dimanche 22 mars 2026

[tridni-valka-francais] Rojava Ad Nauseam

 






18 mars 2026

Rojava Ad Nauseam

/ Guerre de Classe / A l’heure où toutes les pleureuses du néo-campisme crypto-étatique entonnent leur sempiternel youyou pour célébrer le mythe frelaté de la « Révolution du Rojava », attaquée par le gouvernement central de Damas (une énième version de « La Patrie [libertaire] en Danger » !?) dans un vulgaire règlement de comptes entre fractions bourgeoises, deux textes courageux ont été publiés récemment, et qui se situent clairement en porte-à-faux de cette macabre imposture. C’est donc avec joie que nous les republions sur notre blog, où le lecteur intéressé par le développement de cette critique essentielle du nationalisme de gauche et du projet de réforme du capitalisme pourra trouver d’importantes contributions accumulées depuis 2014.

A titre d’exemple, voici par exemple ce que nous publiions déjà à l’époque :

L’histoire des luttes de classe foisonne d’une multitude d’impostures ; une des dernières en date, après l’imposture sandiniste au Nicaragua, étant celle qui sévit depuis une vingtaine d’années et qui agite le bocal du petit milieu gauchiste et altermondialiste en mal d’exotisme, nous voulons parler de l’imposture zapatiste au Chiapas. D’autres impostures très célèbres jalonnent notre histoire, impostures creusées dans notre chair, la chair de nos frères et sœurs révolutionnaires qui sont tombés sous les coups des exploiteurs et de leurs sbires, impostures édifiées sur la répression de nos mouvements de lutte, de nos tentatives d’abolition de l’état des choses existant, de l’ordre actuel, de l’ordre capitaliste.

Ils n’étaient en effet pas lourds dans les années 1920 à dénoncer l’imposture du « paradis socialiste », le mythe de la « patrie du prolétariat », le « mensonge déconcertant » du « socialisme dans un seul pays », de « l’avenir radieux » et de « la société harmonieuse » ; il y eut peu d’Otto Rühle et de KAPD pour dénoncer toute cette mascarade. C’est par convois entiers que d’imposantes délégations d’intellectuels, de journalistes, de cadres militants, de syndicalistes débarquèrent en URSS pour voir de leurs yeux vus toute cette « beauté », puis repartirent chanter les louanges de ce nouveau « régime révolutionnaire ».

Puis ce furent la Chine, l’Albanie, le Vietnam, Cuba… qui servirent de modèle à des générations d’idiots utiles qui crurent qu’un simple ravalement de façade en rouge suffirait à faire disparaître la misère et l’exploitation. Il n’y a pas de pire aveugle, de pire sourd que celui qui ne veut pas voir, ne pas entendre. Il n’y a pas de pire social-démocrate, et donc de partisan de l’ordre capitaliste, que celui qui considère de simples réformes (toutes « radicales » qu’elles puissent apparaître) comme l’essence d’un processus révolutionnaire qui devra en fait transformer la société et l’être humain de fond en comble sur les ruines du monde ancien, du monde de la valeur, de la marchandise, du travail salarié et de l’argent.

Si nous mettons l’accent sur toutes ces impostures qui ont vidé la substance subversive des mouvements réels de lutte de notre classe, nous tenons évidemment à ne pas amalgamer ces derniers avec les structurations idéologiques qui parlent en leur nom, qui prétendent les représenter, mais qui en dernière instance n’ont d’autre souci que de les encadrer, de les récupérer et donc de les liquider. Nous ne confondons pas le mouvement social connu sous le nom de la « Commune de Paris » et le gouvernement qui prit le même nom, nous ne confondons pas non plus le processus révolutionnaire qui se développa durant la vague de lutte des années 1917-21 en Russie, en Ukraine, en Allemagne, en Hongrie, etc. avec les différents partis et syndicats sociaux-démocrates, libertaires, bolcheviks ou autres, bref tous ces partis bourgeois à destination du prolétariat, qui n’ont eu de cesse que de renforcer et d’élargir les limites et les faiblesses de nos luttes. De la même façon, et sans pour autant considérer toutes ces luttes de notre classe comme étant d’une importance égale et comparable, nous ne confondons pas l’EZLN avec la lutte des prolétaires agricoles au Mexique, ni le PKK/PYD avec la lutte au Kurdistan.

Et pour terminer cette brève introduction, citons les camarades du GARAP qui à la même époque affirmaient ceci :

Ceux qui de nos jours sont tentés de troquer le nécessaire effort de clarification théorico-pratique, que notre époque exige, contre un activisme lourd d’intolérables connivences avec la religion, le nationalisme, le culturalisme, le post-stalinisme, sous prétexte que tout cela respire la sueur, la poudre et le soleil, se creusent des tombes politiques, voire des tombes tout court. Falsificateurs du communisme, bureaucrates impitoyables, crapules mercenaires à la solde du capitalisme, voilà bien les seules et uniques plantes viables sur le terreau de ces combats attrape-nigaud, qui poussent à l’ombre de « la libération nationale », de « la religion des opprimées », du « socialisme du 21ème siècle », du « communalisme » à la sauce PKK. De Cuba au Vietnam, de la Palestine au Rojava, en passant par Managua ou San Cristobal de las Casas, ces plantes carnivores ont toujours su trouver leur engrais dans les foules euphoriques du crétinisme contestataire, en mal de frémissements exotiques. A bon entendeur…

GdC – mars 2026

Eléments pour une autre histoire du Rojava (1) : podcast sur l’histoire de la création du Rojava

Source : https://lenumerozero.info/Elements-pour-une-autre-histoire-du-Rojava-1-podcast-sur-l-histoire-de-la-7809

Pour sortir des confusions entretenues par les lignes léninistes et sauce-dem qui appellent « révolution » des processus qui à notre avis n’en sont pas, nous proposons ici une série de documents sur le Rojava. L’idée n’est pas de se positionner dans une logique caricaturale « le Rojava c’est incroyable/ c’est de la merde » ni de remettre en cause un mouvement de lutte qui pourrait naitre ici. Il s’agit par contre de tenter de reposer les termes depuis une ligne autonome pour nourrir la réflexion sur les possibilités d’intervention. On pense en effet que les mouvements « anti-impérialistes » peuvent porter des potentialités révolutionnaires, mais seulement s’ils sont résolument débarrassés de leurs carcans étatiste et capitaliste.

A noter : tout ce qu’on dit et partage ici sert à nourrir la réflexion sur le Rojava et sur la question de l’intervention dans les mouvements anti-impérialistes. On ne pense donc pas forcément avoir absolument raison, ni que les documents qu’on partage sont exempts de défauts ou d’angles morts. On veut surtout proposer une matière qu’on ne voit pas beaucoup tourner, mais qui demande à être critiquée et complétée par les réflexions collectives.

On part de deux constats. D’une part, on a l’impression que les lignes autonomes ou critiques de ce qui se passe au Rojava sont trop peu existantes et qu’on ne sait plus bien quoi faire quand ont lieu des massacres du capital comme celui d’HTS à l’heure actuelle. De plus, on pense qu’il est important de réfléchir à la question de l’intervention dans les mouvements « anti-impérialistes » de façon générale. Il nous semble en effet qu’ils peuvent contenir des potentialités révolutionnaires. Mais, comme pour un mouvement social encadré par les syndicats, l’enjeu est de trouver les propagandes et les formes d’action permettant d’entrer en rapport de force avec l’encadrement léniniste.

C’est dans l’optique de participer à la recherche de ces modes d’intervention qu’on vous propose cette « série » sur le Rojava

Voici un podcast d’une heure sur l’histoire de la création du Rojava, les agissements du PKK et les dynamiques du PYD durant la révolution syrienne. Tous les termes sont expliqués dedans, il est plutôt clair et bien fait – malgré dix premières minutes pas ultra bien montées.

https://spectremedia.org/podcast/guerre-revolution-et-contre-revolution-au-rojava-et-en-syrie-mythes-et-realites-1re-partie/?episode=2000

Chacun se fera son idée. On tient à rappeler que nous concernant, appeler « révolution » un processus qui lie une ethnie à un territoire, un parti et une administration est se mettre du côté du problème. Tous les indicateurs au Rojava semblent clairs pour indiquer qu’il s’agit d’une révolution bourgeoise, en vue de la construction d’un Etat-Nation. Un Etat Nation « de gauche », démocratique au possible et même « sans Etat » d’après les membres du PYD eux-mêmes… Bon. Les dernières inventions rhétoriques ne manquent pas de panache. Dans tous les cas, c’est un Etat quand même.

