sens particulier qui cherche à discréditer toute critique du capitalisme : dans leur bouche, le matérialisme devient simple frénésie consommatrice et la spiritualité, pure religiosité.
Il est nécessaire aujourd’hui où partout dans le monde le religieux resurgit avec force de dire clairement que la stratégie réfléchie des prédicateurs vise à détruire l’individu indépendant actif en société, à détruire tous ceux dont la manière de vivre ne correspond pas aux critères qu’ils ont édictés. Il est aussi nécessaire d’affirmer que la politique, dans son acception étroitement partisane, est de même nature que la religion, que toutes deux sont affaires de croyance et que rien ne leur est plus étranger que l’humain, qu’elles reposent sur l’irrationnel et le fanatisme. Enfin, que le terrorisme arrive toujours dans des périodes où le capitalisme se trouve, ou s’imagine, menacé par ses producteurs, les travailleurs.
Emile Henry (1872-1894), un des derniers terroristes anarchistes de la fin du xixe siècle, écrivait : « J’aime tous les hommes dans leur humanité et pour ce qu’ils devraient être, mais je les méprise pour ce qu’ils sont. » (Coup pour coup, éd. Plasma, 1977, p. 184). Il ne me semble pas que les terroristes d’aujourd’hui pensent autrement. Philanthropes religieux, politiques ou autres se posent en amis de l’humanité, mais ils en ont toujours été les plus pernicieux ennemis. Le fanatisme aveugle des vrais croyants les rend beaucoup plus dangereux que des bêtes fauves.
J.-P. V. dit PAULO aujourd'hui décédé.

jeudi 23 juillet 2026

Ils ont voté le retour de l'acétamipride / La vraie-fausse démission de Monique Barbut / L'été devient la « saison du confinement » Reporterre

 


Les «alliés du cancer» ont frappé fort. Retour en arrière. Juillet 2025 : une pétition contre la loi Duplomb, voulant réintroduire l'acétamipride, recueille plus d'un million de signatures. La société civile se mobilise alors massivement contre les pesticides, et le Conseil constitutionnel censure la mesure. Un an après, l'histoire se répète. Qu'ont retenu nos élus de ce grand moment de démocratie ? Rien. Pire : se voyant barrer l'accès à la porte, les tenants de l'agro-industrie sont passés par la fenêtre, réussissant à faire adopter le retour de l'acétamipride via la loi d'urgence agricole. Cette semaine, les députés puis les sénateurs ont définitivement voté en faveur de cette «loi Duplomb bis», actant non seulement le retour de pesticides dangereux, mais aussi l'agrandissement des élevages, le détournement de la gestion locale de l'eau, et favorisant l'irrigation toujours plus massive des cultures... Le malaise s'est fait sentir jusque dans les rangs du gouvernement – pourtant à l'origine de cette loi – quand la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, opposée à la réintroduction de l'acétamipride, a annoncé son intention de démissionner… Avant de faire volte-face, à la demande du président de la République. Mais dans cette histoire, tous semblent avoir oublié le poids de la colère populaire, qui n'a pas fondu malgré les canicules successives : «Ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Nous considérons que ce sont des alliés du cancer et des ennemis du monde paysan», a asséné Fleur Breteau, cofondatrice de Cancer Colère, le soir du vote. À quelques mois de l’élection présidentielle, elle appelle les militants à «faire vivre un cauchemar» aux candidats des partis favorables à la loi : «Dès qu’ils mettront un pied hors de leur voiture, on sera là, on ne les lâchera pas.» Voir aussi https://reporterre.net/Monique-Barbut-joue-aux-Lego-la-reforme-qui-plonge-le-ministere-de-la-Transition

samedi 18 juillet 2026

​Howard Fast, Spartacus, Infidèles, Agone, Marseille, 2016

 

