Ci dessous un texte de "matériaux critique" avec lequel nous sommes en accord pour l' essentiel, sauf que nous ne reprenons pas le concept de "dictature du prolétariat" qui se résume à la dictature d'un parti voir d' un seul homme.
G.Bad
TRAVAIL PRODUCTIF ET IMPRODUCTIF : UN ENJEU TOUJOURS ACTUEL
«
La différence entre travail productif
et
improductif
est
essentielle pour l'accumulation, car seul l'échange contre le
travail productif permet une retransformation de plus-value en
capital. » K.
Marx,
Un
chapitre inédit du Capital, p.240, 10/18, Paris, 1971.
La
différenciation entre travail productif et travail improductif est
une question politique essentielle car elle permet de mieux percevoir
les répercussions effectives de la lutte ouvrière et d’élaborer
la stratégie ue celle-ci doit promouvoir. Ces concepts provenant de
l’économie classique (A. Smith) ont été largement utilisés et
discutés par Marx tout au long de son élaboration théorique et se
retrouvent principalement dans les ouvrages essentiels que sont « Le
Capital », les « Théories sur la plus-value », les « Grundrisse
» ainsi que dans « Un chapitre inédit du Capital ». Encore
aujourd’hui, ils correspondent des enjeux politi ues importants et
leur utilisation appropriée et opérationnelle ne se réduit pas à
un point de discussion « marxologique ».
Il
s’agit en effet de comprendre et d’évaluer la force d’impact
de l’action ouvrière indépendante contre le capital ou, plus
basiquement, « là où cela lui fait le plus mal ». Le désintérêt
pour cette uestion stratégi ue est principalement l’oeuvre du
syndicalisme et de ses rabatteurs ui ont comme fonction spécifi ue
d’émousser la lutte ouvrière et de n’en faire u’un élément
du nécessaire bouleversement dans l’agencement par le capital de
ses« différents facteurs de production ». Pour la criti ue
communiste, il s’agit, au contraire, d’objectiver le plus
précisément les prati ues ouvrières ui entravent efficacement le
procès de valorisation (valeur ui se valorise) immanent l’existence
du M.P.C.
L’atta
ue contre le travail productif, moteur
de
cette valorisation, s’inscrit ainsi prioritairement dans la
perspective du refus du travail et de l’abolition du salariat. Cela
passe également par la critique des interprétations vulgaires qui
réduisent le travail productif au seul statut contractuel d’«
ouvrier » et le travail improductif celui d’« employé », ou
encore qui persistent, dans la même veine éculée, à considérer
comme seul secteur productif celui lié à la production de
marchandises (secteur secondaire, c’est-à-dire secteur de
l’industrie 12
manufacturière).
Pire encore, certains se contentent d’utiliser des catégories
avariées telles que celles des « biens » (d’é uipements, de
consommation finale,…) et des « services ». De telles
détériorations conceptuelles renforcent l’indifférence de ceux
ui considèrent u’il ne s’agit l ue d’un « distinguo
superfétatoire » car tout ce ui existe sous le capital ne peut
u’être son avantage. De cette manière, aucune situation concrète
ne peut plus être matériellement analysée ni aucune stratégie
énoncée. Il est donc primordial de revenir sur quelques éléments
de la définition de Marx.
Essai
de définition
Comme
très souvent, la première approche de Marx est celle de la critique
des principales conceptions ui l’ont précédé. En premier lieu,
celles des physiocrates (Quesnay) ui estimaient ue seul le travail de
la terre pouvait être considéré comme productif (l’agriculture
comme source uni ue des richesses). Mais c’est avec sa criti ue de
la vision classi ue d’Adam Smith ue Marx va entamer l’élaboration
de sa propre vision, déterminante, du travail productif. Le premier
point essentiel pour lui est ue le travail productif est d’abord le
travail qui engendre de la survaleur :
«
Là, le but déterminant de la production, c'est la plus-value. Donc,
n'est censé productif que le travailleur qui rend une plus-value au
capitaliste ou dont le travail féconde le capital. » K.
Marx, Le Capital6.
Cette
définition se retrouve pres ue l’identi ue dans le VIe
chapitre
inédit du Capital.
