lundi 25 mai 2026

2002-2006 Pointer vers Minatec le plus gros doigt possible (PMO)


« Fomenter : Du latin fomentare (« entretenir le feu »), de fomentum
(« aliment pour entretenir le feu », « cataplasme, calmant »),
de fovere (« chauffer »). » Fig. Susciter, exciter, ou entretenir
(un sentiment ou une action néfaste). Fomenter la discorde. »

Donc, le 1er juin 2006, à Grenoble, eut lieu cette manifestation demeurée « fameuse » dans un
certain milieu.
Fameuse, peut-être, comme un feu que nous aurions mis quatre ans à construire1, et autour duquel
bivouaquèrent quatre jours durant un millier de gens d’ici et d’ailleurs, de maintenant et d’avant,
d’activistes et d’observateurs d’obédiences diverses, mais tous frappés de cette irruption de la
critique sociale dans les sciences et technologies ; de l’intensité et de la densité des discours et
discussions durant ces quatre jours à la Bifurk, le hangar associatif qui hébergeait les assemblées,
les réunions, les repas, les veillées et nuitées ; saisis de la multiplicité et de la variété des faits et
gestes en divers lieux de la ville ; de l’agressive pression policière en ville et à la Bifurk, avant,
pendant et après la manifestation.
Il y avait bien là de quoi marquer les esprits et, jusqu’aujourd’hui encore, susciter des échos et
des réflexions sur cette énigmatique manif de Minatec. Qu’avait-elle donc de singulier cette
pauvre petite manif, peu nombreuse, peu bruyante, peu animée, peu vigoureuse - mais sombre,
anxieuse, lente et mutique comme un cortège funèbre - pour provoquer de tels affects chez ses
participants, un tel effroi, une telle hargne des autorités.


On s’est dit plus tard qu’elles avaient surestimé notre affluence. Mais c’était surtout notre critique
qui les enrageait, et les regards que nous détournions de leur inauguration, au profit de cette
critique générale du système technocratique, dont Minatec n’était qu’un nouvel avant-poste.
Un feu comme un phare braqué sur Minatec et le nanomonde ; « un projet de société totalitaire »,
disions-nous, « techno-totalitaire2 ». Et nous l’avons dit tout de suite, en 2002, dès que nous
avons su le projet Minatec3, sans attendre vingt ans que les médias et la critique intégrée nous
« alertent » des « dérives possibles de l’IA » ou de ses « externalités négatives », à l’heure des
canicules et des sécheresses, de l’embrasement climatique et du stress hydrique, de la
surconsommation d’électricité et de la machination du monde.
C’est tout de suite, dès les débuts de notre enquête, que nous avons dénoncé la destruction du
Grésivaudan, de ses vignes et vergers, l’urbanisation et l’artificialisation des sols, le pillage et la
pollution de l’eau, au profit des hautes technologies, de l’industrie des semi-conducteurs (des
puces), de STMicroelectronics, Soitec, Memscap & cie.
C’est sur www.piecesetmaindoeuvre.com que nos sangsues ont récemment vampirisé une
critique qu’ils frelatent d’« antifascisme » et d’« anticapitalisme » eux-mêmes falsifiés4 ; et dont
1 Cf. Jack London, Construire un feu
2 Pièces et main d’oeuvre, Aujourd’hui le nanomonde. Nanotechnologies, un projet de société totalitaire.
L’Echappée, 2008
3 Cf. « Le Laboratoire grenoblois », 14 mars 2002, en ligne sur www.piecesetmaindoeuvre.com
4 Cf. « Techno-fascisme », un mot hacké par les techno-gauchistes. » 18 septembre 2025, sur
www.piecesetmaindoeuvre.com
2
ils dissimulent les auteurs, autant par vanité personnelle que par veulerie envers leurs
commissaires queeristes et alter-industrialistes dont ils suivent les interdits. Mais on y reviendra ;
à STMicro et dans le Grésivaudan. Voyez d’ailleurs cette réponse du système technocratique à
l’un de nos messages, reçue il y a quelques jours5 :
« Bonjour,
Je vous remercie de cesser de m'envoyer vos mails et de me rayer de votre liste de
diffusion. Les analyses que vous développez ne m'intéressent pas.
Bien sincèrement,
Jean-François CLAPPAZ
Maire de Montbonnot-Saint-Martin
1er Vice-Président de la Communauté de Communes du Grésivaudan
en charge de l'attractivité Économique, Industrielle et Touristique »
***
Les idées ont des conséquences - à condition d’être conçues et communiquées bien sûr. C’est
l’enquête, la mère de toutes les idées, et la langue, la mère de toutes les relations, qui nous
permirent de « penser global, agir local », suivant un précepte aussi répandu que pris à l’envers
par la plupart qui le répètent. Ceux-là, en effet, n’élaborent jamais de pensée générale par euxmêmes,
à partir d’une enquête locale, mais, tout au contraire, forcent des faits locaux à rentrer
dans leur bien-pensance générale, dont ils ne font que plaquer sur place le prêt-à-penser
dogmatique.
Nos idées, mises en circulation, eurent donc des conséquences. A force d’envoyer des messages
à tous ceux qui dans notre ville participent d’une façon ou d’une autre à la vie publique, de
distribuer nos écrits dans les boîtes aux lettres, dans les lieux socio-culturels, les rues, les
rassemblements, les multiples conférences scientifiques qui servent au pétrissage de l’opinion ;
à force d’y intervenir devant des salles réprobatrices et acquises à l’expert en tribune, de
contredire celui-ci sur Biopolis, « l’incubateur de start-up », sur les biotechnologies et sur la
science réellement agissante, à Grenoble ou ailleurs, un questionnement se fit jour. Exemple :
« A la fin des discours, un petit incident viendra troubler un instant la solennité
ambiante. Des tracts dénonçant dans des propos peu amènes "Le projet Biopolis qui
concentre tous les vices du monde en général" sont distribués à la sauvette par deux
individus qui s’autoproclament "simples citoyens". "Tout ceci est regrettable", se
désole en aparté Pierre Kermen. L’adjoint fustige "le caractère anonyme de ce tract.
Quand on veut un débat citoyen, la moindre des choses c’est de dire qui l’on est. En
l’espèce, ces gens ne semblent vraiment pas éclairés sur le sujet." Ce fut bien la seule
anicroche de la journée. Les élus ont ensuite méticuleusement parcouru le Salon,
goûtant au passage tout ce qui était tendu, du fromage à la crème de marron, en
passant par les produits qu’on trouve sur les marchés de Grenoble6. »
On sait que nous avons continué de « troubler la solennité ambiante » comme dit Le Daubé - ou
peut-être était-ce la sérénité ? Enfin, on a continué d’envoyer des messages et de recevoir des
réponses ou des absences de réponses qui en étaient aussi, bien sûr, à leur façon.
5 Le 10 avril 2026
6 Le Daubé, 27 novembre 2001
3
« Des manipulations génétiques aux manipulations politiques. Quand le Centre de Culture
Scientifique, Technique et Industrielles fait la propagande des nécro-technologies » (Simples
Citoyens, le 19 décembre 2001). « Biopolis coulé ? Le projet de nécro-technologie grenobloise
remis en cause par la DDE » (Simples Citoyens, le 26 janvier 2002). « Un beau labo pieds dans
l’eau. Les édiles grenoblois et l’armée veulent construire en pleine zone inondable un labo biotech
à haut risques. Glouglou ? » (Le Canard enchaîné, 30 janvier 2002). « Biopolis : le projet
de tous les dangers ? » (Le Daubé, 14 février 2002).
Des articles, une pleine page dans Le Daubé, qui rapportaient nos critiques, au point que la Métro
se crut obligée de tenir un débat, le 8 mars 2002, afin de les éteindre. Débat où nous fûmes
distribuer notre contribution, « Après tout, le génie génétique, ça sert aussi à faire la guerre. A
manipuler le génome de la peste, du charbon, de la variole… Après tout, la chimie locale a pris
son essor au siècle dernier, en fabriquant des gaz de combat : il faut être de son temps… »
En résumé, les savants savaient, les décideurs décidaient, en toute légitimité et légalité. Certes
des accidents arrivaient parfois, Tchernobyl, la vache folle, le sang contaminé… le risque zéro
n’existait pas, on évoquait le cauteleux concept de « démocratie scientifique », sinon ceux, non
moins captieux, de « démocratie technique7 », voire « technicienne8 » ; mais l’on avait déjà le
« principe de précaution » (1995) et des comités d’éthique - uniquement consultatifs, il est vrai.
