traduction
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« Tant que le capital régnera, les armements et les guerres ne cesseront pas. » Ces mots sont gravés depuis le 5 mars 2021 dans la pierre, sur le sol devant l’entrée du Felsenkeller à Leipzig. Rosa Luxemburg y a prononcé, le 27 mai 1913, l’un de ses discours les plus importants sur la « situation mondiale ».
Extraits traduits d’un article en ligne paru à cette occasion : https://kreuzer-leipzig.de/2021/03/05/so-lange-das-kapital-herrscht/
Lettre à Leo Jogiches
Elle décrit ce meeting dans une lettre à Leo Jogiches le 28 mai 1913 : « Hier soir, j’ai tenu un magnifique meeting dans la plus grande salle de Leipzig. J’ai parlé de la politique mondiale et attaqué fermement le groupe parlementaire ainsi que toute la tactique dominante dans le parti. Mon discours a été accueilli par des tonnerres d’applaudissements et j’ai été officiellement remerciée. …
Le discours de Francfort et la condamnation pour incitation à la désobéissance
Après le discours de Leipzig sur l’inanité des guerres en référence à la guerre des Balkans de 1913… elle réitère en septembre 1913, dans un discours à Francfort, son appel au refus de servir et d’obéir en cas de guerre ; « Non, nous ne le ferons pas » [tirer sur d’autres prolétaires] et sera condamnée à un an de prison, le discours étant considéré comme une incitation à la désobéissance aux lois et aux décisions de l’autorité.
Je me sens comme un chien perdu
En janvier 1912, elle descend à l’hôtel Sedan lors de la campagne électorale et écrit : « Ici, à Leipzig, je tourne en rond et me sens comme un chien perdu. Tout est froid, désagréable, les gens sont agaçants, je n’ai pas de chambre à moi. Mais j’essaie de me libérer et de m’isoler intérieurement de tout cela. »
[Note du blog : Il faut lire cette citation en sachant que Rosa Luxemburg a tenu un nombre incalculable de meetings, attachant une importance primordiale à la lutte pour la prise de conscience du prolétariat, sans ménager sa fatigue et malgré son aspiration profondément ancrée au calme et à la solitude. Il faut aussi comprendre le courage qu’il lui fallait pour affronter de front, sur ce terrain majeur, le pouvoir impérial, alors même que le parti social-démocrate était dominé par le réformisme, qui atteindra son triste apogée avec le ralliement officiel à la guerre en 1914.]
Meetings ouvriers dans les années 1920
Le discours de Rosa Luxemburg
https://www.marxists.org/deutsch/archiv/luxemburg/1913/05/plagwitz.htm
La situation politique mondiale – (discours du 27 mai 1913 à Leipzig-Plagwitz) – d’après un compte rendu de presse
Leipziger Volkszeitung, n° 121 du 29 mai 1913.
Rosa Luxemburg, Œuvres complètes, vol. 3, p. 212–219.
Transcription : Oliver Fleig et Sozialistische Klassiker.
Balisage HTML : Einde O’Callaghan pour le Marxists’ Internet Archive.
Nous vivons une époque étrange, dans laquelle l’attention de la classe ouvrière est de plus en plus accaparée par un domaine très particulier de la vie publique : ce domaine est la politique étrangère. Pour la conception et l’horizon intellectuel du petit-bourgeois moyen, la politique étrangère appartient à cette rubrique du journal du matin qu’il lit en buvant son café pour se distraire de ses soucis ou des récriminations de sa moitié. Pour la classe ouvrière, en revanche, la politique étrangère est profondément sérieuse et d’une importance capitale. Il n’en a pas toujours été ainsi. Si l’on suit la vie intellectuelle de la classe ouvrière au cours des dernières décennies, on peut presque en sentir le pouls et observer comment, année après année, l’attention pour la politique étrangère augmente parmi les travailleurs. Pourtant, cela ne suffit toujours pas : il faut parvenir à ce que chaque ouvrière et chaque ouvrier apprenne à comprendre qu’il s’agit de suivre, avec la même énergie, la même attention et la même passion que les questions de politique intérieure, tous les événements de la politique mondiale. Chaque prolétaire, homme ou femme, doit aujourd’hui se dire : rien ne se produit en politique étrangère qui ne touche aux intérêts les plus propres du prolétariat. Lorsque, en Afrique, les militaires allemands oppriment les Noirs [1], lorsque, dans les Balkans, les Serbes et les Bulgares massacrent les soldats et paysans turcs [2], lorsque, au Canada, lors des élections, le parti conservateur prend soudain le dessus et renverse la domination libérale [3], dans tous les cas, les ouvrières et les ouvriers doivent se dire : c’est de votre cause qu’il s’agit, vos intérêts sont en jeu. C’est Karl Marx qui, des décennies avant que cette évolution ne soit aussi clairement visible, nous a donné des indications pour comprendre ce phénomène. Dans sa célèbre adresse inaugurale, il disait notamment : les luttes concernant la politique étrangère font partie de la lutte générale pour l’émancipation du prolétariat, elles font donc partie de la lutte de classe. [4]
