L'expression « train plombé » désigne en réalité l'immunité diplomatique dont bénéficient Lénine et son entourage durant leur périple qui s'effectue à bord d'un train de voyageurs normal. Le convoi traverse l'Allemagne du sud au nord. Après une traversée de la mer Baltique en ferry, les voyageurs se retrouvent en Suède d'où ils gagnent la frontière finlandaise, alors partie de l'Empire russe. Le 3 avril, Lénine arrive à la gare de Finlande de Petrograd, où il est accueilli par une foule de sympathisants. Suivra la paix malheureuse de Brest litov et les accord de Rapallo. Rosa Luxemburg va déclarer
« Une révolution socialiste assise sur les baïonnettes allemandes, une dictature prolétarienne sous la juridiction protectrice de l'impérialisme allemand » La tragédie russe
LES DÉSERTEURS DU VIEUX MONDE
Face
aux guerres et autres catastrophes
«
Refusez d’obéir,Refusez de la faire,N'allez pas à la
guerre,Refusez de partir. S’il faut donner son sang, Allez donner
le vôtre,Vous êtes bon apôtre Monsieur le président.
Si vous
me poursuivez,Prévenez vos gendarmes Que j'emporte des armes
Et
que je sais tirer »
Boris Vian, 1954, Le déserteur (version non
censurée).
Déserteurs du front de guerre
comme déserteurs du travail, de plus en plus, la désertion
s’affirme
comme la solution d’abord individuelle, puis collective, face aux
cours belliqueux,
tant économiques que militaires. Ces deux
fronts se complètent parfaitement et s’entretiennent
mutuellement.
L’économie de guerre1 prépare matériellement et physiquement,
grâce aux
commandes étatiques, la production et la vente des
marchandises du secteur de l’industrie de
l’armement, secteur
qui ne connait pas la crise, tout en apportant une solution stimulée
et
droguée à la morosité économique. De plus, le climat
belliciste et anxiogène permet de
détourner les prolétaires de
l’inflation et autres dégradations de leurs conditions de vie et
de
travail.
La mobilisation, et le sursaut nationaliste ainsi
espéré, permet la reconstitution d’une « unité »
qui vise à
noyer toute velléité de lutte de classe. Si, en plus, l’ennemi «
extérieur » peut avoir
des alliés ou des prolongements
politiques à l’intérieur du pays, c’est du pain béni (comme
les
canons) pour les fausses polarisations, variations à l’infini
de celle, historique, entre fascisme
et antifascisme. Sur le
terrain économique, la désertion se confond avec le refus du
travail :
du sabotage actif à l’absentéisme plus ou moins bien
organisé. 2 Face à ce refus, de plus en
plus de réquisitions et
d’impositions de travail forcé se développent avec l’économie
de
guerre. Ces désertions complémentaires sont malheureusement
insuffisamment comprises
1Sur la question de l’économie de
guerre, nous avons écrit un texte : « Économie de guerre ou guerre
à l’économie » dans
notre revue Matériaux Critiques, N°10,
ainsi que sur notre site web :
https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
2Sur cette
question également nous avons produit un texte : « Vive le sabotage
» dans notre revue Matériaux Critiques, N°10,
ainsi que sur
notre site web :
https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
2
comme
des moments d’une même réaction vitale contre la mort et
l’exploitation : l’une sur le
front et l’autre à l’arrière,
additionnelle et solidaire. Cette sinistre réalité est apparue avec
la
première guerre mondiale, première guerre moderne où
disparut la distinction, anciennement
essentielle, entre civils et
combattants (Massacre de Tamines), nous amenant à marche forcée
vers
une culture de guerre généralisée, théorisée par le concept,
dérivé de Clausewitz, de
guerre totale. Cette guerre est dite «
totale » car elle implique l’union sacrée de tous les
partis
politiques, une intense propagande visant à mobiliser
toutes la société derrière « son » État,
afin de détruire
en totalité les ressources du belligérant adverse en combinant
destructions
civiles et militaires grâce, notamment, à la
possible utilisation de l’arme nucléaire
(bombardements des
villes d' Hiroshima et de Nagasaki).
« Une guerre totale est un
conflit dont les conséquences et les implications ne se limitent pas
aux
champs de bataille mais touchent l’ensemble des sociétés
des pays mobilisés. La guerre de 1914-1918,
dans une certaine
mesure et surtout la guerre de 1939-1945, sont des guerres totales.