Ceux qui parlaient de « nécrotechnologies », un mot que nous avions pris à Jean-Pierre Berlan -
un économiste critique des OGM9 - n’étaient que des obscurantistes, insultant la science, les
scientifiques et la société et l’on devait peut-être porter plainte contre eux10.
En attendant cette plainte dont nous menaçait Didier Migaud, alors président de la Métro, à l’orée
de son ascension jusqu’à la tête de la Cour des comptes et du ministère de la justice, le
questionnement persistait, repris par des médias, des élus « écolos-citoyens » - notamment
Raymond Avrillier, ingénieur de l’Association pour le Démocratie, l’Ecologie et la Solidarité -
et des critiques de la société industrielle, chacun sous son angle particulier.
« Biopolis continue d’irriter les écologistes. Financement, comité d’éthique, comité de sélection
des projets, etc. : le futur espace de développement des activités biotechnologiques n’a pas encore
mis tous les élus de la Métro d’accord » (Le Daubé, 7 avril 2002). « Faut-il avoir peur de
Biopolis ? » (Objectifs Rhône-Alpes, avril 2001). « Des inconnus dans le débat. Un résumé des
critiques contre les techno-sciences » (Pierre Gérard et Henri Mora, 18 avril 200211).
Tout ce bruit attira l’attention de Laure Noualhat, ex-Grenobloise, journaliste à Libération, qui
s’en fit l’écho : « A Grenoble, des industries du vivant qui ne passent pas12 » ; cependant que
nous tirions de nouvelles missives, « Attac et l’Adebag » (25 juin 2002), « Guerre au vivant »
(15 octobre 2002), « Nuisances, incivilités ; ça suffit (2) » (23 octobre 2002), et que le bruit
s’amplifiait.
Finalement, c’est fou ce qu’un imprécateur peut provoquer, armé de sa seule parole, d’un papier
et d’un crayon, pourvu qu’il dise vrai (l’enquête), et qu’il sache dire (la langue). Si vous croyez
7 Cf. Michel Callon, Pierre Lascoumes, Yannick Barthe, Agir dans un monde incertain, essai sur la démocratie
technique. Le Seuil, 2001
8 Cf. Jean Caune, « Les processus délibératifs, voies d’une démocratie technicienne », in Les Enjeux de
l’information et de la communication n°16, 2015
9 Cf. La Guerre au Vivant, 2001, Agone
10 Cf. 14 octobre 2002. « Compte-rendu du débat de la Métro à propos de Biopolis » sur
www.piecesetmaindoeuvre.com
11 en ligne sur www.piecesetmaindoeuvre.com
12 Libération 30 avril 2002
4
qu’on aimait ça, qu’on ne se faisait pas violence pour tendre nos papiers aux spectateurs, surpris,
méfiants, narquois, hostiles ; pour lever la main, pour se dresser devant les gens ou monter sur
scène ; pour dire tout ce qu’on avait à dire avec le moins de mots et le plus de sens possible ;
pour résister aux interruptions des organisateurs (« Posez votre question !... Laissez parler les
autres ! »), à leurs tentatives de nous couper la parole, à leurs refus de nous la donner, aux cris
hostiles et obtus de leurs soutiens (« C’est du terrorisme ! »), parce que nous osions contredire ;
parce que nous les prenions au mot et que nous tâchions de débattre ; parce que sans notre
contradiction, il n’y aurait pas eu de débat, mais un cours magistral suivi de trois questions
oiseuses au maître-expert.
Une fois, l’on fit voter le public pour décider qu’on n’aurait plus la parole. Une fois, l’on fit venir
la police pour nous expulser d’une festivité académique où nous dispersions nos tracts. Ce n’était,
somme toute, que le prélude aux interdictions dont nous sommes aujourd’hui l’objet de la part
d’activistes transhumanistes, pour notre opposition à l’artificialisation de l’espèce humaine13.
Nos scientifiques ayant découvert une nouvelle maladie mentale extrêmement nocive, la
technophobie, qui se propage par l’échange d’arguments, et dont il convient d’isoler les porteurs
afin d’éviter toute contamination.
Les chargés de communication nous invectivaient, « vous n’avez qu’à organiser votre débat ! ».
Par quoi ils entendaient « un débat entre vous », avec vos moyens - sans les salles, l’équipement,
le personnel et la communication des services publics - et avec ceux qui pensent comme vous.
C’était souvent ce que pensaient aussi les quelques opposants que notre activité avait rencontrés.
Ils nous accompagnaient à deux ou trois et à reculons, en disant que ça ne servait à rien ou à pas
grand-chose. Par timidité, défaut de connaissances, difficulté d’expression et mépris de ce public
aliéné. Si vous croyez que c’est facile d’être intempestif. Eux aussi, ils auraient préféré un
colloque à huis-clos, entre initiés partageant des principes, des rituels, des références, méfiants
de toute innovation et ressassant les formules de quelques auteurs reçus, sans y trouver d’autres
applications que d’autres conciliabules entre pareils. En bocal radical. Au fond, ils avaient
horreur de toute vulgarisation, ils ne partageaient leurs idées qu’avec réticence et ils s’en seraient
détournés plutôt que de le faire avec la foule.
***
Nous n’avions pas prévu de nous intéresser à Minatec, et encore moins de manifester contre
Minatec. Ce qui nous a menés à Minatec, c’est l’exploration et la découverte de la ville où nous
vivons. Nous ne sommes pas étanches, nous. Nous respirons l’air du temps comme tout le monde.
Il nous infiltre par tous les pores, à notre insu le plus souvent. Et si l’on ne dresse pas de barrières
mentales, de filtres psychiques, nous devenons tout le monde, des numéros interchangeables et
dissous dans le tout-venant.
Si nous ne disons pas ce que nous pensons, nous finissons pas oublier ce que nous pensons.
D’ailleurs nous ne pensons plus. Nous disons juste ce que dit le tout-venant - ou rien - ce qui
13 Voir sur www.piecesetmaindoeuvre.com : André Gorz, « La fabrique du mort-vivant ». Alexis Escudero, « La
stérilité pour tous et toutes », « Au bazar du beau bébé », « De la reproduction du bétail humain », « Les crimes de
l’égalité », « Dix thèses sur la reproduction artificielles de l’humain » (2014). Pièces et main d’oeuvre « Ceci n’est
pas une femme (à propos des tordus queers) », 3 novembre 2014. « Du « transidentitaire » à l’enfant-machine »,
entretien avec Fabien Ollier, 9 juillet 2019. Pièces et main d’oeuvre, Alertez les bébés ! Objections aux progrès de
l’eugénisme et de l’artificialisation de l’espèce humaine, Service compris (2020) ; Manifeste de chimpanzés du
futur contre le transhumanisme, Service compris (2017), 2023. Revue Ecologie & Politique n°65, « Les enfants de
la Machine », 2022. Ed. Le bord de l’eau. Creuse-Citron, « à propos de PMO et de la « question trans », 16
septembre 2023. « Lettres simiesques du Professeur Bonobo à l’Illustre Professeur Flapi », 2023. Renaud Garcia,
« Techno-Junkie », 11 novembre 2023. Nicolas Casaux, « L’extraordinaire pensée de Judith Butler », 6 mai 2024
5
revient au même. Nous existons, comme lui, d’une existence de désespoir qui ne veut pas savoir
et qui s’encolère parfois, si l’on ose lui en parler.