​Howard Fast, Spartacus, Infidèles, Agone, Marseille, 2016






Howard Fast, Spartacus, Infidèles, Agone, Marseille, 2016. Il s’agit d'un roman, celui-ci qui a été écrit avec une grande et scrupuleuse information historique concernant, non seulement le personnage historique devenu légendaire de Spartacus, mais aussi les différentes révoltes serviles qui ont secoué la domination de la Rome antique. C’est pourquoi, dès sa publication en 1951, cet ouvrage fut mis sur une liste noire et considéré comme subversif. Il s’agit en fait, d’une saga historique haletante qui relate plus de deux ans de guerres acharnées que du déployer le système esclavagiste romain pour venir à bout de ce qui est toujours considéré comme l’exemple historique d’une révolution libératrice et porteuse d’un projet politique émancipateur. Aujourd’hui, où l’essentiel de l’esclavage moderne se développe sous la forme salariale, l’exemple de Spartacus continue notamment grâce à l’insurrection « spartakiste » de la commune de Berlin de 1918/19 à monter la voie révolutionnaire et insurrectionnelle. En effet, deux siècles plus tard, le nom de Spartacus concrétise toujours la révolution prolétarienne et c’est pourquoi il est bon de revenir même de manière symbolique sur l’histoire et la signification politique de cette révolte.
 La meilleure adaptation cinématographique de cette saga, reste toujours celle, classique, de 1960 de Stanley Kubrick avec Kirk Douglas. À revoir donc. Référence musicale : The Clash, White  Riot.

https://youtu.be/WngpvGpjJsQ?si=FueO0ML2sotp4bIE

vendredi 17 juillet 2026

G.Bad, Démonstration de force de l' UE juillet 2026

 


Nous venons d'assister à un renforcement du « camp occidental » prêt à en découdre avec le bloc russe. En effet, c' est sous la détermination d' E Macron que la constitution d'une force de frappe européenne se met en place passant de l' économie de guerre à la guerre réelle.Ce que le défilé XXL aux couleurs de l'Ukraine et de ses alliés confirme.

Son discours 2026 aux armées est à ce niveau révélateur :

Lors du discours aux armées du 13 juillet 2026, Emmanuel Macron a notamment dressé le bilan du réarmement du pays . Doublement du budget des armées, place de la jeunesse, et défense de la paix…

« Le message que nous envoyons au monde est le suivant : oui, la paix est notre but, oui, nous chérissons la liberté et le droit, et oui, nous nous tenons prêts à combattre pour les défendre, toujours, et au prix du sang s’il le faut. »

Le sang de la jeunesse qu'il faut recruter en masse pour le futur « bouillon rouge ,

« Le président de la République est également revenu sur le nouveau service national, dont il avait annoncé le lancement en novembre 2025. Cet engagement militaire volontaire et sélectif est proposé aux jeunes de 18 à 25 ans, avec ou sans diplôme. Il débutera en septembre 2026. »

« Je veux saluer l’engagement de la jeunesse de France qui a répondu présente à l’appel et qui rejoindra dès septembre nos rangs en effectuant dans les armées son service national. J’irai à la rencontre des appelés du service national à la rentrée en chef des armées pour les féliciter. »
« Il est essentiel pour consolider cette force d’âme. Il est essentiel pour continuer à recruter les meilleurs. Il est essentiel pour continuer aussi à accroître notre réserve. »

Le sommet de l' OTAN d' Ankara , les 32 membres se sont engagés à porter les dépenses de défense à 5% du PIB tout en renforçant les capacités antiaériennes face à la Russie. L’engagement à consacrer 5% du PIB à la défense représente un saut budgétaire sans précédent.

Pour la France, cela signifierait passer de 2,1% actuellement à 5%, soit un triplement des crédits militaires. il s’agit pour les 32 membres de l'OTAN de transformer ces crédits en capacités opérationnelles déployables rapidement, notamment en artillerie, drones de combat et systèmes de guerre électronique.

La Turquie, saisit l’opportunité du sommet pour affirmer son poids militaire et industriel.

Avec un effectif de 355 000 soldats, la Turquie dispose de la deuxième armée de l’alliance après les États-Unis. Le président Erdogan a déclaré qu’il est « inconcevable d’envisager la sécurité européenne sans la Turquie ». Erdogan a rappelé que son pays a créé en 2025 un Fonds de soutien aux industries de défense doté de 7 milliards d’euros et affiche une croissance de 48% de ses exportations d’armement. Cette dynamique s’accompagne d’une demande d’intégration au programme SAFE, doté de 150 milliards d’euros, qui vise à renforcer l’autonomie stratégique européenne.1

Toutefois, l’intégration pleine de la Turquie aux programmes européens bute sur les tensions persistantes avec la Grèce et Chypre.2

G.Bad le 20 juin 2026

A propos de la constitution d’une communauté autonome de la défense (G.Bad)

La mélasse juridique bourgeoise internationale

Prochain article Les désertions, le défaitisme et le recours de plus en plus importants aux légionnaires.