Nous ne voulons pas mettre un signe égal entre le Rojava et HTS, entendons-nous bien, de même qu’on n’en mettrait pas entre Mélenchon et Le Pen, mais nous voulons rappeler malgré tout une évidence : la démocratie de gauche reste une horreur, basée sur l’exploitation. Si nous tenons à nous emparer de la situation, ne serait-ce que parce qu’il est possible que des luttes pour ça se développent ici, et si nous voulons affirmer une ligne révolutionnaire contre les massacres en cours, cela ne peut se faire qu’en prenant en compte que les habitants du Rojava sont non seulement victimes de HTS mais de leur propre bourgeoisie « révolutionnaire ».Tout comme les gazaouis sont à la fois victimes de l’Etat génocidaire et colonial d’Israël et de la bourgeoisie du Hamas : l’impérialisme et le colonialisme n’empêchent pas l’oppression et l’exploitation en interne, point important que les concepts comme « l’anti-impérialisme » tendent à évacuer ou à mettre au second plan répétitivement.

Au-delà de la question de la ligne idéologique, dont on pourrait nous dire qu’on s’en care vu l’urgence de la situation, tout ça a des conséquences en termes d’action. Il n’est en effet pas du tout pareil de « construire un mouvement de solidarité pour faire pression sur les Etats » et de « récolter des fonds pour la révolution – aka l’organe politico-militaire du PYD » ; ou de construire la lutte prolétarienne directement contre ce qui fait le malheur de nos frères et sœurs de classe : à savoir l’existence d’HTS en premier lieu et du Rojava en second lieu – et donc, par extension, l’existence de tous les Etats et capitaux ayant des intérêts dans la région. Un cas pousse à se placer sous l’égide des « bonnes bourgeoisies » qui voudront bien intervenir et avancer leurs propres pions, l’autre consiste à s’opposer à toutes les bourgeoisies, en tant qu’elles vont refuser le blocage de la production de la guerre et des profits – économiques ou politiques – qui vont avec.

Notons qu’on ne nie pas que la situation est complexe. Oui, le projet étatiste du Rojava est en train d’être attaqué par HTS qui ne compte pas laisser une partie des ressources et de la plus-value potentielle de son territoire à une autre bourgeoisie. Dans cette affaire, des prolétaires souffrent et meurent, et il est à parier que les Kurdes n’ont pas grand-chose à espérer sinon une nouvelle racisation-prolétarisation accrue au sein de la Syrie d’Ahmed Al-Sharaa, sans parler du patriarcat dont les formes y seront sans aucun doute bien plus violentes. De même, on ne nie pas non plus que la situation avant la révolution Syrienne y était difficile et oppressive à bien des égards. Enfin, l’organisation patriarcale des tribus avant la « révolution » rojavienne est un point souvent évoqué par les soutiens au Rojava, qu’on ne peut pas laisser de côté.

Tout cela doit prendre le temps d’un développement. Mais ce qui nous pose problème est que ce développement devient toujours chez les Léninistes la défense absolue du projet étatiste le « moins pire », et que ce projet s’appelle chez eux révolution ou socialisme. De notre côté, on affirme que si le fascisme, la démocratie et le léninisme ne se valent pas, ils font tous partie du problème : le projet le plus démocratique et le plus multiethnique, s’il est capitaliste, nourrit le racisme et le patriarcat. On trouve aussi que l’exploitation et l’étatisme sont trop rapidement évacués par les défenseurs du Rojava, comme si ce n’étaient pas des points fondamentaux de l’oppression. On voudrait que la complexité et l’horreur de la situation puissent être abordées depuis des bases prolétariennes et anti-autoritaires, au lieu que la réflexion ne puisse s’incarner que dans le soutien sans faille au PYD.

Que faire ?

Pendant le peu de temps qu’a duré l’intérêt des médias pour Gaza, la mise à mal de la machine de mort israélienne s’est faite via l’organisation directe de la classe à travers la planète. Si les actions tentées étaient dans leur ensemble extrêmement diverses, plusieurs ont porté les marqueurs d’une ligne prolétarienne réelle. Les blocus de dockers en Italie ou les boycotts à l’échelle internationale, par exemple, ont été des exemples fondamentaux. Il nous semble à cet égard que le mouvement de lutte en solidarité avec le prolétariat palestinien contenait dans ses formes, sinon dans sa force et son intensité, une potentialité révolutionnaire à l’échelle mondiale. En effet, les actions portées contre la production du génocide n’auraient pu qu’aller vers une chose, la seule dont la conséquence puisse être l’arrêt de la machine de mort : le démantèlement de l’Etat d’Israël, dont l’économie est indissociable de sa situation coloniale. Or ce démantèlement ne peut arriver seul : pour avoir lieu, il implique dans le processus la destruction des diverses bourgeoisies et de leurs Etats, puisque les populations doivent pour arriver au but vaincre les intérêts de leurs propres maîtres. La machine génocidaire a en effet des intérêts partout, et il est évident pour celles et eux qui luttent qu’il ne s’agit pas non plus de permettre à un autre impérialisme de mettre en route ses propres massacres. L’antiétatisme, au-delà d’une ligne, est donc la pratique qui découle de la lutte contre l’impérialisme, quand l’action de classe s’approfondit.

Globalement, cela est vrai partout : tout pays ayant atteint une puissance suffisamment importante pour s’engager dans une phase impérialiste ou coloniale sans être arrêté par d’autres États – qu’ils n’en aient pas la force ou pas les intérêts – ne peut être arrêté que par la révolution mondiale. Les situations impérialistes font ainsi émerger la logique capitaliste et sa seule alternative de façon nue : communisme-anarchisme ou barbarie, démantèlement des Etats ou génocides et colonisation, destruction de l’exploitation ou destruction des prolétaires dans le fascisme et les guerres bourgeoises. C’est pourquoi, dans le temps même où elles émergent et agissent, ces situations impérialistes portent en elles la possibilité de leur destruction définitive. Le prolétariat ne s’y trompe pas quand il affirme par les actes que la seule forme de solidarité possible est la lutte contre la production du capital.

Face à l’horreur actuelle, il apparaît que nous sommes nombreux à travers le monde à espérer un regain de puissance de la lutte contre l’impérialisme : la question de savoir comment ces mouvements naissent, et quel peut être là-dedans le rôle des militants anti-autoritaires, est évidemment au cœur de nos préoccupations. En effet, si on ne veut pas donner à l’autonomie plus d’importance qu’elle n’en a, on estime pour autant qu’il est impératif de ne pas laisser le cours des choses se faire sans y porter une action anarco-communiste.

Nous voulons faire l’hypothèse que dans la séquence à venir, si un mouvement devait émerger pour le Rojava ici du fait des attaques d’HTS, il porterait potentiellement des possibilités révolutionnaires, mais à certaines conditions seulement. Une partie de ces conditions nous échappent. D’autres doivent pouvoir être réfléchies en amont. Il serait notamment impératif que notre classe décide de porter la lutte contre l’industrie de la mort directement et refuse toutes revendications pour une « intervention ». De même, il faudrait pouvoir dégager des lignes clairement anti-étatistes qui sans être caricaturales, pourraient montrer en quoi le Rojava n’est pas plus une solution que ne l’ont été aucun état « démocratique » ou « socialiste » dans les mouvements tiers-mondistes du siècle dernier. Pour essayer de le formuler clairement : l’enjeu d’un prochain mouvement serait de savoir à quel point il peut s’engager dans la voie de la lutte directe et autonome de la classe contre le capital, au lieu de devoir se positionner seulement au sein de l’affrontement – réel – entre capitalisme libéral-réactionnaire et capitalisme social-léniniste. C’est dans ce sens qu’une intervention militante pourrait d’après nous trouver à faire sens : en construisant une analyse qui parvienne a articuler de façon pertinente ligne autonome et lutte contre l’impérialisme, et en allant de là porter la contradiction à l’encadrement léniniste de la lutte, pour se joindre aux désirs ou aux actions de dépassement déjà en cours.