6Sur
le site web :
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-16.htm
7Sur
le site web : https://www.marxists.org/francais/marx/works/186
7/Capital-inedit/kmcapI-6-2H.htm
«Comme
le but immédiat et le produit spécifique de la production
capitaliste sont la plus-value, seul est productif le travail ou le
prestataire de force de travail, qui produit
directement de la plus-value. Le
seul travail qui soit productif, c'est donc celui qui est consommé
directement dans le procès de production en vue de valoriser le
capital. (…) Est productif l'ouvrier qui effectue un travail
productif, le travail productif étant celui qui engendre directement
de la plus-value, c'est-à-dire qui valorise le capital. » K.
Marx, Un chapitre inédit du Capital7
L’adverbe
« directement
»
prend ici tout son sens car il précise de fait que le travail
improductif, comme celui ui s’effectue dans la circulation ou la
consommation improductive, est bien évidement indispensable au
procès global de la production capitaliste mais il ne représente ni
le lieu, ni le moment spécifique de la production de la survaleur.
De la même manière, la réalisation de la survaleur, permise par
une consommation solvable, n’est pas sa production seulement
permise grâce à la consommation productive de la force de travail.
Il
ne s’agit pas de savoir dans l’absolu uel travail ou travailleur
serait productif et uel autre improductif, mais bien d’envisager
cette uestion par rapport au Mode de Production Capitaliste et en
fonction non de la production d’une valeur d’usage (procès de
travail) mais bien de la création d’une valeur nouvelle,
c’est-à-dire par rapport au procès
de valorisation.
Tout travailleur productif est soumis l’esclavage salarié mais,
tout salarié n’effectue pas nécessairement un travail productif.
C’est très exactement ce ue dit Marx dans le chapitre 13
inédit
: «tout travailleur
productif est salarié, mais il ne s'ensuit pas que tout salarié
soit un travailleur productif ».
«
Il ne faut pas se laisser leurrer par la forme salariale. Ce n’est
pas parce qu’un homme touche un salaire qu’il est- pour le
capital- un travailleur productif. En effet, un travailleur est
productif lorsque son travail s’objective
immédiatement
pendant le procès de production en tant que grandeur
de valeur fluide (VI°,
p.227). Il
permet un procès de valorisation et donc le cycle A-M-A’ ».
J.
Camatte
: Capital et Gemeinwesen, p.114-115, Spartacus, Paris, 1978.
Il
faut donc que le produit du travail vivant
de
l’ouvrier soit vendu, indépendamment de sa forme concrète et
c’est cela ui différencie le travail productif de celui, par
exemple, fourni par un domestique et destiné à la consommation
personnelle de son employeur et non
à la vente. Il
est par ailleurs important de noter u’avec la phase de subsomption
réelle du travail sous le capital8
et
les transformations substantielles que cette période apporte, il
devient de plus en plus important de prendre en compte que le travail
ouvrier perd son caractère individuel pour devenir chaque fois plus
un travailleur
collectif. Il
se peut donc dans ce travail associé ue certains travaux soient
productifs certains moments et ue, lors d’autres tâches, ils
soient improductifs. Ce ui importe alors, c’est la consommation
productive globale de la force de travail socialisée ui, engendrant
de la valeur nouvelle, s’échange contre du capital.
8Sur
cette phase spécifiquement capitaliste du M.P.C, nous renvoyons le
lecteur à notre texte : « La périodisation non décadentiste du
M.P.C. » dans notre revue Matériaux Critiques N°7 ainsi que sur
notre site web : https://materiauxcritiques.
wixsite.com/monsite/textes
9Sur
le site web :
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-2H.htm
«
Avec le développement de la soumission réelle du travail au capital
ou mode de production spécifiquement capitaliste, le véritable
agent du procès de travail total n'est plus le travailleur
individuel, mais une force de travail se combinant toujours plus
socialement. Dans ces conditions, les nombreuses forces de travail,
qui coopèrent et forment la machine productive totale, participent
de la manière la plus diverse au procès immédiat de création des
marchandises ou, mieux, des produits - les uns travaillant
intellectuellement, les autres manuellement, les uns comme directeur,
ingénieur, technicien ou comme surveillant, les autres, enfin, comme
ouvrier manuel, voire simple auxiliaire. Un nombre croissant de
fonctions de la force de travail prennent le caractère immédiat de
travail productif, ceux qui les exécutent étant des ouvriers
productifs directement exploités par le capital et soumis à son
procès de production et de valorisation.