Notes

1Un Forum des industries de défense, organisé sur le site de Turkish Aerospace, permet à Ankara de présenter ses capacités technologiques. « Ce que nous faisions en un an, nous le faisons désormais en une semaine », a affirmé Erdogan, illustrant la montée en puissance de l’industrie turque. Les drones Bayraktar, les systèmes de défense aérienne Hisar et les corvettes de classe Ada témoignent d’une maîtrise technologique croissante. Cette base industrielle pourrait réduire la dépendance européenne vis-à-vis des États-Unis, notamment pour les munitions et les systèmes de moyenne intensité.

dimanche 12 juillet 2026

LES ÉCRANS ALIÉNÉS DE L’INDIVIDUALISME


Une seule image suffit pour illustrer notre analyse : la vision hallucinée et hypnotique des passagers-citoyens dans un transport en commun quasiment tous focalisés sur leur smartphone, obnubilés par l’écran, écouteurs vissés aux oreilles et le regard perdu dans un océan surréel de solitude. Le terme même de « transport en commun » ne convient plus car il s’agit d’une addition de corpuscules séparés en coma végétatif. L’usage même des livres et des journaux a pour ainsi dire disparu, passé à la trappe du technicisme postmoderne. L’écran n’est pas la simple médiation d’une « communication » la plupart du temps unilatérale ; il permet aussi l’éclatement de la sphère privée, en rendant « public » ce qui auparavant était de l’ordre individuel ou familial. Ces outils numériques donnent aussi l’occasion d’affirmer à haute voix des préférences communautarisées, linguistiques, religieuses et musicales, qui deviennent pour certains, à l’instar de certains éléments vestimentaires, une forme de propagande soft et indirecte. Les écrans sont donc à la fois des outils numériques de communication mais aussi, dans le sens de « faire écran », un voilage : un « écran de fumée » technologique, une interposition qui a comme fonction « subalterne » de dissimuler la réalité. Ces nouvelles technologies servent aussi à imposer la « paix des familles » en se substituant aux responsabilités parentales, laissant aux écrans les tâches éducationnelles et de modération. Comme toutes les machines, ils ne sont pas des agents neutres. Tout dépend de qui les utilise, et dans quel but.
Les écrans sont ainsi un vecteur de transmission de l’idéologie dominante sous ses multiples déclinaisons, favorisé par le rapport privilégié à la monade individu. De plus, ils provoquent un ensemble de troubles et de pathologies physiques et psychologiques qui renforcent le processus social d’atomisation, d’isolement, de difficultés à communiquer, à se sociabiliser et donc à vivre. Ils sont autant la cause que la conséquence d’un handicap social produisant de la solitude et de l’isolement sous prétexte d’y remédier. Les différents types d’écrans numériques (Smartphones, tablettes, ordinateurs, télévisions, y compris avec leurs fonctions « jeux ») peuvent se substituer tendanciellement aux sphères éducationnelles, et surtout à celles de l’apprentissage de la critique et de la réflexion. Le monde des écrans signifie de plus en plus l’organisation de la déformation orwellienne d’une réalité où tout reste de communauté - même fictive - et d’intérêts communs a été détruit, au profit de la concurrence
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et de l’individualisme exacerbé. Le monde des écrans est le monde rêvé de la démocratie sociale réalisée où l’individu « drogué » est persuadé qu’il agit librement en faisant ses propres choix électoraux, culturels, commerciaux et télévisuels. C’est la grande surface, en libre-service de la pensée aliénée, la fabrique digitalisée du crétin passif et déjà presque « mort-vivant ». Cette passivité est caractéristique de la société du spectacle. Il n’empêche que, comme tout outil -force productive du capital-, s’il est subsumé sous le capital, il est aussi contradictoire et possède donc des éléments positifs qui pourraient être transformés et utilisés dans une perspective future, grâce à un mode de production ayant dépassé le MPC. Bien utilisés et régulés, les écrans peuvent aussi être d’une aide appréciable dans le développement cognitif des enfants et l’apprentissage d’une maîtrise personnelle de l’outil numérique. De la même manière « contradictoire», ils peuvent participer à véhiculer un contenu critique et subversif lorsqu’ils sont utilisés dans une perspective militante. Ils peuvent même parfois servir d’outils et de remèdes pour soigner les pathologies qu’ils génèrent en amont de leur usage immodéré. Mais globalement, sous le MPC, l’utilisation des écrans et du numérique - comme celle des autres forces productives du capital (que l’on pense au nucléaire ou à l’I.A.…) - porte probablement davantage les inconvénients et les nuisances induites par la nature et la logique immanente du système bourgeois (le profit, les aliénations, les séparations,…) qui les a fait naitre.
