samedi 11 avril 2026

 Énergie et économie (Anton Pannekoek) français et espagnol



 Énergie et économie (Anton Pannekoek) français et espagnol

(« Energie und Wirtschaft », Die Neue Zeit, 1906, année XXIV,  cahier 45, p. 620-626 et cahier 46, p. 653-659)

Puisque nous nous apprêtons à publier une série d’articles sur la question de l’énergie, nous avons cru bon de « préparer le terrain » en offrant à notre lectorat une traduction inédite qui nous permet également de lancer une nouvelle rubrique dans notre site, « sédiments », dédiée à des textes anciens qui résonnent dans le présent. Notre choix est tombé sur un article de Anton Pannekoek, paru en deux livraisons sur la Neue Zeit, la revue théorique de la social-démocratie allemande (SPD). Son auteur, devenu par la suite communiste de gauche et célèbre astronome, était alors proche de son aile gauche. Ayant été publié en 1906, ce texte comporte inévitablement des aspects caducs, aussi bien sous l’angle des connaissances scientifiques que des vues économiques mobilisées. Que l’auteur y défend des conceptions plus ou moins dépassées de la conservation de l’énergie (à l’aune de la notion d’entropie dans ses élaborations contemporaines) ou de la formation de la valeur (vis-à-vis des débats marxistes postérieurs), ce n’est pas le plus important. Ce qui compte pour nous, c’est d’approcher la question énergétique en retrouvant ses traces dans la tradition du communisme critique. On sait qu’elle n’y a pas été complètement absente : qu’on pense à l’intérêt de Marx et Engels pour l’œuvre de Sergueï Podolinsky, ou à l’importance d’une figure comme celle d’Alexandre Bogdanov chez les bolcheviks. En raison du degré de développement (relativement faible) des techniques de l’époque, la question était souvent abordée du point de vue du rapport entre les concepts de travail et d’énergie. Pour nous, aujourd’hui, elle recouvre des enjeux moins philosophiques et plus concrets – notamment ceux des contraintes techniques associées à la production d’électricité à grande échelle. Ces contraintes, nous les connaissons dans le cadre capitaliste actuel, mais elles ne cesseront pas pour autant d’exister dans la société future. Une raison de plus de ne pas les ignorer.

***

1 – L’énergie

Le bouleversement le plus important de notre conception de la nature physique du monde que la seconde moitié du XIXᵉ siècle nous a apporté est sans doute celui associé à la notion d’énergie et au principe de sa conservation. On peut même dire que jusqu’à aujourd’hui, les hommes avaient l’habitude de ramener de manière univoque tous les phénomènes qui se présentent à leurs sens aux concepts de matière et de force, et de les comprendre par ce biais. Au milieu du XIXᵉ siècle, Robert Mayer fut le premier à souligner l’importance universelle de l’énergie et à formuler le principe de conservation et d’indestructibilité de l’énergie, mais son travail ne fut pas pris en compte par les spécialistes. Peu après, Helmholtz, physicien devenu célèbre par la suite, jeune médecin à l’époque, envoya à la très prestigieuse revue spécialisée Poggendorffs Annalen der Physik un essai intitulé « Über die Erhaltung der Kraft » (Sur la conservation de l’énergie), dans lequel il démontrait le lien entre cette nouvelle grandeur et les autres grandeurs connues dans tous les domaines de la physique – mais la revue le lui renvoya en qualifiant le texte de totalement dépourvu de valeur. Malgré cette attitude négative de l’ancienne génération de savants, le nouveau principe a fini par s’imposer progressivement ; il a rendu les processus physiques beaucoup plus clairs, a permis une compréhension toujours plus profonde du monde, et est finalement devenu un outil indispensable pour les physiciens afin de comprendre les processus du monde et de les présenter de manière simple.

Récemment, le savant W. Ostwald, de Leipzig, a franchi une nouvelle étape. Dans une conférence donnée en 1892, intitulée Die Überwindung des wissenschaftlichen Materialismus (Le dépassement du matérialisme scientifique), il a déclaré que le concept de matière était dépassé, qu’il devait être abandonné et que tous les phénomènes du monde ne pouvaient être expliqués et compris qu’à travers le nouveau concept d’énergie. Alors que la plupart des gens croient que la matière est ce qui existe réellement et que l’énergie est quelque chose de conceptuel, inhérent à la matière, c’est exactement le contraire : l’énergie est la seule réalité, et la matière n’est qu’un concept. Ostwald a fait de cette conception le fondement d’une toute nouvelle « philosophie de la nature » ; des disciples enthousiastes ont suivi ses traces et appliqué la conception énergétique du monde à tous les autres domaines de la connaissance. Son application à la vie économique, tentée dans une série d’articles (peut-être encore inachevée) publiés par le Dr J. Hanne dans les Annales de philosophie naturelle éditées par Ostwald, nous donne l’occasion de nous pencher sur cette question. Nous devons nous abstenir d’examiner la philosophie naturelle d’Ostwald sous l’angle de ses fondements philosophiques ; cela se fera mieux dans un autre contexte, n’est pas nécessaire à nos fins et peut donc être reporté à plus tard. Il est toutefois nécessaire d’expliquer au préalable aux lecteurs les grandes lignes du nouveau concept d’énergie ; et cette excursion dans les sciences naturelles popularisées devrait présenter un intérêt en soi, qui se suffit à lui-même, au-delà du cas en objet. 

L’énergie est la capacité de travailler, c’est-à-dire la capacité d’accomplir un travail. Le concept provient donc de l’activité humaine ; le remplacement de la force de travail humaine par la machine a étendu le concept à la capacité de travail mécanique, et c’est là qu’il a pris sa signification mathématique précise. Lorsque j’enfonce un clou avec un marteau, c’est la force d’impact du marteau qui accomplit le travail nécessaire pour vaincre la résistance du bois. Le marteau ne possède cette capacité de travail que grâce à sa vitesse ; simplement posé sur le clou, il ne serait pas apte à le faire bouger. Tous les corps en mouvement possèdent, du fait de ce mouvement, une énergie qui croît avec la masse du corps et avec sa vitesse. Une balle projetée à une grande vitesse peut détruire des murs épais grâce à son énergie considérable. Un bélier enfonce le pieu dans le sol dur grâce à la vitesse de sa chute. Son énergie provient des muscles des ouvriers qui l’ont soulevé avec beaucoup d’efforts ; l’énergie a été transférée des muscles au bloc par ce travail ; le bloc, bien qu’il soit suspendu immobile, possède de l’énergie en raison de sa position élevée au-dessus du sol, qui tend à l’attirer vers le bas par la force de gravité. S’il tombe, cette énergie diminue progressivement à mesure qu’il descend ; en même temps, sa vitesse augmente, de sorte que l’énergie n’est en réalité pas perdue, mais transformée en une autre forme, celle de l’énergie cinétique. Finalement, le bloc heurte le poteau de toute sa force ; il transmet son énergie au poteau, qui s’enfonce profondément dans le sol. Tout redevient alors calme : le bloc, le poteau ; mais où est passée l’énergie ?

Elle semble avoir disparu, et cette apparence a longtemps empêché de reconnaître l’indestructibilité de l’énergie. L’expérience nous enseigne cependant que partout où le mouvement est freiné par la résistance ou le frottement, de la chaleur est produite. Mais ce n’est que lorsque des expériences et des calculs ont montré que la même quantité d’énergie mécanique produit toujours la même quantité de chaleur qu’il a été possible de comprendre que la chaleur n’est qu’une forme particulière d’énergie. Là où nous croyons voir l’énergie mécanique disparaître sous l’effet de la résistance ou du frottement, elle est simplement transformée en chaleur, et cette chaleur se dissipe rapidement dans l’environnement. À l’inverse, dans la machine à vapeur, la chaleur du feu se transforme d’abord en énergie que la vapeur possède grâce à sa tension ; cette tension entraîne la machine, et l’énergie provenant du feu devient l’énergie cinétique des outils et des pièces mobiles de la machine, et est utilisée pour effectuer divers travaux, pour surmonter diverses résistances, se dissipant à nouveau sous forme de chaleur. Mais d’où vient la première forme d’énergie, celle du feu ?

Elle existait auparavant sous forme d’énergie chimique. Lorsque deux substances ont une forte tendance à se lier chimiquement l’une à l’autre, elles possèdent de la même manière une énergie latente, pour ainsi dire cachée, comme le bélier élevé en hauteur par sa tendance à tomber vers le sol. Cette énergie chimique se manifeste sous forme de chaleur lorsque la liaison des deux substances a réellement lieu. Une telle liaison chimique est la combustion du charbon, dans laquelle le charbon et l’oxygène de l’air se combinent pour former du dioxyde de carbone ; le charbon est donc porteur d’une grande quantité d’énergie ; inversement, il faut dépenser du travail, c’est-à-dire utiliser de l’énergie, pour séparer le dioxyde de carbone en oxygène et en charbon. Tout comme le charbon, les autres matériaux combustibles, tels que le bois et toutes sortes de matières animales et végétales, possèdent la même énergie chimique.

D’où provient ce trésor énergétique dont dispose l’humanité sous la forme de riches gisements de charbon ? De la même source que l’énergie chimique du bois et des autres matières végétales combustibles, car le charbon est, comme on le sait, le vestige des plantes des périodes géologiques antérieures. Les parties végétales contenant du carbone et donc combustibles tirent leur carbone de l’air ; en absorbant la lumière du soleil, les feuilles vertes sont capables de séparer le dioxyde de carbone de l’air en oxygène et en carbone ; ce carbone, combiné à l’eau et à d’autres substances extraites du sol, forme les nombreux composants différents des plantes. C’est donc l’énergie solaire, transmise à notre Terre par les rayons du soleil, qui est absorbée par les feuilles et transformée en énergie chimique. La chaleur du feu de charbon est la chaleur solaire qui a été émise il y a des millions d’années, qui a passé des millions d’années à sommeiller sous terre sous forme d’énergie chimique et qui, maintenant réveillée, réchauffe notre froid et fait fonctionner nos machines. L’énergie solaire se présente également dans les autres énergies naturelles : dans l’eau qui tombe et qui coule et dans le vent qui souffle, car la chaleur du soleil est à l’origine de tous ces mouvements de l’air et de l’eau. Le soleil est la source de toute chaleur, de toute vie, de tout mouvement, de tout travail, car l’énergie qu’il rayonne sur la Terre est la forme originelle dont provient toute l’énergie terrestre.