Si
l'on considère le travailleur collectif qui forme l'atelier, son
activité combinée s'exprime matériellement et directement dans un
produit global, c'est-à-dire une masse totale de marchandises. Dès
lors, il est parfaitement indifférent de déterminer si la fonction
du travailleur individuel - simple maillon du travailleur collectif -
consiste plus ou moins en travail manuel simple. L'activité de cette
force de travail globale est directement consommée de manière
productive par le capital dans le procès d'autovalorisation du
capital : elle produit donc immédiatement de la plus-value ou mieux,
comme nous le verrons par la suite, elle se transforme directement
elle-même en capital.» K.
Marx : Un chapitre inédit du Capital9
Le
concept de travailleur collectif est une claire expression de la
subsomption réelle du travail sous le capital, caractérisée par
l’extorsion de la survaleur relative et permise par l’essor de la
mécanisation augmentant la productivité du travail.
«
En exacerbant la division manufacturière et sociale du travail, le
capital se soumettant les forces 14
intellectuelles
de la production, développe la force productive et sociale du
travail, les différentes fonctions de cette force étant en même
temps séparées et subsumées au sein du travailleur collectif
productif capitaliste. Enfin il apparait clairement que tout
accroissement de la productivité du travail s’accompagne d’un
développement de ce travailleur collectif et d’une restructuration
du salariat productif capitaliste. » H.
Nadel : Marx et le salariat, p.181-182, Le Sycomore, Paris, 1983.
En
complément de sa définition du travail productif, Marx va expliquer
que le travail improductif l’est car il se situe l’extérieur de
la sphère de la production mais est néanmoins nécessaire au
capital.
«
Toutes les fois que l’on achète le travail, non pour le substituer
comme facteur vivant à la valeur du capital variable et l’incorporer
au processus de la production capitaliste, mais pour le consommer
comme valeur d’usage, comme service, le travail n’est pas du
travail productif et le travailleur salarié n’est pas un
travailleur productif. Son travail est alors consommé de manière
improductive pour sa valeur d’usage, et non productivement, comme
source de plus-value. » K.
Marx : OEuvres, La Pléiade t.2 p.389, Gallimard, Paris, 1972.Ou
encore : «
Par là est établi aussi de façon absolue ce qu’est le travail
improductif. C’est du travail qui ne s’échange pas contre du
capital mais immédiatement contre du revenu, donc du salaire ou du
profit. » K.
Marx : Théories sur la plus-value, TI, p.167, éditions sociales,
Paris, 1974.
C’est
dans cette différenciation fondamentale ue réside la clé de la
réelle capacité pour la classe ouvrière à entraver le processus
de production de valeur et donc l’
xploitation capitaliste. C’est
pour uoi aussi des structures d’encadrement comme les syndicats
privilégient systématiquement des simulacres de lutte,
principalement dans la sphère improductive, afin d’organiser le
spectacle ritualisé de la fausse contestation tout en entravant le
moins possible la production de valeur.
Comme
le résume très justement I. Roubine, en 1928,
«
Marx rejette comme inutile la question de savoir quel type de travail
est productif en général, dans toutes les époques historiques,
indépendamment des rapports sociaux existants. Chaque système de
rapports de production, chaque ordre économique, a son concept de
travail productif. Marx limite son analyse à la question de savoir
quel travail est productif du point de vue du capital, ou dans le
système capitaliste d’économie. La réponse qu’il donne est la
suivante : « Le travail
productif est
donc - dans le système de la production capitaliste - celui qui
produit de la plus-value
pour
son employeur, ou qui transforme les conditions objectives du travail
en capital et leur possesseur en capitaliste, donc le travail qui
produit son propre produit en tant que capital » (ibid., p. 464).
