Rubrique la question du logement
L’expulsion de Maricarmen en Espagne et la crise mondiale du logement
Santiago Guillen, Alex Lantier
Des manifestants campent sur la Plaza del Sol dans la capitale espagnole Madrid, le dimanche 27 septembre 2026, suite à l'expulsion mercredi dernier de Maricarmen, 87 ans, pour réclamer des lois plus strictes afin de protéger les locataires. [AP Photo/Manu Fernandez]
Le 23 septembre, la police de Madrid a expulsé María del Carmen Abascal, 87 ans, connue sous le nom de Maricarmen, de son appartement du quartier du Retiro où elle vivait depuis 1956. Les forces anti-émeutes ont dispersé des centaines de sympathisants qui se trouvaient dans l'immeuble, et les secouristes l'ont évacuée sur une civière tandis que la foule scandait: «Tu n'es pas seule!»
La société propriétaire de son appartement exigeait plus de trois fois son ancien loyer. Son expulsion a déclenché des manifestations dans toute l'Espagne. Des millions de travailleurs dans le monde entier sont confrontés à la même menace: des loyers qu'ils ne peuvent plus payer et des propriétaires qui bénéficient du soutien des tribunaux et de la police.
Maricarmen a payé son loyer. Elle a perdu son logement à cause du bail signé par son père en 1956, sous l'ancien système espagnol de contrôle des loyers. Selon une loi de 1994, un enfant héritant d'un tel bail ne peut le conserver que deux ans, sauf s'il souffre d'un handicap d'au moins 65 pour cent, or le handicap de Maricarmen est évalué à 50 pour cent. La famille propriétaire de l'immeuble l'a vendu en 2018, et en mars 2020, la société Urbagestión, le nouveau propriétaire de l'appartement, a intenté une action en justice pour mettre fin à son bail.
Un tribunal de Madrid a statué en sa faveur en janvier 2022. La cour d'appel provinciale a infirmé cette décision en juin 2022, et en décembre 2023, la Cour suprême a refusé d'examiner son pourvoi. Urbagestión réclamait 2 650 € par mois, puis 1 650 €, à une femme dont la retraite s'élève à environ 1 450 €. L'organisme a refusé une offre d'un donateur anonyme visant à combler la différence.
En juin, un comité des Nations Unies a demandé à l'Espagne de suspendre l'expulsion le temps d'examiner son cas, ou bien de lui fournir un logement de remplacement convenable. Le tribunal a ignoré cette demande.
Depuis son lit d'hôpital, Maricarmen a publié une vidéo combative. « Je n'ai pas réussi à défendre mon foyer, mais je me suis battue pour que d'autres apprennent à se battre pour le leur », a-t-elle déclaré. Appelant ses auditeurs à « se battre », elle a ajouté : « Ce que je veux, c'est que ce problème des fonds-vautours soit éradiqué une fois pour toutes. »
En réponse, le 26 septembre, des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Madrid sous le slogan «Plus jamais de Maricarmen», tandis que des manifestations avaient lieu à Barcelone, Séville, Valence, Malaga et dans d'autres villes. Des locataires ont ensuite installé un campement à la Puerta del Sol, place occupée en 2011 par le mouvement de masse contre l'austérité. Ces protestations font suite à deux années de manifestations ayant rassemblé des centaines de milliers de personnes à travers l'Espagne contre la flambée des loyers.
Le syndicat des locataires de Madrid, à l'origine de la manifestation, estimait la foule à 300 000 personnes, tandis que la délégation du gouvernement central à Madrid n'en annonçait que 25 000. Des manifestations étaient prévues ce jour-là dans 40 villes, après des rassemblements dans 16 villes en début de semaine. Dimanche soir, près de 200 tentes étaient installées à la Puerta del Sol, dans un campement majoritairement jeune, comptant de nombreuses personnes sans expérience politique, rapportait le quotidien Público. Lundi, des manifestants bloquaient la Diagonal, l'une des principales avenues de Barcelone.
