Nous avons à plusieurs
reprises montré comment la classe capitaliste mondiale est passée
de l' ère du charbon à celle du pétrole. Moment important
puisqu'il mettra un terme à la triple alliance1
qui faisait trembler dans les années 1920, l'édifice du capitalisme
mondial. En témoigne un extrait d'un rapport que la famille
Rockefeller avait commandé suite au massacre des mineurs de Ludlow
pratiqué par la Garde nationale du Colorado.
«
En 1918,la Rockefeller Fondation, à New York, publiait un rapport8
qui expliquait leur nouvelle vulnérabilité : « Si le
passé récent a révélé les conséquences effroyables des conflits
syndicaux, les événements actuels ne font ils pas apparaître des
possibilités infiniment pires dans le monde entier ? Le
syndicalisme cherche à détruire par la force les organisations
existantes et à transférer le capital des industries de leurs
actuels propriétaire à des organisations ou des syndicats
révolutionnaires. C' est cela que vise la « grève générale ».
Que ne risque-t-il pas d' arriver si aux États-Unis ou en
Angleterre, d' ici quelques jours ou quelques mois, les mines de
charbon sont tout à coup fermées et les chemins de fer bloqués !
[...]il s' agit là d' un pouvoir qui, s'il était mis en œuvre,
paralyserait […] la nation plus efficacement que n' importe quel
blocus de guerre. » (p. 35 Timothy Mitchell)
L' arrivée de l' ère du
pétrole comme va le souligner Timothy Mitchell dans son livre
« Carbon démocracy» va sur une assez longue période détruire
le rapport de force révolutionnaire composé par les mineurs,les
dockers, les cheminots. La dernière poche de résistance conséquente
fut celle des mineurs anglais2
Depuis le mouvement
ouvrier occidental a vu ses ailes rongées par la propulsion d'une
énergie concurrente associée aux délocalisations, la dite
« mondialisation ». La machinerie, les nouvelles
technologies bouleversant en permanence les forces productives
entraînant au passage son lot de pauvres, de surnuméraires, de
déclassés, tel est le prix à payer du maintien du capitalisme.
Le contrôle des
sources d' énergies, c' est aussi le contrôle de la finance
mondiale allant de la rente pétrolière aux recyclages des
pétro-dollars le tout dans un enfer de guerre pour savoir qui va
conserver cet attribut de faire marcher la planche à billets et de
décider du sort de la population mondiale.
Les tentatives des
États-Unis à toujours vouloir imposer sanctions et boycott de tel
ou tel pays déviant au nom d'un « droit international »
semblent bien s'effondrer sous leurs pieds depuis quelques années.
Le temps où les sept sœurs 3dominaient
le marché pétrolier a été ébranlé à plusieurs reprises
notamment par la création de l' OPEP. Depuis les majors comme ont
les appelle ne sont plus que deux Chevron et Exxon mobil.
Récemment elles refont
parler d' elles et à la surprise de tous elles viennent d'investir
massivement dans la reprise du pétrole de schiste, ce qui veut dire
que les petits producteurs ne parviennent plus à tenir le coup dés
que le cours du pétrole tombe en dessous de 60 dollars le baril.
Les tentatives
américaines de reprise en main du marché des hydrocarbures
Beaucoup de bruits
et de déclarations ont été faites, quand les États-Unis
prétendaient être du fait de l' exploitation des schistes bitumeux
le premier pays producteur de pétrole brut au monde, devant son
concurrent saoudien. Le « permien »4
Voilà,le nouvel Eldorado ou la dernière drogue que les Etats-Unis
veulent utiliser pour reprendre la main.
Actuellement il est
fait état dans la presse et les médias d'une véritable mise en
spectacle punitive sur le plafonnement du cour du baril venant de
Russie. Le problème de toujours est que le pétrole est assimilable
à une grande bassine où tous les pays producteurs déversent leur
production. Ceci indépendamment des quotas et des sanctions
diverses, au final il faut que les producteurs de pétrole brut s'
entendent sur le prix du baril.