Elles sont
caractérisées évidemment par une mobilisation
militaire, mais aussi par une mobilisation complète
des énergies
intellectuelles, économiques et humaines. » François Cochet,
Acceptions, évolutions et
modalités de la “guerre totale” à
l’époque contemporaine ». Les Armées, Hermann, 2018.
p.149-160.3
Cette théorie de la guerre totale deviendra une des
constances du capitalisme mûr, avec le
développement généralisé
d’un État interventionniste fort dirigeant et amplifiant
les
investissements militaro-industriels. Cet État est souvent
soutenu, grâce à une intense
propagande, par une mobilisation de
masses hystérisées contre un ennemi -bouc émissaire-
impitoyable
et fourbe. A la tête de ce processus, il est alors opportun de
pouvoir imposer un
homme providentiel et charismatique (de
Mussolini à Eva Perón) incarnant la communauté
nationale
purifiée et unifiée dans la mystique d’un nouveau destin
grandiose. Autour de cet
homme (ou femme) exceptionnel
s’organisera un culte de la personnalité, propre tant aux
régimes
autoritaires de « gauche » que de « droite ». Il s’agit là de
quelques caractéristiques
typiques des fascismes historiques
(Italie, Allemagne, Espagne).
« On peut définir le fascisme
comme une forme de comportement politique marquée au coin
d’une
préoccupation obsessionnelle pour le déclin de la
société, pour son humiliation et sa victimisation et
par des
cultes compensatoires de l’unité, de l’énergie, de la pureté ;
ses militants, des nationalistes
convaincus encadrés par un parti
fondé sur la masse, collaborent de manière souvent rugueuse
mais
efficace avec les élites traditionnelles ; le parti
abandonne les libertés démocratiques et poursuit, par
une
politique de violence rédemptrice et en absence de contraintes
éthiques ou légales, un double
objectif de nettoyage interne et
d’expansion externe ». Robert O. Paxton, Le fascisme en action,
p.373,
Seuil, Paris, 2004.
Cet ensemble de tendances
centripètes autour d’un État « totalitaire » œuvre de plus en
plus
ouvertement à la préparation des conflits à venir. C’est
alors l’ensemble de la société qui est
mobilisée, dans la
peur et la perspective martiale (kit de survie !).
« Il n’y a
plus aucune activité (…) qui ne soit une production destinée, à
tout le moins indirectement, à
l’effort de guerre. Dès lors, à
côté des armées qui s’affrontent sur un champ de bataille, des
armées
d’un genre nouveau surgissent : l’armée chargée des
communications, celle qui a la responsabilité du
ravitaillement,
celle qui prend en charge l’industrie d’équipement -l’armée
du travail en général.
L’engagement de cette armée implique
une « réquisition radicale » de la société, qui nécessite
qu’on
organise dans cette perspective jusqu’au marché le plus
intérieur et jusqu’au nerf d’activité le plus
3Sur le site
web Cairn info :
https://shs.cairn.info/les-armees--9782705695859-page-149?lang=fr
3
ténu
; et c’est la tâche de la mobilisation totale (…) Elle branche
le réseau de la vie moderne, déjà
complexe et considérablement
ramifié à travers de multiples connexions, sur cette ligne à
haute
tension qu’est l’activité militaire. » Ernst Jünger,
La mobilisation totale4, (1930).
Face à cette perspective
apocalyptique, la désertion s’impose comme solution, d’abord
de
survie individuelle, puis comme organisation collective de
résistance et de lutte. C’est
pourquoi il est important de
souligner ces actions de désolidarisation et de rupture avec
l’union
sacrée et la peste nationaliste lorsqu’elles se produisent, car
elles sont, la plupart du
temps, minorées, voire passées sous
silence. La guerre entre l’Ukraine et la Russie en a
compté
significativement dans les deux camps. C’est également le cas de
la population de
Gaza qui, coincée dans une situation dramatique
entre de nombreuses forces bourgeoises
antinomiques, a néanmoins
courageusement manifesté contre la guerre et tous les
belligérants,
intérieurs et extérieurs.