Si nous comparons la situation politique mondiale actuelle à l’époque où cette adresse inaugurale fut prononcée, nous pouvons mesurer le changement des temps. Dans les années 1860, le pivot de la situation mondiale était encore constitué par les suites et conséquences du partage de la Pologne entre la Prusse, l’Autriche et la Russie. [5] C’est le frottement mutuel entre les complices de ce pillage qui déterminait la situation mondiale. Aujourd’hui, si l’on demande quel est le centre des événements mondiaux, même un homme politique sérieux serait bien embarrassé. Aujourd’hui, nous avons un tel point en mer du Nord, dans la rivalité entre l’Angleterre et l’Allemagne. En Méditerranée, il existe tout un enchevêtrement d’oppositions et de contradictions. La paix dans les Balkans [6] signifie le démembrement de la Turquie européenne et, en même temps, la garantie certaine de la prochaine guerre pour la Turquie asiatique. Mais les contradictions internationales ne s’arrêtent pas là. Sur le corps du malheureux Perse se livre la lutte entre la Russie et l’Angleterre. [7] En pleine paix, un pays et un peuple sont dépecés. Un peu plus à l’est se trouve le gigantesque foyer révolutionnaire de la Chine. De l’Asie, le chemin mène à travers l’océan Pacifique vers l’Amérique. Là, nous avons connu ces dernières décennies toujours de nouvelles surprises. Depuis que les États-Unis ont mené en 1898 leur première guerre coloniale contre l’Espagne pour les Philippines, les capitalistes américains tournent leurs regards avides vers l’Asie. De là est née l’opposition entre le Japon et les États-Unis et l’Angleterre.
Si nous examinons également les guerres des dix à quinze dernières années, nous voyons comment l’horizon politique s’est progressivement élargi. On peut, grossièrement, faire commencer ce bouleversement avec la guerre sino-japonaise de 1895. Cette guerre montra un pays qui s’éveillait pour la première fois à l’indépendance. En 1898 suivit la guerre entre l’Amérique et l’Espagne, au cours de laquelle les États-Unis combattirent pour la première fois hors de leur territoire. La guerre des Boers de 1899 couronna une série de conquêtes silencieuses que l’Angleterre avait réalisées là-bas. Puis vint l’expédition des « Huns » en Chine, au cours de laquelle Guillaume II donna aux soldats le mot d’ordre : pas de pardon, pas de prisonniers. Les soldats devaient agir comme les Huns, de sorte que, pendant mille ans, aucun Chinois n’ose regarder de travers un Allemand. [8] En 1904 éclata la guerre entre la Russie et le Japon, suivie de la révolution russe, à laquelle se rattachèrent les révolutions en Perse, en Turquie et en partie en Inde. Ces dernières années, nous avons ensuite vu une série d’éclairs et d’orages en Chine. Le conflit entre la France et l’Allemagne au sujet du Maroc a entraîné l’expédition italienne à Tripoli, laquelle a à son tour conduit à la guerre des Balkans. La force motrice de ces guerres est la volonté de se partager les régions encore non atteintes par le capitalisme.
Jusqu’à récemment, il existait au sein de la social-démocratie un moyen très simple de décider de notre attitude face à une guerre. La guerre d’agression était rejetée et condamnée ; en revanche, la social-démocratie devait soutenir la guerre défensive. Le camarade Bebel, qui a dit tant de choses excellentes, mais parfois aussi, comme tout homme, moins excellentes, déclara un jour au Reichstag qu’en cas de guerre défensive, malgré son âge, il prendrait encore le fusil sur l’épaule. [9] Cette directive n’est déjà plus valable, car la distinction entre guerre d’agression et guerre défensive se dissout entre nos mains ou éclate comme une bulle de savon. Dans les guerres de la Révolution française, le gouvernement français déclara la guerre, et pourtant il s’agissait de guerres défensives protégeant l’œuvre de la révolution contre la réaction. La guerre des Balkans est formellement une guerre d’agression contre la Turquie. Mais les dirigeants des nations attaquantes se répandent en déclarations sur la défense des droits nationaux les plus sacrés et de la foi chrétienne contre les Turcs — et ils ont, eux aussi, raison. Nous devons en conclure que, en tant que prolétaires, nous devons nous opposer à toute guerre, qu’elle soit d’agression ou de défense. Nous y reconnaissons une conséquence de l’impérialisme et, de même que nous combattons l’impérialisme dans son ensemble, nous combattons chacune de ses manifestations.