La médiation/séparation inhérente à l’utilisation des écrans porte en elle un rapport social biaisé, typique du capitalisme mûr, où l’humain devient le prolongement inconscient de la machine sans pouvoir, pour certains des utilisateurs, en maitriser ni la logique, ni le langage. Cela rend ainsi très difficile une utilisation subversive plus généralisée de ces technologies. Le contrôle global et militaire (satellites) de ce type de technologies numériques en fait aujourd’hui, et toujours plus, une arme de domination et de soumission massive au capital dans sa course guerrière à sa survie. Les États ont, par ailleurs, davantage tendance à en prendre le contrôle pour les utiliser à des fins de surveillance et de répression qu’à les interdire. Il reste que certaines personnes, trop âgées, sont pourtant obligées de s’adapter, ne fût-ce qu’administrativement, à ces nouvelles technologies qui renforcent leur isolement à travers un encerclement numérique.
Debord avait déjà remarquablement anticipé les effets dévastateurs de ce qui allait aussi devenir la « société des écrans ».
« L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. » G. Debord, La société du spectacle, Thèse 30, p.19, éditions Champ Libre, Paris, 1971.
Quelques effets pathologiques de l’utilisation intensive des écrans
Ces éléments pathologiques sont bien évidement d’autant plus nombreux et dangereux que les utilisateurs sont en bas âge et soumis régulièrement à de de longues expositions pouvant
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s’apparenter à une véritable « lobotomie numérique ». Nous pensons d’abord à l’apparition de troubles mentaux suite à un usage « excessif » et répété des écrans: anxiété, dépression, comportements suicidaires. Mais, il faut immédiatement y ajouter des troubles « complémentaires » comme les troubles musculo-squelettiques (TMS) liés aux mauvaises postures. De plus, des déséquilibres alimentaires sont souvent observés et peuvent, à terme, favoriser l’apparition de problèmes de perte de poids, de surpoids et/ou d’obésité :
« Selon une étude menée sur cinq ans par des chercheurs du National Institutes of Health (NIH) auprès de 43 722 femmes âgées de 35 à 74 ans, celles qui avaient pour habitude de s’endormir devant la télévision ont pris en moyenne cinq kilos en cinq ans et avaient 30 % de risques en plus de devenir obèses. En cause notamment l’exposition à la lumière artificielle la nuit qui peut altérer différents processus biologiques (notamment le système hormonal) et augmenter le risque d’obésité »1 Des maux de tête, des troubles de la vision, de l’apprentissage du langage, un manque d’activité physique, mais aussi des troubles accrus du sommeil sont régulièrement observés dans ce qui est de plus en plus considéré comme une pandémie sociale et technologique. A ces pathologies doivent s’ajouter des impacts à plus long terme, sur le développement du cerveau des jeunes mais aussi des adultes (troubles de l’humeur, désocialisation), ainsi que des risques de maladies, entre autres cardiovasculaires. D’autres symptômes pourraient être considérés comme des dérivés sociaux de l’addiction due à une utilisation aliénée des écrans. Il en va ainsi de la théorie des « Incels » involuntary celibates, (soit célibataires involontaires en français) -et des « Femcels » (leur pendant féminin)-, définie comme une « sous-culture » en ligne dont les membres sont incapables d’accéder à une relation amoureuse ou sexuelle, et vivant leur situation de célibat involontaire -ou inceldom- comme une injustice. Cette situation frustrante produit un ressentiment généralisé, de l’auto-apitoiement et surtout de la misogynie et de la misanthropie. Il en résulte, chez les Incels, une forte envie d’en découdre violement avec toutes les femmes. Cette animosité est légitimée idéologiquement par l’adoption des imprécations virilistes et, surtout, des doctrines de l’extrême