Pour enfin revenir à l’être humain, il en va de même pour notre énergie vitale. La vie est consommation, c’est-à-dire transformation d’énergie. Les animaux et les êtres humains ont besoin de nourriture, c’est-à-dire de substances qui sont porteuses d’énergie chimique ; cette énergie provient directement ou indirectement, par le biais d’un autre corps animal, du rayonnement solaire absorbé par les plantes. Les nutriments riches en énergie sont brûlés dans le corps animal ; l’énergie ainsi libérée est en partie transformée en chaleur afin de maintenir la température corporelle, en partie utilisée pour tous les mouvements internes et externes nécessaires à l’organisme ; une partie est à nouveau dépensée pendant le travail. Ainsi, l’énergie que les ouvriers transmettent au bélier en le soulevant provient finalement, comme toute l’énergie sur terre, du rayonnement solaire.

Ce bref aperçu montre à quel point la notion d’énergie nous ouvre une multitude de relations dans le monde et apporte clarté et simplicité à la science. Comme nous l’avons déjà mentionné, Ostwald va encore plus loin et fait de la théorie de l’énergie le fondement d’une nouvelle philosophie de la nature ; mais nous ne nous attarderons pas ici sur une réflexion philosophique sur la théorie de l’énergie. La question qui se pose ici est de savoir quelle compréhension plus profonde de la vision énergétique du monde peut apporter aux fondements de l’ordre économique et aux concepts de base de l’économie politique. Pour cela, nous allons d’abord nous pencher sur les explications de M. Hanne.

2 – Utopisme philosophique naturel

« Tout phénomène naturel est une transformation perpétuelle d’énergie. La vie organique forme également une chaîne de ces transformations d’énergie. » Les organismes tirent leur énergie de la nature et l’intègrent en eux-mêmes afin de conserver leur propre énergie. Pour cela, l’utilisation d’une contre-énergie est nécessaire, ce qui se fait de manière consciente, réfléchie et programmée chez l’être humain. L’agriculteur dirige les processus organiques naturels de manière à ce que les fruits de la récolte, c’est-à-dire les réserves d’énergie chimique, satisfassent les besoins les plus élémentaires. L’industriel transforme les matières premières afin qu’elles puissent être utilisées pour l’habillement, le logement et le luxe ; le commerçant les distribue. « Les valeurs économiques sont l’énergie naturelle de la nature adaptée aux besoins humains grâce au travail humain guidé par la raison. » Le capital nécessaire à la production est le travail accumulé, au sens économique. Les énergies naturelles ne deviennent des énergies économiques que grâce au travail humain conscient. La notion de travail humain est donc la notion fondamentale de l’économie.

Tel est le contenu principal du premier essai sur le concept fondamental de l’économie. La seule nouveauté réside ici dans la formulation, dans la forme énergétique sous laquelle a été présentée la réalité bien connue selon laquelle les matières naturelles et le travail génèrent ensemble la richesse. Pour les concepts fondamentaux de l’économie, cela n’apporte qu’une distinction entre le travail d’une part, le capital et l’argent d’autre part. Il serait maintenant opportun de clarifier le concept de valeur, qui n’apparaît chez notre auteur que sous une forme confuse et embrouillée, et d’examiner de manière plus approfondie le caractère créateur de valeur du travail humain. « Le travail humain est le critère de la valeur économique » : cela est souligné encore plus fortement dans le deuxième essai ; on pourrait croire qu’un examen plus approfondi de ce travail humain permettrait à l’auteur de comprendre comment il définit la valeur au sens économique. Malheureusement, il ne suit pas cette voie ; dans son deuxième traité, on voit immédiatement à quel point les préjugés étroits de la science économique bourgeoise l’égarent. Le sermon moral s’immisce désormais dans l’analyse scientifique ; l’éthique doit s’occuper de la science : « Les anciens idéaux, associés au nouvel idéal de réalité et de travail, pourraient peut-être ouvrir de nouvelles voies à la société humaine. » « L’éthique n’a pas poursuivi de simples fantasmes pendant tant de siècles. Le sens de la justice, en tant qu’expression de l’instinct de conservation sociale, a au moins autant de légitimité que la “loi” de la production individualiste. »

Cela bloque complètement la voie vers une compréhension correcte de la société, et les Remarques préliminaires pour une refondation de la science économique deviennent – à l’exception de quelques observations précieuses sur les conditions naturelles du travail et de la vie sociale – une critique molle et timide de l’inégalité sociale et de la concurrence, du capitalisme et du droit romain en vigueur, dans l’esprit de la réforme sociale bourgeoise. Le point de vue est bien sûr celui de l’utopisme. Le monde est à l’envers ; la production sert certes en fin de compte à la consommation, mais la croissance s’interpose entre les producteurs et les consommateurs et donne à certains individus la possibilité de poursuivre leurs intérêts particuliers au détriment de leurs semblables.

Même si certains, du haut de leur savoir scientifique, méprisent les « réformateurs du monde », là où l’homme qui progresse honnêtement se trompe si souvent, on ne peut considérer les institutions juridiques traditionnelles comme infaillibles. « Si les besoins de tous les membres de la communauté économique n’étaient différenciés que par l’âge, le sexe et l’état de santé, seul le travail serait alors le facteur déterminant dans l’attribution de valeur. Les évaluations économiques seraient alors des évaluations du travail. Mais, presque toujours dans l’histoire, certaines classes poursuivent leurs intérêts particuliers au mépris des idéaux éthiques » (IV, p. 393). L’économie moderne est régie par des principes obsolètes : c’est pourquoi il existe une contradiction si flagrante entre la production et la distribution. Cela doit changer : « le droit matériel des biens doit être remplacé par un droit du travail moderne, l’ancienne théorie de la valeur par une théorie du travail, la propriété par la force par une propriété par le travail ». « Il est presque inconcevable pour la pensée énergétique que la production et la consommation aient pu être mises aussi fortement en opposition l’une vis-à-vis de l’autre. » Une nouvelle « théorie économique énergétique » pourrait ici apporter une aide précieuse et « combler le fossé existant entre la production et la distribution par un droit du travail. Elle prouvera tout d’abord que les valeurs économiques sont des valeurs de travail. La reconnaissance de cette phrase dans sa formulation générale représente déjà un gain inestimable. … Le fétichisme de la théorie économique dominante influencée par Rome … cédera la place à la conviction que seul le travail humain produit des valeurs économiques. Les évaluations du travail, au lieu de celles habituelles du pouvoir, remplaceront l’économie d’exploitation par une véritable économie populaire et ouvrière » (IV, p. 115).

La détermination de la valeur par le travail n’apparaît donc pas ici comme un principe scientifique, mais comme une exigence morale. Ce qui vaut dans la nature doit également valoir dans la société. On a donc ici une réédition de l’exigence du XVIIIᵉ siècle de mettre la société humaine en accord avec la « nature ». Si le monde est mauvais, c’est parce qu’au lieu du travail honnête, ce sont le pouvoir, les titres de propriété et la possession de capitaux qui dominent la « valeur ». Il faut comprendre et reconnaître que seul le travail – comme le prouve la science de l’énergie – crée la valeur, et l’économie se régira alors en fonction du travail plutôt que du capital et du droit romain. Quel ordre social remplacera alors l’ordre actuel ? « À la place de la propriété fondée sur la force, le droit du travail moderne instaurera la propriété du travail, selon le principe que, tout comme le travail, la propriété doit être à l’image de la prestation de travail, tout comme la distribution des biens doit être à l’image de la prestation de travail. […] Toute personne désireuse de travailler devra avoir librement accès aux conditions de production nécessaires, à savoir la terre et le capital, afin que, grâce à ces conditions, le travail, en tant que source de valeur, puisse se développer sans entrave. » Le nouvel ordre revient donc à ce que chacun soit propriétaire indépendant des moyens de production et gagne sa vie en travaillant, c’est-à-dire en produisant avec ces outils. Restauration de la petite entreprise — voilà comment « la pensée exacte nous fera sortir du labyrinthe des traditions héritées ». L’indignation face à l’injustice du revenu du capital est l’indignation du petit bourgeois opprimé et exproprié, qui se pare des atours savants de la recherche scientifique exacte, car les matières naturelles et le travail constituent les seules conditions naturelles de la production. L’utopie est une utopie petite-bourgeoise et réactionnaire.

Cette preuve présente un certain intérêt, car les articles d’ailleurs tout à fait inoffensifs de M. Hanne montrent une fois de plus à quel point les connaissances physiques les plus exactes sont peu utiles dans le domaine social. La société est une partie très particulière du monde qui doit être étudiée dans sa spécificité ; le physicien qui s’y intéresse apporte, outre sa science qui n’est ici d’aucune aide, ses préjugés bourgeois et de classe qui l’égarent d’autant plus sûrement qu’il n’en a pas conscience et se croit supérieur à eux grâce à sa formation scientifique.