Le même jour, Urbagestión accepta de laisser Maricarmen réintégrer son appartement, après plus de quatre heures de négociations menées sous l'égide de la société de logement de la ville de Madrid. Elle devait signer un bail de huit ans avec un loyer plafonné à 30 pour cent de ses revenus, mais devait encore approuver l'accord depuis son lit d'hôpital. La société céda après cinq jours de manifestations. Le Syndicat des locataires de Madrid maintint son campement à la Puerta del Sol, et sa porte-parole, Carolina Vilariño, déclara: « Cette affaire dépasse le cas de Maricarmen.»
Cette réaction témoigne des fortes tensions sociales qui se développent en Espagne et ailleurs. Au cours de la dernière décennie, les loyers des nouveaux baux en Espagne ont augmenté plus rapidement que les salaires. Le logement social représente moins de 2 pour cent du parc immobilier espagnol, contre une moyenne européenne d'environ 8 pour cent. Selon l'Institut national de la statistique, 44,3 pour cent des Espagnols âgés de 26 à 34 ans vivaient chez leurs parents en 2025. Quelque 272 000 expulsions ont été effectuées depuis l'arrivée au pouvoir de Pedro Sánchez en juin 2018, soit quelque 90 par jour.
Les prix de l'immobilier dans l'Union européenne ont augmenté de plus de 60 pour cent entre 2010 et 2025. Au Portugal, où les prix ont progressé de 16,5 pour cent sur un an jusqu'en juin, des manifestants ont défilé dans 16 villes en mars après l'adoption par le gouvernement de mesures visant à accélérer les expulsions. En Irlande, le nombre d'enfants sans-abri a été multiplié par sept depuis 2014.
En France, la police a procédé à un nombre record de 24 556 expulsions en 2024, année où 912 personnes sans domicile fixe sont décédées. En Angleterre, plus de 177 000 enfants vivent en hébergement temporaire, un chiffre également record.
Aux États-Unis, 22,7 millions de ménages locataires, un record, soit près de la moitié des locataires, ont consacré plus de 30 pour cent de leurs revenus au logement en 2024. Plus de 12 millions y ont consacré plus de la moitié. Selon les statistiques gouvernementales, plus de 745 000 personnes étaient sans abri en janvier 2025. En Ontario, au Canada, les demandes d’expulsion déposées par les propriétaires pour permettre à eux-mêmes ou à des proches d’emménager ont augmenté de 85 pour cent entre 2020 et 2023.
La société américaine de capital-investissement Blackstone a commencé à acquérir des appartements en Espagne en 2013 et était devenue en 2019 le premier bailleur privé du pays. Des banques comme JP Morgan, Bank of America et Deutsche Bank ont fourni 80 pour cent des fonds à un taux d'intérêt d'environ 3 pour cent, tout en obtenant leurs propres financements auprès de la Banque centrale européenne et de la Réserve fédérale à taux zéro, comme l'a rapporté le site d'information Infobae en mai. Une étude gouvernementale a révélé qu'en 2023, seuls quelque 39 pour cent des logements locatifs en Espagne appartenaient à des propriétaires individuels louant un seul logement.
Pour ces fonds d’investissement, un locataire titulaire d’un bail est simplement un coût à éliminer. Le cas de Maricarmen illustre ce schéma: un appartement à loyer modéré passe aux mains d’une société et le nouveau propriétaire utilise les tribunaux et la police pour expulser un locataire qui paie un loyer inférieur au prix du marché.
La crise du logement est indissociable de la guerre et de l'austérité. Les gouvernements du monde entier ont dépensé la somme record de 2 900 milliards de dollars pour leurs armées en 2025, « la onzième année consécutive de hausse » selon un rapport publié en avril par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). En Europe centrale et occidentale, les dépenses ont progressé plus rapidement que jamais depuis la fin de la Guerre froide. En Espagne, elles ont augmenté de 50 pour cent en un an, pour atteindre 40,2 milliards de dollars, dans un pays où les logements sociaux représentent moins de 2 pour cent du parc locatif.
