
Le 11 mars 2011, à 14h46, un terrible séisme suivi
d’un tsunami ébranlait le nord-est du Japon et détruisait la centrale
nucléaire de Fukushima.
10 ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima
10ème
témoignage de Fonzy, 10 ans après la catastrophe nucléaire de
Fukushima. Merci à elle de continuer à nous donner de ses nouvelles ! La
vigilance, même si elle est moins assidue, est toujours de mise.
Bonjour,
Voilà
plusieurs années que je gardais le silence. Je vais bien, j’habite
toujours au même endroit, à 280 km de la centrale de Fukushima Daiichi.
Depuis
l’accident de la centrale, 10 ans se sont écoulés. Je dois vous avouer
qu’il est difficile d’être toujours en vigilance, ou en état d’alerte
tout le temps. Petit à petit, je laisse tomber des restrictions que je
m’étais imposées. Il y a quand même des choses que je continue, par
exemple :
- Port du masque
En
2011, je portais un masque N95 chaque fois que j’allais à Tokyo, même
en été quand il faisait 35 C. Etant donné que le masque N95 coûte cher,
je porte un masque « normal » depuis 2012, et je continue encore
aujourd’hui. En ce moment, le masque est presque obligatoire même dans
mon voisinage à cause du Covid 19.
- Plus de champignons
Shiitake,
champignon de Paris, pleurotes,… enfin toutes sortes de champignons
sont disparus de la table. De temps en temps, le Shiitake me manque,
mais ce ne sera pas mortel de ne pas manger de champignons. Par contre,
consommer des champignons pourrait l’être…
- Acheter des produits du sud-ouest du Japon
J’achète
normalement des légumes qui sont produits au-delà de 500 km depuis la
centrale Daiichi. Idem pour les fruits. Autrement dit, j’achète un
brocoli de Kyoto, mais pas de laitue de Chiba (250 km). Avant, j’évitais
des produits du sud de Nagano (300 km de Daiichi) ou de Gifu (400 km de
Daiichi), mais maintenant j’achète de temps en temps des fruits qui y
sont produits.
- Manger le moins souvent possible dans un restaurant
Au
cours des premières années, je ne mangeais presque jamais au
restaurant. Quand j’étais obligée de participer à une soirée avec des
collègues, je m’efforçais de ne rien manger, car on disait que les
produits de Fukushima (qui ne devaient pas dépasser la limite de 100
Bq/kg) étaient utilisés dans la restauration. A partir de 2015 ou 16, je
commençais à dîner une fois tous les deux ou trois mois dans des
restaurants que j’ai bien choisis et qui nous servaient des produits de
Kyushu ou Shikoku, des régions qui se trouvent dans le Sud-Ouest du
Japon.
- Eviter la pluie
Avant
j’aimais me promener sans parapluie sous la pluie, surtout avec une
pluie fine. Après Fukushima, dès que je sens une goutte, j’ouvre mon
parapluie. J’ai toujours mon parapluie quand il risque de pleuvoir plus
tard dans la journée. Donc je fais toujours très attention à la météo.
Maintenant je vous dis ce que je ne fais plus.
- Eau minérale
Jusqu’en
mars 2021, nous ne buvons que de l’eau minérale, nous n’utilisons que
de l’eau minérale pour faire de la soupe, du pot-au-feu, bref tout ce
qui est à manger chez nous. Toutefois, les bouteilles d’eau sont
lourdes, il faut aller au supermarché assez souvent pour acheter un
carton de six bouteilles que nous consommons assez rapidement. Ce n’est
pas gratuit non plus… Nous avons donc décidé de ne plus utiliser d’eau
minérale pour faire la cuisine. Nous continuons toujours à boire l’eau
minérale dont la radioactivité est mesurée.
Eau minérale : le césium et l'iode sont mesurés par le spectromètre gamma (Photo Fonzy). La bouteille de gauche coûte 0,6 euros, la bouteille de droite 2,15 euros.
- Poisson
Pendant
au moins huit ans après l’accident, nous n’avons pas mangé de poisson.