Et pourtant, il aurait pu obtenir de meilleurs résultats s’il avait apporté et appliqué sa méthode scientifique plutôt que sa science elle-même. Le naturaliste ne considère pas la nature comme quelque chose qui doit être ainsi ou ainsi, mais comme quelque chose qui est. Il ne dit pas : stupides qu’ils sont ces arbres à pousser de travers et tordus, au lieu de pousser droit comme il se doit ; au contraire, il examine comment ils poussent. Pour le chercheur, la nature est un fait qu’il étudie et cherche à comprendre, et non un objet de ses désirs et de sa volonté. Ce n’est que par cette même méthode qu’une science sociale peut être réalisée. Bien entendu, pour les êtres humains en tant qu’êtres pratiques, la société est un objet de désir et de volonté, mais pas pour le chercheur ; si celui-ci, alors qu’il devrait rechercher ce qui est, se contente d’exprimer ce qu’il désire, il cesse d’être un chercheur. La société ne doit pas être comprise comme un produit raté d’êtres humains insensés, mais uniquement comme un organisme doté de ses propres lois et de son propre développement. Si nous constatons, par exemple, que le capital procure des revenus sans travail, ce n’est pas l’indignation face à cette injustice qui nous aide, mais uniquement l’examen serein des causes et des conséquences de ce fait. Et ce n’est qu’une fois qu’une science sociale cohérente aura été mise au point que l’on pourra se demander ce qu’elle nous apprend sur ce que nous devons faire ; ce n’est qu’après l’étude scientifique que l’on pourra appliquer ses résultats à la pratique de la volonté et de l’action humaines.

L’illusion utopique selon laquelle la société serait un produit de l’arbitraire humain qui aurait besoin d’être amélioré ôte toute valeur à ce qui est écrit à ce sujet par les bourgeois ; et même la connaissance la plus approfondie de la nature ne peut protéger le naturaliste contre cela. 

3 – Le caractère créateur de valeur du travail

Il ne faut toutefois pas déduire de ce qui précède que les sciences naturelles, notamment la théorie de l’énergie, n’ont aucune importance pour le développement des fondements de l’économie. En mettant en lumière les conditions naturelles du travail, elles peuvent sans aucun doute apporter une certaine clarté sur la manière dont les concepts économiques fondamentaux s’intègrent dans l’image que la physique, la chimie et la biologie donnent de la nature et de la vie humaine. Il n’est pas question de refonder les bases « incertaines » et « très controversées » des sciences sociales à l’aide de concepts scientifiques, comme pourraient le croire des naturalistes naïfs. Il ne suffit pas d’appliquer les lois de la nature à la société – chaque fois que cela a été tenté, cela a toujours conduit à des résultats erronés – ; les lois particulières de la société ne peuvent être découvertes qu’en étudiant la société elle-même. Il ne s’agit pas de construire un mirage sur la base du postulat évident que les lois de la nature s’appliquent partout, y compris dans la société ; il s’agit plutôt de démontrer d’abord la dissemblance entre les concepts physiques et économiques, qui induisent en erreur les naturalistes par leur apparente similitude, c’est-à-dire de mettre en évidence l’importance des lois sociales qui s’ajoutent aux lois de la nature et en masquent presque entièrement les effets. Ce n’est qu’une fois cela fait qu’il sera possible de montrer, derrière ces lois sociales, la manière dont les lois naturelles s’exercent sur les phénomènes sociaux.

Tout le travail des hommes, tout comme tous les efforts des animaux, vise à fournir à leur corps l’énergie dont il a besoin pour vivre. La nourriture et l’air constituent ensemble la source de notre énergie vitale ; néanmoins, nous avons besoin de plus que de la nourriture. Il ne s’agit pas seulement d’apporter de l’énergie, mais aussi de la protéger ; afin d’éviter des pertes inutiles de chaleur corporelle et de maintenir le corps dans un état où il fonctionne correctement à tous égards (l’état de bien-être), nous avons besoin de vêtements, d’un logement et d’autres choses. Les objets ne nous sont donc pas seulement utiles en tant que vecteurs d’énergie, mais aussi pour d’autres propriétés – dans le cas des vêtements par exemple, pour leur mauvaise conduction thermique.

La valeur d’usage des objets n’a donc rien à voir directement avec la masse d’énergie qu’ils transportent, elle en est indépendante. La grande majorité des objets utilitaires ont nécessité, pour leur fabrication, du travail et l’utilisation d’énergie qu’ils n’ont eux-mêmes absorbée sous aucune forme, comme par exemple les objets en bois ou en métal de forme déterminée ; le travail utilisé pour les tailler et les séparer a disparu sous forme de chaleur et n’a pas été transféré à l’objet. Ce n’est pas sa quantité d’énergie, mais sa forme déterminée qui constitue son utilité. On voit déjà ici tout ce que l’application du concept d’énergie – malgré sa signification universelle – doit strictement à la société humaine.

Cela est si évident que le physicien qui tente d’appliquer la théorie de l’énergie à la société doit concentrer son attention non pas sur la quantité d’énergie contenue dans les objets utiles, mais sur le travail nécessaire à leur fabrication, comme le fait M. Hanne. Ce dernier le fait toutefois d’une manière très nébuleuse et floue ; les denrées alimentaires « doivent être produites ; elles ont une valeur économique » (IV, p. 392). « Le travail humain est le critère […] de la valeur au sens économique. Ce qui est nécessaire à la préservation et à la promotion de la vie, ce qui doit être produit à cette fin, a une valeur économique » « Les valeurs au sens économique sont donc déterminées par les besoins et par le travail » (IV, p. 393). Il n’est pas possible d’en tirer une définition précise de la valeur et de sa détermination. La quantité de travail nécessaire à la production – cela signifie-t-il la quantité d’énergie utilisée pour la production ? La valeur d’un objet est-elle déterminée quantitativement par la quantité de travail ou d’énergie physiquement définie avec précision, même si elle ne peut pas toujours être indiquée avec exactitude, que coûte sa production ?

La pratique répond par la négative à cette question, et notre auteur le suggère également en parlant de travail « humain ». Ce n’est pas l’ensemble du travail, mais seulement le travail humain qui détermine la valeur. Si l’homme, en utilisant une source d’énergie naturelle puissante (par exemple une cascade ou une machine à vapeur), utilise cent fois plus d’énergie que ses petits muscles ne pourraient en fournir, la valeur de sa production journalière n’augmente-t-elle pas alors cent fois ? D’un point de vue énergétique, cependant, il n’y a aucune raison à cela. Physiquement, le travail accompli par l’homme et celui accompli par la machine qui remplace sa main sont parfaitement similaires. Si nous pouvions en douter, la théorie de l’énergie nous a démontré et prouvé de manière irréfutable que le travail accompli par le marteau brandi par des bras humains et celui accompli par le marteau à vapeur sont parfaitement identiques et similaires. Si, malgré cela, une différence est faite entre les deux dans la détermination de la valeur, il faut en conclure que la valeur ne représente pas un rapport naturel général, mais un rapport spécifiquement humain, que la valeur ne dépend pas de conditions techniques, mais de conditions sociales, non pas du rapport des hommes à la nature, mais de celui des hommes entre eux.

Examinons donc la valeur de plus près. Même si elle découle du travail humain, elle nous apparaît comme une propriété des choses, comme quelque chose qui leur est inhérent. Cette propriété se manifeste lors de l’échange ; c’est donc là que l’on peut découvrir la nature de la valeur. Lorsque deux producteurs y échangent leurs marchandises, ils manifestent ainsi que ces deux marchandises, bien qu’elles soient totalement différentes par leurs propriétés naturelles, leur utilité et qu’elles soient le produit de travaux divers effectués par des personnes différentes, sont néanmoins totalement identiques, car elles sont mises sur un pied d’égalité. Les deux ne sont considérées que comme des quantités de valeur, comme des quantités différentes d’une seule et même substance qui reste lorsque l’on fait abstraction de toutes les propriétés naturelles et hétérogènes. Telle est la nature de la valeur telle qu’elle nous apparaît dans le processus d’échange. Elle exprime quelque chose de commun à toutes les marchandises, où il n’y a plus que des différences de quantité, mais pas de qualité. D’où provient donc cette substance ? Elle ne peut provenir que du travail humain utilisé pour la fabrication des marchandises. Mais pour cela, les travaux hétérogènes de différentes personnes doivent être considérés comme homogènes ; en d’autres termes, ce qui détermine la valeur, c’est l’élément commun à tous les différents travaux humains : la valeur exprime donc le travail abstrait, le travail en soi, c’est-à-dire ce qui reste lorsque l’on enlève aux différents travaux concrets leur diversité. Le travail concret particulier produit l’objet d’utilité particulier, le travail abstrait qu’il contient détermine la valeur de l’objet. Ce travail abstrait est devenu valeur parce qu’il est en même temps un travail socialement utile ; c’est uniquement parce que tous les travaux privés font partie d’un processus de travail social qu’ils se considèrent comme égaux entre eux par l’échange de leurs produits. La valeur exprime donc un rapport social entre les hommes ; la valeur commune de leurs produits, qui régit l’échange de ces produits, montre que les hommes, bien qu’apparemment indépendants en tant que producteurs, sont néanmoins des travailleurs partiels d’un grand processus de travail.

Marx, qui a expliqué en détail cette signification de la valeur dans les premiers chapitres du Capital, afin d’imprimer clairement le concept dans l’esprit des lecteurs, a défini ce contenu de la valeur comme travail social cristallisé, gelée de travail humain – et il a souligné particulièrement le caractère abstrait de ce travail social indifférencié qui s’incarne dans les valeurs. Les choses et les travaux réels et visibles sont concrets, mille fois différents ; leur point commun est séparé d’eux par l’esprit en tant que concept abstrait. L’incompréhension avec laquelle cette opposition a été accueillie par presque tous les critiques provient d’un manque général de compréhension de la nature et du fonctionnement de l’esprit humain. Ce sont précisément ces explications sur la valeur qui montrent Marx comme un philosophe de premier ordre, auquel seul Josef Dietzgen pouvait se comparer à cet égard. Ce que Dietzgen met systématiquement en lumière dans tous ses écrits, à savoir la relation entre les concepts abstraits et spirituels et les phénomènes réels et concrets (la dialectique), constitue également le cadre philosophique de la théorie de la valeur de Marx.