Le président américain Donald Trump a demandé au Congrès un budget de 1 500 milliards de dollars pour l’armée pour l’exercice budgétaire débutant le 1er octobre, soit une augmentation de 42 pour cent. En avril, la Maison-Blanche s’était vantée que cette somme « dépassait même les augmentations budgétaires de l’administration Reagan et se rapprochait des hausses historiques enregistrées juste avant la Seconde Guerre mondiale ». Ce même budget entraînerait une réduction de 73 milliards de dollars des dépenses non militaires.
Les gouvernements empruntent pour financer le réarmement et les taux d'intérêt augmentent. Le 16 septembre, la Réserve fédérale a relevé ses taux d'intérêt, une première depuis 2023. Le 24 septembre, la société de financement hypothécaire Freddie Mac a indiqué que le taux moyen des prêts hypothécaires à 30 ans aux États-Unis s'établissait à 7,03 pour cent, ce qui se traduira par une hausse des loyers pour les locataires.
En Allemagne, en mars 2025, les sociaux-démocrates se sont joints aux conservateurs pour lever la limite constitutionnelle des emprunts destinés aux dépenses militaires au-delà de 1 pour cent du PIB, et les Verts leur ont fourni les voix nécessaires pour obtenir la majorité des deux tiers dont ils avaient besoin.
Josh Turek, candidat démocrate au Sénat dans l'Iowa, a promis d'« interdire aux sociétés de capital-investissement de Wall Street d'acheter des maisons individuelles », mais les démocrates au Congrès ont voté le budget du Pentagone année après année. En Espagne, c'est le gouvernement de coalition du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et de Sumar qui a porté les dépenses militaires au-dessus de 2 pour cent du PIB pour la première fois depuis 1994, selon le SIPRI.
Le PSOE et ses partenaires de la pseudo-gauche comme Podemos ne résoudront pas la crise du logement car ils défendent les rapports de propriété capitalistes qui la produisent. Podemos, issu des manifestations de 2011, a formé le gouvernement avec le PSOE en 2020, et le parti dissident de Podemos, Sumar, continue d’y être. Ces gouvernements ont renfloué les grandes entreprises et les banques, et ont soutenu la guerre de l'OTAN contre la Russie en Ukraine, alors que les expulsions atteignaient en moyenne plus de 80 par jour. Leur action a été si hostile aux travailleurs que la coalition risque de perdre les élections de l'année prochaine face à une alliance du Parti populaire (de droite) et du parti d'extrême droite Vox.
La réaction massive à l'expulsion de Maricarmen témoigne de la profonde opposition de la classe ouvrière à l'ensemble du système politique en place. « C’est soit le système rentier, soit le gouvernement qui tombera», a déclaré Valeria Racu, porte-parole du syndicat des locataires, à la télévision. Pourtant, la principale revendication du syndicat est que ce même gouvernement, qui supervise cette crise, adopte un décret plus ambitieux sur le logement.
Il est impératif de tirer les leçons des manifestations de 2011 en Espagne. L'occupation de la Puerta del Sol cette année-là exprimait une opposition massive à l'austérité du gouvernement PSOE de José Luis Rodríguez Zapatero. Le problème n'était pas un manque de militantisme. Les forces qui la dominaient ont déclaré le mouvement « apolitique » et « sans leader », laissant ainsi le champ libre à ceux qui ont canalisé l'opposition vers Podemos et, finalement, vers le gouvernement.
Les mêmes questions se posent aujourd'hui, en Espagne comme à l'international. On ne peut garantir l'accès au logement tant que celui-ci restera une source de profit pour Blackstone et ses homologues. Un logement décent pour tous exige de nationaliser les promoteurs immobiliers et les banques, de les placer sous contrôle démocratique et de réorienter les ressources actuellement consacrées à la guerre vers les besoins sociaux.
