mardi 1 septembre 2026

LES DÉSERTEURS DU VIEUX MONDE

Nous publions ce texte, même si nous avons quelques divergences en ce qui concerne l'internationalisme de Lénine. En effet,du 27 mars au 3 avril 1917, Lénine effectue dans une Europe en pleine guerre son retour en Russie accompagné de 31 adultes et de 2 enfants. Le voyage en « train plombé » de Lénine est le fruit d'un accord entre le révolutionnaire russe et l'Allemagne qui encourage pour des raisons stratégiques cette arrivée de Lénine afin d'accélérer la déstabilisation de l'ennemi russe. Ce retour permettra à Lénine de prendre la tête de la révolution d'Octobre permettant d'instaurer l'Union soviétique.

L'expression « train plombé » désigne en réalité l'immunité diplomatique dont bénéficient Lénine et son entourage durant leur périple qui s'effectue à bord d'un train de voyageurs normal. Le convoi traverse l'Allemagne du sud au nord. Après une traversée de la mer Baltique en ferry, les voyageurs se retrouvent en Suède d'où ils gagnent la frontière finlandaise, alors partie de l'Empire russe. Le 3 avril, Lénine arrive à la gare de Finlande de Petrograd, où il est accueilli par une foule de sympathisants. Suivra la paix malheureuse de Brest litov et les accord de Rapallo. Rosa Luxemburg va déclarer

« Une révolution socialiste assise sur les baïonnettes allemandes, une dictature proléta­rienne sous la juridiction protectrice de l'impérialisme allemand » La tragédie russe


LES DÉSERTEURS DU VIEUX MONDE
Face aux guerres et autres catastrophes

« Refusez d’obéir,Refusez de la faire,N'allez pas à la guerre,Refusez de partir. S’il faut donner son sang, Allez donner le vôtre,Vous êtes bon apôtre Monsieur le président.
Si vous me poursuivez,Prévenez vos gendarmes Que j'emporte des armes
Et que je sais tirer »
Boris Vian, 1954, Le déserteur (version non censurée).


