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dimanche 13 septembre 2026

LE CAPITAL FICTIF SE DEVELOPPE VERS L'IMPASSE DE LA DETTE PERPETUELLE

 Suite au débat Manuel Bompard face à Thierry Breton sur LCI le 8 septembre 2026, une polarisation entre ceux qui dans le cadre du capitalisme pensent qu'il faut euthanasier la dette ( LFI....) et ceux qui pensent qu'il faut poursuivre les politiques de rigueur et d' austérité ( la liquidation complète de l' état providence) . Comme nous avons essayé de le démontrer dans notre article de 2021 et bien d' autres, les limites du capitalisme son atteintes, puisque celui-ci comme l' avait prévu Marx se retrouve face à lui même.



En ce début 2021, il me paraît nécessaire de faire le point sur les dernières évolutions de ce que l' on appelle la finance mondiale et le capital fictif .

Si l'année 2020 fut touchée marquée par la pandémie mondiale du coronavirus, elle fut aussi atteinte par la maladie virale de l'endettement à perpétuité et par la découverte d' un vaccin (la MMT) pour la guérir selon l'usage voulant qu'il faut soigner le mal par le mal.

Et bien nous y voilà, la solution moderne nous est encore une fois venue d' Amérique sous le nom de Théorie monétaire moderne (MMT) de Stéphanie Kelton,

 Tous les pays de l' OCDE l'ont finalement adopté. Les partisans de la MMT pensent que la monnaie est un monopole public dont ils peuvent user à leur guise « sans limite ». Cette idée n' est pas nouvelle comme le souligne Nick Beams dans son article (La théorie monétaire moderne (MMT) et la crise du capitalisme )

« En 1924, l'économiste allemand Georg Friedrich Knapp a avancé une nouvelle théorie de la monnaie. Il soutenait que l'argent ne provenait pas de la production de marchandises et n'avait pas de valeur intrinsèque. C'était un jeton créé par les gouvernements comme moyen de paiement pour les obligations fiscales qu'ils imposaient. Cette théorie, connue sous le nom de chartalisme1 (dérivé du mot latin charta, qui signifie "jeton"), est à la base du MMT. » (Nick Beams)

 Nous avons vu dans nos précédents articles comment la BCE a fait voler en éclats les traités de Maastricht et de Lisbonne, comment en Allemagne une fraction du capitalisme allemand a cherché à résister, en vain. Tout cela pour finir par nous chanter les louanges du MMT et de sa dette perpétuelle non remboursable.


P.Artus dans un interview Oui, la dette explose mais elle n'aura pas à être remboursée ! nous explique de long en large pourquoi la dette n' est pas forcément remboursable. Dans le même sillage le groupe Mélenchon résolution nº 2914 efface la dette d'un coup de baguette magique.


  « La solution que nous proposons est pragmatique. D’abord la transformation de la dette actuelle des États par la banque centrale européenne en dette perpétuelle à taux nul. Aujourd’hui, 18 % de la dette publique française est stockée à la banque centrale. Sa transformation en dette perpétuelle permettrait d’effacer pour notre pays le coût de la crise sanitaire. Cela peut se faire immédiatement. La Banque centrale européenne pourra ensuite augmenter sa politique de rachat des dettes publiques sur le marché secondaire pour les geler petit à petit. Cette opération ne nécessite pas de changer les traités européens. » (...)« Monétiser la dette par la banque centrale est la solution la plus raisonnable, la seule sérieusement envisageable. Elle est plus pertinente que jamais. Sinon quoi ? Va t on pendant les cent prochaines années n’avoir d’autre projet de société que de payer une dette contractée pour payer les dégâts de l’ère productiviste à l’heure où il faut investir pour sortir de cette façon de produire et d’échanger. » ( extraits de la résolution nº 2914)


 Il ne fait pas de doute que pour le capital financier « Monétiser la dette par la banque centrale est la solution la plus raisonnable, la seule sérieusement envisageable. » Ceci dénote que le capital fictif fait ici figure de « dernier métro » pour la finance mondiale en détresse. Avec le dit « Grand Reset » ils vont essayer une sortie de crise. Pour éponger les dettes ( les bonnes2 comme les mauvaises) le capital financier va d' abord consolider son assise mondiale par le truchement des banques centrales, qui maintenant font figure de dernier recours pour capter la monnaie mondiale et superviser le crédit. Ce n' est certes pas un hasard si la BCE, puis la Banque des banques centrales La BRI envisagent de passer à la monnaie numérique de détail.

Ce grand requiem de la finance mondiale n' est que l' aboutissement d'une longue agonie,dont les fondements proviennent de ce que la composition organique du capital ,est suffisamment élevée pour que toute innovation technologique qui vise l' extraction de plus value relative tend à dévaloriser-transférer en fictivité-davantage de capital fixe qu'elle produit de plus value apte à être transformée en profit, intérêt et rente foncière.


 Autrement dit la machinerie (Robotique et NTCI) permet une augmentation de la productivité, cette productivité produit de la plus-value relative tout en provoquant une dévalorisation des forces de travail à l' échelle mondiale. Comme la plus-value provient de l' exploitation du travail humain, plus la machinerie exclu ce travail humain source d' enrichissement du capital , plus ce dernier se retrouve face à lui même en sciant la branche sur laquelle il est assis. Il est alors contraint de procéder à un « enrichissement fictif » par la dette et l' expansion du capital fictif afin d' empêcher la dévalorisation du capital.

La dette devra être remboursée

Tout le monde connaît l' expression « Qui paye ses dettes s'enrichit" mais à l'ére du capital fictif le retournement dialectique la transforme en son contraire « qui fait de la dette s'enrichit »

Tout d' abord réaffirmons que malgré les discours, les gouvernements ne vont pas exonérer les citoyens du remboursement de « la dette » dite souveraine1 et s' il le faut ils piocheront dans l' épargne des citoyens A la question, faudra-t-il rembourser la dette ? Voici ce que répond Agnès Bénassy-Quéré chef économiste de la DG du trésor.

« Mais au fait, faudra-t-il rembourser la dette ? La réponse juridique et financière est oui : une dette est un contrat qui doit être honoré. L’Etat ayant la capacité de lever l’impôt, les marchés financiers lui font en général confiance pour honorer ses engagements. En retour, l’État s’appuie sur les marchés pour rembourser ses anciennes dettes en émettant de nouvelles dettes. Les États n’aiment pas faire défaut pour au moins trois raisons. Premièrement, cela rend plus difficile le financement de leurs déficits résiduels. Deuxièmement, les difficultés de financement d’un État en défaut contaminent immédiatement le financement des entreprises. Troisièmement, un défaut fait perdre de l’argent aux épargnants du pays. »Dette publique : qui va payer ?

Pour le moment, les mesures visant à faire payer la dette souveraine apparaissent comme très favorables aux emprunteurs notamment les entreprises, les gouvernements, les particuliers pour l' achat d'immobilier (intérêts plus bas et sur des durées plus longues).

Mais ces mesures nous les connaissons biens depuis la crise financière de 2008 visant à sauver le noyer en lui faisant boire de l' eau, c'est-à-dire du capital fictif à gogo en espérant qu'il sera au final valorisé dans le temps.

 

Qui fait de la dette s'enrichit.

Les partisans de la MMT développent cette idée et trouve un répondant auprès de la « gauche de la dévalorisation » comme le parti de gauche de Mélenchon et autres. Comment est il possible de s'enrichir de la dette ? C' est ce que font les banques quand elles octroient un prêt immobilier dont il faut rembourser les intérêts en premier et ensuite le principal. A une échelle supérieure celles des États c'est le même processus l' État emprunte à la banque centrale « de la monnaie banque centrale » qu'il devra rembourser comme pour un achat immobilier sauf que les États sont aussi actionnaires des banques centrales et de ce fait vont toucher des intérêts en tant qu' actionnaires. Ce petit jeu d' équilibriste peut effectivement fonctionner un temps. Par exemple quand la Banque de France (BdF) achète des titres de la dette publique, les intérêts perçus sur ces titres vont se partager entre la BdF et la BCE comme l' indique ci dessous la BdF elle même.

 « Pour le programme PSPP, 90% des titres sont achetés par les banques centrales nationales (dont la Banque de France) et 10% par la BCE directement. Les achats par les banques centrales nationales de titres publics de leur juridiction sont en risque propre et en revenus non partagés à hauteur de 80% des encours de détention PSPP. Les trois autres programmes d’achat sur titres (SMP, ABSPP, CBPP3) sont par construction en risques partagés. Les intérêts perçus par la BCE contribuent à son résultat, qui est reversé via le dividende aux banques centrales nationales actionnaires et membres de l’Eurosystème selon une clef de répartition dite clef Eurosystème, différente de la clef de capital car recalculée pour les seuls pays membres de la zone euro. Les banques centrales actionnaires de la BCE mais non membres de l’euro ne perçoivent pas de dividende. » (Quand la Banque de France achète des titres de la dette publique française, les intérêts perçus sur ces titres de dettes vont – ils à la Banque de France ou à la BCE ?)


 Il résulte in fine que le Trésor actionnaire à 100% de la BdF, va percevoir un dividende de la part de la BdF, qui comme nous venons de le voir perçoit un dividende de la BCE dont elle est actionnaire Le Trésor récupère ainsi une partie des profits de la BdF et de la BCE. Voilà comment la dette publique devient un enrichissement sans cause.

Il y a aussi l' exemple des 137 milliards de dette tombant du ciel mis sur le dos de la sécu afin de faire perdurer via la CADES la ponction CSG/CRDS sur les salariés, chômeurs, retraités, voir notre article. G.Bad- L' Etat et la Cades gèrent la dette sociale, les salariés , retraités, chômeurs banquent.

Voilà comment la dette publique est devenue un produit financier des plus sûr, classé trois AAA .

La régulation supra-étatique où la stratégie du funambule.

 Alors que les États-Unis première puissance mondiale s'étaient s'octroyer suite aux accords de Bretton Woods le privilège de détenir la monnaie universelle le dollar ; il se trouve que celui-ci entre en déclin relatif. Nous disons relatif dans le sens ou d'autres puissances émergent comme la Chine, s'invitant au banquet mondial des grandes puissances décisionnelles du sort du monde ( les différents G). L' éternelle remise en cause du dollar comme monnaie de réserve est de nouveau au centre des contradictions de ce monde dominé par le capital fictif. Ce que certains appellent le « déclin de l' occident » dont ils attribuent le commencement avec les chocs pétrolier, déplacement de richesses vers les pays non occidentaux et délocalisations. Le déplacement de zone d' accumulation du capital n' est pas nouveau et il indique seulement que certains états entrent en crises quand d' autres prospèrent, cette évolution est matérialisée par l' évolution des « G » Le G6, émerge en 1975, puis devient le G7 avec l' entré du Canada en 1976 et le G8 en 1997 avec la Russie. L'objet des différents « G » est de vouloir réguler l' ensemble des mouvements des monnaies qui commençaient à échappé au contrôle des Etats.

Crise, la fin des rafistolages: dévalorisation financière, crise monétaire et banqueroute des Etats

La guerre des monnaies: conversion du système de crédit en système monétaire.

De là la mise en place de superviseurs2 et des banques centrales de plusieurs pays, au sein du comité de Bâle3. Désormais tous les pays du G20 en sont membres, ses recommandations,sont de facto mises en œuvre par la plupart des banques significatives avant même leur transformation en règles étatiques les fameuxBâle I, Bâle II, Bâle III, FRTB

 A la fin du XXe siècle, des formes de régulation supra-étatiques émergent sur la base des risques souverains4 et des crises dites régionales ( Amérique latine, Asie, Russie) La création de valeur financière devient le critère de jugement prévalant sur la performance d’entreprise, et c’est au nom de cette valeur que des financiers achètent et démantèleront RJR Nabisco à la fin des années 1980, ce qui leur vaut d’être surnommés « les barbares » par le Wall Street Journal.

Au tournant du XXIe siècle, d’autres barbares sont emportés par la déconfiture de grandes entreprises qu’ils avaient portées au pinacle de la Bourse : Enron et WorldCom. On croit alors réguler pour éviter à jamais ce type de crise, c’est ce que fit le président Bush en signant la loi Sarbanes-Oxley. Six ans plus tard, en 2008, le monde connaissait la crise financière la plus violente et la plus globale depuis la crise de 1929. Depuis cette crise,le risque souverain a gagné les pays de l' UE à tel point que l' euro lui même fut menacé dans son existence même et qu'il fut nécessaire pour le sauver de pratiquer en grand la politique dite « non conventionnelle » du « quantitative easing » (QE) ou « assouplissement quantitatif »  c' est à dire l'injection massive de liquidités dans le système financier.