Contre l’oppression et la dépression, nous avons pris le parti inverse de l’expression la plus
consciente et la plus articulée possible. Dire ce désespoir machinal et ses raisons bien réelles,
c’est ce que le tout-venant nomme « être méprisant » ; ou « négatif » ; ou « malveillant ». Le
tout-venant préférant, comme on le sait, le faux-semblant de la stupidité satisfaite, de l’illusion
collective et du veule aveuglement - tout - plutôt que de se cogner au réel et à ses horreurs. Plutôt
que cet éclat de lucidité déchirant d’un coup de lame le faux perpétuel des apparences14. Le toutvenant
qui nous dit rabat-joie, ne peut soupçonner notre jubilation à découvrir l’envers du décor.
Nous avons pris le parti de l’étonnement devant les façades de l’habitude, et celui de la curiosité
derrière ces façades. Nous ne sommes pas blasés, notre ville ne va pas de soi, elle n’a rien
d’évident - au contraire. Elle exige une observation implacable pour révéler au-delà de son
apparence fastidieuse, une étrangeté qui vaut toutes les destinations si courues des touristes. Parce
qu’ils ne font que passer pour vérifier les clichés qu’ils ont en tête, au lieu de rester chez eux pour
exhumer celle de leur mirage quotidien. Le monde, dans son unité et son identité majeures
derrière la diversité des apparences, nous ne l’avons mieux découvert que chez nous.
Bref, les voyages, on en revient, et il n’y a d’intéressant que les endroits auxquels on s’intéresse.
Puisqu’il faut bien s’occuper à quelque chose en attendant.
***
Si, comme le dit Shannon, la valeur d’une information se mesure à son degré d’improbabilité, en
voici une dépourvue de toute valeur : il pleuvait le 11 novembre 2002. Un lundi férié, morne et
désert, que nous avions choisi pour un dépôt de gerbe au Centre de recherche du service de santé
de l’armée (CRSSA), en hommage aux victimes civiles et militaires des nécrotechnologies.
« On peut apporter des fleurs sauvages » disait notre appel co-signé par Les Alternatifs, la LCR,
le Centre Inter-Peuples et de simples citoyens. Nous étions quinze ou trente, des vieux gauchistes
dégoulinants et des novices déjà trempés. Pas de flics, ni de militaires. On a posé nos bouquets
aux grilles du laboratoire, dont celui de fleurs et de fougères apporté de son village par un copain
de trente ans. Bon, voilà. Il faudrait une prise de parole a dit Roseline, la députée de la LCR au
parlement européen. Nous, on n’osait pas. On avait tout dit sur l’histoire militaro-scientifique de
Grenoble dans l’appel amendé par nos cosignataires, que tout le monde avait lu, et que vous
pouvez toujours lire sur www.piecesetmaindoeuvre.com15. On se serait sentis un peu ridicules de
se répéter et de haranguer notre petit groupe sous la pluie. Du coup, on l’a laissée faire son
discours anti-capitaliste, en attendant de transformer sa « Ligue communiste révolutionnaire » en
« Nouveau parti anticapitaliste » (nouveau ?).
Si on ne parle pas, d’autres le font pour vous. Fallait pas compter sur Roseline pour tenir un
discours technocritique ou anti-industriel à notre place. Fallait pas espérer déteindre sur les
gauchistes ni les éveiller à la critique de la technologie comme force motrice du despotisme et
de la destruction du monde. Là-dessus leur religion est faite, leur impensé blindé, extérieur aux
faits. La technologie est neutre, tout dépend de ses maitres et possesseurs. Si les cybersoviets
s’emparent des réseaux, des data centers, des supercalculateurs et de toute la machinerie
nécessaire à l’expansion de « l’intelligence artificielle », alors tout va pour le mieux dans le plus
communiste des mondes - voyez la ruche, la fourmilière et la termitière.
14 Cf. Peio Cachenaut, « Metavers », 10 juin 2022 sur www.piecesetmaindoeuvre.com
15 Cf. « Le 11 novembre 2002 à 11 heures. On peut apporter des fleurs sauvages »
6
Notre cérémonie expédiée, solitaire et inaperçue de qui que ce soit, on s’est dispersés et certains
sont rentrés à pied vers le centre-ville, sous l’averse lugubre. C’est là qu’un jeune gars à la mine
éveillée nous a posément abordés. Est-ce qu’on avait cinq minutes pour parler ? Oui, bien sûr,
mais à l’abri, dans le seul troquet miraculeusement ouvert, justement là, et assis devant un café.
Et de quoi voulait-il parler ?... Eh bien, qu’est-ce qu’on pouvait faire ?... Avions-nous des idées ?
C’était inusuel qu’on nous parle normalement, et plus encore qu’on nous demande « nos idées ».
Surtout de la part d’un jeune gars ( jeune, jeune… mettons vingt ans sans plus). Il est vrai que
celui-ci se présentait seul et n’était pas camouflé en pantalons baggy et sweat noir à capuche. De
mémoire, il portait même une chemise à carreaux sous une parka légère et de couleur claire.
Nos idées… On n’en avait pas d’autres que celles mises en pratique depuis deux ans, et issues
de… d’une trentaine d’années d’enquête frénétique. En gros depuis l’âge de seize ans pour l’un
de nous deux. D’ailleurs, on lui a tout dit au gars, à lui et aux autres. On n’a rien caché ni gardé
pour nous, pas d’armes secrètes, de trucs magiques, ni de relations occultes (de « contacts »),
malgré tous leurs soupçons là-dessus. Quitte à les décevoir, on n’avait rien d’autre que ce qu’on
avait dans la tête.
Donc on a parlé. - Pour une fois qu’il y en avait un en quête de transmission. Qui n’avait pas l’air
de prendre celle-ci pour une Violence Verticale et Autoritaire Faite à Sa Jeunesse.
Certes, on ne pouvait pas tout dire d’un coup, en vrac. On aurait noyé, rebuté, gaspillé. Il fallait
trier. Se retenir sur les références. S’assurer qu’on donnait aux mots le même sens que nos
interlocuteurs. Espérer une réponse - enfin le contrat de base, quoi - « donner-demander-recevoirrendre
», même si l’on n'a pas lu Mauss16.
On a dit ce qu’on n’a cessé de redire depuis17 : qu’on ne gagnait pas toujours avec le nombre,
mais jamais sans lui, et moins encore contre lui. Que nul à ce jour n’avait trouvé d’autre moyen
de transformer les idées en force matérielle, et la critique en actes, que la conviction du plus
grand nombre. Qu’on était d’abord dans une bataille d’idées entre nous, les sans-pouvoir, et le
pouvoir. Que nous devions donc être tout d’abord des producteurs d’idées. Qu’afin de produire
ces idées, il nous fallait enquêter, etc.
Comme on ne s’était pas couvert des noms d’Antonio Gramsci (l’hégémonie culturelle), de John
Dewey, l’influenceur de Mao (De l’enquête)18, ni d’une douzaine d’autres sommités, les
connaisseurs ont jugé que nous faisions « du journalisme ». Une activité méprisée de nos
théoriciens qui ne se seraient jamais abaissés à la collecte de faits empiriques et triviaux ; leur
pensée ne se nourrissant que d’autres pensées ; celles de ces rares auteurs ayant déjà tout dit et
prédit, ainsi que des redites de leurs disciples.
L’enquête, voilà ce que nous faisions depuis deux ans, et ce que nous avons suggéré au jeune
gars qui cherchait quoi faire. Lequel nous a écoutés poliment, mais le sourcil un peu froncé, avant
de balayer nos vains propos d’un geste d’impatience, d’ailleurs très retenu. Oui, d’accord, mais
qu’est-ce qu’on pouvait faire concrètement ?... du point de vue de l’action concrète ?... Là,
maintenant ?...
16 Cf. Marcel Mauss, « Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques », in L’Année
sociologique 1923-1924
17 Cf. « Le secret, c’est de tout dire » sur www.piecesetmaindoeuvre.com
18 Cf. Emmanuel Renault « Dewey, Hook et Mao : quelques affinités entre marxisme et pragmatisme » Actuel
Marx n°54, 2013. Gu Hongling « L’influence de Dewey sur le jeune Mao ». Actuel Marx n° 56, 2014
7
Mais c’est très concret l’enquête ! Et très agissant ! Cela transforme profondément ceux qui s’y
livrent en qualité d’enquêteurs ou d’informateurs, et qui se lient mutuellement dans cet échange.