P.-S.

On ne savait pas trop quoi mettre comme image… On se dit qu’on mettra sur cette série une suite d’affiches ou photos qui font émerger d’après nous les contradictions à l’œuvre, par exemple ici : la représentation « anarco-étatique », « militaro-révolutionnaire », « féministe-exotisante »… La propagande poussée là-bas comme ici est en effet assez intéressante.

Le Rojava : Imposture d’une révolution absente et masque du nationalisme kurde soluble dans le régime assassin d’Assad

Source : https://www.sensationnistes.com/le-rojava-imposture-dune-revolution/

Présentation de IAATA : on retranscrit ce texte trouvé sur un autre mutu. A part son éloge final du conseillisme et son hommage à la république soviétique de 1917, qui marquent un désaccord dans nos lignes, nous le trouvons vraiment bien et même nécessaire. C’est politiquement extrêmement important que ce genre d’analyse parvienne à circuler dans cette période. Trop répétitivement, les pensées léninistes utilisent nos réactions émotionnelles aux horreurs des guerres bourgeoises pour nous forcer à adhérer à des lignes réactionnaires. Après la séquence post 7 octobre qui a vu les lignes d’autonomie de la classe être silenciées, on voit aujourd’hui les boutiques marxistes s’emparer de la « lutte pour le Rojava », et comme à l’époque, l’idée même d’une critique politique dans un moment de conflit est posée comme une ignominie. Nous pensons au contraire que l’ignominie est la mort des prolétaires dans des guerres qui ne regardent que leurs maîtres, et nous voulons ici crier notre rage de voir encore se reproduire les mêmes scénarios constamment, et d’assister impuissants aux mêmes prises de position nationalistes au sein du milieu militant dans le moment même où ces nationalismes révèlent leur monstruosité, comme si nous n’apprenions de rien. Il est temps d’arrêter de se solidariser des bourgeoisies, fermement et définitivement, pour ne plus collaborer aux massacres de nos frères et sœurs de classe. Solidarité, tristesse, rage avec les prolétaires du Rojava, avec ceux de la Syrie, et avec ceux du monde entier. Vive l’autonomie, vive la lutte prolétarienne, vivent le communisme et l’anarchisme.

I. L’histoire commence ici et maintenant : le Rojava comme aliénation présente

L’histoire est une, ici et maintenant. Cette banalité doit être réaffirmée avec une inflexible intransigeance face à la confusion organisée sur les concepts. Parler de « la révolution du Rojava », de « l’histoire kurde », de « l’expérience démocratique syrienne » constitue déjà une falsification. Ces histoires séparées, applaudies par les ennemis de l’histoire — ces historiens de profession, ces gauchistes de métier, ces idéologues du spectacle — masquent l’essentiel : dans le Rojava, aucune transformation révolutionnaire des rapports sociaux n’est en mouvement.

L’histoire est le jeu de l’humanité entière et divisée. Le Rojava n’est qu’un épisode de la division permanente de l’humanité en classes, une nouvelle séparation déguisée en dépassement. Les classes subalternes — prolétaires et paysans pauvres — y restent privées du rôle dirigeant qui leur reviendrait si la révolution sociale y était réellement en marche. Car l’histoire est une activité présente, ou elle n’est rien.

L’enjeu réel des événements dans le Rojava est celui de l’autonomie administrative d’une région syrienne à majorité kurde. Point. Tout le reste n’est qu’écran de fumée idéologique destiné aux « belles âmes de gauche occidentales », ces pèlerins du folklore révolutionnaire qui, après l’URSS stalinienne, la Chine maoïste, Cuba, la Palestine et le Chiapas, ont trouvé une nouvelle destination exotique où projeter leurs fantasmes sans affronter la réalité de la lutte des classes dans les métropoles impérialistes.

II. De l’histoire au quotidien : la composition de classe révèle l’imposture

1) La révolte des pauvres mise hors de l’histoire

Aucun des chantres du Rojava ne s’intéresse à la composition de classe de cette région, ni à la caractérisation précise de son développement économique. Cette omission n’est pas accidentelle : elle cache que les classes existent et se reproduisent au Rojava comme partout ailleurs.

On y retrouve des paysans de tous revenus, des petits-commerçants, des patrons, des employés de l’État syrien et ceux, nouveaux, du PYD, des enseignants, des ouvriers de la petite industrie et des professions libérales. La grande majorité des cadres du PYD sont avocats, enseignants, médecins ou ingénieurs diplômés. Le premier ministre du Canton de Cizire est un « riche homme d’affaires » syrien. La structure productive reste faible, le caractère de la région étriqué. Deux usines seulement — la cimenterie Lafarge de Jalabiya et le centre d’extraction pétrolière de Rumêlan — constituent l’ensemble du prolétariat industriel, réduit à une simple expression.

Sur cette base subsistent d’importants restes d’organisation précapitaliste : clans et tribus maintiennent leur système de relations sociales fortement hiérarchisées. La prétendue « réforme agraire » ? Dix mille hectares redistribués en octobre 2015. Une mesure dérisoire, un hochet pour endormir les enfants et édifier les adolescents.

2) L’aliénation triomphe dans le quotidiennisme du Rojava

Le PYD exhibe son féminisme. Mais suffit-il de créer des bataillons féminins pour prétendre à la fin de l’oppression de la femme par l’homme ? Certainement pas. Le premier objectif serait de démolir de fond en comble la structure patriarcale de la société civile et des tribus. Une politique que le PYD se garde bien d’adopter, car il est toujours en quête de soutiens dans la « société traditionnelle » kurde, exactement comme Daech l’a fait avec les tribus sunnites d’Irak et de Syrie.

Les 6 000 flics de l’Asayish sont là pour assurer le rôle d’encadrement et de contrôle des populations. Le noyau dur de l’État est donc bien en place. En juin 2013, la répression d’une manifestation anti-PYD à Amude fit 6 morts et 50 emprisonnés. En mars 2017, une rafle massive dans les milieux de l’opposition kurde, fermeture des sièges des opposants. À Hassaka et Qamichli, les administrations syriennes et du PYD cohabitent parfois dans les mêmes bâtiments. Les fonctionnaires syriens continuent d’être payés par Damas. La population subit parfois une double imposition.

Voilà la réalité quotidienne de ce prétendu « au-delà de l’État-nation » ! L’aliénation s’y étend comme partout ailleurs. Le parti-État contrôle tout et évince tout fonctionnaire qui ne lui est pas fidèle. Human Rights Watch et Amnesty International ont documenté les violations : villages arabes rasés, déplacements forcés de populations.

III. Le PKK : matrice stalinienne d’une contre-révolution permanente

1) L’histoire comme activité contre-révolutionnaire

Le PKK incarne parfaitement ce que l’histoire révèle lorsqu’elle est confisquée par ses ennemis. Sa matrice stalinienne explique sa capacité aux revirements d’alliances et de programmes : du nationalisme kurde au nationalisme grand-turc, de l’athéisme à l’islamisme, du bellicisme au pacifisme, de l’éloge des dictatures aux balivernes sur la démocratie participative. La ligne rouge qui relie ces métamorphoses ? La contre-révolution.

De 1979 à 1999, le PKK fut l’allié d’Assad père, enrôlant des dizaines de milliers de combattants kurdes syriens pour les persuader que la solution à leurs problèmes en Syrie résidait dans le combat pour les Kurdes en Turquie. Öcalan lui-même niait l’existence d’un Kurdistan syrien, affirmant que les Kurdes en Syrie n’étaient que des réfugiés politiques de Turquie.