«
Seul est productif
le
travail qui
se transforme directement en capital,
donc le travail qui constitue le capital variable comme variable »
(ibid., p. 460). En d’autres termes, le travail productif est le «
travail qui s’échange
immédiatement contre le capital » (ibid.,
p. 167), c’est-à-dire le travail que le capitaliste achète comme
capital variable dans le but de l’utiliser à la création de
valeurs d’échange et de plus-value. Le travail improductif est «
du travail qui ne s’échange pas contre du capital mais
immédiatement
contre
les divers éléments, tels l’intérêt et les rentes, qui
participent au profit du capitaliste, en qualité d’associés »
(ibid., p. 167). » Isaac
Roubine : Essais sur la théorie de la valeur de Marx10
10Sur
le site web :
https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-19.html
Logistique
et transport de marchandises
Une
application opérationnelle de ces définitions marxistes nous permet
d’envisager, contre la logique vulgaire, que la logistique et le
transport de marchandises sont, par exemple, des 15
secteurs
capitalistes d’une grande productivité et dont les travailleurs
sont donc pour la plupart des travailleurs productifs. «
Dans d’autres travaux industriels, le travail n’a nullement pour
but de modifier la forme de l’objet, mais
seulement de modifier sa détermination spatial ».
K.
Marx : Théories sur la plus-value, TI, p.185, éditions sociales,
Paris, 1974.
Il est également clair, en cette période de cours accéléré vers
la guerre généralisée, ue l’empêchement et la paralysie du
transport de marchandises et des routes commerciales sont de plus en
plus utilisés comme stratégies militaires afin de pénaliser les
puissances concurrentes et de mener tendanciellement des conflits de
« basse intensité ». Là aussi le caractère productif et stratégi
ue de ces secteurs s’en trouve ouvertement révélé.
En
quelques mots, «
la logistique peut être présentée comme étant la démarche par
laquelle une entreprise met en oeuvre plusieurs leviers afin
d’assurer le transit, le stockage, le conditionnement ainsi que la
livraison de marchandises au destinataire final. »11.
11Transport
en logistique : enjeux et spécificités du secteur, sur le site web
:
https://www.supplychaininfo.eu/dossier-logistique/qu-est-ce-logistique-transport/
Dans
une vision déformée, il s’agirait de secteurs improductifs car la
marchandise a déj été produite ; or il n’en n’est rien car
chaque action de conditionnement, de gestion des flux, de stockage,
de déplacement,… nécessite la consommation productive de la force
de travail et génère ainsi de la plus-value. Il s’agit donc de
secteurs éminemment productifs. De plus, il s’agit bien du
transport de marchandises dans le but de les vendre. Ce qui
différencie donc, en appliquant adéquatement les catégories de
Marx, du transport de passagers considéré comme un « service »
improductif, ces passagers n’étant pas vendus plus chers à leur
arrivée. Ce que vend l’industrie des transports, c’est le
transport lui-même ue l’on paye et ue l’on consomme.
«
(…) le transport des marchandises du lieu de production au lieu de
consommation est un acte productif, en tant qu’il exige du temps de
travail humain. » A.
Bordiga, Éléments de l’économie marxiste, p.31, éditions
Programme, Lyon, 1996.
La
thèse de Marx est dépourvue de toute ambiguïté : des « services
»
peuvent être productifs de plus-value, tout comme des travaux
improductifs de survaleur peuvent se réaliser en objets matériels.
«
Ce que vend l’industrie des transports, c’est le transfert
lui-même et non le train, ni le wagon, ni la force de travail du
mécanicien. La théorie de la production capitaliste dépasse donc
d’emblée le cadre de la seule production d’objets matériels. »
J.
Bidet : Que faire du Capital, Klincksieck, p.100, Paris, 1985.
Une
entreprise aussi célèbre internationalement u’ « Amazon
»
pourrait ainsi être considérée comme l’archétype du nouveau
modèle de l’entreprise productive dans le transport et la gestion
des marchandises u’elle produit elle-même (Kindle) ou u’elle
achète afin de les reconditionner, de les transporter et de les
distribuer. Ce ui fait sa force c’est u’elle développe
simultanément la concentration et la centralisation du capital,
phénomènes relatifs et non absolus caractéristiques des grandes
entreprises multinationales. Les conditions de travail chez Amazon
traduisent également le caractère précaire, mobile et intense de
16
l’exploitation
moderne grâce l’utilisation de l’automation et de l’intelligence
artificielle afin d’augmenter la productivité du travail.