Bien avant la « crise covid 19) le risque souverain planait au-dessus des pays de l'OCDE et la pandémie est arrivée comme la fée clochette pour balayer les dernières résistances visant à ouvrir la boite de pandore de la création monétaire illimitée.

Le confinement des populations a conduit à une chute très importante de la production et on attend un recul du Produit Intérieur Brut (PIB) de 7 % en 2020 pour l’ensemble de l’OCDE. Endettement qui ne fait augmenter l’exposition des banques aux risques souverains. Ce risque nous auront l'occasion de le constater prochainement, va s’amplifier, continuant à enfler les bilans des banques et banques centrales. La récession va accroître le risque souverain, et il ne faut pas compter sur le fil d' Ariane de la « révolution verte » pour une relance. La récession déjà présente avant la crise va se poursuivre avec les affres d'une paupérisation de la classe moyenne venant s' ajouter à celle des travailleurs pauvres. Une situation mondialement explosive nassé préventivement par des couvre feu et État d'urgence sanitaire le tout accompagné de lois liberticides.

 G.Bad 15 janvier 2021

 NOTES

1Voir-Le néo-chartalisme ou Théorie Monétaire Moderne (MMT)

2 Si la nomination au Trésor, de Janet Yellen,est confirmée par le Sénat, cette ancienne présidente de la Fed, partisante de «  la théorie monétaire moderne » ne va pas lésiner sur les dépenses publiques.

 3-En pratique, les principales mesures prises par la BCE, comprennent le nouveau programme temporaire d’achats d’actifs privés et publics (Pandemic Emergency Purchase Programme, ou PEPP), d’un montant de 750 milliards d’euros, qui s’ajoute aux programmes déjà en place pour un total d’achats de plus de 1000 milliards d’euros pour l’année 2020 ; ii) les financements massifs accordés aux banques de la zone euro pour maintenir les crédits à l’économie (Targeted Longer-Term Refinancing Operations, or TLTRO III).

4 Ne pas confondre le régulateur chargé d’édicter les règles, souvent les États (ou, en Europe, la Commission européenne), et le superviseur chargé de les faire appliquer et de surveiller le secteur financier.

5-Le Comité de Bâle ou Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (en anglais Basel Committee on Banking Supervision, BCBS) est un forum où sont traités de manière régulière (quatre fois par an) les sujets relatifs à la supervision bancaire. Il est hébergé par la Banque des règlements internationaux à Bâle.Cette institution fut créée en 1974 1 par les gouverneurs des banques centrales du « groupe des Dix » (G10). C'est la liquidation d'une société allemande (Herstatt), qui a précipité la création du Comité, cette faillite pouvant avoir un effet domino sur d' autres banques. Le Comité se compose de représentants des banques centrales et des autorités prudentielles des pays suivants : Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, États-Unis, France, Italie, Japon, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède et Suisse. Au cours de la session des 10 et 11 mars 2009, il fut décidé de l'élargir à l'Australie, au Brésil, à la Chine, à la Corée, à l'Inde, au Mexique et à la Russie2. Le 10 juin 2009, il a, en outre, été ouvert à Hong Kong et à Singapour, ainsi qu'à d'autres membres du G20 : Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Indonésie et Turquie.

6-Définition : le risque souverain correspond au risque attaché à l'état et aux administrations publiques d'un pays donné et à sa capacité à rembourser ses crédits et à pouvoir faire face à ses engagements.


vendredi 19 décembre 2025

G.Bad-Les restructurations des secteurs financiers depuis les années 1980.

 


Echanges N° 111

samedi 17 décembre 2005

Avant propos.
Le texte que nous vous présentons, est en quelque sorte une suite à la brochure « La sphère de circulation du capital » parue en octobre 2000 sous un autre angle, celui de la déréglementation du secteur financier. Il faut considérer que le mouvement de déréglementation du secteur financier s’est engagé dans les années 1980 et se présentait comme une réponse positive aux réglementations issues de la crise de 1929, notamment la loi Glass Steagall de 1933 aux Etats-Unis. Ce que communément nous appelons le keynésianisme et sa société mixte, devaient être mis à mort. Le retournement monétariste de 1979, fut dans les grandes lignes la conséquence d’un manque de rentabilité du Capital à l’échelle internationale, l’heure était donc venue « d’assassiner Keynes » comme partisan du socialisme d’Etat. On allait donc « libéraliser » c’est-à-dire trouver les moyens de sortir le capitalisme mondial de sa « crise de rentabilité ». Ainsi de 1982 à 1986 on pouvait dresser un premier bilan de la première vague de « libéralisation » :
Les performances de la « sphère financière » étaient spectaculaires, elle progressaient de 130% (indice mondial des marchés financiers) soit une croissance dix fois supérieure à l’économie réelle des pays industrialisés (OCDE). Ce découplage entre l’économie réelle et la sphère financière allait ouvrir le bal des dévalorisations internationales par le Krach boursier d’ octobre 1987. Après une première circonvolution le capitalisme mondial « déguisé pour la bonne cause en libéralisme » se retrouvait à la case départ, avec comme horizon des dévalorisations financières en chaîne.
Le constat était sans appel, dans les principaux pays capitalistes, le système bancaire a été au cours de ses vingt dernières années considérablement ébranlé. Du Big Bang anglais aux privatisations françaises, en passant par la crise bancaire japonaise, et les dévalorisations financières internationales, le monde de la finance va colmater les breches.

La quasi faillite de l’Argentine et les affaires américaine de ENRON à WorldCom et italienne du laitier Parmalat. Le monde de la finance est de plus en plus contraint à des restructurations pour éponger les créances dites douteuses, mais qui ne sont en fait que des anticipations de profits et de spéculation impossibles à réaliser.

Les prétentions des représentants du capitalisme mondial de mettre de l’ordre au niveau de l’ensemble des règles (jugées contreproductives) qui entravent le fonctionnement « spontané » des marchés, censés assurer grâce à la concurrence « enfin retrouvée » les meilleurs rendements vont provoquées un décloisonnement en chaîne de la sphère financière à l’échelle mondiale.
C’est ainsi que, des banques aux assurances, des caisses d’épargne à La Poste, tous devaient y passer. « Ils n’en mourraient pas tous comme disait Jean de La Fontaine, mais tous étaient atteints » (La Peste). Dès lors une concurrence très rude allait s’engager entre les places financières les plus importantes pour le contrôle des parts de marché, seul moyen de rentabiliser les investissements informatiques et de télécommunication très lourds mis en œuvre.

Le démantèlement, par fusion/acquisition des circuits de financement privilégiés devait entrer en action. Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en France on assistera à la banalisation croissante des Mutual savins banks, des Building sociéties et des caisses d’Epargne. Les distinctions, entre banques commerciales et banques d’investissements sont gommées : remise en cause du Glass Steagall Act de 1933 aux Etats-Unis, de même en Allemagne, au Royaume-Uni et en France avec la loi bancaire de 1984. Puis effacement des « frontières » entre établissements de crédit et maisons de titres (réforme de la bourse de Londres et de Paris).

Nous pouvons, au regard de ce qui se passe actuellement dans le secteur financier français (Banques, assurances et maintenant la Poste) considérer que depuis 1945 le secteur financier était resté relativement à l’écart des grandes restructurations économiques qui touchaient la classe ouvrière. Cela tenait en partie au fait que ce secteur était sous le contrôle de l’Etat, et que tout changement dans ce domaine ne pouvait être initié que par l’Etat. C’est ce qui va se passer, quand la question de l’intégration de la finance française dans l’UE va se poser (mise en place de l’euro en janvier 1999). Il faut se souvenir, qu’en 1985, l’UE avait entrepris de libérer les échanges des Services bancaires et financiers, toutes restrictions aux mouvements de capitaux devaient être abolies ; La ratification, du traité de Maastricht par certains Etats européens allait jouer un rôle d’accélérateur dans l’intégration des marchés bancaires et financiers.

La loi bancaire de 1984, va donner un premier coup de pied dans la fourmilière du secteur public.

En un bref laps de temps (1984-2000) le nombre total des établissements de crédit va chuter de moitié. L’Etat qui était le « propriétaire » des grandes banques va organiser son propre désengagement, pour ouvrir (conformément au traité européen) la voie aux privatisations, c’est-à-dire à la concentration du capital financier au niveau continental et international. La concentration étatique ou nationalisation, n’ayant plus lieu d’être dans le cadre de l’UE.

1-Les restructurations dans les banques et les assurances depuis les années 80

a- Les conséquences de la loi bancaire de 1984.

Depuis la loi bancaire de 1984, un tournant radical s’est opéré, visant à une concentration accrue du capital financier. Pour la première fois dans l’histoire de la vie bancaire, un cadre unique était mis en place pour l’ensemble du secteur prévoyant toute une série de réformes qui allaient déstructurer et restructurer tout le secteur financier.

Depuis 1945, l’Etat français contrôlait les trois plus importants groupes bancaires du pays, la BNP, le Crédit lyonnais et la Société générale. Après l’arrivée de la gauche (PC- PS) au pouvoir, 36 autres établissements bancaires seront nationalisés (1982).

Il en résultera que l’Etat devenait détenteur de 117 banques et quelques sociétés financières. Un tel contrôle du système bancaire par l’Etat va engendrer tous les tripatouillages fiscaux et financiers. Les hommes d’Etat favorisant certains établissements fiscalement et financièrement. Jusqu’au scandale du Crédit lyonnais caractérisé comme le premier échec de la « banque universelle ». La loi bancaire de 1984, se présentera comme voulant mettre un terme à la « dérive bancaire » et donc mettre un terme à tous les statuts juridiques particuliers (environ 30) et ainsi faciliter les futurs regroupements financiers en liquidant les petites féodalités bancaires. Le couperet va vite tomber, entre 1986 et 1999 la quasi-totalité des banques nationalisées seront privatisées en trois phases successives :

1°) Entre 1986 et 1988, six opérations vont toucher, les Compagnies Financières de Paribas et de Suez, la Société générale, le CCF, la BIMP et la Cie BTP soit au total 73 banques.

2°) En 1993, après 5 ans et la période de ni nationalisation, ni privatisation, 19 banques sont privatisées (la BNP et ses filiales), la BFCE et le Crédit local de France en 1995.

3°) L’année 1997, sera celle des dernières privatisations (le CIC et la Société marseillaises de crédit, puis en 1999, le Crédit lyonnais et la Banque Hervet en 2001. Seules la Caisse des dépôts et consignations et ses filiales restent dans le giron de l’Etat.

Une fois, les privatisations terminées, l’ère des fusions/acquisitions via la taille critique était ouverte. Pour justifier cette seconde mutation du secteur bancaire l’AFB ( patronat de la banque) va mettre en avant la récession des années 1992-1994, qui a entraîné une importante dépréciation de créances ( des petites et moyennes entreprises et des prêts à la promotion immobilière). Les premières opérations vont toucher les banques mutualistes et les caisses d’épargne, à la recherche de la fameuses taille critique qui taille régulièrement dans les effectifs.

Pour donner quelques exemples : le regroupement des caisses d’Epargne et de Prévoyance et de la Caisse nationale d’épargne spécialisées dans les prêts au logement et aux collectivités locales, va provoquer la mise en place d’un programme de réduction d’effectif. Au nombre de 468 en 1984, ce nombre chutera par étapes successives à 186 en 1990, puis à 35 en 1993. Le Crédit agricole, qui comptait encore en 1987, 95 caisses régionales, par fusions répétées termine à 54 caisses en 1999 et que dire des dégâts qui se préparent avec la fusion Crédit lyonnais Crédit agricole.

Le Crédit populaire, passe de 42 banques populaires en 1984 à 32 en 1992. La société anonyme de crédit immobilier (SACI), se rationalise et fait chuter son effectif de 171 en 1984 à 109 en 1999.

Le bilan est le suivant : Le nombre total des établissements affiliés à des réseaux, qui s’élevait en 1984 a 1127 a été ramené en 1999 à 297. Respectivement 661 banques mutualistes et 466 sociétés financières en 1984, et 155 banques et 142 sociétés financières affiliées en 1999. .Actuellement six banques françaises se partagent 90% des dépôts.

