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jeudi 9 juillet 2026

Déprolétarisation et nouvelle prolétarisation

Voici un document datant du 25 08 2011 du CIP IDF, qui explique bien comment on passe du salariat à l'auto entrepreneur de soi .Depuis il y a du nouveau avec un concurrent redoutable qui est le travail du consommateur qui associé à l' IA va générer des précaires et surnuméraires. Comme nous l' avons signalé plusieurs foi , la machinerie s'est attaquée à remplacer la force physique des hommes ( faisans travailler femmes et enfants) l'informatisation de la société permet de remplacer la force de travail du cerveau humain et de liquider tous les métiers que la machinerie numérique intègre et connecte ( TIC plus l' IA). G,Bad

La réforme du salariat et paupérisation des retraités

DE LA LOI EL KHOMRI AU RAPPORT BADINTER VIA LES ORDONNANCES MACRON ET LA LOI SUR LE TÉLÉTRAVAIL




Déprolétarisation et nouvelle prolétarisation - Enquête collective

Publié, le jeudi 25 août 2011 |
Dernière modification : lundi 23 juin 2014

La déprolétarisation était une politique d’individualisation, de construction des intérêts individuels et de leur mise en concurrence. Son but était d’affaiblir, autant que possible, l’expression collective des classes laborieuses, toujours supposées dangereuses.

Aujourd’hui, les politiques néolibérales [1] n’affichent ni le même vocabulaire, ni le même programme que les ordolibéraux. Elles n’en gardent pas moins le souci de l’individualisation et de la concurrence pour les exacerber dans la figure de l’entrepreneur individuel qu’elles introduisent aussi dans le social.

Nous publions une série de textes issus d’une recherche collective conduite par la coordination sur la précarité et ses enjeux :
• Dette objective et dette subjective, des droits sociaux à la dette - Enquête collective
• La précarisation et le morcellement du temps - Enquête collective
•Techniques de pouvoir pastoral : le suivi individuel des chômeurs et des allocataires du RSA - Enquête collective

Déprolétarisation et nouvelle prolétarisation

Les inspirateurs et organisateurs de l’« économie sociale de marché » de l’après-guerre en Allemagne, les « ordolibéraux », préconisaient une politique économique et sociale dont l’objectif principale était la « déprolétarisation » de la population. Cette politique se traduisait par la construction de petites unités de production, des aides à l’accession à la propriété de son logement, l’actionnariat populaire, etc. La déprolétarisation était censée conjurer le danger politique de grandes concentrations industrielles, où le prolétariat aurait pu s’organiser et devenir une force politique autonome, à l’instar de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle.

L’État providence et la cogestion avec les syndicats réformistes dans les entreprises permettaient d’organiser un transfert de richesse réel vers les salariés, qui les impliquait dans la gestion capitaliste de la société. Malgré une « salarisation croissante de l’économie », « un salarié également capitaliste n’est plus un prolétaire » pouvait-on écrire [2].

La déprolétarisation était une politique d’individualisation, de construction des intérêts individuels et de leur mise en concurrence. Son but était d’affaiblir, autant que possible, l’expression collective des classes laborieuses, toujours supposées dangereuses.

Aujourd’hui, les politiques néolibérales n’affichent ni le même vocabulaire, ni le même programme que les ordolibéraux. Elles n’en gardent pas moins le souci de l’individualisation [3] et de la concurrence pour les exacerber dans la figure de l’entrepreneur individuel qu’elles introduisent aussi dans le social.

Comment le gouvernement néolibéral intervient-il dans le social ? Il transforme le social en une fonction de l’entreprise. Il intervient pour favoriser, pour inciter, solliciter et contraindre chaque individu à devenir entrepreneur de soi [4], à devenir son propre capital humain.

COMMENT ON GLISSE DU SALARIAT AU CONTRACTANT : L' EXEMPLE DES CORRECTRICES

Le néolibéralisme est, selon Foucault, un mode de gouvernement qui consomme de la liberté. Pour ce faire, il doit d’abord la produire et l’organiser. La liberté n’est pas pour les néolibéraux une valeur naturelle qui préexiste à l’action gouvernementale et dont il s’agirait de garantir l’exercice (comme dans le libéralisme classique), mais ce dont le marché a besoin pour fonctionner.

La grande différence entre le néolibéralisme contemporain et le libéralisme keynésien est que la liberté qu’il s’agit de fabriquer et d’organiser pour le premier est d’abord celle de l’entreprise et de l’entrepreneur. On peut donc dire que les libéraux pratiquent bel et bien une sorte de politique sociale, puisque la société est, comme dans le keynésianisme, la cible d’une intervention gouvernementale permanente. Ce qui change par rapport à ce dernier, ce sont les objets et les finalités : il s’agit de faire de la société un ensemble d’entreprises et de faire du travailleur lui-même une entreprise individuelle. Les politiques néolibérales impliquent des interventions étatiques aussi nombreuses que les interventions keynésiennes : cependant, à la différence de ces dernières, elles ne visent pas à soutenir la demande mais l’offre. La concurrence et les inégalités (écarts de revenus, de statuts, de formations) auraient le pouvoir d’exciter la passivité du consommateur d’allocations chômage, de RSA, de minima sociaux, pour l’aiguillonner à devenir acteur de sa vie, gérant avisé de son capital le plus précieux, lui-même.

La concurrence et les inégalités doivent contribuer à transmuter le travailleur en capital humain appelé à assurer lui-même d’abord sa formation permanente, mais aussi la croissance, l’accumulation, l’amélioration et la valorisation de lui-même. Il devient son propre capital qu’il lui faut faire fructifier à travers la gestion de son carnet d’adresses, de son agenda, de sa vie conduite selon la logique du rapport entre coûts, investissement et dette, subordonné à la loi de l’offre et de la demande. Le voilà devenu une sorte d’entreprise permanente et multiple. Ce qui est alors demandé aux individus n’est plus seulement d’être productifs au travail, mais d’organiser la rentabilité d’un capital, celui constitué par sa propre personne. L’individu doit se considérer lui-même comme un fragment de capital, une fraction moléculaire du capital. Le travailleur n’est plus un simple facteur de production, l’individu n’est pas, à proprement parler, une force de travail, mais un « capital-compétences », une « machine-compétences », qui va de pair avec ce que le livret ouvrier appelait au XIXe siècle une moralité, et que Foucault décrira pour la fin du XXe siècle comme un « style de vie, un mode de vie » [5], une « forme de rapport de l’individu à lui-même, au temps, à son entourage, à l’avenir, au groupe, à la famille » [6].

Cette métamorphose ne peut pas être opérée à travers les augmentations salariales et les dépenses de l’État providence. Les salaires stagnent et les dépenses sociales sont réduites et consistent, de préférence, en aides pour l’entreprise et en dégrèvements fiscaux pour les couches les plus riches de la population.

Un système comme l’État providence arase, même à la marge, les inégalités, il corrige les « irrationalités », il régule les « excès » du marché : c’est selon la logique néolibérale un système anticoncurrentiel. Pour les libéraux, un système qui mutualise les risques fausse en effet la concurrence, puisqu’il introduit de la justice sociale, c’est-à-dire une logique non économique qui entrave le bon fonctionnement du marché, alors même que le marché est perçu par eux comme seul capable d’une distribution rationnelle et efficace des ressources.

Comment donc assurer des ressources au salarié et à l’individu qu’on voudrait transformer en entrepreneur, sans augmenter son salaire ni en faire un « assisté » ? Par l’accès au crédit ! On remplace l’accès aux revenus par l’accès au crédit immobilier, à la consommation, aux assurances. La politique américaine des subprimes promettait de, construire la « société de propriétaires », comme le récitait le président Bush. On a pu juger du succès de l’entreprise en 2008, lorsque cette politique a porté ses fruits et produit la plus grande crise financière, économique et sociale depuis 1929.

Avec les néolibéraux, la déprolétarisation fait un bond en avant dans les discours, mais elle se transforme dans les faits en une précarisation économique et existentielle qui est le nom nouveau d’une réalité ancienne : la prolétarisation. Cette nouvelle prolétarisation touche des couches importantes de classes moyennes et de travailleurs de nouveaux métiers (les intermittents du spectacle, par exemple), de ce qu’on appelait avant son effondrement, la New Economy. L’entrepreneur de soi prend du plomb dans l’aile, et son aspect devient moins flamboyant, moins désirable qu’il ne le fut dans les années 1980 et 1990. Les néolibéraux, en préconisant la déflation salariale et en réduisant drastiquement les dépenses sociales, produisent un entrepreneur de soi, plus ou moins pauvre, plus ou moins endetté, mais toujours précaire qui doit gérer son employabilité, son capital humain, ses dettes et ses difficultés économiques et sociales, bref sa misère comme s’il gérait une entreprise.

En réalité, il n’est pas nécessaire et il n’est pas requis non plus de monter sa petite entreprise individuelle pour être entrepreneur de soi. Il suffit de se comporter comme si on était patron de soi-même, d’épouser la logique patronale, les attitudes entrepreneuriales, la façon de se rapporter au monde, à soi et aux autres d’un chef d’entreprise dans l’exploitation rationnelle de soi. Les stages que proposent les institutions qui ont en charge les chômeurs, les allocataires de RSA, les « assistés », contribuent de façon plus ou moins crédibles à produire un sujet pour l’entreprise, ou du moins un individu qui se soumet de bon cœur à ses sémiotiques et à ses valeurs. La précarisation/prolétarisation, ne signifie pas seulement un appauvrissement économique, mais aussi un assèchement subjectif. Car celui qui la subit perd le contrôle de son temps [7] et de ses propres savoirs et savoir-faire. Ce phénomène est particulièrement évident dans les secteurs les plus industrialisés que notre recherche a étudié, l’audiovisuel.

1. La prolétarisation de différentes générations

Les politiques actuelles de l’emploi et les politiques du workfare (qui visent à forcer, à inciter à l’emploi ceux qui reçoivent des aides sociales) sont des politiques qui introduisent, à des degrés divers, l’insécurité, l’instabilité, l’incertitude, la précarité économique et existentielle dans la vie des individus. Elles insécurisent non seulement la vie des individus, mais aussi leurs rapports à toutes les institutions qui jusque-là les protégeaient.

Les politiques libérales bloquent l’« ascension sociale » que les générations précédentes considéraient comme un acquis de la « modernité » et du développement du capitalisme. Le « progrès », la sortie de la misère « paysanne » vers le travail industriel et vers les « classes moyennes », semblent s’épuiser et se renverser dans une nouvelle pauvreté.

Nous trouvons des données comparables à celles que nous avons établies lors de notre première enquête sur les intermittents, dans des études qui portent sur « les classes moyennes à la dérive » [8]. Le capitalisme contemporain, même pour des métiers comme ceux du spectacle vivant et enregistré, où le niveau de formation est supérieur à la moyenne, « n’est réellement porteur que pour un dixième de la population des nouveaux venus, pour qui le confort demeure incertain puisque se généralise un dispositif de type « ² »²up or out« ² »², ascension ou exclusion ». Nous retrouvons dans l’ensemble des « classes moyennes » le phénomène de polarisation et de fractionnement que nous avons constaté chez les intermittents. Seule une « classe moyenne très supérieure » accède au sommet du salariat privé (avocats d’affaires, experts-comptables, cadres de la finance et management, etc.), mais « à l’autre extrémité, la précarité va de pair avec la modestie du niveau de vie ».

Les jeunes fils des « anciennes classes moyennes » sont à la fois « surdiplômés » et « surabondants » :« Pour les générations âgées de trente à quarante ans aujourd’hui, tandis que le niveau des diplômes croît, que les origines sociales s’élèvent, et donc que les candidats potentiels à l’entrée dans les classes moyennes abondent, la moitié des postes au sein des catégories intermédiaires de statut public ont simplement disparu et leur équivalent dans le privé ont connu une croissance trop lente pour absorber l’expansion des candidatures. Ce décalage n’est nulle part aussi profond que pour ces catégories intermédiaires. »

Nous avons comparé deux générations différentes, lors de deux ateliers réunissant l’un des nouveaux entrants dans le régime de l’intermittence et l’autre des intermittents qui y sont depuis de nombreuses années. Les conclusions convergent et elles représentent la réalité de la plupart des salariés qui travaillent dans ces métiers.

Les extraits de l’atelier des « nouveaux venus » dans le régime de l’intermittence mettent en lumière la condition de ce qu’en Italie on appelle la « génération 1 000 euros », en Espagne et en Grèce, la « génération 700 euros ». Ce sont les revenus avec lesquels les jeunes, en moyenne, vivent dans les différents pays d’Europe.

Une jeune comédienne explique qu’avec les petits boulots qu’elle faisait (standardiste), elle n’arrivait pas à vivre et que ses parents étaient obligés de l’aider.

Comédienne 2 : « J’arrivais à vivre difficilement et quand j’avais envie de faire autrement, ma mère me filait un petit billet. »

Elle s’est sentie immédiatement mal à l’aise, presque coupable.

Comédienne 2 : « J’ai vingt-deux ans. Non, j’ai trente ans ! C’est vrai que le billet à trente ans, c’est un peu dur. Parce que la subordination à ses parents... À trente ans, on a aussi envie de projeter des choses. »

Le néolibéralisme a introduit une discontinuité entre générations, puisque, même très bien formés, les jeunes (comme ceux qui ont participé à l’atelier), se trouvent dans une « galère » qu’ils ne considèrent pas comme un passage de la formation à l’emploi, une initiation à la vie adulte, mais comme une condition permanente, comme un mode de vie qu’ils doivent assumer, à leur corps défendant, sans compter sur le concours de l’État (le régime de l’intermittence, c’est un « plus » et une chance qui, de toute façon, « est destinée à disparaître »).