droite fascisante avec leur culte morbide pour Hitler et les oripeaux « culturels » du nazisme. « Une douzaine de meurtres, dont au moins six meurtres de masse, ont été commis entre 2014 et 2020 par des hommes qui se déclaraient incels et qui étaient marqués par une idéologie d'extrême droite »2. C’est la série « Adolescence », sur « Netflix », qui a porté récemment ce phénomène au- devant du spectacle médiatique, en en faisant une réponse « masculiniste » à la déferlante de l’idéologie « féministe ». La problématique de l’aliénation capitaliste se trouve ainsi modifiée et amplifiée à chaque évolution technologique, isolant l’individu-citoyen dans sa bulle de survie misérable. Aliénation et individualisation du citoyen La compréhension de la problématique de l’aliénation est l’un des signes univoques du marxisme vivant.
1Campagne d’information sur le bon usage des écrans sur : https://lebonusagedesecrans.fr/essentiel-a-savoir/consequences-usage-excessif/ 2The Pandemic as Incels see it, Cambridge University (2020) sur le site: https://www.researchgate.net/publication/34407129 3ThePandemicasIncelsseeit
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«C’est bien parce qu’il y a une essence humaine subsumée sous la valeur et le capital qu’il y a aliénation de l’homme dans des rapports inhumains se révélant de manière particulière, du fait de l’exploitation, dans la condition de prolétaire. » Matériaux Critiques N°1, « La critique de l’aliénation clé de voûte de l’humanisme de Marx » 3. Les dépossessions matérielles et intellectuelles qu’implique l’aliénation dissolvent les rapports de classe en de simples rapports entre individus. Cette réduction -ou distorsion- est très largement favorisée et amplifiée par le développement fulgurant des technologies, entre autres numériques. C’est grâce à ces dernières que le travailleur se trouve contraint de se soumettre, isolé face à la machine et à son rythme répétitif. La généralisation de l’automatisation signifie l’indépendance de l’outil-machine, devenu le sujet-fétiche du progrès dans la production de valeur, alors que l’ouvrier-objet est réduit à un appendice presque superflu dans l’organisation capitaliste du travail. Il y a une « inversion sujet-objet » propre à la réification qui fonde apparemment l’indépendance et l’autonomisation de l’outil, ici numérique, par rapport au travailleur qui lui est soumis. C’est le système marchand qui crée l’individu, à la fois dans son aspect égoïste limité à son intérêt privatif et négation de ce qu’il pouvait représenter comme segment encore représentatif d’une collectivité. L’individualisme n’est pas l’épanouissement de l’individu en ce qu’il est unité « indivisible », mais le paroxysme de sa séparation d’avec les autres et d’avec lui-même. L’individualisme, et son culte abstrait du Moi, implique la déconstruction de toutes les visions holistiques et d’appartenance classiste ou communautaire. L’individu-prolétaire est une dépossession permanente en mouvement : se vendre pour acheter ce dont il a été préalablement dépouillé. Toutes les relations sont réduites à un échange entre marchandises, équivalent contre équivalent. L’individu est devenu un monstre de solitude et de séparation qui se perçoit faussement comme l’expression réalisée d’une totalité indépendante, libérée de toutes les déterminations sociales. Le Moi stirnérien constitue la négation de toute communauté humaine, et donc de ce qu’il y a d’humain dans l’homme. Le processus d’individualisation se trouve à la base de la problématique bourgeoise des « droits ». Les légitimes revendications, au lieu d’être arrachées et obtenues par la force de la lutte, se trouvent subtilement transformées en demandes, plus ou moins fermes, adressées à la toute-puissance de l’État afin d’agir dans le sens d’une réforme partielle. Cette reconnaissance de fait de sa domination « totalitaire » s’échange contre l’octroi de « droits », c’est-à-dire d’aménagements légaux, dans sa gestion du rapport social. Cet ajustement permet une intériorisation apaisée et négociée des rapports sociaux, sans devoir passer par des affrontements ouverts susceptibles de dégénérer en lutte de classe frontale. « Ainsi, aucun des prétendus droits de l’homme ne s’étend au-delà de l’homme égoïste au-delà de l’homme comme membre de la société civile, savoir un individu replié sur lui-même, sur son intérêt privé et son caprice privé, l’individu séparé de la communauté. » K. Marx, La question Juive, in Philosophie, p.73, Folio, Gallimard, Paris, 1994.