Dans le même temps aux Etats-Unis, sept des plus grosses fusions/acquisitions de l’année 1996 vont concerner le « monde de la finance ». Il est intéressant de noter qu’aux USA, la réforme du système financier par modification du Glass Steagall Act de 1928, vise à abolir les frontières entre l’activité bancaire, l’activité de gestion de titres et l’activité d’assurances. Il y a donc bien une restructuration globale du système financier international, qui se traduit pour les salariés par des suppressions d’emplois, la flexibilité, les délocalisations...

b- Les restructurations de l’assurance.

Dans les assurances le scénario est sensiblement le même. Pour concentrer le capital, il faut changer les statuts juridiques des entreprises. Aussi les 4 types de statuts vont être modifiés pour préparer les grandes restructurations et concentrations.

Entre 1994 et 1998, les nationalisées sont les premières, après leur privatisation à entrer en bourse. C’est l’état qui en fut l’initiateur, comme en 1968 quand’il concentra en quatre groupes les 34 nationalisées. Ainsi l’UAP (Union des Assurances de Paris) regroupera, dix entités de l’Union, l’Urbaine et la Séquanaise.
Les AGF (Assurances Générales de France) assimilent les AG et le Phénix, les autres donnent naissance à la MGF et au GAN.
Après le secteur nationalisé, se sont les mutuelles qui seront contraintes de changer de statuts . Certaines comme Azur et GMF vont complexifier leurs composantes juridiques pour y inclure des sociétés anonymes. Groupama, lui aussi va quitté son habit mutualiste pour endosser des formes juridiques de sociétés anonymes et d’assurances.
A cette époque, la bourgeoisie française pensait pouvoir avec un système d’économie mixte de plus en plus étatique se maintenir comme puissance mondiale. L’échec du programme commun de la gauche (PC-PS) de nationalisation, allait démontrer que la bourgeoisie française n’envisageait plus son avenir dans son cadre national, mais dans le cadre européen. En 1983 un coup d’arrêt est mis à la perspective du « tout Etat », et dès 1986 les privatisations sont à l’ordre du jour. Pour des raisons qui restent à élucider, la dénationalisation des « 3 vieilles nationales » UAP, AGF, GAN ne s’effectuera qu’entre 1994/1998. On peut penser qu’il était nécessaire, de dénoncer les Conventions collectives avant de procéder aux privatisations. Ce qui prendra quelques années.

Si en 1993, dix premières compagnies françaises dominaient le marché, avec une banque . 1994, les premiers coups de boutoir de la mondialisation lézardaient le système. La Grande-Bretagne fait une percée en France avec une OPA sur le groupe Victoire, qui donne naissance à Commercial Union et le groupe italien Générali, émerge à la dixième place ; il absorbera par la suite : la Zurich, le Continent et sera de la partie pour un concubinage à trois avec AZUR-GMF, MMA-MAAF en août 2004..

La bancassurance commence à tailler des croupières aux assureurs classiques.

En 1997, un premier bilan, montre que la Bancassurance et les assureurs étrangers passent de 25% à 51% du chiffre d’affaires des 10 premiers groupements d’assurances. Sont sur le podium, les banques CNP, BNP,et Crédit agricole (40% du chiffre d’affaires), et l’italien Générali et l’anglais Commercial-Union (11% du CA).
La part de marché des 10 premiers de l’assurance monte en pression ; avec 63 % (1997) de part de marché les leaders vont accélérer leur mouvement de concentration par rachat, absorption ou filialisation de compagnies plus petites.
En 2003, les concentrations se sont accrues. Les sociétés de l’UE pouvant désormais opérer en libre prestation de service (LPS) les assurances étrangères pénètrent en France. Même la « distribution » c’est-à-dire les grandes surfaces se mettent à l’assurance : (Banque Accord (groupe Auchan), S2P/Cama (Carrefour), Cofinoga (groupe galerie Lafayette), Finaref (groupe PPR).

Fin 2003, le bilan est le suivant : le groupe AXA reste en tête et prend une distance importante vis à vis des autres. La CNP (Caisse Nationale de Prévoyance) reste à la seconde place, les AGF doublent Groupama, le crédit agricole conserve sa cinquième place, Générali la 6éme, BNP la 7éme. Mais Commercial Union, Mutuelle du Mans et société Suisse ne figurent plus sur le tableau des dix premières. C’est Sogecap ( groupe société générale) qui prend la 8ème place, ACM (Assurance du Crédit Mutuel) qui prend la 9ème et UAF (Union des Assurances Fédérales liée au Crédit Lyonnais) qui est à la 10 ème place.

En dix ans le paysage de l’assurance c’est considérablement modifié. Ce n’est plus 9 compagnies traditionnelles et une banque qui sont sur le podium, mais, 6 banques, 2 compagnies étrangères ( Generali italienne) et AGF ( sous la coupe de l’Allianz allemande), et 2 françaises AXA et Groupama.

Si on dénombre actuellement 486 sociétés d’assurances, ce chiffre ne traduit pas la réalité puisque un même groupe, peut avoir plusieurs entités juridiques comptabilisées comme sociétés. Il faut considérer qu’en 2003, les 5 premières représentaient 42% du marché français et les 10 premières 62%.

2-Les grandes concentrations bancaires en Europe.

Toute la zone euro procède à des fusions acquisitions. Il n’est donc pas surprenant qu’une fusion ou qu’une acquisition stratégique soit annoncée presque quotidiennement dans le monde des banques européennes.

Les décisions prises au niveau de l’UE notamment à Maastricht et Amsterdam poussent aux concentrations bancaires. En effet le mouvement de déréglementation, de désintermédiation et d’innovations technologiques érodent les distinctions traditionnelles entre intermédiaires financiers. Des professions non bancaires telles que les compagnies d’assurances, les courtiers, en ligne, le grand commerce de détail, la Poste peuvent vendre des produits bancaires, comme la banque des produits d’assurances.

Les mêmes forces poussent aussi les banques traditionnelles à élargir la gamme des produits et des services qu’elles offrent à leurs clients (banque
électronique et services complémentaires à la tenue habituelle des comptes).

« Selon la Fédération des Banques Européennes, il y avait, à la fin de 1998, 2.955 banques commerciales en Europe de l’Ouest (c’est-à-dire les membres de l’Union Européenne, à quoi il faut ajouter l’Islande, la Norvège et la Suisse). Ces 2.955 banques représentaient un total d’actifs de 9.144 milliards d’Euros, 99.456 succursales, et 1.840.000 employés. »
A ce nombre, déjà important, de banques commerciales, il faut ajouter les nombreux autres instituts recevant des dépôts comme les Caisses d’Epargne, les banques mutuelles et les banques coopératives. Au total, les Onze membres de la zone Euro avaient plus de 7.000 institutions recevant des dépôts à la fin de l’année 1998.

a) Quelques exemples de fusions/ acquisitions en Europe.

• « en janvier 1999, la fusion entre Banco Santander et Banco Central Hispanoamericano entraîna la création de BSCH ;
• après six mois d’une bataille boursière contre la Société Générale qui commença en février, la BNP a fusionné avec Paribas entraînant la création de la première banque en France et la seconde de la zone Euro en termes d’actifs et de capitalisation boursière ;
• en octobre, Banco Bilbao Vizcaya (BBV) et Argentaria ont annoncé leur intention de constituer la BBVA ;
• au même moment, la Bank of Scotland a lancé une offre non sollicitée sur Natwest, la décision finale ayant été en fin de compte emportée par la proposition plus compétitive de Royal Bank of Scotland ;
• entre-temps, Banca Intesa a acquis 70 % de Comit, en Italie.
Depuis le début de l’année 2000, le mouvement de concentration ne donne guère de signe de ralentissement. Ainsi, on pouvait lire dans le Financial Times du 19 janvier 2000 :
• qu’ABN Amro était sur le point de fermer 1/6ème de ses succursales aux Pays-Bas pour redéployer ses ressources sur la banque électronique ;
• que Citigroup s’était portée acquéreur des activités de banque d’investissement de Schroder’s ;
• ¨ que deux banques portugaises, Banco Espirito Santo et Banco Portugues, avaient décidé de fusionner (une semaine plus tôt, Banco Commercial Portugues et Banco Mello avaient fait de même).
Puis, au début de mars 2000, vint l’annonce de la fusion projetée entre Deutsche Bank et Dresdner. Mais le 5 avril, l’opération de 33 milliards d’Euros se désintégra.
Entre-temps, le 3 avril, on apprenait qu’HSBC, la deuxième banque dans le monde en termes de capitalisation boursière devait acquérir le Crédit Commercial de France par une OPA amicale. »
(Union des Banquies Maghrebines-Alger, 3 juillet 2000.)

b-Reprise des fusions /acquisitions dans la banque européenne

La presse récente à fait état de la fusion de deux groupes japonais UFJ Holdings et Mitsubishi Tokyo Financial Group qui donne naissance à la première banque mondiale. Quelques jours après c’est la banque espagnole Santander Central Hispano (SCH) qui se lance dans l’acquisition du britannique Abbey National. Pour se donner une idée de l’opération, celle-ci s’élève à 12,8 milliards d’euros c’est-à-dire la plus importante opération transnationale de l’industrie bancaire européenne. Il semble à regarder les faits, qu’une nouvelle vague de concentration financière s’opère au niveau international. Aux Etats Unis, plusieurs initiatives sont en cours, comme l’achat de Fleet Boston par Bank of America ou celui de Bank One par JP Morgan. En Allemagne, France et Italie des restructurations sont à prévoir. En octobre on apprenait que l’italien UniCredit veut supprimer 3000 emplois d’ici à 2007. La première banque italienne en terme de capitalisation compte ainsi économiser 150 millions d’euros de frais de personnel, mais aussi transférer en Roumanie un grand nombre des activités de « back-office » (traitement administratif).
L’affaire semble importante, puisque au début septembre 2004, les ministres des 25 se sont réunis aux Pays-Bas. L’objet de la réunion concernait la « parcellisation bancaire » du marché européen. Cette « parcellisation » est un handicap pour le capital financier européen qui craint des OPA des grandes banques américaines.
En clair, il faut lever les dernières entraves à une concentration transfrontalière, il y a urgence. Pour y parvenir, il est même question de réviser la directive communautaire de 2002 sur l’application des règles de concurrence au secteur bancaire. Cette réunion à Scheveningen avait aussi comme but d’accélérer la mise en place d’un véritable gouvernement économique qui manque dans la zone euro. Il portera le nom d’Eurogroupe et sera présidé pour deux ans par J.C Junker (un des artisans du traité de Maastricht en 1991).

c- La place du système bancaire britannique au niveau international

La position historique de la place de Londres (la City) depuis plus d’un siècle, en tant que centre bancaire international n’est plus à démontrer.
• Sur les 20 premières banques européennes classées les banques du Royaume Unis occupent toujours une position dominante avec 9 représentantes. Au niveau international, la City de Londres traite 21% du total des prêts à des non-résidents et des prêts à des résidents en devises étrangères. La progression de l’implantation des banques européennes à Londres depuis 1980 est la résultante des mouvements de fusion/acquisition (à noter que la part des banques allemandes au niveau des prêts internationaux est particulièrement élevée (26%).
• les cents plus grandes banques du monde sont présentent à Londres.

De même que la France, la Grande-Bretagne va devoir faire face à la concurrence étrangère, qui dispose d’une grande expérience en matière de finance internationale et de capitaux importants. Au début des années 1990 les banques d’affaires seront confrontées à un processus de restructuration qui se traduira par le rachat de certaines d’entre elles par des établissements étrangers en 1995, rachat de Barings par ING de Warburg par la SBS, de Kleinwort Benson par la Dresdner Bank ; en 2000 de Shroeders par l’américain Salomon Smith Barney) Ses opérations anticipent des stratégies de dimension mondiale.