Cependant, pour que cette abstraction soit possible, il faut que tout travail ait quelque chose de commun au sens physique. Marx a exprimé ce point commun comme « dépense productive du cerveau, des muscles, des nerfs, de la main de l’homme », ou comme « dépense, dans le sens physiologique, de force humaine ». L’énergétique peut ici aider à préciser davantage ce que tous les travaux ont en commun : ce n’est pas l’usure des différents organes du corps, mais la dépense d’énergie qui est l’essence immédiate de tout travail humain ; en tant que dépense d’énergie, tous les travaux sont égaux et similaires entre eux.

Cela ne signifie pas pour autant que la valeur des marchandises soit l’expression de l’énergie humaine dépensée pour leur fabrication ; la valeur exprime un rapport social et non physique. Ce n’est pas l’énergie elle-même, mais le fait que les énergies dépensées par différentes personnes se substituent les unes aux autres et s’assimilent les unes aux autres qui est à l’origine de la valeur. Il n’en reste pas moins remarquable la grande concordance qui se manifeste ici entre la notion abstraite de travail abstrait qui apparaît dans la théorie de la valeur, dont la réalité est niée par les critiques bourgeois et dont on pourrait croire qu’elle n’existe que dans l’imagination des théoriciens, et entre cette substance qui trône désormais en physique comme une réalité indéniable et tangible, et qui conteste même à la matière le droit d’être la substance universelle. Cette différence dans la concordance, selon laquelle ce qui apparaît comme une abstraction nébuleuse et insignifiante dans une science est considérée comme une réalité effective dans l’autre, donne lieu à une comparaison intéressante entre ces sciences.

La physique est beaucoup plus avancée sur le plan pratique ; elle a développé ses concepts fondamentaux à partir des phénomènes avec une telle fermeté et une telle précision, et ceux-ci sont devenus, grâce à l’enseignement scolaire, des outils si courants pour comprendre les processus naturels que la croyance en la réalité de ces concepts a acquis la force d’un préjugé universel. En termes de clarté philosophique, cependant, la physique est loin derrière l’économie ; même si ses représentants manient admirablement ces concepts dans la pratique, ils sont très confus quant à leur signification, et ces derniers temps, on discute à nouveau beaucoup de la réalité de la matière, de la force, de l’énergie, des atomes, sans se rendre compte que tous ces concepts ne sont que des concepts abstraits, formés en isolant le dénominateur commun des phénomènes. Les sciences sociales sont beaucoup plus récentes et donc moins connues et moins comprises ; leur compréhension est plus difficile, car la séparation du dénominateur commun des phénomènes ne peut être étayée par l’expérience, mais doit se faire uniquement par la capacité d’abstraction de l’esprit. C’est pourquoi une formation plus approfondie et une compréhension plus approfondie de la dialectique étaient nécessaires. Cela explique le fait, qui semble à première vue contradictoire, qu’un concept physique puisse être utilisé pour clarifier les concepts économiques, alors que, dans le même temps, lorsqu’il s’agit de comprendre réellement les fondements de la pensée scientifique, l’étude de la théorie de la valeur de Marx – aussi étrange que cela puisse paraître – doit être recommandée comme une excellente préparation à la « philosophie de la nature ».

4 – La force de travail humaine

Bien que la notion d’énergie en tant que capacité ou aptitude à fournir du travail ait été initialement tirée du travail humain, la force de travail humaine, telle qu’elle apparaît dans la théorie économique, est néanmoins loin d’être identique à cette énergie. L’élargissement de la notion de capacité de travail ou de force de travail à la machine qui effectue le travail l’a non seulement précisée et mise sous forme mathématique, mais a également modifié sa signification. Une machine restitue, après déduction de quelques pertes qui sont d’autant plus faibles qu’elle est mieux construite, toute l’énergie qui lui est fournie, que ce soit directement ou qu’elle l’accumule d’abord pour la restituer ensuite. Elle cesse de fonctionner lorsque sa réserve d’énergie est « épuisée », c’est-à-dire consommée, à bout.

Mais l’être humain n’est pas un réservoir d’énergie qui se remplit d’énergie chimique par l’alimentation et se vide à nouveau en travaillant, en libérant cette énergie. Lorsque l’être humain est fatigué, épuisé, lorsque sa « force de travail » a disparu, cela ne signifie pas que sa réserve d’énergie est épuisée, car un effort de volonté intense, un stimulus puissant peuvent, malgré la fatigue, entraîner de nouvelles performances de travail. Cela signifie que le corps se trouve dans un état qui ne lui permet pas d’accomplir de nouveaux efforts, un état de malaise qui est aggravé par toute dépense d’énergie supplémentaire et dans lequel la poursuite du travail peut même parfois causer des douleurs physiques. La force de travail au sens économique est donc quelque chose de très différent de l’énergie physique ; elle est le produit du bien-être physique global, qui nécessite certes un apport d’énergie pour être maintenu, mais aussi bien d’autres choses. L’alcool, par exemple, apporte également de l’énergie chimique au corps, mais son effet toxique augmente la capacité de travail. La capacité de travail et son contraire, l’épuisement, ne doivent pas être compris comme des phénomènes énergétiques, mais uniquement comme des phénomènes physiologiques.

Lorsqu’elles exercent leurs fonctions, y compris lors d’une activité intense et utile que nous appelons travail, les cellules musculaires et nerveuses produisent plusieurs toxines qui, en cas de travail modéré, sont immédiatement absorbées par la circulation sanguine et éliminées de l’organisme. En cas d’effort intense, ce processus ne peut pas se dérouler assez rapidement ; les toxines s’accumulent dans les cellules et exercent un effet paralysant et anesthésiant de plus en plus fort, car leur présence empêche le fonctionnement normal de ces cellules. La fatigue est donc une auto-intoxication des cellules musculaires et notamment des cellules nerveuses et cérébrales. Si une période de repos et de sommeil dans une atmosphère saine suit, la toxine est progressivement éliminée ; l’état normal antérieur, exempt de toxines, revient avec une sensation de fraîcheur et de bien-être ; la capacité de travail est rétablie.

La capacité de travail humaine n’est donc pas une quantité positive d’une substance quelconque, mais plutôt quelque chose de négatif, l’absence d’un obstacle ; son contraire, la fatigue, est quelque chose de positif qui, par son existence, rend le travail impossible. La force de travail n’est pas en premier lieu le produit de l’alimentation, mais celui du repos ; le temps de repos est le temps où la force de travail se reconstitue. Ce n’est que lorsque l’alimentation est totalement insuffisante – ce qui est assez fréquent dans la classe prolétarienne – qu’une augmentation de la nourriture entraîne une augmentation de la force de travail, et sa diminution une diminution de celle-ci.

L’influence des horaires de travail excessifs dont souffrent la plupart des travailleurs est facile à comprendre à la lumière de ces explications. Avec de longues heures de travail et de courtes périodes de repos, les cellules du corps n’ont pas encore retrouvé leur état normal que l’heure d’aller travailler sonne à nouveau et que le processus d’empoisonnement recommence. Le corps se trouve alors dans un état d’empoisonnement permanent ; ses symptômes concomitants : malaise général, fatigue et apathie, et ses conséquences inévitables : dégénérescence physique, émoussement mental et déclin précoce de la santé, de la force et de la vie sont bien connus dans la pratique du capitalisme.

Comme dans cet état, l’inhibition physiologique du travail n’est jamais totalement absente, le rendement doit également rester inférieur à celui d’un état normal et sain. Cela explique l’intérêt du capitalisme pour une journée de travail normale plus courte et le résultat favorable de la journée de huit heures introduite à titre expérimental ici et là. La lutte pour la journée de huit heures, aussi importante soit-elle pour le prolétariat, n’est donc pas une lutte contre le capitalisme lui-même. Le terme « journée de travail normale » est un nom dont la première partie n’a de sens que dans le contexte capitaliste. Il s’agit de la répartition de la journée entre temps de travail et temps de repos qui permet de tirer le plus grand profit possible de la main-d’œuvre. Il remplace l’exploitation déraisonnable et bornée des travailleurs par une exploitation raisonnable, mûrement réfléchie et rationnelle. Même si, lors de son introduction dans une usine, les souhaits des travailleurs eux-mêmes ont aussi peu d’importance que ceux du bétail dans le cadre d’un traitement rationnel, l’exploitation rationnelle est en tout cas économiquement bien meilleure et plus agréable pour les travailleurs que les longues heures de travail. Mais elle reste toujours très éloignée d’un ordre économique où la force de travail humaine n’est pas un instrument de création de plus-value et où il n’y a aucun intérêt à forcer le corps à fournir de l’énergie lorsque ses organes en sont devenus incapables à cause d’une auto-intoxication antérieure.

Il découle directement de la nature de la force de travail humaine telle qu’elle est développée ici que les aliments nécessaires à la restauration de la force de travail et le travail accompli lors de l’utilisation de cette force de travail n’ont que peu et seulement indirectement à voir l’un avec l’autre. Il existe encore moins de relation directe entre l’énergie fournie par les aliments et celle dépensée pendant le travail. L’énergie utilisée par le corps pour toutes les fonctions physiques – respiration, digestion, circulation sanguine, maintien de la chaleur corporelle – et qui est toujours dépensée, au repos comme au travail, constitue de loin la partie la plus importante de la quantité d’énergie absorbée quotidiennement. Les expériences de Zuntz ont même montré que lors d’un travail modérément intense, le corps produit tellement plus d’énergie que seul un tiers de ce surplus se traduit par un travail extérieur, les deux tiers restants étant utilisés pour augmenter l’intensité des processus physiques internes.