C 'est en tous les cas ce
qui s' est passé jusqu’à présent, mais la demande mondiale de
pétrole se déplacent vers la Chine et l' Inde, il n' est pas
impossible qu'une fracture s’opère à l' échelle mondiale adoubée
de celle d'une nouvelle monnaie universelle. Tel est de nouveau l'
enjeu des grandes puissances. La Chine vient d' annoncer qu'elle n'
avait pas l' intention de respecter le plafonnement exigé par
l'occident.
Se souvenir que le 8
mars 2022, le
président des Etats-Unis décretait l'interdiction d' importer
du brut russe. Seulement,nous avons assisté à un curieux balais de
livraisons de pétrole russe.
« Plusieurs
navires destinés au transport de pétrole russe, dont le Vinjerac,
ont débarqué ces derniers jours aux Etats-Unis. (Crédits :
Reuters) »
« Un
tanker battant pavillon maltais a quitté le port russe de
Taman, dans la région de Krasnodar, sur la mer noire le 22
février dernier. Chargé
de pétrole russe, le Balla mouillait
le 2 avril à
18h40 dans la baie du port de San Diego aux Etats-Unis, selon les
données le site marinetraffic.com. A l'opposé, toujours dans les
eaux américaines, sur la côte Est, un autre tanker, le Vinjerac,
battant pavillon croate, a accosté le 4 avril dernier dans
le Gulfport Reach Arthur Kil, dans le port newyorkais Elizabeth,
après un voyage de 26 jours et 18 heures en provenance du port russe
de Ust-Luga, dans la région de Saint-Pétersbourg, sur la mer
Baltique. »
« Au moins sept
pétroliers en provenance de Russie naviguent toujours vers les
États-Unis selon les données de marinetraffic.com.
La guerre en Ukraine et l'appropriation de ses
richesses
Il nous faut voir que derrière le rideau de la
guerre « patriotique » d'Ukraine se poursuivent des
tractations multiples visant les matières premières, et notamment
le gaz et le pétrole de schiste, mais aussi le titane... En 2010,
d'importants gisements de gaz de schistes étaient découvert dans la
région de Kharkiv à Yuzivska. Il n' en fallait pas plus pour que
Chevron et Shell se précipitent, et obtiennent en 2013 des permis d'
extraction. Le ministre de l' époque, Mykola Zlochevsky était aussi
président de Burisma Holding5
« Après une visite officielle du vice-président
Joe Biden en Ukraine, son fils, Hunter Biden rejoint, en juin 2014,
le directoire de Burisma, dont le dirigeant, l'oligarque Mykola
Zlotchevsky, avait été ministre de l'Écologie du président
Viktor Ianoukovytch. À partir de 2014, Zlochevsky est poursuivi par
les justices ukrainienne et britannique pour blanchiment d'argent à
travers Burisma. » (Sources Wikipédia...)
Au large de la Crimée, à la même période
d'importants gisements pétroliers et gaziers sont découvert en mer
noire, dés 2012 les frangines Chevron et Exxon Mobil , puis Schell
obtiennent des permis d' exploration. Puis en novembre 2013, EDF et
l’italien ENI signent un
accord pour l’exploitation d’hydrocarbures à l’est de la
Crimée. En 2021, la
société autrichienne European
Lithium a obtenu les
gisements de lithium du pays dont celui
de Shevchenkivske,
situé dans le Donbass. Les mines de graphite de la région de
Mykolaïev, dans le sud du pays, ont été
attribuées à l’entreprise australienne Volt Resources.
Tout cela se passe sous
la présidence de Viktor
Ianoukovytch (pro-russe)
qui sera liquidé par l' Euromaidan en 2014.
La
prise en main pro-occidental suite au coup d' état de Maidian, va
enclencher un changement de maître, ce n' est plus le grand frére
russe qui dirige mais l'oncle Sam en la personne de Biden.
Plus étrange, après l’invasion de la Crimée par
les russes en 20146,
le géant russe DF fut dessaisi de ses mines de titane, tandis que
les autres gisements du pays sont désormais exploités par
l’entreprise ukraino-étasunienne Velta
Resources. (Reporterre)
On comprend mieux pourquoi Poutine à voulu que la
Crimée revienne dans le giron russe7.
Mais aussi pourquoi Zelinski veut reprendre la Crimée.
Un sous-sol stratégique pour l'occident.