Le PKK a continuellement changé d’objectifs : d’abord un État kurde unitaire, puis l’indépendance du seul Kurdistan turc, ensuite une modeste autonomie administrative, et finalement, selon son 7ème Congrès de janvier 2000, le simple maintien de la reconnaissance linguistique déjà octroyée par la Turquie depuis 1990. Après avoir répandu la haine entre prolétaires kurdes et turcs, le PKK se fait champion de l’unité nationale turque, de la démocratie, de l’État kémaliste et du projet impérialiste grand-turc.

Le PKK s’est approprié pour des raisons d’efficacité, sous prétexte de les structurer, les initiatives d’autodéfense villageoise contre la violence d’État, les confisquant dans une guerre frontale pour des objectifs contradictoires ou au rabais. Son histoire de près de vingt ans accompagne la révolte kurde comme sa plus mauvaise expression.

2) Le PYD : pâle filiale du PKK, allié d’Assad, de la Russie et des USA

Depuis 2011, le PYD/PKK est l’allié intérieur le plus constant et le plus consistant du régime d’Assad. Ce dernier a retiré ses troupes du Rojava dès 2012. Des opérations militaires coordonnées contre les milices d’Alep ont été menées depuis. Les YPG n’ont pratiquement jamais croisé le fer avec les bouchers syrien, russe ou iranien.

En avril 2011, une centaine de prisonniers politiques kurdes du PYD sont libérés, le dirigeant Mohammed Salih Muslim est autorisé à rentrer d’exil, 300 000 Kurdes retrouvent leur nationalité syrienne. L’accord fonctionne : Assad déleste des troupes du Rojava pour les concentrer dans la zone Damas-Alep ; le PYD empêche un rassemblement unique de tous les Kurdes en Syrie et combat Daech à sa place.

Mais le PYD se veut « anti-impérialiste » ! Pourtant, il est simultanément l’allié des USA et de la Russie. Sa force militaire, les YPG, constitue la composante principale des Forces démocratiques syriennes, coalition militaire voulue et reconnue par Washington. Les YPG sont armées par les USA et entraînées par les forces spéciales russes. En janvier 2015, Brett McGurk, émissaire spécial de la Maison Blanche, se rend à Kobane. En mai 2017, le Pentagone déclare considérer l’armement des YPG comme « une nécessité ». Les USA ont déployé 250 conseillers militaires, supervisé la construction de l’aérodrome de Rimêlan, fourni armes, munitions et véhicules blindés.

Simultanément, la Russie développe l’aéroport de Qamichli. En janvier 2017, le PYD est invité comme observateur à la conférence d’Astana. Vous avez dit anti-impérialistes ?

Comme le déclare cyniquement le commandant Cihan Kendal : « Nous connaissons les intérêts des USA dans la région […] Ils essayent de nous utiliser, nous le savons et nous essayons d’en tirer parti. Avec les USA, on se combat idéologiquement mais nous coopérons sur le terrain. » Et d’ajouter : « Nous avons des liens avec Assad. »

Voilà l’aveu sans fard : le programme effectif du PYD est celui d’une autonomie kurde au sein de la Syrie d’Assad, en tout point identique à celui du PKK qui veut un Kurdistan turc au sein d’un État turc fédéral.

IV. La mouvance Lundi Matin, La Fabrique et les sectateurs d’Hazan : propagandistes de l’imposture

1) Les pèlerins du folklore révolutionnaire

L’engouement des derniers maoïstes, des tiers-mondistes, des « anti-impérialistes », des nationalistes écossais, des altermondialistes, des trotskystes et même des anarchistes et des « antagonistes » pour le Rojava n’a d’équivalent que leur soutien à la « cause palestinienne ». Après l’URSS stalinienne, la Chine maoïste et toutes les destinations exotiques qui ont suivi, il échoit désormais au Rojava de porter les espoirs « révolutionnaires ».

La popularité de ces phénomènes marginaux de la restructuration permanente de la domination capitaliste mondiale est inversement proportionnelle à l’intensité de la lutte de classe qui s’y déroule. Aujourd’hui, cette dernière peine à s’imposer, donc l’inter-classisme et les nationalismes différemment colorés prospèrent.

Les pèlerinages sur les nouveaux lieux saints de l’anti-impérialisme se multiplient comme jadis à Cuba, dans la Chine maoïste, en Palestine ou dans le Chiapas. Parmi les visiteurs enthousiastes : David Graeber qui ose déclarer que « c’est la Guerre d’Espagne qui se rejoue au Rojava » et que « depuis 2005, le PKK s’inspire de la stratégie des rebelles zapatistes du Chiapas ». Foutaises spectaculaires pour esprits saturés d’aliénation !

2) Lundi Matin, Serge Quadruppani et La Fabrique : agents de confusion au service de la contre-révolution

Une partie spécifique de l’extrême-gauche française, gravitant autour de la revue Lundi Matin et des éditions La Fabrique, ainsi que des sectateurs d’Éric Hazan et de Quadruppani, a orchestré une campagne de propagande pour le Rojava. Cette mouvance a fait la publicité d’un pseudo-engagement révolutionnaire présenté comme l’occasion d’aller « casser de l’islamiste », détournant l’énergie militante vers une guerre inter-impérialiste déguisée en combat antifasciste.

Cette rhétorique guerrière évacue toute analyse de classe et toute critique de la nature réelle du PYD. Elle transforme un conflit entre factions bourgeoises rivales en opposition manichéenne entre « démocratie directe » et « fascisme islamiste ». Le folklorisme militant — images spectaculaires de combattantes en armes, discours creux sur l’écologie et la démocratie directe — permet à une fraction de l’extrême-gauche petite-bourgeoise de se donner bonne conscience sans remettre en question ses propres privilèges ni s’engager dans l’organisation du prolétariat métropolitain.

3) Serge Quadrupani : du négationnisme aux provocations pro-Rojava

Cette campagne a été notamment soutenue et relayée par Serge Quadruppani, figure déjà dénoncée par Guy Debord comme négationniste et agent provocateur. Debord avait mis en garde contre Quadruppani après la publication en 1979 de textes minimisant la réalité des chambres à gaz nazies. Cette dérive négationniste, présentée sous couvert d’ultra-gauchisme et de critique de l’idéologie antifasciste, avait valu à Quadruppani d’être isolé par les courants révolutionnaires sérieux.

Malgré ce passé sulfureux, Quadruppani a continué à exercer une influence dans certains cercles de l’ultra-gauche française — précisément ceux qui ont fait la promotion du Rojava. Son soutien révèle la continuité d’une pratique politique fondée sur la confusion théorique et la provocation, servant objectivement à discréditer toute perspective révolutionnaire authentique.

4) Convergences avec l’extrême-droite : l’anti-islamisme comme masque du racisme

Plus troublant encore, cette campagne pro-Rojava a révélé des convergences objectives avec l’extrême-droite française. Certains militants partis combattre au Rojava entretenaient des liens avec des milieux d’extrême-droite identitaire, unis par un même « anti-islamisme » primaire masquant mal leur racisme.

Cette alliance objective entre une fraction de l’ultra-gauche et l’extrême-droite illustre la dérive complète de courants ayant abandonné toute analyse de classe au profit d’un identitarisme inversé. L’ennemi n’est plus le capitalisme et l’État, mais « l’islamiste » comme figure abstraite du mal absolu.

Cette convergence brune-rouge autour du Rojava rappelle les pires dérives de l’anti-impérialisme dévoyé, où la défense de tel ou tel camp impérialiste (ici, l’alliance USA-Russie-Assad via le PYD) est justifiée par une rhétorique pseudo-révolutionnaire. Les éditions La Fabrique et la mouvance Lundi Matin ont joué le rôle d’idiots utiles, voire d’agents conscients, de cette opération de confusion politique massive.

Cette mouvance incarne parfaitement la dérive post-situationniste et post-autonome qui a renoncé à toute perspective révolutionnaire sérieuse au profit d’un activisme spectaculaire et d’une surenchère verbale masquant l’indigence théorique et l’opportunisme politique.