Ces résultats scientifiques issus du domaine de l’énergétique et de la physiologie réfutent toutes les tentatives parfois entreprises par les bourgeois pour établir un lien direct entre la valeur de la force de travail, c’est-à-dire le salaire, et le travail effectué, et ainsi donner une base solide à l’illusion capitaliste selon laquelle la valeur du produit créé par le travail est également déterminée par le salaire. Au contraire, elles ne sont compatibles qu’avec le principe de la théorie marxiste de la valeur selon lequel la valeur du produit et la valeur de la force de travail qui le produit sont des grandeurs indépendantes l’une de l’autre. Cette discussion ne doit pas être considérée comme une preuve scientifique « exacte » qui manquait jusqu’à présent pour étayer une thèse contestable ; elle ne nous apprend en réalité rien de nouveau, car elle ne fait que revêtir d’un habit physique ce que tout socialiste sait être le fondement de la théorie de la plus-value. La proposition elle-même relève entièrement du domaine de la sociologie et ne peut être prouvée qu’à partir d’expériences sociales ; elle exprime une rapport social et n’a de sens que si la main-d’œuvre a une valeur, c’est-à-dire si elle est achetée et vendue comme une marchandise.

Tels sont, selon nous, les principaux résultats auxquels conduit l’application de la théorie de l’énergie à la société.

Pour ceux qui comprennent l’organisation du processus de travail social grâce à l’économie marxiste, l’ajout de considérations énergétiques ou d’autres considérations physiques pourra apporter des informations précieuses concernant les fondements physiques de ce processus. Mais ceux qui, ignorant tout de cette science sociale, veulent la construire à partir des sciences naturelles, échoueront nécessairement lamentablement.

 


Energía y economia .Anton Pannekoek(« Energie und Wirtschaft », Die Neue Zeit, 1906, année XXIV, cuaderno 45, p. 620-626 y cuaderno 46, p. 653-659)

  Anibal 24/3/2026, 4:20 pm

Energía   y  economia Anton Pannekoek
(« Energie und Wirtschaft », Die Neue Zeit, 1906, année XXIV,  cuaderno 45, p. 620-626  y  cuaderno 46, p. 653-659)