Les banques de dépôt procèdent à un vaste mouvement de restructuration. La révolution à la City, connue sous le nom de Big Bang, est l’illustration d’une concurrence sans merci que se livrent les différents organismes financiers qui s’efforcent de se placer au mieux dans les maisons de titres. Le système financier britannique se caractérise par une importante structure de prêts mobiliers depuis les années 80 et de ce fait se rapproche du système américain et japonais plutôt que des autres systèmes de l’UE Ces pays risquent d’être touché par un krach de l’immobilier

Non seulement les organismes bancaires se font une concurrence importante dans le drainage de liquidités, mais les uns sont autorisés, comme nous l’avons vu à empiéter sur la chasse gardée des autres. Ainsi est apparue la bancassurance, des banques utilisant de fait leur réseau pour distribuer des produits d’assurances. Ainsi la Lloyds TSB a incorporé Lloyds Abbey Life en 1996 et Scottish Widows en 1999 s’octroyant ainsi le plus important réseau de distribution d’assurances des banques du Royaume-Uni.

3- Les conséquences sociales des restructurations sur les salariés.

Le secteur de l’assurance sera le premier à dénoncer les conventions collectives et les remplacer par de nouvelles en retrait sur les anciennes. C’est donc le 27 mai 1992 qu’officiellement la nouvelle convention collective nationale succède aux conventions régionales. Cette mesure va faciliter les rapprochements et fusions et en même temps standardiser les critères d’exploitation de la force de travail.
Remise en cause du système d’ancienneté du mode de classification dit (Parodi) qui sera remplacé par un classement par fonctions dit (méthode Hay) et la suppression des primes pour réussite aux examens de la profession incluses dans le salaire.
Les salariés de la banque subiront le même traitement à la fin de l’an 2000. Tout était mis en place pour « L’industrialisation du tertiaire », l’introduction des nouvelles technologies et la mise en place d’une réadaptation permanente des salariés à l’évolution constante d’une gestion informatisée en réseaux interconnectés, via le zéro papier.
La remise en cause des conventions nous l’avons déjà fait remarquer s’est produite avant la déstructuration du secteur nationalisé. Le patronat de l’assurance (dirigé à l’époque par Denis Kessler numéro 2 du Medef) va procéder en deux phases pour liquider les conventions collectives. Dans un premier temps le secteur nationalisé à été mis de côté. La remise en cause des conventions étant compensé par des accords ou des conventions d’entreprises ( ex-AGF) qui semblaient « protéger le secteur » des dégâts, qui vont toucher le secteur privé et les mutuelles. Malgré quelques manifestations massives, bien loin du raz de marée de 1979 le rapport de force restera insuffisant face aux enjeux qui ce profil à l’horizon européen.
En fait, le patronat de l’assurance n’a fait que tuer un cadavre. Après la grande grève des assurances de 1979, l’esprit de lutte de Mai 68 allait s’effriter. La CFDT très présente dans le secteur procédera à son recentrage et liquidera « ses gauchistes » ; le moment de la grande pacification du secteur était bien amorcé, nombreux sont ceux qui vont « rengainer les couteaux » et jouer leur destin individuel .De son côté la CGT qui contrôlait toutes les actions de masse du secteur nationalisé entrera en crise interne, et la constitution de syndicats d’entreprise par la CGT achèvera l’isolement corporatif et concurrentiel qui s’amorce. L’esprit de boutique remplace celui de la solidarité pour laisser la place à « la lutte de tous contre tous ». On verra même des salariés de la banque manifester le 30 novembre 2000 sous la bannière de leur entreprise. Force ouvrière (FO) dirigée au niveau fédéral par les trotskistes du Parti du travail est bien trop faible pour avoir une quelconque influence décisive.
A l’approche du 21 éme siècle, non seulement il n’y a plus de résistance dans le secteur, mais les syndicats dans le cadre de la CES deviennent des gestionnaires actifs des restructurations, ils collaborent pour cette fonction au sein d’UNI-Europa et préparent la nouvelle vague de fusions/acquisitions au niveau européen au travers de la mise en place de comité de groupe européen...Rien ne semble plus les arrêter. La CGT procède dans le secteur à son recentrage et enlève mandat sur mandat aux délégués récalcitrants.
Pendant qu’ils s’occupent à faire le ménage, en prévision de nouveaux resserrements sociaux, la situation des salariés du secteur financier ne cesse de se dégrader. Les boulons de la « productivité » se resserrent, l’informatisation nouvelle génération, permet un contrôle permanent du rendement et des erreurs de chacun. La Triche devient impossible et le « harcèlement » dont on nous rebat les oreilles est généré par le poste de travail lui même ( plate forme téléphonique et autres » interchangeabilité des gestionnaires, flexibilité, mobilité géographique, permanences... Il n’y a plus beaucoup de place pour la vie au travail et pour certain le travail déborde même sur leur vie privée. La structuration et la conception des nouveaux bâtiments fait penser au système carcéral ( ex Générali Saint Denis) avec sa cours intérieure.

Les nouveaux embauchés.

Contrairement à la période de Mai 68 les nouveaux embauchés n’apporteront pas la « révolution » dans les entreprises, bien moulés et bien formatés par nos chers professeurs de l’éducation nationale. C’est la « révolution individualiste » qui fait son entrée. Seulement les BAC +2 et plus se rendent assez rapidement compte, que leur carrière se limite à la classe 4. Point d’espoir d’évolution si ce n’est finir ses jours devant un écran. La dure réalité frappe un nombre croissant de jeunes femmes, souvent seules. Celles-ci doivent assumer un loyer dépassant en région parisienne la moitié de leur salaire. Le poste de travail lui-même, peut être considéré comme précaire (même en contrat à durée déterminée). Les suppressions de poste ou la fermeture d’une entité et vous voilà en situation de recherche d’emploi au sein même de votre entreprise, la mobilité géographique vous menace alors. Une fusion arrive, et là les économies d’échelle ne feront de cadeau à personne, l’employabilité dépendra de la capacité rapide du salarié à se recycler à l’échelle du secteur financier. « La formation tout au long de la vie a été mis en place pour cela ». Tous ces facteurs, s’ils contribuent à une prise de conscience individuelle de l’exploitation n’en restent pas moins une entrave au rapport de force. Ce même rapport de force est aussi laminé par le poids de l’encadrement qui ne cesse d’augmenter, le taux d’encadrement est passé de 33,6% en 1996 à 39,3% en 2002, en particulier par un accroissement significatif des classes 5 et 6 et, dans une moindre mesure des classes 7.

a- La nouvelle donne syndicale.

Pour le patronat européen, toutes les restructurations et adaptations à la concurrence capitaliste et à la rentabilisation/ modernisation de la sphère de circulation du capital, doivent s’opérer avec l’agitation minimum et même dans la mesure du possible avec l’aide et l’accompagnement des syndicats.
Un tournant va donc s’opérer, à la demande de la Commission européenne, un rapport sur la situation des banques et assurances sera demandé au cabinet Bernard Brunhes. La livraison de se rapport se fera en 1997 sous le titre évocateur de « l’impact sur l’emploi des changements structurels affectant les services financiers ainsi que les analyses et réponses syndicales. »
Le rapport allait faire ressortir qu’il fallait dorénavant privilégier la négociation d’entreprise par rapport à la négociation de branche. En fait il fallait démonter toutes les structures syndicales qui permettaient la mise en place de rapports de forces globaux et ramener l’activité syndicale au niveau du corporatisme ambiant et sanctionner par accord d’entreprise cet état de fait, pour achever la mise en place de la « politique sociale personnalisée ». Tout commença par les négociations salariales de branches qui allaient devenir inexistantes dans l’assurance, tout était ramené au niveau de l’entreprise et dans les entreprises en fonction du rapport de force on poursuivait une politique d’indexation salariale ou l’on introduisait le système du « salaire au mérite ». Les nouvelles conventions collectives, brisèrent
le système de classification Parodi dit de métier et le remplacèrent par un système de classification par fonctions très évolutif et individualisé, là ou il y avait environ 20 métiers, il y en aura 200 et évolutifs. Avec ce système les syndicats allaient perdre toute influence sur le niveau des classifications au profit du management. Les politiques patronales qui vont être prescrites viseront constamment à briser préventivement tout rapport de force. Le groupe AXA fut un grand spécialiste des déménagements en tous lieux et d’un bout de Paris à l’autre pour réduire ses effectifs de 20%. Ce que nous constatons pour l’assurance l’est aussi pour la banque.
Les « déménagements » doivent être considérés comme une mesure visant à entraver toute lutte. Il leur faut briser dans l’oeuf toute constitution de communauté de travail pouvant revendiquer par elle même. D’un côté les directions occupent les représentants syndicaux par de la « réunionnite » constante pour les couper du personnel et finalement faire ami ami avec eux et les tutoyer. De l’autre coté le management utilise le système de formation permanente pour bien prendre la tête des salariés sur les objectifs qu’ils doivent s’auto-fixer ; l’ntégration se fait donc par les deux bouts. Les syndicats vont même bénéficier du « chèque syndical patronal » ( AXA, GMF, GAN...). Au niveau européen on s’active aussi, pour parachever la mise en place de ce que le nouveau syndicalisme européanisé devra être. A cet effet fut créer UNI-Europa cartels de syndicalistes de la CFDT, CGT,FO, CFTC... qui se congratules avec le patronat pour faire les jeux et préparer les « futures négociations ». Le programme « revendicatif » des partisans de l’UNI-Europa est sociétal et comportemental » il se limite à être une courroie de transmission des droits de l’homme et du pouvoir européen à l’intérieur des entreprises.

Le harcèlement, remplace l’exploitation. L’égalité homme/femme a laminé certains droits de la femme et introduit le travail de nuit des femmes en France. La non-discrimination est aussi le dada de cette mouvance proche de l’association ATTAC.

Certains syndicats de branche vont se dissoudre pour favoriser la constitution de syndicats d’entreprise et ainsi briser les rapports de force locaux et de branche au profit d’un contrôle accru des fédérations pour la désignation des mandats syndicaux centraux.

Le patronat de son côté, va profiter des grandes restructurations pour essayer de mettre en place, de nouvelles structures de négociations dites « atypiques »
structures souvent liées à la constitution d’UES ( Unités économiques et sociales). Les avocats seront les premiers bénéficiaires de cette mélasse, qu’ils ne parviendront pas à démêler. Alors, l’ère des super- délégués va trouver un terrain vierge sur lequel la super-collaboration va pouvoir enfin s’exprimer, à la manière des syndicats verticaux de triste souvenir.

Le patronat par accord avec les syndicats, offre la possibilité de désigner dans les grandes entreprises un délégués syndical national ou coordinateur ; celui-ci et lui seul doit composer la délégation syndicale qui viendra négocier. Ce n’est donc plus les syndicats de base ou les sections syndicales qui décident, mais le super-délégué.

Vers le syndicalisme rassemblé.

L’initiative nous vient de la CGT finance et de la CFDT du secteur bancaire. Suite aux divers retournements de la CFDT depuis le recentrage de la centrale en 1979 et son passage progressif aux thèses du « libéralisme » les militants CFDT d’influence social-démocrate, allaient saisir l’affaire de la réforme des retraites pour rompre avec la CFDT.
Le 3 novembre 2004, allait se tenir à Montreuil, un important rassemblement visant à la constitution d’un « syndicalisme rassemblé ». Ce que la CGT n’est pas parvenue à faire par le haut au Congrès de Strasbourg l’alliance Nota /Thibault, la CGT-finance l’organise par le bas. A cet effet il est prévu un Congrès de constitution de la nouvelle fédération, qui se tiendra le 31mai 2005. La nouvelle structure va jusqu’à faire des appels aux autres syndicats (SUD, Unsa et FO). Depuis cette annonce, une chasse à la sorcière a commencée dans tout l’appareil cégetiste, car l’expérience du secteur financier ne tardera pas à s’étendre aux autres fédérations.

b-Les dégâts sur l’emploi dans les banques et assurances.

Dans le monde entier, après les fusions et acquisitions, les employés vont être confrontés à des licenciements et pertes d’emploi massifs, habituellement réservés à la seule classe ouvrière. L’insécurité de l’emploi se généralise chez « les cols blancs » selon un rapport du BIT (Bureau International du Travail).

