massacres de masse organisés par la cléricature, avec la bénédiction de ses alliés russes et chinois
Iran, les journées sanglantes de janvier 2026
L’Iran du shahanchah (« Roi des Rois »), Mohammad Reza Palhavi (1919-1980), renversé par d’immenses manifestations de rue en février 1979, à la cléricature « républicaine » des mollahs est depuis des décennies une « terre de sang »1 : Une terre ensanglantée par des cliques de bourreaux, pendeurs et fusilleurs (de la Savak aux Pasdarans) se succédant au pouvoir. Après l’empire du shah, régi par la CIA et carte majeure d’Israel au Moyen-Orient, l’empire des ayatollahs a étendu sa toile du Liban à la Syrie, de la Palestine et d’Israel au Yémen. Mais aussi une terre de sang en proie au jeu géostratégique des impérialismes petits ou grands : d’un côté la Russie, la Chine, la Corée du Nord, le Venezuela, etc.), de l’autre l’hyperpuissance américaine et ses alliés israélien et occidentaux. La Guerre des 12 jours, en juin 2025, a opposé durement Israël (opération « Rising Lion »), puis son tuteur les États-Unis à l’Iran, au prix d’énormes destructions2, dont a fait les frais la population civile, prenant le risque d’un embrasement de toute la région et au-delà.
Les massacres de janvier
Les massacres de janvier 2026 planifiés par le pouvoir sont la conséquence logique d’une politique fondée sur la terreur aussi bien sous le chef chiite Rouhollah Khomeini (1902-1989) que sous Ali Khamenei. Devenu « Guide suprême » de la « république islamique », l’impitoyable vieillard Khamenei (âgé maintenant de 86 ans) n’a cessé de suivre des cures régulières de jouvence en massacrant sa population révoltée : 2009, 2017-2018, 2019, 2022.
2025 a été un annus horribilis pour les opposants réels ou supposés – qualifiés de « corrompus sur Terre » (sic) et d’« ennemis de dieu » (« moharebeh »). Ils ont été torturés puis pendus par milliers – 2.000 pendaisons « un record »3.
Parti du Grand bazar de Téhéran, le 28 décembre, un mouvement quasi insurrectionnel se répand comme une traînée de poudre à travers ce pays de 90 millions d’habitants, sur fond d’aggravation de la crise économique. Après les commerçants - naguère pilier du régime des mollahs, les étudiants, les couches populaires – sauf les ouvriers du pétrole qui ne veulent pas se lancer dans la bataille. Il s’agit d’abord d’un mouvement économique de protestation contre la vie chère (plus de 50 p. 100 d’inflation en un an) et la dégradation de l’activité économique (environ 20 p. 100 de chômeurs). En 2025, 31 millions d’Iraniens vivaient en dessous du seuil de pauvreté contre 23 millions en 20204. Après les commerçants, les étudiants, les couches appauvries se joignent au mouvement de protestation contre la vie chère qui gagne tout l’Iran. Pour endormir les protestataires, le président Massoud Pezechkian, un chirurgien dit de tendance « modérée » (sic), se prétend d’abord à l’écoute de « revendications légitimes ». Il promet une aide mensuelle d’environ 6 euros pour « les citoyens éligibles » (sic), un camouflet pour une population vivant dans une noire misère, avec un salaire mensuel moyen de 170 euros5. « Soucieux » de son peuple, il « ordonne qu’aucune mesure de sécurité ne soit prise à l’encontre des manifestants et des personnes qui participent aux rassemblements »6. Mais, comme toujours, le chloroforme des mots précède la mitraille, avant les amputations chirurgicales et l’accumulation apocalyptique des sacs mortuaires.
L’année 2026 s’est donc ouverte sans transition sous le signe de la répression la plus féroce jamais imposée par la dictature militaro-cléricale. Des manifestants désarmés ont été fusillés (et hachés menu) à coups d’armes de guerre, telle la DShK soviétique (baptisée « Douchka », petite âme), une arme ancienne (1938) utilisée contre les blindés7. Le pays a connu le même tableau d’apocalypse de Téhéran à Ispahan et jusque dans les villes moyennes. L’accès à l’Internet a été coupé, le 8 janvier, plusieurs semaines pour empêcher toute communication des manifestants entre eux à l’intérieur et à l’extérieur avec leurs proches8.