Déserteurs du front de guerre comme déserteurs du travail, de plus en plus, la désertion
s’affirme comme la solution d’abord individuelle, puis collective, face aux cours belliqueux,
tant économiques que militaires. Ces deux fronts se complètent parfaitement et s’entretiennent
mutuellement. L’économie de guerre1 prépare matériellement et physiquement, grâce aux
commandes étatiques, la production et la vente des marchandises du secteur de l’industrie de
l’armement, secteur qui ne connait pas la crise, tout en apportant une solution stimulée et
droguée à la morosité économique. De plus, le climat belliciste et anxiogène permet de
détourner les prolétaires de l’inflation et autres dégradations de leurs conditions de vie et de
travail.
La mobilisation, et le sursaut nationaliste ainsi espéré, permet la reconstitution d’une « unité »
qui vise à noyer toute velléité de lutte de classe. Si, en plus, l’ennemi « extérieur » peut avoir
des alliés ou des prolongements politiques à l’intérieur du pays, c’est du pain béni (comme les
canons) pour les fausses polarisations, variations à l’infini de celle, historique, entre fascisme
et antifascisme. Sur le terrain économique, la désertion se confond avec le refus du travail :
du sabotage actif à l’absentéisme plus ou moins bien organisé. 2 Face à ce refus, de plus en
plus de réquisitions et d’impositions de travail forcé se développent avec l’économie de
guerre. Ces désertions complémentaires sont malheureusement insuffisamment comprises
1Sur la question de l’économie de guerre, nous avons écrit un texte : « Économie de guerre ou guerre à l’économie » dans
notre revue Matériaux Critiques, N°10, ainsi que sur notre site web : https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
2Sur cette question également nous avons produit un texte : « Vive le sabotage » dans notre revue Matériaux Critiques, N°10,
ainsi que sur notre site web : https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
2
comme des moments d’une même réaction vitale contre la mort et l’exploitation : l’une sur le
front et l’autre à l’arrière, additionnelle et solidaire. Cette sinistre réalité est apparue avec la
première guerre mondiale, première guerre moderne où disparut la distinction, anciennement
essentielle, entre civils et combattants (Massacre de Tamines), nous amenant à marche forcée
vers une culture de guerre généralisée, théorisée par le concept, dérivé de Clausewitz, de
guerre totale. Cette guerre est dite « totale » car elle implique l’union sacrée de tous les partis
politiques, une intense propagande visant à mobiliser toutes la société derrière « son » État,
afin de détruire en totalité les ressources du belligérant adverse en combinant destructions
civiles et militaires grâce, notamment, à la possible utilisation de l’arme nucléaire
(bombardements des villes d' Hiroshima et de Nagasaki).
« Une guerre totale est un conflit dont les conséquences et les implications ne se limitent pas aux
champs de bataille mais touchent l’ensemble des sociétés des pays mobilisés. La guerre de 1914-1918,
dans une certaine mesure et surtout la guerre de 1939-1945, sont des guerres totales. Elles sont
caractérisées évidemment par une mobilisation militaire, mais aussi par une mobilisation complète
des énergies intellectuelles, économiques et humaines. » François Cochet, Acceptions, évolutions et
modalités de la “guerre totale” à l’époque contemporaine ». Les Armées, Hermann, 2018. p.149-160.3
Cette théorie de la guerre totale deviendra une des constances du capitalisme mûr, avec le
développement généralisé d’un État interventionniste fort dirigeant et amplifiant les
investissements militaro-industriels. Cet État est souvent soutenu, grâce à une intense
propagande, par une mobilisation de masses hystérisées contre un ennemi -bouc émissaire-
impitoyable et fourbe. A la tête de ce processus, il est alors opportun de pouvoir imposer un
homme providentiel et charismatique (de Mussolini à Eva Perón) incarnant la communauté
nationale purifiée et unifiée dans la mystique d’un nouveau destin grandiose. Autour de cet
homme (ou femme) exceptionnel s’organisera un culte de la personnalité, propre tant aux
régimes autoritaires de « gauche » que de « droite ». Il s’agit là de quelques caractéristiques
typiques des fascismes historiques (Italie, Allemagne, Espagne).
« On peut définir le fascisme comme une forme de comportement politique marquée au coin d’une
préoccupation obsessionnelle pour le déclin de la société, pour son humiliation et sa victimisation et
par des cultes compensatoires de l’unité, de l’énergie, de la pureté ; ses militants, des nationalistes