V. En finir avec l’oppression nationale

1) Le nationalisme, pire des armes contre l’oppression nationale

Marginalisés, discriminés, réprimés, les Kurdes syriens ont d’excellentes raisons de se révolter contre l’autocratie des Assad. Mais le nationalisme est la pire des armes pour s’affranchir de l’oppression nationale. Dans le cas du Rojava, compte tenu de la faiblesse de la structure productive et du caractère étriqué de cette région, le nationalisme a encore moins qu’ailleurs la capacité d’apporter une solution aux problèmes de ces populations.

Il devient lui-même une arme contre elles car il les sépare artificiellement du combat général contre les régimes despotiques de la région et leur obstrue la voie vers la lutte de classes — seul chemin viable pour éliminer l’exploitation et toutes les oppressions, dont celles sur base nationale.

La « communauté nationale », comme toute autre communauté fictive (dont la prétendue communauté religieuse), contrairement à la communauté prolétarienne en lutte contre le capital, est fondée sur une mystification, sur l’occultation des rapports sociaux, sur la négation de l’existence de classes aux intérêts antagoniques. Toute nation est un produit de la société divisée en classes, enracinée sur des mythes visant à établir un trait d’union entre exploiteurs et exploités.

2) L’internationalisme prolétarien contre toutes les frontières

Les révolutionnaires se battent contre tout État, contre toute nation dominante et contre toute tentative de constitution de nouvelles « communautés nationales » dans les interstices des nations existantes. C’est le sens même de l’internationalisme prolétarien : le prolétariat n’a pas de nation, il est « étranger » partout et n’a donc aucun intérêt national à défendre.

Autre chose est de lutter avec les moyens de classe contre les oppressions engendrées par les classes dominantes. La question de l’oppression nationale ne suscite pas d’indifférence chez les révolutionnaires. Mais elle ne trouve pas de réponse dans le cadre strict qui l’a engendrée. Opposer une nation opprimée à une nation dominante sert uniquement à créer de nouvelles oppressions, à remplacer celles d’antan avec de nouvelles dominations nationales — comme les résultats du « Printemps arabe » et des mouvements de libération nationale du passé l’ont amplement démontré.

Les révolutionnaires n’ont pas vocation à tracer de nouvelles frontières car ils combattent toutes les frontières. Lorsque la redéfinition des périmètres des États provoque des conflits au sein des opprimés et des exploités — comme dans le cas de la Syrie aujourd’hui ou de la Yougoslavie hier — les révolutionnaires font acte de défaitisme et appellent les gueux et les paysans pauvres à s’unir contre les anciens et nouveaux oppresseurs.

3) Le défaitisme révolutionnaire et la fédération libre

Comme Marx l’indiquait pour l’Irlande, le prolétariat d’aujourd’hui doit prendre en charge la lutte contre l’oppression nationale en défendant la perspective de classe comme alternative viable aux illusions nationalistes. La réponse est celle des conseils — la forme la plus adaptée à soigner les blessures profondes provoquées par des millénaires de guerres et de concurrence entre les populations.

La révolution prolétarienne d’octobre 1917 en Russie appliqua cette directive en inscrivant dans sa Constitution de 1918 : « La République soviétique de Russie est fondée sur la libre union de nations libres, en tant que fédération de Républiques soviétiques nationales. » Une fédération conçue comme pas indispensable vers l’unification et la centralisation de la communauté humaine par-delà les frontières.

Plus question de soutenir des mouvements démocratiques bourgeois ou de libération nationale. Tous ont fait faillite. Quand ils existent, ils sont d’emblée inféodés à des secteurs des classes dominantes — comme c’est le cas du PKK, des différentes factions palestiniennes, des religieux tibétains, de l’organisation zapatiste au Chiapas.

VI. Conclusion : l’oxymore de l’« État révolutionnaire »

Un État révolutionnaire est un oxymore. L’histoire est le jeu de l’humanité entière et divisée, ici et maintenant. Elle a pour but la maîtrise et la fin de l’humanité et du temps — non la constitution de nouveaux appareils d’État.

Le Rojava n’est pas une expérience de dépassement de l’État mais la construction d’un nouvel appareil étatique bourgeois proto-stalinien, alliance contre-nature entre nationalisme kurde et régime Assad. La campagne de soutien orchestrée par une partie de l’extrême-gauche française — avec ses liens troubles tant avec le négationnisme qu’avec l’extrême-droite — révèle la profonde confusion idéologique et la faillite politique de courants qui se prétendent révolutionnaires.

Le Rojava n’est qu’une nouvelle mystification nationaliste masquant la persistance de l’exploitation capitaliste et détournant les énergies révolutionnaires vers un projet interclassiste voué à l’échec, tout en servant objectivement les intérêts du régime Assad et des puissances impérialistes. Le soutien que lui apportent des structures comme Lundi Matin ou La Fabrique ne fait que confirmer leur rôle d’agents de confusion au service, conscient ou non, de la contre-révolution.

Dénouer ce fil rouge jusqu’à aujourd’hui suppose :

  • Le rejet de tout nationalisme et de la constitution de nouveaux États bourgeois

  • L’organisation indépendante du prolétariat kurde sur le terrain de la lutte des classes

  • Le défaitisme révolutionnaire face aux guerres bourgeoises

  • La dénonciation sans concession des imposteurs et provocateurs

  • La perspective fédérative comme pas vers l’unification de l’humanité

  • Le combat contre les propres bourgeoisies nationales kurdes

Finissons-en avec la préhistoire ici et maintenant. L’histoire a une fin, l’humanité aussi, et il n’y aura jamais d’éternité. L’histoire est le jeu pour la maîtrise de la totalité. Le but, c’est la victoire : que l’histoire soit courte !

Voir aussi :Le social nationaliste " à gauche"

Rojava. Comment un général autoproclamé devient un dictateur-H.SIMON






mercredi 18 mars 2026

INFOBREF N°578-mars 2026

 



5 mars 2026 Alencontre Etats-Unis, Iran, Israël, Moyen Orient 0

Déclaration de l’IASWI contre la guerre

Par l’Alliance internationale de soutien aux travailleurs en Iran (IASWI)

[L’Alliance internationale de soutien aux travailleurs en Iran (IASWI-basée au Canada) est une campagne indépendante et non partisane créée en 1999 afin de renforcer la solidarité entre travailleurs et travailleuses pour la défense des droits et des luttes des travailleurs et travailleuses en Iran. L’IASWI est gérée par des bénévoles et n’est financée par aucun gouvernement ni aucune entreprise. Elle rejette les sanctions économiques et les interventions militaires impérialistes, et ses positions sont fondées sur l’opposition à l’exploitation capitaliste et la promotion de la solidarité internationale de la classe ouvrière.

La déclaration suivante de l’IASWI a été publiée à la suite des bombardements meurtriers et horribles perpétrés par Israël et les États-Unis. Elle déclare, en termes clairs et sans ambiguïté: «Cette guerre destructrice n’a pas pour but de libérer le peuple iranien. Au contraire, elle déforme, sape et détruit les luttes mêmes pour la liberté, l’égalité, les droits des travailleurs et travailleuses ainsi que la justice sociale et économique en Iran.»

Il s’agit d’un engagement fort et courageux en faveur de la résistance, de la lutte et de l’espoir. C’est une critique sévère à l’égard du soutien opportuniste et caricaturale du gouvernement canadien du premier ministre Mark Carney à l’attaque militaire conjointe du président américain Donald Trump et du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou contre l’Iran. La guerre est menée sans respecter les procédures internationales officielles d’intervention militaire en passant par les organes des Nations unies auxquels le Canada dit adhérer.