« Nous refusons de
mourir pour qui que ce soit, pour l'agenda d'un parti ou pour les
intérêts d'États
étrangers ... Le Hamas doit se retirer et
écouter la voix des personnes en deuil, la voix qui s'élève
sous
les décombres – c'est la voix la plus honnête. (…) Nos
enfants ont été tués. Nos maisons ont été
détruites... (Nous
sommes) contre la guerre, contre le Hamas et les factions
(politiques
palestiniennes), contre Israël et contre le silence
du monde. (…) Nous sommes opprimés par l'armée
d'occupation
(Israël) et par le Hamas. »5
De même, dans la guerre
capitaliste actuelle entre l’Ukraine et la Russie, les désertions
et les
insoumissions se sont multipliées dans les deux camps et
de nombreux conscrits se sont
expatriés avec leurs familles.
«
Plus de 100 000 soldats ont été inculpés en vertu des lois
ukrainiennes sur la désertion depuis l'invasion massive du pays
par la Russie en 2022. En 2024, l'Ukraine a ouvert 60 000 dossiers de
désertion, soit deux fois plus qu'au cours des deux années de
guerre précédentes (…). Environ 12 personnes s'échappent
chaque mois des exercices militaires en Pologne, a déclaré un
responsable polonais de la sécurité sous le couvert de l'anonymat.
»6
Selon « Le courrier International » : « Après trois ans de
guerre sur son territoire, l’Ukraine fait en effet
face à une
explosion du nombre de désertions. Selon le média qatari
Al-Jazeera, au moins 30 000 soldats auraient quitté les rangs
rien qu’en 2024. C’est plus “qu’au cours des deux premières
années de
guerre”, analyse le Financial Times.»7
«La
désertion massive des troupes ukrainiennes formées par la France a
mis en lumière les problèmes de mauvaise gestion, à un moment
où il est plus important que jamais de gagner du terrain dans la
guerre contre la Russie. Le 5 janvier 2025, 1700 soldats de la
155ème brigade, aussi appelée brigade Anne de Kiev,formés en
France, ont déserté en masse. Une enquête journalistique a révélé
que les troupes avaient abandonné la brigade avant même
d’atteindre le champ de bataille. » 8 « Il s'agit d'un chiffre
stupéfiant, car on estime à 300 000 le nombre de soldats
ukrainiens engagés dans les combats avant le début de la
Notes
4Cité
par Johann Chapoutot, Fascisme, nazisme et régimes autoritaires en
Europe (1918-1945), p.46, Quadrige, puf, Paris,
2013.
5Cité
dans la prise de position internationaliste de la « Communist
Workers’ Organisation, » (T.C.I.) du 28 Mars 2025. Sur le
site
Les
Internationalistes :
https://www.leftcom.org/fr/articles/2025-03-30/manifestations-contre-la-guerre-%C3%A0-gaza
6Sur
le site web Euronews :
https://fr.euronews.com/2024/11/30/larmee-ukrainienne-face-a-la-pression-croissante-des-russes-
est-en-proie
-aux-desertions-de#:~:text=Plus%20de%20100%20000%20soldats,
7Stopper
les désertions, recruter en nombre : l’Ukraine face à la “crise
des effectifs, février 2025, sur le site web Courrier
International
:
https://www.courrierinternational.com/video/video-stopper-les-desertions-recruter-en-nombre-l-ukraine-face-a
-la-crise-des-effectifs_228016
8L’Ukraine
tente de résoudre le problème des désertions massives de ses
troupes, sur le site web EURACTIV
:
https://www.euractiv.fr/section/ukraine/news/lukraine-tente-de-resoudre-le-probleme-des-desertions-massivesde-ses-troupes/
4
campagne
de mobilisation. Et le nombre réel de déserteurs pourrait être
bien plus élevé. Un législateur au fait des questions
militaires a estimé qu'il pourrait s'élever à 200 000. (…). De
nombreux déserteurs ne reviennent pas après avoir bénéficié
d'un congé médical. Fatigués par la constance de la guerre, ils
sont psychologiquement et émotionnellement marqués ».9
Les
récits sont multiples et rendent compte de l’acharnement et des
ruses employées pour échapper
à l’engrenage mortel, comme de
la perfidie des « autorités » de chaque camp afin d’envoyer de
la
chair à canon fraîche à la boucherie patriotique. (Rafles
dans les boites de nuit, contrôles inopinés
dans la rue,…).
L’utilisation de mercenaires et de supplétifs (soldats
nord-coréens !) devient
également de plus en plus courante. Et,
lorsque certains ont enfin réussi à déserter, ils conservent
en
exil un constant sentiment de peur, justifié par l’appréhension
d’être rattrapés ou exécutés.