Toutefois, mon partenaire a eu un cancer du côlon en 2019, et après, il a
préféré plutôt manger « légèrement », du coup nous avons repris
l’habitude de manger du poisson. J’achète la plupart du temps du poisson
venant du Sud-Ouest du Japon, mais de temps en temps du poisson pêché
dans un port près de chez nous, car ils sont beaucoup plus frais.
J’évite tout de même des poissons des bas-fonds tels que sole ou turbot.
- Compteur Geiger
Je
me suis souvent promenée avec mon compteur Geiger en 2011, et un peu
moins en 2012, et maintenant … je ne sais plus où il est, peut-être dans
un tiroir, mais ça fait des années que je ne le vois plus. Je me
demande si mes amis qui en avaient un l’utilisent toujours.
- Manifestations anti-nucléaires
Pendant
deux ou trois années après Fukushima, il y a eu de nombreuses
manifestations antinucléaires organisées non seulement à Tokyo mais
aussi un peu partout au Japon. On a crié devant le siège social de
Tepco, devant le Parlement, dans les rues, on était très nombreux à un
moment donné. Il y avait des militants qui faisaient des mobilisations
antinucléaires tous les vendredis soirs devant le Parlement. Cela a été
un succès pendant quelque temps. Moi aussi j’y ai participé souvent,
surtout en 2011 et en 2012. Toutefois ils ont arrêté définitivement leur
mouvement en mars 2021 car il y avait, selon eux, beaucoup moins de
participants dernièrement et qu’ils n’avaient plus de budget pour
continuer. Maintenant les manifestations anti-nucléaires se font très
rares, bien qu’il y en ait toujours qui se mobilisent de temps en temps.
Il me semble que nous ne sommes pas très manifs, les Japonais. On
verra…
- Convaincre les autres
J’avais
beau parler à mes amis et à mes parents des risques de contamination et
des dangers des centrales nucléaires, il était quasiment impossible de
les convaincre à s’intéresser à ce genre de problèmes.
Voilà.
Je fais ce qui me semble possible de faire sans trop de stress. Penser
toujours à Fukushima, c’est possible, mais maintenant il faudrait plus
d’imagination, car on n’en parle plus. Je remercie ceux qui continuent à
penser à Fukushima malgré tant de distance géographique et tant
d’années écoulées. Merci pour votre solidarité.
Fonzy
Tout celà pourrait trés bien arriver en France, d'
autant que E. Macron nous fait la promotion du nucléaire comme une
source d' emplois. Voici ce que disent les partisans du nucléaire
"3 000 entreprises, 220 000 emplois, 5 000 recrutements prévus en
2021 malgré la crise. Le nucléaire est la troisième filière industrielle
en France. Peu de secteurs offrent autant de perspectives, en
particulier à notre jeunesse et partout sur le territoire."
"C’est pour cela, que dans le cadre de France Relance, le
Gouvernement a fait le choix d’investir près de 500 millions d’euros
dans la filière nucléaire. Doté de 100 millions dès 2021, ce fonds
visera à soutenir les acteurs stratégiques de la filière qui seraient en
difficulté.
Ce fonds sera complété par un fonds de modernisation de 70 millions
d’euros pour les entreprises de la filière. France Relance permettra
également le projet de SMR qui sont des petits réacteurs nucléaires
modulaires."
Mais encore la militarisation nucléaire:
l’avenir stratégique de la France qui passe par le nucléaire :
La dissuasion, les sous-marins, le porte-avions Charles de Gaulle...
Tout ce qui fait que la France est une puissance indépendante, écoutée,
respectée, repose sur la filière nucléaire. Le Président a annoncé que
le futur porte-avions, dont se dotera notre pays, sera à propulsion
nucléaire. Il remplacera le Charles de Gaulle qui arrivera e An fin de
vie en 2038.
A BAS L INDUSTRIE NUCLEAIRE A BAS LE MILITARISME ET SA DOCTRINE NUCLEAIRE