L’appel à la solidarité avec les travailleurs et travailleuses d’Iran – face à ces attaques motivées de façon hypocrite – est clair et stimulant. Il souligne un point essentiel: la résistance du peuple au régime corrompu du «capitalisme clérical» ne cautionne en aucun cas la guerre déclenchée contre l’État iranien. L’appel rejette les efforts visant à imposer le prétendu Shah, Reza Pahlavi, fils de l’ancien dictateur et Shah déchu. Il réaffirme que l’indépendance et la légitimité de la résistance des peuples ne peuvent être compromises par les efforts d’Israël et des États-Unis pour la saper. Elle affirme: «La classe ouvrière iranienne a été claire: ni les bombes, ni les sanctions économiques, ni le régime autoritaire n’apporteront l’égalité et la liberté. La voie vers la libération réside dans le pouvoir collectif indépendant des travailleurs, des femmes, des étudiants et des communautés opprimées elles-mêmes.»

L’IASWI appelle les travailleurs et travailleuses, les socialistes et tous les autres à manifester leur solidarité avec le peuple iranien, dans les termes les plus clairs. Nous condamnons cette guerre illégale contre l’Iran et l’abandon des négociations diplomatiques, sous la pression de l’État d’Israël et de ses alliés au sein de l’État américain. Nous assistons déjà à des crimes de guerre potentiels avec le massacre d’écoliers et le bombardement d’hôpitaux. Ceux-ci doivent faire l’objet d’une enquête immédiate.

L’intervention des États-Unis et d’Israël étend encore davantage la guerre et la destruction à travers le Moyen-Orient, dans la poursuite des objectifs expansionnistes et diplomatiques d’Israël, avec de graves conséquences pour la région et le monde. L’impact sur les travailleurs du monde entier de la flambée des coûts de l’énergie, de l’augmentation constante des dépenses militaires et du renforcement permanent des mesures d’austérité dans le domaine social se fait déjà durement sentir. Il est nécessaire d’insister pour que le gouvernement canadien évite toute implication directe ou indirecte dans le conflit, poursuive la reprise des efforts diplomatiques et élabore des propositions pour un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires, qui comprennent l’inspection approfondie et le désarmement des stocks nucléaires d’Israël. – IASWI]

***

NON à la guerre!

L’Alliance internationale de soutien aux travailleurs en Iran (IASWI) condamne avec la plus grande fermeté la guerre lancée le 28 février 2026 par les gouvernements des États-Unis et d’Israël contre le territoire iranien. Présentée, entre autres mensonges, comme une «frappe préventive» et un «soutien au peuple iranien», cette agression montre clairement que la vie des civils, leur sécurité et leurs aspirations démocratiques ne sont même pas la moindre des préoccupations des régimes Trump et Netanyahou. Au cours des premières heures du bombardement, plus de 150 écolières de Minab, ainsi que des travailleurs de l’éducation ont été tués, beaucoup d’autres ont été blessés, et des hôpitaux et des quartiers civils ont été pris pour cible à Téhéran et dans d’autres villes du pays.

Cette guerre s’inscrit dans le cadre d’un programme plus large de changement de régime mené par les États-Unis et Israël, uniquement dans leur propre intérêt stratégique et sans aucun rapport avec les aspirations du peuple iranien à un avenir meilleur. Tout en prétendant soutenir la liberté en Iran, les gouvernements Trump et Netanyahou ont systématiquement saboté et mis en danger les manifestations populaires et les mouvements sociaux indépendants, imposé des sanctions économiques dévastatrices et promu des personnalités telles que Reza Pahlavi, qui a ouvertement approuvé cette guerre.

Retour au Shah?

Reza Pahlavi, le fils du Shah d’Iran déchu, a déclaré: «Mon cœur saigne pour les trois héros américains tués et les cinq blessés par le régime [iranien]. Le peuple iranien leur sera éternellement reconnaissant. À leurs familles en deuil: veuillez accepter notre immense amour, nos plus sincères condoléances et notre éternelle gratitude.» Il a également déclaré de manière honteuse: «Les Iraniens sont reconnaissants à Donald Trump d’avoir pris pour cible le régime oppressif et d’avoir offert une chance à la liberté. Le moment est venu pour un leadership fort et stable de concrétiser cette opportunité historique.» Pendant ce temps, il est resté silencieux sur le massacre d’écolières et d’autres civils.

Cette guerre destructrice n’a pas pour but de libérer le peuple iranien. Au contraire, elle déforme, sape et détruit les luttes mêmes pour la liberté, l’égalité, les droits des travailleurs et travailleuses ainsi que la justice sociale et économique en Iran.

Les travailleurs et travailleuses s’opposent aux guerres impérialistes

Les organisations syndicales et populaires indépendantes en Iran – notamment les associations d’enseignants, les travailleurs des transports publics, les travailleurs du pétrole et de la pétrochimie, les métallurgistes, les travailleurs de la canne à sucre, les retraités et les organisations de femmes et d’étudiants – se sont toujours opposées aux guerres impérialistes, au militarisme et à la répression du régime iranien. Ancrées dans les lieux de travail, les écoles et les communautés, elles ont maintes fois mis en garde que l’agression militaire étrangère et les politiques autoritaires nationales sapent leurs luttes pour le pain, la liberté, l’égalité des sexes et les droits démocratiques.

La classe laborieuse iranienne a été claire: ni les bombes, ni les sanctions économiques, ni le régime autoritaire n’apporteront l’égalité et la liberté. La voie vers la libération réside dans le pouvoir collectif indépendant des travailleurs, des femmes, des étudiants et des communautés opprimées elles-mêmes. Nous exhortons les mouvements syndicaux et socialistes du monde entier à continuer de soutenir la classe ouvrière iranienne dans ses efforts d’organisation contre les politiques capitalistes et répressives de la République islamique, qui a emprisonné des militants syndicaux, écrasé les syndicats indépendants, massacré des manifestant·e·s, exécuté des prisonniers politiques et imposé des politiques économiques néolibérales et corrompues qui ont dévasté les travailleurs.

Nous appelons tous les travailleurs et travailleuses, toutes les organisations et tous les individus épris de justice et de liberté à exiger de toute urgence:

  • Un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel.

  • L’arrêt de tous les bombardements et opérations militaires étatsuniens et israéliens, ainsi que des représailles des forces militaires iraniennes.

  • La protection des civils et un accès humanitaire complet, y compris la libération immédiate des prisonniers politiques [au nombre de 52’000] dont la vie est gravement menacée.

Nous exhortons en outre les travailleurs et les travailleuses, les syndicats, les socialistes et les organisations progressistes anti-guerre, ainsi que les militants internationaux, à se faire l’écho des voix et des revendications de la base en Iran en:

  • Renforçant la solidarité internationale contre le militarisme, l’impérialisme, le capitalisme, l’autoritarisme et la répression.

  • Soutenant les luttes du peuple iranien pour la liberté, l’égalité et l’autodétermination sans aucune ingérence de la part des gouvernements étrangers.

Le peuple iranien et la région n’ont pas besoin de bombes ou de bellicistes, mais de la solidarité des travailleurs et des personnes de conviction du monde entier.

Les États-Unis et Israël doivent immédiatement cesser de bombarder l’Iran!

  • Non à la guerre!

  • Cessez-le-feu immédiat!

Vive la solidarité internationale! (Publié par The Bullet le 4 mars 2026; traduction rédaction A l’Encontre)

L’Alliance internationale de soutien aux travailleurs en Iran (IASWI) est une campagne indépendante et progressiste, basée entre autres au Canada, qui soutient les droits et les luttes des travailleurs et travailleuses en Iran. Son site web est workers-iran.org (temporairement indisponible).


jeudi 12 mars 2026

Golfe persique : de la guerre du pétrole à la guerre de l’eau

 
Deux articles éclairant sur les possibles graves conséquences de la guerre contre l'Iran. Outre des centaines de morts civiles, des centaines de milliers de déplacés, c'est la famine qui se pointe dans les pays les plus riches de la planète, ce qui confirme qu'il existe une denrée plus indispensable et vitale que le pétrole : l'eau !

Golfe persique : de la guerre du pétrole à la guerre de l’eau ?

