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mardi 30 septembre 2025

G,BAD- L HYDROGENE LE NOUVEL ELDORADO ENERGETIQUE

 



SOMMAIRE

introduction

qui est en mesure de pratiquer son extraction

les doutes sur l’hydrogène naturelle

Les réserves sur les chiffres annoncés.

les réserves connues hydrogène blanc

qui produit de l' hydrogène dans le monde

En résumé

les différentes sources d' hydrogène (encart)


Introduction

Alors que de toute part nous entendons que les classes populaires vont devoir s' acquitter des dettes de l' état, que le pays vient d' être déclassé. 1

On nous révèle que le pays dispose d'un trésor secret : un gisement d’hydrogène blanc estimé à 1 300 fois le PIB mondial. Celui-ci se trouve en Lorraine dans le sous-sol de Folschviller . Ce réservoir, estimé à 46 millions de tonnes, pourrait transformer non seulement le paysage énergétique national mais également influencer les stratégies mondiales de transition énergétique. La découverte revient à deux chercheurs du CNRS, Philippe de Donato et Jacques Pironon.2

Cette ressource naturelle, propre et abondante, pourrait positionner la France en tant que leader mondial dans le domaine des énergies renouvelables. Des pays comme le Mali,l' Australie,le Brésil, La Chine l' Oman et bien sur les États-Unis se positionnent déjà en pionnier leader de ce futur marché vert.

En effet depuis 2023, les différents salons dédié à l’hydrogène, dit hyvolution montent en puissance.

«Nous devons aller plus vite et plus fort», résume Emmanuel Macron. A Toulouse, le président de la République a donné un nouvel élan à son plan France 2030, dévoilé deux ans plus tôt à l’Élysée. Bâti pour permettre à la France de se doter des «champions industriels de demain» dans une quinzaine de secteurs stratégiques – comme la voiture électrique, les biomédicaments, les micro-lanceurs spatiaux ou l’exploration des fonds marins – ce plan doté de 54 milliards d’euros a déjà soutenu près de 3 200 projets de start-up ou de grands groupes. Emmanuel Macron promet aussi des «financements massifs pour explorer le potentiel de l’hydrogène blanc», contenu naturellement dans le sous-sol. Un projet de recherche est déjà en cours dans les Pyrénées atlantiques et «la France est un des pays qui a le plus de réserve», selon l’Elysée. Des efforts doivent aussi être faits pour soutenir les technologies de captage et de stockage de carbone, qui doivent permettre la décarbonation de l’industrie. Avec un objectif – très ambitieux au vu de l’avancée des stratégies des industriels – de réduire de 10% les émissions de l’industrie à l’horizon 2030, soit 8 millions de tonnes de CO2. » 


Qui est en mesure de pratiquer son extraction


Suite à la découverte du gisement de gaz d'hydrogène naturel dans les terres de Bourakèbougou, localité proche de Bamako. Le Mali se voit projeter au cœur des enjeux énergétiques de demain. Ce projet futuriste est une première étape dans la transition énergétique avec production de l’électricité écologique.

Le gisement de gaz qui a jailli des roches du village malien, a selon l'homme d'affaires malien, (Aliou Boubacar Diallo, PDG du consortium Petroma) le mérite de préfigurer le nouvel ordre scientifique et industriel de l'humanité.


Il savoure sa victoire. «La première fois que je suis venu à Hyvolution, en 2016, les gens nous prenaient pour des fous. Mais nous avons prouvé que l'hydrogène naturel n’est pas une curiosité géologique, mais bien une source d'électricité», raconte le fondateur d’Hydroma au salon dédié à l’hydrogène,

Les doutes sur l’hydrogène naturelle

Hydroma affirme avoir creusé 27 puits dont plusieurs à 700 mètres et deux, plus profonds, à 1800 et 2400 mètres. Tous produisent de l’hydrogène, y compris renouvelable. En effet, l’hydrogène remonte des profondeurs du sol à travers les fissures des différentes couches pour s’amasser dans un réservoir carbonaté à 100 mètres de profondeur, bloqué par «une bonne couverture non fracturée, faite de dolérite et de latérite»,

Dans le monde scientifique, de nombreuses interrogations subsistent autour des origines de l’hydrogène naturel, de sa capacité à s’accumuler en quantité dans le sous-sol, ou de ses comportements. Son véritable potentiel, ainsi que le risque de fuites sont aussi interrogés : l’hydrogène ne réchauffe pas directement l’atmosphère mais peut augmenter la durée de vie du méthane, lui-même néfaste pour le climat.

Les réserves sur les chiffres annoncés.

« Mais attention avant de crier à l’énergie miracle. L’hydrogène blanc fait miroiter une source d’énergie décarbonée n’utilisant ni eau, ni métaux rares (en phase d’extraction). «L’exploration est importante vu l’ensemble des avantages qu’on peut trouver à l’hydrogène naturel, mais soyons prudents vis-à-vis de l’emballement médiatique et des chiffres sortis sans précautions», temporise Nicolas Gonthier. Par exemple, le gisement identifié dans le Grand-Est a été parfois présenté comme le plus grand du monde (autour de 46 millions de tonnes d’hydrogène, à certains endroits très pur) de manière un peu rapide explique Isabelle Moretti : «on a vu qu’il y a de l’hydrogène dissous dans l’eau avec un pourcentage intéressant en Lorraine. C’est un super indice, mais les chiffres qui sont présentés sont une estimation (obtenue en multipliant la surface par l’épaisseur par la porosité), ils ne peuvent pas être certifiés en tant que réserves. Pour cela, il faut prendre des permis et forer». Un travail qui prend plusieurs années, mais sans lequel il est difficile d’avoir des certitudes, quel que soit le gisement. » L' Usine Nouvelle
« L’hydrogène est souvent associé à d'autres substances très intéressantes, comme l'hélium. C’est un gaz fondamental dans tous les dispositifs d'imagerie médicale, par exemple, mais aussi dans un certain nombre de processus industriels de haute technologie. Or les pays européens sont de grands consommateurs d’hélium mais des très petits producteurs, d’où l’importance d’une telle ressource », relate Claudio Strobbia. L' Usine Nouvelle
Pour l’instant nous en sommes au même niveau que l’industrie pétrolière était au début du Xxe siècle. Il faut rester humble, nous mettrons probablement des années à comprendre l’hydrogène naturel et son fonctionnement. L'exemple du Mali est encourageant mais c’est une production intermittente de quelques heures par jour sur un seul puits. il y a eu beaucoup d’effets d’annonce au sommet H-Nat, il faut relativiser. Il y a d’autres zones tout aussi encourageantes si ce n’est plus car dans des contextes plus favorables pour la valorisation de la ressource. L' Usine Nouvelle

les réserves connues d' hydrogene blanc


La carte ci dessus montre l' étendue des réserves d'hydrogène blanc dans le monde , il manque la Russie et l' Australie.

qui produit de l' hydrogène dans le monde


En quelques années, des start-up américaines et australiennes, comme HyTerra, Gold Hydrogen, Natural Hydrogen Energy, ou Kolama, se sont positionnées. La France aussi est entrée dans la danse, et fait de l’hydrogène naturel une des priorités du plan d’investissement France 2030. Une reconnaissance dans laquelle Hydroma a joué un rôle pionnier : «c’est le seul exemple industriel qui permet de dire, aujourd’hui, que la production d’hydrogène naturel est une réalité». En qui concerne les États-Unis,les zones potentiellement riches en hydrogène blanc,sont : le Michigan, l’est du Kentucky et le sud du Dakota du Nord, ainsi que des parties du Kansas, du Colorado et de l’Iowa.

La Chine est le principal producteur et consommateur d’hydrogène dans le monde . En 2020, ce pays produisait près de 33 millions de tonnes d’hydrogène, soit environ 30% de la production mondiale. Mais, les deux tiers de la production chinoise proviennent de la gazéification du charbon (la production d’hydrogène compte pour 5% de la consommation chinoise de charbon), ce qui a engendré l'émission d'environ 360 millions de tonnes de CO2 en 2020.

En 2060 c'est 80% de l’hydrogène qui sera produit par électrolyse .

La Russie, a découvert en Sibérie d' importantes réserves d'hydrogéne blanc dans les champs de Kovykta et de Chayandinskoye, Cette découverte repositionne la Russie comme un acteur clé du secteur énergétique mondial. L’hydrogène blanc, par sa durabilité, pourrait devenir un atout majeur dans la lutte contre le changement climatique. Avec cette alternative aux combustibles fossiles, la Russie pourrait bien changer les règles du jeu énergétique mondial.

Russie aout 2025-L’hydrogène blanc : une révolution énergétique venue du froid

En résumé

Nous avons par cette brève étude essayé de montrer l' étendue et la complexité de la découverte de hydrogène blanc ou naturel. Cette découverte se présente comme la solution du futur d' une énergie propre et renouvelable. Elle va sans aucun doute attirer les vautours du capital et se présente déjà comme une grande bouffée d' air pour le capital mondial. Tout cela bien sur dans un contexte de guerre mondiale.