Et cette liaison découlant de l’enquête, c’est précisément ce qu’on nomme l’organisation - de
fait ; d’elle-même ; informelle et spontanée ; sans conscience, sans dessein, sans nom, sans
autres règles que celles déjà énoncées, « donner-demander-recevoir-rendre », car sache-le, ô
Révolutionnaire ! Ce n’est pas l’organisation qui agit, mais l’action qui organise ! Et l’enquête
est la mère de toutes les actions !
Et d’ailleurs notre impatient finit par s’y résoudre, comme bien d’autres dédaigneux, et même
par en tirer profit (comme ces autres dédaigneux), ayant souffert notre influence trop d’années
durant - quoiqu’avec une patiente impatience qu’il nous fit enfin payer d’une perfidie glaciale,
et au plus juste ajustée. Il faut prendre garde aux blazes qu’arborent les activistes. Celui-ci avait
choisi Tenia@chaipukoi.
Oui, mais en attendant, que faire ?
Eh bien, on ne savait pas trop. On réfléchissait. Qu’aurait-il fallu… là, concrètement… à
l’automne 2002… pour forcer à la face du plus grand nombre la réalité du Mythe grenoblois ?...
Il y avait bien une idée, mais c’était compliqué, il fallait du sérieux, du sens pratique… Vas-y,
vas-y !... Explique !... Et sa main, cette fois, ramenait fébrilement à elle, avec ses doigts en râteau,
des propos trop lents à venir.
L’idée, à l’automne 2002, c’était de louer un car (mais à quel nom ? avec quel argent ?), et
d’organiser une visite guidée des sites nécrotechnologiques de la cuvette, avec le maximum de
publicité, un dispositif d’inscription des visiteurs, une brochure explicative, etc. Cette
intervention satirique pouvait intriguer, amuser, attirer l’attention des médias et des particuliers,
faire penser, parler, débattre, etc. Elle ne pouvait pas rater parce que celui-ci au moins qui
l’organiserait, et qui semblait assez sûr de lui, s’instruirait à cette occasion, lui et ses copains. Et
ils découvriraient ainsi, par cette action concrète et par eux-mêmes, le laboratoire grenoblois. Ce
qu’ils firent en effet, cinq mois plus tard, en mars 2003, lors de Fraka, un « Festival
des Résistances et des Alternatives au Kapitalisme » qui avait lieu chaque année.
Ainsi les initions-nous à leur insu, tâchant de ménager au mieux leur fierté, sans leur donner le
moindre commandement. D’ailleurs nous n’en avons jamais donné. Juste des exemples. Des
méthodes, des connaissances, des avis, des idées dont ils faisaient ce qu’ils voulaient. Même si
nous étions à bord du bus, à tout hasard et par curiosité, informateurs tacites de la brochure
distribuée aux passagers, à l’agacement ténu de notre guide qui nous aurait préférés en
consultants occultes. Mais c’était impossible, parce qu’entretemps, le 9 janvier 2003, nous avions
publié deux enquêtes foisonnantes, pléthoriques - et toujours lisibles sur
www.piecesetmaindoeuvre.com19 . Un « Parallèle entre le Grésivaudan et la Silicon Valley »,
devenu le circuit rituel de ceux qui, ces dernières années, ont entrepris de nous suivre ; 14 pages,
60 000 signes. Et un état des « Contributions grenobloises à l’automatisation du cheptel
humain » ; 26 pages, 100 000 signes.
Certes, c’était demander beaucoup d’attention dans une époque qui s’est déprise de la lecture,
même si elle s’est éprise des écrans. Mais quoi, il n’y avait pas alors de ces vertueux journaux,
revues, maisons d’éditions, si rétifs à toute publication en ligne, et avides de
« contenus dérangeants » pourvu qu’ils ne les dérangent en rien, eux et leur public.
19 Cf. Simples Citoyens, « In their own words. Le parallèle entre le Grésivaudan et la Silicon Valley par ceux-là
même qui l’ont commis ». Et « Des contributions grenobloises à l’automatisation du cheptel humain ». 9 janvier
2003
8
D’une façon ou d’une autre, au fil des jours et des années, le contenu de ces pages a pourtant
ruisselé dans les milieux activistes et politiques, dans les labos et à l’université, où des diplômés
en « sciences sociales » ont pu y trouver « des pistes », certifiant nos succès par leurs
contrefaçons.
Plusieurs ont survolé ces longues processions de signes et de sens. D’autres ont plongé sur tel ou
tel passage. Des curieux et pragmatiques ont fait imprimer les pièces qu’on avait justement
jointes à cet usage. Ils en ont parfois tiré des résumés que des inaptes et des indifférents ont
feuilletés, ou dont ils ont ouï dire de bouche à oreille20. C’est ainsi qu’ils ont su, ou cru savoir,
de quoi nous parlions - PMO c’est les technologies. C’est juste les technologies. C’est contre les
technologies. Quoique nous ayons toujours récusé ce statut de spécialistes des technologies pour
nous dire simplement généralistes de la politique. - De la politique à l’ère technologique, bien
sûr. Simples citoyens, quoi.
Voici donc le fil conducteur de notre Guide du Grésivaudan :
Vue générale. Le 27 février 2003, dans un mois, le président Chirac viendra inaugurer Crolles 2,
à 25 minutes et 21 kilomètres de Grenoble, dans la vallée du Grésivaudan - Alias « Silicon Valley
grenobloise », « iséroise », « française », « européenne », « Micro Valley », « Nano Valley »,
« Vallée de l’intelligence », « Telecom Valley », etc.
Le plus gros investissement industriel en France depuis plus de dix ans - depuis les dernières
centrales nucléaires. 3 milliards d’euros, dont 543 millions d’argent public, d’ici à 2007 pour une
fabrique de puces électroniques (de semi-conducteurs) co-produite par l’alliance des firmes
STMicroelectronics (franco-italienne), Motorola (texane) et Philips (néerlandaise). Au moins
1500 emplois directs, 4500 indirects, qualifiés, très qualifiés ; des experts, des ingénieurs, des
scientifiques, américains, européens, et leurs familles, accueillis par une « cellule » particulière
en préfecture, et des « agences de relocation » qui se chargent de toutes leurs démarches pratiques
et administratives.
Un afflux de forts revenus qui veulent une grande maison moderne, tout équipée, tout de suite,
tout près de la boîte ; un déluge de profits pour le commerce et l’immobilier (attractivité du
territoire) ; urbanisation, construction de 10 000 logements, constitution d’une métropole de
150 km de long, le Sillon alpin, de Grenoble à Genève21. Grosses taxes professionnelles pour les
communes. Tous les élus, du parti communiste à la droite libérale (UMP), en passant par le parti
socialiste exultent en choeur. L’alliance des chercheurs, des industriels et des élus locaux, qui
cumulent souvent deux ou trois rôles à la fois, « facilite les grands projets comme Minatec »,
« malgré leurs impacts », que le mensuel de la Chambre de commerce et d’industrie ne cherche
pas à dissimuler :
« Pas moins de 3500 ingénieurs, chercheurs et universitaires, sont attendus pour le
projet Minatec à côté du Polygone scientifique. Mais où les loger ? Nul ne sait22… »
On a su cinq ans plus tard, en 2007, et on s’est de nouveau épuisé à faire savoir qu’il s’agissait
de construire un énorme quartier de verre et de béton, à la place de la Frise, le vieux quartier
d’artisans, derrière la gare. Un « MIT à la française » autour des « technologies convergentes »
20 Cf. 5 juillet 2025, « Rejoignez-nous sur BAO ! sur www.piecesetmaindoeuvre.com
21 Cf. Pierre Mazet, « Le Serpent alpin ou le saccage du territoire allobroge », 30 août 2007. Et, « Retour à
Grenopolis », 8 mars 2020 sur www.piecesetmaindoeuvre.com
22 Présences, novembre 2002
9
et du « Polygone scientifique », également connu comme « Europole », « Giant » (Grenoble
Isère Alpes NanoTechnologies) et « Presqu’île scientifique », entre l’Isère et le Drac23.