Aux Etats-Unis, le nombre de banques commerciales a chuté de 30% de 1985 à 1995. La fusion en 1995, de Chemical Banking et de Chase Manhattan a entraîné la suppression de 12000 emplois. Les déconfitures financières en Thaïlande, se sont traduites par le licenciement de nombreux salariés de banques ; de même au Brésil, chute de 79 000 emplois dans les services bancaires et financiers au cours de la dernière décennie. En Argentine entre 1994 et 1999 c’est plus de 22 000 emplois qui ont été supprimés et depuis la grande crise , le MSF (Manufacturing Science Finance) syndicat britannique présente une liste des suppressions d’emplois causées par les principales fusion et acquisition :
• reprise de ITT London and Edinburgh (L&E) par Norwich Union en 1998 : 600 licenciements à L&E et 80 à 90 emplois dans les ressources humaines supprimés à la Norwich Union lors des restructurations suivant la fusion ; reprise de Scottish Amicable par Prudential en 1997 : pas de suppressions d’emplois ;
• fusion entre la United Friendly et Refuge Assurance en 1996 : 1.700 licenciements annoncés initialement par l’entreprise, chiffre qui est en réalité passé à 2.200, plus 1.000 licenciements supplémentaires par suite de la restructuration ; fusion entre Royal et Sun Alliance en 1996 : l’entreprise a annoncé la suppression de 4.000 emplois, dont 3.000 au Royaume-Uni et 1.000 dans le reste du monde. En fait, il y a eu plus de 4.000 licenciements rien qu’au Royaume-Uni, récemment suivis par une série de 200 autres licenciements.
Dans tous les cas cités ci-dessus, la direction n’a fait aucun effort pour éviter ces suppressions d’emplois et n’a pratiquement offert aucun programme de formation ou de recyclage aux salariés. A la Norwich Union, certains salariés ont été réembauchés sur la base de nouveaux contrats, mais à des conditions et des termes inférieurs. Chez United Friendly, la transformation a été si complète, y compris avec l’externalisation de certains services essentiels, que, selon le MSF "Ce n’est plus la même entreprise". Certaines mesures d’externalisation ont également été signalées à la Royal et des programmes de formation et de recyclage ont été offerts aux salariés à des fins de redéploiement.

L’UNIFI signale que lors du rachat de la Midland Bank par la HSBC, certains emplois au siège de la société ont été supprimés immédiatement après. Par ailleurs, la fusion n’a guère modifié la structure de la grande entreprise. Faisant écho aux commentaires de Comfia-CC.OO, le syndicat déclare : "ces changements sont dus à la centralisation et à l’utilisation des technologies »

Ce que représente en France le secteur de l’assurance en terme d’emplois.

Il occupe environ 240.000 emplois, soit 1% de la population active en France une évaluation objective devrait y ajouter les 100.000 emplois (estimés) des sociétés d’assurances françaises à l’étranger. Parmi ces emplois 70% sont des salariés des compagnies d’assurances ou des banques intervenant dans la bancassurance, tandis que 30% sont des emplois externes, c’est à dire dans les réseaux de la distribution. Les agents généraux et les courtiers sont, avec leurs collaborateurs, plus de 70.000 à offrir à la clientèle des services de proximité, répartis sur tout le territoire.

« Les fusions qui ont eu lieu en 1997 et 1998 ont touché 48% des emplois de l’assurance, étant entendu que nous considérons à la fois les employés de la compagnie absorbée, et ceux de la compagnie absorbante. En effet il faut considérer pour chacune des 4 compagnies majeures étudiées, toutes les relations qui en découlent ; la déstructuration des AGF n’implique pas seulement son personnel (18.000 agents), mais ceux des groupes Athéna (3.500), Generali-France (10.000) et Allianz-France (4.500) la vente du Gan (14.000 personnes) implique aussi le personnel de Groupama (10.000). Pour simplifier, nous signalons brièvement que les fusions des compagnies d’assurances ont affecté leurs filiales bancaires (vente du CIC par le GAN au Crédit Mutuel ; pour l’UAP cession de la Banque Worms)

Au total, la façon dont AXA a conduit l’absorption d’UAP donne des indications utiles sur les enjeux réels d’une fusion ; qualifiée de "big bang" par Claude Tendil, PDG des sociétés d’assurances AXA et de l’UAP. La fusion a comporté les aspects suivants : disparition de la marque UAP, dont le slogan était "numéro un oblige." ; les syndicats demandant un statut unique pour un employeur unique, AXA-UAP l’accorde ; diminution des effectifs de 1.500 personnes pendant l’année 1997 ; envoi de 20.000 lettres de changement de fonction et/ou d’affectation aux salariés en France ; les 25.500 salariés ont vu leurs contrats transférés le 1er avril 1998 dans la nouvelle structure de gestion ; - définition de 12 directions régionales à la place des 21 directions préexistantes ; - diminution des 16 sociétés opérationnelles, refondues en 3 pôles de distribution ; - pression exercée sur les agents généraux (3000 pour AXA et 1500 pour UAP) pour qu’ils rapprochent leurs activités, et que leur nombre diminue à terme de 4500 à 3500 mise en place d’une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences afin de diminuer de 20% le personnel en 5 ans (soit moins 5000 personnes) mesures de sauvegarde face à "la crise de l’assurance" (augmentation de la sinistralité, et guerre des tarifs) afin d’augmenter la productivité commerciale, donc supprimer les emplois excédentaires. Si l’on extrapole ces mesures types prises par AXA à l’ensemble des fusions réalisées, des diminutions de personnels sont prévisibles à hauteur de 8.000 à 12.000 emplois ; ces suppressions étant réalisées pour la plupart par le non-remplacement des partants.

4- Restructuration et automatisation de la Poste

Dans Echanges N° 109 p.51 Il est fait état de l’imposante grève de 200 000 postiers en 1970 dans les Etats du Nord et de l’Ouest des Etats-Unis. « La plupart de ces postiers se trouvaient maintenant quant à la discipline et à l’insécurité d’emploi dans la même situation que les ouvriers d’usine alors que les bureaux de poste étaient mécanisés et automatisés. Le président Nixon envoya la troupe pour faire tourner la poste mais la grève contraignit le Congrès à augmenter les salaires et à réorganiser le système postal".

Quelques années après, la Poste est remise en cause dans l’Union Européenne :

La Poste suédoise sera déréglementé en 1994, et cité dans la presse comme le modèle à suivre pour les autres pays de l’U.E.. Elle est en quelques sorte une préfiguration de ce qui va se passer dans les autres pays. Le service universel qui était la fonction du réseau postal ne fut pas remis en cause immédiatement. L’Etat intervenait en versant une compensation financière à l’obligation d’offre de la filiale financière de la poste, dans les zones non couvertes par le marché, c’est à dire non rentable pour lui. Cependant il arriva très vite, que la compensation de l’état allait s’amenuiser avec le temps, et que l’espérance d’un relais issus des revenus des services n’était pas au rendez vous. La poste suédoise fut donc rapidement acculée et contrainte de vendre Postgirot, en rompant son accord de distribution avec Nordbanken en mars 2001, ce qui revenait à fermer progressivement des bureaux de postes, voir la liquidation de la poste dans les faits. Dix ans après la déréglementation, 35 opérateurs sévissent sur le marché suédois, avec pour conséquences une augmentation du port pour les particuliers et une baisse de plus de 30% des prix pour les gros clients.
Cette situation n’est pas propre à la poste suédoise, mais à l’ensemble du système postal de l’UE et sans doute du monde. En Allemagne, en Autriche, en France et récemment au Japon... Dans ce pays, le premier ministre a fait adopter par son gouvernement son projet de privatisation de La Poste. Elle devra d’ici 2007 éclatée en quatre entités. Il s’agit en fait d’utiliser l’énorme épargne (350.000 milliards de yens qui dorment sur les comptes postaux). La remise en cause des missions d’intérêts général, pourtant stipulé par le traité d’Amsterdam démontre l’ampleur de la crise « sociétale » que traverse le capitalisme. C’est inévitablement l’exclusion des populations n’ayant pas accès aux nouvelles technologies, et (ou) vivent dans des zones isolées qui se met en place.

En France, l’ouverture à la concurrence du secteur postal est en cours de réalisation, il avait commencé en 1991 par la séparation de la Poste et France télécom. En juin 2000 le fruit était mur pour l’adoption d’une loi cadre qui allait transformer la Poste française en Sté anonyme, et en novembre 2004, Jean Paul Bailly président de la Poste dévoilait son projet de démantèlement du service public. La Poste dit il « doit passer de l’ère de la production à celle des services » si l’on retourne les termes nous aurons un début de vérité « nous devons passer de l’ère du service public à celui de la production de profit ». Le sieur Bailly, parle de la création de nouveau métier constituant un véritable tournant dans l’activité de la Poste, comme par exemple vendre du pain... « Il nous faut passer d’une culture de produits achetés à celle de produits vendus ». Il faut bien décoder le double langage de Bailly qui donne l’impression de vouloir laisser à la Poste la distribution de services. Dans la réalité la Poste va devoir abandonner son réseau de service au profit d’un réseau de vente, et les 100 000 guichetiers devront se transformer en « vendeurs de services ». Comme pour les autres secteurs de l’économie, la Poste veut ses économies d’échelle et compte bien déclasser plus de 6000 bureaux.

Depuis le 27 novembre 2004, la Poste dispose d’un contrat de plan pour la période allant de 2003 à 2007. Ce plan déclare le « démineur » doit permettre à la Poste d’affronter la concurrence et d’être en 2010 parmi les plus compétitive. Un investissement de 3,4 milliards d’euros, doit permettre de rationaliser la Poste.
L’automatisation de la Poste, devrait faire passer le pourcentage de lettres distribuées, de 70% à 85% jour+1, la concurrence allemande et hollandaise atteignant un taux de 90%. Le remaniement des centres de tri (130 actuellement encore en vie) devrait voir leur nombre chuté de moitié. Ils seront remplaçés par de grandes plates-formes de tri, comme celui de l’aéroport de Roissy qui vient d’être inauguré. Pour se faire une idée de l’augmentation du taux de productivité, c’est-à-dire du taux d’exploitation des salariés, comparons le centre Nanterre trie (déjà bien automatisé) deux millions de plis par jour pour un effectif de 400 salariés, avec celui de Gonesse, qui avec seulement 600 salariés traite cinq millions de plis par jour. Le gain de productivité est énorme, environ 40%.
Avec une telle perspective de productivité, la Poste a déjà fait ses calculs : d’ici 2012, il y aura 120 000 départs en retraite sur les 320 000 postiers actuels, tout sera donc fait pour en remplacer le moins possible. Ce qui corrobore avec les déclarations de JP Bailly qui vise une réduction des coûts du personnel de l’ordre de 20 à 30%.

Depuis l’objectif de J.P. Bailly dit le « démineur » est « d’industrialiser » la Poste. Le terme « industrialisation » n’est pas neutre il est aussi utilisé pour les banques et les assurances, et indique que dorénavant « les gains de productivité » seront aux postes de commande, ce qui suppose un contrôle continu des « compétences » et « performances » des salariés par le truchement de « la formation tout au long de la vie ». Dans la même lignée, « un nouveau contrat social entre La Poste et ses collaborateurs » est en négociation depuis début septembre avec les syndicats. Au delà des sussucres très vagues sur l’emploi pour appâter les ... collaborateurs syndicaux, c’est un ambitieux projet de refonte du cadre d’emploi de tous les agents. L’obsession des patrons y transpire d’inventer leurs propres règles en se substituant littéralement au statut des fonctionnaires et aux dispositions trop contraignantes du Code du Travail. Comme les salariés des assurances et des banques le subissent déjà voici résumé les grandes lignes du management des secteurs industrialisés.
« ... des temps et des régimes de travail adaptés aux exigences de la demande de nos clients », « une charte qui précisera les conditions d’emploi des personnels sur leurs positions de travail », « ... codifier les droits et obligations qui doivent régler les comportements professionnels, les rapports entre les personnes », « la mobilité est également une voie de développement professionnel que la Poste formalisera dans une charte de la mobilité interne des salariés ». Comme Pétain jadis, on raffole de marier les mots « Charte » et Travail. L’hypocrisie des rapports de domination est enrobée de prétentions pompeuses : « la considération pour les personnes est une de nos valeurs et un principe de notre style de management. La considération pour les personnes est intégrée dans les systèmes d’acquisition et de reconnaissance des compétences, elle est sanctionnée dans le cadre du management de la performance. ». Contournant les « grades », la direction de La Poste a quasiment remplacé depuis 10 ans les concours internes/externes par le clientélisme ou par des sélections au profil ; mais comme dit le projet de nouveau contrat social : « ces expérimentations serviront à préparer l’élargissement de la gestion par les compétences dans les différents secteurs de la Poste ».
Quant à la banque postale, tout laisse à penser qu’elle finira sa course, comme la banque suédoise, plus elle va émerger, moins elle ressemblera à ce qu’est encore un Centre de Chèques ou un bureau de Poste aujourd’hui. L’accroissement de moyens (les prêts ou les assurances, etc..), pour singer les banques qui les font déjà dans un marché stagnant voire déprimé, n’est un soporifique que pour ceux qui croient aux contes de fées des dirigeants ! Le périmètre de la boîte n’augmentera pas avec la « fidélisation » de jeunes clients, mais ces procédures en profileront un très différent qui pourra enfin recouper le bancaire et s’y fusionner. En éjectant la part de la population jugée sans intérêt et le nombre d’agents devenus inutiles lui correspondant, c’est la Poste en tant que telle qui aura disparu.