Le nombre de victimes – des dizaines de milliers – dépasse très largement les 12.000 à 15.000 tués recensés lors de la purge décrétée par Khomeini à l’été 1988 à la fin de la guerre Irak-Iran9 contre « les ennemis de l’islam ».
En extrapolant à partir de décomptes approximatifs des soignants dans les hôpitaux, on obtient un bilan de 30.000 victimes, sans compter les cadavres « repéchés » dans la rue10 ou comptabilisés dans les prisons. Beaucoup de blessés ont été touchés aux yeux soit « 4 fois le nombre des morts ». Pour dissimuler leurs crimes, les pasdarans de Khamenei, le grand ordonnateur du massacre, inscrivent par exemple dans les dossiers médicaux : « opération du foie », etc.11.
Il faut aussi tenir compte des milliers de manifestants arrêtés (40.000 ou plus) et souvent condamnés à mort, prêts à être pendus haut et court par le régime militaro-clérical.
Le sommet de l’ignominie a alors été atteint par le régime : les familles des victimes doivent payer pour les balles qui ont tué leurs enfants et leurs proches12. C’est l’application de la « méthode chinoise » utilisée pour les condamnés à mort. Les familles pour récupérer les corps doivent payer les balles utilisées pour tuer leurs proches13.
Les prétendus amis des Iraniens victimes de la barbarie : de Trump-Netanyahou au chah
Avec son talent à mentir chaque seconde comme son héros Poutine Poutine, le chef des bandes MAGA fait maintenant voguer ses galères surarmées vers les côtes de l’Iran pour, dit-il, « arrêter le massacre ».
Il n’est pas inutile de préciser que Trump s’appuyant sur son « brainstorming » MAGA promettait de faire tomber d’un claquement de doigts le régime en s’appuyant autant sur le Mossad que sur une planche pourrie : Reza Palhavi, le fils du chah renversé en 1979, qui fut l’acteur du tristement célèbre « vendredi noir » de 1978 (environ 4.000 morts)14.
Les mots d’ordre de janvier 2026 mis en avant par les manifestants présageaient une chute idu régime : « Mort à Khamenei » (« le Guide suprême ») et « Longue vie au chah ! » (Reza Palhavi). Ce dernier, s’appuie aux USA sur les réseaux d’extrême droite trumpistes et traine une lourde casserole, celle de soutenir le régime sanglant de Netanyahou. Ce dernier, selon le média de centre gauche Haaretz, aurait mené une large opération de manipulation en utilisant de faux comptes sur les « réseaux sociaux » afin de promouvoir le retour de Reza Pahlavi au pouvoir. Le prince héritier d’un régime failli n’a jamais caché sa proximité avec Netanyahou. En 2023, invité en Israël par « Bibi », l’héritier refusa de condamner les frappes israéliennes sur son « empire » millénaire en 2025 : « Le but était essentiellement de neutraliser le régime. Je ne pense pas que le gouvernement israélien avait l’intention d’attaquer les civils iraniens », susurrait-il au micro de la BBC, le 15 juin 2025.
Fuir ses prétendus « amis »…
Le « prince héritier », en janvier 2026, appelait les manifestants « à descendre dans la rue aujourd’hui et demain » [10 et 11 janvier]15. Tump l’accompagnait dans cette sollicitude tardive et très suspecte pour la population iranienne victime de massacres sans fin depuis des décennies.
« Je respecte grandement le fait que toutes les pendaisons prévues, qui devaient avoir lieu hier [plus de 800 d’entre elles], ont été annulées par les dirigeants de l’Iran. Merci ! », osa-il écrire sur sa plateforme, Truth Social. « Cela a eu un grand impact »16.