Comédien : « C’est difficile de faire comprendre ça à une génération qui n’a pas eu à subir ces choses-là. Mais en même temps, ils commencent à nous comprendre, ils commencent à voir. Ça devient une réalité pour eux aussi. »

Comédienne 2 : « Ils commencent à comprendre que c’est plus difficile pour nous que pour eux. Mais quand tu dis que tu n’a pas d’argent, ils ne le comprennent pas. Quand tu vas comparer les prix au supermarché, on te dit : « Mais enfin, prends celui- là, c’est plus joli, c’est mieux ». Mais non, moi je compte, parce que la vie est difficile. La situation actuelle est difficile, j’ai du mal à faire mes courses. Ils peuvent l’entendre comme une abstraction, mais pas concrètement. »

Comédien : « J’adore la phrase « ² »² Mais ça coûte rien, ça coûte 60 euros « ² »². Ça, on l’entend tous les jours. »

Comédienne 2 : « J’ai fait un scandale dans une queue, devant une caisse de supermarché. On avait acheté plein, plein de trucs, on avait fait les courses pour une compagnie... Donc on avait plein de choses, et il y avait une différence de 7 euros dans la note. La nana derrière nous était excédée par le temps qu’on avait pris pour recompter et elle commence à nous dire « Ca va aller, pour 7 euros ! Tant pis quoi ! » À ce moment-là j’étais payée 6 euros 44 centimes net de l’heure... 6,44 euros c’est une heure de standard. Ce n’est pas une heure à bouquiner dans un parc. C’est une heure en uniforme, avec une minijupe, à sourire à des gens qui te prennent pour... Bref. Et là, c’est parti très, très vite. On peut bien comprendre que la situation des jeunes est difficile, mais quand même 7 euros, faut pas déconner ! »

L’appauvrissement économique s’accompagne d’un appauvrissement subjectif, c’est-à-dire d’une dépendance qui génère une infantilisation qui se prolonge dans la vie et dont on ne voit pas le bout. Ce phénomène de jeunes qui prolongent à l’infini ce qui autrefois n’était qu’une étape dans la vie professionnelle, touche tous les pays d’Europe. Les « jeunes » sortent de plus en plus tard du foyer familial et dépendent encore, si les familles le peuvent, de leur aides.

M. S. : « C’est sûr qu’il y a un rapport à ce que c’est-ce qu’être jeune aujourd’hui... Moi, j’ai trente-trois ans, et on est des petits, petits, petits. Aux yeux de l’institution, on débarque, on est des poussins. Alors que j’ai quand même trente-trois ans. Il y a quinze ans, des gens de mon âge, étaient bien plus assis. Je dis ça, parce qu’il y a une précarisation, une infantilisation qui va avec la précarisation. »

Comédienne 2 : « Ça crée un âge qui n’existe pas. On n’est plus des ados, on n’est plus des enfants, mais on n’est pas tout à fait des adultes. Moi, je n’ai pas eu de frigo pendant x milliards d’années, parce que dans l’appartement précédent, c’était trop petit, et je n’avais de fric. Je pouvais mettre des choses au frais sur la fenêtre, l’hiver, c’était tout ! Finalement j’ai acheté un frigo, et quand les mecs sont venus me le livrer, ils ont dit : « Ah ! Une étudiante dans un appartement d’étudiante ». Et ben, non ! J’ai trente balais, et j’en ai marre. »

Comédien : « Cette situation commence à me peser considérablement. Ca me pèse. C’est humiliant ! »

Comédienne 2 : « C’est ça, c’est humiliant. Et je me demande si on va arriver au même phénomène qu’en Italie, des gens qui ne partent plus de chez leurs parents. Qui ont trente, quarante ans et qui ne partent pas parce qu’ils n’ont pas les moyens de le faire. »

Les politiques libérales de l’après-guerre étaient encore des politiques « progressistes » qui, tout en dépolitisant la relation de travail et les relations sociales, assuraient une montée dans la stratification sociale. La force du capitalisme tenait à cette sensation, peu importe qu’elle ait été réelle ou fantasmée, de « progrès continu ». Aujourd’hui, le sentiment qui prime est celui du blocage et/ou du déclassement.

Comédienne 2 : « Oui, c’est exactement ce que je vis. Mes parents n’avaient pas peur, car mes arrière-grands-parents étaient dans une merde noire. Pour mes grands-parents, ça allait un peu mieux, et pour mes parents ça allait encore mieux. Donc, moi j’avais en tête la même idée que mes parents : il n’y a pas de raison que ça ne continue pas, ça va aller mieux ou ça va aller pareil. »

Comédien : « Nos parents ne pouvaient pas imaginer que ça pouvait être difficile pour nous au niveau du caddie. Le caddie, on pensait que c’était quelque chose qui était un petit peu résolu. »

Comédienne 2 : « Mes parents ont encore du mal à réaliser notre situation. »

Un intermittent, avec vingt-deux ans d’expérience dans le métier de la prise de vue, a la même appréhension subjective de sa condition. Et pourtant, il n’est jamais sorti du régime, il a un bon salaire, une maison (payée à crédit) mais, et notamment à partir de 2003, un sentiment de précarité et d’insécurité s’installe. Plusieurs éléments indiquent une précarisation.

« C’est l’effet double peine : non seulement nous sommes précarisés par notre situation, avec un système de travail à la journée, de l’ultra court, mais le changement de statut, les modifications du régime d’assurance chômage, rajoute un petit piment dans cette histoire. Donc la pression qu’on nous mettait comme précaires, nous est imposée d’autant plus facilement aujourd’hui qu’en plus on nous réduit les Assedic. Tout est mêlé, l’avènement de la technologie numérique et la TNT dans le milieu télé, plus la précarité, plus l’application des nouvelles conventions collectives [soit l’application stricte des salaires minima], font que c’est une espèce de salmigondis nocif pour nous. Tout part à vau-l’eau. C’est super triste. Je n’ai jamais perdu mon statut, mais je me demande ce qui va se passer à la rentrée... Malgré vingt-deux ans d’expérience : j’ai tout filmé, la guerre, les accouchements, les matchs de foot, les cocktails Molotov... Je me suis pris des beignes dans la gueule... je suis allé à la Maison Blanche, à l’ONU... »

Nous retrouvons, dans une situation complètement différente de celle des nouveaux entrants, le même sentiment de déclassement, d’insécurité, et de peur de l’avenir, accentué du fait que, contrairement aux jeunes générations, il a connu une situation « meilleure ».

« Socialement, toutes ces années, on a cru qu’on était des employés normaux. Je pensais que je pouvais vivre la vie que mes parents ont vécue, j’ai cru ça. J’ai des crédits, j’ai une maison, paye des impôts, mais ai l’impression que tout ça est construit sur pilotis et que du jour au lendemain ça peut s’effondrer ! Que, du coup, je me serais fait croire à une vie professionnelle et sociale conventionnelle, juste parce qu’on a des salaires, que le boulot roule. Est-ce ma nature anxieuse qui me fait penser ça ? Je n’en n’ai pas le sentiment, je sais qu’aujourd’hui encore, après vingt-deux ans d’exercice, je peux me dire : ça peut s’arrêter demain. »

Ce processus de précarisation s’accompagne le plus souvent, notamment pour les chômeurs et les allocataires, par une injonction à devenir actif, autonome, par une sollicitation à sortir de l’assistance, pour prendre son destin en main, pour devenir « entrepreneur ». Même si vous ne devenez pas réellement entrepreneur, on vous invite à en épouser le langage et le comportement. Dans le néolibéralisme s’installe une étrange mixité de précarisation/prolétarisation et de discours entrepreneurial.

2. Devenir une petite entreprise, de la misère à la pauvreté : entretien avec un animateur d’établissement culturel de formation

La précarisation/prolétarisation réclame des solutions institutionnelles inédites. Une nouvelle sensibilité se fait jour désormais, qui mise sur l’engagement entrepreneurial des précaires, des pauvres et des « assistés ». Nous avons rencontré différentes modalités de cet engagement. Elles convergent toutes sur la nécessité de responsabiliser, de mobiliser, d’impliquer les individus en les tenant responsables de leur propre sort (version libérale) et de les transformer d’« assistés » en acteurs de leur propre destin (version social-démocrate).

La Ville de Paris, comme la plupart des partis politiques et des institutions de l’État providence, ne croit plus à la viabilité économique des droits sociaux, et elle ouvre des centres expérimentaux pour former les individus à devenir, à se penser et à agir comme des microentreprises. La politique de l’emploi est en train de se muer en politique visant à la création, pour les chômeurs, les précaires, les « assistés » (allocataires du RSA), de leur propre emploi.

Le sens de cette démarche est très bien explicité dans cet entretien avec le responsable de l’un des programmes financés par la Mairie de Paris pour expérimenter des nouvelles formes d’autoemploi, pour la transformation des artistes (notamment les plasticiens) au RSA en entreprises individuelles.

Le responsable de ces stages, comme la grande majorité des personnes qui animent les cours de formation pour chômeurs et allocataires que nous avons interviewés, ne croit pas à la possibilité de pérenniser le régime de l’intermittence et, plus généralement les droits sociaux. « L’intermittence, c’est fini, elle n’est plus viable économiquement. (...) L’intermittence est bien parce que elle a reconnu l’artiste comme salarié, mais elle le met dans une posture d’assisté ».

Le suivi, sur deux ans, de l’artiste au RSA, par une équipe de comptables, experts en droit de l’entreprise, en marché de l’art etc., est symptomatique de ce mariage improbable entre la logique de l’entreprise et la réalité de la précarité et de la pauvreté.

Le but, nous a expliqué le responsable, est de « faire passer l’artiste de la misère à la pauvreté » à travers la constitution d’une petite entreprise. Le « nirvana » (autre expression employée par l’interviewé) pour ces artistes reconvertis en petits entrepreneurs est d’arriver à faire un chiffre d’affaire égal au SMIC, puisque dans les conditions actuelles, il n’y a pas d’autre alternative que de devenir une petite entreprise, que d’apprendre la comptabilité, que d’assumer la façon de penser, de voir le monde et de se comporter de l’entrepreneur. Et pour ce faire il faut opérer une reconversion « subjective ».

Il faut signaler que cette orientation est partagée par un grand nombre de personnes, d’institutions et de syndicats, même si elle n’est jamais ouvertement énoncée dans des situations officielles. L’intérêt de cet entretien réside dans le fait qu’il synthétise de façon paradigmatique un discours ambiant. La nécessaire redéfinition des droits sociaux, tels qu’ils ont été institués dans l’après-guerre, débouche sur des discours et des pratiques paradoxales, dont cet entretien est un très bon exemple : on veut faire sortir les « pauvres » (dans ce cas les artistes) de l’« assistance » et on construit une petite entreprise qui sera aussi et inévitablement « assistée » puisque non viable du point de vue strictement économique, comme nous a confié le responsable (« On continue à les accompagner après la fin du stage »), on veut rendre les personnes « autonomes » [9] et on les suit pas à pas, on les conseille, on les sollicite, on les coache.

La logique de cette formation n’est pas aussi féroce que celle de l’idéologie libérale, au contraire, puisqu’elle émerge d’un milieu associatif, mais le résultat est le même : l’individualisation. Les droits sociaux sont pour tous, ils impliquent solidarité, mutualisation et engendrent des luttes, des formes de résistance et d’organisation collectives. Ici, par contre on apprend « le chacun pour soi » et le « marché pour tous ».

L’individualisation visée par cette formation est spécifique, puisque elle est aidée, soutenue, sollicité par le « social », organisée par des acteurs du monde associatif et culturel. L’individualisation constitue un renversement de la logique de mutualisation et de solidarité du mouvement ouvrier. Les premières formes du mouvement ouvrier organisaient le passage de l’intérêt individuel à la mutualisation des ressources, de la débrouille individuelle à la solidarité et l’entraide collectives, tandis qu’aujourd’hui, ce que l’on voit se dessiner est la mobilisation de financements, des personnels, de la formation, des espaces et des structures pour former un « individu entrepreneur ».

Ce qui se produit ici à un niveau micropolitique, informe la logique des institutions de l’État providence au niveau macropolitique.

À partir de la figure de l’artiste au RSA reconverti à la petite entreprise, on expérimente la construction d’une force de travail flexible, mobile, adaptable et qui fonctionne à bas coûts. Le régime de l’intermittence assure une « continuité de revenus » en intégrant la discontinuité et la précarité du salaire par des allocations « chômage » à des métiers qui fonctionnent sur le « multiemploi », le « multiemployeur ». L’expérimentation veut substituer à l’agencement de salaires et d’allocations de l’intermittence une simple « continuité salariale » garantie par l’autoentreprenariat. Comment assurer une continuité des revenus pour une personne qui exerce plusieurs emplois pour différents employeurs, une fois que les droits sociaux (à l’intermittence) fonctionnent pour un nombre de plus en plus restreint d’ayants droit ? Par l’entreprise individuelle.

« Ce qui m’intéressait, c’est de trouver aujourd’hui des solutions - et là je pense qu’on est en train de les trouver - pour permettre, dans le champ artistique, de croiser trois choses : le multiemploi, le multiemployeur – si besoin – et la continuité salariale. »

« L’idée, c’est : des artistes en CDI, le CDI ne voulant plus dire grand-chose à l’heure actuelle. On n’est pas plus protégé en CDI qu’en CDD, presque moins. Donc une continuité salariale, avec un salaire à temps plein, si possible, avec les activités artistiques au centre de cette activité à temps plein, sans que ce soit la totalité. Et là je pense qu’on est en train, depuis deux ans, d’expérimenter des formes, et on verra si on a raison ou pas. Il y a deux ans qu’on expérimente, et là on a trouvé une solution intéressante, au-delà de ce que demandait la Ville de Paris. »

Les risques, les coûts – économiques, sociaux et subjectifs – de la précarité inévitablement liés au multiemploi et aux multiemployeurs, ne sont plus socialisés et relativement mutualisés, comme dans le régime de l’intermittence, mais assumés individuellement : le passage de l’« assistance » à l’« autonomie » se résume fondamentalement à cette responsabilisation dans la création de sa propre « continuité salariale ». Le travail « artistique » ne suffit pas, il faut donc cumuler plusieurs petits boulots et les gérer selon une logique entrepreneuriale.