Mais dès 2002, la « tyrannie de la réussite » (sic) saute aux yeux des tyrans qui la reconnaissent
eux-mêmes. « Les pauvres laissent la place aux riches », les « opérateurs » de STMicro (les
ouvriers), doivent aller jusqu’à Albertville, à 45 minutes et 68 km de Crolles, pour se loger. Les
maisons du village « où il fait encore bon vivre », se vendent à des prix exorbitants, et des
réserves foncières sont déjà prévues pour Crolles 3 et 4. Le loyer moyen dans l’agglomération
grenobloise est l’un des plus chers de France, 11,28 € le mètre carré24 - 11,4 € de loyer médian
en 202625. Mais « il est très important que les Grenoblois ne se sentent pas exclus. » - Et tout
cela grâce au génie visionnaire de Jean-Claude Paturel, le maire communiste de Crolles, qui, dès
1970, fit inscrire au plan d’occupation des sols (POS), des « terrains à vocation industrielle » au
milieu des champs de maïs.
Non qu’on regrette l’agro-industrie du maïs et ses « intrants » toxiques (pesticides, herbicides,
engrais chimiques), mais l’on redoute les multiples poisons nécessaires à la production des puces.
Solvants, acides, gaz, fuites et rejets dans l’eau et dans l’air. Sans compter l’atterrante destruction
de matières et d’énergie requise pour la fabrication d’une puce de 2 grammes : 1,7 kg d’énergie
fossile, 1m3 d’azote, 72 g de produits chimiques et 32 l. d’eau26. Ce que de nouveaux-venus à
« l’enquête journalistique » ont récemment découvert, afin d’illustrer et de « valider » leurs
audacieuses percées conceptuelles sur « l’extractivisme » ; une porte ouverte défoncée par leurs
soins, et requalifiée sous un autre nom afin de se donner l’air de faire du neuf27.
En outre, le cycle des puces est très court28. Sans cesse un nouveau modèle d’appareil chasse le
précédent, cependant que l’amas de Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques pèse
25 kg par Français et par an en 200129 - 17,6 kg par Européen et par an, en 202530. Mégatonnes
de métaux lourds - cadmium, plomb, mercure - exportées vers de lointains dépotoirs (Chine,
Ghana), aux fins de recyclage par des trieurs locaux.
***
Bref, on croit produire des smartphones et l’on détruit le monde. Minatec et son monde. Son
nanomonde machine composé d’hommes machines (« bioniques », « cyborgs »), et régi par
« l’intelligence artificielle » (la smart planet d’IBM). La charge critique de ces « Contributions
grenobloises à l’automatisation du cheptel humain » n’a fait que s’accroître depuis janvier 2003,
avec la ruée sans répit des « technologies convergentes » (NBIC), vers l’artificialisation et la
réduction de l’espèce humaine, sous couvert d’« augmentation » par modifications génétiques et
implants électroniques.
23 Cf. Benoît Récens, « Giant, un grand pas pour Technopolis » (2 décembre 2007). « Giant, Pièces et main
d’oeuvre vous dévoile les plans du MIT à la française » (2 mars 2008). « Giant et Opération Campus : les derniers
plans (20 octobre 2008) », « Visite du CEA et présentation de Giant (18 janvier 2009), Conférence de presse sur
Giant (11 mars 2009), etc. »
24 Cf. Isère Magazine, novembre 2002
25 Cf. observatoire-des-loyers.org
26 Cf. Eric D. Williams, chercheur à l’université des Nations Unies à Tokyo, cité par Laure Noualhat, Libération,
21 novembre 2002
27 Cf. Pierre Jalée, Le pillage du tiers-monde. Maspéro, 1965
28 Cf. « Le cycle du silicium », 27 octobre 2021 sur www.piecesetmaindoeuvre.com
29 Cf. Le Figaro Magazine, 7 juillet 2001
30 Cf. serd.ademe.fr, consulté le 24 avril 2026
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C’est dans ces « Contributions » que nous avons exposé pour la première fois le projet Minatec
et la nouvelle accélération techno-industrielle ; nanobio, nano-armes, nano-robots, nanoélectronique.
Une accélération dont nous avons retracé la trajectoire depuis Jacques Vaucanson
(1709-1782), le précurseur de la cybernétique, jusqu’à Louis Néel (1904-2000), le fondateur du
CEA-Leti (« De l’innovation à l’industrie »), en passant par Aristide Bergès (1833-1904),
« l’inventeur » de la Houille blanche.
C’est ici que nous avons commencé à pointer la duplicité et la fausseté de cette socialtechnocratie
hégémonique dans la cuvette, sempiternelle criarde au « fascisme » ou à « la
guerre », tout en forgeant dans ses laboratoires, les armes et les moyens du techno-totalitarisme.
Ainsi des « puces communicantes » (RFID), injectées dans un objet, un animal, un enfant, un
clochard, un homme d’affaire, afin de les tracer n’importe où ; en attendant de les implanter près
du cerveau ou de la moelle épinière d’un sujet pour commander ses mouvements et ses émotions.
« Nos amies les puces prennent le pouvoir partout » comme bêtifiait le Daubé en avril 2001, alors
que d’immenses cortèges appelaient à préférer « l’escroc au facho ».
Depuis, les faux antifascistes, les antifascistes de confort, ont eux aussi appris à dénoncer le
« techno-fascisme ». Non pas le caractère intrinsèquement « fasciste » (i.e autoritaire, totalitaire),
de « nos amies les puces » et des systèmes de commande & de contrainte issus des laboratoires ;
mais l’émergence de fascistes parmi les figures des GAFAM - ou plutôt - d’opportunistes plus
ou moins libertariens, s’adaptant, ou profitant du moment Trump, pour accélérer leur expansion
technologique31.
C’est également dans ce texte que nous avons nommé nos ennemis et ceux de notre espèce ;
Kevin Warwick, le cybernéticien transhumaniste qui nous a relégués parmi les « chimpanzés du
futur » ; John K. Chapin, le fabriquant de cyborgs télécommandés ; Severino Antinori, le
gynécologue et embryologue, promoteur des « Nouvelles Technologies Reproductives », du
clonage et des FIV pour grands-mères32. Que par opposition au corporatisme féroce et obtus de
la plupart des chercheurs, nous avons loué les désertions des mathématiciens Alexandre
Grothendieck (1928-2014) et Theodore Kaczynski (1942-2023)33 ; ainsi que la mise en garde
fameuse de l’informaticien Bill Joy, « Pourquoi le futur n’a pas besoin de nous34 ».
Sans doute sommes-nous des « anti-industriels prématurés », nous qui n’avons pas attendu 2023,
ni les récentes sécheresses et canicules, pour dénoncer les pillages et gaspillages d’eau, de terres,
d’énergie, de minerais, d’humanité ; que ce soit dans le Grésivaudan, dans le Kivu, au Congo, ou
à Guiyu, en Chine35. De même que nous n’avons pas attendu 2026 pour dénoncer - comme Le
31 Cf. « Techno-fascisme », un mot hacké par les techno-gauchistes » ; « Postures et impostures : au Grand
Guignol de la Gauche (Leur « antifascisme » et le nôtre) » ; « Le vrai « fascisme » de notre temps - Bas les pattes
devant Snowden, Manning, Assange et les résistants au techno-totalitarisme » ; « Le 4e Reich sera cybernétique » ;
« Intelligence artificielle & technofascisme - Les accointances du « camp progressiste » avec l’extrême-droite » ;
« Rejoignez-nous sur BAO ! » sur www.piecesetmaindoeuvre.com
32 Cf. Le Monde, 21 juin 2001
33 Cf. Renaud Garcia, Notre Bibliothèque Verte, 3 vol. Ed. Service compris
34 Wired, 8 avril 2000
35 Cf. 9 janvier 2003, « In their own words. Le parallèle entre le Grésivaudan et la Silicon Valley par ceux-là
même qui l’ont commis ».11 juin 2004, « Planification urbaine et croissance à la grenobloise ». 31 Janvier 2005,
« STNécro à la pointe de la lutte contre l’environnement ». Juin 2005, « Le téléphone portable, gadget de
destruction massive. Pourquoi il n’y a plus de gorilles dans le Grésivaudan ». Novembre 2005, « STMicro s’assoit
sur la cuvette ». 27 octobre 2021, « Le cycle du silicium. Des carrières aux dépotoirs en passant par nos
smartphones ». 22 juillet 2022 « STMicroelectronics, les incendiaires et les voleurs d’eau » sur
www.piecesetmaindoeuvre.com
11
Monde, comme tout le monde - l’eugénisme des start-up « qui rêvent de créer des bébés
génétiquement modifiés », tout en appelant, « face au défi démographique », à la
marchandisation des gamètes ; soit le prix d’entrée dans Le meilleur des mondes36.