Les travailleurs ne peuvent mener ce combat en lançant des appels au PSOE, à Sumar ou à Podemos. Les travailleurs américains ne peuvent pas plus compter sur les Démocrates que sur Trump. Ce combat exige l'organisation indépendante de la classe ouvrière, au sein de comités de la base sur les lieux de travail et dans les quartiers, liés par-delà les frontières grâce à l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (acronyme anglais IWA-RFC). Surtout, il requiert la construction d'une direction marxiste-internationaliste, c'est-à-dire trotskyste – le Comité international de la Quatrième Internationale – en Espagne et dans le monde entier.
(Article paru en anglais le 29 septembre 2026)
L’expropriation financière des ménages dans l’Argentine de Milei
26 août 2026 Alencontre * La Une, Argentine 0
Mobilisation le 21 août 2026 contre les mécanismes financiers d’endettement des ménages liés à la paupérisation croissante.
Par Esteban Mercatante
La difficulté à faire face aux dettes est devenue l’un des aspects les plus pressants de la catastrophe sociale provoquée par la politique économique de Milei. Les banques et les fintechs accaparent une part de plus en plus importante des revenus grâce à des taux usuraires.
Analyse de la dette des ménages
L’endettement des ménages sous le gouvernement de Milei se caractérise par une croissance d’une rapidité sans précédent. À l’heure actuelle, on recense 20,8 millions de personnes ayant contracté au moins un crédit formel dans le pays, dont 5,8 millions accusent un retard de paiement de plus de 90 jours sur leurs mensualités.
Le stock total de la dette des ménages s’élève, selon un rapport récent de l’association regroupant les fintechs, s’appuyant sur les données de la Banque centrale, à 82’800 milliards de pesos. Cela représente, en moyenne, un niveau d’endettement par personne de près de 4 millions de pesos [soit 2275 euros]. Par type de créancier, la dette se répartit comme suit:
81,1% sont concentrés auprès des banques;
11,7% relèvent des fintechs [sociétés utilisant la technologie financière telles que Mercado Pago (le géant des paiements de MercadoLibre), Ualá (banque numérique), Brubank et Naranja X];
7,1% sont détenus par d’autres prestataires non bancaires.
Comme on peut le constater, les banques restent la principale source de financement des ménages, mais les fintechs ont créé un canal de crédit qui était pratiquement inexistant il y a à peine quelques années. Ce qui ressort de ce secteur, c’est qu’en termes de nombre de personnes concernées, son poids est bien plus important que ne le laisse apparaître la comparaison en volume. Alors que les banques comptent 14,3 millions de débiteurs, les fintech en comptent 10,1 millions, et les autres établissements de crédit 5,2 millions. Ces chiffres indiquent qu’il existe un vaste groupe de personnes qui ont simultanément des dettes auprès des banques, des fintechs ou d’autres créanciers. La particularité des fintechs réside dans le fait qu’elles financent un grand nombre de personnes en accordant des montants de prêt par personne plus modestes, comme le montre la comparaison avec le crédit octroyé par le système financier traditionnel.
Parallèlement, bien qu’elles regroupent moins d’emprunteurs et un volume de crédit nettement inférieur, les impayés concernent presque le même nombre de personnes en situation de défaut de paiement auprès des banques et des fintechs: respectivement 2,45 et 2,41 millions de personnes en défaut de paiement. Le secteur restant, où le volume de crédits et d’emprunteurs est moindre, est pourtant celui où les impayés sont les plus importants: 2,7 millions de personnes.
L’encours des prêts au secteur privé, exprimé en pourcentage du PIB, est passé de 5,2% en décembre 2023 à 13,6% en janvier 2026. La dette bancaire moyenne par ménage est passée de 377’664 pesos en 2023 à 5’702’809 pesos en janvier 2026, ce qui implique une part croissante du salaire moyen annuel.