« Le troisième cercle, c’est l’emploi de complément. Par exemple, moi, je suis électricien dans le bâtiment, et je faisais des chantiers pour m’en sortir. L’art comme moyen sera une nourriture pour l’expression artistique, plus les chantiers nourriciers déclarés pour boucler mon Smic dans ma microentreprise. Et si l’an prochain je n’en ai pas besoin, j’arrête le multiemploi avec un emploi unique, et pas forcément lui-même, car je demande aux gens de s’associer avec d’autres, en SARL ou en association. En général, je propose l’association. »

Le responsable de la formation ne croit pas à la reconversion professionnelle de l’artiste et il a intégré la fin de la logique du « plein emploi ». La sortie de la logique du plein emploi se fait en transférant le mode de fonctionnement de l’intermittence, telle qu’elle existait avant 2003, à l’entreprise individuelle. Jusqu’en 2003, on pouvait ouvrir des droits à l’intermittence en cumulant des heures d’emploi exercées dans le « régime général ». Aujourd’hui, ce n’est plus le cas puisque le nouveau protocole interdit cette possibilité, donc c’est l’économie de l’« entreprise » qui doit pouvoir organiser et rendre viables le cumul de différents emplois et employeurs.

« Moi, je ne crois pas à la reconversion de l’artiste [voir les référents RMI, complètement perdus devant les artistes, qui leur disent : « ² »² Si vous pouviez trouver du boulot dans la boulangerie, ça nous arrangerait bien « ² »²]. Et donc on travaille beaucoup plus sur la structuration économique de l’artiste, même s’il ne trouve pas toutes ses ressources dans le secteur artistique, loin de là, mais pour que son œuvre soit au centre de sa réflexion économique. Et si on monte un plan économique pour cet artiste ce sera bénéfique pour sa création, et pas le contraire. Ce qui ne veut pas dire que l’ensemble de son travail soit occupé par son art. Ce que je dis : le plan économique peut aller de l’emploi de complément à la vente d’œuvres, et il doit être bénéfique pour sa création d’art. De ça, on est bien d’accord avec l’artiste. »

Au lieu de penser et d’organiser l’extension du fonctionnement de l’intermittence – qui, dans sa version d’avant 2003, était le régime qui couvrait le mieux les risques de la discontinuité de l’emploi et du revenu – à d’autres « métiers culturels » et à toutes les catégories d’emplois discontinus et précaires, au lieu de formuler à nouveaux frais ce que Robert Castel définit comme la « richesse sociale » (les droits sociaux comme « droits de propriété de ceux qui ne sont pas propriétaires »), on pense à comment donner un statut d’entreprise individuelle aux « artistes ». Le responsable, tout en reconnaissant que seule l’intermittence peut garantir, dans les conditions d’emploi discontinu et de revenu discontinu, de « vivre de son art », l’écarte comme possibilité.

« Pour nous, les plasticiens, c’est le cœur de cible, avec aussi les cinéastes, vidéastes et écrivains. Mais, à la différence de Pratique caméra, on est dans le champ de la création d’entreprise culturelle et non dans l’industrie culturelle ou sur un marché existant.
Il y a trois milieux différents. Face aux cinéastes, vous avez l’industrie culturelle ; face au spectacle vivant, c’est un milieu et un marché structurés de lieux portés par des collectivités territoriales, des institutions culturelles ; pour les plasticiens, il y a un microcosme formé par les galeries, trois musées et cinq collectionneurs... Donc le marché, c’est dix plasticiens qui vivent de leur art et tout le reste égale rien. Donc, avec le spectacle vivant et le cinéma, on est dans des milieux structurés et salariés, alors qu’avec l’art plastique, tout est à faire, on est dans l’économie du XIXe siècle : l’artiste indépendant qui vend ses œuvres, comme le tâcheron vendait son travail ; alors que d’autres se sont salariés, structurés. Le gros avantage de l’intermittence, c’est que cela a permis de transformer l’artiste indépendant en salarié, donc de lui faire gagner de la protection sociale, alors que dans le champ de l’art plastique, on a en face de soi des travailleurs indépendants où il y a moins de protection sociale, ce qui correspond à l’économie du XIXe siècle : le journalier, le tâcheron, le petit commerçant en son nom propre, ou l’artisan en son nom propre. C’est le XIXe siècle, plutôt que la SARL d’aujourd’hui avec la protection sociale qui est nécessaire à nos époques. »

« Et si on leur dit : « ² »² Vous allez gagner votre vie avec l’art « ² »², on leur ment. Seule l’intermittence permet de vivre grâce aux indemnités chômage, en fait. Or, dans l’art plastoc [sic], ça n’existe pas. Donc, il s’agit d’être inventif. »

La constitution et la gestion de la petite entreprise individuelle impliquent une transformation du mode de vie de l’artiste qui ne va pas de soi. Pour s’accoutumer et apprendre ce nouveau style de vie, cette façon de penser et d’agir, l’institution de formation met en place un suivi individuel qui durera deux ans. Toute une noria d’experts, de comptables, de conseillers culturels sont mobilisés, qui finalement, sous couverture de savoirs techniques, travaillent à la production de nouvelles subjectivités.
Des structures prestataires, qui ne font pas partie de l’État providence, qui ont une origine associative, assument les mêmes méthodes de travail avec les « usagers », puisque ce suivi n’est qu’un avatar du pouvoir pastoral dont nous avons parlé à propos du suivi individuel des allocataires du RSA [10].

« On a une séance individuelle assez importante avec Claire, l’artiste, et moi – sur son point de départ et son point d’arrivée – et, à partir de là, je trouve la formule la plus intelligente pour faire fonctionner son économie de vie par rapport à son projet artistique : le dossier de présentation, le budget prévisionnel, la structure juridique, la recherche de financement, les moyens de communication... »

« Moi, ce qui m’intéresse, ce n’est pas les deux ans [la durée du suivi], mais que le projet réussisse et qu’ils soient salariés de leur petite entreprise. »

L’artiste bénéficiaire du RSA passe d’un suivi individuel à un autre. La dépendance que les politiques sociales imposent, se poursuit dans un cadre plus convivial, mais tout aussi contraignant. Et le suivi se poursuivra au-delà de deux ans puisque les artistes jeunes entrepreneurs continuerons à être suivis, conseillés, guidés.

De l’« assistance », à l’« autonomie », il n’y a pas beaucoup de différence, vous êtes toujours sous l’œil d’un coach.

« Ils viennent du RSA, ils sont très fragiles, pas de capital. La première année, au premier incident, logiquement, ils tombent. Et c’est pourquoi on les met dans un groupement d’employeurs qui va avoir en son sein un personnel commun, et [pour la personne,] soit sa propre organisation lui suffit et elle se débrouille toute seule, soit elle demande à être salariée du GE [Groupement d’employeurs] qui va la payer et qui va facturer le coût de sa structure. Et s’il y a un couac, pendant deux mois, l’ensemble du GE paie et va lui proposer un travail pour les deux mois où elle n’a pas pu payer le GE. »

On pourra bien attribuer les meilleures intentions du monde à cette association prestataire de la Ville de Paris et à ses animateurs. Le résultat est dans la production de ce que nous avons défini : l’entrepreneur pauvre et/ou endetté. Pauvre et endetté, mais entrepreneur, comptable, gérant de sa « propre pauvreté ». On comprend la réticence des artistes : pourquoi se donner du mal, s’investir dans une logique entrepreneuriale, pour passer de la « misère » à la « pauvreté » ?

« Parce que moi, mon but, c’est de faire passer les gens de la misère à la pauvreté. Moi, je suis pour l’éloge de la pauvreté. Quatre milliards de pauvres, on y arrivera ; pas quatre milliards de riches. Moi, je suis pragmatique. Un Smic, c’est 1 100 euros par mois plus les charges. Donc, avec un CA de 25 000 euros, on arrive à se salarier au Smic. Vous passez de la misère, avec le RSA à 400 euros par mois, à la pauvreté avec 1 100 euros par mois, à une pauvreté digne. »

Même à partir des paroles de ce responsable, on peut arriver à comprendre qu‘il y a des « résistances et des réticences ». Les gens ne sont pas dupes. Ils ne comprennent pas pourquoi il faudrait faire cette reconversion subjective qui les transforme en petits entrepreneurs de leur propre pauvreté, pour gagner un peu plus que les allocations, en changeant de mode de vie, de façon de penser et d’approcher le monde. Beaucoup de ces artistes ce sont engagés dans la production d’œuvres, comme dit notre interviewé, poussé pour faire autre chose que le travail salarié, pour ne pas être dans la logique concurrentielle, pour ne pas « perdre sa vie à la gagner ».

« Certains sont prêts à créer leur micro-entreprise, et je leur dis : « ² »² Allez-y ! « ² »² Eh bien, non ! Ils ne veulent pas le faire... car nous sommes dans une société du « ² »²gagner-son-pain« ² »², et eux dans un univers du besoin de créer. Cela se traduit par un conflit avec la société, entre leur besoin de créer et le temps nécessaire pour gagner leur vie. Et ils vont privilégier l’œuvre au gain, donc, et vont tomber dans une trappe d’inactivité sociale. Et leur dire : « ² »² Faites boulanger ! « ² »² Non ! J’ai plein d’artistes qui sont de très bons électriciens et de très bons peintres, mais s’ils font ça, ils se remettent à boire, à se droguer, etc. Car s’ils sont tombés dans l’alcool, c’est qu’ils ne supportaient plus leur travail de gagne-pain. Donc, ça ne marche pas. »

« Si vous dites à quelqu’un tout seul : « ² »² Crée ta micro-entreprise « ² »², il se dit : « ² »² Je gagne 10 000 euros, je vais en gagner 25 000 « ² »². Mais il se dit aussi : « ² »² Je connais le RMI, pourquoi vais-je me mettre dans un tas d’emmerdes ? « ² »² Je crois qu’on peut avoir 60 à 80 % de consolidations, c’est-à-dire des gens qui, au bout de deux ans, auront une entreprise solide. » (Nous n’avons pu vérifier cette affirmation.)

La synthèse de la pensée de l’animateur est la suivante : les droits sociaux de l’intermittence n’existent pas pour les artistes plasticiens. Mais il n’existerons pas non plus, dans un futur plus ou moins proche, pour les artistes qui aujourd’hui en bénéficient. Donc, ce qu’il est en train d’expérimenter, c’est l’avenir du travail artistique en général, une fois que l’intermittence sera vidée de son contenu et de son sens.

« Au lieu des droits de l’intermittence que vous n’avez pas, vous développez un projet économique. Au lieu d’être accroché en permanence au téléphone, on peut faire la même chose en ayant un emploi de complément ou, surtout, des activités paraculturelles qui vont nourrir leur art. On est, en France, dans un schéma de l’artiste hors du monde, et la contrainte rend créatif. Moi, mon gars, je l’oblige à créer des ateliers pour enfants qui vont lui créer des ressources, et une expérience qui va le rendre encore plus créatif. »

Cet entretien manifestate la difficulté à se positionner dans une phase socio-politico-économique entre, d’une part, la nécessaire métamorphose de droits sociaux hérités du fordisme de l’après-guerre et qu’il faut adapter et repenser pour un type d’ « emploi » et de « chômage », radicalement différents de ceux des Trente Glorieuses. Et, d’autre part, les politiques néolibérales de restructuration de l’État providence qui tendent à imputer à l’usager les coûts et les risques que les entreprises et l’État ne veulent pas assumer. Au milieu de cette « grande transformation », les milieux associatifs semblent hésiter et s’interroger. Cet entretien est symptomatique de la difficulté de l’invention socio-politique dont nous aurions besoin.

3. La formation et les stages : l’« usinage sémiotique » de la subjectivité des chômeurs

Les politiques de transformation du salarié, du chômeur, de l’allocataire du RSA en « entrepreneur de soi-même » passent par une multiplicité de dispositifs. Les plus « efficaces » sont les stages de formation et de reconversion de Pôle emploi. Nous y avons recueilli deux témoignages de stages obligatoires que les agents de Pôle emploi imposent aux chômeurs, faute de quoi il y a radiation. Le premier stage de stratégie de recherche d’emploi (STR), d’une durée de 4 jours (3 jours et demi, en fait) regroupe cadres et non cadres [11]. Le deuxième s’est déroulé dans une antenne de Pôle emploi cadres.

Le plus impressionnant dans ces stages, mais aussi dans le travail de Pôle emploi, c’est la sensation d’être immergé dans un bain de novlangue. La langue parlée par les animateurs et la langue écrite des textes distribués, le lexique, le ton, l’expression des « agents » sont ceux de l’entreprise, de l’activation, de la mobilisation, de l’investissement subjectif de l’« entrepreneur de soi ».

Ces stages servent à imprégner les stagiaires des sémiotiques verbales et non verbales de l’entreprise, à intérioriser les codes de communication du management, à adapter les modalités d’expression (linguistiques, corporelles, vestimentaires, etc.) requises par la compétition et la concurrence.

Est-ce que ces langues, ces codes et ces modalités d’expression accrochent la subjectivité des chômeurs ? Est-ce que cette volonté de greffer la subjectivité de l’entrepreneur sur celle ces chômeurs est efficace ? Difficile à dire. De toute façon, ce qui est sûr, c’est que Pôle emploi plus qu’un « service public », ressemble à une succursale des entreprises qui travaillent à une homogénéisation et à une standardisation des subjectivités par un « usinage sémiotique ». Les techniques « disciplinaires » (contrôles, convocations, suivis personnalisés, radiations, etc.) sont doublées par des techniques d’initiation et de maîtrise des conduites et des sémiotiques de l’entreprise.