El cambio más  importante en nuestra concepción de la naturaleza física del mundo que nos trajo la segunda mitad del siglo XIX es, sin duda, el relacionado con el concepto de energía y el principio de su conservación. Se podría incluso decir que, hasta hoy, los hombres solían reducir de manera unívoca todos los fenómenos que se presentaban a sus sentidos a los conceptos de materia y fuerza, y comprenderlos a través de ellos. A mediados del siglo XIX, Robert Mayer fue el primero en destacar la importancia universal de la energía y en formular el principio de conservación e indestructibilidad de la energía, pero su trabajo no fue tenido en cuenta por los especialistas. Poco después, Helmholtz, físico que más tarde se haría famoso, por entonces un joven médico, envió a la prestigiosa revista especializada Poggendorffs Annalen der Physik un ensayo titulado «Über die Erhaltung der Kraft» (Sobre la conservación de la energía), en el que demostraba la relación entre esta nueva magnitud y las demás magnitudes conocidas en todos los ámbitos de la física; sin embargo, la revista se lo devolvió calificando el texto de totalmente carente de valor. A pesar de esta actitud negativa de la antigua generación de científicos, el nuevo principio acabó imponiéndose progresivamente; hizo que los procesos físicos resultaran mucho más claros, permitió una comprensión cada vez más profunda del mundo y, finalmente, se convirtió en una herramienta indispensable para que los físicos comprendieran los procesos del mundo y los presentaran de manera sencilla.
Recientemente, el científico W. Ostwald, de Leipzig, ha dado un nuevo paso. En una conferencia pronunciada en 1892, titulada Die Überwindung des wissenschaftlichen Materialismus (La superación del materialismo científico), declaró que el concepto de materia había quedado obsoleto, que debía abandonarse y que todos los fenómenos del mundo solo podían explicarse y comprenderse a través del nuevo concepto de energía. Mientras que la mayoría de la gente cree que la materia es lo que realmente existe y que la energía es algo conceptual, inherente a la materia, es exactamente al contrario: la energía es la única realidad, y la materia no es más que un concepto. Ostwald hizo de esta concepción el fundamento de una «filosofía de la naturaleza» completamente nueva; discípulos entusiastas siguieron sus pasos y aplicaron la concepción energética del mundo a todos los demás ámbitos del conocimiento. Su aplicación a la vida económica, intentada en una serie de artículos (quizás aún inconclusa) publicados por el Dr. J. Hanne en las Annales de philosophie naturelle editadas por Ostwald, nos brinda la oportunidad de abordar esta cuestión. Debemos abstenernos de examinar la filosofía natural de Ostwald desde el punto de vista de sus fundamentos filosóficos; esto se hará mejor en otro contexto, no es necesario para nuestros fines y, por lo tanto, puede posponerse para más adelante. Sin embargo, es necesario explicar previamente a los lectores las líneas generales del nuevo concepto de energía; y esta incursión en las ciencias naturales divulgadas debería presentar un interés en sí mismo, que se basta a sí mismo, más allá del caso en cuestión.
La energía es la capacidad de trabajar, es decir, la capacidad de realizar un trabajo. El concepto proviene, por tanto, de la actividad humana; la sustitución de la fuerza de trabajo humana por la máquina ha ampliado el concepto a la capacidad de trabajo mecánico, y es ahí donde ha adquirido su significado matemático preciso. Cuando clavo un clavo con un martillo, es la fuerza de impacto del martillo la que realiza el trabajo necesario para vencer la resistencia de la madera. El martillo solo posee esta capacidad de trabajo gracias a su velocidad; simplemente apoyado sobre el clavo, no sería capaz de moverlo. Todos los cuerpos en movimiento poseen, debido a ese movimiento, una energía que crece con la masa del cuerpo y con su velocidad. Una bala lanzada a gran velocidad puede destruir muros gruesos gracias a su considerable energía. Un ariete clava la estaca en el suelo duro gracias a la velocidad de su caída. Su energía proviene de los músculos de los obreros que lo han levantado con gran esfuerzo; la energía se ha transferido de los músculos al bloque mediante ese trabajo; el bloque, aunque esté suspendido e inmóvil, posee energía debido a su posición elevada sobre el suelo, que tiende a atraerlo hacia abajo por la fuerza de la gravedad. Si cae, esta energía disminuye progresivamente a medida que desciende; al mismo tiempo, su velocidad aumenta, de modo que la energía no se pierde en realidad, sino que se transforma en otra forma, la de la energía cinética. Finalmente, el bloque golpea el poste con toda su fuerza; transmite su energía al poste, que se hunde profundamente en el suelo. Entonces todo vuelve a la calma: el bloque, el poste; pero ¿dónde ha ido a parar la energía?
Parece haber desaparecido, y esta apariencia impidió durante mucho tiempo reconocer la indestructibilidad de la energía. Sin embargo, la experiencia nos enseña que, allá donde el movimiento se ve frenado por la resistencia o la fricción, se produce calor. Pero solo cuando los experimentos y los cálculos demostraron que la misma cantidad de energía mecánica produce siempre la misma cantidad de calor fue posible comprender que el calor no es más que una forma particular de energía. Allí donde creemos ver que la energía mecánica desaparece bajo el efecto de la resistencia o la fricción, simplemente se transforma en calor, y este calor se disipa rápidamente en el entorno. Por el contrario, en la máquina de vapor, el calor del fuego se transforma primero en energía que el vapor posee gracias a su presión; esta tensión impulsa la máquina, y la energía procedente del fuego se convierte en la energía cinética de las herramientas y las piezas móviles de la máquina, y se utiliza para realizar diversos trabajos, para superar diversas resistencias, disipándose de nuevo en forma de calor. Pero, ¿de dónde proviene la primera forma de energía, la del fuego?
Existía anteriormente en forma de energía química. Cuando dos sustancias tienen una fuerte tendencia a unirse químicamente entre sí, poseen de igual modo una energía latente, por así decirlo oculta, como el ariete elevado en altura por su tendencia a caer hacia el suelo. Esta energía química se manifiesta en forma de calor cuando la unión de las dos sustancias tiene lugar realmente. Tal unión química es la combustión del carbón, en la que el carbón y el oxígeno del aire se combinan para formar dióxido de carbono; el carbón es, por tanto, portador de una gran cantidad de energía; a la inversa, hay que realizar un trabajo, es decir, utilizar energía, para separar el dióxido de carbono en oxígeno y carbón. Al igual que el carbón, los demás materiales combustibles, como la madera y todo tipo de materias animales y vegetales, poseen la misma energía química.
¿De dónde procede este tesoro energético del que dispone la humanidad en forma de ricos yacimientos de carbón? De la misma fuente que la energía química de la madera y de otras materias vegetales combustibles, pues el carbón es, como se sabe, el vestigio de las plantas de períodos geológicos anteriores. Las partes vegetales que contienen carbono y, por lo tanto, son combustibles, obtienen su carbono del aire; al absorber la luz del sol, las hojas verdes son capaces de separar el dióxido de carbono del aire en oxígeno y carbono; este carbono, combinado con el agua y otras sustancias extraídas del suelo, forma los numerosos y diversos componentes de las plantas. Es, por tanto, la energía solar, transmitida a nuestra Tierra por los rayos del sol, la que es absorbida por las hojas y transformada en energía química. El calor del fuego del carbón es el calor solar que se emitió hace millones de años, que pasó millones de años latente bajo tierra en forma de energía química y que, ahora despertado, calienta nuestro frío y hace funcionar nuestras máquinas. La energía solar también se presenta en otras energías naturales: en el agua que cae y fluye y en el viento que sopla, pues el calor del sol es el origen de todos esos movimientos del aire y del agua. El sol es la fuente de todo calor, de toda vida, de todo movimiento, de todo trabajo, pues la energía que irradia sobre la Tierra es la forma original de la que proviene toda la energía terrestre.
Volviendo por fin al ser humano, lo mismo ocurre con nuestra energía vital. La vida es consumo, es decir, transformación de energía. Los animales y los seres humanos necesitan alimento, es decir, sustancias portadoras de energía química; esta energía proviene, directa o indirectamente, a través de otro cuerpo animal, de la radiación solar absorbida por las plantas. Los nutrientes ricos en energía se queman en el cuerpo animal; la energía así liberada se transforma en parte en calor para mantener la temperatura corporal, y en parte se utiliza para todos los movimientos internos y externos necesarios para el organismo; y otra parte se gasta de nuevo durante el trabajo. Así, la energía que los obreros transmiten al carnero al levantarlo proviene, en última instancia, como toda la energía de la Tierra, de la radiación solar.
Este breve resumen muestra hasta qué punto el concepto de energía nos abre una multitud de relaciones en el mundo y aporta claridad y simplicidad a la ciencia. Como ya hemos mencionado, Ostwald va aún más lejos y convierte la teoría de la energía en el fundamento de una nueva filosofía de la naturaleza; pero no nos detendremos aquí en una reflexión filosófica sobre la teoría de la energía. La cuestión que se plantea aquí es saber qué comprensión más profunda de la visión energética del mundo puede aportar a los fundamentos del orden económico y a los conceptos básicos de la economía política. Para ello, nos centraremos primero en las explicaciones de M. Hanne.
2 – Utopismo filosófico natural
«Todo fenómeno natural es una transformación perpetua de energía. La vida orgánica forma igualmente una cadena de estas transformaciones de energía». Los organismos obtienen su energía de la naturaleza y la integran en sí mismos para conservar su propia energía. Para ello, es necesario el uso de una contraenergía, lo cual se lleva a cabo de manera consciente, reflexiva y programada en el ser humano. El agricultor dirige los procesos orgánicos naturales de manera que los frutos de la cosecha, es decir, las reservas de energía química, satisfagan las necesidades más elementales. El industrial transforma las materias primas para que puedan utilizarse en la confección, la vivienda y el lujo; el comerciante las distribuye. «Los valores económicos son la energía natural de la naturaleza adaptada a las necesidades humanas gracias al trabajo humano guiado por la razón». El capital necesario para la producción es el trabajo acumulado, en sentido económico. Las energías naturales solo se convierten en energías económicas gracias al trabajo humano consciente. La noción de trabajo humano es, por tanto, la noción fundamental de la economía.
Este es el contenido principal del primer ensayo sobre el concepto fundamental de la economía. La única novedad reside aquí en la formulación, en la forma energética bajo la cual se ha presentado la realidad bien conocida de que las materias naturales y el trabajo generan juntos la riqueza. En cuanto a los conceptos fundamentales de la economía, esto solo aporta una distinción entre el trabajo, por un lado, y el capital y el dinero, por otro. Ahora sería oportuno aclarar el concepto de valor, que en nuestro autor solo aparece de forma confusa y enredada, y examinar más a fondo el carácter creador de valor del trabajo humano. «El trabajo humano es el criterio del valor económico»: esto se subraya con mayor fuerza en el segundo ensayo; cabría pensar que un examen más profundo de este trabajo humano permitiría al autor comprender cómo define el valor en sentido económico. Lamentablemente, no sigue este camino; en su segundo tratado, se ve inmediatamente hasta qué punto los estrechos prejuicios de la ciencia económica burguesa lo desvían. El sermón moral se entromete ahora en el análisis científico; la ética debe ocuparse de la ciencia: «Los antiguos ideales, asociados al nuevo ideal de realidad y de trabajo, podrían tal vez abrir nuevos caminos a la sociedad humana. » «La ética no ha perseguido simples fantasías durante tantos siglos. El sentido de la justicia, como expresión del instinto de conservación social, tiene al menos tanta legitimidad como la “ley” de la producción individualista.»
Esto bloquea por completo el camino hacia una comprensión correcta de la sociedad, y las Observaciones preliminares para una refundación de la ciencia económica se convierten —salvo algunas observaciones valiosas sobre las condiciones naturales del trabajo y de la vida social— una crítica blanda y tímida de la desigualdad social y la competencia, del capitalismo y del derecho romano vigente, en el espíritu de la reforma social burguesa. El punto de vista es, por supuesto, el del utopismo. El mundo está al revés; la producción sirve, sin duda, en última instancia, al consumo, pero el crecimiento se interpone entre los productores y los consumidores y da a ciertos individuos la posibilidad de perseguir sus intereses particulares en detrimento de sus semejantes.