G.Bad octobre 2025



ENCART-LES DIFFÉRENTES SOURCES D' HYDROGÉNE

Il est important de bien distinguer les divers types d' hydrogéne dont il faut connaître les couleurs ou appellation. Par exemple l' hydrogène « vert » est aussi appelé « renouvelable », le « gris » devient « fossile »...

Les principales couleurs de l’hydrogène

L’hydrogène noir/brun

Considéré comme l’hydrogène le plus émetteur en CO2, l’hydrogène noir est produit à partir de charbon. Lui-même est converti en gaz avant d’être transformé en hydrogène.  L’hydrogène sera dit brun s'il est produit à partir de lignite et noir pour la production à partir de charbon bitumineux.  Dans les deux cas, il s'agit d'un processus de production extrêmement polluant qui n'est quasi plus utilisé.

L’hydrogène gris

Aujourd’hui considéré comme le plus courant et le moins cher à produire, l’hydrogène gris est fabriqué à partir du vaporeformage du gaz. Il est donc d'origine fossile. Malheureusement, il ne s’agit pas du moyen de production le plus écologique.

Hydrogène gris : tout ce qu'il faut savoir

L’hydrogène bleu 

Dérivé de l’hydrogène gris, l’hydrogène bleu s’en distingue par le fait que sa production est associée à un dispositif de captage et de stockage du CO2 produit (CSC). Considéré comme un hydrogène « bas carbone », l’hydrogène bleu n’est pas pour autant 100 % propre.


Hydrogène bleu : tout ce qu'il faut savoir


L’hydrogène vert

L’hydrogène vert est produit à partir d’électricité d’origine renouvelable grâce à l’électrolyse de l’eau. Particulièrement vertueux, il concentre aujourd’hui une grosse partie des efforts des industriels et bénéficie de nombreux financements des gouvernements. La start-up nantaise spécialiste de la production d’hydrogène vert, Lhyfe, va construire un nouveau site à proximité d’Epinal, dans les Vosges. D’une capacité de «plusieurs mégawatts», ce dernier doit être mis en service à la fin de l’année 2027.

L'hydrogène vert : tout ce qu'il faut savoir


  L’hydrogène rose, ou hydrogène nucléaire

Egalement produit par électrolyse de l’eau, l’hydrogène rose est obtenu à partir d’électricité d’origine nucléaire. Faut-il le considérer, ou pas, comme une méthode de production verte ? Si la question a pu faire débat au sein de l'Europe, la France a eu gain de cause et l'hydrogène nucléaire est bien considéré comme de l'hydrogène bas-carbone dans la réglementation européenne. 

Hydrogène rose : tout savoir sur l'hydrogène nucléaire


  L’hydrogène blanc ou naturel

Son exploitation à l' échelle mondiale devient urgente pour diverses raisons. Celle mise en avant par les médias est le réchauffement climatique mais aussi les profits gigantesques que va procurer cette exploitation. Nous allons par conséquent poursuivre cette étude essentiellement sur l' hydrogène blanc.




https://www.h2-mobile.fr/actus/kiel-mise-en-service-station-hydrogene-vert/







1 Fitch a abaissé la note souveraine de la France de AA- à A+.

2 Initialement, il était question de recherches sur le méthane. « Nous pilotons un programme de recherche qui s’appelle Regalor (REssources GAzières de LORraine), commencé en 2018 sur une demande initiale de la région Lorraine. Elle s’appuyait sur des analyses réalisées en 2012 par l’Ifpen (Institut Français du Pétrole et des Énergies Nouvelles) à partir de forages réalisés dans le bassin houiller lorrain, qui avaient montré qu’il y avait du méthane dans les veines de charbon », raconte Philippe de Donato.

dimanche 6 avril 2025

Dévalorisation permanente de la force de travail à l'échelle globale, pour empêcher la dévalorisation du capital.

 

Le texte ci dessous fut l'objet d'un débat avec un dénommé « Luniterre » et sa théorie Banco- centralisatrice qu'il oppose à la grande dévalorisation de Ernst Lohoff, Norbert Trenkle . L’intérêt de ce débat est de hisser la critique de l' économie capitaliste à ses frontières, celles d'un capital fictif aux abois présageant la crise catastrophique finale du capital et sa fuite vers la guerre. Actuellement les bourses mondiales dévissent et un Krach mondial est déjà opérant,

Le texte ci dessous de 2020 était resté en attente

Le Covid est, bien évidemment à l' échelle mondiale ce « marché » dont ils vont chercher à tirer profit ( cela ne veut pas dire qu'ils (les capitalistes) vont y parvenir tout dépendra des réactions populaires. Je dis populaire car il n'y aura pas que le prolétariat concerné, mais aussi la classe moyenne salariée CMS,les petits entrepreneurs et tout ceux qui seront victime de la « nouvelle économie ». Il y a encore dans les pays de l'OCDE des réserves en épargne que le capital est en mesure de pomper ( son dernier recours).

Le mouvement des gilets jaunes caractérisé d' atypique fut de ce type.

La période actuelle marque l'échec de l'économie du développement. Aussi bien du nationalisme économique des ex-colonies et des pays de l'Est que l'activité des institutions internationales d'aide au développement. Elles ont été incapables de développer des pôles nouveaux d'accumulation qui puissent servir de marché pour le capital.

Les eldorados capitalistes successifs qu'ont été le Mexique, le Brésil, certains pays d'Afrique se sont rapidement effondrés sous le poids de leur endettement et de termes de l'échange systématiquement défavorables.

Gerard Bad:L' endettement international et l'échappatoire de la planche à billet.

La région de l'Asie du Sud-Est mériterait de ce point de vue une étude particulière, pour déterminer dans quelle mesure l'accumulation du capital y est plus équilibrée,d'une part, et d'autre part pour savoir dans quelle mesure ce développement - tant qu'il dure – ne résulte pas simplement d'un processus de délocalisation à partir d'autres zones, le cas du Vietnam et de l' Ethiopie. Tels sont donc les éléments qui illustrent et résument le caractère déséquilibré de l'accumulation du capital dans la période actuelle. Il y a déséquilibre, non seulement au sens social ,mais aussi au sens où la production effective de plus-value est insuffisante pour justifier les anticipations que le système du crédit fait sur cette production: la dette s'accumule de façon inexorable, et rien ne permet de penser que les créanciers recouvreront un jour la totalité de la valeur qu'ils ont avancée. Autrement dit par Loren :

« Il s’agit maintenant de montrer comment et pourquoi la transformation keynésienne de l’état capitaliste entre 1933 et 1945, était l’expression nécessaire de la domination formelle/ plus value absolue et la domination réelle/plus value relative. L’ Etat Schachto-Keynésien1 de 1933-45, et l’état keynésien mur d’après 1945, apparaît au moment ou la composition organique du capital, globalement, est suffisamment élevée pour que toute innovation technologique visant la plus value relative tend à dévaloriser-transférer en fictivité- davantage de capital fixe qu’elle n’en produit de plus value apte à être transformée en profit, intérêt et rente foncière. » Cet Etat a pour fonction d'organiser la dévalorisation permanente de la force de travail à l'échelle globale, pour empêcher la dévalorisation du capital. (Remarque sur la transformation de l'Etat capitaliste dans la phase de la plus-value relative Loren Goldner )

Actuellement le Capital fictif cherche une porte de sortie, en considérant la dette comme perpétuelle « non remboursable » en théorie. Mais il va chercher à recouvrer cette dette au maximum, peu importe de quelle façon, C' est l'objectif de la nouvelle économie du capitalisme vert, du big pharma et du contrôle planétaire par la 5G.

Comme tu l' affirmes, cette issue est complètement bouchée, mais le capital va tout tenter pour éponger sa création monétaire à perpétuité, c'est ici que nos divergences se font jour, toi tu penses qu'ils ne peuvent plus pomper les populations « nos maigres revenus ».

Réponse de Luniterre

« Tu cherches désespérément les moyens par lesquels la bourgeoisie forcerait le prolétariat à « rembourser la dette »…Tu en cites quelques uns, bien réels, mais sans vouloir voir la démesure entre ce qu’ils pourront « rapporter » et le gouffre actuel de la dette, qui ne cesse pas, pour autant, de se creuser ! »(...) « C’est carrément vouloir vider la mer avec une petite cuillère, ou même avec une louche, en ce qui concerne nos maigres revenus prolétariens, mais quand, d’un autre côté, ce sont des torrents de dettes qui s’y déversent. »

Réponse G,Bad

Avant de parvenir à la situation que tu décris « 'impossibilité de rembourser les dettes » en fait « la crise finale du capitalisme » qui d'ailleurs est déjà en phase de décomposition par manque de plus-value. Les contretendances étant devenues inopérantes, pour éponger une mer à écoper à la petite cuillère comme tu le dis. Cette mer , l' endettement mondial est actuellement de 250 000 Milliards de dollars (selon les données préliminaires de l'Institute of International Finance (IIF) pour 2019 ) elle est en 2024 de 320 000 milliards. Ce chiffre bien qu’impressionnant nécessiterait une analyse dans le détail puisque un pays endetté comme la Chine détient de la dette américaine, que la dette chinoise permet son expansion économique ( route de la soie )...