Nous reportons ici les mots entendus et retranscrits pendant un « atelier Focus » de Pôle emploi, par un chômeur qui a participé à la recherche :

« Définir un plan d’action et organiser un suivi derrière. »
« Savoir être, c’est primordial. »
« Optimiser son planning, optimiser sa recherche d’emploi, optimiser son plan d’action, optimiser, etc. »
« Il faut être super pro »
[professionnel].
« Devenir le plus autonome possible dans la recherche d’emploi. »
« Se faire une petite autoévaluation qualitative et quantitative. »
« Vous pouvez la faire avec votre conseilleur référent, mais c’est aussi important de la faire vous-même, chez vous. »
« Être opérationnel tout de suite. »
« Pouvoir activer une candidature. »
« Il faut être pile poil dans la cible. »
« Être dans le profil, exactement dans le profil. »
« Il faut aller très vite droit au but. »
« Il faut être sur les plus vous concernant. »
« Ça dépend de ce que vous dégagez. »

Nous avons eu connaissance, à travers un participant à un stage de formation pour les chômeurs, des brochures qui y sont distribuées. Elles donnent des conseils pour les entretiens d’embauche des candidats à un emploi. À partir de ces conseils les participants aux stages devaient jouer des situations d’embauche, ou chacun était tour à tour candidat et recruteur.

Les entretiens d’embauche :

« Vérifiez votre tenue vestimentaire (tenue sobre, soignée, coiffure nette, chaussures cirées...). »
« Adoptez une dynamique ouverte, attentive, détendue, souriante, positive, franche et réfléchie. »
« Soyez calme et posé, évitez les tics nerveux et les gestes automatiques. »
« Lors de la présentation de votre cursus professionnel, soyez clair, concis, précis, évitez les répétitions, les silences, les tics verbaux (« ² »² Euh « ² »², « ² »² OK « ² »²...). »

L’« usinage sémiotique » n’a pas seulement comme finalité de produire des compétences, des connaissances, des codes et des modes d’expression, mais aussi d’inciter à s’investir dans des rôles professionnels et des fonctions hiérarchiques (production de « surmoi » entrepreneurial).

Les entretiens d’embauche, ou comment lisser la subjectivité de toute aspérité, comment produire un sujet conforme à l’entreprise. Rien ne doit dépasser : tics, indécisions, maladresses, gestes automatiques, répétitions doivent être éliminés. Il faut normaliser les comportements à travers la maîtrise des sémiotiques corporelles, des postures, des attitudes. Ils nous apprennent à nous soumettre, à passer ces rites d’initiation d’entreprise en disant toujours « oui » avec la bouche, avec le corps, avec les vêtements, avec le visage.

Prolétarisation et expropriation des savoir-faire

Traditionnellement, par « prolétarisation » on entend un appauvrissement économique, mais aussi une perte du savoir-faire « exproprié » par une organisation du travail qui remplace l’activité de l’homme par des machines. C’était sûrement vrai, pendant longtemps, pour les ouvriers de l’industrie, et la sociologie du travail en a fourni des analyses détaillées. Est-ce vrai également pour les nouveaux métiers, hautement qualifiés et spécialisés que l’on rencontre dans le secteur de l’audiovisuel ? À croire ce que nous a rapporté un cadreur de trente-huitans, longuement interviewé, il semble que les nouvelles technologies de l’image fonctionnent exactement comme les machines dans l’organisation de la production industrielle :

« Le principe du chef-opérateur, c’est d’être maître de son image, du cadre, de la lumière. Avec la nouvelle caméra Red-One, tout cela a disparu. On n’a plus d’intervention subjective, on peut tout transformer en virtuel : la technique dépossède l’opérateur de son outil.
La caméra numérique a permis de se passer de lumière, avec des effets préprogrammés inclus dans les caméras (d’où un gain de temps car plus besoin d’aller chercher des projecteurs, et réduction du temps de tournage). Les caméras actuelles donnent donc une image basique, qui est ensuite retravaillée à l’étalonnage : c’est le même principe qu’avec un téléphone portable. Cela donne l’idée que tout le monde peut faire de la bonne image. Ces simplifications technologiques sont validées par les producteurs. À l’heure actuelle, ceux-ci veulent juste un bon niveau, une image propre. Ils ne cherchent pas une esthétique, qui demanderait de se procurer des projecteurs atypiques pour que le chef-op’ puisse travailler le contraste, la couleur ou le cadrage (ce sont ses trois outils) et prenne tu temps à créer du volume. »

Les nouvelles technologies changent à la fois l’esthétique de l’image et l’organisation du travail. De la même manière que les machines industrielles, les nouvelles technologies réduisent le nombre de salariés employés, en concentrant plusieurs tâches, autrefois distribuées entre plusieurs salariés, sur une même personne et augmentent ainsi la productivité.

« Or aujourd’hui, on en est arrivés à ce que le réalisateur filme, prenne le son et mette de la lumière quand il y a en a – parce que dans le docu-reportage, on n’a pas le temps. Aujourd’hui en télé, les postes d’ingénieur du son et d’électro ont disparu, sauf quand il y a une exigence de qualité, type grosse émission : Envoyé spécial, par exemple. Mais, il n’y a pas ces exigences pour les émissions de flux, les nouvelles chaînes de la TNT. On veut faire dire ce qu’on veut faire entendre en l’espace de trois minutes : ce n’est plus de l’artistique, c’est du journalisme, du tourné-monté. Ce n’est pas plus du travail de JRI (journaliste reporter d’images) que d’équipe. Le docu de création disparaît, l’opérateur disparaît, il est juste là pour remplir le vide, plus pour faire sens. »

À cette démultiplication des tâches exécutées par une seule personne, ne correspond pas une augmentation salariale, au contraire. L’introduction des nouvelles technologies détermine, au moins dans un premier temps, une dégradation des conditions de travail et de rémunération. Les Luddites ont été les premiers à se révolter, non pas contre les machines, mais contre l’utilisation capitaliste de la technologie. De la même manière, les salariés de l’audiovisuel, ne voient pas les machines comme un ennemi. Ils connaissent très bien leurs potentialités puisqu’ils les utilisent, par ailleurs et dans beaucoup de cas, pour mener leur « travail personnel ». Ils sont quand même témoins, à leur corps défendant, des effets qu’elles produisent une fois qu’elles sont finalisées à l’augmentation de la productivité (dans l’audiovisuel comme dans l’industrie) et subordonnées à la logique du profit.

« L’année dernière, en 2009, on m’a demandé de faire le chargé de production, le journaliste, l’opérateur, le preneur de son, et de filmer trois séquences dans trois milieux différents, le tout pour 250 euros. J’allais chercher le matos et je le ramenais le soir. C’était pour une boîte marseillaise qui faisait un truc pour Canal +, pour un festival dans les Dom-Tom. Un portrait de vie, d’humour, d’une chanteuse. Un tournage entre quatre et six heures de temps. J’ai occupé quatre postes en une journée : j’ai réussi, mais j’ai fini sur les genoux. À part la rencontre sympathique avec la chanteuse, j’étais dans une contrainte absolue. Physiquement, je ne serai plus capable de le refaire. La fois suivante, ils ont trouvé d’autres gens pour refaire la même « performance ». Dans les nouvelles boîtes, il y a des jeunes JRI qui bossent dix à quinze heures par jour : on leur fait miroiter que c’est une nouvelle boîte, quelle va se développer. Résultat, la boîte se fait racheter quelques temps plus tard et tout le monde est licencié. On est là pour produire une image propre, rapide efficace, c’est tout, et surtout ne pas contester les conditions de travail, sinon t’es giclé, direct. »

Lorsqu’on parle de prolétarisation, il ne s’agit en aucun cas d’une métaphore, puisqu’il se produit, dans ces secteurs des hautes technologies, de savoir-faire très spécialisés, des phénomènes semblables à ce qui s’est produit au moment de l’installation du travail à la chaîne : le savoir-faire a été transféré dans les machines et le travail.

Voici la description que donne une infographiste de cette nouvelle usine en open-space, où les écrans des ordinateurs remplacent les métiers à tisser ou les tourneuses fraiseuses d’antan :

« L’industrialisation des images de synthèse a fait naître de nouveaux espaces de travail, souvent sur le mode anglo-saxon. Ce sont des open-spaces, aménagés dans d’anciens hangars, voire des anciennes usines reconverties, où sont installés des centaines d’ordinateurs avec leurs infographistes.

La cadence est le premier des critères demandés, que ce soit dans le secteur du jeu, ou de la série télévisée. Pour le film, la deadline est plus souvent conditionnée à la sortie programmée en salles et/ou à la date d’étalonnage. Ce qui n’empêche pas un rush dans les dernières semaines avant la livraison. Peuvent alors s’instaurer les cadences infernales, temps supplémentaires pas payés la plupart du temps, travail le week-end payé en journée normale, ainsi que les jours fériés. Le volume de travail non rémunéré est considérable.

Ce secteur des images high-tech fait rêver beaucoup de gens : l’abus des employeurs y est devenu la norme.
Le lieu de travail est divisé en deux locaux distincts : Le secteur de luxe de la publicité est installé dans la salle dite de « ² »²Flame« ² »², du nom de l’ordinateur qui y trône. Les clients considèrent cette machine comme l’ustensile susceptible de réaliser leurs demandes de traitement d’images aussi extravagantes soient-elles. Cet ordinateur à programme en temps réel est installé dans une salle luxueuse, confortable, suffisamment vaste pour y trouver un coin salon lounge, un mini bar, un écran plat géant, en sus des deux écrans usuels du Flame. Les clients en pub payent très cher la prestation, et donc exigent une qualité de service technique comme d’accueil à la hauteur de leur investissement.

L’infographiste dédié au service de ce matériel vénéré est appelé u« ² »²nflamiste« ² »². Le flamiste est interchangeable, et il doit accepter dans sa mission d’obtempérer, à l’image de sa machine, sans délai ni discussion, aux remarques et aux désirs des clients. Ces derniers peuvent être un groupe comportant jusqu’à six personnes invitées à donner chacune une opinion.

Le Flame gère la totalité du clip publicitaire : on aura donc intégré dans sa mémoire pour ce faire l’ensemble du travail accompli en amont, c’est-à-dire la fabrication des éléments en 3D, des caches pour pouvoir incruster ou faire tous les changements possibles sur les éléments clefs, ainsi que les rushs de tournage conformés et montés. Le flamiste a donc tout en main pour livrer le produit finalisé sous la houlette des clients, et rendre possible leurs vœux.

On peut avoir plusieurs de ces salles appelées aussi« ² »²suites« ² »² dans un studio de post production. Comme dans un hôtel, la suite n’est pas dans la même catégorie de prix que les chambres.

Examinons maintenant le cœur de l’usine elle-même. Nous trouvons des salles à la surface identique à celles des suites de Flame, mais où peuvent s’entasser plusieurs dizaines d’ordinateurs et donc d’infographistes. Sorte de ruches où les gens fabriquent de l’image avec des horaires extensibles.
Le client de pub ne mettra jamais les pieds dans ces arrière-salles. Il ne connaîtra de la fabrication de l’image que ce qu’il a pu observer dans les suites Flame.

S’il y a une présentation particulière d’éléments à faire, l’infographiste peut être invité à pénétrer dans la suite, mais cette transgression est rare. Il y a suffisamment d’intermédiaires pour que cette pollution du sublime par le vulgaire ne se produise jamais.

Dans certaines boîtes de production, les infographistes mangent devant leur machine, faute de place ailleurs, mais aussi pour ne pas perdre de temps.
Les chargés de prod veillent à ce que l’infographiste dispose de tout pour travailler correctement, surveillent son travail afin d’éviter toute perte de temps, et rapportent au patron et aux clients l’avancée des travaux.

Dans ces boîtes-là, les chargés de prod ne comptent pas leurs heures de travail, et ne partent en vacances que lorsque leur teint commence à tourner au gris.

Le terme anglo-saxon utilisé pour qualifier ces chargés de prod est« ² »²floor manager« ² »² (le maître de plancher), le contremaître en somme. »



Notes :

[2] François Bilger, La Pensée économique libérale de l’Allemagne contemporaine, Paris, Pichon et Durand-Auzias, 1964, p. 186, cité par Michel Foucault dans Naissance de la biopolitique, op cit, p. 267).

[5] Ernest-Antoine Seillière, président du Medef à l’époque de la « refondation sociale ». Conférence de presse du 20 juin 2000.

[6] Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, op cit, p. 245.

[8] Les classes moyennes à la dérive,
Louis Chauvel, Le Seuil / République des idées, 2006

Après bien des soucis avec une Ville de Paris qui s’était pourtant engagée à nous reloger, la coordination a dû déménager pour éviter une expulsion et le paiement d’une astreinte. Nous sommes actuellement hébergés à la commune libre d’Aligre.

Pour partager infos et expériences, ne pas se laisser faire, agir collectivement,
passez aux permanences, les lundis de 15 à 18h au Café de la Commune Libre d’Aligre, 3 rue d’Aligre, Paris 12ème, Tel : 01 40 34 59 74

Beaucoup d’argent parce que je suis nombreux

La coordination avait déjà dû déménager pour éviter une expulsion et le paiement de 100 000 € d’astreinte. Provisoirement installés dans un local municipal exigu, nous demandons à tous de contribuer activement à faire respecter l’engagement de relogement pris par la Ville. Il s’agissait d’imposer un relogement qui permette de maintenir et développer les activités de ce qui fut un centre social parisien, alors que le manque de tels espaces politiques se fait cruellement sentir.