Sans doute sommes-nous des « anti-industriels excessifs », pour n’avoir pas servilement restreint
notre critique aux nuisances et accaparements des usines à puces - ce qui est à la portée de
n’importe quel anticapitaliste un peu frotté de verdure ; mais pour l’avoir au contraire étendue à
l’ensemble du nanomonde machine - y compris dans sa visée transhumaniste d’artificialiser
l’espèce humaine et sa reproduction. Si « dire c’est faire », notre travers est, paraît-il, de dire et
de faire « ce qui ne se fait pas » et « ne se dit pas ».
Ceux qui se taisent sur l’industrialisation de la production infantile, ou sur la modification
génétique des humains, tout en siphonnant sans dire et sans retenue la critique des industries
grenobloises du numérique que nous portons depuis un quart de siècle, n’en sont que davantage
des faussaires et des menteurs par omission. Nos écrits restent pour leur honte et leur embarras.
De ce texte premier sont issus un millier d’autres et une quinzaine de livres sur les vingt-et-un
publiés avec nos associés. Il a été reproduit en 2008 dans Aujourd’hui le nanomonde.
Nanotechnologies, un projet de société totalitaire (Ed. L’Echappée), toujours disponible en
librairie ou chez nous37.
***
La surdité générale et volontaire nous a contraints à la répétition. Ce que nous avions dit en long
et en détails dans nos messages de janvier - « Parallèle entre le Grésivaudan et la Silicon Valley »,
et « Contributions grenobloises à l’automatisation du cheptel humain » - nous avons dû le
résumer en gros et en juin dans un « dossier » de L’Ecologiste intitulé « Les nano-technologies
à Grenoble, enquête sur une capitale high-tech38 ». Résumé encore réduit à deux articulets du
Canard Enchaîné, « Gare aux nanomaîtres ! » et « La guerre s’invente à Grenanoble », publiés
par Jean-Luc Porquet, un ex-collègue de bureau, auteur au même moment de Jacques Ellul,
l’homme qui avait (presque) tout prévu39.
Voilà ce que nous avons tenté de faire entendre - non pas depuis 2023 - mais deux mois avant la
meurtrière canicule de l’été 2003 (15 000 morts) et sa vague d’incendies qui flamba le Néron
trente jours durant, au-dessus de l’autoroute de Lyon. La pollution et la canicule de cet été-là,
tuant 16% de personnes en plus à Grenoble40.
C’est Jean-Luc Porquet, en 2003, et l’Encyclopédie des Nuisances, en 2002, avec la réédition de
Le jardin de Babylone, qui ont révélé Ellul et Charbonneau à une nouvelle vague d’ennemis de
la Machine, suscitant ainsi une curiosité que d’autres s’employèrent à satisfaire et à exploiter41.
36 Cf. Le Monde, 28 avril 2026, « Ces start-up qui rêvent de créer des bébés génétiquement modifiés », « Face au
défi démographique, ouvrons un débat sur l’évolution du modèle français de la PMA ». Aldous Huxley, Le
Meilleur des mondes, 1932
37 Cf. Notre catalogue dans la rubrique Librairie, sur www.piecesetmaindoeuvre.com . Et aussi les pièces
détachées n°93 (Le téléphone portable, gadget de destruction massive - Pourquoi il n’y a plus de gorilles dans le
Grésivaudan) et n°97 (STMicroelectronics, les incendiaires et les voleurs d’eau), qui recueillent toutes nos
publications sur le Grésivaudan et l’industrie du numérique. Ainsi que notre journal L’électron libre (16 pages,
couleur), qui retrace « un siècle d’électrocution ».
38 L’Ecologiste n°10. 13 juin 2003
39 Editions Le Cherche midi, 2003
40 Cf. Les Nouvelles de Grenoble, décembre 2003
41 Cf. Bernard Charbonneau, Le jardin de Babylone, 1969, Gallimard. Editions de l’Encyclopédie des Nuisances,
2002. Ainsi que : « Lisez Ellul ! Lisez Charbonneau ! », 23 janvier 2017. « Ellul et Charbonneau contre la
12
Quant aux « digital natives », aux « millennials » et à la « Gen Z », ils sont venus au monde avec
l’agriculture génétiquement modifiée et la dégradation des espèces, objets des Remarques de
l’Encyclopédie des Nuisances parues en 199942. Voici le monde et les enfants que nous allons
laisser, parfaitement intégrés les uns à l’autre, tels des machins dans la Machine. Il n’empêche
qu’aux confins du XXe et du XXIe siècle, entre 1993 et 2003, jaillit un ressac de résistance à la
machination, diversifié quant à ses motifs, ses moyens et ses membres.
Cette reviviscence, à bien des égards, du combat anti-nucléaire entre 1971 et 198143, charria
comme lui un pêle-mêle de radicaux et de réformistes, de scientifiques et d’activistes,
d’universitaires et de syndicalistes, de paysans et de paysannistes, de légalistes et d’illégalistes,
de saboteurs et de juristes, de non-violents et d’émeutiers, d’anti- et d’alter-mondialistes, de
communistes, trotskystes, anarchistes, écologistes, d’organisations et d’individus,
d’opportunistes et de véridiques, de meneurs et de suiveurs ; et puis toutes sortes de surfeurs
s’emparant de la vague pour lui faire dire ce qu’elle révélait de fondamental, de leurs points de
vue - philosophiques, anthropologiques, politiques, économiques, sociologiques, sanitaires,
agronomiques, etc. De cette écume éditoriale, ne restent, tels des récifs, que les interventions de
Jean-Pierre Berlan et de René Riesel, qui scandent cette période44.
Enfin, la consommation militante ayant calciné tout ce qu’elle pouvait tirer d’occupations, de
discours, d’émotions et d’activités divertissantes, d’un mouvement qui avait passionné ses
membres pendant quelques saisons, elle s’en détacha en bâillant, comme elle s’était détachée du
précédent, dans l’attente d’une nouvelle mode subversive et d’un nouveau chic militant. Si « les
mouvements sont faits pour mourir45 », celui-ci s’assoupit de lassitude, ayant épuisé sa nouveauté
excitante et ne laissant entrevoir qu’une veille sans fin, d’obscures chicanes juridiques et
scientifiques, ponctuées de procès et de ravages nocturnes dans les néo-maïs biocidaires. Charge
aux plus sincères et tenaces, tels Inf’OGM et les Faucheurs volontaires, de se retrancher dans
leurs petits fortins de veille et de harcèlement résiduel.
Il est certain que la critique des technologies convergentes (NBIC) et de leurs laboratoires
grenoblois, que nous avons amorcée à l’automne 2000, a profité de l’attention soulevée par la
contestation des chimères génétiques et par les réflexions anti-industrielles qui s’ensuivirent.
***
Les rebelles ont beau cracher hautement sur les médias (tant qu’ils n’y trônent pas en vedettes),
ils dressent une oreille aux échos médiatiques d’une critique dont ils connaissent déjà l’existence,
à défaut d’en connaître le contenu. Ceux de L’Ecologiste et du Canard enchaîné, si sommaires
fussent-ils, firent dire à davantage de gens « qu’ils nous connaissaient », « qu’ils avaient entendu
parler » de nous, et qu’ils étaient « plutôt d’accord », ou « pas d’accord » avec ce qu’on
« disait ».