« Ivan réussit à échapper
à une offensive mortelle, face à des drones et un sniper
ukrainiens, raconte le New
York Times magazine. Ensuite, il fait
tout pour ne pas repartir au front, feignant notamment une
hernie
discale. Après plusieurs passages dans des hôpitaux, Ivan
parvient à rejoindre Anna et Sasha, chez eux, en Russie. Il
réussit à reprendre son passeport confisqué dans sa caserne après
un tour de passe-passe,
quelques péripéties plus tard, Ivan
arrive à fuir la Russie via la Biélorussie et la Turquie, avant
d'atteindre une destination finale, non mentionnée par le New
York Times. Aujourd'hui, la famille et surtout Anna vivent dans la
peur d'être découverts : "les pires châtiments sont réservés
aux déserteurs qui meurent dans des circonstances mystérieuses",
écrit le journal américain, comme ce pilote assassiné en Espagne,
criblé de balles puis écrasé par une voiture. (…) Mediazona,
un média indépendant russe en exil, dénombre au moins 7 400 cas
de désertion de l'armée russe, mais ce chiffre est certainement
sous-estimé, souligne le New York Times magazine. »10
Même
durant la seconde guerre mondiale, malgré les intenses propagandes
bellicistes polarisées,
notamment par l’antifascisme bourgeois,
les désertions se sont déroulées massivement et dans tous
les
camps. Lors de l’invasion de l’URSS par l’Allemagne, on a
compté jusqu’à 450 000 désertions
de juin à décembre
1941.
«Les soldats des pays baltes enrôlés dans l'Armée rouge
désertent massivement à l’arrivée de
la Wehrmacht en juillet
1941 dans leur pays. Environ 1,3 million de déserteurs furent
arrêtés (soit 4 % des
mobilisés) de début 1942 à la fin de la
guerre. » Jean Lopez, La Wehrmacht, la fin d’un mythe,
178-179,
Perrin, Paris, 2019.
D’après Charles Glass, dans
son ouvrage : « Les Déserteurs : Une Histoire Cachée de la
Seconde
Guerre Mondiale », « près de 50 000 soldats américains et 100 000
soldats britanniques
ont déserté les forces armées pendant la
Seconde Guerre mondiale. »11
Enfin, il est bon de rappeler que «
pendant la guerre du Vietnam, 503 926 désertions ont eu lieu au
sein
de l'armée américaine. La plupart ont déserté aux
États-Unis, mais certains ont fui vers d'autres pays. »
Ces
quelques exemples, glanés de différentes sources, ne permettent
malheureusement pas
d’estimer l’ampleur réelle du phénomène
de la désertion, ni de saisir pleinement les
implications
(corruptions) et les complicités existantes au sein de l’ensemble
de la société. Et ce,
9L'armée ukrainienne, face à la pression
croissante des Russes, est en proie aux désertions de masse,
novembre 2024, sur le
site web Euronews :
https://fr.euronews.com/2024/11/30/larmee-ukrainienne-face-a-la-pression-croissante-des-russes-est-en-
proie-aux-desertions-de
10Enquête
sur le lourd tribut que représente la désertion de l'armée russe,
septembre 2024, sur le site web Radio France
:
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-
emission-du-mercredi-25-septembre-2024-2930782
11Sur
le site web :
https://www.nytimes.com/2013/06/10/books/the-deserters-a-world-war-ii-history-by-charles-glass.html#:
~:text=Nearly%2050%2C000%20American%20and%20100%2C000,Some%20b
5
bien
évidemment, car cette réalité massive et récurrente s’oppose
frontalement aux discours
patriotiques et à la nécessité
toujours croissante de continuer, sur la plan matériel
comme
idéologique, la préparation à des guerres généralisées.
Seul le défaitisme révolutionnaire a été
forgé pour répondre
adéquatement à ce cataclysme. C’est la « transformation de la
guerre
impérialiste en guerre civile » !
Le défaitisme
révolutionnaire est l’une des plus importantes prises de position
ainsi qu’un apport
théorique crucial de Lénine. Il s’agit de
la seule réponse appropriée, du point de vue prolétarien,
face
au déclenchement des guerres capitalistes. Et c’est là un élément
essentiel. Ce mot d’ordre
remonte à l’expérience de la
Commune de Paris, qui interrompit violemment la guerre
franco-
prussienne de 1870, et à la révolution de 1905, qui se
déclencha pour mettre fin à la guerre
désastreuse entre la
Russie et le Japon. Bien évidemment, il devint le point de
basculement
révolutionnaire lors de la première guerre mondiale,
sur base de pratiques de fraternisation et des
désertions que
connurent massivement les différents fronts. Celles-ci se
complétèrent par des refus
de monter au front, par des
mutilations volontaires, par des abandons de poste, par le rejet
des
ordres et l’affrontement direct face à leurs propres
officiers,… le tout allant jusqu’à la fraternisation
avec les
soldats « d’en face » et à la désertion.