Aunque algunos, desde la altura de su conocimiento científico, desprecien a los «reformadores del mundo», allí donde el hombre que progresa honestamente se equivoca tan a menudo, no se puede considerar que las instituciones jurídicas tradicionales sean infalibles. «Si las necesidades de todos los miembros de la comunidad económica solo se diferenciaran por la edad, el sexo y el estado de salud, solo el trabajo sería entonces el factor determinante en la atribución de valor. Las valoraciones económicas serían entonces valoraciones del trabajo. Pero, casi siempre a lo largo de la historia, ciertas clases persiguen sus intereses particulares haciendo caso omiso de los ideales éticos» (IV, p. 393). La economía moderna se rige por principios obsoletos: por eso existe una contradicción tan flagrante entre la producción y la distribución. Esto debe cambiar: «el derecho material de los bienes debe ser sustituido por un derecho del trabajo moderno, la antigua teoría del valor por una teoría del trabajo, la propiedad por la fuerza por una propiedad por el trabajo». «Es casi inconcebible para el pensamiento energético que la producción y el consumo hayan podido oponerse tan fuertemente el uno al otro». Una nueva «teoría económica energética» podría aportar aquí una ayuda inestimable y «salvar la brecha existente entre la producción y la distribución mediante un derecho laboral. Demostrará, en primer lugar, que los valores económicos son valores de trabajo. El reconocimiento de esta frase en su formulación general ya representa una ganancia inestimable. … El fetichismo de la teoría económica dominante influenciada por Roma… dará paso a la convicción de que solo el trabajo humano produce valores económicos. Las valoraciones del trabajo, en lugar de las habituales del poder, sustituirán la economía de explotación por una verdadera economía popular y obrera» (IV, p. 115).
La determinación del valor por el trabajo no aparece aquí, pues, como un principio científico, sino como una exigencia moral. Lo que vale en la naturaleza debe valer también en la sociedad. Nos encontramos, por tanto, ante una reedición de la exigencia del siglo XVIII de poner la sociedad humana en consonancia con la «naturaleza». Si el mundo es malo, es porque, en lugar del trabajo honrado, son el poder, los títulos de propiedad y la posesión de capital los que dominan el «valor». Hay que comprender y reconocer que solo el trabajo —como demuestra la ciencia de la energía— crea valor, y la economía se regirá entonces en función del trabajo más que del capital y del derecho romano. ¿Qué orden social sustituirá entonces al orden actual? « En lugar de la propiedad basada en la fuerza, el derecho laboral moderno instaurará la propiedad del trabajo, según el principio de que, al igual que el trabajo, la propiedad debe ser reflejo de la prestación de trabajo, al igual que la distribución de los bienes debe ser reflejo de la prestación de trabajo. […] Toda persona que desee trabajar deberá tener libre acceso a las condiciones de producción necesarias, a saber, la tierra y el capital, para que, gracias a estas condiciones, el trabajo, como fuente de valor, pueda desarrollarse sin obstáculos. » El nuevo orden consiste, por tanto, en que cada uno sea propietario independiente de los medios de producción y se gane la vida trabajando, es decir, produciendo con esas herramientas. La restauración de la pequeña empresa: así es como «el pensamiento exacto nos sacará del laberinto de las tradiciones heredadas» . La indignación ante la injusticia de la renta del capital es la indignación del pequeño burgués oprimido y expropiado, que se adorna con los ropajes eruditos de la investigación científica exacta, pues las materias naturales y el trabajo constituyen las únicas condiciones naturales de la producción. La utopía es una utopía pequeñoburguesa y reaccionaria.
Esta prueba presenta cierto interés, pues los artículos, por lo demás totalmente inofensivos, del Sr. Hanne muestran una vez más hasta qué punto los conocimientos físicos más exactos son de poca utilidad en el ámbito social. La sociedad es una parte muy particular del mundo que debe estudiarse en su especificidad; el físico que se interesa por ella aporta, además de su ciencia, que aquí no sirve de nada, sus prejuicios burgueses y de clase, que lo desvían con tanta más certeza cuanto que no es consciente de ellos y se cree superior a ellos gracias a su formación científica.
Y, sin embargo, podría haber obtenido mejores resultados si hubiera aportado y aplicado su método científico en lugar de su ciencia misma. El naturalista no considera la naturaleza como algo que debe ser así o asá, sino como algo que es. No dice: qué estúpidos son estos árboles al crecer torcidos y retorcidos, en lugar de crecer rectos como deben; al contrario, examina cómo crecen. Para el investigador, la naturaleza es un hecho que estudia y trata de comprender, y no un objeto de sus deseos y de su voluntad. Solo mediante este mismo método puede llevarse a cabo una ciencia social. Por supuesto, para los seres humanos, en cuanto seres prácticos, la sociedad es un objeto de deseo y de voluntad, pero no para el investigador; si este, cuando debería investigar lo que es, se limita a expresar lo que desea, deja de ser un investigador. La sociedad no debe entenderse como un producto fallido de seres humanos insensatos, sino únicamente como un organismo dotado de sus propias leyes y de su propio desarrollo. Si constatamos, por ejemplo, que el capital proporciona ingresos sin trabajo, no es la indignación ante esta injusticia lo que nos ayuda, sino únicamente el examen sereno de las causas y consecuencias de este hecho. Y solo una vez que se haya desarrollado una ciencia social coherente podremos preguntarnos qué nos enseña sobre lo que debemos hacer; solo tras el estudio científico podremos aplicar sus resultados a la práctica de la voluntad y la acción humanas.
La ilusión utópica de que la sociedad es un producto de la arbitrariedad humana que necesita ser mejorada resta todo valor a lo que escriben al respecto los burgueses; y ni siquiera el conocimiento más profundo de la naturaleza puede proteger al naturalista contra ello.
3 – El carácter creador de valor del trabajo
No hay que deducir, sin embargo, de lo anterior que las ciencias naturales, en particular la teoría de la energía, no tengan ninguna importancia para el desarrollo de los fundamentos de la economía. Al poner de relieve las condiciones naturales del trabajo, pueden sin duda aportar cierta claridad sobre la forma en que los conceptos económicos fundamentales se integran en la imagen que la física, la química y la biología ofrecen de la naturaleza y de la vida humana. No se trata de refundar las bases «inciertas» y «muy controvertidas» de las ciencias sociales con ayuda de conceptos científicos, como podrían creer algunos naturalistas ingenuos. No basta con aplicar las leyes de la naturaleza a la sociedad —cada vez que se ha intentado, siempre ha dado lugar a resultados erróneos—; las leyes particulares de la sociedad solo pueden descubrirse estudiando la sociedad misma. No se trata de construir un espejismo partiendo del postulado evidente de que las leyes de la naturaleza se aplican en todas partes, incluida la sociedad; se trata más bien de demostrar primero la diferencia entre los conceptos físicos y económicos, que inducen a error a los naturalistas por su aparente similitud, es decir, de poner de manifiesto la importancia de las leyes sociales que se suman a las leyes de la naturaleza y enmascaran casi por completo sus efectos. Solo una vez hecho esto será posible mostrar, tras esas leyes sociales, la forma en que las leyes naturales actúan sobre los fenómenos sociales.
Todo el trabajo de los hombres, al igual que todos los esfuerzos de los animales, tiene como objetivo proporcionar a su cuerpo la energía que necesita para vivir. La comida y el aire constituyen juntos la fuente de nuestra energía vital; sin embargo, necesitamos algo más que comida. No se trata solo de aportar energía, sino también de protegerla; para evitar pérdidas innecesarias de calor corporal y mantener el cuerpo en un estado en el que funcione correctamente en todos los aspectos (el estado de bienestar), necesitamos ropa, una vivienda y otras cosas. Los objetos, por tanto, no solo nos son útiles como vectores de energía, sino también por otras propiedades; en el caso de la ropa, por ejemplo, por su mala conducción térmica.
El valor de uso de los objetos no tiene, por tanto, nada que ver directamente con la masa de energía que transportan, sino que es independiente de ella. La gran mayoría de los objetos utilitarios han requerido, para su fabricación, trabajo y el uso de energía que ellos mismos no han absorbido en ninguna forma, como por ejemplo los objetos de madera o metal de forma determinada; el trabajo empleado para tallarlos y separarlos ha desaparecido en forma de calor y no se ha transferido al objeto. No es su cantidad de energía, sino su forma determinada lo que constituye su utilidad. Ya se ve aquí todo lo que la aplicación del concepto de energía —a pesar de su significado universal— debe estrictamente a la sociedad humana.
Esto es tan evidente que el físico que intenta aplicar la teoría de la energía a la sociedad debe centrar su atención no en la cantidad de energía contenida en los objetos útiles, sino en el trabajo necesario para su fabricación, como hace el Sr. Hanne. Este último, sin embargo, lo hace de una manera muy nebulosa y difusa; los alimentos «deben producirse; tienen un valor económico» (IV, p. 392). «El trabajo humano es el criterio […] del valor en sentido económico. Lo que es necesario para la preservación y la promoción de la vida, lo que debe producirse con ese fin, tiene un valor económico». «Los valores en sentido económico están, por tanto, determinados por las necesidades y por el trabajo» (IV, p. 393). No es posible extraer de ello una definición precisa del valor y de su determinación. ¿La cantidad de trabajo necesaria para la producción —significa esto la cantidad de energía utilizada para la producción?—? ¿El valor de un objeto viene determinado cuantitativamente por la cantidad de trabajo o de energía definida físicamente con precisión, aunque no siempre pueda indicarse con exactitud, de cuánto cuesta su producción?
La práctica responde negativamente a esta pregunta, y nuestro autor también lo sugiere al hablar de trabajo «humano». No es el trabajo en su conjunto, sino solo el trabajo humano lo que determina el valor. Si el hombre, utilizando una fuente de energía natural potente (por ejemplo, una cascada o una máquina de vapor), emplea cien veces más energía de la que sus pequeños músculos podrían proporcionar, ¿no aumenta entonces cien veces el valor de su producción diaria? Desde un punto de vista energético, sin embargo, no hay razón para ello. Físicamente, el trabajo realizado por el hombre y el realizado por la máquina que sustituye a su mano son perfectamente similares. Si pudiéramos dudarlo, la teoría de la energía nos ha demostrado y probado de manera irrefutable que el trabajo realizado por el martillo empuñado por brazos humanos y el realizado por el martillo de vapor son perfectamente idénticos y similares. Si, a pesar de ello, se establece una diferencia entre ambos a la hora de determinar el valor, hay que concluir que el valor no representa una relación natural general, sino una relación específicamente humana; que el valor no depende de condiciones técnicas, sino de condiciones sociales; no de la relación de los hombres con la naturaleza, sino de la de los hombres entre sí.
Examinemos, pues, el valor más de cerca. Aunque se derive del trabajo humano, se nos presenta como una propiedad de las cosas, como algo que les es inherente. Esta propiedad se manifiesta en el intercambio; es ahí, pues, donde se puede descubrir la naturaleza del valor. Cuando dos productores intercambian sus mercancías, manifiestan así que estas dos mercancías, aunque sean totalmente diferentes por sus propiedades naturales y su utilidad, y sean el producto de trabajos diversos realizados por personas diferentes, son sin embargo totalmente idénticas, pues se ponen en pie de igualdad. Ambas se consideran únicamente como cantidades de valor, como cantidades diferentes de una misma y única sustancia que permanece cuando se abstraen todas las propiedades naturales y heterogéneas. Tal es la naturaleza del valor tal y como se nos presenta en el proceso de intercambio. Expresa algo común a todas las mercancías, donde ya solo hay diferencias de cantidad, pero no de calidad. ¿De dónde procede, pues, esta sustancia? Solo puede proceder del trabajo humano empleado en la fabricación de las mercancías. Pero para ello, los trabajos heterogéneos de diferentes personas deben considerarse homogéneos; en otras palabras, lo que determina el valor es el elemento común a todos los diferentes trabajos humanos: el valor expresa, por tanto, el trabajo abstracto, el trabajo en sí mismo, es decir, lo que queda cuando se elimina la diversidad de los diferentes trabajos concretos. El trabajo concreto particular produce el objeto de utilidad particular, el trabajo abstracto que contiene determina el valor del objeto. Este trabajo abstracto se ha convertido en valor porque es al mismo tiempo un trabajo socialmente útil; es únicamente porque todos los trabajos privados forman parte de un proceso de trabajo social por lo que se consideran iguales entre sí mediante el intercambio de sus productos. El valor expresa, por tanto, una relación social entre los hombres; el valor común de sus productos, que rige el intercambio de estos, muestra que los hombres, aunque aparentemente independientes como productores, son sin embargo trabajadores parciales de un gran proceso de trabajo.