Au temps pour nos longues enquêtes d’où fuitaient ces échos, et qu’ils pouvaient toujours lire
pour vraiment savoir ce que nous disions des technologies, à l’ère et dans la ville des
fabrication de l’homme-machine », 28 novembre 2019. « Charbonneau contre l’Etat totalitaire », 24 mai 2020, sur
www.piecesetmaindoeuvre.com
42 Cf. Remarques sur l’agriculture génétiquement modifiée et la dégradation des espèces, EdN, 1999
43 Cf. « Memento Malville » sur www.piecesetmaindoeuvre.com , et « Pierre Fournier et Gébé » dans Notre
Bibliothèque Verte, vol. 1, Renaud Garcia, Service compris
44 Cf. René Riesel, Déclarations sur l’agriculture transgénique et ceux qui prétendent s’y opposer, EdN, 2000.
Aveux complets des véritables mobiles du crime commis au Cirad le 5 juin 1999, EdN, 2001. Du progrès dans la
domestication, EdN, 2003. J.-P. Berlan, Michael Hansen, Paul Lannoye, Suzanne Pons, Gilles-Eric Séralini, La
Guerre au vivant, organismes génétiquement modifiés & autres mystifications scientifiques, Agone, 2001
45 Cf. Tahin Party, mars 2007
13
technologies. Mais il est vrai qu’il aurait fallu consentir à cette lecture et en être capable, deux
conditions humiliantes pour ceux qui prétendaient tout savoir - ce que « tout le monde savait » -
quoique sans savoir d’où et par ouï-dire le plus souvent.
On s’est piqué au jeu, plus ludiques que luddites, malgré le temps qu’on y perdait - mais à quel
autre jeu aurions-nous dû le perdre ? On peut se le demander toute une vie sans être jamais sûr
de la réponse produite par celle-ci, impatiente des questionnements indécis. Nous avons donc
envoyé nos sept premières lettres de « Aujourd’hui le nanomonde », entre le 11 septembre et le
6 octobre 2003, à l’occasion des « rencontres Minatec ». Un « événement » institutionnel du
Commissariat à l’Energie atomique pour la promotion de son futur centre d’études et de
« valorisation ».
La part du jeu, ces lettres l’ont nourrie en abordant des sujets nouveaux, en creusant les anciens,
en tâchant de rester vifs et concis pour tous ces enfants des écrans, rétifs aux exigences de la
lecture. Elles tiennent quand même 75 pages sur les 431 du livre éponyme, déjà mentionné46.
C’était peu de chose. Hervé Kempf, dans Le Monde du 1er décembre 2003, rapportait
l’incarcération de René Riesel, l’un des « enragés » de Nanterre en mai 68, devenu éleveur de
brebis et condamné à six mois de prison pour destruction d’OGM.
« Il a accompagné et stimulé la lutte du syndicat agricole contre les OGM avant de
rompre avec José Bové, trop médiatique et consensuel à son goût. Il développe une
critique acerbe du mouvement altermondialiste et se fixe pour objectif d’"affirmer
l’émergence d’une opposition anti-industrielle". "Les citoyennistes se tiennent à
l’écart de l’essentiel qui concerne le lien entre le système technique et le système
marchand, et conservent l’illusion que le progrès technique peut apporter la libération
humaine."
Définitivement plus proche du penseur Jacques Ellul (Le Bluff technologique, Sans
feu ni lieu, etc.) que de Karl Marx, M. Riesel espère pouvoir lire en prison - si le
directeur de celle-ci lui accorde la disposition des ouvrages qu’il souhaite méditer. »
Nous avons poursuivi notre polémique en dilettantes et en libres-penseurs, aidant de notre mieux
au fauchage intellectuel des champs de recherche, mais nous refusant à tout recrutement et à toute
incitation « à l’action ». On est très mous, nous. On n’envoie pas nos jeunes amis au feu, ni en
taule. On ne leur fait pas de belles funérailles, ni de belles campagnes de libération. Certes, nous
sommes de fervents partisans du Gang de la clef à molette (Edward Abbey, 1975), et toujours
prêts à soutenir ceux qui sont tombés, mais c’est à chacun de savoir ce qu’il veut, ce qu’il fait,
quand il passe la nuit près d’une antenne ou d’un engin de chantier. Et de prévoir toutes les
conséquences de ses actes, sans dévotion à l’esprit de corps. On ne joue pas avec le feu.
Puis les cercles, ça tourne mal. Des vortex aussitôt que formés, où les forces que l’on devait
mutualiser pour rayonner, s’annihilent mutuellement en discordes et rivalités intestines, ouvertes
ou larvées. Ou bien il s’agit de couvertures pour des entrepreneurs en activisme, tels celui nous
ayant confié récemment d’un air négligent, et comme un détail allant de soi, « le Collectif Rachel
Carson, c’est moi », comptant apparemment pour rien ses comparses, ou pour si peu.
Mais pourquoi faire un « collectif » alors, sinon par bien-pensance grégaire, pour faire nombre.
Une démonstration de force symbolique (l’union fait la force), afin d’agréger les suiveurs, les
paresseux et les incapables dans l’anonymat du groupe. Comme si le pluriel l’emportait sur le
singulier en fait de raison, de vérité et de légitimité. Que l’appartenance au groupe suffisait à
46 Cf. Aujourd’hui le nanomonde. Nanotechnologies, un projet de société totalitaire. Ed. L’Echappée, 2008
14
établir l’égalité réelle entre ses membres au lieu de les ramener au plus bas niveau commun. A
la bêtise, plutôt qu’à l’intelligence collective. Comme si Rachel Carson (1907-1964) avait été un
collectif et non pas l’oiseau d’Amérique le plus strident, le plus solitaire, à s’égosiller dans Le
printemps silencieux (1962). A s’égosiller à mort, assassinée d’un cancer à 56 ans.
Quitte à en piquer certains, nous n’avons travaillé qu’avec ceux « qui faisaient » par eux-mêmes,
et non pas qui voulaient « faire partie » - de Pièces et main d’oeuvre par exemple. On n’allait pas
se donner le ridicule d’un comité avec des gens ayant l’âge d’être nos enfants. On s’est contenté
de payer les cafés pendant une douzaine d’années chez Pierre, à La Bon’heure. Il ne semble pas,
vingt ans plus tard, que ce mode de transmission ait étouffé leurs capacités d’initiative, ni leurs
facultés créatives. Ni même ne les ait écrasés d’une contraignante obligation de « donnerdemander-
recevoir-rendre »47. Mais il est vrai que nous n’avions fait signer aucun contrat,
jugeant celui-ci trop admis de tous pour nous abaisser à pareille vulgarité.
Nos messages empoisonnés de mauvaises vérités ont donc continué d’infester les laboratoires,
les facultés, les médias, les milieux politiques, culturels, associatifs, les squats et les rues :
23 février 2004. « Nanobio/Nano2life48 »
3 mars 2004. « Guerre bactériologique »
10 mars 2004. « La véritable histoire de Nanobio »
24 mai 2004. « La secte derrière les nanotechnologies ». Un article de Dorothée Benoît-
Broaweys sur le transhumanisme, paru d’abord sur vivant-info. Nous avons suffisamment
critiqué, et à raison, les entreprises de médiation mercenaires de cette journaliste (Vivagora,
Nanoforum), entre le techno-gratin et « les citoyens grenoblois », pour ne pas dire qu’elle nous
a signalé aussi les liens entre les technologies convergentes (NBIC) et le transhumanisme de leurs
promoteurs. Sans doute, on les aurait vus, mais plus tard.
La deuxième visite en car des sites nécrotechnologiques de la cuvette, du CEA à STMicro
(Crolles) eut lieu ce même jour, animée par des squatteurs des « 400 Couverts ». Le principe
établi, et pourvu qu’il se présente des amateurs, on peut répéter chaque année, chaque mois, à
pied, à vélo, en voiture, quitte à varier et allonger l’itinéraire suivant l’opportunité. Nul besoin
d’imagination, juste de routine comme pour toutes sortes de rituels visant à rallier et à renforcer
l’entre-soi subversif, plutôt qu’à parler « aux gens ».