Contrairement aux cycles précédents axés sur les biens durables ou le logement, l’endettement actuel se concentre sur les dépenses courantes. Selon un rapport de Focus Market publié en avril, 58% des dettes liées aux cartes de crédit concernent l’achat de denrées alimentaires, 15% les vêtements et 11% les carburants. L’origine des dettes bancaires s’explique à 34% par le refinancement de cartes de crédit, à 19% par des crédits personnels, à 14% par des prêts sur gage et à seulement 6% par des crédits immobiliers. Les dettes liées aux obligations de base ont également augmenté: le non-paiement des charges de base est passé de 1,4% à 4,9%, celui des frais de scolarité de 0,7% à 3,1% et celui des services de 2,3% à 5,4%. Près de la moitié des ménages (48%) n’arrivent pas à joindre les deux bouts, et parmi eux, 25% ont dû s’endetter auprès d’établissements financiers ou par le biais de circuits informels.
***
«Quelqu’un leur a-t-il mis un pistolet sur la tempe?», s’interrogeait de manière rhétorique Javier Milei il y a quelques semaines à l’adresse des débiteurs, afin de se décharger de toute responsabilité et d’écarter l’idée que son gouvernement puisse intervenir. Les dépenses actuellement financées par le crédit témoignent d’une situation d’enlisement due à la baisse des revenus, qui a laissé une grande partie de la population sans autre choix que de recourir à des emprunts devenus impossibles à rembourser.
Le taux de défaut de paiement des ménages, qui avoisinait les 3% lorsque Milei a pris ses fonctions [décembre 2023], a atteint 12,8% en juin 2026, selon le rapport de la BCRA (Banque centrale de la République argentine). Il s’agit du niveau le plus élevé depuis que la BCRA dispose de données comparables. Par type de produit, en juin 2026, les prêts personnels affichaient un taux de défaut de paiement de 16,4%, les cartes de crédit de 12,6%, les prêts garantis par nantissement (sur gage) de 7,9% et les prêts hypothécaires de 1,6%. Les fintech affichent un taux de défaut de paiement de 22%.
Le cycle d’endettement sous Milei se distingue des précédents à trois égards. Premièrement, la rapidité: le taux de défaut de paiement actuel est passé de niveaux historiquement bas à des sommets inégalés depuis deux décennies en à peine 16 à 19 mois. Deuxièmement, la destination des crédits: les crédits actuels financent la consommation contrainte (alimentation, services, charges) dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat, et non l’investissement productif ni le logement comme lors de la période de l’UVA [Unidad de Valor Adquisitivo: outil financier qui s’ajuste régulièrement pour suivre l’inflation et protéger le pouvoir d’achat, ce qui était particulièrement important pour le paiement des prêts hypothécaires]. Troisièmement, l’hétérogénéité selon les circuits: le crédit non bancaire affiche des taux de défaut de paiement bien supérieurs à ceux de la banque traditionnelle, ce qui reflète le fait que les secteurs aux revenus les plus faibles recourent à des crédits plus coûteux et moins réglementés, faute de pouvoir accéder au système financier traditionnel. L’«inclusion financière» vantée par les fintechs a contribué à amplifier la rapidité et l’ampleur sans précédent de la crise d’endettement dont souffrent les ménages.
La danse des vampires
Ces derniers jours, les taux d’intérêt extrêmement usuraires (un adjectif qui reste en deçà de la réalité) pratiqués par les fintechs sur les crédits accordés ont fait grand bruit. Elles peuvent aller de 400% à 1000% par an (en tenant compte du coût financier total) et varient en outre considérablement selon le bénéficiaire du prêt, selon les mêmes critères indéchiffrables (sauf pour les propriétaires de l’algorithme) qui font qu’un même produit peut apparaître à des prix différents sur les rayons de Mercado Libre selon la personne qui navigue sur le site.