convaincus encadrés par un parti fondé sur la masse, collaborent de manière souvent rugueuse mais
efficace avec les élites traditionnelles ; le parti abandonne les libertés démocratiques et poursuit, par
une politique de violence rédemptrice et en absence de contraintes éthiques ou légales, un double
objectif de nettoyage interne et d’expansion externe ». Robert O. Paxton, Le fascisme en action, p.373,
Seuil, Paris, 2004.
Cet ensemble de tendances centripètes autour d’un État « totalitaire » œuvre de plus en plus
ouvertement à la préparation des conflits à venir. C’est alors l’ensemble de la société qui est
mobilisée, dans la peur et la perspective martiale (kit de survie !).
« Il n’y a plus aucune activité (…) qui ne soit une production destinée, à tout le moins indirectement, à
l’effort de guerre. Dès lors, à côté des armées qui s’affrontent sur un champ de bataille, des armées
d’un genre nouveau surgissent : l’armée chargée des communications, celle qui a la responsabilité du
ravitaillement, celle qui prend en charge l’industrie d’équipement -l’armée du travail en général.
L’engagement de cette armée implique une « réquisition radicale » de la société, qui nécessite qu’on
organise dans cette perspective jusqu’au marché le plus intérieur et jusqu’au nerf d’activité le plus
3Sur le site web Cairn info : https://shs.cairn.info/les-armees--9782705695859-page-149?lang=fr
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ténu ; et c’est la tâche de la mobilisation totale (…) Elle branche le réseau de la vie moderne, déjà
complexe et considérablement ramifié à travers de multiples connexions, sur cette ligne à haute
tension qu’est l’activité militaire. » Ernst Jünger, La mobilisation totale4, (1930).
Face à cette perspective apocalyptique, la désertion s’impose comme solution, d’abord de
survie individuelle, puis comme organisation collective de résistance et de lutte. C’est
pourquoi il est important de souligner ces actions de désolidarisation et de rupture avec
l’union sacrée et la peste nationaliste lorsqu’elles se produisent, car elles sont, la plupart du
temps, minorées, voire passées sous silence. La guerre entre l’Ukraine et la Russie en a
compté significativement dans les deux camps. C’est également le cas de la population de
Gaza qui, coincée dans une situation dramatique entre de nombreuses forces bourgeoises
antinomiques, a néanmoins courageusement manifesté contre la guerre et tous les belligérants,
intérieurs et extérieurs.
« Nous refusons de mourir pour qui que ce soit, pour l'agenda d'un parti ou pour les intérêts d'États
étrangers ... Le Hamas doit se retirer et écouter la voix des personnes en deuil, la voix qui s'élève sous
les décombres – c'est la voix la plus honnête. (…) Nos enfants ont été tués. Nos maisons ont été
détruites... (Nous sommes) contre la guerre, contre le Hamas et les factions (politiques
palestiniennes), contre Israël et contre le silence du monde. (…) Nous sommes opprimés par l'armée
d'occupation (Israël) et par le Hamas. »5
De même, dans la guerre capitaliste actuelle entre l’Ukraine et la Russie, les désertions et les
insoumissions se sont multipliées dans les deux camps et de nombreux conscrits se sont
expatriés avec leurs familles.
« Plus de 100 000 soldats ont été inculpés en vertu des lois ukrainiennes sur la désertion depuis l'invasion  massive du pays par la Russie en 2022. En 2024, l'Ukraine a ouvert 60 000 dossiers de désertion, soit deux fois plus qu'au cours des deux années de guerre précédentes (…). Environ 12 personnes s'échappent chaque mois des exercices militaires en Pologne, a déclaré un responsable polonais de la sécurité sous le couvert de l'anonymat. »6
Selon « Le courrier International » : « Après trois ans de guerre sur son territoire, l’Ukraine fait en effet
face à une explosion du nombre de désertions. Selon le média qatari Al-Jazeera, au moins 30 000 soldats auraient quitté les rangs rien qu’en 2024. C’est plus “qu’au cours des deux premières années de
guerre”, analyse le Financial Times.»7
«La désertion massive des troupes ukrainiennes formées par la France a mis en lumière les problèmes de mauvaise gestion, à un moment où il est plus important que jamais de gagner du terrain dans la guerre contre la Russie. Le 5 janvier 2025, 1700 soldats de la 155ème brigade, aussi appelée brigade Anne de Kiev,formés en France, ont déserté en masse. Une enquête journalistique a révélé que les troupes avaient abandonné la brigade avant même d’atteindre le champ de bataille. » 8 « Il s'agit d'un chiffre stupéfiant, car on estime à 300 000 le nombre de soldats ukrainiens engagés dans les combats avant le début de la