Comme l'indique le site Reporterre voir l'
extrait ci dessous
En effet, c’est aussi une bataille pour les métaux
qui se joue en Ukraine. Le sous-sol du pays recèle des gisements
considérables estimés par les
services de géologie ukrainiens à une valeur de 7 500
milliards de dollars. L’Ukraine est classée au cinquième rang
mondial pour ses réserves en fer, en graphite et en manganèse
— deux éléments critiques pour la production de batteries
électriques.
Elle est aussi sixième productrice mondiale de
titane, métal stratégique pour la production aéronautique, et
recèle d’importants gisements de lithium, de cuivre, de cobalt et
de terres rares, utilisés aussi bien dans le domaine énergétique
que dans l’électronique et la défense. C’est la raison pour
laquelle l’Union européenne a conclu en juillet 2021 un
partenariat avec l’Ukraine pour les métaux stratégiques et
les batteries, une coopération amorcée et progressivement renforcée
depuis 2014 après l’arrivée au pouvoir du gouvernement
pro-occidental de Porochenko.
Ce partenariat répond à la volonté de l’Union
européenne — et plus largement de l’Otan — de
sécuriser les approvisionnements en matières premières de son
industrie face aux monopoles chinois et russes. En théorie, il
s’agit de métaux « pour la
transition » ; en pratique, la
visée est bien plus large. Il permettrait par exemple d’assurer
des importations de titane, décisives
pour Airbus et Safran ; de zirconium, utilisé aux trois
quarts pour le nucléaire ; de scandium, sous-produit de la
métallurgie du titane utilisé dans les piles à combustible et les
alliages ultralégers de l’aéronautique ; ou encore de
molybdène, employé dans les superalliages, les écrans et les puces
électroniques. Pour la fabrication de semi-conducteurs, l’industrie
étasunienne est par ailleurs dépendante à 90 % du néon
de qualité ultrapure produit à Odessa à partir du gaz issu des
acieries.
En amont de ce partenariat, l’Ukraine s’était
engagée à privatiser ses mines et son industrie métallurgique, à
collaborer avec les services géologiques européen (EuroGeoSurveys)
et étasunien (USGS) et à réaliser en anglais un « Atlas
de l’investissement »
cataloguant les gisements de métaux critiques disponibles. Selon
Ukraine Invest, il recensait 8 761 gisements en 2021.
À partir de 2016, le gouvernement a commencé à
vendre ses permis miniers par le biais d’enchères électroniques.
Entre 2018 et 2021, le
nombre de permis attribués est passé de 150 à 377 et le nombre
d’enchères électroniques de 10 à 160. En 2019, Metinvest,
société métallurgique de Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche
d’Ukraine, s’est associé au géant Glencore (basé en Suisse)
pour exploiter l’un des principaux gisements de fer du pays, à
Shymanivske, non loin de Zaporijia.
Des gisements stratégiques pour les camps en présence

Les frères ennemis, finissent par s'entendre par
dessus les frontières et les patries quand il s' agit de business,
laissant les morts enterrer les morts dans le bourbier ukrainien. La
bourse des métaux de Londres a
renoncé à interdire la vente de métaux russes.
Dans un article fort bien
documenté « Reporterre » un site écologique dévoile
les dessous des frères ennemis.
« La Russie est déjà la deuxième
productrice mondiale d’aluminium et la première
exportatrice mondiale de nickel, utilisé pour les batteries.
Elle domine également le marché du palladium servant notamment à
la production de piles à combustible. (...)
« dans le contexte
plus large des manœuvres du groupe Wagner, entreprise mercenaire
informellement liée au Kremlin, dont le propriétaire dirige aussi
des sociétés d’extraction comme Lobaye Invest, désormais présent
dans des pays africains richement dotés en ressources minérales
comme le Mozambique, Madagascar, la République centrafricaine et le
Mali ».