C’est le libre-arbitre qui fonde le caractère « irréductible » de l’individu. Or, le libre-arbitre est un concept théologique notamment forgé par Saint Augustin pour justifier 3A lire sur notre site : https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
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l’irresponsabilité de Dieu devant le mal, et donc, l’homme comme seul responsable/coupable du péché originel. Cette faute est punie par l’obligation du travail contraint. C’est bien là un des reflets idéologiques des besoins mêmes des sociétés marchandes. Mais il existe aussi, indépendamment du libéralisme classique, une apologie de l’individu souverain, « l’Unique » dans l’anarchisme non ouvrier et non classiste, représenté par le célèbre « Saint Max ». Stirner s’est d’abord opposé à l’humanisme, à la fois de Hegel et de Feuerbach, avant d’être vertement critiqué dans « l’Idéologie Allemande ».
« Il représente au contraire déjà un mode déterminé de l’activité de ces individus, une façon déterminée de manifester leur vie, un mode de vie déterminé. La façon dont les individus manifestent leur vie reflète très exactement ce qu’ils sont. Ce qu’ils sont coïncide donc avec leur production, aussi bien avec ce qu’ils produisent, qu’avec la façon dont ils le produisent. Ce que sont les individus dépend donc des conditions matérielles de leur production. » Marx - Engels, L’Idéologie Allemande, p.46 éditions sociales, Paris, 1968.
Le citoyen est la représentation politique de l’individualisme; isolé en tant que membre de la société civile bourgeoise, il est également un agent proactif dans sa participation à tous les spectacles du totalitarisme étatique. C’est l’homme qui marche tout seul, pour le capital. Le citoyennisme est son idéologie postmoderne ; c’est l’apologie de l’aliénation volontaire qui correspond au pompier pyromane ou au dealeur toxicomane. C’est de l’auto-aliénation participative. En outre, les journalistes et autres « critiques » sont de plus en plus remplacés par des « influenceurs », sans compétences particulières, sinon celle du vedettariat. Ceux-ci vont même jusqu’à diffuser en direct l’assassinat d’une de leurs collègues, démontrant en cela la remarque inversée d’Hegel : « le vrai est un moment du faux ». Cette confusion entre le vrai et le faux -deux notions censées s’exclure- devient un artefact typique du spectacle, ou de sa forme grotesquement amplifiée, si ironiquement nommée « téléréalité ». La confusion organisée autour « du vrai et du faux » permet l’utilisation généralisée de « fake news » à des fins tant économiques que bellicistes et constitue la matrice privilégiée des confusionnismes typiques des propagandes totalitaires et complotistes4. Le vrai se présente comme une imposture tandis que la fausseté devient révélatrice des stratégies mises en oeuvre pour imposer une vérité capitaliste. Le pouvoir despotique du spectacle prend ainsi les formes de plus en plus outrancières des « excès médiatiques. » Les outils numériques en sont le véhicule privilégié, pourvoyeurs dans tous les domaines des plus importantes énormités. « De même que la logique de la marchandise prime sur les diverses ambitions concurrentielles de tous les commerçants, ou que la logique de la guerre domine toujours les fréquentes modifications de l’armement, de même la logique sévère du spectacle commande partout la foisonnante diversité des extravagances médiatiques. » G. Debord, Commentaires sur la société du spectacle, p.17, éditions Gérard Lebovici, Paris, 1988. Le procès de soumission individuelle constitue les bases sociales propres à la réalisation de la démocratie en tant que sommation d’individus bornés, libres et égaux. Le concept d’aliénation permet de décrire deux expressions distinctes de la réalité : d’une part l’aliénation objective en tant que domination d’un pouvoir mécanique (technique) sur les humains, et, d’autre part,
4Le complotisme est une théorie qui vise à présenter la réalité comme étant majoritairement le produit d’un complot, c’est-à-dire d’une planification préalable organisée secrètement par quelques personnes malveillantes. Ce type de « théories » permet de s’exonérer de toute analyse matérialiste et globalisante.