Pour se faire à la liquidation de leur qualité d’agents publics, les guichetiers auront dès 2004 une nouvelle fiche de poste à signer. Alors que l’actuelle les enjoint de « proposer les produits de la Poste », il s’agira désormais qu’ils « contribuent au chiffre d’affaires en faisant des propositions commerciales. Pour l’instant, ces perspectives ne troublent guère la gaieté des guichetiers du service public jouant à la marchande à qui mieux mieux ! Nous rappelons qu’à défaut de faire des morts, la guerre commerciale ressemble beaucoup à la guerre (il y a des « blessures » qui font du dégât). Cette guerre se fait par et entre des salariés qui ne se connaissent pas et s’entredéchirent, au profit de patrons qui se connaissent bien, mais ne s’entredéchirent pas...

En conclusion.

Toutes les fusions et acquisitions, dont nous venons de donner un aperçu, ne sont que le reflet de la crise profonde et durable qui se manifeste au sein même du capital financier et à ce titre au niveau du capital total.
Les dévalorisations en chaîne, et les crises bancaires indiquent les limites de la valorisation du capital et rappellent à ceux qui l’aurait oublié que l’argent ne saurait rapporter de l’argent comme le poirier des poires. La crise bancaire, c’est-à-dire la faillite pure et simple de banques ne fait que confirmer la contradiction fondamentale du système capitaliste entre les rapports de production et les forces productives. La crise bancaire comme durant les années 1930 aux Etats-Unis balaye le monde.
Ayant tiré les leçons du célèbre krach de 1929, les Etats se précipitent (avec l’argent des contribuables) pour renflouer les banques défaillantes dans le paiement de leurs dettes. Ainsi aux Etats-Unis, c’est 7,5 milliards de dollars que l’Etat injectera en 1984 pour sauver la banque Continental Illinois, puis 4 milliards pour la First Republic Texas, et 350 milliards pour le sauvetage des caisses d’Epargne en 1989, etc... Au total, entre 1984 et 1995, ce sont 1234 banques commerciales qui vont bénéficier de la reprise de leurs créances douteuses par l’Etat.
En France, pour sauver le Crédit Lyonnais, c’est quelque 100 milliards de francs que l’Etat va éponger (10.000 FR par contribuable)
Le Japon est à cet égard le pays ou l’Etat ne cesse d’intervenir pour sauver les banques de la faillite : nationalisation de la Long Term Credit Bank, puis de la Nippon Credit Bank en 1999.

Après la crise mexicaine l’Abonnis, 8ème banque du Mexique entrait en insolvabilité technique en mars 1995. En Argentine, la Banco Extrader fait faillite suite à la crise du peso, ainsi que la Banco Bases et Banco Multicredito.Au Brésil : la Banco Economico de Bahia en faillite technique. Les principales banques privées du Brésil ont mis en place un plan de 800 millions de réaux pour garantir les dépôts de cette banque.

1995-Crise en Europe de l’Est, Après avoir suspendu ses opérations, Banca Baltija, première banque commerciale de Lettonie, est déclarée en faillite en juin 1995.Le montant des pertes spéculatives s’élève à 400 millions de $.Fermeture de quatre autres banques.

République tchèque : Fermeture en octobre 1995 de Césars Bank suite à de fortes pertes. Et nous pourrions poursuivre la liste en élaborant une liste de toutes les banques fragilisées par les grands scandales financiers. L’année 2005 sera sans aucun doute, une année qui va révéler toute l’ampleur de la crise financière, qui couve depuis les années 1980 et éclate de manière sporadique.

Gérard Bad Décembre 2004

voir aussi Une expérience d’organisation ouvrière. Le Conseil du personnel des Assurances Générales-Vie

Gerard Bad:L' endettement international et l'échappatoire de la planche à billet.




Bibliographie

1) La concentration bancaire en Europe (Union des Banques Maghrébines - Alger, 3 juillet 2000.)
2) La dérive bancaire.
3) La revue d’économie financière n° 61.
4) Séminaire d’histoire contemporaine David Rouzeau Professeur Sébastien Guex 30 mai 2001, « La crise bancaire américaine 1930-1933. »
5) Les fusions entre compagnies d’assurances (1993-1998) : les enjeux humain d’un « big bang », Bernhard Kitous, (Centre d’études nord - américain, EHESS).
6) « Les stratégies syndicales face aux bouleversements dans l’Europe des banques et assurances » (Le Monde du 18 nov. 1998)
7) Economie réelle et sphère financière (journal officie du 30 /11 /1988.)
8) L’incidence sur l’emploi des fusions et des acquisitions dans le secteur des services bancaires et financiers Rapport du Bureau International du Travail (BIT) Genève 2001.
9) T.Thomas, l’hégémonie du capital financier et sa critique, éd. Albatroz.
10) « La Productivité » économie sciences sociales ed. Nathan Pascal Combemale, Arnaud Parienty.


dimanche 26 janvier 2025

De l’utopie libertarienne à la production capitaliste :une analyse marxiste du Bitcoin

 Les crypto-monnaies: une analyse marxiste du Bitcoin


Controverses – Mai 2018 – n° 5

Introduction

A la fin du mois de décembre 2017, le Bitcoin, la plus connue des crypto-monnaies, perd quasiment la moitié de sa valeur en dollars. Alors que celui-ci s’échangeait contre près de 20’000$ pour une unité à la suite d’une progression fulgurante, il dégringole en quelques jours aux alentours de 13’000$. Au moment où nous écrivons cet article, mi-mai 2018, 1 Bitcoin s’échange contre un peu moins de 8’500$. C’est bien moins qu’à la mi-décembre mais sept fois plus qu’un an auparavant. Le Bitcoin s’échangeait alors contre à peine plus de 1’200$. Le volume de transactions effectuées est aussi impressionnant, dépassant les 700’000 Bitcoins pour une valeur de près de 6 milliards de dollars. A côté de son avatar le plus connu, existent 1600 autres devises cryptographiques en circulation. Leurs prix en dollars est le plus souvent dérisoire bien que certains concurrents comme l’Ethereum ou le Litecoin prennent de l’importance.

Le cours du Bitcoin se caractérise par ses envols et ses effondrements. Cependant, sur le long terme, la progression de la valeur de la monnaie cryptographique paraît inexorable. Comment expliquer la nature et la valeur de ces entités numériques ?

Tantôt rapprochées de l’or, tantôt considérées plutôt comme des arnaques volatiles dépourvues de valeur, elles font rarement l’objet d’une analyse matérialiste qui prenne en considération ses conditions de production. Pourtant, nous montrerons qu’une telle analyse s’avère fructueuse pour comprendre la nature des unités cryptographiques. C’est donc à comprendre ce que sont les crypto-monnaies, dans une perspective marxiste, que s’attache cette contribution. Ceci nous conduira à envisager ces entités, moins à la façon de monnaies que comme des marchandises possédant une valeur d’usage et une valeur d’échange, et à mettre en évidence les conséquences de cette vision. Ce faisant, nous poserons un regard critique sur ce phénomène récent qui, lors-qu’il n’est pas d’emblée mis au rebut en raison de son caractère monétaire, est parfois envisagés par les marxistes comme un dispositif technique pouvant être utile dans une société future.

Une monnaie cryptographique et

un système de paiement décentralisé

Bien que nous ayons signalé l’existence de (très) nombreuses devises, nous nous intéresserons ici principalement au Bitcoin. C’est en réaction à la crise de 2008, et à la gestion de cette crise par les banques, que Satoshi Nakamoto1 publie le code open-source d’une monnaie cryptographique et d’un système de paiement décentralisé construit sur un ré-seau peer-to-peer (P2P). L’objectif est de proposer une monnaie non inflationniste qui ne soit pas émise sur le mode de la planche à billets ainsi qu’un système de paiement pouvant se passer des intermédiaires bancaires. En effet, le Bitcoin se caractérise, entre autres, par une émission totale de 21 millions d’unités définies par un algorithme, au-delà desquelles aucune unité supplémentaire ne pourra être crée. Il se caractérise aussi par un fonctionnement basé sur la cryptographie et sur l’utilisation d’une technologie appelée blockchain pour authentifier, valider et sécuriser les transactions. Concrètement, cela signifie que chaque possesseur de Bitcoins possède une clé de chiffrement unique pour signer ses transactions et que tous les utilisateurs, connectés via un réseau P2P, possèdent (en théorie du moins2) la liste de toutes les transactions qu’ils contribuent à valider et à sécuriser.

 Rareté et sécurité

Pour les adeptes du Bitcoin, ces caractéristiques sont au fondement de la valeur de la monnaie. Si la métaphore de l’or, comme nous le verrons, ne s’y arrête pas, le contrôle et la limitation imposés à la création d’unités sont régulièrement présentés comme une garantie de sa valeur. A la façon de l’or, dont la quantité est naturellement limitée, l’algorithme imposerait une rareté. Celle-ci, bien qu’artificielle, ne pourrait être contournée, sauf en modifiant radicalement l’algorithme, un procédé qui ferait alors perdre toute la confiance placée dans le système dont l’objectif est justement, par sa gestion algorithmique, de se passer de l’arbitraire humain.

La technologie de la blockchain, ensuite, rend impossible la falsification d’une transaction ou l’imposition d’une transaction erronée. Ceci ne pourrait se faire qu’en possédant plus de la moitié de la puissance du réseau, une attaque ‘théorique’ réputée impossible en pratique. De ce fait, le Bitcoin s’impose comme une technologie décentralisée, sans intermédiaires bancaires ou étatiques, mais extrêmement sécurisée. L’utilisation de la cryptographie, permet, en outre, de réaliser des transactions dans un certain anonymat (ou plutôt un pseudo-anonymat3).

 

La valeur d’une devise peut-elle provenir de sa rare-té et/ou de la confiance placée dans sa sécurité et dans ses procédés algorithmiques et cryptographiques ? Certains éléments (qui n’ont pas la prétention d’être exhaustifs) mettent en doute cette hypothèse. Tout d’abord, la rareté imposée par l’algorithme n’existe pas pour toutes les crypto-monnaies. L’Ethereum, par exemple, concurrent important du Bitcoin, n’en a pas. Deuxièmement, l’attaque ‘théorique’ dite des « 51 % » pourrait en réalité être envisageable. Comme nous le verrons plus loin, le fonctionnement de la blockchain devenant extrêmement énergivore, il conduit les ‘mineurs’ qui lui consacrent leurs ressources à se regrouper dans de gigantesques pools concentrant une importante quantité de puissance de calcul en un point du réseau, appartenant au même groupe d’individus, et pouvant devenir une cible pour des hackers4. Bien qu’elles n’appartiennent pas toutes aux mêmes personnes, les mines chinoises représenteraient ainsi près de 50 % de la puissance de calcul5. Si une attaque des 51 % est toujours peu probable, car peu souhaitable pour un individu isolé ou un groupe (elle aurait un coût énergétique phénoménal et conduirait le système à s’écrouler en rendant inutiles, du même coup, les Bitcoins pillés), elle pourrait avoir du sens pour un État ayant la capacité de financer une telle attaque afin d’éradiquer un système monétaire parallèle incontrôlable. Troisièmement, les procédés algorithmiques déterminant l’émission de monnaie et sensés se passer de toute intervention humaine peuvent être l’objet de réformes. Ainsi, la communauté de l’Ethereum a récemment décidé de changer le procédé de sécurisation et de validation des transactions de sa blockchain (passant du système dit de la ‘preuve de travail’ à celui de la ‘preuve d’enjeu’).