Notes
4Cité par Johann Chapoutot, Fascisme, nazisme et régimes autoritaires en Europe (1918-1945), p.46, Quadrige, puf, Paris,
2013.
5Cité dans la prise de position internationaliste de la « Communist Workers’ Organisation, » (T.C.I.) du 28 Mars 2025. Sur le
site Les

Internationalistes : https://www.leftcom.org/fr/articles/2025-03-30/manifestations-contre-la-guerre-%C3%A0-gaza
6Sur le site web Euronews : https://fr.euronews.com/2024/11/30/larmee-ukrainienne-face-a-la-pression-croissante-des-russes-
est-en-proie -aux-desertions-de#:~:text=Plus%20de%20100%20000%20soldats,
7Stopper les désertions, recruter en nombre : l’Ukraine face à la “crise des effectifs, février 2025, sur le site web Courrier
International : https://www.courrierinternational.com/video/video-stopper-les-desertions-recruter-en-nombre-l-ukraine-face-a
-la-crise-des-effectifs_228016
8L’Ukraine tente de résoudre le problème des désertions massives de ses troupes, sur le site web EURACTIV :
https://www.euractiv.fr/section/ukraine/news/lukraine-tente-de-resoudre-le-probleme-des-desertions-massivesde-ses-troupes/
4
campagne de mobilisation. Et le nombre réel de déserteurs pourrait être bien plus élevé. Un législateur au fait des questions militaires a estimé qu'il pourrait s'élever à 200 000. (…). De nombreux déserteurs ne reviennent pas après avoir bénéficié d'un congé médical. Fatigués par la constance de la guerre, ils sont psychologiquement et émotionnellement marqués ».9
Les récits sont multiples et rendent compte de l’acharnement et des ruses employées pour échapper
à l’engrenage mortel, comme de la perfidie des « autorités » de chaque camp afin d’envoyer de la
chair à canon fraîche à la boucherie patriotique. (Rafles dans les boites de nuit, contrôles inopinés
dans la rue,…). L’utilisation de mercenaires et de supplétifs (soldats nord-coréens !) devient
également de plus en plus courante. Et, lorsque certains ont enfin réussi à déserter, ils conservent
en exil un constant sentiment de peur, justifié par l’appréhension d’être rattrapés ou exécutés.
« Ivan réussit à échapper à une offensive mortelle, face à des drones et un sniper ukrainiens, raconte le New
York Times magazine. Ensuite, il fait tout pour ne pas repartir au front, feignant notamment une hernie
discale. Après plusieurs passages dans des hôpitaux, Ivan parvient à rejoindre Anna et Sasha, chez eux, en Russie. Il réussit à reprendre son passeport confisqué dans sa caserne après un tour de passe-passe,
quelques péripéties plus tard, Ivan arrive à fuir la Russie via la Biélorussie et la Turquie, avant d'atteindre une destination finale, non mentionnée par le New York Times. Aujourd'hui, la famille et surtout Anna vivent dans la peur d'être découverts : "les pires châtiments sont réservés aux déserteurs qui meurent dans des circonstances mystérieuses", écrit le journal américain, comme ce pilote assassiné en Espagne, criblé de balles puis écrasé par une voiture. (…) Mediazona, un média indépendant russe en exil, dénombre au moins 7 400 cas de désertion de l'armée russe, mais ce chiffre est certainement sous-estimé, souligne le New York Times magazine. »10