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l’aliénation subjective c’est à dire l’analyse des conséquences de l’exploitation capitaliste sur la dépossession des ouvriers de leur capacité à agir. Cela veut dire que c’est l’aliénation objective qui permettrait de comprendre celle subjective. « La théorie de l’exploitation permet de montrer la dimension subjective de l’aliénation. Avec l’analyse du travail, permettant de concevoir l’aliénation subjective, on peut dégager les rapports entre les deux aspects de l’aliénation. » O. Sar, Le problème de l’aliénation, p. 140, L’Harmattan, Paris 2012. Cette question est fondamentale car elle implique que la suppression de l’aliénation dans la société communiste, et ce sous ses deux aspects, suppose concomitamment la suppression de l’esclavage salarié et du travail. Le dépassement du rapport social capitaliste contient la critique en acte du fétichisme de la machine et de la technique. Cela ne signifie nullement le retour rétrograde vers la frayeur technophobe de certains écolos-primitivistes, mais une transformation consciente et cohérente avec le projet sociétal émancipateur qu’est la société communiste. Si Marx et Engels, à la suite notamment de Fourier, ont parlé de « communisme », même « primitif », c’était pour valider le contenu communautaire, « collectiviste », de ces communautés humaines, non encore capables de faire consciemment leur histoire car surdéterminées par la nécessité de leur reproduction immédiate, et la contradiction fondamentale entre « pénurie et abondance », mais dont la nature humaine s’exprimait justement dans la prévalence de l’intérêt commun. Ce sont des communautés qui, de manière encore limitée, produisaient pour la valeur d’usage, c’est-à-dire l’utilité sociale. De plus, Marx emploie systématiquement les mots de « dépassement positif », de « retour » ; il y a donc bien eu perte d’un contenu humain, qu’il s’agit aussi de « retrouver » et dépasser. Le développement des forces productives, de la propriété privative et de la production pour l’échange vont, en se développant, « répondre » à ces limitations naturelles en détruisant, en dissolvant, en « perdant » ce caractère humain, pour affirmer le pôle aliéné, inhumain des sociétés de classe. Les enjeux vitaux de ces transformations révolutionnaires remettent en avant l’importance de la « période de transition », ainsi que de la nécessité d’une réflexion politique approfondie à son propos5. Il ne s’agit pas en effet de faire disparaître une « enveloppe », de faire sauter un couvercle, pour libérer un individu tout prêt, tout beau, mais d’enclencher un long processus de luttes pour conquérir la propriété de la puissance sociale, de l’« intellect général », pour dépasser en le supprimant le travail, et avec lui les connexions sociales. Il ne faut pas s’imaginer que le problème essentiel pour parvenir à une maîtrise collective et à une abolition du gouvernement des hommes gît avant tout dans les formes du pouvoir politique (république fédérative, communisme des conseils, autogestion, etc.), mais comprendre que l’essentiel réside dans l’appropriation réelle des conditions de la production et de toute la puissance sociale : des savoirs, des capacités matérielles et donc aussi techniques à être libre. Munis affirmait très justement dans un article de 1973 : « Le mercantilisme universel et la corruption du système actuel jaillissent de l’opération initiale d’achat de la force de travail par un salaire ; c’est sa relation sociale de base. Sans la supprimer, aucune révolution ne réussira à se
5Nous avons écrit un texte sur cette question : « Quelques éléments sur la période de transition » dans notre revue Matériaux Critiques N°1 ainsi que sur notre site : https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
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développer pour aboutir au communisme. (…) Tant que la loi de la valeur ne sera pas écartée, aucune combinaison organique (centralisme, fédéralisme, verticalisme, horizontalisme, conseillisme, autonomisme, partitisme) pas plus que la plus authentique honnêteté des hommes les plus aptes ne réussiront à éloigner le danger de tout retour en arrière ». G. Munis, Classe révolutionnaire, organisation politique, dictature du prolétariat, publié en français dans Alarme nº13, sept. 1981 puis dans L’Esclave Salarié nº 2, sept 19956. C’est ce que Marx avait déjà indiqué comme piste lorsqu’il préconisait le développement/transformation