L'océan des 250 000 Milliards nécessite de le disséquer, car tu conviendras qu'il y a plusieurs sorte de dettes.

http://www.chine-info.com/french/Rs/Ec/20190716/326113.html

Si l'arc historique est juste, tu te trompes en pensant qu'il n'y a plus rien à pomper, ils peuvent encore paupériser les classes moyennes,les retraités, les petits capitalistes (la pléthore) ...et l' épargne mondiale.

Il va y avoir une montée en puissance des luttes sociales des populations justement de plus en plus paupérisées, précarisées et surnuméraires qui vont devoir s' affronter aux états et s'y affrontent déjà, tel est l' essor spontanée et historique des mouvements de masse qui viennent se briser régulièrement sur les falaises du capital , le menaçant de destruction, d' anarchie. La tâche de l' heure n' est pas revendiquer un contrôle du crédit, qui d' ailleurs ne peu se faire que dans un contexte où la révolution sociale qui se sera débarrassé des appareils d' état à l' échelle mondiale.

Ta découverte du Banco- centralisme, c' est à dire du déficit croissant de « plus value réelle » était déjà inscrit dans l' avènement de la machinerie, c' est à dire selon Marx des la crise de 1825, mais il y avait encore loin de la coupe aux lèvres et Marx et Engels feront leur autocritique « L'histoire nous a donné tord à nous et à tous ceux qui pensaient de façon analogue. Elle a montré clairement que l' état de développement économique sur le continent était alors bien loin d'être mûr pour la suppression de la production capitaliste ; elle l'a prouvé par la révolution économique qui depuis 1848 a gagné tout le continent et qui a véritablement donné droit de cité qu' à ce moment à la grande industrie ... » (Introduction de F Engels a « luttes de classes en France ». Comme quoi « anatomie de l' homme explique l' anatomie du singe » s'applique aussi à l' évolution des forces productives.

C'est seulement après la seconde guerre mondiale que le coup de boutoir décisif de la domination réelle du capital va se faire. Il aura sa consécration par l' abandon de l' étalon change or qui donna aux USA l' autorisation d'imprimer de la monnaie universelle à gogo. Ce n' est d'ailleurs pas un hasard, si régulièrement il est question de remise en cause du dollar pour un panier de monnaie. Le système du QE et de la dette à perpétuité n' est que la poursuite de cette course folle pour le maintien du capitalisme. La victoire de la domination réelle du capital et en même temps sa perte, il est vraiment la fin de l'histoire de son histoire.

K.Marx, considérait que c' est après la crise de 18251 que s' ouvre le cycle périodique de la vie moderne du capital, c'est à dire de la soumission réelle du travail au capital. Ce passage d' une forme d' exploitation basée sur le force de travail créatrice de plus value absolue par le truchement du surtravail existe toujours dans le monde, c'est celle de l' augmentation du taux de profit par l' allongement du temps de travail. Ce qui change c' est sa place au sein du procès de production.

« Dés lors, le procès de production cesse d' être un procès de travail, au sens où le travail en constituerait l' unité dominante. Aux nombreux points points du système mécanique, le travail n' apparaît plus comme être conscient, sous forme de quelques travailleurs vivants. Éparpillés, soumis au processus d' ensemble de la machinerie, ils ne forment qu'un élément du système, dont l' unité ne réside pas dans le travailleurs vivants, mais dans la machinerie vivante (active) qui par rapport à l' activité isolée et insignifiante du travail vivant, apparaît comme un organisme gigantesque. » (K Marx Grundrisse 3chap. Du Capital ed. 10/18 ,p.328

Cette perte de centralité du prolétariat2 au sein du MPC est la conséquence de la baisse tendancielle du taux de profit, nous pouvons donc considérer que « la baisse tendancielle du taux de profit «  compensée par sa masse » est une identité des contraires ,le pôle positif étant la plus value absolue et le négatif la plus value relative les deux termes entrent en conflit devant provoquer un saut qualitatif issu de ce conflit, c' est à dire une révolution sociale car il faudra bien un jour exproprier les expropriateurs.

Il ne faut pas voir dans cette perte de centralité du prolétariat au sein du MPC un affaiblissement de celui-ci, mais un affaiblissement des gestionnaires de la force de travail « les syndicats » et sur le plan politique celui de la « démocratie politique » poussée de l' abstention, rejet du parlementarisme, des partis. Les prolétaires du monde occidental pensent que leur travail se délocalise de plus en plus et que de jour en jour ils perdent leurs acquis au profit de classes bourgeoises montantes dans les pays émergents.

En réalité il y a une nouvelle restructuration du capitalisme mondial dite « mondialisation » où les forces productives d' occident se déplacent vers la haute technologie, même sur le plan militaire laissant derrière elle une population surnuméraire facteur de révolution sociale. En effet sous la domination réelle du capital « Le temps est tout, l'homme n'est plus rien; il est tout au plus la carcasse du temps. Il n'y est plus question de la qualité. La quantité seule décide de tout : heure pour heure, journée pour journée; mais cette égalisation du travail n'est point l'œuvre de l'éternelle justice de M. Proudhon; elle est tout bonnement le fait de l'industrie moderne. » K.Marx, Misère de la philosophie ed. Sociale, p.64)

Quand Marx a écrit cela, il était considérablement en avance sur son temps. Il faudra attendre la crise de 1929 pour que se manifeste dangereusement, cette mise hors circuit de millions de travailleurs. La crise qui secoua le monde capitaliste dans ses centres historiques ; suivi par un chômage de masse confirmait la théorie selon laquelle il y a accumulation de la richesse à un pôle et la pauvreté à l' autre. Durant cette crise, comme en témoignera Paul Mattick le mouvement révolutionnaire resurgissait ( voir les IWW aux USA) et avec lui l'idée que le capitalisme n' en avait plus pour longtemps, son effondrement était proche. Le chômage n' était plus seulement structurel mais chronique. Ceci inquiéta non seulement Keynes, mais aussi Eugène Varga3 économiste de l' Internationale communiste.

la période Keynésienne donna l' impression avec les trente glorieuses que le capitalisme était en mesure de satisfaire au plein emploi et la consommation de masse. La crise de 1929 avait pourtant secouer le monde capitaliste dans ses centres historiques et la reprise ne se fit pas rapidement « le problème du chômage ne fut pas résolu avant que l'approche de la Deuxième Guerre mondiale eût contraint les gouvernements à réaliser ce qu'ils n' avaient pas voulu ou pu entreprendre pendant la dépression. » (Mattick, Marx et Keynes, ed. Gallimard, p.148)

Mattick dans son livre Mars et Keynes dans un contexte d'expansion du capitalisme monopoliste d' état avait prévu que le Keynésianisme aurait une fin.4 .Nous pouvons sans trop nous tromper dire qu' effectivement la vague monétariste anti-inflation visait la restauration des taux de profits, par un réajustement des coûts des états providence de l' OCDE. Malgré une offensive économique sans pareil contre le monde du travail , le capital ne fut pas en mesure d' empêcher la crise de 2007/2008 qui perdure encore actuellement.

Un rapport publié par l' OIT constatait avec une certaine inquiétude le déclin des classes moyennes en occident .Le rapport cite l'exemple de l'Espagne où les ménages à revenus intermédiaires ne représentent plus que 46% de la population active fin 2010, contre encore 50% en 2007. Aux Etats-Unis, la part des ménages aux revenus moyens est tombée de 61% à 51% entre 1970 et 2010. Or, l'affaiblissement des classes moyennes dans les économies développées est un sujet de préoccupation "pour des raisons économiques", souligne l'OIT, car "les décisions d'investissement à long terme par les entreprises dépendent aussi de la présence d'une vaste et stable classe moyenne qui soit en mesure de consommer", analyse Raymond Torres, chercheur à l'Organisation. Il convient donc de soutenir cette classe de revenus, afin de créer un cercle vertueux de croissance. Les chiffres ci dessus datent, mais la tendance se poursuit.

Pour conclure provisoirement notre débat, il faut dénoncer régulièrement toutes les tentatives ( souvent par la fiscalité et taxation...) des états à éponger leur dette. Voir la constitution réelle de ces dettes afin de vérifier ce que nous avançons « le manque de plus-value » et la fuite du capital dans la fictivté.

G.Bad le18 octobre 2020

1 Hjalmar Schacht était le président du Reishsbank allemand de 1923-1930, et puis ministre des finances d’Hitler de 1933 à 1938. Devenu célébre pour son assainissement financier de l’économie allemande lors de l’hyperinflation de 1923, son rôle dans le régime nazi était tout à fait innovateur : c’est lui qui a organisé une circulation massive de valeurs fictives ( les fameux Mefeweshsel) souscrites par l’état qui ont relancé l’économie allemande et la production d’armements comme l’ont fait tous les états capitalistes en 1937/1938.