« A des degrés
différents, aucune armée n’est épargnée par ces mouvements de
révoltes. Tous les
soldats vivent le même enfer et réagissent
de la même manière devant l’horreur. Ainsi, l’armée
allemande
doit faire face à une recrudescence du nombre de mutineries dans les
derniers mois du
conflit au moment où celui-ci lui échappe. »
Mutineries, désobéissance et révoltes dans les tranchées de
la Grande Guerre12.
Ces mouvements culminèrent en 1917 avec
les mutineries dans l’armée française, et ce, jusqu’à
la
révolte des marins de la mer Noire en 191913 s’opposant à
la tentative contre-révolutionnaire de
mise au pas militaire de
la révolution en Russie, elle aussi produit direct de la guerre. Ce
défaitisme
constitue, de plus, la seule alternative face aux
trahisons du « défensisme » et de « l’union sacrée »
qui
firent basculer totalement une très grande partie de la deuxième
Internationale dans la contre-
révolution. Par voie de
conséquence, tous les socialistes et anarchistes qui avaient rejeté,
par
pacifisme ou nationalisme, cette formule délimitant
strictement le camp ouvrier de celui bourgeois,
étaient donc, à
un degré ou à un autre, coupables de forfaiture et de compromission
avec le social-
patriotisme.
« La question posée par la
situation historique du prolétariat ne consiste pas à choisir entre
guerre et
paix mais entre guerre impérialiste et guerre contre
cette guerre, à savoir la guerre civile. » G.
Lukacs, La pensée
de Lénine, p.70, Denoël/Gonthier, Paris, 1972.
Ce mot d’ordre
apparait dans une série d’articles publiés par Lénine et
Zinoviev de septembre
1914 à février 1917et regroupés dans une
publication intitulée « Contre le courant ». Leur
position se
résume ainsi :
« Transformer la guerre impérialiste en guerre
civile, tel fut le mot d'ordre essentiel que nous
lançâmes dès
le début de la guerre (...). Ce fut pour nous une très grande
satisfaction que de recevoir,
à la fin de la première conférence
de Zimmerwald une lettre de Karl Liebknecht qui se terminait
ainsi
12Sur le site web Bibliothèque BCU:
https://buclermont.hypotheses.org/2743
13Lire à ce sujet : A.
Marty, La révolte de la mer noire, Fac-similé, F. Maspero, Paris,
1970.
6
"la guerre civile et non la paix civile, voilà
notre mot d'ordre" » N. Lénine et G. Zinoviev, Contre
le
courant, p.10-11, Fac-similé, F. Maspero, Paris, 1970.
Les
désertions en masse sont ainsi le terreau majeur du défaitisme
révolutionnaire ; elles en
sont l’impulsion vitale. N’importe
quelle époque n’est donc pas appropriée pour lancer
concrètement
le mot d’ordre défaitiste et surtout pour organiser la mise en
œuvre de pratiques
défaitistes au front et dans la production.
Au-delà de l’importance de l’aspect propagandiste,
de telles
pratiques nécessitent une organisation aguerrie et bien implantée
au sein de l’avant-
garde ouvrière. Il s’agit donc des
conditions objectives et subjectives propres à une
période
révolutionnaire, ou franchement prérévolutionnaire.
Ces conditions ne sont, pour l’heure
nullement réunies ; il
nous reste toutefois le nécessaire travail de réexposition, de
clarification
et de formation politique.