des forces productives, grâce à l’augmentation de la productivité et à la diminution de l’intensité de l’exploitation : limitation du travail contraint au travail nécessaire et donc réduction du surtravail à un « fond de réserve et d’accumulation ». « L’astuce est (au contraire) que le temps de travail nécessaire à la satisfaction des besoins absolus laisse du temps libre (variant selon les différents stades de développement des forces productives) et que l’on puisse ainsi créer un surproduit en faisant du surtravail. Le but est justement d’abolir ce rapport, afin que le surproduit apparaisse lui-même comme un produit nécessaire, et que finalement, la production matérielle laisse à chacun un surplus de temps pour d’autres activités. » K. Marx, Grundrisse, T. II, éditons sociales, p.103, Paris, 1980. Les forces productives c’est-à-dire l’ensemble des capacités de production d’une formation sociale donnée, sont donc bien toujours celles développées et générées par un mode de production spécifique. Les forces productives et leur développement ne sont nullement assimilables au développement progressif et « harmonieux » de l’histoire humaine mais correspondent à l’accélération des contradictions explosives dont celles, primordiales, entre les forces productives du capital et les rapports sociaux du salariat. C’est pourquoi l’exigence de l’abolition de l’esclavage salarié est un invariant et un objectif permanent du programme de la révolution sociale. « Dans la production sociale de leur vie, les hommes se trouvent liés par certains rapports indispensables, indépendants de leur volonté, par des rapports de production, qui correspondent à un degré déterminé de l’évolution de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, le fondement réel sur lequel s’élève la superstructure juridique et politique. (…) A un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale.» K. Marx, Préface à la « Critique de l’économie politique » (1859), p.4, éditions sociales, Paris, 1972. La révolution communiste implique la destruction / transformation des deux pôles de la contradiction pour engendrer d’autres forces productives, dont des outils numériques cohérents avec un nouveau rapport social humain, libéré et libérateur.
« Dans un milieu social non ionisé les diverses molécules humaines ne sont pas orientées en deux alignements antagonistes. Dans ces périodes mornes et répugnantes, la molécule personne ne peut se disposer dans une orientation quelconque. Le champ « historique » est nul et tout le monde s’en fiche. C’est dans ces moments que la froide et inerte molécule, non parcourue par un courant impérieux ni fixée à un axe indéfectible, se recouvre d’une espèce de croûte qu’on appelle conscience, se met à
6 Republié par nos soins sur notre site web : https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/archives
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jacasser en affirmant qu’elle ira où elle voudra, quand elle voudra, et élève son incommensurable nullité et stupidité à la hauteur de sujet causal de l’histoire. Mais qu’il y ait ionisation alors l’individu -molécule- homme se retrouve dans son alignement et vole le long de sa ligne de force, en oubliant finalement cette pathologique idiotie que des siècles d’égarement ont célébré sous le nom de libre-arbitre. » A. Bordiga, Structure économique et sociale de la Russie d’aujourd’hui. 1956.
Mai 2025 : Fj, Eu, Ms & Mm.
Bibliographie
Ouvrages :
-A. Bordiga, Structure économique et sociale de la Russie d’aujourd’hui, éditions de l’oubli, Paris, 1975.
- G. Debord, La société du spectacle, éditions Champ Libre, Paris, 1971.
- G. Debord, Commentaires sur la société du spectacle, éditions Gérard Lebovici, Paris, 1988.
- K. Marx, Préface à la « Critique de l’économie politique », éditions sociales, Paris, 1972.
- K. Marx, Grundrisse, T. II, éditons sociales, Paris, 1980.
- K. Marx, La question Juive, in Philosophie, Folio, Gallimard, Paris, 1994.
- Marx-Engels, L’Idéologie Allemande, éditions sociales, Paris, 1968.
- O. Sar, Le problème de l’aliénation, L’Harmattan, Paris 2012.
Sites web :
-Google images.
- Campagne d’information sur le bon usage des écrans, sur : https://lebonusagedesecrans.fr/essentiel-a-savoir/consequences-usage-excessif/ -Matériaux Critiques sur : https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes

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