1« D' un coté, la grande industrie sortait à peine de l' enfance, car ce n' est qu' avec la crise de 1825 que s'ouvre le cycle périodique de sa vie moderne. »Postface de la deuxième édition allemande du Kapital 24 janvier 1873

2« Désormais, le travail individuel cesse, en général, d' apparaitre comme productif. Le travail de l'individu n' est plus productif que dans les travaux collectifs s'assujettissant les forces de la nature ».. (K Marx Grundrisse 3chap. Du Capital ed. 10/18 ,p.333

3Figure importante de l'Internationale communiste, il a été le collaborateur de toutes les Directions qui se sont succédé à la tête du Parti communiste de l'Union soviétique et de l’Internationale - de Lénine jusqu’à Khrouchtchev. Souvent attaqué pour opportunisme « de droite », plusieurs fois disgracié, il est toujours revenu dans le cercle dirigeant, mettant son expertise au service de la Direction en place.

4Voir son livre Marx et keynes ed. Gallimard

vendredi 14 mars 2025

Ni protectionnisme, ni mondialisation capitaliste

Re- parution, d’un article synthétique d’Henri Wilmo compte-tenu du débat en cours sur le sujet du protectionnisme

Avec la crise, on assiste à un surgissement des discours protectionnistes de droite et de gauche. On ne peut nier le désarroi face aux délocalisations qui renforce l’écoute dont bénéficie Marine Le Pen et qui a fait en partie le succès d’Arnaud Montebourg. Mais, toute position progressiste sur les échanges internationaux suppose de tenir compte d’une double réalité : les travailleurs, au Nord et au Sud, ont des intérêts différents de ceux de leur bourgeoisie ; les pays du Nord, qui dominent encore largement l’économie mondiale, n’ont aucun droit de dicter aux pays du Sud les conditions de leur développement. D’ailleurs, l’industrialisation du Sud (malgré des formes souvent barbares) est un fait très positif.

 Marx dans son « Discours sur la question du libre-échange » de 1848 (1) rejette le protectionnisme tout en notant l’impact destructeur du libre-échange. Il montre comment les productions se déplacent d’une zone à l’autre en fonction des coûts relatifs de production, souligne les inégalités entre pays et l’importance stratégique de certaines branches industrielles.

Tout en refusant toute solidarité avec les patronats, il convient bien de ne pas négliger les conséquences concrètes du libre-échange :

  •  Impact sur l’emploi et les salaires dans les pays du Nord. Sans exagérer l’importance de la mondialisation – ce qui pèse fondamentalement, c’est la course effrénée du capital aux gains de productivité – le libre-échange intégral, promu par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en rajoute en mettant en concurrence les salariés à l’échelle du monde.

  •   La pression sur les salaires est forte aussi dans les pays du Sud. La menace de déplacement des productions vers des zones où les conditions de travail sont plus dures ou les rémunérations plus faibles, est permanente. Ainsi, le Figaro du 16 février 20122 note que « la flambée des salaires chinois se poursuit : suite à des grèves, ils s’échelonnent entre 180 et 300 euros par mois. C’est autant qu’en Biélorussie et plus qu’en Tunisie (160 euros) et à Madagascar (50 euros). De plus en plus de marques, comme Petit Bateau, Etam ou Celio, s’approvisionnent dans cette île… Le Bangladesh, où le salaire moyen s’élève à seulement 80 euros, s’impose comme le deuxième fournisseur de la France ».

    La mondialisation productive s’accompagne de mouvements massifs de produits industriels et agricoles, pour une part complètement indépendants des dotations naturelles des pays, aux effets écologiques néfastes.

 L’altermondialiste Thomas Coutrot résume ainsi le dilemme actuel auquel sont confrontés les internationalistes3 : « Le libre-échange n’est pas soutenable socialement […]. Il n’est pas soutenable écologiquement – parce qu’il favorise l’explosion du volume de marchandises transportées, et donc de gaz à effet de serre. Il n’est pas soutenable démocratiquement, car – couplé à la libre circulation des capitaux – il prive les élus du peuple de presque tout pouvoir de décision en matière économique.

 En même temps, le protectionnisme est par définition unilatéral et conflictuel : il « protège » d’un ennemi extérieur. Il encourage le nationalisme, les guerres commerciales […]. Pour le mouvement social international, s’engager dans des revendications protectionnistes, Nord contre Sud, serait un suicide programmé. »

 Comme le disait Jaurès « Le socialisme, c’est-à-dire l’organisation sociale de la production et de l’échange exclut, à la fois, et la protection qui ne peut guère profiter aujourd’hui qu’à la minorité des grands possédants, et le libre-échange, qui est la forme internationale de l’anarchie économique. »4

Mettre au premier plan la question de la libre circulation des capitaux

 Le débat électoral français se focalise sur le commerce avec les pays à bas salaires et, dans ce cadre, sur les importations et les délocalisations. Les propositions faites comportent surtout des mesures visant à « réguler » le commerce avec les pays accusés de faire du dumping social et environnemental. Ces propositions oublient souvent que les exportations de la Chine sont la plupart du temps des exportations de « nos » multinationales implantées là-bas.

 L’accent mis sur les échanges de marchandises reflète les préoccupations immédiates des salariés de l’industrie soumis au chantage patronal sur la concurrence des pays à bas salaires. Mais elle correspond aussi, soit à une analyse erronée, soit à une volonté de dissimuler un obstacle fondamental à toute politique de transformation sociale : la liberté de circulation des capitaux. C’est bien là pourtant l’essentiel.

 Les mouvements internationaux de capitaux ont été libéralisés par les États depuis les années 1980 et se sont considérablement développés. Ils ne correspondent que pour une faible part à des mouvements réels de marchandises. Ils ont un rôle majeur pour justifier les politiques d’austérité à travers la spéculation sur la dette internationale et les monnaies.

 Les mouvements de capitaux doivent donc être strictement contrôlés et les opérations spéculatives interdites. C’est le sens du soutien du NPA à la taxe « Tobin » qui doit en fait s’insérer dans un ensemble de mesures de contrôle strict des mouvements de capitaux (y compris la socialisation totale du système bancaire).

Quelles positions par rapport aux délocalisations ?

 Le protectionnisme crée une fausse solidarité entre ouvriers et patrons et présente les travailleurs des autres pays comme des adversaires. C’était le sens de notre refus du « Produisons français » du PCF, de nouveau en vogue.

 La course à la productivité entraîne de nombreuses suppressions d’emplois industriels. Les délocalisations ne concernent pas que les pays à bas salaires. Les délocalisations et les échanges avec les pays du « Sud » donc sont loin d’expliquer l’ensemble des pertes d’emplois industriels : selon une des estimations disponibles, le nombre d’emplois industriels perdus en France entre 1970     à 2002 du fait des échanges avec les pays du Sud correspondrait à environ 15 % de la diminution totale de l’emploi industriel. Cette part est certes plus élevée dans certains secteurs (textiles, chaussures…) surtout si on tient compte des importations à faible prix réalisées par l’entremise des chaînes de distribution. La « désindustrialisation » de la France et les déséquilibres accrus du commerce extérieur renvoient aussi à des faiblesses du tissu industriel français, elles-mêmes reliées à des choix de l’État et du patronat marqués par une logique de court terme en lien avec la pression des actionnaires. Pour ce qui est de l’ensemble de l’économie (pas seulement l’industrie) et de tous les échanges commerciaux, l’internationalisation serait responsable de la perte d’environ 36 000 emplois par an entre 2000 et 2005, soit, en moyenne, 29 % des destructions d’emplois, dans les branches où l’emploi décroît. Mais par ailleurs, l’internationalisation entraînerait aussi des gains d’emplois en nombre équivalent (mais ce ne sont pas les mêmes et cela n’allège pas les conséquences sociales pour ceux qui subissent les réductions d’emplois).

 Il n’en reste pas moins que les délocalisations existent et touchent particulièrement l’industrie. Il faut donc en combattre les conséquences sur l’emploi, en les combinant à des propositions qui puissent faire le lien avec d’autres entreprises subissant des réductions ou des transferts d’activités, et les salariés victimes de licenciements en général. Au-delà de propositions locales, définies par les salariés concernés eux-mêmes, il faut avancer :

  •   Le remboursement de toutes les aides perçues par les entreprises alors qu’elles ont réalisé des profits qui leur permettent de délocaliser (celles concernant l’établissement délocalisé mais aussi l’ensemble de l’entreprise ou du groupe) ;

  •  La poursuite de l’activité sous contrôle des salariés, en lien avec l’État et les collectivités locales concernées, des établissements victimes de délocalisations (comme de tous ceux qui subissent des décisions de réduction d’activités inspirées par le critère du profit maximum).