Ainsi,
par exemple, une travailleuse explique : «
Entre 14H10 et 21H20, 12
je
vais parcourir 15 km ce jour-là. Une seule pause de 35 minutes, dont
25 rémunérées. Un rythme que certains trouvent ici éprouvant,
comme cette intérimaire rencontrée sur mon parcours : "On
n'est plus toutes jeunes, on n'a plus 20 ans". Selon Amazon,
huit salariés sur dix 13se
disent satisfaits de leurs conditions de travail. Pourtant, un
rapport de janvier 2021, commandé par les élus du personnel
d'Amazon, dénonce une cadence de travail et "un taux
d'absentéisme pour accident de travail et maladie qui progresse
depuis deux ans". "Un taux particulièrement élevé à
Amazon Lauwin-Planque dépassant, selon le rapport, le seuil d'alerte
de 8% ».
7France
Info : Rythme effréné, surveillance des salariés, pression... On
s'est fait embaucher dans un entrepôt d'Amazon à la veille de Noël,
17.12.2021, Sur le site web : https://www.francetv
info.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/sante-au-travail/rythme-effrene-surveillance-des-salaries-on-s-est-fait-embaucher-chez-amazon_4883859.html
8Capital
: Arrêts maladie, turn over, dégradation des conditions de travail
: ce rapport qui accable Amazon, Sur le site web :
https://www.capital.fr/entreprises-marches/arrets-maladie-turn-over-degradation-des-conditions-de-travail-ce-rapport-qui-accable-amazon-1482245
8Capital
: Arrêts maladie, turn over, dégradation des conditions de travail
: ce rapport qui accable Amazon, Sur le site web :
https://www.capital.fr/entreprises-marches/arrets-maladie-turn-over-degradation-des-conditions-de-travail-ce-rapport-qui-accable-amazon-1482245
Par
ailleurs, il ressort de plusieurs constats «une
forte augmentation des accidents du travail, un absentéisme
«alarmant»,
un turn-over important : un rapport passe au crible les pratiques
sociales dans les entrepôts d'Amazon France, tandis que les salariés
évoquent pratiques illégales et culture de la «pression».
De ce document - élaboré par le cabinet indépendant Progexa pour
le CSE central d'Amazon et transmis en octobre -, un chiffre frappant
ressort : le
nombre d'accidents du travail avec arrêt a plus que doublé en 2022,
soit 1.132 incidents contre 482 l'année précédente. L'étude porte
sur les 8 entrepôts et le siège. »14
Ces
différents témoignages pouvant se décliner l’infini attestent de
la précarisation du travail salarié en lien avec la baisse de la
valeur de la force de travail et l’augmentation de sa productivité
(plus-value relative). Il y a une évidente relation entre les formes
d’accumulation intensive et la subsomption réelle du travail sous
le capital. Ce lien produit à la fois de la précarisation et des
surnuméraires car le mode de production capitaliste doit se
révolutionner en permanence pour rendre le travail productif social
et abstrait,
c’est-à-dire général et indépendant de la ualité propre de
telle ou telle force de travail. C’est cette abstraction (travail
social abstrait) qui permet l’autovalorisation du capital.
«
Cette tendance prend racine dans la soumission réelle du travail au
capital ; ici la mobilité du capital implique et produit celle de la
force de travail par le biais de l’augmentation de la productivité,
la domination du travail mort, la simplification et la parcellisation
des tâches. La possibilité de cette simplification conditionne et
renforce à son tour la centralisation du capital propre à sa phase
d’accumulation intensive. » H.
Nadel, Marx et le salariat, p.205, Le Sycomore, Paris, 1983.
Du
point de vue de la lutte de classe, ces transformations soulignent
antithétiquement la faiblesse du capitalisme moderne et technolâtre,
car plus ses rouages sont sophistiqués (automatisation, robotique,
cybernétique, intelligence artificielle,…) plus l’arme du
sabotage
reprend
toute sa puissance historique.
«
D‘ailleurs le « sabotage » n’est pas aussi nouveau qu’il
parait : depuis toujours les travailleurs
l’ont
pratiqué individuellement, quoique sans méthode. D’instinct, ils
ont toujours ralenti leur 17
production
quand le patron a augmenté ses exigences ; sans s’en rendre
compte, ils ont appliqué la formule : A MAUVAISE PAYE, MAUVAIS
TRAVAIL. »E.
Pouget, Le sabotage15.