Le coût de financement scandaleux facturé par les fintechs a permis aux taux pratiqués par les banques de paraître raisonnables, même si celles-ci facturent aujourd’hui un taux de 120% (coût financier total) pour un prêt personnel. Autrement dit, le taux appliqué par les banques équivaut à 3,5 fois l’inflation annuelle selon les derniers chiffres disponibles (33,8%).
Les banques traditionnelles participent, tout autant que les fintechs, à ce que l’on pourrait définir, à l’instar de Costas Lapavistas, spécialiste du secteur financier, comme une «expropriation financière». L’auteur a utilisé ce terme pour désigner ce qui se produit lorsque les banques ou d’autres entités tirent des bénéfices financiers directement des revenus personnels des travailleurs et travailleuses ainsi que d’autres personnes. Il cherche à établir une distinction entre ce qui a constitué la source principale des banques depuis leur origine, à savoir leur activité principale consistant à prêter aux entreprises, et ce qui découle d’une extension de leurs activités, dans laquelle le crédit aux particuliers prend davantage d’ampleur et se présente sous des formes plus variées. Dans le cas du financement des entreprises, la source d’où provenait le profit de l’intermédiation financière était clairement une proportion de la masse de la plus-value que la classe capitaliste, considérée dans son ensemble, extrayait de la force de travail. Lorsqu’ils contractaient un crédit, les entrepreneurs devaient en supporter les coûts en prélevant une partie de leurs bénéfices. Mais la situation change lorsque le crédit bancaire aux particuliers prend une ampleur massive. Dans ce cas, les établissements financiers peuvent tirer des bénéfices significatifs directement des salaires et des rémunérations. Cela impose une charge supplémentaire sur le salaire, qui ne servira plus uniquement à couvrir les besoins de la main-d’œuvre, mais également à rembourser le montant emprunté, majoré des intérêts. Ce bénéfice que l’intermédiation financière tire au détriment du salaire est ce que Lapavitsas appelle «l’expropriation financière».
Pour Lapavitsas, l’ampleur atteinte par l’expropriation financière résulte d’une transformation structurelle dans laquelle ont convergé, d’une part, les besoins des établissements financiers d’étendre la portée des crédits aux particuliers face à l’affaiblissement du dynamisme d’autres sources de profits (telles que le financement des entreprises productives) et, d’autre part, «la participation croissante des travailleurs aux mécanismes de financement destinés à satisfaire des besoins fondamentaux, tels que le logement, l’éducation, la santé et la prévoyance vieillesse» [1].
Il ne s’agit pas simplement d’un type différent d’emprunteur, mais d’une relation économiquement asymétrique dont les banques peuvent tirer profit. Les institutions financières disposent d’avantages en matière d’information et de pouvoir qui leur permettent de traiter les particuliers différemment des entreprises capitalistes. Lorsqu’il s’agit d’entreprises d’une certaine envergure, celles-ci disposent d’un accès raisonnable à l’information et ne se trouvent pas en situation d’infériorité face aux institutions financières en termes de pouvoir social et économique. Les services financiers dont elles bénéficient sont nécessaires à la production et à la circulation de la valeur et de la plus-value. Les tarifs de ces services se situent généralement dans des limites déterminées, à chaque période, par la disponibilité du capital prêté et la rentabilité de l’accumulation réelle. Si tel n’était pas le cas, les entreprises capitalistes pourraient, en principe, contourner les mécanismes financiers existants; par exemple, en recourant davantage au crédit commercial (auprès de fournisseurs ou de clients) ou en mettant en place des mécanismes alternatifs à partir de zéro. En d’autres termes, les entreprises capitalistes qui recourent au financement effectuent des calculs économiques régis par la logique du cycle de leur propre capital. Par conséquent, et en moyenne, la rémunération perçue par les établissements financiers dans le cadre de leurs opérations avec les entreprises productives et commerciales s’aligne sur les exigences du capital social total. Cela ne s’applique bien sûr pas à une grande partie du secteur des PME, dont l’accès au crédit dans des pays comme l’Argentine est très limité, une situation qui s’aggrave d’autant plus que leur échelle de production est réduite.