  •  L’opposition aux délocalisations responsables  de licenciements combine le refus de ces opérations avec les mots d’ordre d’interdiction des licenciements et de réduction du temps de travail.

  • Réfléchir à une autre organisation des échanges internationaux, en vue de réduire l’anarchie capitaliste et son impact écologique

 Sans nostalgie des petites régions vivant quasiment en vase clos ou d’États nationaux environnés de barrières, l’échange international est une nécessité qui sous le capitalisme est porteur de dommages sociaux et écologiques. De nombreuses marchandises font des kilomètres inutiles et néfastes pour l’environnement, entre les États mais aussi à l’intérieur des États. Il y a là matière à réflexion mais les mesures préconisées ne doivent pas avoir pour visée de brimer l’industrialisation du Sud, même sous des prétextes nobles (droits sociaux, écologie). Elles doivent donc être symétriques.

 C’est l’intérêt de la proposition de taxe kilométrique, payable par l’acheteur pour chaque kilomètre parcouru par une marchandise. Une tonne de chemises chinoises arrivant à Paris serait taxée au même niveau (en %) qu’un moteur d’avion français arrivant en Chine. Des taux différenciés pourraient être envisagés selon les secteurs, selon les partenaires, selon le caractère plus ou moins utile de l’échange international.

 À plus long terme, un « gouvernement des travailleurs » (au niveau français ou de préférence européen) protègerait les nouvelles conquêtes sociales et chercherait à jeter les bases d’une autre organisation du monde. Ainsi, pourraient être prises des mesures d’encadrement du commerce extérieur reposant sur des accords bilatéraux avec les pays tiers. La planification de l’économie n’implique pas l’autarcie pour la zone économique où elle commencerait. Bien au contraire, elle chercherait à développer des rapports d’échanges, premier pas pour organiser la coopération des peuples.

 Henri Wilno

 1. http://www.marxists.org/francais/marx/wo… [4]

2. « Vêtement : les marques s’émancipent de la Chine »

3. Thomas Coutrot, « Jalons vers un monde possible », Le bord de l’eau, 2010.

« Jaurès, le protectionnisme et la mondialisation », Alain Chatriot,

http://www.laviedesidees.fr/IMG/pdf/20111006_Jaures-protectionnisme.pdf


samedi 1 mars 2025

Le militarisme, champ d'action du capital-Rosa Luxemburg

 

III: Les conditions historiques de l'accumulation

Le militarisme a une fonction déterminée dans l'histoire du capital. Il accompagne toutes les phases historiques de l'accumulation. Dans ce qu'on appelle la période de l' « accu­mulation primitive », c'est-à-dire au début du capitalisme européen, le milita­risme joue un rôle déterminant dans la conquête du Nouveau Monde et des pays producteurs d'épices, les Indes ; plus tard, il sert à conquérir les colonies modernes, à détruire les organisations sociales primitives et à s'emparer de leurs moyens de production, à introduire par la contrainte les échanges commerciaux dans des pays dont la structure sociale s'oppose à l'économie marchande, à transformer de force les indigènes en prolétaires et à instaurer le travail salarié aux colonies. Il aide à créer et à élargir les sphères d'intérêts du capital européen dans les territoires extra-européens. à extorquer des concessions de chemins de fer dans des pays arriérés et à faire respecter les droits du capital européen dans les emprunts internationaux. Enfin, le militarisme est une arme dans la concurrence des pays capitalistes, en lutte pour le partage des territoires de civilisation non capitaliste.

Le militarisme a encore une autre fonction importante. D'un point de vue pure­ment économique, il est pour le capital un moyen privilégié de réaliser la plus-value, en d'autres termes il est pour lui un champ d'accumulation. En recherchant quels étaient les acheteurs des masses de produits recelant la plus-value capitalisée, nous avons à plusieurs reprises écarté l'État et ses organes. Nous les avions classés parmi les couches à revenu dérivé, dans les catégories annexes qui tirent leurs ressources de la plus-value (et dans une certaine mesure du salaire), et où l'on trouve également les représentants des professions libérales ainsi que toutes sortes de parasites de la société actuelle (« roi, prêtre, professeur, prostituée, mercenaire... »). Mais cette inter­prétation repose sur deux hypo­thèses : à savoir premièrement que nous supposons, conformément au schéma marxien de la reproduction, que l'État tire ses impôts uniquement de la plus-value et du salaire capitaliste  1; et deuxièmement que nous ne considérons l'État et ses organes que comme des consommateurs. S'il s'agit en effet de la consommation personnelle des fonctionnaires de l'État (donc du « mercenaire »), cela signifie qu'une partie de la consommation de la classe ouvrière est transférée aux parasites de la classe capitaliste, dans la mesure où ce sont les travailleurs qui y pourvoient.

Supposons un instant que tout l'argent extorqué aux travailleurs sous forme d'impôts indirects et représentant une diminution de leur consommation soit employé à payer des traitements aux fonctionnaires et à ravitailler l'armée. Alors il n'y aura pas de modification dans la reproduction du capital social total. La section des moyens de consommation, et par conséquent aussi celle des moyens de production, restent inchangées, car l'ensemble des besoins de la société n'a varié ni en qualité ni en quantité. Ce qui a changé, c'est simplement le rapport de valeur entre v, c'est-à-dire la marchandise - force de travail, et les produits de la section II, c'est-à-dire les moyens de subsistance. Ce même v, qui est l'expression en argent de la force de travail, est échangé maintenant contre une quantité moindre de moyens de consommation. Que deviennent les produits restants de la section Il ? Au lieu d'être consommés par les ouvriers, ils sont distribués aux fonctionnaires de l'État et à l'armée. A la consom­ma­tion des ouvriers se substitue, pour une quantité égale, celle des organes de l'État capitaliste. Dans des conditions de reproduction identiques, il y a donc eu transforma­tion dans la répartition du produit total : une portion des produits destinés autrefois à la consommation de la classe ouvrière, en équivalent de v, est désormais allouée à la catégorie annexe de la classe capitaliste pour sa consommation. Du point de vue de la reproduction sociale, tout se passe comme si la plus-valeur relative s'était accrue d'une certaine somme, qui s'ajouterait à la consommation de la classe capitaliste et de ses parasites. Ainsi l'exploitation brutale de la classe ouvrière par le mécanisme des impôts indirects, qui servent à l'entretien de l'appareil de l'État capitaliste, aboutit à une augmentation de la plus-value, ou plutôt de la partie consommée de la plus-value ; il faut simplement mentionner que ce partage supplémentaire entre la plus-value et le capital variable a lieu après coup, c'est-à-dire une fois l'échange entre le capital et la force de travail accompli. Mais la consommation des organes de l'État capitaliste ne contribue en rien à la réalisation de la plus-value capitalisée, parce que cet accrois­sement de la plus-value consommée - même s'il se fait aux dépens de la classe ouvrière - se produit après coup. Inversement on peut dire : si la classe ouvrière ne sup­por­tait pas la plus grande partie des frais d'entretien des fonctionnaires de l'État et du « mercenaire », les capitalistes eux-mêmes en auraient la charge. Une partie corres­pondante de la plus-value devrait être directement assignée à l'entretien des organes de leur domination de classe ; elle serait prélevée sur leur propre consom­mation qu'ils restreindraient d'autant, ou encore, ce qui est plus vraisemblable, sur la portion de la plus-value destinée à la capitalisation. Ils ne pourraient pas capitaliser autant, parce qu'ils seraient obligés de dépenser davantage pour l'entretien direct de leur propre classe. Les charges de l'entretien de leurs parasites étant rejetées en grande partie sur la classe ouvrière (et sur les représentants de la production simple de marchandises : le paysan, l'artisan), les capitalistes peuvent consacrer une partie plus importante de la plus-value à la capitalisation. Mais cette opération de transfert n'implique aucunement la possibilité de la capitalisation, en d'autres termes elle ne crée aucun marché nouveau qui permette d'utiliser la plus-value libérée à produire et à réaliser des marchandises nouvelles. La question change d'aspect si les ressources concentrées entre les mains de l'État par le système des impôts sont utilisées à la production des engins de guerre.

Par le système des impôts indirects et des tarifs protectionnistes, les frais du milita­risme sont principalement supportés par la classe ouvrière et la paysannerie. Il faut considérer séparément les deux sortes d'impôts. D'un point de vue économique, les choses se passent de la manière suivante, en ce qui concerne la classe ouvrière : à moins que les salaires n'augmentent de manière à compenser l'enchérissement des vivres - or ce n'est pas le cas actuellement pour la grande niasse de la classe ouvrière, et même pour la minorité organisée dans les syndicats à cause de la pression des cartels et des organisations d'employeurs - les impôts indirects représentent le trans­fert d'une partie du pouvoir d'achat de la classe ouvrière à l'État  2. Le capital variable, représenté par une certaine somme d'argent, mobilisera comme auparavant une quantité correspondante de travail vivant, autrement dit il sert à employer la quantité correspondante de capital constant à la production et à produire la quantité cor­res­pondante de plus-value. Cette circulation du capital une fois accomplie, il se fait un partage entre la classe ouvrière et l'État : une partie de la somme reçue par les ouvriers en échange de leur force de travail passe à l'État ; autrefois, le capital s'ap­pro­priait tout le capital variable sous sa forme matérielle comme pouvoir d'achat ; aujourd'hui, la classe ouvrière ne retient sous forme d'argent qu'une partie du capital variable, le reste passant à l'État. Cette opération a lieu invariablement une fois le cycle du capital achevé, entre le capital et le travail et pour ainsi dire derrière le dos du capital. Elle ne modifie nullement directement les étapes fondamentales de la circulation du capital et de la production de la plus-value, et ne les concerne pas tout d'abord.

