Ils ont 14, 15, 16 ans. Ils
demandent davantage de professeurs. On les noie sous le gaz
lacrymogène.
Ils
réclament des lycées mieux isolés, des salles de cours qui ne
se transforment pas en frigo l’hiver et en étuve l’été. On
leur lance des grenades.
Accompagnés, dans plusieurs villes,
par
des paysans dénonçant «l’offensive
du gouvernement contre les services publics et le vivant»,
ils chantent leur envie d’un avenir digne. On leur fonce dessus
avec des 4x4.
Depuis le début du mouvement social des
lycéens, près de 6000 mineurs ont été arrêtés, et 215 élèves
blessés (contre 650 côté policiers, selon le ministère de
l’Intérieur, sans précisions sur la gravité ou la cause de leurs
blessures). Dans le Pas-de-Calais, un adolescent de 15 ans a eu la
main arrachée. Dans le Val d’Oise, Eden, 14 ans, a eu la mâchoire
brisée par une grenade tirée à bout portant. Dans l’Orne, une
lycéenne du même âge a été étranglée par un policier. À
Tours, Maël, 16 ans, a perdu son œil droit.
Au cours des
vingt dernières années, «la
doctrine de mutilation et de terreur est devenue industrielle»,
dénonce
le sociologue Pierre Douillard-Lefèvre. Héritière d’une
planète invivable, la génération qui se mobilise aujourd’hui
découvre l’engagement «en
étant marquée au fer rouge par la violence d'État».
Comment comprendre cette brutalité ? Pour notre journaliste
Vincent Lucchese, elle révèle «dans
toute sa monstruosité»
la vision du monde de ceux qui nous gouvernent. «Après
eux le déluge, écrit-il
dans un éditorial.
Tout faire, quoi qu’il en coûte, pour ne pas dévier de leur
politique néolibérale qui enrichit les plus riches. Quitte à
écraser ses propres enfants».
Ce
mépris de la jeunesse traduit le rapport mortifère de nos
dirigeants avec l’avenir
: «On sacrifie les générations futures au profit des intérêts
immédiats de quelques-uns.»
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