Pour mémoire : Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde.


mercredi 5 juin 2024

Vers une réplique du prolétariat et précariat européen

 

Vers une réplique du prolétariat et précariat européen

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Alors que les cheminots se mobilisent comme en 1995 pour une grève dure, il est nécessaire dès le début du mouvement de tout faire pour l'étendre au niveau de UE. En effet c'est bien l'UE qui dicte toutes les mesures réactionnaires contre le monde du travail. C'est donc à cette échelle qu'il faut agir, en premier les cheminots des autres pays, c'est bien, comme le fait un syndicat anglais de demander aux cheminots d'Eurostar de ne pas jouer les briseurs de grève, il serait mieux que ceux ci fassent la grève, de même pour la Deutsche Bahn qui avait subi neuf grèves en 2015 pour une question de représentativité syndicale. D'autant qu'en Allemagne, les salariés de l' industrie ont fait la grève en février chez Mercedes-Benz, Audi, Porsche et BMW ou chez le constructeur aéronautique Airbus, à l'appui de revendications portant sur les salaires et le temps de travail. Les arrêts de travail ont touché une centaine d'entreprises comptant environ 125.000 salariés et conduit à des arrêts de la production, a indiqué IG Metall. 260 entreprises ont été impactée. Les entreprises touchées sont des fleurons de l'économie allemande notamment dans le secteur automobile. Ce n'est certes pas tant ce qu'ils ont obtenus (4,3% d'augmentation sur deux ans) par accord le 6 février, c'est le lent réveil de la classe ouvrière allemande qui compte. En Belgique et en France, 300 hypermarchés et supermarchés sont touchés par un mouvement de grève pour la défense des emplois et du pouvoir d'achat. Chez Carrefour a démarré "très fort" en France, selon les syndicats. Plusieurs magasins ont été bloqués.

 Arrivent à la rescousse : les éboueurs, tout le secteur de la santé,les facs,les travailleurs de l' énergie, la mobilisation dans les EHPAD, sans oublier la masse de retraités qui ont manifesté le 15 mars au nombre de 30 000 sur Paris et d'autres en province. Pour les postiers qui s'épuisent depuis des mois dans des grèves perlées, c'est le moment de frapper fort, d'empêcher le licenciement de Gael Quirante déjà les postiers du 92 ont répliqués par la grève. Depuis plus de trois semaines de grèves les postiers de Gironde poursuivent leur grève, qui continue de s’étendre sur de nouveau bureau malgré et contre les briseurs de grève. Les pilotes d' air France ne lâchent rien comme la direction d'ailleurs. Air France voulait faire condamner les grévistes (affaire de la chemise) c'est Air France qui se trouve condamner pour emplois illicites.

Bien entendu Macron et ses sbires médiatiques vont crier à la grève pagaille, à la prise d' otages La mise en spectacle de la grève est déjà en action.

A partir du 3 avril tous les fers seront au feu, dans tous les secteurs en lutte les revendications seront à l'ordre du jour et notamment augmentation des salaires, retraites, chômage, baisse du temps de travail et santé pour tous, égalité de traitement femme/homme immédiatement... Si la grève s' étend et dure nous ferons tomber ce gouvernement non légitime et dictatorial.

A suivre

 

 

 

 

 

 

samedi 25 mai 2024

El sueño americano por 2$ la hora: Luchas obreras en Amazon Polonia

 Posted on 24 julio, 2016 in Internacional, Luchas and tagged , , , , , , .

rally20poznan20september2012202015
Traducción del artículo publicado en Échanges nº 155, primavera 2016.

Amazon es uno de los mayores vendedores de libros, distribuidores y proveedores de alojamiento en el web, famoso por sus amplias redes de logística y sus almacenes, donde los trabajadores recogen y transportan rápidamente los artículos que se envían a los clientes.

Al contrario de lo que dice Amazon, y de lo que los medios de comunicación repiten como loros, Amazon no ha revolucionado la venta y la distribución de mercancías, sino que se ha limitado a conjugar las nuevas posibilidades de la venta online con las viejas prácticas de la venta a distancia. Ha reducido los costes y los retrasos en las entregas mediante la mecanización, la estandarización y la taylorización del proceso logístico, creando así en sus almacenes de todo el mundo un entorno de trabajo explotador, con centenares de miles de empleos sin cualificación, pesados y aburridos.

Los parones en el trabajo, las huelgas de trabajo lento y demás acciones, demuestran que los trabajadores no soportan esta explotación de manera pasiva, sino que la hacen frente. Un ejemplo reciente de estas luchas es la que se ha producido en el almacén que Amazon abrió en septiembre de 2014 en Sady, a las afueras de Poznan, en el oeste de Polonia. El objetivo de este artículo es exponer las condiciones de trabajo y los intentos de los trabajadores por organizarse y oponer resistencia, así como concretar los retos y los problemas a los cuales se enfrentan los trabajadores y los militantes que les apoyan[1].

UNA EMPRESA GLOBALIZADA

Amazon empezó vendiendo libros en los Estados Unidos en 1994, pero hoy ofrece todo tipo de productos en numerosos países, desde productos electrónicos hasta alimentación, mediante su propia red de almacenes; y funciona como una plataforma de distribución en la que otros productores y empresas comerciales pueden vender sus productos[2]. Amazon también produce y vende aparatos electrónicos (Kindle, Echo…), ofrece música y películas en streaming, así como servicios de alojamiento y Cloud en la web, su sector más dinámico en este momento[3]. En Estados Unidos también ofrece servicios B2B (empresa a empresa), es decir, venta de máquinas y suministros a las empresas[4].

Amazon amplió su red de almacenes a Europa en 1999, primero en el Reino Unido y Alemania, luego en Francia, Italia y España. Desde 2004-2005, tiene almacenes en Japón y en China[5], y tiene previsto extenderse rápidamente a India[6]. Actualmente Amazon posee en todo el mundo más de 200 centros de distribución, de clasificación y centros llamados logísticos (FC, fulfillment center)[7]. La empresa aún no gana muchos beneficios porque –según su política de gestión– la mayor parte de las ganancias se invierten en el crecimiento de la propia empresa: nuevos centros logísticos, nuevas líneas de productos, nuevas tecnologías, etc[8]. Con un beneficio neto de 107 mil millones de dólares en 2015, Amazon es uno de los mayores distribuidores mundiales, aunque está bastante por detrás de Wallmart y sus 490 mil millones de dólares[9]. Sin embargo, mientras Wallmart cuenta con 2.2 millones de empleados a comienzos de 2015, Amazon sólo tiene unos 150.000 (a los que habría que añadir otros 100.000 durante el periodo de rebajas a finales de otoño)[10].

AMAZON EN POLONIA

En el contexto de su expansión por Europa, Amazon levantó 3 nuevos centros de logística en Polonia a finales del verano de 2014, uno en Sady, cerca de Poznan, y dos a las afueras de Breslavia, con la ayuda de subvenciones estatales[11]. De momento Amazon carece de una plataforma polaca para la venta online. Sus centros de logística en Polonia suministran al mercado de Europa occidental, sobre todo al alemán, que es el segundo mercado de Amazon en todo el mundo[12]. Los centros de logística de Polonia son completamente nuevos, situados en las periferias urbanas, en zonas industriales conectadas con Alemania mediante autopistas y aeropuertos cercanos. Las ciudades de Poznan y Breslavia tienen muy poco desempleo (fenómeno que varía mucho de una región de Polonia a otra), por lo que Amazon atrae trabajadores en un radio de unos 50/60 km. y organiza su transporte en autobús.

Al principio,  en Poznan-Sady, en septiembre de 2014, Amazon contrató directamente a los trabajadores, con contratos de 3 meses. Sólo les ofrecieron una corta formación durante algunos días. Muchos se convirtieron en fijos en diciembre. A partir de octubre empezaron a contratar eventuales mediante ETT (Manpower, Randstad y Adecco). Amazon emplea esta dualidad de la fuerza de trabajo para dividir a los trabajadores: los fijos llevan una identificación azul (el color corporativo), mientras los temporales, con contratos de semanas o meses, llevan un distintivo verde que revela que su estatus es diferente[13]. Hasta ahora los eventuales eran la mitad de toda la plantilla de los almacenes de Poznan-Sady en temporada baja, y su número se doblaba o triplicaba en temporada alta[14]. Hay igual número de hombres que de mujeres, aunque algunos servicios emplean a más mujeres y otros a más hombres. La mayor parte son jóvenes (veinte años) o ya entrados en años (más de 45), lo que se corresponde con la situación del mercado de trabajo: para los trabajadores jóvenes, se trata de su primer empleo o de un trabajo estacional, y para los mayores se trata de su última oportunidad de conseguir un empleo que cotice[15]. Hay algunos trabajadores extranjeros, sobre todo ucranianos. Quienes tienen permiso de trabajo y se defienden con el polaco trabajan en el almacén, el resto lo hace en la cantina o en la limpieza, servicios que están subcontratados[16].

Ayer tardé 5 minutos en ir a la cantina, y tardaron 20 minutos en servirme la comida. Por lo que contando los 5 minutos de regreso al puesto de trabajo, no tenía ni un minuto para comer[17].

En el almacén de Poznan el trabajo se organiza en dos turnos, día y noche. La semana laboral es de 4 días, 10 horas al día, más una pausa no remunerada de 30 minutos, y quizá horas extra. La semana laboral va de domingo a miércoles, de lunes a jueves o de miércoles a sábado, y se cambia de turno cada 4 semanas: cuatro semanas en el turno de día, y luego otras cuatro en el de noche.

Como en otras empresas de logística, los servicios se dividen entre la “recepción” y la “expedición”. En la recepción los trabajadores descargan camiones con toros elevadores, desembalan, escanean los albaranes y almacenan las mercancías.

La expedición consiste en recoger las mercancías de los estantes, es decir, reunir los artículos de un pedido, embalarlos y expedirlos, o sea, meterlos en camiones. Las máquinas que se emplean son las cintas transportadoras, los escáneres y los ordenadores. Esencialmente se trata de un trabajo “manual”, salvo cuando se emplean los toros elevadores para dejar o coger mercancías[18].

Cuando trabajo con demasiada lentitud, recibo una especie de SMS en mi escáner: “¡Trabaja más rápido!”[19]

Como hemos dicho, este tipo de trabajo no es completamente nuevo. Otros centros de distribución y logística también trabajan de la misma manera, incluso desde antes de que se introdujeran los sistemas controlados por ordenador: por ejemplo, los almacenes de las empresas de venta por correspondencia que envían catálogos a los clientes para que hagan sus encargos por teléfono o correo[20]. Amazon se ha valido de la estandarización de los sistemas de transporte (containers), del potencial de los servicios online (pedidos centralizados en plataformas online), así como de la taylorización y la restructuración del trabajo logístico (vigilancia digitalizada, códigos de escáner, cintas transportadoras dirigidas por ordenadores, robots capaces de apilar y coger mercancías, etc.).

Todos los servicios del FC de Poznan-Sady tienen unas determinadas cuotas de trabajo o pautas (número de artículos que supuestamente el trabajador debe manipular en una hora o durante su turno), el trabajo es más rápido y las cuotas son más rígidas en el departamento de expedición, pues se trata de los pedidos de los clientes, que se ven más afectados por los retrasos en la entrega que las labores de almacenamiento del departamento de recepción.

Amazon suele intentar aumentar las cuotas. Los directivos calculan supuestamente un mínimo individual sobre la producción media del 90% de los trabajadores más productivos. Este “mínimo” se emplea para meter presión directamente sobre los trabajadores, individualmente, y para amenazarles con el despido. Quien no llega al “mínimo” requerido debe mantener una reunión con los cuadros, llamada “feed-back”, y después de varias de estas reuniones, los trabajadores pueden ser despedidos[21].

La forma que tiene la dirección de establecer este “objetivo” colectivo, es decir, la cuota que deben alcanzar todos los trabajadores, no se conoce. Cuando todos los trabajadores del almacén logran llegar al “objetivo”, les pagan un plus en su salario[22].

La velocidad del trabajo, la presión, y muchas veces el propio trabajo manual, crean unas condiciones difíciles y tienen consecuencias en la salud de los trabajadores[23], y además el mecanismo de las cuotas que hemos descrito genería aún más presión, al aumentar constantemente los niveles de productividad, si los trabajadores no opusieran ninguna resistencia.

El salario inicial de los trabajadores del almacén del FC de Poznan-Sady era de 13 PLN (zlotis) la hora. Mensualmente, el salario base es de 2.000 PLN netos (480$, unos 450€)[24]. En 2015, el salario mínimo de Polonia era de 750 PLN brutos al mes (420$/390€)[25]. En Amazon los jefes de equipo ganan entre el 20% y el 25% más que los operarios rasos, mientras que los temporales tienen el mismo salario base pero no tienen derecho a los pluses.

En Poznan y Breslavia, los salarios de Amazon son ligeramente más elevados que en otras empresas, debido a la constante necesidad que tiene de atraer nuevos trabajadores de estas regiones en las que el paro es relativamente bajo, sobre todo a eventuales para la temporada alta. Pero si bien, en Polonia, una persona puede salir adelante con 2.000 PLN al mes, estos no son suficientes para alimentar y alojar a una familia con hijos.

ORGANIZACIÓN Y LUCHA EN POZNAN-SADY

Antes de que Amazon abriera sus almacenes en Polonia a finales de verano de 2014, los principales medios de comunicación polacos no hablaban solamente de la importancia de las inversiones y de los empleos creados, sino también de las miserables condiciones de vida que reinaban en los almacenes de Amazon de otros países. En Poznan-Sady, los empleados recibieron una formación impartida parcialmente por jefes de equipo venidos de otros países, mientras los jefes de equipo polacos fueron a formarse a los FC del Reino Unido y Alemania. Así pues, conocían todos los niveles salariales y las condiciones de trabajo en el extranjero.

Amazon nos dice: ¡Sois los mejores trabajadores de Europa! Y nosotros les preguntamos: ¿Entonces porque tenemos los salarios más bajos de toda Europa?[26]

Tras algunas semanas de trabajo, algunos empleados y jefes de equipo del FC de Poznan-Sady empezaron a discutir acerca de su descontento sobre las condiciones de trabajo y la posibilidad de organizarse y reivindicar algunas mejoras. Una de las propuestas fue formar una sección sindical en el almacén con la ayuda de alguno de los sindicatos que existen en Polonia. Por diversas razones, a los trabajadores no les gustaba el gran sindicato Solidaridad (Solidarinosc). Lo consideraban como una organización más bien pasiva e interesada en cuestiones reaccionarias de orden religioso y nacionalista más que en las luchas obreras. Existe también una diferencia cultural entre estos trabajadores, en su mayor parte jóvenes, algunos de los cuales tienen estudios y han trabajado en Europa occidental, y los de Solidaridad, a los que ven como “viejos sindicalistas con bigote”[27].