Mais elle affecte en réalité les conditions de la reproduction du capital total. Le transfert d'une partie du pouvoir d'achat de la classe ouvrière à l'État signifie une réduction correspondante de la participation de la classe ouvrière à la consommation des moyens de subsistance. Pour le capital total. cela implique qu'il produira une quantité moindre de moyens de subsistance pour la classe ouvrière, à supposer que le capital variable (sous forme d'argent et comme force de travail) et la quantité de plus-value appropriée restent constants ; il y aura donc une diminution de la part du prolé­tariat dans le produit total de la société. Au cours de la reproduction du capital total, on produira donc une quantité de moyens de subsistance inférieure à celle correspon­dant à la grandeur de valeur du capital variable, puisqu'il y a eu modification du rapport de valeur entre le capital variable et la quantité de moyens de subsistance où il est réalisé : la quantité des impôts indirects s'exprime par l'enchéris­se­ment du prix des moyens de subsistance, tandis que conformément à notre hypothèse la force de travail comme valeur argent reste invariable, ou du moins ne varie pas en proportion de l'enchérissement des moyens de subsistance. En quel sens se produira la modifi­cation des rapports matériels de reproduction ? Quand on réduit les moyens de subsis­tance nécessaires à l'entretien de la force de travail, on libère par là même une quanti­té correspondante de capital constant et de travail vivant. Ce capital constant et ce travail vivant peuvent être employés à une production différente, s'il y a pour cette production dans la société une demande effective  3. C'est l'État qui représente cette nouvelle demande, puisqu'il s'est ap­pro­prié une partie du pouvoir d'achat de la classe ouvrière grâce à la législation fiscale. Cette fois cependant l'État ne demande pas de moyens de subsistance - nous négligeons ici la demande de moyens de subsistance pour l'entretien des fonction­naires de l'État, fournis également par les impôts : nous en avons déjà tenu compte sous la rubrique des « tierces personnes » - mais une catégorie spécifique de produits, les engins de guerre du militarisme, les armements navals ou de terre.

Nous reprenons l'exemple du deuxième schéma marxien de l'accumulation, afin d'examiner de plus près les transformations de la reproduction sociale :

I. 5 000 c + 1 000 v + 1 000 pl = 7 000 moyens de production.
II. 1 430 c + 8 285 v + 285 pl = 2 000 moyens de consommation.

Supposons maintenant qu'à la suite des impôts indirects et de l'enchérissement consécutif des moyens de subsistance, le salaire réel, c'est-à-dire la consommation de la classe ouvrière. soit réduit de 100. Les ouvriers reçoivent donc comme auparavant un salaire en argent de 1000 v + 285 v = 1285 v (en argent), mais pour cette somme ils ne peuvent acheter des moyens de subsistance que pour une valeur de 1 185. La somme de 100, correspondant à l'enchérissement des moyens de subsistance, passe à l'État sous forme d'impôt. En outre les paysans, etc. lui versent 150 sous forme de taxe d'armement, il reçoit donc en tout 250. Ces 250 unités représentent une nouvelle demande, très exactement une demande d'armements. Cependant nous ne nous occu­perons provisoirement que des 100 unités prélevées sur les salaires ouvriers. Cette demande d'armements pour une valeur de 100 nécessite la création d'une branche de production correspondante qui doit avoir un capital constant de 71.5 et un capital variable de 14,25 en admettant une composition organique du capital identique, c'est-à-dire moyenne, à celle du schéma de Marx :

71,5 c + 14,25 v + 14,25 pl = 100 (armements).

En outre cette branche de production a besoin de moyens de production pour une valeur de 71.5 et de moyens de subsistance pour une valeur d'environ 13 (presque équivalente à la diminution des salaires réels de 1/13, valable également pour ces ouvriers).

On peut objecter immédiatement que le profit résultant de cette extension des débouchés n'est qu'apparent, puisque la diminution de la consommation réelle de la classe ouvrière aura pour conséquence inévitable un rétrécissement de la production des moyens de subsistance. Ce rétrécissement prendra, dans la section II, la forme suivante :

71,5 c + 14,25 v + 14,25 pl = 100.

En outre la section des moyens de production devra également restreindre sa production si bien que, par suite de la réduction de la consommation de la classe ouvrière, les deux sections présenteront le tableau suivant :

I. 4949 c + 989,75 v + 989,75 pl = 6 928,5
II. 1358,5 c + 270,75 v + 270,75 pl = 1900.

Si maintenant, par l'intermédiaire de l'État, 100 unités donnent lieu à une produc­tion d'armements pour une même valeur et simultanément stimulent la production des moyens de production, il semble au premier abord qu'il s'agisse d'une simple transfor­mation extérieure de la forme matérielle de la production sociale : on produirait à la place d'une certaine quantité de moyens de subsistance une quantité équivalente d'engins de guerre. Le capital n'a fait que gagner d'un côté ce qu'il a perdu de l'autre. Mais on peut donner une interprétation différente : ce qu'un grand nombre de capita­lis­tes produisant des moyens de subsistance pour la masse ouvrière perdent comme débou­chés profite à un petit groupe de grands industriels de la branche des arme­ments.

Les choses ne se passent ainsi que tant que l'on envisage le capitaliste individuel. Il importe peu à celui-ci que la production soit orientée vers telle ou telle branche. Pour le capitaliste individuel il n'existe pas de sections de la production globale telles que les établit le schéma. Il n'y a que des marchandises et des acheteurs ; il est donc tout à fait indifférent au capitaliste individuel de produire des vivres ou des engins de mort, des conserves de viande ou des plaques blindées.

Les adversaires du militarisme se réclament souvent de ce point de vue pour mon­trer que les armements de guerre comme investissements économiques pour le capital ne font que faire passer les profits de certains capitalistes dans la poche des autres  4. D'autre part le capital et son sycophante cherchent à imposer ce point de vue à la clas­se ouvrière, essayant de la persuader que les impôts indirects et la demande de l'État ne font qu'entraîner une modification de la forme matérielle de la reproduction ; on substitue à certaines marchandises la production de croiseurs et de canons qui don­nent à l'ouvrier du travail et du pain autant et même davantage, quelle que soit la branche de production.

Il suffit de jeter un coup d'œil sur le schéma pour vérifier la part d'exactitude dans ces affirmations en ce qui concerne les ouvriers. Supposons, pour simplifier la comparaison, que la production des engins de guerre emploie exactement autant d'ouvriers qu'autrefois la production de moyens de subsistance pour les salariés ; nous aurons le résultat suivant : pour un travail accompli correspondant au salaire de 2 285 v, ils pourront acheter des moyens de subsistance pour 1 185.