 Le fonctionnement de la blockchain : procès de production des crypto-monnaies

 

Comment les crypto-monnaies peuvent-elles avoir une valeur lorsque l’algorithme n’impose pas une rareté artificielle ? Si leur sécurité n’est pas infaillible ? Ou si des décisions humaines peuvent être réintroduites là où le système est supposé en être débarrassé ? Pour répondre à ces questions, il est nécessaire d’envisager la production des unités de monnaie cryptographique avec une approche marxiste. Celle-ci nécessite de comprendre le fonctionnement de la blockchain.


La blockchain, littéralement ‘chaîne de blocs’, consiste en une liste des transactions effectuées, inscrites à l’intérieur de ‘blocs’ successifs. Dans un système décentralisé où tous les utilisateurs possèdent la liste de l’ensemble des transactions, on pourrait imaginer qu’il soit facile de falsifier l’une d’elle. Pour parer à cette possibilité, l’ajout de blocs à la block-chain se fait en fonction de procédures spécifiques.


Lorsqu’une transaction en Bitcoins est effectuée, elle est diffusée à tous les nœuds du réseau, c’est-à-dire à tous les personnes détenant une copie de la blockchain, et ajoutée à une liste de transactions en attente. Pour être validée au sein d’un nouveau bloc, avec les autres transactions de cette liste, un identifiant doit être trouvé pour ce nouveau bloc. Cet identifiant consiste en un « hachage », une fonction mathématique transformant une chaîne de caractères de longueur variable en une chaîne de caractères de longueur donnée. Dans le cas du Bitcoin, il s’agit des transactions en attentes, de l’identifiant du bloc précédent, ainsi qu’un chiffre appelé « nonce » devant être ajouté au hasard au calcul. Un hachage n’est pas une fonction mathématique compliquée, mais celui qui est supposé devenir l’identifiant d’un nouveau bloc de transactions de la blockchain doit satis-faire à certaines contraintes posées par l’algorithme du Bitcoin6. Comme il n’est pas possible d’anticiper le résultat de cette fonction mathématique (le moindre changement dans la chaîne de caractère à l’entrée produit un résultat totalement différent), il en résulte la nécessité d’essayer une quantité de nonces différents. Du fait de l’intégration du bloc précédent dans le calcul du nouveau bloc, le procédé rend également impossible toute modification sur un bloc déjà existant : un seul changement de caractère sur un bloc rendant obsolète tous les identifiants des blocs suivants.

 Une fois un identifiant pour le nouveau bloc découvert, celui-ci est ajouté à la blockchain. Le(s) propriétaire(s) de(s) ordinateur(s) dont la puissance de calcul a été mise à profit pour découvrir le nonce respectant les contraintes de l’algorithme sont alors récompensés … en Bitcoins. C’est ce qui conduit à faire l’analogie entre le travail de validation et de sécurisation des transactions avec celui du chercheur d’or et à qualifier les individus contribuant à la blockchain de ‘mineurs’.


Actuellement, tandis que la limite des 21 millions de Bitcoins n’est pas encore atteinte, la rémunération des mineurs prend la forme de nouvelles unités créées et injectées dans le système. Le système de validation et de sécurisation des transactions est donc également le système d’émission de la monnaie. En outre, contrôlée par l’algorithme, la récompense des mineurs – et de se fait l’augmentation de la masse monétaire – est étroitement contrôlée pour décroître au fil du temps (de moitié tous les 210 000 blocs) jusqu’à sa limite finale. Ce processus peut s’évaluer dans le temps puisque l’algorithme détermine aussi un temps moyen nécessaire à la validation d’un bloc (et ainsi, le temps nécessaire pour les mineurs pour trouver un nonce valide). L’algorithme impose donc ses contraintes au calcul en fonction des performances des ordinateurs dédiés au travail de minage de façon à conserver cette latence entre la validation de deux blocs7.

 Ce dernier aspect est important pour comprendre l’énergie phénoménale actuellement nécessaire à faire fonctionner le système du Bitcoin. Plus le maté-riel informatique utilisé par les mineurs devient performant, plus le calcul à réaliser (la difficulté posée à la fonction de hachage) devient complexe. De ce fait, alors qu’en 2009, il était possible de miner avec le processeur de son ordinateur (CPU), les hardware utilisés aujourd’hui (ASIC) sont spéciale-ment conçus pour miner. Ces matériels, très chers (plusieurs centaines, voire milliers, d’euros) et très performants, sont aussi très gourmands en électrici-té. Ce coût de production considérable conduit les mineurs à se regrouper en pools (ou ‘fermes de mi-nage’) uniquement dédiés à cette activité. Cette évo-lution est remarquable : là où certains voient encore une curiosité à laquelle s’essaient quelques geeks ou crypto-anarchistes, nous trouvons une réalité au caractère industriel.

Des marchandises numériques crypto-graphiques plutôt que des monnaies

Grâce à la technologie de la blockchain, le procédé de validation et de sécurisation des transactions est également le processus de production au cours duquel les nouveaux Bitcoin sont créés. Pour certains auteurs se revendiquant des idées de Marx, ceci conduit à penser les unités produites comme des marchandises et l’activité de minage comme un processus leur conférant de la valeur.


Valeur d’usage et valeur d’échange

Pour Velasco et Medina, dans leur essai intitulé The Social Nature Of Cryptocurrencies Or : What Would Marx Say About Bitcoin8, les Bitcoins sont compris comme des marchandises possédant une valeur d’usage et une valeur d’échange.

 D’une valeur d’ ‘usage’ d’abord. Bien que l’usage principal du Bitcoin soit supposé être celui d’un moyen de paiement, cet usage se présente selon des modalités spécifiques. Les occasions de payer en Bit-coin sont devenues de plus en plus nombreuses mais beaucoup de détenteurs de cette crypto-monnaie se contentent de la thésauriser ou de la réserver à des circonstances spéciales : réaliser des transactions internationales, anonymes (ou pseudo-anonymes), moins coûteuses en frais de transaction que celles médiées par les banques et les États ou échappant à leur contrôle. Des usages dont le caractère monétaire est moins immédiat peuvent aussi être envisagés (par exemple, le goût du jeu et du frisson avec l’investissement dans un produit risqué, l’acquisition d’unités cryptographiques à des fins de curiosité ou leur utilisation pour acquérir des illustrations à col-lectionner9). La valeur d’usage, pouvant varier d’un individu à un autre, se présente comme une valeur subjective, extrinsèque, des unités cryptographiques.

D’une valeur d’échange (ou ‘valeur’) ensuite. Au cours du procès de production des crypto-monnaies, une quantité de travail humain abstrait est con-sommée. Bien que les unités cryptographiques n’aient pas une matérialité physique, elles incorporent du travail abstrait contenu dans les moyens de production et les matières premières nécessaires à leur production (ici les hardware ASIC et l’énergie qu’ils consomment). En outre, Velasco et Medina signalent qu’une valeur est également ajoutée au cours de l’opération. Puisque les machines ne peuvent, selon Marx, créer elles-mêmes de la valeur, cela signifie que du travail humain est aussi directement consommé. On peut penser ici à la maintenance des installations. Celle-ci existe déjà lorsqu’un individu mine avec le processeur de son ordinateur mais elle est plus visible encore dans les fermes de minages où plusieurs dizaines de salariés sont employés pour maintenir les installations10. La valeur (d’échange), mesurée en quantité de travail nécessaire à la production des crypto-monnaies, se présente comme une valeur objective, intrinsèque, de celles-ci.

Pour Velasco et Medina, la mise en dialogue entre les deux sortes de valeur, subjective (valeur d’usage), et objective (valeur), permet de comprendre à la fois l’existence d’une valeur réelle des crypto-monnaies et leur extrême volatilité. En raison du travail créateur de valeur intervenant au cours du procès de production, elles ont une valeur objective ne dépendant pas du seul jeu entre l’offre et la demande. Cependant, elles ont également une valeur subjective. En fonction de l’usage qui peut en être fait, l’intérêt pour l’achat de crypto-monnaies sera plus ou moins im-portant, impactant sur son prix. Ceci signifie égale-ment qu’il peut exister des situations où, bien qu’elles aient une valeur objective exprimée en temps de travail abstrait, cette dernière peut ne pas être réalisée dans l’échange faute de trouver une valeur d’usage pour quiconque.

 Une production capitaliste de marchandises monnaies


Chaque unité de monnaie cryptographique, bien que de nature numérique, impalpable physiquement, constitue donc un produit incorporant du temps de travail humain objectivé, de façon directe créatrice de valeur (par la maintenance des hardware) ou in-directe (dans le coût de production des machines et de l’énergie nécessaire au minage). A ce titre, elle se présente comme une marchandise semblable aux autres marchandises, pourvue d’une valeur d’usage et d’une valeur d’échange, et issue d’un procès de production au cours duquel une valeur est ajoutée. Or, ceci signifie que dans l’activité de production, une plus-value peut être réalisée. C’est important puisque cela a pour conséquence un intérêt à engager le procès de production, non pour contribuer au fonctionnement du système (validation et sécurisation des transactions), mais pour obtenir un profit.

Marx, dans le Capital, décrit deux logiques en fonction desquelles les marchandises s’échangent contre de la monnaie et les monnaies contre des marchandises. Le premier cas, qui peut être représenté par le schéma « M – A – M » (Marchandise – Argent – Marchandise)11 décrit le procédé par lequel une marchandise (Marx prend l’exemple d’une toile) est échangée contre de l’argent, qui, par la suite, est échangé contre une autre marchandise. La finalité du mouvement abouti à l’échange d’une marchandise contre une autre, l’argent n’étant alors qu’un équivalent général le rendant possible.

 Cependant, Marx note l’existence d’un autre mou-vement logique qui peut être schématisé par la for-mule « A – M – A » (Argent – Marchandise – Argent)12. Ici, l’argent est la substance de départ aussi bien que l’expression finale du mouvement. Or, si échanger une marchandise contre une autre ayant la même valeur a du sens – les valeurs d’usages n’étant pas les mêmes – échanger de l’argent contre de l’argent n’a de sens que si la quantité d’argent finale est plus grande que celle de départ. C’est ce qui con-duit Marx à explorer les conditions dans lesquelles cela est possible alors que les métamorphoses réciproques de la marchandise en argent et de l’argent en marchandise sont, à chaque fois, supposées être opérées selon des équivalences. Ceci le conduisant à mettre en évidence le procédé par lequel le capitaliste ne paie le travailleur que pour une part du travail fourni à un prix déterminé par ce qui lui est nécessaire pour subsister (temps de travail sociale-ment nécessaire).

 

Là où le Bitcoin, l’Ethereum ou d’autres monnaies cryptographiques se présentent comme des systèmes de paiement, sensés permettre les échanges, nous découvrons dans les faits un produit pour la fabrica-tion duquel de la monnaie, non cryptographique cette fois, est investie (matériel hardware, électricité, entretien – et donc des salaires lorsque l’activité s’industrialise) afin de créer une marchandise valant plus que l’argent investi… et pouvant donc être ré-échangée contre de la monnaie non-cryptographique en réalisant un profit. Dès lors, les mineurs sont moins les garants d’une nouvelle utopie que des capitalistes engageant leur capital dans le processus de fabrication d’une marchandise afin de le faire fructifier. Bien sûr, ceci conduit à la mise en commun de ressources devenues très chères et consommatrices en énergie mais également à délocaliser cette production là où la marge réalisée est la meilleure : ainsi dans des pays comme la Chine où la main d’oeuvre, mais surtout l’électricité, est peu coûteuse. L’affaire peut être lucrative : d’après un reportage réalisé par Motherboard, 6 mines détenues par un groupe de 4 ingénieurs dans le nord-est de la Chine généreraient plus de 1,3 million d’euros chaque mois.

 Crypto-monnaies et blockchains, des germes pour la société future ?

 Lorsque les marxistes s’intéressent aux crypto-monnaies et à la blockchain, il est frappant de constater la polarisation des conclusions auxquelles parviennent les auteurs. Le plus souvent, la monnaie cryptographique et la blockchain sont rejetées sans condition comme de nouvelles réformes monétaires capitalistes et de nouveaux outils de domination économique13.