L’agression russe de l’Ukraine a donc aussi pour toile de fond
cet affrontement pour l’approvisionnement en matières critiques,
dont la première victime est la population ukrainienne. »
(Reporterre)
Reporterre fait état d'une
réunion qui s' est tenue à Bruxelles le 16 novembre 2022 entre
« le Premier ministre ukrainien, Denys Shmyhal,
et le ministre des Ressources naturelles, Ruslan Strilets, ont
participé à la Semaine
des matières premières qui s’est tenue à Bruxelles en
présence de Maroš Šefčovič, commissaire européen et initiateur
du partenariat sur les métaux avec l’Ukraine. »
Pendant que les populations de l' Ukraine et du
Dombas sont bombardées
« le ministre Ruslan Strilets a assuré que la
réforme du Code minier était presque terminée et que le cabinet
qui délivre les permis était opérationnel, « au
service des investisseurs qui se présenteront après la guerre, et
même avant la victoire ». Jürgen
Rigterink, vice-président de la Banque européenne de développement,
a précisé que celle-ci était le principal investisseur dans le
pays, à hauteur de 19 milliards d’euros, des fonds grâce
auxquels « l’Ukraine pourrait devenir
une superpuissance des ressources ». »
Quelle indépendance face aux intérêts européens ?
L’Ukraine rêve d’indépendance, et c’est la
raison pour laquelle une majorité d’Ukrainiens a soutenu son
rapprochement avec l’UE. Mais quelle marge de manœuvre
restera-t-il aux dirigeants du pays quand il faudra rembourser les
dizaines de milliards d’euros de prêts contractés auprès de la
BERD, de
la Banque mondiale, des États-Unis et des pays européens qui
convoitent ses ressources naturelles ?
« Nous allons non seulement reconstruire
l’Ukraine, mais nous allons la reconstruire en mieux, en plus
vert », a assuré Maroš Šefčovič
aux ministres ukrainiens le 16 novembre. Mais peut-on
reconstruire l’Ukraine « en plus
vert » en faisant du pays le paradis
minier de l’industrie européenne ? On sait pourtant que
l’extraction minière est le
secteur industriel le plus polluant et le
premier producteur de déchets au monde.
Qu’en pense la population ukrainienne ? Depuis
2004, les habitants de la région de Marioupol, dans le Donbass,
s’opposent à l’exploitation du gisement de terres rares et de
zirconium d’Azov en raison des risques de pollution radioactive et
ont obtenu deux fois l’interruption de la délivrance d’un
permis. La dernière mise aux enchères du gisement en janvier 2021 a
déclenché de grandes manifestations dans les districts de
Manhoush et de Nikolske.
Une fois la guerre terminée, les Ukrainiens
n’auront-ils pas la mauvaise surprise de découvrir que pendant
qu’ils tentaient de survivre aux assauts et aux bombardements
russes, leurs régions ont été vendues aux entreprises minières et
gazières ? Reporterre
Biden et le Venezuela
On nous raconte,que pour calmer l' envolée des cours
du pétrole, Biden envisagerait d' assouplir les sanctions contre le
Venezuela de Maduros et de l'Iran. L' administration Biden autorise
Chevron à puiser le pétrole dans le pays le plus riche en réserve
de pétrole au monde. Il y a là vraiment de quoi s'interroger, d'un
coté il y aurait surproduction, et de l' autre pas assez de pétrole
dans la bassine pour faire chuter les cours. Voir à ce sujet la
vidéo de P.Artus
Les
majors CHEVRON EXON artus
La réalité est que si tous se
préparent à la guerre, il faudra pour la mener des quantités
importantes de pétrole et de Kéroséne. Voilà la raison qui
expliquerait les déblocages sanction tant au Vénézuela qu' en
Iran. Pendant qu'il en est encore temps, les Etats-unis procéderaient
vers l' europe à l'exportation de gaz liquéfiés GNL qui selon les
experts pourraient progresser de 34% au Royaume Unis et dans l'UE
d'ici la fin 2024.En effet la culture du pétrole et du gaz de
schiste n' est qu' éphémère « C'est en tout cas ce que
prédit l'un des maîtres de l'énergie de Wall Street, Andrew John
Hall qui a notamment prédit une fin rapide du boom des hydrocarbures
de schiste et donc un retour du pétrole conventionnel. » « les
pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui
détiennent la majorité des gisements qualifiés de super-géants
(réserves supérieures à 700 millions de tonnes) et qui produisent
par quotas et donc épuisent moins vite leurs réserves.» (sources)
G.Bad décembre 2022
En complément:
http://alencontre.org/societe/syndicats/ukraine-les-patrons-utilisent-la-guerre-pour-retirer-des-droits-aux-travailleurs-et-travailleuses.html
NOTES