Les conséquences sont différentes du point de vue du capital total, pour qui les 100 unités prélevées par l'État et représentant une demande de matériel de guerre constituent un débouché nouveau. A l'origine, cette somme était du capital variable, comme telle elle a rempli sa fonction, a été échangée contre du travail vivant, qui a produit de la plus-value. Par la suite, elle interrompt la circulation du capital variable, s'en sépare et réapparaît comme propriété de l'État sous forme d'un pouvoir d'achat nouveau. En quelque sorte créée à partir de rien, elle semble constituer un nouveau champ de débouchés. Sans doute la vente des moyens de subsistance aux ouvriers sera-t-elle d'abord réduite de 100 unités. Pour le capitaliste individuel, l'ouvrier est un consommateur et acheteur de marchandises aussi valable que n'importe quel autre, qu'un capitaliste, que l'État, le paysan « étranger », etc. N'oublions pas cependant que pour le capital total, l'entretien de la classe ouvrière n'est qu'un mal nécessaire et détourne du but véritable de la production, qui est la création et la réalisation de la plus-value. Si l'on réussit à extorquer la même quantité de plus-value sans être obligé de fournir à la force de travail la même quantité de moyens de subsistance, l'affaire n'en est que plus brillante. C'est comme si le capital était parvenu, sans enchérisse­ment des moyens de subsistance, à réduire d'autant les salaires sans diminuer le rendement des ouvriers. Une réduction constante des salaires entraîne pourtant à la longue la diminution de la production de moyens de subsistance. S'il réduit fortement les salaires, le capital se moque de produire une quantité moindre de moyens de subsistance pour les ouvriers, au contraire il profite de chaque occasion pour le faire ; de même le capital pris dans son ensemble n'est pas mécontent si, grâce aux impôts indirects sans compensation d'augmentation de salaires, la demande de moyens de subsistance de la classe ouvrière diminue. Sans doute, quand il y a réduction directe des salaires, le capitaliste empoche-t-il la différence de capital variable, et celle-ci fait augmenter la plus-value relative dans le cas où les prix des marchandises sont restés stables ; maintenant au contraire, cette différence est encaissée par l'État. Seulement par ailleurs il est difficile d'obtenir les réductions générales et permanentes de salaires à n'importe quelle époque, mais en particulier lorsque les organisations syndicales ont atteint un degré élevé de développement. Les vœux pieux du capital se heurtent alors à des barrières sociales et politiques très puissantes. En revanche, la diminution des salaires réels peut être obtenue rapidement, aisément et dans tous les domaines par le système des impôts indirects, et il faut attendre longtemps avant qu'une résistance se manifeste, celle-ci s'exprime du reste sur le plan politique et n'est pas suivie de résultat économique immédiat. La restriction consécu­tive de la production des moyens de subsistance apparaît du point de vue du capital total non pas comme une dimi­nution de la vente, mais comme une économie de frais généraux dans la produc­tion de la plus-value. La production de moyens de subsistan­ce pour les ouvriers est une condition sine qua non de la création de la plus-value, c'est-à-dire de la reproduction de la force de travail vivante ; elle n'est jamais un moyen de réaliser la plus-value.

Reprenons notre exemple :

I. 5 000 c + 1000 v + 1 000 pl = 7 000 moyens de production.
II. 1430 c + 285 v + 285 pl = 2 000 moyens de consommation.

Au premier abord il semble que la section II produise et réalise de la plus-value même dans la production des moyens de consommation pour les ouvriers, ainsi que la section I dans la mesure où elle produit les moyens de production nécessaires à la production de ces mêmes moyens de subsistance. Cependant l'illusion se dissipe lorsque nous considérons le produit social total. Celui-ci se présente comme suit :

6 430 c + 1 285 v + 1 285 pl = 9 000.

Maintenant supposons que la consommation des ouvriers soit diminuée de 100 unités. La réduction correspondante dans les deux sections se manifestera dans des modifications de la reproduction, exprimées par le tableau suivant :

I. 4949 c + 989,75 v + 989,75 pl = 6 928,5.
II. 1358,5 c + 270,75 v + 270,75 pl = 1900.



Et le produit social global sera :

6 307,5 c + 1 260,5 v + 1 260,5 pl = 8 828,5.

On constate au premier coup d'œil une diminution générale du volume total de la production, et également de la production de la plus-value. Cette impression n'est valable que tant que nous envisageons les grandeurs abstraites de valeur dans la composition du produit total, sans tenir compte de sa composition matérielle. En examinant les choses de plus près, nous constatons que la réduction n'affecte que les frais d'entretien de la force de travail. Dorénavant on produira moins de moyens de subsistance ou de moyens de production, mais ceux-ci servaient exclusivement à l'entretien des ouvriers. Il y a moins de capital employé et le produit social est moindre. Mais le but de la production capitaliste n'est pas d'employer dans l'absolu le plus de capital possible, mais de créer la plus grande quantité possible de plus-value. Le capital n'a diminué que parce que l'entretien des ouvriers exige moins de capital. Tandis qu'autrefois l'ensemble des frais d'entretien des ouvriers occupés dans la société était exprimé par 1 285 unités, aujourd'hui il faut déduire de ces frais d'entretien le déficit survenu dans le produit global, qui est de 171,5 (9 000 - 8 828,5), et nous obtenons alors le produit social modifié comme suit :

6 430 c + 1 113,5 v + 1 285 pl = 8 828,5.

Le capital constant et la plus-value n'ont pas changé. Seul le capital variable de la société, le travail payé a diminué. Ou encore si l'on est surpris que le capital constant n'ait pas changé, supposons, comme c'est le cas en réalité, une diminution du capital constant correspondant à la diminution des moyens de subsistance des ouvriers ; nous obtenons alors un produit social total qui se compose comme suit :

6 307,5 c + 1 236 v + 1 285 pl = 8 828,5.

Dans les deux cas, la plus-value reste inchangée, malgré la diminution du produit total, car les frais d'entretien des ouvriers, et seulement ceux-ci, ont diminué.

On peut imaginer les choses comme suit : le produit social total peut être divisé, d'après sa valeur, en trois parties proportionnelles représentant exclusivement d'une part le capital constant global, d'autre part le capital variable global et enfin la plus-value globale. Tout se passe alors comme si la première portion de produits ne contenait pas un atome de travail nouvellement ajouté, et comme si la deuxième et la troisième portion ne contenaient pas un seul moyen de production. Dans sa forme matérielle, la masse des produits est le résultat de la période de production dont elle est issue ; bien que le capital constant comme grandeur de valeur résulte de périodes de production antérieures et ne soit que transféré sur de nouveaux produits, on peut donc diviser aussi le nombre global des ouvriers occupés en trois catégories : ceux qui ne font que produire le capital total constant de la société, ceux qui ont pour tâche exclusive de pourvoir à l'entretien de l'ensemble des ouvriers et enfin ceux qui créent la plus-value entière de la classe capitaliste.

Si la consommation des ouvriers diminue, il n'y aura de réduction que dans la seconde catégorie d'ouvriers, dont un certain nombre seront licenciés. Mais par définition ces ouvriers ne créent pas de plus-value pour le capital, leur licenciement ne représente donc pas, du point de vue du capital, une perte mais un profit, puisqu'il diminue les frais de production de la plus-value.

En revanche, la demande de l'État qui se produit simultanément présente l'attrait d'une nouvelle sphère de réalisation de la plus value. Une partie de l'argent, mobilisé dans la circulation du capital variable, se détache du cycle et constitue comme propriété de l'État une demande nouvelle. Prati­que­ment, du point de vue de la techni­que fiscale, le processus est évidemment diffé­rent : en fait le montant des impôts indirects est avancé à l'État par le capital et c'est le consommateur qui le rembourse au capitaliste au cours de la vente des marchandises ; mais cela ne change rien à la réalité économique des choses. L'essentiel, du point de vue économique, est que la somme ayant fonction de capital variable serve d'abord de véhicule à l'échange entre le capital et la force de travail ; ensuite au cours de l'échan­ge entre l'ouvrier comme consommateur et le capitaliste comme vendeur de marchan­di­ses, elle passe des mains de l'ouvrier aux caisses de l'État sous forme d'impôt. La somme mise en circulation par le capital ne remplit que de cette manière sa fonction dans l'échange avec la force de travail, mais ensuite elle commence une carrière entièrement nouvelle par l'inter­médiaire de l'État, comme pouvoir d'achat nouveau, étranger au capital et à la classe ouvrière, orienté vers une branche particulière de la production qui ne sert ni à l'entretien de la classe capitaliste ni à celui de la classe ouvrière ; ainsi elle offre au capital une occasion nouvelle à la fois de créer et de réaliser de la plus-value. Nous constations tout à l'heure que lorsque les impôts indirects sont utilisés à pourvoir aux salaires des fonctionnaires et à l'entretien de l'armée, « l'économie » faite sur la con­som­mation des ouvriers permet de faire peser les frais de la consommation person­nelle des parasites de la classe capitaliste et des instruments de sa domination sur les ouvriers plutôt que sur les capitalistes, de les prélever sur le capital variable plutôt que sur la plus-value et en même temps de libérer une quantité équivalente de plus-value pour la capitalisation. A présent nous voyons que les impôts indirects extorqués aux ouvriers, s'ils sont utilisés à la produc­tion de matériel de guerre, offrent au capital un nouveau champ d'accumulation.

Pratiquement, sur la base du système d'impôts indirects, le militarisme remplit ces deux fonctions : en abaissant le niveau de vie de la classe ouvrière, il assure d'une part l'entretien des organes de la domination capitaliste, l'armée permanente, et d'autre part il fournit au capital un champ d'accumulation privilégié 5.

Examinons la deuxième source du pouvoir d'achat de l'État, dans notre exemple les 150 unités de la somme globale des 250, investies en armements. Ces 150 se distinguent essentiellement des 100 unités que nous avons considérées jusqu'à présent. Ces 150 unités ne sont pas prélevées sur les ouvriers, mais sur la petite bour­geoisie - artisans et paysans - (nous laissons de côté la participation relativement minime de la classe capitaliste aux impôts).