Modeste, et rosissant de bonheur, le « roi du monde » Donald confiait : « Personne ne m’a convaincu. Je me suis convaincu tout seul » (sic), répondant à une journaliste qui lui demandait si des responsables arabes et israéliens l’avaient dissuadé de mener des frappes contre l’Iran.
Le président américain avait multiplié ces dernières semaines les menaces d’intervention, avant d’affirmer avoir été informé « par des sources très importantes » (celles des mollahs ? NDR) que « les tueries (avaient) pris fin ». Un pur mensonge.
Bien entendu, les massacres se poursuivent discrètement en toute impunité. Selon un rapport en préparation de Mai Sato, la « Rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits de l’homme », la répression a fait des dizaines de milliers de morts, tués dans les conditions les plus atroces17. Elle précise que Trump avait aussi sa part de responsabilité/irresponsabilité dans le massacre : « … Je ne peux m’empêcher de me demander combien de personnes auraient pu être épargnées si Donald Trump n’avait pas tenu ces propos appelant les Iraniens à l’action en laissant entendre que les Etats-Unis leur viendraient en aide »18.
Il est vrai que cette éminence onusienne ne précisera jamais que le « Machin », comme l’appelait le général De Gaulle en plein chaos congolais19, a contribué largement au massacre en Iran (mais aussi à Gaza, au Liban, etc.) par sa totale inaction, encouragé en cela par les membres du Conseil de sécurité, Russie, Chine et USA en tête, sans compter tous les autres Etats.
La population d’Iran ne doit attendre aucun soutien ni de l’ONU, dont la faillite rappelle celle de la SDN, ni des Américains et Israéliens, encor moins d’un chah sorti de sa naphtaline.
Un très jeune étudiant, en transit en Turquie, concluait en tremblant :
« Ni Américains ni retour du chah, nous n’allons pas troquer une dictature pour une autre »20.
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L’Iran, enjeu géopolitique majeur pour les USA, la Russie et la Chine
Tandis que les USA, sous la houlette MAGA de Trump, avec l’appui du Mossad, font voguer leurs « invincibles armadas » - référence à l’Invincible Armada21 ? -, le chaos d’un monde dévasté par la guerre est bien là. Pour certains commentateurs, l’annus horribilis 2026 a déjà un nom de baptême : « l’année de la grande guerre »22.
Face à « L’invincible armada » du « roi du monde », l’Iran a annoncé que des manœuvres navales avec ses alliés russe et chinois23 qui auraient lieu dans la mer d’Oman et l’océan Indien.
Si l’heure H des bombardements est planifiée pour les jours à venir par la coalition USA-Israel, le bilan des innocentes victimes civiles serait énorme. Trump a déjà promis de détruire l’Iran si le régime le menaçait, et sans être sûr du résultat comme pour l’Irak dans le passé24.
Les conséquences seraient immenses du golfe persique à Taiwan. En s’appropriant des ressources pétrolières de l’Iran, en contrôlant toutes les routes du pétrole du Venezuela au golfe persique, l’intervention américaine aurait des conséquences incalculables, multipliant les casus belli du Golfe arabo-persique à Taiwan revendiqué par la Chine.
Ce que résume le Monde diplomatique de janvier 2026 :
« Un changement de régime en Iran aurait des répercussions régionales majeures. Délivrées de la menace que constitue la République islamique, les monarchies du Golfe ne seraient plus tenues à l’union à tout prix. L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, alliés hier au Yemen, se regardent déjà en chiens de faïence et pourraient décider d’en découdre pour affirmer leur primauté sur la péninsule. A moins qu’Abou Dhabi ne décrète qu’il est de nouveau temps de mettre le Qatar au pas, comme cela fut tenté en 2017 avec un blocus total. Mais cela ne doit pas occulter le fait que la chute des mollahs signifierait aussi la poursuite du verrouillage des sources d’approvisionnement énergétique par Washington. Pour Pékin, cela pourrait constituer un cas belli » (souligné par nous).
Pantopolis, 30 janvier 2026
1 Voir par exemple le livre de Timothy Snyder : Terres de sang. L’Europe entre Hitler et Staline, traduction de l’anglais, Gallimard, 2019.