Un expédient dans notre tactique consiste à ce que la social-démocratie allemande se place sur le terrain de la Triple Alliance, c’est-à-dire qu’elle soutienne l’union des diplomaties allemande, autrichienne et italienne. Il est profondément regrettable que, il y a quelques semaines à peine, lors du débat au Reichstag sur le nouveau projet militaire [10], le camarade David ait déclaré publiquement, au nom du groupe parlementaire, que nous, sociaux-démocrates, nous nous plaçons sur le terrain de la Triple Alliance, avec la réserve toutefois que celle-ci devrait être un bon élève et œuvrer pour la paix. [11] Malheureusement, nous ne sommes pas restés seuls : presque le même jour, au Parlement de Vienne, le camarade Renner fit une déclaration similaire pour la social-démocratie autrichienne. Attendre de la Triple Alliance, d’une politique d’alliances capitalistes destinée à préparer la guerre, qu’elle œuvre pour la paix, c’est vouloir cueillir des figues sur un chardon. Il suffit d’examiner les résultats de la Triple Alliance. Sa première conséquence fut de pousser la France vers l’alliance honteuse avec la Russie et de conduire l’Angleterre avec la France et la Russie à cette relation triangulaire. [12] Une autre conséquence de la Triple Alliance est l’énorme armement de l’Allemagne contre la France et la Russie, ainsi que celui de l’Autriche. Où était donc la Triple Alliance lorsqu’il s’agissait de maintenir la paix, lorsqu’une puissance de l’Alliance envahissait Tripoli ou lorsque l’Autriche annexait la Bosnie et l’Herzégovine ? C’est une vérité bien connue que lorsque deux ou trois États capitalistes mettent leurs têtes ensemble, il s’agit toujours de la peau d’un quatrième État capitaliste. Quelle naïveté de croire que cette alliance puisse garantir la paix. Il existe une alliance internationale qui s’est révélée être la seule garantie de la paix : l’alliance de tous les prolétaires révolutionnaires du monde !
Nous devons aussi en finir avec une autre illusion susceptible de semer la confusion : l’illusion du désarmement. Il y a quelques années, le ministre anglais Grey fit un beau discours appelant à un accord sur les armements. [13] À peine cela fut-il entendu chez nous que certains camarades de notre groupe parlementaire dirent : bravo, cet homme parle comme un livre. Ils croyaient que, de cette manière, nous pourrions remonter de la guerre vers la paix. Mais lorsque Grey parlait ainsi, il avait déjà un nouveau projet naval en poche, et au lieu du désarmement vinrent d’énormes réarmements. En Allemagne aussi, ce fut similaire. En commission budgétaire, le ministre de la guerre parla d’un accord avec l’Angleterre. [14] Cela provoqua un grand émoi ! Un ministre de la Guerre allemand qui tenait comme une colombe le rameau d’olivier de la paix dans le bec ; en réalité, ce n’était que le prélude à l’énorme projet militaire. Il faut vraiment fermer les yeux pour ne pas voir que les armements sont une conséquence naturelle de tout le développement économique. Tant que le capital domine, les armements et la guerre ne cesseront pas. Tous les grands et petits États capitalistes sont désormais entraînés dans le tourbillon de la course aux armements. Cela a toujours été le privilège de la social-démocratie que ses efforts ne prennent pas racine dans un pays de cocagne, mais reposent solidement sur le terrain réel. Face à tous les phénomènes politiques, nous avons toujours demandé comment ils s’accordaient avec le développement capitaliste. Comme nous avons ri des politiciens bourgeois de la paix, ces braves gens et mauvais musiciens. C’est une utopie sans espoir d’attendre que, grâce à notre propagande pour le désarmement, les États capitalistes cessent de s’armer. Les armements sont une conséquence fatale du développement capitaliste, et cette voie mène à l’abîme.