La somme d'argent extorquée à la masse paysanne - que nous choisissons ici pour représenter la masse des consommateurs non prolétaires - et transférée à l'État sous forme d'impôts n'est pas à l'origine avancée par le capital, elle ne se détache pas de la circulation capitaliste. Dans la main des paysans, cette somme est l'équivalent de marchandises réalisées, la valeur d'échange de la production simple de marchandises, l'État bénéficie d'une partie du pouvoir d'achat des consommateurs non capitalistes, autrement dit d'un pouvoir d'achat qui de prime abord sert au capital à réaliser la plus-value à des fins d'accumulation. On peut se demander quelles transformations écono­mi­ques découlent pour le capital et de quel ordre, du transfert du pouvoir d'achat de ces couches non capitalistes à l'État à des fins militaires. Il semble au premier abord qu'il s'agisse de transformation dans la forme matérielle de la reproduction. Le capital produira, au lieu d'une quantité donnée de moyens de production et de subsistance pour les consommateurs paysans, du matériel de guerre pour l'État pour une somme équivalente. En fait la transformation est plus profonde. Surtout l'État peut mobiliser, grâce au mécanisme des impôts, des sommes prélevées sur le pouvoir d'achat des consommateurs non capitalistes plus considérables que celles que ceux-ci auraient dépensées pour leur propre consommation.

En réalité, c'est le système fiscal moderne qui est dans une large mesure respon­sable de l'introduction forcée de l'économie marchande chez les paysans. La pression fiscale oblige le paysan à transformer progressivement en marchandises une quantité toujours plus grande de ses produits, et en même temps le force à acheter toujours davantage ; elle fait entrer dans la circulation le produit de l'économie paysanne et contraint les paysans à devenir acheteurs de marchandises capitalistes. Enfin, si nous considérons toujours la production paysanne de marchandises, le système de taxation prive l'économie paysanne d'un pouvoir d'achat bien supérieur à celui qui eût été mis en jeu réellement. Les sommes que les paysans ou les classes moyennes auraient économisées pour les placer dans les caisses d'épargne et dans les banques, attendant d'être investies, sont à présent disponibles dans les caisses de l'État et constituent l'objet d'une demande, et offrent des possibilités d'investissement pour le capital. En outre, la multiplicité et l'éparpillement des demandes minimes de diverses catégories de marchandises, qui ne coïncident pas dans le temps et peuvent être satisfaites par la production marchande simple, qui n'intéressent donc pas l'accumulation capitaliste, font place à une demande concentrée et homogène de l'État. La satisfaction d'une telle demande implique l'existence d'une grande industrie développée à un très haut niveau, donc des conditions très favorables à la production de la plus-value et à l'accumulation. De plus, le pouvoir d'achat des énormes masses de consommateurs, concentré sous la forme de comman­des de matériel de guerre faites par l'État, sera soustrait à l'arbitraire, aux oscillations subjectives de la consommation individuelle ; l'industrie des armements sera douée d'une régularité presque automatique, d'une croissance rythmique. C'est le capital lui-même qui contrôle ce mouvement automa­tique et rythmique de la production pour le militarisme, grâce à l'appareil de la législation parlementaire et à la presse, qui a pour tâche de faire l'opinion publique. C'est pourquoi ce champ spécifique de l'accumu­lation capitaliste semble au premier abord être doué d'une capacité d'expansion illimitée. Tandis que toute extension des débouchés et des bases d'opération du capital est liée dans une large mesure à des facteurs historiques, sociaux et politiques indépendants de la volonté du capital, la production pour le militarisme constitue un domaine dont l'élargissement régulier et par bonds paraît dépendre en première ligne de la volonté du capital lui-même.

Les nécessités historiques de la concurrence toujours plus acharnée du capital en quête de nouvelles régions d'accumulation dans le monde se transforme ainsi, pour le capital lui-même, en un champ d'accumulation privilégié. Le capital use toujours plus énergiquement du militarisme pour s'assimiler, par le moyen du colonialisme et de la politique mondiale, les moyens de production et les forces de travail des pays ou des couches non capitalistes. En même temps, dans les pays capitalistes, ce même militarisme travaille à priver toujours davantage les couches non capitalistes, c'est-à-dire les représentants de la production marchande simple ainsi que la classe ouvrière, d'une partie de leur pouvoir d'achat ; il dépouille progressivement les premiers de leur force productive et restreint le niveau de vie des seconds, pour accélérer puissamment l'accumulation aux dépens de ces deux couches sociales. Cependant, à un certain degré de développement, les conditions de l'accumulation se transforment en condi­tions de l'effondrement du capital.

Plus s'accroît la violence avec laquelle à l'intérieur et à l'extérieur le capital ané­antit les couches non capitalistes et avilit les conditions d'existence de toutes les classes laborieuses, plus l'histoire quotidienne de l'accumulation dans le monde se transforme en une série de catastrophes et de convulsions, qui, se joignant aux crises économiques périodiques finiront par rendre impossible la continuation de l'accumu­lation et par dresser la classe ouvrière internationale contre la domination du capital avant même que celui-ci n'ait atteint économiquement les dernières limites objectives de son développement.

Le capitalisme est la première forme économique douée d'une force de propa­gande ; il tend à se répandre sur le globe et à détruire toutes les autres formes écono­mi­ques, n'en supportant aucune autre à côté de lui. Et pourtant il est en même temps la première forme économique incapable de subsister seule, à l'aide de son seul milieu et de son soi nourricier. Ayant tendance à devenir une forme mondiale, il se brise à sa propre incapacité d'être cette forme mondiale de la production. Il offre l'exemple d'une contradiction historique vivante ; son mouvement d'accumulation est à la fois l'expression, la solution progressive et l'intensification de cette contradiction. A un certain degré de développement, cette contradiction ne peut être résolue que par l'application des principes du socialisme, c'est-à-dire par une forme économique qui est par définition une forme mondiale, un système harmonieux en lui-même, fondé non sur l'accumulation mais sur la satisfaction des besoins de l'humanité travailleuse et donc sur l'épanouissement de toutes les forces productives de la terre.



Rosa Luxemburg



Notes

(1)-Cette hypothèse est formulée par le Dr Renner, qui en fait la base de son traité des impôts Il écrit : « Toute quantité de valeur créée en une année se répartit en quatre catégories. Les impôts d'une année ne peuvent être prélevés que sur ces quatre sources: le profit, l'intérêt, la rente et le salaire. » (Das arbeitende Volk und die Steuern, 1909, p. 9.)
, ouvrier et propriétaire foncier, son entreprise lui rapporte à la fois un salaire, un profit et une rente. » C'est évidemment une abstraction pure que de répartir la paysannerie dans toutes les catégories de la production capitaliste, et de considérer le paysan comme réunissant dans sa personne un entrepreneur (le sien propre), un ouvrier salarié et un propriétaire foncier. Si l'on veut comme Renner envisager la paysannerie comme une catégorie unique, sans faire de distinction, sa spécificité économique réside précisément dans le fait qu'elle ne peut être rattachée ni à l'entreprise capitaliste, ni au prolétariat, et qu'elle représente une production marchande simple, et non pas capitaliste.

(2)-Nous ne traiterons pas ici du problème des cartels et des trusts comme phénomènes spécifiques de la phase impérialiste, issus de la concurrence interne entre les différents groupes capitalistes pour la monopolisation des champs d'accumulation existants et pour la répartition du profit ; cela dépasserait les limites que nous nous sommes fixées.

(3)-Nous traduisons l'expression « zahlungsfähige Nachfrage » par « demande effective » au sens classique du terme. (N. d. T.)

(4)-Dans une réponse à Vorontsov, très appréciée des marxistes russes, le professeur Manuilov écrivait « Il faut faire ici une distinction très nette entre le groupe d'entrepreneurs qui produit des engins de guerre et l'ensemble de la classe capitaliste. Pour les fabricants de canons, de fusils et de tout autre matériel de guerre, l'existence de l'armée est sûrement avantageuse, probablement même indispensable. Il est tout à fait possible que la suppression du système de la paix armée signifierait la ruine pour Krupp; mais nous ne parlons pas d'un groupe particulier d'entrepreneurs, mais des capitalistes en tant que classe et de la production capitaliste dans son ensemble. » De ce dernier point de vue, il faut constater que « si le poids des impôts repose principalement sur la masse de la population ouvrière, chaque accroissement de ses charges diminue le pouvoir d'achat de la population et en même temps la demande de marchandises ». Ce fait prouve « que le militarisme considéré du point de vue de la production du matériel de guerre enrichit sans doute certains capitalistes, mais nuit aux autres, représente un gain d'un côté, mais une perte de l'autre » (Vesnik Pravda. Journal de jurisprudence, Saint-Pétersbourg, 1890, n° 1, Militarisme et Capital »).

(5- En fin de compte, la détérioration des conditions normales de renouvellement de la force de travail provoque une détérioration de la force de travail elle-même, la diminution du rendement et de la productivité moyenne du travail, menace donc les conditions de la production de la plus-value. Mais le capital ne ressentira ces résultats que bien plus tard, aussi n'en tient-il tout d'abord pas compte dans ses calculs économiques. Ces résultats se font seulement sentir dans le durcissement des réactions de défense des travailleurs.



INFOBREF N°583-octobre 2026

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