2 Cf. France24 : « Iran-Israël : le récit des 12 jours de guerre ouverte », www.france24.com/fr/moyen-orient/20251228-iran-isra%C3%ABl-le-r%C3%A9cit-des-12-jours-de-guerre-ouverte.
3 Alain Frachon, Le Monde, vendredi 23 janvier 2026, « En Iran, un régime défait et épuisé », p. 28.
4 France24, 31 décembre 2025, « Mouvement social en Iran : Les raisons de la colère ».
5 Le Parisien libéré, 4 janvier 2026
6 Le Figaro, 7 janvier 2026 : https://www.lefigaro.fr/international/iran-le-president-massoud-pezeshkian-appelle-les-forces-de-l-ordre-a-ne-pas-s-en-prendre-aux-manifestants-20260107
7 Ghazal Golshiri, « Nous marchions dans le sang », Le Monde, samedi 24 janvier 2026.
8 RFI, 28 janvier 2026.
9 Henry Sorg, Raisons politiques n° 30, 2008/2, p. 59.87.
10 24 heures (Suisse), 27 janvier 2026.
11 Ghazal Golshiri, ibid., Le Monde du vendredi 23 janvier 2026 : https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/23/en-iran-des-medecins-racontent-la-repression-nous-marchions-dans-le-sang_6663748_3210.html
12 Libération, 21 janvier 2026 : www.liberation.fr/international/moyen-orient/iran-ils-nous-ont-fait-payer-les-trois-balles-utilisees-pour-tuer-mon-ami-avant-de-nous-rendre-son-corps-20260121_T4R36VXGB5FK5I4PN2D34DJN4I/
13 Les 2/3 des condamnations à mort dans le monde sont le fait de la Chine. C’est un business pour le capitalisme d’Etat chinois que reprend à son compte le régime des pasdarans.
14 Ervand Abrahamian, Iran between two revolutions, Princeton University Press, 1982, 561 p.
15 Julie Connan, « Manifestations en Iran. Reza Palhavi occupe le terrain d’une opposition laminée », La Croix, 12 janvier 2026.
16 Le Monde, 17 janvier 2026, « Donald Trump remercie l’Iran d’avoir annulé toutes les pendaisons prévues de manifestants » (souligné par nous).
17 « Iran : peut-être des dizaines de milliers de victimes », ibid., p. 5.
18 Ibid, p. 5.
19 Discours prononcé à Nantes, le 10 septembre 1960 par le général de Gaulle, désapprouvant l’intervention de l’ONU au Congo contre l’armée du Katanga, et refusant de participer aux frais engagés pour l’opération.
20 Selon le témoignage recueilli par Le Monde auprès d’un très jeune étudiant venu quelques heures en Turquie « pour sortir d’un trou noir », les Iraniens pensent qu’ils n’ont pas d’ami, sinon des ennemis avérés, dictateurs sans pitié. Il concluait : « Ni Américains ni retour du chah, nous n’allons pas troquer une dictature pour une autre » (Le Monde du mardi 27 janvier 2026, p. 5).
21 « L’Invincible Armada » du roi Philippe II (1527-1598) est le surnom moqueur donné par les Anglais et les ennemis de l’Espagne en 1588. La flotte était composée de 130 vaisseaux, 2.431 pièces d’artillerie et 29.300 soldats. Elle prit le large à partir de Lisbonne et effectua une première étape le long des côtes de Flandres (alors espagnoles), pour y embarquer 30.000 hommes supplémentaires placés sous les ordres d’Alexandre Farnèse. Ne revint en Espagne que la moitié des navires. Cet événement marqua la fin de la domination maritime espagnole et la montée irrésistible de l’Angleterre d’Élisabeth Ire (1533-1603).
22 Akram Belkaïd, « 2026, année de la grande guerre ? », Le Monde diplomatique, février 2026, p.11.
23 La Nouvelle-Tribune, Bénin, 29 janvier 2026.
24 La Montagne du 29 janvier 2026 : « Pourquoi Trump peut détruire plusieurs fois l’Iran sans être à l'abri du même fiasco que Bush en Irak ».
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