Buscaron algunas alternativas en internet y hallaron el sindicato de base Inicjatywa Pracownicza (IP, Iniciativa Obrera) en Poznan. No sabían nada acerca de este sindicato, pero leyeron en internet reseñas de las luchas militantes y de base en las que había participado, y el gato negro rebelde de su logo les gustó. Se organizó por correo y teléfono un primer encuentro entre los trabajadores de Amazon y los militantes de IP, hacia mediados de diciembre. Un trabajador cuenta que antes de la reunión en el local de IP, los trabajadores habían decidido que si su sede estaba en uno de esos edificios lujosos, eso querría decir que tenían trato con los “ladrones”, y se irían de allí. Felizmente, el local de IP es un minúsculo piso situado en un viejo edificio[28].

Algunos de los militantes de IP que habían contribuido a organizar campañas de apoyo también empezaron a trabajar en Amazon desde finales del verano de 2014[29]. Se empezaron a repartir en otoño octavillas sobre las condiciones de trabajo en Amazon, sin emplear el nombre ni el logo del sindicato.

No sería un mal empleo si no tuviese que trabajar de noche cada 2 meses. Cuando llego a casa no duermo. Tengo que llevar a los niños al colegio, limpiar y desayunar. A las 3 de la tarde tengo que estar en la parada del autobús. Duermo en el autobús[30].

Ambos grupos (los empleados descontentos y los militantes que trabajaban en Amazon) se reunieron en el parking del almacén de FC de Poznan-Sady el 16 de diciembre de 2014, con el objetivo de formar una sección sindical de IP en Amazon. Más tarde, el trabajo de organización se vio impulsado por la actividad y la energía de los trabajadores que no tenían ninguna experiencia en este tipo de movilización, y por algunos militantes que aportaban las competencias y la infraestructura necesaria para el registro de la sección, la redacción e impresión de panfletos, el trabajo sindical de cara a la dirección, etc.

Esta colaboración fue posible porque todos compartían la misma experiencia cotidiana de explotación sobre el terreno, y aquí podemos ver un ejemplar proceso dialéctico entre el militantismo y la capacidad de los trabajadores y de los militantes, basado no solo en una situación compartida, sino también en el objetivo común de luchar por mejorarla, sobre el principio de una auto-organización no jerárquica.

En tan solo un año, la sección sindical de IP en el Amazon de Poznan pasó de 20 miembros a 350 (mediados de febrero de 2016), sobre todo operarios fijos, una minoría de temporales y muy pocos jefes de equipo. La dirección de Amazon solo conoce los sombres de los 15 delegados elegidos, que el Estatuto del Trabajo polaco prohíbe despedir. Pero la dirección desconoce los nombres de los otros afiliados de IP, para evitar represalias[31]. Durante los primeros meses de 2015, la sección de IP redactó y distribuyó varios panfletos, en los que varios empleados contaban los problemas que tenían en el trabajo, informando sobre sus derechos, y más cosas. Los trabajadores, entre ellos algunos que no estaban en el sindicato, lanzaron una serie de peticiones que fueron firmadas por cientos de empleados. Los motivos quedaban reflejados en las propias reivindicaciones: contra el aumento de las cuotas, contra los cambios de los horarios de los turnos, contra el trabajo los días festivos… Reflejaban también la cólera generada por los bajos salarios y la dureza del trabajo a turnos en general.

Si estudiamos la estrategia de Amazon ante la sindicalización en los Estados Unidos, Reino Unido y Alemania, veremos que oscila entre el desprecio y los intentos de evitar el conflicto abierto, pasando por tentativas de aislar la actividad sindical y las maniobras anti-sindicales[32].

Pero en cualquier caso, Amazon nunca ha llegado a hacer concesiones oficialmente. Y eso es lo que ha pasado también en Polonia. Dado que IP es oficialmente el sindicato que representa a los trabajadores de Amazon en Poznan-Sady, Amazon está obligado a informar a la sección de algunos problemas referentes a los recursos humanos, como el despido de un empleado fijo, o sobre cuestiones de seguridad y salud[33].

Aunque Amazon suele respetar la ley, evita reconocer abiertamente que sus maniobras se deben a las exigencias y a las acciones de IP. Además, Amazon ha empezado a promover su propio órgano de representación para todos los empleados, organizando comités y reuniones (una especie de sindicato amarillo llamado Forum Pracownicze, Foro de los Trabajadores), tratando de debilitar otras formas de organización obrera.

TRABAJAR EN RED EN POLONIA Y MÁS ALLÁ

La sección de IP de Amazon ha conquistado centenares de miembros en el FC de Poznan-Sady y se ha convertido en el representante legal de la fuerza de trabajo, pero apenas está presente en los FC de Breslavia, donde es Solidaridad, con 100 afiliados, quien representa a los trabajadores. En Polonia, todos los FC pertenecen a la misma empresa, por lo que sería lógico que IP y Solidaridad trabajaran juntos, sean cuales sean sus desacuerdos políticos, en las cuestiones de las prestaciones sociales o de seguridad y salud. La sección de IP de Amazon trata de mantener contacto con los trabajadores y los delegados de Solidaridad que trabajan en Amazon, pero sus relaciones son tensas.

Solidaridad ha hecho varias declaraciones públicas en las que reprochaba a IP su “agresividad” e “irresponsabilidad”, presentándose a sí mismo como un sindicato abierto al diálogo y a la colaboración con la dirección, a favor de los intereses de la empresa[34].

Durante este tiempo, Amazon ha dado el mismo trato a Solidaridad que a IP, al menos oficialmente.

Dado que los FC de Polonia abastecen principalmente al mercado alemán, desde enero de 2015 la sección de IP en Amazon ha intentado entrar en contacto con los trabajadores de los almacenes de Alemania[35]. El gran sindicato alemán de servicios, Verdi, ha estado organizando pequeñas huelgas desde 2013. Su principal reivindicación consiste en exigir que Amazon firme el convenio colectivo de Verdi con los empleados de la industria alemana de venta al por menor y por correspondencia. Esto implicaría un aumento de salarios en Amazon, dado que según argumenta la propia compañía, estos están al nivel de las empresas del sector alemán de la logística. Aunque Amazon de hecho ha aumentado el salario a raíz de las huelgas, sigue negándose a firmar un acuerdo colectivo con Verdi.

Verdi es conocido por su política de “pacto social”, su control de las movilizaciones obreras y por poner fin a estas movilizaciones cuando amenazan con desbordar al sindicato[36]. La posición de Verdi en el comercio al por menor se ha debilitado, reduciéndose su número de afiliados (como en Karstadt o en Quelle). Algo en lo que también ha influido el crecimiento de nuevos vendedores como Amazon o Zalando, donde la sindicalización hace pocos progresos o que incluso oponen resistencia a la sindicalización[37].

Al mismo tiempo, sus afiliados cada vez están más descontentos con la forma que tiene Verdi de llevar las luchas en las empresas, y se giran hacia los sindicatos sectoriales (los de ferroviarios, los aeropuertos, o los de las compañías aéreas). Verdi necesita una campaña de movilización y de huelgas en Amazon para demostrar que aún puede obligar a los empresarios a “negociar” acuerdos y para mostrar a los trabajadores que realmente está dispuesto a apoyar largos enfrentamientos[38]. Las huelgas en Amazon nunca han sido totales, sino huelgas cortas y muy espaciadas, para no gastar los fondos de solidaridad de Verdi.

Cuando los militantes de IP contactaron con los FC de Amazon alemanes, no sabían bien qué esperar, dado que Verdi es también socio de Solidaridad dentro de la organización intersindical Uniglobal[39].

No obstante, los trabajadores afiliados a Verdi del FC de Bad Hersfeld, de Brieselang (cerca de Berlín) y de Leipzig estaban interesados en reunirse con la sección de IP y en fomentar los lazos directos entre trabajadores. Los trabajadores de Amazon en Bad Hersfeld en particular, parecía que ya habían tenido que defender su autonomía ante la burocracia de Verdi, y habían establecido contactos con grupos militantes ajenos a Amazon y los sindicatos, por ejemplo con la campaña blockupy en la cercana ciudad de Fráncfort[40].

¡Podemos llegar a expedir 800.000 pedidos! ¡Daos cuenta de que esto es todo un logro! ¡Los ingleses, los alemanes y los franceses nos envidiarán! (Anuncio de Amazon en el FC de Poznan-Sady)[41].

Desde marzo de 2015, se han organizado varias de estas reuniones transfronterizas entre trabajadores de Amazon, en Polonia y Alemania, reuniendo entre 10 y 30 empleados de Poznan-Sady, Bad Hersfeld, Brieselang y Leipzig, además de otros militantes que les apoyaban. Se decidió de común acuerdo que las reuniones no serían citas oficiales entre IP y Verdi, y que se desarrollarían al margen de la jerarquía sindical, es decir, que serían verdaderas reuniones de trabajadores.

Los efectos de estas pequeñas reuniones de base no deben subestimarse. En el FC de Poznan-Sady, han cambiado la percepción que se tenía de los empleados de Amazon en Alemania, pues ya no les veían como trabajadores bien pagados o competidores, sino como trabajadores con problemas similares (cuotas, presión, etc.) y que han estado incluso en huelga contra la dirección. En Alemania, los trabajadores han sufrido cambios similares: cuando se abrieron los FC polacos, muchos empleados de Amazon en Alemania temían que Amazon deslocalizase los almacenes a Polonia, “donde los salarios son bajos”, pero tras tomar contacto con los trabajadores de Polonia y ver su militantismo, han aprendido a considerarlos como aliados potenciales contra un enemigo común[42].

LAS HUELGAS DE TRABAJO LENTO DE JUNIO DE 2015

Lo más sorprendente a estas alturas es que estos trabajadores “transfronterizos” ven las cosas de una forma nueva. A finales de junio de 2015, Verdi desencadena una nueva huelga en los FC alemanes, y la dirección de Amazon de Poznan-Sady exige a sus empleados que hagan una hora extra durante dos días, al acabar su turno. Cuando se producen huelgas en Alemania, Amazon deslocaliza frecuentemente el tratamiento de los pedidos a otros FC, y también en casos de desabastecimiento o problemas de suministro (a causa del tiempo, por ejemplo).

Gracias a estos nuevos contactos transfronterizos los trabajadores de Poznan sabían que sus horas extra se debían a la huelga en Alemania, y la sección de IP difundió esta información ampliamente en su tablón de anuncios y mediante panfletos. En el FC de Poznan-Sady, la tensión estaba creciendo desde hacía varios meses, y las exigencias y las movilizaciones de IP ya habían engendrado un saber y una experiencia colectiva. Varios días antes de las horas extra previstas, los trabajadores y los jefes de equipo sabían que algo iba a suceder. En el trabajo, en el autobús, e incluso en Facebook, los trabajadores intercambiaban ideas acerca de la manera de ralentizar el proceso de trabajo. La dirección, pues, estaba prevenida. Durante el turno de noche entre el día 24 y el 25, los delegados de IP llegaron con las camisetas de huelga del sindicato Verdi que acababan de recibir del FC de Bad Hersfeld. Con la esperanza de desembarazarse de los potenciales cabecillas, los cuadros mandaron a algunos delegados de IP a un curso de formación. Mientras, el resto de trabajadores estaban decididos a proseguir su acción. Habían descubierto un cuello de botella en el flujo de trabajo, que podía servir para aumentar los efectos de la acción. En una parte del departamento de preparación de pedidos, los trabajadores deben colocar los artículos sobre un contenedor y poner este en una cinta transportadora. Aquella tarde, en lugar de meter varios artículos en cada contenedor, empezaron a meter uno solo en cada. Así, durante la hora suplementaria del turno de noche, la cinta estaba llena de estos contenedores con solo un artículo, que terminaron por colapsarla y caerse. Cuando se amontonaban los contenedores y los artículos había que detener la cinta, todo bajo la atenta mirada del jefe de servicio, que, esperando que algo sucedería aquel día, estaba aquella noche en el almacén vigilando. Se produjeron acciones similares en otras secciones del FC.

Esta huelga de trabajo lento era de carácter salvaje y no estaba convocada oficialmente por la sección de IP. Se trataba de una acción de desorden auto-organizada por los trabajadores descontentos, sin anuncio oficial y sin lista de reivindicaciones. Involucró a decenas de trabajadores, buen número de los cuales no estaba afiliado a IP ni tenía experiencia en este tipo de lucha. Según los trabajadores que participaron, la huelga de trabajo lento reflejaba tanto la cólera causada por los problemas en el FC de Poznan-Sady, como su solidaridad con la huelga que se desarrollaba en ese preciso momento en Alemania. Insistían en el hecho de que no querían hacer de “rompe-huelgas”.

La noticia se extendió rápidamente por el almacén, generando una gran excitación, puesto que los trabajadores habían demostrado, tanto a sí mismos como a la dirección, que a partir de entonces no iban a aceptar todas las órdenes[43].

Este incidente es destacable en la medida en que se trata de un raro ejemplo de solidaridad transfronteriza, no de una declaración de solidaridad descarnada procedente de los burócratas sindicales, o bajo la forma de un pequeño reagrupamiento de militantes ante las oficinas de una empresa, sino que es una acción directa de los trabajadores en su centro de trabajo, en la que han corrido riesgos y han mostrado determinación para resistir. En Alemania, los trabajadores de Amazon que habían participado en los encuentros transfronterizos se quedaron estupefactos y felices a la vez. Desde entonces, se ha hablado alguna vez de ofrecer un apoyo idéntico por parte de los FC alemanes a las acciones de los colegas de Poznan-Sady, pero de momento no ha pasado nada.