15Sur
le site web :
https://www.cnt-f.org/cooperatives/emile-pouget-le-sabotage.html
16
Sur
cette importante question nous renvoyons le lecteur à notre texte :
« Lutter pour les salaires ou contre le salariat. » dans notre
revue Matériaux Critiques N°9 ainsi que sur notre site web :
https://materiauxcritiques.wix site.com/monsite/textes
V
l’ b l l l f v l
C’est
le rapport social du salariat qui implique la catégorie de travail
productif en tant que moteur
du
procès de valorisation. Le travail improductif, principalement dans
la circulation, constitue, lui, une entrave relative à cette
valorisation ; ce sont « les
faux frais »
de la production du système dans sa totalité. L’importance
stratégi ue du travail productif est vitale afin d’élaborer la
stratégie ouvrière la plus efficiente et radicale dans son
affrontement au M.P.C. C’est pour uoi la route ui mène l’abolition
du salariat est celle du renforcement permanent au sein des luttes du
refus du travail16
à
fortiori celui productif.
«
L’obligation de produire aliène la passion de créer. Le travail
productif relève des procédés du maintien de l’ordre. Le temps
de travail diminue à mesure que croit l’empire du conditionnement.
» A.
Chassagne & G. Montracher, La fin du travail, p.13, Stock, Paris,
1978.
Tout
mouvement de classe se doit d’être clivant et le plus percutant
possible car la durée est en général l’arme du patronat et de
ses alliés syndicalistes afin d’essouffler la lutte et de
démoraliser les travailleurs. C’est pour uoi le choix du terrain
par une analyse concrète précise est très important. Par exemple,
si l’entreprise est en surproduction et possède d’énormes
stocks de marchandises, ces éléments doivent être pris en compte
lors du déclenchement d’une grève afin ue celle-ci ne soit pas
inefficace ou, pire, utilisée par le patron pour écouler son stock
sur le dos des ouvriers grévistes. Cette situation a été notamment
vécue en Belgique en 1997, lors du conflit à Renault-Vilvorde où
les ouvriers soumis aux syndicats ne parvinrent presque jamais à
utiliser (ou à détruire) les stocks pour en faire une arme de
combat. Là aussi, le sabotage aurait pu être un élément
constitutif d’une stratégie ouvrière réellement indépendante.
Le
sabotage et le refus du travail, même diffus, sont les premières
expressions- même inconscientes- de la lutte contre l’exploitation.
Au sens rigoureux, l’exploitation capitaliste concerne
singulièrement le travail productif car elle se définit du fait de
l’extorsion de la survaleur alors que le travail improductif
correspond, lui, au processus de circulation et d’optimisation des
profits. Il n’empêche ue c’est le procès capitaliste dans son
ensemble - procès de travail et de valorisation, de production et de
circulation- u’il s’agit d’entraver et de détruire car, comme
le note Marx :
«
La production, la distribution, l’échange et la consommation
constituent divers moments d’une totalité, des « différences au
sein d’une unité » entre lesquelles s’exerce une action
réciproque. » B.
Chavance, Marx et le capitalisme, la dialecti ue d’un système,
Nathan, p.13, Paris, 1996.
Le
procès d’exploitation est spécifi ue au capitalisme et ne peut
être confondu ou dilué dans d’autres types d’oppressions. Toute
généralisation du concept histori ue d’exploitation 18
d’autres
asservissements est abusive et provo ue de graves déviations politi
ues. Il en va ainsi de l’utilisation erronée par certaines
féministes (Delphy) de ce concept pour essayer de définir le
travail domesti ue et gratuit au sein de la famille l’identi ue du
travail salarié. Il en va de même avec l’oppression nationale ou
religieuse qui ne peuvent nullement être assimilées à de
l’exploitation. Celles-ci peuvent par ailleurs être cumulées
d’autres « oppressions » de type sexuelles, ou « raciales » ;
mais l’exploitation proprement parler est uni uement située dans
la sphère de production et concerne donc spécifiquement le travail
productif (collectif) salarié.
C’est
pour uoi, chez Marx, le taux d’exploitation correspond au taux de
plus-value, ce dernier étant le rapport entre la plus-value et le
capital variable : PL/V. La rémunération du travail improductif
est, elle, essentiellement une ponction (« les
faux frais »)
sur les profits.