« Il faut bien se
rendre compte que ce défaitisme ne sera guère possible que lorsque
le massacre aura
déjà produit un grand mécontentement et permis
le développement d’une agitation révolutionnaire, le
travail
révolutionnaire lui-même ayant passé pendant un temps plus ou
moins long à une phase
clandestine. C’est finalement au moment
où le prolétariat aura acquis assez de conscience et de force
pour
se mesurer ouvertement avec la bourgeoisie, que les actes défaitistes
atteindront toute leur
ampleur ; le gouvernement sera coincé
entre les offensives ennemies et les assauts de la classe
ouvrière
; les défaites militaires du gouvernement s’ajouteront aux
défaites du patronat et de la police
dans le domaine des grèves
et manifestations. Les arrêts provoqués dans la fabrication des
armes, le
sabotage des transports de vivres et de munitions
provoqueront la défaite et la panique sur le front et
à
l’arrière. L’invasion des armées étrangères et la nécessité
pour la bourgeoisie de demander
lamentablement la paix à l’État
ennemi, achèveront de créer les conditions les plus favorables pour
la
révolution prolétarienne. Quant au gouvernement vainqueur, il
ne tardera pas à s’apercevoir qu’il y a
grand danger à
laisser trop longtemps ses soldats au contact du mouvement défaitiste
et
révolutionnaire du pays envahi et vaincu. » Défaitisme
révolutionnaire, L’internationale, organe de
l’Union
communiste, n° 38, juin 1938.14
Avril 2025 : Fj, Eu, Ms &
Mm.
Bibliographie
Ouvrages :
- J. Chapoutot, Fascisme,
nazisme et régimes autoritaires en Europe (1918-1945), Puf, Paris,
2013.
-N. Lénine et G. Zinoviev, Contre le courant, Fac-similé,
F. Maspero, Paris, 1970.
-G. Lukacs, La pensée de Lénine,
Denoël/Gonthier, Paris, 1972.
-J. Lopez, La Wehrmacht, La fin
d’un mythe, Perrin, Paris, 2019.
-A. Marty, La révolte de la
mer noire, Fac-similé, F. Maspero, Paris, 1970.
-R. O. Paxton, Le
fascisme en action, Seuil, Paris, 2004.
Sites web, Articles,
revues :
-« Économie de guerre ou guerre à l’économie »,
Matériaux Critiques, N°10, ainsi que sur le site web :
https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
-«Vive le
sabotage » Matériaux Critiques, N°10, ainsi que sur le site web :
https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
-François
Cochet, Acceptions, évolutions et modalités de la “guerre totale”
à l’époque contemporaine ». In : Les Armées, Hermann, 2018.
p.149-160 : sur le site
web Cairn Info :
https://shs.cairn.info/les-armees--9782705695859-page-149?lang=fr
-Prise
de position internationaliste de la « Communist Workers’
Organisation, » (T.C.I.) du 28 Mars 2025 - sur le site web : Les
Internationalistes :
https://www.leftcom.
org/fr/articles/2025-03-30/manifestations-contre-la-guerre-%C3%A0-gaza
-L'armée
ukrainienne, face à la pression croissante des Russes, est en proie
aux désertions de masse, novembre 2024, sur le site web Euronews
:
https://fr.euronews.com/2024/11/30/larmee-ukrainienne-face-a-la-pression-croissante-des-russes-est-en-proie-aux-desertions-de#:~:text=Plus%20de%20100%20
000%20soldats,
-Stopper
les désertions, recruter en nombre : l’Ukraine face à la “crise
des effectifs, février 2025, sur le site web Courrier International:
https://www.courrier
international.com/video/video-stopper-les-desertions-recruter-en-nombre-l-ukraine-face-a-la-crise-des-effectifs_228016
-L’Ukraine
tente de résoudre le problème des désertions massives de ses
troupes, sur le site web Euractiv :
https://www.euractiv.fr/section/ukraine/news/lukraine-
tente-de-resoudre-le-probleme-des-desertions-massivesde-ses-trou
pes/
-Enquête sur le lourd tribut que représente la désertion
de l'armée russe, septembre 2024, sur le site web Radio France :
https://www.radiofrance.fr/franceculture/
podcasts/la-revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-emission-du-mercredi-25-septembre-2024-2930782
-Into
the Lives of three deserters who did not have a good war, sur le site
web New York Times :
https://www.nytimes.com/2013/06/10/books/the-deserters-a-
world-war-ii-history-by-charles-glass.html#:~:text=Nearly%2
050%2C000%20American%20and%20100%2C000,Some%20b
-Mutineries,
désobéissance et révoltes dans les tranchées de la Grande Guerre.
Sur le site web BUC :
https://buclermont.hypotheses.org/2743
-Défaitisme
révolutionnaire, L’internationale, organe de l’Union communiste,
n° 38, juin 1938, sur le site web :
https://www.left-dis.nl/f/defaitisme.pdf
14Cette très
intéressante analyse d’un des seuls groupes révolutionnaires de
cette période est à lire sur le site web
:
https://www.left-dis.nl/f/defaitisme.pdf
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