Los medios de comunicación polacos y algunos medios extranjeros se han referido a la huelga de trabajo lento como la primera expresión de militantismo obrero en los FC polacos de Amazon[44]. Solidaridad, mientras, jugó el papel de sindicato serio. Su sección de prensa de los almacenes de Breslavia emitió una nota algunos días después condenando la acción.

La dirección de Poznan-Sady empezó a interrogar a los trabajadores que habían participado en la acción, sancionando de empleo y sueldo a 5 y despidiendo a 2. Otros empleados cedieron a la presión y firmaron un acuerdo de despido. La dirección no se ensañó con los militantes conocidos, sino que trató de aislarlos, reprimiendo a los trabajadores no organizados. Ello no impidió que una mujer declarara en el interrogatorio: “Si nos vuelven a obligar a hacer horas extra, lo volveré a hacer”. Dos trabajadores demandaron a Amazon en los tribunales laborales, pidiendo el reingreso y apoyados por IP[45].

Como hemos dicho, la huelga de trabajo lento no fue reconocida oficialmente por IP, pues hacerlo es correr el riesgo de ser demandado ante el tribunal, dado su carácter “ilegal”. La declaración de condena de la huelga emitida por Solidaridad días más tarde, demuestra que los trabajadores no pueden esperar ningún apoyo por parte de este sindicato. Tras estos acontecimientos, la actitud de Amazon hacia IP se ha vuelto más hostil. En el trascurso de una reunión de todos los empleados del FC de Poznan-Sady, uno de los jefes de Amazon declaró que la empresa “prefería hablar directamente con los trabajadores, mejor que a través de los sindicatos”.

IP empezó oficialmente un proceso de negociación colectiva con Amazon al día siguiente de la huelga de trabajo lento, y presentó las reivindicaciones de los trabajadores, que incluían un aumento de los salarios (16 PLN la hora) y pausas más largas. A finales de verano y comienzos de otoño de 2015, varias reuniones de negociación resultaron fracasadas, debido a que la dirección de Amazon no trataba de satisfacer las reivindicaciones ni de llegar al menor compromiso, ni siquiera estaba dispuesto a firmar un acuerdo oficial con IP.

Amazon declaró la negociación rota, cuando acababa de empezar. Parece que trataban de impedir que IP desencadenara un parón legal de 2 horas, de advertencia, mientras se producía la negociación. No habría sido difícil organizar esta huelga, que además habría logrado movilizado a los trabajadores. Con el proceso de negociación oficialmente cerrado, IP se verá obligado a implicarse en el proceso legal que conlleva convocar una huelga formal: el voto mayoritario a favor de la huelga en todos los FC polacos, incluidos los de Breslavia. De momento no es seguro que la sección de IP de Amazon vaya a adoptar esta vía. Aún no sabe si logrará suficiente apoyo dentro de la empresa, y probablemente tenga que contar con el aval de Solidaridad para conseguir el voto a favor de la huelga.

Mientras, las discusiones entre los trabajadores de la sección sindical de IP de Amazon se centran en su presencia cotidiana en la empresa y en su frecuente actividad (reclamaciones, reparto de octavillas), más que en la convocatoria de una huelga formal. Por un lado, esto se debe a que las huelgas que se han producido en Alemania no han desembocado en ningún acuerdo con Amazon. Por otro lado, la presencia cotidiana y la presión constante parecen esenciales, dado que las acciones y los esfuerzos de movilización pasados han producido de hecho resultados. Amazon subió el salario por hora a 14 PLN (en Poznan y en Breslavia) algunas semanas después de la huelga de trabajo lento, y subió los pluses a finales de otoño de 2015. Supuestamente estos aumentos nada tienen que ver con las protestas de los trabajadores. Además ha llegado a anular o retrasar ciertas decisiones, como los cambios de horario, después de que los empleados expresaran abiertamente su descontento.

LOS DESAFÍOS A LOS QUE SE ENFRENTA EL SINDICATO DE TRABAJADORES DE POZNAN-SADY

A principios de 2016, tras la temporada alta de antes de Navidad y un año después de los inicios de los intentos de movilización, los trabajadores de la sección de IP de Amazon se enfrentan a varios problemas espinosos relacionados con el estatus de IP como sindicato, la situación del FC de Poznan-Sady y la estrategia a emplear ante la dirección de Amazon:

Comunicaciones y asambleas: A los trabajadores de IP de Amazon les es difícil reunirse en asamblea general. Primero, porque debido al sistema de turnos no tienen días libres comunes que permitan acudir a todos; segundo, porque tras 10 horas de trabajo y otras 4 de transporte, los trabajadores están agotados (y algunos aún no han terminado su jornada, pues tienen hijos, etc.); tercero, muchos trabajadores no viven en Poznan, ni en las cercanías, y no tienen coche. Estas asambleas son necesarias, sobre todo por el hecho de que los miembros de IP están casi todos en el mismo turno y en ciertos departamentos del FC de Poznan-Sady. La movilización de los trabajadores de otros turnos y otros departamentos ha progresado un poco en el FC de Poznan, y últimamente también en los de Breslavia, pero aún no se ha llegado a un equilibrio.

Cientos de asalariados han sido despedidos ya de un día para otro, y el resto vive en la inseguridad permanente, pues no saben si continuarán. A los trabajadores no les gusta que les dividan entre buenos y malos empleados[46].

Relaciones entre los fijos y los eventuales: La mayoría de los trabajadores de la sección de IP son fijos contratados por Amazon, mientras que los eventuales, que son una importante fracción de la mano de obra total, están sub-representados.

Es cierto que la mayor parte de los eventuales, salvo raras excepciones, solo trabajan en Amazon durante cortos periodos. No tienen mucho tiempo para involucrarse en las movilizaciones, y ellos mismos dicen que no quieren unirse a IP porque su trabajo es temporal.

Muchos de ellos están descontentos con sus condiciones de trabajo y su estatus precario, y muchos esperan también lograr un empleo fijo en Amazon, lo que les lleva a trabajar duro y a hacer subir las cuotas. Esto conlleva a veces conflictos con los fijos, menos precarios, y que tienen más “control” sobre las cuotas.

Estas relaciones se complican aún más durante la temporada alta antes de Navidad, cuando a los fijos les asignan los puestos “más fáciles” sin cuotas, mientras que los temporales son contratados para cubrir los puestos “más duros”, con más presión. A comienzos de 2016, la presión sobre los fijos ha aumentado y se les han asignado tareas con cuotas. Si trabajan lentamente o cometen errores pueden ser sancionados. En algunos casos los trabajadores de las ETT llegan a supervisar el trabajo de los fijos.

La sección de IP en Amazon conoce bien el problema de la precariedad de los temporales y organiza asambleas ante las oficinas de la empresa de trabajo temporal Adecco en Poznan y Varsovia[47]. Y también reclama a Amazon que limite el número de trabajadores temporales en relación a la mano de obra total, sin proponer cifras concretas y sin que Amazon haya hecho amago de reaccionar. Evidentemente, Amazon pretende seguir dividiendo a la mano de obra; gracias al contingente de eventuales la dirección puede contratar y despedir según varíen las ventas, y gracias a los fijos conserva el saber y las competencias necesarias para que los almacenes funcionen. Además, Amazon seguirá empleando eventuales para acelerar el ritmo de trabajo y meter presión a los fijos, al menos mientras los trabajadores, sean fijos o eventuales, no pongan fin a esta práctica[48].

Los trabajadores fijos están agotados: Durante el año trascurrido, algunos trabajadores fijos de la sección de IP de Amazon han dejado el trabajo porque no aguantaban más o porque han encontrado uno mejor. Muchos de los que siguen activos en la sección llevan en Amazon más de un año, es decir, trabajando 4 semanas en turno de día y otras 4 en turno de noche, están cansados y agotados. Al igual que les sucede al resto de trabajadores fijos, las bajas por enfermedad se disparan, sobre todo en la temporada alta de antes de Navidad. En esa época había el pasado año varios trabajadores de la sección de IP de Amazon que estaban de baja, lo que conlleva dificultades para la movilización y la lucha. Por ejemplo, pocos trabajadores participaron en la asamblea organizada ante el FC de Poznan-Sady a mediados de diciembre de 2015[49].

Estrategias eficaces contra los límites legales: La sección de IP de Amazon se ha metido en un proceso de movilización que no solo ha provocado un conflicto abierto con la dirección (sin entrañar ninguna concesión por parte de la empresa), sino que también ha proporcionado la base para acciones salvajes, como la huelga de trabajo lento.

IP no puede hacerse responsable de este tipo de acciones “como sindicato”, mientras que las medidas que puede llevar a cabo “como sindicato” parece que tienen poco efecto. Los trabajadores de Amazon de Poznan-Sady han llegado a la conclusión de que acciones como la huelga de trabajo lento permiten ejercer una presión directa e inmediata sobre Amazon, aunque impliquen riesgos para los trabajadores que participan en ellas. Esta es también una de las lecciones de las huelgas de Amazon en Alemania. Durante un encuentro de trabajadores en Poznan, uno de los militantes del FC de Bad Hersfeld insistió en el hecho de que según su experiencia, las acciones espontáneas de los trabajadores en la empresa interrumpen el flujo de trabajo y molestan más a la dirección de Amazon, pues al no estar preparada no puede reprogramar los pedidos a otro FC (como suele hacer antes y durante las huelgas anunciadas). Además, la cohesión de los trabajadores de la sección de Verdi en Bad Hersfeld y la imprevisibilidad de algunas de sus acciones han conseguido mejorar sus condiciones de trabajo[50].

Y aún queda la cuestión más general, que no afecta sólo a los empleados de Amazon: ¿cómo establecer una estrategia de lucha a largo plazo y eficaz contra una empresa como Amazon, teniendo en cuenta por una parte los límites y la previsibilidad de las acciones que convocan los sindicatos oficiales, y por otra parte la eficacia de las acciones salvajes?

Amazon contrataca: Por regla general, la estrategia de Amazon frente a los sindicatos oscila entre la indiferencia ante las movilizaciones y las exigencias de los trabajadores y una activa política anti-sindical. La actividad de la sección de IP de Amazon no ha provocado perturbaciones duraderas en el proceso de trabajo, si bien la huelga de trabajo lento de junio de 2015, el proceso de negociación colectiva y el conflicto subsiguiente, o los conflictos abiertos durante las asambleas de trabajadores de Amazon, así como una serie de artículos críticos en los medios de comunicación en los que ha participado IP, han ido engendrando cada vez más tensión entre la dirección de Amazon y los delegados de IP, y es de esperar que se produzcan más conflictos en los próximos meses. Por ejemplo, según la ley sindical polaca, un empresario está obligado a suministrar una habitación en la empresa para la sección sindical, pero Amazon trata de mantener la actividad sindical al margen de los almacenes y ha ofrecido una habitación externa; y aunque hasta ahora los delegados podían usar sus “horas sindicales” para acudir al lugar de trabajo, Amazon ahora ya no les deja; y durante las últimas semanas varios delegados de IP han sido sancionados y rebajados de categoría, es decir, les han asignado tareas más pesadas[51].

Si los trabajadores simpatizantes de IP lograran mantener la presión sobre Amazon, quizá la dirección redoblaría su agresividad.

EXTENSIÓN DE LA LUCHA

Amazon ha seguido extendiendo su red de almacenes y centros logísticos en Europa del Este, abriendo un nuevo FC en Dobrovice, cerca de Praga, en otoño de 2015, y recientemente ha anunciado el proyecto de otro FC en Polonia[52]. Es más importante que nunca lograr que progrese la lucha de los trabajadores, la movilización transfronteriza y la solidaridad.

Actualmente, la colaboración entre los trabajadores de Amazon de Poznan-Sady y los de los diferentes FC alemanes es prometedora. No obstante, los secretarios sindicales del sindicato alemán de servicios Verdi intentan frecuentemente debilitarla o acabar con ella, con el argumento, entre otros, de que IP no forma parte de la organización intersindical Uniglobal, como es el caso de Solidaridad[53]. En realidad, parece que los dirigentes de Verdi temen que sus propios militantes queden contaminados por el sindicalismo de base de IP. Verdi no puede pasar por alto el hecho de que, sobre el terreno, IP tiene más éxito en las movilizaciones en Amazon que Solidaridad, a pesar del apoyo de Uniglobal a éste último. Durante este tiempo, Solidaridad considera a IP como un competidor, y le critica públicamente por sus posiciones y su política “radical”[54].

Los trabajadores deben rechazar estos intentos de los dirigentes sindicales de debilitar su capacidad de autoorganización.

El último encuentro transfronterizo de trabajadores de Amazon (al que acudieron trabajadores de Polonia y Alemania) se celebró en Berlín del 18 al 21 de febrero de 2016. Actualmente están tratando de entrar en contacto con trabajadores de otros países como Francia, Italia, República Checa y España, pero estos intentos de momento no han logrado movilizar a los trabajadores de estos países[55].

Los trabajadores de la sección sindical de IP en Poznan-Sady insisten en el hecho de que es esencial entrar en contacto con trabajadores de otros países en los que Amazon también tiene grandes almacenes: Estados Unidos, Reino Unido, Japón y China.

Ralf Ruckus, marzo 2016.


[1] “El sueño americano por 2$ la hora” es el título de un artículo de un periódico polaco, Gazeta Wyborcza. Una traducción alemana de una versión de este artículo se publicará en Sozial.Geschichte Online. Hay otra versión en inglés en la web Jaconbin. El artículo se basa en la experiencia colectiva de los trabajadores del almacén de Amazon de Poznan-Sady y en las discusiones que el autor lleva manteniendo con ellos desde el verano de 2014, cuando se organizaron para empezar a resistir. No obstante, la información que se ofrece, así como la interpretación, son responsabilidad del autor. El artículo se limita a documentar la actividad de los trabajadores de este almacén de Amazon, y queda pendiente una discusión política y estratégica acerca de los intentos de organización y los aspectos generales de la lucha de clases en la región, así como un análisis exhaustivo del desarrollo de Amazon en otros países, como Alemania, y por ejemplo los conflictos entre los trabajadores y el sindicato alemán de servicios, Verdi.