En revanche, le financement destiné aux revenus personnels vise principalement à satisfaire des besoins fondamentaux: logement, retraites, consommation, assurances, etc. Il diffère qualitativement des financements orientés vers la production ou la circulation capitalistes. De plus, les travailleurs et autres personnes qui cherchent à satisfaire leurs besoins fondamentaux par le biais de la finance disposent de peu d’options pour contourner ou remplacer les mécanismes du système financier. C’est pourquoi les revenus individuels peuvent devenir l’objet d’une expropriation financière.
Les dégâts du progrès
Les projets de data centers dans l’espace se multiplient, mais des contraintes techniques pèsent encore sur cette technologie encore balbutiante. Parmi elles, la question de la dissipation thermique des composants, difficile à mener dans l’espace
Nvidia, Google, SpaceX, les entreprises chinoises, et même les Européens… Tout le monde veut son data center dans l’espace. Ces centres de traitement de données deviennent de plus en plus capitaux dans nos sociétés, avec une demande toujours croissante, en raison de la numérisation continue de la société et du boom de l’intelligence artificielle.
Mais ce sont par ailleurs des installations ayant des besoins considérables en énergie. L’idée, en les positionnant dans l’espace, est de profiter au maximum de l’énergie solaire, en réduisant ou supprimant les contraintes terrestres : pas de nuages, fonctionnement quasi sans interruption et une efficacité bien plus importante.
La convection sur Terre, mais pas dans l’espace
Seulement voilà, il y a un problème : la chaleur générée par ces installations quand elles sont en marche. Sur Terre, quand un objet est chaud, il finit par se refroidir au contact de l’air par un phénomène appelé convection : c’est le transfert d’énergie entre un objet et son environnement. Sauf que dans le vide spatial, il n’y a ni liquide ni gaz (en quantité suffisante) pour, in fine, évacuer cette chaleur.
Et même si l’espace est froid, les engin en orbite reçoivent de plein fouet le rayonnement du Soleil, faute de protection atmosphérique. On estime qu’une face de satellite exposée au Soleil peut monter jusqu’à 150 degrés, tandis qu’à l’abri elle peut descendre à -120 degrés.
La solution ? Le rayonnement infrarouge
Seulement, un data center dont le rôle sera de recevoir et d’envoyer en permanence de grandes quantités de données, et de faire également des calculs informatiques en permanence, est susceptible de chauffer beaucoup plus.
Chez Nvidia, on assure que le vide spatial peut servir de « puits de chaleur infini », même sans convection. Tout se ferait par rayonnement infrarouge, autrement dit, par de la radiation. Ici, les ondes électromagnétiques s’échapperaient sans avoir besoin d’un moyen de transfert de chaleur pour évacuer les degrés en trop.
L’entreprise travaille sur le développement d’un radiateur d’un mètre sur un mètre pour évacuer la chaleur excessive, tout en maintenant une position adéquate au Soleil : récupérer tout à la fois l’énergie solaire via les panneaux tout en protégeant le cœur de l’installation.
Des radiateurs sur l’ISS pour évacuer la chaleur
En réalité, ce type de solution existe déjà. Le cas le plus emblématique est la Station spatiale internationale (ISS), qui dispose de structures pour dissiper la chaleur par rayonnement — en l’espèce, des radiateurs placés sur la poutre.Il s’agit de radiateurs en aluminium de 6m² liés à un échangeur thermique. La chaleur est transportée, dans un premier temps, par l’eau, puis c’est de l’ammoniac qui prend le relais. Toxique pour les humains, l’ammoniac a l’avantage de geler à une température bien plus basse que l’eau, 77 degrés, ce qui permet de fonctionner même dans l’espace.
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