026/03/12 at 11:45 AM

par Béchir Lakani


Une station de dessalement à Bahreïn a été endommagée dimanche par une attaque de drones iraniens. Et une frappe aurait également touché une usine en Iran. Dans une région où l’approvisionnement en eau potable dépend largement du dessalement, de telles attaques font planer la menace d’une crise humanitaire majeure pour les populations du Golfe, comme pour celles d’Iran.

L’eau sera-t-elle la prochaine arme stratégique dans le conflit armé qui prend de plus en plus d’ampleur au Moyen-Orient ? Les récents incidents autour d’installations de dessalement dans le Golfe persique laissent entrevoir un scénario inquiétant. A savoir celui d’une guerre où la ressource la plus vitale de la région serait directement menacée. Autrement dit, dans une région où l’eau est plus vitale encore que le pétrole, ces installations constituent des cibles militaires d’une importance capitale.

Voyons les faits. Le 8 mars, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, accusait les États-Unis d’avoir bombardé une usine de dessalement sur l’île de Qeshm Island, située au large du port stratégique de Bandar Abbas. Selon Téhéran, cette attaque  aura perturbé l’approvisionnement en eau d’une trentaine de villages. En représailles à cet acte hostile, un drone iranien endommagea le lendemain à son tour une station de dessalement à Bahreïn. Laquelle fournit notamment de l’eau potable à une base militaire américaine installée dans l’île. Ces attaques inédites marquent une évolution dont les conséquences sont imprévisibles. L’eau- une denrée rare et vitale pour cette région, l’une des plus désertiques de la planète- pourrait désormais être utilisée comme levier stratégique et militaire.


Dépendance  et vulnérabilité

Effectivement, l’eau douce étant une ressource quasi inexistante, il  en résulte que la plupart des États de la région reposent essentiellement sur les usines de dessalement pour alimenter leurs populations et leurs économies. Sachant que le Moyen-Orient qui est parsemé de plusieurs milliers d’installations réparties le long des côtes du Golfe, concentre près de 40 % de la capacité mondiale de dessalement.

Les chiffres illustrent cette dépendance extrême. Au Koweït, près de 90 % de l’eau potable provient du dessalement. La proportion atteint 86 % à Oman et environ 70 % en Arabie saoudite. Aux Emirats arabes unis, plus de 40 % de l’eau consommée est produite par ces installations. Ces infrastructures ont permis l’émergence des grandes métropoles du Golfe, de Dubaï à Doha en passant par Abu Dhabi. Car, sans eau potable produite par ces infrastructures, ces villes champignons construites au cœur de déserts arides seraient tout simplement inhabitables.


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[AST] La paix capitaliste est la source de la guerre impérialiste !

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Source en allemand : https://astendenz.wordpress.com/2025/10/20/der-kapitalistische-frieden-ist-die-quelle-des-imperialistischen-krieges/

Dans le capitalisme mondial, la paix ne peut être qu’un intervalle entre deux guerres, limité dans l’espace et dans le temps. Il ne peut y avoir de « paix mondiale » dans le capitalisme. Il y a toujours des conflits quelque part. En temps de paix, les États se préparent à la guerre en se réarmant militairement. Et en temps de guerre, ils se battent militairement pour créer les conditions de la prochaine paix. Dans la paix capitaliste, les prolétaires sont exploités : ils produisent pour le capital et l’État plus d’argent qu’ils n’en coûtent eux-mêmes sous forme de salaires. Et en temps de guerre, ils doivent tuer et mourir pour « leurs » États capitalistes exploiteurs. La paix capitaliste n’est pas une alternative à la guerre impérialiste, mais sa source.

Paix et guerre en Ukraine

Entre les États et les blocs d’États, la paix est la forme non militaire de la concurrence pour les sources de matières premières, les débouchés commerciaux et les sphères d’influence géopolitiques. À partir d’une certaine intensité, cette concurrence se transforme en guerre. Ainsi, les blocs d’États de l’impérialisme occidental, l’UE et l’OTAN, ont continué à étendre leur influence contre la Russie impérialiste par leur élargissement à l’Est. Lorsque le président ukrainien Ianoukovitch a refusé en 2013 de conclure l’accord d’association avec l’UE, notamment en raison de la pression exercée par Moscou, un mouvement social-réactionnaire s’est formé sur la place Maïdan, soutenu par l’impérialisme occidental, avec une aile pro-occidentale et démocratique et une autre ultranationaliste et néofasciste. Ce mouvement social-réactionnaire a renversé Ianoukovitch en février 2014 et établi un régime pro-occidental, tandis que l’impérialisme russe annexait la Crimée en mars 2014. Dans l’est de l’Ukraine, des « républiques populaires » pro-russes ont fait sécession. Une guerre civile s’est alors développée. L’Ukraine était soutenue par l’impérialisme occidental, les « républiques populaires » par l’impérialisme russe. Ainsi, la guerre civile en Ukraine était également une guerre impérialiste par procuration entre la Russie et l’OTAN.

En février 2022, l’impérialisme russe a directement attaqué l’Ukraine. Depuis lors, l’OTAN et l’UE mènent une guerre indirecte contre Moscou sous la forme d’une guerre économique de plus en plus intense, ainsi que d’un renforcement financier, militaire et des services de renseignement du régime ukrainien pro-occidental. L’Ukraine et l’Occident collectif s’utilisent mutuellement dans cette guerre par procuration contre la Russie. L’Occident dans son ensemble nuit à son rival impérialiste, la Russie, par le biais de l’Ukraine. Le régime ukrainien tente de rester dans ce jeu sanglant grâce à l’armement militaire fourni par l’Occident.

Cette guerre par procuration est menée tant par l’impérialisme russe que par l’impérialisme occidental, aux dépens du prolétariat mondial. Au début du carnage impérialiste, les prix de l’énergie et des denrées alimentaires ont fortement augmenté dans le monde entier. Cela a également représenté une lourde charge pour le prolétariat en Allemagne. Les syndicats de la DGB ont soutenu la guerre économique allemande contre la Russie. La « solidarité avec l’Ukraine » de l’impérialisme occidental va à l’encontre des intérêts des salariés de ce pays. S’ils travaillent, ils sont soumis à la dure exploitation capitaliste. De plus, ils sont recrutés en masse par l’État ukrainien. Ils sont censés tuer et mourir – pour les intérêts du régime capitaliste ukrainien et le jeu géopolitique de l’Occident collectif. Pour les salariés ukrainiens, leur « propre » État et l’OTAN/l’UE sont des ennemis de classe structurels au même titre que l’impérialisme russe.

La Russie est en passe de remporter la guerre sur le plan militaire. L’impérialisme américain sous Trump est tout à fait intéressé à mettre fin à ce carnage par une paix impérialiste négociée avec Moscou. Mais cela implique la cession de territoires ukrainiens à la Russie. Et Moscou exige également la neutralité militaire de l’Ukraine. Ni l’Ukraine, ni l’UE, ni les puissances européennes de l’OTAN ne sont disposées à faire des concessions importantes au Kremlin. Et la Russie ne souhaite pas non plus mettre fin à la guerre pour l’instant. Même la puissance de l’impérialisme américain n’est pas suffisante pour contraindre les deux parties à la paix. D’où l’hésitation de Washington entre les offres de paix à Moscou et la poursuite de la guerre.

Pour l’impérialisme allemand, la Russie est l’ennemi numéro un. Il s’arme contre elle. Et prépare ses citoyens à la guerre. Jouer avec le feu d’une guerre nucléaire, c’est le programme de l’État allemand. C’est la lutte des classes menée par les puissants contre le prolétariat. La gestion par l’État-providence de la misère produite par le capitalisme est vouée à se détériorer. Des canons plutôt que du beurre. Et peut-être que bientôt, les prolétaires allemands devront eux aussi tuer et mourir au nom de l’impérialisme allemand. D’abord dans des guerres par procuration, qui exacerbent considérablement le risque d’une destruction nucléaire massive.