[2] Actualmente Amazon tiene previsto hacerse también cargo del transporte (al menos una parte), montando su propia flota de vehículos, aviones y quizá de drones. Para más información, consultar este artículo.

[3] Sobre estos servicios de alojamiento y Cloud, consultar esta página.

[4] Más información sobre la plataforma para empresas aquí.

[5] En China, Amazon ha tenido dificultades para extenderse, debido a la competencia de Alibaba. Gestiona una tienda online dentro de la web de Alibaba, taobao.com.

[6] Véase este artículo de Angry Workers of the World.

[7] Se puede consultar una lista de los centros de Amazon aquí. Los FC son los centros donde se cumplimentan las demandas de los clientes. Se trata de un sistema de pilas de depósito unidas por citas transportadoras, dispuestas para miles de puestos de trabajo, donde se reciben, se apilan, se preparan, se embalan y se expiden las mercancías.

[8] Este aspecto ha sufrido alguna modificación, quizá temporal, pues Amazon ha logrado beneficios en 2015 gracias en parte al éxito de sus servicios web. Véase este artículo.

[9] En referencia al beneficio neto de Amazon y Wallmart en 2015, se puede consultar también este artículo.

[10] Amazon continúa creciendo, y según las últimas cifras tiene 230.000 empleados fijos en plantilla y ha contratado 100.000 temporales en EEUU.

[11] Los 2 almacenes de Breslavia están incluidos dentro de una zona económica especial en la que las empresas, entre otras cosas, pagan menos impuestos.

[12] El primero son los Estados Unidos, y tras Alemania vienen el Reino Unido y Japón.

[13] Algunos eventuales son contratados directamente por Amazon, pero llevan la identificación azul. Lo normal es que los nuevos provengan de las ETT, con contratos de 4 semanas, como los que estaban trabajando en enero de 2016. Pero los eventuales a menudo son despedidos antes de acabar su contrato, a veces incluso mediante un simple SMS que dice que no hace falta que vuelvan al día siguiente. Pocos logran que sea Amazon quien les contrate temporalmente, y son menos aún quienes logran un contrato fijo.

[14] Por ejemplo, según las estadísticas de la empresa, en octubre de 2015 Amazon tenía alrededor de 1.700 fijos (distintivo azul) y 1.600 eventuales (verde) en el FC de Poznan-Sady. Más de 2.000 eventuales adicionales fueron contratados en noviembre, para la temporada alta de Navidad. A mediados de enero de 2016 los fijos seguían siendo 1.700, pero los eventuales eran 2.400. En los FC de Breslavia, las cifras son de 700 y 1.600 fijos frente a 1.000 y 2.000 eventuales respectivamente, en una época en que ya se había despedido a muchos eventuales. Según las estadísticas, Adecco ha suministrado a Amazon 8.000 trabajadores, un 20% de los cuales ha trabajado allí más de una vez (conversación con un antiguo trabajador de Adecco en Poznan en febrero 2016). En Alemania Amazon busca trabajadores en las ETT, pero los contrata directamente la propia compañía. En los FC de Leipzig y Bad Hersfeld, por ejemplo, casi todos los trabajadores son fijos y pocos son temporales. Antes de navidad hicieron más contratos fijos, alrededor de un tercio de la mano de obra total (discusión con trabajadores de Leipzig y Bad Hersfeld en febrero de 2016).

[15] De hecho, las condiciones de trabajo en otros almacenes de Poznan son peores que las de Amazon, tanto en términos de salario como en convenios. Otras empresas sólo ofrecen “contratos de mierda”, contratos por obra que no se rigen por el estatuto del trabajo. Algunos trabajadores de Amazon dicen haber estado trabajando así durante 10 años, y que Amazon fue la primera empresa que les ofreció un contrato de trabajo.

[16] Según un trabajador, los que trabajan en la limpieza tienen alojamiento gratis y ganan casi tanto como los trabajadores de Amazon.

[17] Trabajador de Amazon en Poznan-Sady, citado por Gazeta Wyborcza.

[18] En algunos almacenes Amazon emplea robots para algunos servicios, pero sólo en tareas específicas. Por tanto, la actividad esencial de los trabajadores consiste en un trabajo no cualificado, recoger con rapidez, escanear, correr, verificar la información en la pantalla, etc.

[19] Trabajador de Amazon en Poznan-Sady, citado por Gazeta Wyborcza, 17 de diciembre 2015.

[20] El autor participó en una encuesta en Leipzig, Alemania, a mediados de los años 90. Una de las empresas estudiadas fue el almacén y el servicio de expedición de la gran empresa de venta por correspondencia Quelle. La organización y el desarrollo del trabajo eran muy parecidos a las de los actuales FC de Amazon. Se puede consultar el informe en Wildcat-Zirkular nº23, enero 1996.

[21] De hecho, hasta ahora en Poznan-Sady nadie ha sido despedido tras estas reuniones, aunque se suele amenazar con ellos a los trabajadores. Antes de despedir a un trabajador (bien por infracciones, por no llegar a los objetivos, etc.) la dirección le suele presionar para que firme un “acuerdo” de finalización de contrato.

[22] Según un documento de Amazon con fecha del 1 de agosto de 2014, esta prima puede variar: 1% del salario si el almacén llega al 95%-97.5% del objetivo; 3% si se llega al 98%-99.9%; 5% si se llega al 100%-104%; y por encima del 105%, el plus es del 7% del salario.

[23] Véase este artículo.

[24] En los almacenes de Breslavia el salario era de 12.50 PLN la hora. Más tarde, los salarios de los centros de Polonia pasaron a 14 PLN la hora. Hoy día 14 PLN equivalen a 3.50$/3.20€. Los salarios por hora en Alemania o en los Estados Unidos son 3 o 4 veces mayores: 10-11$ en EEUU y 10-12€ en Alemania.

[25] El SMI polaco alcanzó los 1.850 PLN en enero de 2016. Tras pagar impuestos, a los trabajadores les quedan unos 1.300-1.400 PLN. En Amazon, los salarios varían en cada almacén, pues la empresa se basa en el nivel de los salarios locales, y ajusta sus salarios a ellos automáticamente.

[26] Extracto de un volante de los trabajadores de Amazon en Poznan, 16 diciembre 2015.

[27] Expresión empleada por uno de los trabajadores.

[28] IP es un sindicato legal que cuenta con unos 1.000 miembros. Se formó en 2004 gracias a los esfuerzos de trabajadores militantes de izquierda descontentos con Solidaridad y otros sindicatos, y militantes anarquistas que estaban empezando a participar en luchas obreras. Se organiza según los principios de la democracia directa y no tiene liberados permanentes ni remunerados. Más información aquí. Sobre la participación de IP en anteriores luchas se puede consultar este artículo.

[29] Consultar la entrevista con un militante de IP trabajador de Amazon en Wildcat nº 99 (invierno 2016) y Echanges nº 154, pag.51.

[30] Trabajador de Amazon en Poznan-Sady, citado por Gazeta Wyborcza, 17 de diciembre 2015.

[31] A pesar de lo que prescribe el Estatuto del Trabajo, es normal que la empresa despida a los trabajadores sindicados. Los tribunales polacos actúan con lentitud en los casos de despido ilegal, y en general las empresas terminan pagando los salarios sin verse obligadas a reingresar al trabajador en su puesto.

[32] Sobre la política sindical de Amazon en los EEUU, ver este artículo y este otro. En Alemania, grupos de trabajadores a favor de Amazon se opusieron abiertamente a la campaña del sindicato de servicios alemán Verdi, aparentemente con el apoyo de la dirección.

[33] Según el Estatuto del Trabajo polaco, un sindicato se considera representativo si sus afiliados llegan al 10% de la fuerza de trabajo, o si es el único o el mayor sindicato en lo que respecta al número de afiliados.

[34] Los trabajadores adheridos a IP en Poznan-Sady declararon en el transcurso de una reunión en Berlín en febrero de 2016 que los trabajadores afiliados a Solidaridad en Breslavia les habían confesado que a ellos les gustaría apoyar sus acciones y reivindicaciones, pero que no podían tomar ese tipo de decisiones, dado que quienes las tomaban eran los cuadros regionales del sindicato Solidaridad.

[35] Durante este tiempo, los FC de Polonia y República Checa se han vuelto extremadamente importantes para Amazon Alemania. Según los delegados de Verdi, estos FC se encargan del 50% de los pedidos de Alemania, y en la temporada alta de Navidad, los FC de Alemania solo tramitan los envíos urgentes (“Prime” y “Express”), mientras el resto se envían desde Poznan, Breslavia y Praga (discusión durante una reunión en Berlín, febrero 2016).

[36] Hay dos ejemplos, las huelgas de los trabajadores del comercio al por menor de 2008, y la de los trabajadores de los jardines de infancia, así como la de los carteros en 2015. Algunos videos de las huelgas de los trabajadores del comercio al por menor en las que ha participado Verdi se pueden consultar aquí. Sobre la táctica de Verdi en las huelgas de los trabajadores de los jardines de infancia y los carteros, se puede leer este artículo.

[37] De 2001 al 2014 Verdi ha perdido 750.000 afiliados, pasando de 2.8 millones a tan solo 2.

[38] No tenemos tiempo aquí para analizar con detalle las huelgas en Amazon Alemania. Empezaron con acciones más bien improvisadas y parcialmente autoorganizadas de trabajadores descontentos, como la corta huelga en el FC de Leipzig en 2011 y las acciones más militantes durante la campaña de movilización de Verdi en el FC de Bad Hersfeld en 2011 y 1012. Más tarde, los secretarios del sindicato profesional impidieron algunas acciones que consideraban demasiado radicales. Sobre el trasfondo de la sindicalización lograda en los FC de Amazon en Alemania y las huelgas puntuales en 8 de ellos desde 2013 (la primera vez que Amazon se enfrentaba a una huelga), existe un conflicto latente entre los militantes de base y los secretarios de Verdi. Un trabajador de un FC alemán declaró que los secretarios “no escuchan a los trabajadores”, sino que toman sus propias decisiones. Al menos en los FC de Leipzig y Bad Hersfeld los trabajadores activos sobre el terreno suelen lograr arrancar concesiones a Verdi, pero las decisiones que conciernen a las tácticas y las fechas de las huelgas las continúa tomando el comité central de Verdi y no los propios huelguistas.

[39] Página web de Uniglobal.

[40] La campaña blockupy y la reunión con los trabajadores de Amazon.

[41] Gaceta Wyborcza, 17 diciembre 2015.

[42] Se puede ver un documental en Labournet.tv.

[43] Al día siguiente, anticipándose a la hora extra, algunos trabajadores se pusieron enfermos o se tomaron un día de permiso para no hacer de “rompehuelgas”. No obstante, hay que reconocer que no todos los empleados apoyaban la huelga, y otros dijeron más tarde que estaba mal preparada, que había riesgos, etc.

[44] Por ejemplo aquí y aquí. Es curioso que algunos medios polacos continúen hablando de la situación de Amazon en Poznan y en Breslavia de manera crítica en lo que respecta a las condiciones de trabajo y los salarios, y que incluso muestren una cierta simpatía hacia la actividad de IP, a pesar de que su logotipo y su lenguaje radical les sitúa entre los sindicatos anarquistas.

[45] El juicio se celebró en febrero de 2016, pero aún no se ha dictado sentencia.

[46] Informe de IP sobre la asamblea en el FC de Poznan, 16 de diciembre 2015.

[47] Consultar este artículo y este otro.

[48] Sin duda seguirá siendo difícil movilizar a los eventuales en la sección de IP de Amazon, dados sus cortos contratos. Además movilizarles en una sola empresa no es necesariamente una buena idea. Un análisis del trabajo temporal y de la situación general, de los intereses y de las luchas de los eventuales en toda la región, podría servir de base para la formación de un marco (suplementario) para la movilización y la lucha de los eventuales más allá de los límites de la empresa.

[49] A pesar de todo, los medios de comunicación se hicieron eco de la noticia, lo que ha provocado la reacción de Amazon ante algunos de los problemas que plantea IP, como la situación de los eventuales.

[50] Se puede ver un breve documental sobre el encuentro en labournet.tv.

[51] Oficialmente la empresa explica estos cambios argumentando que ha variado la carga de trabajo, aunque algunos jefes han llegado a confesar claramente que los cambios de categoría eran órdenes de dirección (conversación con algunos empleados de Amazon en Poznan, febrero 2016).

[52] Consultar este artículo y este otro.

[53] El coordinador de Verdi en Amazon, por ejemplo, ha calificado los encuentros como “contraproductivos” y ha declarado que benefician a la dirección de Amazon (según dijo un trabajador en el trascurso de una reunión en Berlín en enero de 2016).

[54] Quienes en Alemania hacen campaña a favor de la solidaridad también quieren evitar una ruptura con Verdi. Critican de diversas formas a la dirección de Verdi, pero son incapaces de imaginar unas luchas autónomas de trabajadores al margen de los potentes partidos y sindicatos. Algunos defienden posturas trotskistas, otros simplemente están a sueldo de Verdi, otros a sueldo de la Asociación de Sindicatos Alemanes (DGB) o del partido socialdemócrata Die Linke. Este partido ha tratado de valerse de la lucha de los empleados de Amazon en Polonia para sus propios fines y maniobras políticas. En el trascurso de un taller sobre las luchas internacionales de los trabajadores de Amazon, organizado por Verdi y Solidaridad en Berlín en octubre de 2015, trataron de que las “acciones espontaneas” y las formas autónomas de movilización no aparecieran en el orden del día.

[55] Para más información, visitar la web de los Encuentros transfronterizos de trabajadores de Amazon.

INFOBREF N°583-octobre 2026

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