«
En tout cas, le travail domestique ne peut en aucun cas être
considéré comme productif au sens de K. Marx : ce travail n’est
pas payé par du capital- pour la bonne raison qu’il n’est pas
payé du tout. »
C.
Darmangeat : Le profit déchiffré, travail productif et improductif,
p.145, la ville brûle, Paris, 201617.
17C.
Darmangeat précise dans son ouvrage : «
Le travail domestique présente toutefois une différence avec le
travail du
domestique
: il n’est pas rémunéré par un salaire, mais uniquement en
nature, sous la forme des valeurs d’usage achetées avec le salaire
du mari. » p.145.
Malheureusement, Darmangeat n’en tire pas la conclusion logi ue
concernant l’usage strict du concept d’exploitation capitaliste
et retombe dans une généralisation abusive du terme exploitation
pour caractériser l’oppression des femmes dans le cadre classique
de la famille bourgeoise.
C’est
également pour uoi, dans le Capital, Marx analyse pres ue
exclusivement le salariat du travailleur productif. La dictature du
prolétariat pour l’abolition du travail salarié impli ue donc
d’abord la diminution drasti ue du taux d’exploitation par des
mesures immédiates tendant diminuer impérativement le temps de
travail de l’ouvrier en le remplaçant par la mesure sociale du
temps libéré. Une société émancipée de l’esclavage salarié
fera ipso facto disparaître la distinction entre travail productif
et improductif grâce à une production planifiée qui répondra aux
besoins sociaux et abolira progressivement le travail lui-même. Le
refus du travail est donc un élément obligatoire du marxisme
vivant.
La
dictature du prolétariat doit immédiatement
tendre
cela l’endroit géographi ue où elle s’imposera, en vue de
l’internationalisation de la révolution, et non attendre cette
extension pour commencer à le faire. Cette dernière position
débouche irrémédiablement sur la contre-révolution immédiate de
l’intérieur même de la révolution.
«
En conséquence, l’ouvrier n’a le sentiment d’être auprès de
lui-même qu’en dehors du travail et, dans le travail, il se sent
en dehors de soi. Il est comme chez lui quand il ne travaille pas et,
quand il travaille, il ne se sent pas chez lui. Son travail n’est
donc pas volontaire, c’est du travail
forcé.
Il n’est donc pas la satisfaction d’un besoin mais seulement un
moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Le caractère
étranger du travail apparait nettement dans le fait que, dès qu’il
n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui
comme la peste. Le travail extérieur, le travail dans lequel l’homme
s’aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification. »
K.
Marx, Manuscrits de 1844, p.60, éditions sociales, Paris, 1972.
«
Rien ne sert d’être vivant, s’il faut que l’on travaille. »
André
Breton, Nadja (1928).
Fj,
Ms & Mm. 19
Bibliographie
Ouvrages
:
-J.
Bidet, Que faire du Capital, Klincksieck, Paris, 1985.
-A.
Bordiga, Éléments de l’économie marxiste, éditions Programme,
Lyon, 1996.
-J.
Camatte,
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Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx, sur :
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Articles,
brochures et revues :
-«
Travail productif et improductif : de quoi parle-t-on ? » Robin
Goodfellow, 2008 https://www.robin goodfellow.info/
-France
Info : Rythme effréné, surveillance des salariés, pression... On
s'est fait embaucher dans un entrepôt d'Amazon à la veille de Noël,
17.12.2021, sur le site web :
https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/
sante-au-travail/rythme-effrene-surveillance-des-salaries-on-s-est-fait-embaucher-chez-amaz
on_4883859.html
-Capital
: Arrêts maladie, turn-over, dégradation des conditions de travail
: ce rapport qui accable Amazon, sur le site web :
https://www.capital.fr/entreprises-marches/arrets-maladie-turn-over-degra
dation-des-conditio
ns-de-travail-ce-rapport-qui-accable-amazon-1482245
-«
Lutter pour les salaires ou contre le salariat. » : Matériaux
Critiques N°9 et sur : https://materiauxcritiques.wixsite.com/
monsite/textes
-«
La périodisation non décadentiste du M.P.C. » : Matériaux
Critiques N°7 et sur : https://materiauxcritiques.wixsite.com/
monsite/textes