Nous poursuivons un objectif tout différent, qui définit clairement notre tâche historique : le système de milice, l’armement du peuple, comme l’exige notre programme. Nous avons le devoir de dire au peuple qu’il doit cesser de faire preuve d’obéissance cadavérique, qu’il doit défendre ses propres intérêts. Certes, l’exigence de la milice est tout autre chose que le désarmement de la classe dominante ; le système de milice ne peut naître que de l’énergie du prolétariat. Nous ne nous faisons pas d’illusions, nous ne croyons pas pouvoir instaurer la milice du jour au lendemain. Une organisation militaire où le peuple en armes décide s’il veut entrer en guerre ou non est incompatible avec la domination des Krupp et des cartels de l’armement. Pour instaurer la milice, il faut renverser les classes dominantes, cela signifie une révolution, un immense travail historique. Mais cela doit-il être un prétexte pour conserver soigneusement notre revendication comme un reliquat familial dans une armoire, pour ne la ressortir que lors d’occasions solennelles ?
Non ! Nous devons revendiquer la milice dans le programme d’action quotidien ; le peuple doit savoir que la réalisation de cette revendication suppose le renversement de la domination des junkers. En France, nous vivons actuellement le proteste tumultueux contre le service de trois ans ; là commence déjà l’opposition à l’obéissance militaire aveugle. L’ouvrier allemand serait-il plus stupide, plus mauvais et plus lâche ? Je crois que ce n’est pas en vain que nous comptons quatre millions de voix social-démocrates et que nous avons derrière nous cinquante ans d’histoire socialiste. Le temps viendra aussi où la classe ouvrière allemande ne se laissera plus commander, où elle se lèvera comme un seul homme et dira : je ne le veux pas, je ne le fais pas ! (Vifs applaudissements)
Une conséquence des délires d’armement est le déclin honteux du parlementarisme. En Allemagne, toute opposition bourgeoise a disparu du Parlement ; il n’y a aucune proposition d’armement qui ne soit approuvée par les fidèles mamelouks du gouvernement. Il suffit que le gouvernement siffle, et les parlements sautent comme des caniches. Nous travaillons aux élections du Reichstag à la sueur de notre front pour envoyer autant de représentants que possible au Reichstag ; mais s’il y a un ouvrier qui pense qu’il suffit de déposer un bulletin de vote, il ne peut que m’inspirer de la pitié. Dans la même mesure où davantage de sociaux-démocrates sont envoyés au Parlement, celui-ci se réduit toujours plus à une feuille de vigne de l’absolutisme. Lorsque l’expédition de Chine [15] fut équipée, les députés étaient chez leur mère ; ensuite, les représentants de la bourgeoisie accordèrent avec une diligence servile l’indemnité pour les dépenses déjà engagées. En Angleterre, où le cérémonial du tour de passe-passe parlementaire est particulièrement développé, la situation est la même ; un journal anglais écrivait que le parlementarisme trois fois sacré est en passe de fermer boutique. Comme en Allemagne et en Angleterre, il en va de même en Autriche et dans d’autres États : le parlementarisme s’enfonce de plus en plus dans le marécage. Que vaudrions-nous, nous social-démocrates, si nous fondions nos espoirs sur le parlementarisme ? Le centre de gravité de la politique social-démocrate doit être déplacé vers les masses ; le Parlement ne reste plus qu’une tribune — certes importante — d’où l’on doit faire œuvre d’éducation socialiste et stimuler les masses. Que la masse puisse agir lorsque c’est nécessaire, nous en avons eu suffisamment de preuves ces derniers temps. On nous dit souvent, les livres de caisse et d’adhérents à la main, que nous n’avons pas encore assez de membres, que les caisses sont encore trop faibles pour mener de grandes actions. Oh, ces petits calculateurs ! Je ne sous-estime pas la valeur des organisations, on ne saurait trop l’estimer, mais il serait profondément erroné de croire qu’il faudrait que le dernier ouvrier et la dernière ouvrière soient membres inscrits du parti avant que la grande marche contre le capitalisme puisse commencer. En Belgique, ce sont 400 000 hommes qui sont restés les bras croisés pendant dix jours pour conquérir des droits politiques, même si je pense qu’on ne les a pas engagés au bon moment. La classe ouvrière belge est pourtant loin d’avoir des organisations aussi solides que l’allemande. L’exemple de la révolution russe a également montré de quoi la masse est capable. En 1906, le prolétariat russe n’avait ni organisations syndicales ni organisations politiques, et quelques années plus tard, dans le feu de la révolution, des organisations prolétariennes solides étaient forgées.
