
800 000 personnes jetées à la rue, obligées
d'abandonner leur logement et toutes leurs affaires à
toute vitesse, avant que les bombardements ne
commencent. Et ceci dans un pays de moins de
6 millions d'habitants : le Liban !
Certains ont trouvé à se loger chez un proche,
d'autres ont obtenu une place en se posant dans une
école. D'autres encore n'ont plus que leur voiture.
D'autres, enfin, ont juste un bout de trottoir à
Beyrouth, la capitale.
L'ordre de partir a été donné par l'armée israélienne,
à deux parties de la population : au sud du
Liban, des gens pauvres, de religion chiite (une autre
branche de l'islam que celle qu'on connaît en France).
Et la banlieue sud de Beyrouth, des personnes déjà
déplacées, chiites en majorité.
Mettons-nous un instant à la place de ces gens.
L'armée israélienne les jette tous à la rue, parce qu'ils
sont, en majorité, de la même religion que la milice
armée du Hezbollah, 50 000 combattants sans doute.
Et ce n'est pas du tout la première fois que
l'armée israélienne les envahit, que ses chars
détruisent les terres agricoles, ou que les soldats
tirent sur des civils, parce qu'ils ont peur d'avoir
affaire à des ennemis.
Cette population, la plus pauvre du Liban, est
longtemps restée sans aucune organisation, et sans
défense, délaissée par les pouvoirs. En 1975, elle s'est
donné un parti, qui s'est appelé L'Espoir (Amal, en
arabe). Ce parti n'était pas spécialement basé sur la
religion, et n'avait rien du fanatisme du Hezbollah
actuel. Il voulait améliorer le sort des populations
chiites dans la société libanaise.
Cela a changé en 1982, lorsque Israël, déjà, a
envahi toute cette région du sud du Liban, avec la
même violence qu'aujourd'hui. C'est à ce moment-là
qu'une partie des membres du parti Amal a décidé de
le quitter, et de passer à des méthodes plus violentes.
C'est eux qui ont créé le Hezbollah (Parti de Dieu, en
arabe). Et le Hezbollah a, de suite, été un parti
religieux, fanatique, qui vise la population juive en
tant que telle, pour répliquer à l'armée d'Israël.
Si Israël avait envahi le Liban, à l'époque, c'était
d'abord pour s'attaquer à l'OLP (Organisation de
libération de la Palestine). Car de nombreux camps
de Palestiniens se trouvaient au Liban. Les
Palestiniens, au total 700 000 personnes, avaient été
expulsés ou ont été forcés de fuir, au moment de la
naissance d'Israël, en 1948.
L'OLP n'était pas du tout basée sur la religion.
Quelques Juifs se trouvaient même à sa direction,
comme Ilan Halevi, Uri Davis. Israël aurait pu négocier
avec l'OLP, ce qu'elle fera quelques années plus
tard. Mais en 1982, elle choisit de lui faire la guerre,
au Liban. Et c'est ce qui a provoqué la naissance du
Hezbollah, contre cette présence d'Israël.
Après quoi l'Iran islamiste (et chiite) de Khomeiny
en a profité, a soutenu le Hezbollah, et importé la
pratique des attentats suicide.
En 2006, la population du Liban sud a encore vu
Israël les envahir, pour attaquer le Hezbollah. Mais,
cette fois, le Hezbollah a pu résister, et Israël a dû
signer un cessez-le-feu. Le Hezbollah a alors vu son
autorité bondir dans tout le Liban. Cette autorité est
donc, elle aussi, venue d'une invasion d'Israël.
Aujourd'hui, le Hezbollah représente une part
importante de la vie même du Liban. Il est bien plus
qu'une organisation militaire. Il apporte des aides à la
population, que l'Etat n'apporte pas : des dispensaires
de santé gratuits, des programmes de vaccination
dans les villages pauvres, des écoles pour les
enfants défavorisés, mais avec une éducation religieuse,
des crèches et des garderies, des aides
alimentaires. Et il a des députés.
La population d'Israël proche du Liban vit sous la
menace des roquettes du Hezbollah. Pendant que la
population chiite du Liban vit sous les bombardements
de l'armée israélienne. L'attitude de chaque
camp ne fait que renforcer l'autre. Aucune solution
ne peut venir de tous ces chefs de guerre ou religieux.
Dans l'immédiat, Israël doit cesser ses invasions.
Et il faudra qu'en bas, dans les populations, des deux
côtés de la frontière, l'on décide de faire des gestes
de paix, les uns envers les autres. Quitte à devoir
affronter ensuite les dirigeants, car ils ne mènent à
aucun espoir.
17/3/2026 L’Ouvrier n° 430
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