Marx, que explicó detalladamente este significado del valor en los primeros capítulos de El Capital, con el fin de grabar claramente el concepto en la mente de los lectores, definió este contenido del valor como trabajo social cristalizado, gelatina de trabajo humano —y subrayó especialmente el carácter abstracto de este trabajo social indiferenciado que se encarna en los valores. Las cosas y los trabajos reales y visibles son concretos, mil veces diferentes; su punto común está separado de ellos por el espíritu como concepto abstracto. La La incomprensión con la que casi todos los críticos acogieron esta oposición proviene de una falta general de comprensión de la naturaleza y el funcionamiento de la mente humana. Son precisamente estas explicaciones sobre el valor las que muestran a Marx como un filósofo de primer orden, con el que solo Josef Dietzgen podía compararse en este aspecto. Lo que Dietzgen pone sistemáticamente de relieve en todos sus escritos, a saber, la relación entre los conceptos abstractos y espirituales y los fenómenos reales y concretos (la dialéctica), constituye también el marco filosófico de la teoría del valor de Marx.
Sin embargo, para que esta abstracción sea posible, es necesario que todo trabajo tenga algo en común en el sentido físico. Marx expresó este punto en común como «gasto productivo del cerebro, de los músculos, de los nervios, de la mano del hombre», o como «gasto, en el sentido fisiológico, de fuerza humana» . La energética puede ayudar aquí a precisar mejor lo que todos los trabajos tienen en común: no es el desgaste de los diferentes órganos del cuerpo, sino el gasto de energía lo que constituye la esencia inmediata de todo trabajo humano; en cuanto gasto de energía, todos los trabajos son iguales y similares entre sí.
Esto no significa, sin embargo, que el valor de las mercancías sea la expresión de la energía humana gastada en su fabricación; el valor expresa una relación social y no física. No es la energía en sí misma, sino el hecho de que las energías gastadas por diferentes personas se sustituyen unas a otras y se asimilan entre sí lo que constituye origen del valor. No deja de ser notable, sin embargo, la gran concordancia que se manifiesta aquí entre la noción abstracta de trabajo abstracto que aparece en la teoría del valor —cuya realidad niegan los críticos burgueses y de la que se podría creer que solo existe en la imaginación de los teóricos— y entre esta sustancia que ahora ocupa un lugar destacado en la física como una realidad innegable y tangible, y que incluso le disputa a la materia el derecho a ser la sustancia universal. Esta diferencia en la concordancia, según la cual lo que aparece como una abstracción nebulosa e insignificante en una ciencia se considera una realidad efectiva en la otra, da lugar a una comparación interesante entre estas ciencias.
La física está mucho más avanzada en el plano práctico; ha desarrollado sus conceptos fundamentales a partir de los fenómenos con tal firmeza y precisión, y estos se han convertido, gracias a la enseñanza escolar, en herramientas tan habituales para comprender los procesos naturales que la creencia en la realidad de estos conceptos ha adquirido la fuerza de un prejuicio universal. En términos de claridad filosófica, sin embargo, la física va muy por detrás de la economía; aunque sus representantes manejan admirablemente estos conceptos en la práctica, están muy confundidos en cuanto a su significado, y últimamente se vuelve a discutir mucho sobre la realidad de la materia, la fuerza, la energía, los átomos, sin darse cuenta de que todos estos conceptos no son más que conceptos abstractos, formados al aislar el denominador común de los fenómenos. Las ciencias sociales son mucho más recientes y, por lo tanto, menos conocidas y menos comprendidas; su comprensión es más difícil, ya que la separación del denominador común de los fenómenos no puede sustentarse en la experiencia, sino que debe realizarse únicamente mediante la capacidad de abstracción de la mente. Por eso era necesaria una formación más profunda y una comprensión más profunda de la dialéctica. Esto explica el hecho, que a primera vista parece contradictorio, de que un concepto físico pueda utilizarse para aclarar los conceptos económicos, mientras que, al mismo tiempo, cuando se trata de comprender realmente los fundamentos del pensamiento científico, el estudio de la teoría del valor de Marx —por extraño que pueda parecer— debe recomendarse como una excelente preparación para la «filosofía de la naturaleza».
4 – La fuerza de trabajo humana
Aunque la noción de energía como capacidad o aptitud para realizar trabajo se extrajo inicialmente del trabajo humano, la fuerza de trabajo humana, tal y como aparece en la teoría económica, dista mucho de ser idéntica a esa energía. La ampliación de la noción de capacidad de trabajo o de fuerza de trabajo a la máquina que realiza el trabajo no solo la ha precisado y formalizado matemáticamente, sino que también ha modificado su significado. Una máquina devuelve, tras deducir algunas pérdidas que son tanto menores cuanto mejor está construida, toda la energía que se le suministra, ya sea directamente o acumulándola primero para devolverla después. Deja de funcionar cuando su reserva de energía se «agota», es decir, se consume, se agota.
Pero el ser humano no es un depósito de energía que se llena de energía química mediante la alimentación y se vacía de nuevo al trabajar, liberando esa energía. Cuando el ser humano está cansado, agotado, cuando su «fuerza de trabajo» ha desaparecido, eso no significa que su reserva de energía esté agotada, pues un intenso esfuerzo de voluntad, un estímulo potente, pueden, a pesar del cansancio, dar lugar a nuevos rendimientos laborales. Significa que el cuerpo se encuentra en un estado que no le permite realizar nuevos esfuerzos, un estado de malestar que se agrava con cualquier gasto de energía adicional y en el que la continuación del trabajo puede incluso, en ocasiones, causar dolores físicos. La fuerza de trabajo en sentido económico es, por tanto, algo muy diferente de la energía física; es el producto del bienestar físico global, que requiere ciertamente un aporte de energía para mantenerse, pero también muchas otras cosas. El alcohol, por ejemplo, también aporta energía química al cuerpo, pero su efecto tóxico no aumenta la capacidad de trabajo. La capacidad de trabajo y su contrario, el agotamiento, no deben entenderse como fenómenos energéticos, sino únicamente como fenómenos fisiológicos.
Cuando ejercen sus funciones, incluso durante una actividad intensa y útil que llamamos trabajo, las células musculares y nerviosas producen varias toxinas que, en caso de trabajo moderado, son inmediatamente absorbidas por la circulación sanguínea y eliminadas del organismo. En caso de esfuerzo intenso, este proceso no puede desarrollarse con la suficiente rapidez; las toxinas se acumulan en las células y ejercen un efecto paralizante y anestésico cada vez más fuerte, ya que su presencia impide el funcionamiento normal de dichas células. La fatiga es, por lo tanto, una autointoxicación de las células musculares y, en particular, de las células nerviosas y cerebrales. Si a continuación se produce un periodo de descanso y sueño en un ambiente saludable, la toxina se elimina progresivamente; el estado normal anterior, libre de toxinas, vuelve con una sensación de frescura y bienestar; se restablece la capacidad de trabajo.
La capacidad de trabajo humana no es, por tanto, una cantidad positiva de una sustancia cualquiera, sino más bien algo negativo, la ausencia de un obstáculo; su contrario, la fatiga, es algo positivo que, por su existencia, hace imposible el trabajo. La fuerza de trabajo no es, en primer lugar, producto de la alimentación, sino del descanso; el tiempo de descanso es el tiempo en el que se reconstituye la fuerza de trabajo. Solo cuando la alimentación es totalmente insuficiente —lo cual es bastante frecuente en la clase proletaria— un aumento de la comida conlleva un aumento de la fuerza de trabajo, y su disminución, una disminución de esta.
La influencia de los horarios de trabajo excesivos que sufren la mayoría de los trabajadores es fácil de comprender a la luz de estas explicaciones. Con largas jornadas de trabajo y breves períodos de descanso, las células del cuerpo aún no han recuperado su estado normal cuando vuelve a sonar la hora de ir a trabajar y el proceso de intoxicación se reinicia. El cuerpo se encuentra entonces en un estado de intoxicación permanente; sus síntomas concomitantes: malestar general, fatiga y apatía, y sus consecuencias inevitables: degeneración física, embotamiento mental y deterioro precoz de la salud, la fuerza y la vida son bien conocidos en la práctica del capitalismo.
Dado que en este estado la inhibición fisiológica del trabajo nunca está totalmente ausente, el rendimiento también debe permanecer por debajo del de un estado normal y sano. Esto explica el interés del capitalismo por una jornada laboral normal más corta y el resultado favorable de la jornada de ocho horas introducida a título experimental aquí y allá. La lucha por la jornada de ocho horas, por importante que sea para el proletariado, no es, por tanto, una lucha contra el capitalismo en sí mismo. El término «jornada laboral normal» es un nombre cuya primera parte solo tiene sentido en el contexto capitalista. Se trata de la distribución de la jornada entre tiempo de trabajo y tiempo de descanso que permite sacar el mayor provecho posible de la mano de obra. Sustituye la explotación irracional y obtusa de los trabajadores por una explotación razonable, meditada y racional. Aunque, al introducirse en una fábrica, los deseos de los propios trabajadores tengan tan poca importancia como los del ganado en el marco de un tratamiento racional, la explotación racional es, en cualquier caso, económicamente mucho mejor y más agradable para los trabajadores que las largas jornadas laborales. Pero sigue estando muy lejos de un orden económico en el que la fuerza de trabajo humana no sea un instrumento de creación de plusvalía y en el que no haya ningún interés en obligar al cuerpo a suministrar energía cuando sus órganos se han vuelto incapaces de hacerlo debido a una autointoxicación previa.
De la naturaleza de la fuerza de trabajo humana tal y como se desarrolla aquí se deduce directamente que los alimentos necesarios para la restauración de la fuerza de trabajo y el trabajo realizado al utilizar dicha fuerza de trabajo tienen poco y solo indirectamente que ver entre sí. Existe aún menos relación directa entre la energía aportada por los alimentos y la gastada durante el trabajo. La energía utilizada por el cuerpo para todas las funciones físicas —respiración, digestión, circulación sanguínea, mantenimiento de la temperatura corporal— y que siempre se gasta, tanto en reposo como en el trabajo, constituye, con mucho, la parte más importante de la cantidad de energía absorbida diariamente. Los experimentos de Zuntz han demostrado incluso que, durante un trabajo de intensidad moderada, el cuerpo produce tanta energía adicional que solo un tercio de ese excedente se traduce en trabajo externo, mientras que los dos tercios restantes se utilizan para aumentar la intensidad de los procesos físicos internos.
Estos resultados científicos, procedentes del ámbito de la energética y la fisiología, refutan todos los intentos que a veces emprenden los burgueses para establecer un vínculo directo entre el valor de la fuerza de trabajo, es decir, el salario, y el trabajo realizado, y así dar una base sólida a la ilusión capitalista según la cual el valor del producto creado por el trabajo también viene determinado por el salario. Por el contrario, solo son compatibles con el principio de la teoría marxista del valor según el cual el valor del producto y el valor de la fuerza de trabajo que lo produce son magnitudes independientes entre sí. Esta discusión no debe considerarse una prueba científica «exacta» que hasta ahora faltaba para respaldar una tesis discutible; en realidad, no nos enseña nada nuevo, pues no hace más que revestir de un ropaje físico lo que todo socialista sabe que es el fundamento de la teoría de la plusvalía. La proposición en sí misma pertenece por completo al ámbito de la sociología y solo puede demostrarse a partir de experiencias sociales; expresa una relación social y solo tiene sentido si la mano de obra tiene valor, es decir, si se compra y se vende como una mercancía.
Estos son, en nuestra opinión, los principales resultados a los que conduce la aplicación de la teoría de la energía a la sociedad.
Para quienes comprenden la organización del proceso de trabajo social gracias a la economía marxista, la incorporación de consideraciones energéticas u otras consideraciones físicas podrá aportar información valiosa sobre los fundamentos físicos de dicho proceso. Pero quienes, ignorando por completo esta ciencia social, quieran construirla a partir de las ciencias naturales, fracasarán necesariamente de forma estrepitosa.

...............

 

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

 Énergie et économie (Anton Pannekoek) français et espagnol

  Énergie et économie (Anton Pannekoek) français et espagnol Anton Pannekoek 23 mars 2026 (« Energie und Wirtschaft », Die Neu...