Il est nécessaire que nous ne sous-estimions pas notre force, la force élémentaire de la grande masse, car le danger de sous-estimer nos forces est plus grand que celui de les surestimer. Nous devons dire aux masses prolétariennes que si, après 50 ans de développement, nous comptons des millions dans nos rangs, cela ne nous autorise pas seulement à être fiers, mais nous oblige aussi à agir. Plus nous grandissons, plus nous sommes tenus de jeter tout le poids de notre masse dans la balance. Nous devons éclairer les masses et leur dire : lorsque les capitalistes se partagent le monde, nous sommes les héritiers de ces entreprises périlleuses. Nous devons montrer ce courage, cette détermination et cette absence de scrupules dans la poursuite de nos tâches que les révolutionnaires bourgeois ont manifestés, que Danton a résumés en disant que, dans certaines situations, il ne faut pour mot d’ordre que trois mots : de l’audace, de l’audace et encore de l’audace ! (Applaudissements tempétueux)
Notes
1. En 1904, dans le Sud-Ouest africain, les peuples herero et hottentot s’étaient soulevés contre la domination coloniale de l’impérialisme allemand. L’insurrection, qui avait le caractère d’une guerre de libération, se termina par une défaite lourde de pertes pour ces peuples, après que les troupes coloniales allemandes eurent agi pendant trois ans avec une extrême cruauté contre eux.
2. D’octobre 1912 à mai 1913, la Bulgarie, la Serbie, la Grèce et le Monténégro firent la guerre à l’Empire ottoman, qui se termina par une défaite de la Turquie. Cette guerre était, dans sa tendance principale, une guerre nationale contre la domination étrangère turque dans les Balkans. En raison de l’ingérence des grandes puissances impérialistes, elle mit en danger la paix en Europe.
3. Avec la victoire du parti conservateur aux élections de la Chambre des communes au Canada en septembre 1911, une domination de quinze ans de la majorité libérale prit fin.
4. Voir Karl Marx, Adresse inaugurale de l’Association internationale des travailleurs, dans Karl Marx et Friedrich Engels, Œuvres, t. 16, Berlin 1971, p. 13.
5. À la suite des partages de la Pologne en 1772, 1793 et 1795, les territoires occidentaux furent annexés par la Prusse, la Galicie par l’Autriche et les territoires orientaux par la Russie. En 1815, le Congrès de Vienne créa le royaume de Pologne (Pologne du Congrès), lié à la Russie par une union personnelle.
6. Dans le traité de paix de Londres, conclu le 30 mai entre les États balkaniques et la Turquie, celle-ci dut céder presque tous ses territoires de la péninsule balkanique aux États balkaniques.
7. Sous l’influence de la révolution en Russie de 1905 à 1907, un mouvement de masse bourgeois-démocratique se développa en Perse, conduisant à la limitation de l’absolutisme et à l’introduction d’un régime constitutionnel. Avec le soutien actif de la Grande-Bretagne et de la Russie tsariste, qui réprimèrent par la force armée les forces révolutionnaires dans le sud et le nord de la Perse, les forces réactionnaires réussirent à écraser la révolution à la fin de 1911.
8. Le 27 juillet 1900, Guillaume II avait, à Bremerhaven, adressé aux troupes de l’expédition de Chine un discours chauviniste d’incitation, devenu tristement célèbre sous le nom de « discours des Huns », les appelant à une extrême brutalité envers les combattants chinois de la liberté.
9. Le 7 mars 1904, August Bebel s’était exprimé au Reichstag sur l’attitude de la social-démocratie en cas de guerre d’agression de puissances étrangères contre l’Allemagne. Il partait alors de la constatation, souvent soulignée par Karl Marx et Friedrich Engels ainsi que par lui-même, et juste pour le XIXe siècle, qu’une guerre nationale de défense contre le tsarisme et ses alliés pouvait être possible et nécessaire dans l’intérêt du développement du mouvement ouvrier. Bebel n’avait pas vu que cette conception était dépassée du fait du changement du rapport de forces national et international à l’époque de l’impérialisme.