La révolution mondiale plutôt que le pacifisme national

Le pacifisme revêt souvent un caractère très national. Alors que les responsables politiques allemands renforcent l’armement militaire de l’État et exportent des armes meurtrières vers des zones de guerre (Ukraine, Israël), les pacifistes nationaux aspirent à une nation allemande pacifique. Autrement dit, à un monde où les loups racontent de belles histoires aux moutons avant de s’endormir, sans les dévorer. Certes, les loups au pouvoir racontent effectivement de belles histoires aux moutons qu’ils gouvernent, mais c’est pour les endormir et ainsi mieux les dévorer. Le pacifisme national fait lui aussi partie des somnifères. Il ne désarme pas les États belliqueux et militarisés, mais le prolétariat engagé dans la lutte des classes.

Le pacifisme exige que les États cessent enfin de se faire la guerre. Ils doivent uniquement coopérer entre eux. Cette exigence contredit la concurrence impérialiste entre les États, qui se traduit militairement par des guerres. La diplomatie, que les pacifistes présentent comme une alternative à la guerre, n’est qu’une arme particulière de la concurrence entre États. Elle repose sur la puissance économique et militaire des États. Elle est une forme particulière d’imposition des intérêts impérialistes. Si les États peuvent imposer leurs intérêts de manière diplomatique et pacifique, tant mieux. Si ce n’est pas le cas, et que les dirigeants politiques estiment qu’ils peuvent et doivent mener des guerres pour défendre ces intérêts, alors ils le feront. La diplomatie prépare la guerre en temps de paix et la paix en temps de guerre.

Le pacifisme exige des États qu’ils désarment. Mais ils ne le feront pas, surtout en ce moment, alors que la crise capitaliste s’aggrave et que la concurrence inter-impérialiste s’intensifie. Il ne peut y avoir qu’une seule forme réaliste de désarmement : la destruction révolutionnaire mondiale de tous les États !

Une révolution mondiale ? Est-ce réaliste !? Eh bien, il est toujours possible que la lutte des classes mondiale se radicalise dans des situations exceptionnelles extrêmes et débouche sur une révolution sociale planétaire. En revanche, dans quelle mesure est-il réaliste de penser que les États cesseront de se faire la guerre et procéderont à un désarmement militaire significatif ?

Lutte des classes contre le réarmement et les exportations d’armes

En Allemagne aussi, la lutte des classes prolétarienne contre le réarmement, les exportations d’armes et la préparation à la guerre est absolument nécessaire. La forme la plus efficace de lutte des classes est la grève. Cependant, les grèves contre le réarmement et les exportations d’armes sont interdites en Allemagne. Dans ce pays, les « grèves politiques » sont considérées comme illégales. Seules sont légales les grèves organisées par les syndicats pour des objectifs négociables pouvant faire l’objet de conventions collectives, par exemple des salaires plus élevés et des horaires de travail plus courts. La grande majorité des syndicats soutient la politique de réarmement et de guerre de l’impérialisme allemand. Ils sont profondément intégrés à l’État allemand. Les grèves contre l’impérialisme allemand ne peuvent être que sauvages et organisées indépendamment des syndicats. Nous n’aurions rien contre le développement de telles grèves.

Traduction française : Les Amis de la Guerre de Classe


Liban : la guerre sans fin d'Israël et du Hezbollah

 


800 000 personnes jetées à la rue, obligées 
d'abandonner leur logement et toutes leurs affaires à 
toute vitesse, avant que les bombardements ne 
commencent. Et ceci dans un pays de moins de 
6 millions d'habitants : le Liban ! 
Certains ont trouvé à se loger chez un proche, 
d'autres ont obtenu une place en se posant dans une 
école. D'autres encore n'ont plus que leur voiture. 
D'autres, enfin, ont juste un bout de trottoir à 
Beyrouth, la capitale. 
L'ordre de partir a été donné par l'armée israélienne, 
à deux parties de la population : au sud du 
Liban, des gens pauvres, de religion chiite (une autre 
branche de l'islam que celle qu'on connaît en France). 
Et la banlieue sud de Beyrouth, des personnes déjà 
déplacées, chiites en majorité. 
Mettons-nous un instant à la place de ces gens. 
L'armée israélienne les jette tous à la rue, parce qu'ils 
sont, en majorité, de la même religion que la milice 
armée du Hezbollah, 50 000 combattants sans doute. 
Et ce n'est pas du tout la première fois que 
l'armée israélienne les envahit, que ses chars 
détruisent les terres agricoles, ou que les soldats 
tirent sur des civils, parce qu'ils ont peur d'avoir 
affaire à des ennemis. 
Cette population, la plus pauvre du Liban, est 
longtemps restée sans aucune organisation, et sans 
défense, délaissée par les pouvoirs. En 1975, elle s'est 
donné un parti, qui s'est appelé L'Espoir (Amal, en 
arabe). Ce parti n'était pas spécialement basé sur la 
religion, et n'avait rien du fanatisme du Hezbollah 
actuel. Il voulait améliorer le sort des populations 
chiites dans la société libanaise. 
Cela a changé en 1982, lorsque Israël, déjà, a 
envahi toute cette région du sud du Liban, avec la 
même violence qu'aujourd'hui. C'est à ce moment-là 
qu'une partie des membres du parti Amal a décidé de 
le quitter, et de passer à des méthodes plus violentes. 
C'est eux qui ont créé le Hezbollah (Parti de Dieu, en 
arabe). Et le Hezbollah a, de suite, été un parti 
religieux, fanatique, qui vise la population juive en 
tant que telle, pour répliquer à l'armée d'Israël. 
Si Israël avait envahi le Liban, à l'époque, c'était 
d'abord pour s'attaquer à l'OLP (Organisation de 
libération de la Palestine). Car de nombreux camps 
de Palestiniens se trouvaient au Liban. Les 
Palestiniens, au total 700 000 personnes, avaient été 
expulsés ou ont été forcés de fuir, au moment de la 
naissance d'Israël, en 1948. 
L'OLP n'était pas du tout basée sur la religion. 
Quelques Juifs se trouvaient même à sa direction, 
comme Ilan Halevi, Uri Davis. Israël aurait pu négocier 
avec l'OLP, ce qu'elle fera quelques années plus 
tard. Mais en 1982, elle choisit de lui faire la guerre, 
au Liban. Et c'est ce qui a provoqué la naissance du 
Hezbollah, contre cette présence d'Israël. 
Après quoi l'Iran islamiste (et chiite) de Khomeiny 
en a profité, a soutenu le Hezbollah, et importé la 
pratique des attentats suicide. 
En 2006, la population du Liban sud a encore vu 
Israël les envahir, pour attaquer le Hezbollah. Mais, 
cette fois, le Hezbollah a pu résister, et Israël a dû 
signer un cessez-le-feu. Le Hezbollah a alors vu son 
autorité bondir dans tout le Liban. Cette autorité est 
donc, elle aussi, venue d'une invasion d'Israël. 
Aujourd'hui, le Hezbollah représente une part 
importante de la vie même du Liban. Il est bien plus 
qu'une organisation militaire. Il apporte des aides à la 
population, que l'Etat n'apporte pas : des dispensaires 
de santé gratuits, des programmes de vaccination 
dans les villages pauvres, des écoles pour les 
enfants défavorisés, mais avec une éducation religieuse, 
des crèches et des garderies, des aides 
alimentaires. Et il a des députés. 
La population d'Israël proche du Liban vit sous la 
menace des roquettes du Hezbollah. Pendant que la 
population chiite du Liban vit sous les bombardements 
de l'armée israélienne. L'attitude de chaque 
camp ne fait que renforcer l'autre. Aucune solution 
ne peut venir de tous ces chefs de guerre ou religieux. 
Dans l'immédiat, Israël doit cesser ses invasions. 
Et il faudra qu'en bas, dans les populations, des deux 
côtés de la frontière, l'on décide de faire des gestes 
de paix, les uns envers les autres. Quitte à devoir 
affronter ensuite les dirigeants, car ils ne mènent à 
aucun espoir.  
 17/3/2026 L’Ouvrier n° 430 
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[tridni-valka-francais] Rojava Ad Nauseam

  18 mars 2026 Rojava Ad Nauseam / G...