Dans d’autres cas, elles sont valorisées comme des technologies utiles pour une société future. L’étude de Velasco et Medina14, que nous avons citée, est emblématique puisque, malgré le potentiel critique sous-jacent à leur compréhension des monnaies cryptographiques en qualité de marchandises, leur travail est un plaidoyer encourageant ... à miner du Litecoin. De manière moins surprenante, d’autres auteurs rejettent la dimension monétaire du système mais considèrent la technologie de la blockchain comme une invention utile pour une société socia-liste ou communiste. Ainsi, Huckle et White15 propo-sent d’employer la blockchain pour inscrire la circu-lation de ‘bons de travail’ et donc de permettre la gestion d’échanges d’heures de travail. Pour Victor16, c’est la production entre pairs (P2P production) de la blockchain qui constitue le germe d’un nouveau mode de production, coexistant encore avec le capita-lisme mais destiné à s’y substituer.

 

Sauf à épouser une certaine vision marxiste déterministe faisant correspondre un dispositif technique à un mode de production économique, une technologie n’engendre pas nécessairement des façons spécifiques d’organiser le travail et la production. Elle peut donc s’avérer efficiente aussi bien dans une société capitaliste que dans une société communiste. Néanmoins, sans disqualifier les potentialités permises par la blockchain par la seule accusation de ses usages monétaires et capitalistes – certains usages non-monétaire sont déjà à l’ordre du jour17 – il est important de souligner certains problèmes.

Des limites écologiques

Les problèmes sont d’abord d’ordre écologique. L’activité de minage, est, nous l’avons souligné, gourmande en énergie. Actuellement, la consommation électrique globale de Bitcoin serait égale à la celle du Maroc et une transaction réalisée dans cette crypto-monnaie consommerait autant qu’un foyer américain pendant une journée et demi18. Bien sûr, le système de gestion de transactions monétaires en argent non-cryptographique a aussi son coût énergétique. Cependant il paraît bien moins important. Considérant que les nombres d’habitants du Maroc et d’utilisateurs de Bitcoin sont comparables, le fait que certains utilisent autant d’énergie pour faire fonctionner un système de paiement que d’autres pour effectuer l’ensemble de leurs activités quotidiennes (dont réaliser des paiements avec leurs cartes bancaires), montre bien que l’énergie requise pour faire fonctionner ce système est bien trop importante par rapport à l’usage qu’il permet19.

 

Si cette grande consommation est d’autant plus scandaleuse dans un contexte où le minage de mon-naies cryptographiques se présente, non comme une contribution au fonctionnement d’un système servant un bien commun, mais comme un procès de production capitaliste permettant à certains individus de réaliser des profits, elle est généralement problématique. Bien qu’il existe des alternatives moins énergivores (la ‘preuve d’enjeu’, par exemple, ou des systèmes où la difficulté des calculs est adap-tée au matériel des mineurs, rendant inutile une course à la puissance20), on peut se demander quel est l’avenir d’un système de gestion et d’échanges de biens (ou d’heures de travail) qui nécessite une éner-gie électrique croissante pour fonctionner sur une planète où les ressources seraient déjà insuffisantes si toutes les populations devaient y avoir accès de la même façon que dans les pays développés. En outre, la blockchain doit aussi être stockée (rappelons qu’après un peu moins de 10 ans d’existence, celle du Bitcoin pèse déjà plus d’une centaine de gigaoctets pour un nombre d'utilisateurs estimé entre 13 et 30 millions qui était bien moindre encore au lancement de la crypto-monnaie21) et nécessite donc la production d’infrastructures matérielles destinées à cet effet. Or, la production de telles infrastructures n’est pas sans coûts en termes d’énergie et de ressources.

Quelles que soient les améliorations possibles, les ressources énergétiques et matérielles nécessaires au fonctionnement d’une blockchain ne peuvent que croître dans le temps. Quid si la blockchain doit de-venir, de surcroît, non seulement un moyen de ges-tion d’échanges de biens ou de quantités d’heures de travail, mais aussi une technologie assurant le fonc-tionnement de plusieurs autres usages au sein de la société ?

Blockchain sans monnaie et fonctionnement en P2P : des contradictions structurelles

Même s’il est possible que le Bitcoin (ou même ses concurrents) soient actuellement des dispositifs à l’essai devant être optimisés22 (avec tout le problème que pose une version d’essai qui consommerait au-tant que le Maroc23), le fonctionnement décentralisé de la blockchain pose encore d’autres problèmes.

Au cours du processus de maintenance de la block-chain, une valeur est créée. Celle-ci se traduit par la mise en circulation de nouvelles unités qui sont alors octroyées aux mineurs en guise de rémunération. Or, cette logique nous paraît entrer en contradiction avec l’hypothétique suppression des usages moné-taires du système. Actuellement, de nombreuses applications aux usages non-monétaires fonctionnent déjà sur des blockchains. Celle de l'Ethereum permet par exemple des activités de microblogging24, de cloud computing25 et de jeu26, etc.). Néanmoins, mal-gré ce caractère non-monétaire, le support sur lequel elles fonctionnent a, quant à lui, une réalité moné-taire bien tangible puisqu’il est maintenu par des utilisateurs rémunérés en Ether.

 

Dans un contexte où ceux qui se partagent la charge du fonctionnement du système sont rémunérés, la production en P2P est affectée. A la différence d’internautes partageant des fichiers via le protocole BitTorrent ou d’administrateurs d’instances Masto-don ou Peertube engageant de leurs ressources pour constituer un nœud d’un réseau duquel ils retirent un usage personnel27 (échange de fichiers, communication avec d’autres utilisateurs, mise en ligne et visualisation de vidéos, reconnaissance sociale), les utilisateurs qui contribuent à la maintenance de la blockchain retirent un profit de leur implication dans la gestion de celle-ci. Cette différence est fondamentale puisque cette seconde modalité de production en P2P engage structurellement une utilisation capitaliste du dispositif où l’objectif premier n’est pas (plus) de contribuer avec d’autres à faire fonctionner un système pour la collectivité mais d’obtenir un gain pour le travail et les coûts maté-riels engagés – gain qui peut alors être réinvesti dans le processus pour obtenir un gain plus grand encore.

Même si la technologie de la blockchain ne résulte ni n'engendre un mode de production déterminé, les choix qui ont présidé à la mise en place de son algorithme sont profondément imprégnés de la logique capitaliste. Loin d’être un germe de la société future entrant en contradiction avec le système économique actuel, elle en épouse la logique de fonctionnement et ne pourra éventuellement y trouver une place qu’après avoir fait l’objet d’une collectivisation comme les autres moyens de production. Mais, sépa-rée de sa logique monétaire, représentera-t-elle alors encore une valeur d’usage ?

La blockchain étant in fine une liste d’expressions textuelles (en lettres ou en chiffres), on peut se de-mander si, en dehors des problèmes écologiques qu’elle pose, elle est bien la meilleure solution face

aux problèmes qu’elle prétend résoudre. Ainsi, Kai Stinchcombe s’interroge devant la prétention à con-sidérer qu’une gestion algorithmique est plus sécuri-sée que celle garantie par un intermédiaire bancaire ou institutionnel. Bien peu de personnes auraient en effet la capacité de pratiquer un audit des applications logicielles pour chaque activité inscrite dans la blockchain (par exemple, vérifier si un smart contract permettant d’acheter un objet n’est pas une arnaque, ne contient pas d’erreur ou si un vote en ligne n’a pas été corrompu). Pour la majorité, placer une confiance dans la blockchain reviendrait à placer sa confiance dans les banques et l’État… avec moins de garantie puisqu’aucune autorité ni aucune loi n’assurerait un cadre et ne s’appliquerait en cas de litige28. Si ces intermédiaires prendront d’autres formes dans la société future, doivent-ils néanmoins adopter celle de la blockchain, troquant le contrôle de l’oligarchie actuelle contre celui d’une oligarchie techniciste ?

Conclusion

Il est fréquent que le Bitcoin soit comparé à une pyramide de ponzi en raison de l’enrichissement exponentiel de ses premiers utilisateurs. Une analyse matérialiste marxiste du fonctionnement de la crypto-monnaie démontre le caractère erroné de cette vision. L’enrichissement des early adopteurs ou d’investisseurs plus tardifs fortunés ne provient pas des poches des nouveaux utilisateurs mais de leur capacité à investir un capital dans le procès de production de la monnaie cryptographique pour en retirer un profit. Ce profit pouvant à son tour être engagé dans le processus, il permet à ces investisseurs de gagner encore plus, conduisant à une accumulation du capital… un cercle ‘vertueux’ qui n’est guère caractéristique des nouvelles monnaies cryptographiques mais de l’ensemble du mode de production capitaliste.

Pénétrées par cette logique structurelle au plus pro-fond de leurs algorithmes, les blockchains peuvent-elles réellement s’en émanciper ? Mais, d’abord, en avons-nous besoin ?

Cyan, mai 2018.

 

Notes

1 Ce pseudonyme rassemble probablement un groupe de program-meurs plutôt qu’une seule et unique personne.

2 Théoriquement, car : (1) dans la pratique, il est possible de possé-der des unités de crypto-monnaie sans contribuer à la validation et à la sécurisation des transactions et (2) que la liste des transactions, prenant la forme de la blockchain, devient de plus en lourde à me-sure que les transactions sont de plus en plus nombreuses, rendant difficile son stockage sur les ordinateurs ou les périphériques mo-biles (la blockchain du Bitcoin possède actuellement un poids qui dépasse près de 100 Go).

 

3 Dans la mesure où les transactions sont authentifiées par les clés de chiffrement des utilisateurs, leur nom n’apparaît pas dans la liste des transactions. Cependant, seule possibilité d’authentification, cette clé permet aussi de relier une transaction à un compte d’un utilisateur en particulier.

4 Voir, par exemple, le « casse » dont a été victime la plateforme NiceHash début décembre 2017.

5 Voir l’article suivant en ligne.

6 En l’occurrence se présenter comme une expression commençant par un certain nombre de zéros.

7 Ainsi, quels que soient les progrès réalisés dans les matériels de calcul et le nombre de machines travaillant sur le hachage des blocs, il faut 4 ans pour valider 210 000 blocs et l’émission totale de Bit-coins est prévue pour être atteinte en 2140.

8 Velasco, Samuel, Medina, Leandro, 2013, The Social Nature Of Cryptocurrencies Or: What Would Marx Say About Bitcoin ?, Kin-dle Editions.

9 Voir l’usage de certaines crypto monnaie pour acquérir des « Rares Pepe » ou des « Kryptokitties ».

10 Voir par exemple la ferme d’Advania en Islande (40 salariés) ou celle de Ordos en Chine (50 salariés).

11 Marx, Karl, Le Capital, Livre 1, 2014 (1963), Paris, Gallimard, Editions Folio Histoire, p. 192

12 Ibid. p. 240.

13 Cf. ce billet de blog : Williams, Sam, 2013 « Bitcoins and Mone-tary Reform in the Digital Age », ou Booth, Adam, 2016, « What is money? - part five: the future of money » du site socialist.net.

14 Velasco, Samuel, Medina, Leandro, Ibid.

15 Voir Huckle, Steve, White, Martin, 2016, « Socialism and the Blockchain », Future internet, 8, 49, pp. 1-15.

16 Victor, Raoul, 2009, « Money and Peer Production », Presenta-tion to the 4th Oekonux Conference – Manchester - March 2009

17 Par exemple : gestion de votes en ligne, de brevets, de droits d’auteurs, cloud computing ou microbloggin, etc.

18 Voir cet article rédigé par tranchiX en réponse à un billet de blog de Ploum.

19 Ibid.

20 Voir par exemple le fonctionnement du protocole Duniter.

21 Voir ici encore la réponse à l’article de Ploum.

22 Voir le billet de blog de Ploum.

23 Voir ici encore la réponse à l’article de Ploum.

24 Voir microblogging ici en ligne.

25 Voir cloud computing ici en ligne.

26 Voir jeu ici en ligne.

27 Même s'ils peuvent partager ce noeud de réseau avec d'autres (en invitant des connaissances à s'inscrire sur leur instance ou même en l'ouvrant à des inscriptions extérieures) les administrateurs de tels dispositifs n'en retirent aucun profit. La maintenance des infrastruc-tures qui est à leur charge peut être partagée par d'autres utilisateurs, mais ce partage des coûts s'opère sur le mode du don, du mécénat, et aucunement dans le cadre d'un procès de production capitaliste.


INFOBREF N°583-octobre 2026

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