Même durant la seconde guerre mondiale, malgré les intenses propagandes bellicistes polarisées,
notamment par l’antifascisme bourgeois, les désertions se sont déroulées massivement et dans tous
les camps. Lors de l’invasion de l’URSS par l’Allemagne, on a compté jusqu’à 450 000 désertions
de juin à décembre 1941.
«Les soldats des pays baltes enrôlés dans l'Armée rouge désertent massivement à l’arrivée de
la Wehrmacht en juillet 1941 dans leur pays. Environ 1,3 million de déserteurs furent arrêtés (soit 4 % des
mobilisés) de début 1942 à la fin de la guerre. » Jean Lopez, La Wehrmacht, la fin d’un mythe, 178-179,
Perrin, Paris, 2019.
D’après Charles Glass, dans son ouvrage : « Les Déserteurs : Une Histoire Cachée de la
Seconde Guerre Mondiale », « près de 50 000 soldats américains et 100 000 soldats britanniques
ont déserté les forces armées pendant la Seconde Guerre mondiale. »11
Enfin, il est bon de rappeler que « pendant la guerre du Vietnam, 503 926 désertions ont eu lieu au sein
de l'armée américaine. La plupart ont déserté aux États-Unis, mais certains ont fui vers d'autres pays. »
Ces quelques exemples, glanés de différentes sources, ne permettent malheureusement pas
d’estimer l’ampleur réelle du phénomène de la désertion, ni de saisir pleinement les
implications (corruptions) et les complicités existantes au sein de l’ensemble de la société. Et ce,
9L'armée ukrainienne, face à la pression croissante des Russes, est en proie aux désertions de masse, novembre 2024, sur le
site web Euronews : https://fr.euronews.com/2024/11/30/larmee-ukrainienne-face-a-la-pression-croissante-des-russes-est-en-
proie-aux-desertions-de
10Enquête sur le lourd tribut que représente la désertion de l'armée russe, septembre 2024, sur le site web Radio France :
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-
emission-du-mercredi-25-septembre-2024-2930782
11Sur le site web : https://www.nytimes.com/2013/06/10/books/the-deserters-a-world-war-ii-history-by-charles-glass.html#:
~:text=Nearly%2050%2C000%20American%20and%20100%2C000,Some%20b
5
bien évidemment, car cette réalité massive et récurrente s’oppose frontalement aux discours
patriotiques et à la nécessité toujours croissante de continuer, sur la plan matériel comme
idéologique, la préparation à des guerres généralisées. Seul le défaitisme révolutionnaire a été
forgé pour répondre adéquatement à ce cataclysme. C’est la « transformation de la guerre
impérialiste en guerre civile » !
Le défaitisme révolutionnaire est l’une des plus importantes prises de position ainsi qu’un apport
théorique crucial de Lénine. Il s’agit de la seule réponse appropriée, du point de vue prolétarien,
face au déclenchement des guerres capitalistes. Et c’est là un élément essentiel. Ce mot d’ordre
remonte à l’expérience de la Commune de Paris, qui interrompit violemment la guerre franco-
prussienne de 1870, et à la révolution de 1905, qui se déclencha pour mettre fin à la guerre
désastreuse entre la Russie et le Japon. Bien évidemment, il devint le point de basculement
révolutionnaire lors de la première guerre mondiale, sur base de pratiques de fraternisation et des
désertions que connurent massivement les différents fronts. Celles-ci se complétèrent par des refus
de monter au front, par des mutilations volontaires, par des abandons de poste, par le rejet des
ordres et l’affrontement direct face à leurs propres officiers,… le tout allant jusqu’à la fraternisation
avec les soldats « d’en face » et à la désertion.
« A des degrés différents, aucune armée n’est épargnée par ces mouvements de révoltes. Tous les
soldats vivent le même enfer et réagissent de la même manière devant l’horreur. Ainsi, l’armée
allemande doit faire face à une recrudescence du nombre de mutineries dans les derniers mois du
conflit au moment où celui-ci lui échappe. » Mutineries, désobéissance et révoltes dans les tranchées de la Grande Guerre12.
Ces mouvements culminèrent en 1917 avec les mutineries dans l’armée française, et ce, jusqu’à la
révolte des marins de la mer Noire en 191913 s’opposant à la tentative contre-révolutionnaire de
mise au pas militaire de la révolution en Russie, elle aussi produit direct de la guerre. Ce défaitisme
constitue, de plus, la seule alternative face aux trahisons du « défensisme » et de « l’union sacrée »
qui firent basculer totalement une très grande partie de la deuxième Internationale dans la contre-
révolution. Par voie de conséquence, tous les socialistes et anarchistes qui avaient rejeté, par
pacifisme ou nationalisme, cette formule délimitant strictement le camp ouvrier de celui bourgeois,
étaient donc, à un degré ou à un autre, coupables de forfaiture et de compromission avec le social-
patriotisme.
« La question posée par la situation historique du prolétariat ne consiste pas à choisir entre guerre et
paix mais entre guerre impérialiste et guerre contre cette guerre, à savoir la guerre civile. » G.
Lukacs, La pensée de Lénine, p.70, Denoël/Gonthier, Paris, 1972.