10. Fin 1913, un projet de loi militaire et financier fut présenté au Reichstag, prévoyant le plus grand renforcement de l’armée depuis la création de l’Empire allemand. Une partie des moyens financiers supplémentaires devait être obtenue par une contribution militaire exceptionnelle et par l’imposition de tous les patrimoines supérieurs à 10 000 marks, le reste étant reporté sur les épaules de la population laborieuse. Le groupe social-démocrate rejeta le projet, mais vota en faveur d’un prélèvement exceptionnel sur le patrimoine (la « contribution militaire ») et d’un impôt sur l’accroissement de fortune pour financer le projet militaire. Le vote avait été précédé de vives discussions internes, qui se terminèrent par la suppression de la résistance de 37 députés par les révisionnistes abusant de la discipline du groupe. Cette approbation signifiait l’abandon du principe « pas un homme ni un sou pour ce système ! ».
11. Cette déclaration avait déjà été faite le 3 décembre 1912 par l’opportuniste Eduard David au nom du groupe social-démocrate. Il soutenait la politique étrangère impérialiste et déclarait la social-démocratie allemande comme un soutien de la Triple Alliance, pour autant qu’elle fût une « alliance défensive ».
12. Après que la France et la Russie, ainsi que la Grande-Bretagne et la France, eurent déjà formé des alliances, la Grande-Bretagne et la Russie s’entendirent en août 1907 sur la délimitation de leurs sphères d’influence. Ainsi naquit la Triple-Entente comme bloc de puissance impérialiste.
13. Le 13 mars 1911, le ministre des Affaires étrangères Sir Edward Grey, à l’occasion de la présentation du nouveau budget naval à la Chambre des communes britannique, parla des possibilités de limitation des armements, notamment d’un traité avec l’Allemagne, les dépenses d’armement constituant selon lui une « hémorragie en temps de paix ». Le budget naval fut adopté et entraîna une augmentation de quatre millions de livres sterling par rapport à l’année précédente.
14. Ce n’était pas le ministre de la Guerre, mais le secrétaire d’État à l’Office impérial de la Marine, Alfred von Tirpitz, qui, le 6 février 1913, dans la commission budgétaire du Reichstag, déclara qu’il accueillerait favorablement un accord avec la Grande-Bretagne et que des négociations seraient possibles dès que celle-ci le souhaiterait et ferait des propositions.
15. En 1900, les impérialistes allemands prirent pour prétexte l’assassinat du représentant allemand à Pékin lors de l’insurrection des Ihétuans pour envoyer un corps expéditionnaire en Chine afin d’assurer leur expansion en Asie de l’Est. Avec les troupes d’autres puissances impérialistes, ils réprimèrent brutalement le mouvement de libération chinois.
16. Le 14 avril 1913 débuta en Belgique une grève politique de masse pour le suffrage universel, soigneusement préparée depuis juin 1912 dans tout le pays par un comité spécial sur les plans organisationnel, financier et idéologique. Environ 450 000 travailleurs y participèrent. Le 24 avril 1913, le congrès du parti ouvrier belge décida d’y mettre fin après que le Parlement belge eut décidé d’examiner la réforme électorale en commission.
Rosa Luxemburg
On peut lire aussi : en allemand, une brochure sur Internet : https://www.die-linke-in-leipzig.de/fileadmin/lcmssvleipzig/user/upload/Weltpolitische_Lage.pdf
L’analyse
disparaît au profit d’une assignation morale : l’OTAN est
considérée comme structurellement coupable, et les
BRICS légitimes. Ce schéma interdit toute pensée dialectique. Il
devient impossible de penser ensemble que l’OTAN est un appareil
impérialiste et que ses adversaires sont eux-mêmes des puissances
capitalistes concurrentes. Cette double vérité doit être refoulée
pour que la fiction morale du monde reste intacte. C’est
précisément ce refoulement qui permet au campisme de maintenir la
cohérence de son récit. La guerre n’est plus comprise comme un
affrontement entre bourgeoisies. Elle est transformée en récit
moral. L’OTAN administre la violence au nom de la «démocratie».
Les
BRICS au nom de la «souveraineté». Dans les deux cas :
militarisation, exploitation, répression, gestion politique de la
mort. Le campisme ne combat pas ces appareils. Il choisit celui qu’il
légitime. Le campisme interdit certaines analyses au nom de «
l’anti-impérialisme », qui se confond bien souvent avec un
anti-américanisme primaire. Dire que la Chine est une puissance
capitaliste devient suspect. Rappeler la répression sanglante en
Iran devient « occidentaliste ». Parler des travailleurs exploités
devient secondaire.