Ce mot d’ordre apparait dans une série d’articles publiés par Lénine et Zinoviev de septembre
1914 à février 1917et regroupés dans une publication intitulée « Contre le courant ». Leur
position se résume ainsi :
« Transformer la guerre impérialiste en guerre civile, tel fut le mot d'ordre essentiel que nous
lançâmes dès le début de la guerre (...). Ce fut pour nous une très grande satisfaction que de recevoir,
à la fin de la première conférence de Zimmerwald une lettre de Karl Liebknecht qui se terminait ainsi
12Sur le site web Bibliothèque BCU: https://buclermont.hypotheses.org/2743
13Lire à ce sujet : A. Marty, La révolte de la mer noire, Fac-similé, F. Maspero, Paris, 1970.
6
"la guerre civile et non la paix civile, voilà notre mot d'ordre" » N. Lénine et G. Zinoviev, Contre le
courant, p.10-11, Fac-similé, F. Maspero, Paris, 1970.
Les désertions en masse sont ainsi le terreau majeur du défaitisme révolutionnaire ; elles en
sont l’impulsion vitale. N’importe quelle époque n’est donc pas appropriée pour lancer
concrètement le mot d’ordre défaitiste et surtout pour organiser la mise en œuvre de pratiques
défaitistes au front et dans la production. Au-delà de l’importance de l’aspect propagandiste,
de telles pratiques nécessitent une organisation aguerrie et bien implantée au sein de l’avant-
garde ouvrière. Il s’agit donc des conditions objectives et subjectives propres à une période
révolutionnaire, ou franchement prérévolutionnaire. Ces conditions ne sont, pour l’heure
nullement réunies ; il nous reste toutefois le nécessaire travail de réexposition, de clarification
et de formation politique.
« Il faut bien se rendre compte que ce défaitisme ne sera guère possible que lorsque le massacre aura
déjà produit un grand mécontentement et permis le développement d’une agitation révolutionnaire, le
travail révolutionnaire lui-même ayant passé pendant un temps plus ou moins long à une phase
clandestine. C’est finalement au moment où le prolétariat aura acquis assez de conscience et de force
pour se mesurer ouvertement avec la bourgeoisie, que les actes défaitistes atteindront toute leur
ampleur ; le gouvernement sera coincé entre les offensives ennemies et les assauts de la classe
ouvrière ; les défaites militaires du gouvernement s’ajouteront aux défaites du patronat et de la police
dans le domaine des grèves et manifestations. Les arrêts provoqués dans la fabrication des armes, le
sabotage des transports de vivres et de munitions provoqueront la défaite et la panique sur le front et
à l’arrière. L’invasion des armées étrangères et la nécessité pour la bourgeoisie de demander
lamentablement la paix à l’État ennemi, achèveront de créer les conditions les plus favorables pour la
révolution prolétarienne. Quant au gouvernement vainqueur, il ne tardera pas à s’apercevoir qu’il y a
grand danger à laisser trop longtemps ses soldats au contact du mouvement défaitiste et
révolutionnaire du pays envahi et vaincu. » Défaitisme révolutionnaire, L’internationale, organe de
l’Union communiste, n° 38, juin 1938.14
Avril 2025 : Fj, Eu, Ms & Mm.
Bibliographie
Ouvrages :
- J. Chapoutot, Fascisme, nazisme et régimes autoritaires en Europe (1918-1945), Puf, Paris, 2013.
-N. Lénine et G. Zinoviev, Contre le courant, Fac-similé, F. Maspero, Paris, 1970.
-G. Lukacs, La pensée de Lénine, Denoël/Gonthier, Paris, 1972.
-J. Lopez, La Wehrmacht, La fin d’un mythe, Perrin, Paris, 2019.
-A. Marty, La révolte de la mer noire, Fac-similé, F. Maspero, Paris, 1970.
-R. O. Paxton, Le fascisme en action, Seuil, Paris, 2004.
Sites web, Articles, revues :
-« Économie de guerre ou guerre à l’économie », Matériaux Critiques, N°10, ainsi que sur le site web : https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
-«Vive le sabotage » Matériaux Critiques, N°10, ainsi que sur le site web : https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
-François Cochet, Acceptions, évolutions et modalités de la “guerre totale” à l’époque contemporaine ». In : Les Armées, Hermann, 2018. p.149-160 : sur le site
web Cairn Info : https://shs.cairn.info/les-armees--9782705695859-page-149?lang=fr
-Prise de position internationaliste de la « Communist Workers’ Organisation, » (T.C.I.) du 28 Mars 2025 - sur le site web : Les Internationalistes :
https://www.leftcom. org/fr/articles/2025-03-30/manifestations-contre-la-guerre-%C3%A0-gaza
-L'armée ukrainienne, face à la pression croissante des Russes, est en proie aux désertions de masse, novembre 2024, sur le site web Euronews :
https://fr.euronews.com/2024/11/30/larmee-ukrainienne-face-a-la-pression-croissante-des-russes-est-en-proie-aux-desertions-de#:~:text=Plus%20de%20100%20
000%20soldats,
-Stopper les désertions, recruter en nombre : l’Ukraine face à la “crise des effectifs, février 2025, sur le site web Courrier International: https://www.courrier
international.com/video/video-stopper-les-desertions-recruter-en-nombre-l-ukraine-face-a-la-crise-des-effectifs_228016
-L’Ukraine tente de résoudre le problème des désertions massives de ses troupes, sur le site web Euractiv : https://www.euractiv.fr/section/ukraine/news/lukraine-
tente-de-resoudre-le-probleme-des-desertions-massivesde-ses-trou pes/
-Enquête sur le lourd tribut que représente la désertion de l'armée russe, septembre 2024, sur le site web Radio France : https://www.radiofrance.fr/franceculture/
podcasts/la-revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-emission-du-mercredi-25-septembre-2024-2930782
-Into the Lives of three deserters who did not have a good war, sur le site web New York Times : https://www.nytimes.com/2013/06/10/books/the-deserters-a-
world-war-ii-history-by-charles-glass.html#:~:text=Nearly%2 050%2C000%20American%20and%20100%2C000,Some%20b
-Mutineries, désobéissance et révoltes dans les tranchées de la Grande Guerre. Sur le site web BUC : https://buclermont.hypotheses.org/2743
-Défaitisme révolutionnaire, L’internationale, organe de l’Union communiste, n° 38, juin 1938, sur le site web : https://www.left-dis.nl/f/defaitisme.pdf
14Cette très intéressante analyse d’un des seuls groupes révolutionnaires de cette période est à lire sur le site web :
https://www.left-dis.nl/f/defaitisme.pdf

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