Le fourgon des gendarmes nous suivit cette année-là, même lorsque le chauffeur du car gagné
par notre gaité, fit deux fois le tour d’un rond-point. Et puis l’on cessa de rire devant le parking
désert de STMicroelectronics, clôturé et gardé par une guérite, quand un fort gendarme à mine
revêche accusa l’une d’entre nous, déguisée en général, de « port illégal d’uniforme ». Nul ne
savait à quel point la menace était réelle et nul n’avait envie de défier les gendarmes, ni de voir
notre amie emmenée en garde à vue, seule ou accompagnée. C’était juste un beau jour de mai où
une joviale bande de jeunes gens découvrait la réalité des « nécrotechnologies » dans une
ambiance espiègle. On a essuyé notre humiliation, réduits au silence. Au fond, ce n’était pas drôle
ce qu’on faisait, ni l’endroit où nous étions. On y sentait soudain quelque chose de sinistre. C’était
cela cette société industrielle et mortifère, qu’on ne percevait pas et dont on ne se souciait pas
47 Cf. Marcel Mauss, « Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques », in L’Année
sociologique 1923-1924
48 sur www.piecesetmaindoeuvre.com comme les autres textes cités ensuite
15
d’ordinaire, assis aux terrasses des bistrots, dans le souriant décor du centre-ville et plongé dans
de passionnantes discussions « intersectionnelles ».
Il n’y eut pas d’autre visite avant vingt ans, et pour que ces visites eussent lieu à nouveau, il
fallait bien que l’idée en revînt de quelque part. En l’occurrence du souvenir des premières
éditions, et surtout de l’endurante guérilla textuelle menée durant ces vingt années, alors que nos
co-passagers du car s’étaient égayés vers des thèmes plus en vogue et mieux vus dans leur
milieu ; « genre », « race », « spécisme », « validisme », « réappropriation » (hacking) des
« outils numériques » et autres technologies. L’activité la moins impertinente - et admirable en
soi - étant la constitution d’une ZAD dans une forêt à une heure et 60 km de Grenoble, plutôt que
dans la vallée à 25 minutes et 21 km.
***
Il fallait bien, à défaut d’avoir nous-même connu l’ancien Graisivaudan, entre verts méandres et
blanches falaises, en évoquer le fantôme, afin de rendre sensible aux lecteurs d’après l’an 2000,
la dégradation de ce jardin perdu en zone rurbaine, hideuse et disparate.
C’est ce que l’on a fait dans « Planification urbaine et croissance à la grenobloise. Comment on
nous détruit ». Quitte à infliger un deuil irréparable à ceux qui s’enfonceraient dans ces douze
pages et 58 000 signes, parus le 11 juin 2004 et toujours lisibles sur
www.piecesetmaindoeuvre.com . La nostalgie de ce qu’ils n’auraient pas rêvé sans le témoignage
de Stendhal (1783-1842) :
« C’est un pays magnifique autant qu’il est inconnu. Rien en France, du moins de ce
que j’ai vu jusqu’ici, ne peut être comparé à cette vallée de Grenoble à Montmélian. »
Ou celui du géographe Vidal de la Blache (1845-1918), en 1903 :
« Paysage unique dans l’Europe occidentale, qui fait pendant à la Brianza milanaise ;
verger magnifique qu’on ne trouve vers le Sud au climat plus sec (…) Le
Graisivaudan en est, sinon le type le plus achevé, du moins l’expression la plus ample
et, pour l’histoire des hommes, la plus importante. (…) sous les vignes courant en
feston entre les arbres fruitiers, se succèdent de petits carrés de luzerne, blé, chanvre,
maïs : une merveille de petite culture49. »
On garde bien sûr dans l’oreille le ricanement sarcastique de Kankrelat
(Kankrelat.odieux@chaipukoi), un ancien étudiant de la Sorbonne, avec de grandes oreilles et
une grande mâchoire asinine, tourné anarchiste-punk-squatteur : « - Ah ouais !... C’était mieux
avant ! »
Kankrelat savait que la nostalgie était un sentiment rance et réactionnaire. Il avait beau publier
en brochures DIY (Do it Yourself) toutes sortes de textes concernant la praxis révolutionnaire
contemporaine, et même certaines vieilleries anars assez chic, on n’aurait jamais pu lui faire
entendre la force révolutionnaire du sentiment de la nature50, ni le chagrin des derniers paysans,
ces arriérés de l’oppression hétéro-patriarcale :
49 Paul Vidal de la Blache, Tableau de la géographie de la France, 1903, réédition aux éditions de la Table ronde
en 2000
50 Cf. Bernard Charbonneau, « Le sentiment de la nature, force révolutionnaire », juin 1937, dans le Journal
intérieur des groupes personnalistes du Sud-Ouest ; reproduit en 2013 dans, Jacques Ellul et Bernard
Charbonneau, Nous sommes des révolutionnaires malgré nous, Le Seuil, et sur Lagrandemue.wordpress.com
16
« Les vieux Crollois ne reconnaissent plus leur village : le centre (…) s’est déplacé
dans une banale zone commerciale de bordure d’autoroute. Les maisons
traditionnelles se perdent au milieu de lotissements en tous genres. Un patchwork
d’entrepôts et d’entreprises divers, comme posés de part et d’autre d’une avenue
monumentale à peine plantée d’arbres, occupe une bonne partie de la plaine agricole.
Repoussés par l’urbanisation, les exploitants les plus importants ont quitté le village
et reconstruit leurs fermes à l’écart, sur des terres spécialement aménagées51. »
Du pur pétainisme.
Si vous envisagez une visite guidée des sites de Soitec et de STMicroelectronics, à Crolles et
alentour, afin de voir en vrai, dans une ambiance riante et inclusive, les ravages des usines à
puces sur les eaux et campagnes du Grésivaudan, on ne saurait trop vous suggérer au préalable -
une fois achevée la lecture du « Parallèle entre le Grésivaudan et la Silicon Valley », et des
« Contributions grenobloises à l’automatisation du cheptel humain » - celle de « Planification
urbaine et croissance à la grenobloise », dont le sous-titre, « Comment on nous détruit », parut
alors une outrance polémique, avant d’aller sans dire aujourd’hui pour nos recycleurs. Mais pour
que le message arrive, il fallait d’abord éliminer le messager.
Rien de ce qu’on disait en juin 2004 ne s’est avéré faux à ce jour, ni dépassé par le mouvement
réel des choses ou sa critique ultérieure. D’où l’entassement de silence sur ces bribes de vérité
arrachées au faux bruit officiel.
« En 1900, on se baignait à Lumbin dans les chantournes, ces canaux de drainage
parallèles à l’Isère52. En 2003, la DDASS (Direction départementale des affaires
sanitaires et sociales) a interdit aux athlètes du France Iron Tour d’effectuer leur
épreuve de natation dans les eaux de l’Isère53. » - « Le Grésivaudan face à la pression
foncière. Les Adrets (…) Le plan d’occupation des sols élaboré en 1984, signé en 89,
puis revu dans un esprit volontariste, devient obsolète. Tout est pris ou presque. Il
suffit de regarder la carte. Ce qui était prévu pour 5 ou 10 ans ne sera bientôt plus
maîtrisable (…) On gâche l’espace alors qu’il nous est déjà compté. On nous parle
des options du schéma directeur. Il nous a transformés en réserve d’indiens54. »
La destruction de ce « pays magnifique » et ce « choix de société » qui souciaient tant le maire
des Adrets, doivent beaucoup à son collègue Paul Jargot (1925-2003), maire communiste de
Crolles entre 1953 et 1986, à qui Didier Migaud, président socialiste de la Métro, rendait ainsi
hommage lors de son décès :
« Il fut le père du remembrement dans le Grésivaudan, anticipant ce qui allait devenir
la « Silicone vallée » à la française en créant les premières zones d’activités
économiques de sa région55. »
En effet, Jargot « avait réussi à convaincre ses concitoyens de la vallée du
Grésivaudan de céder leurs terrains marécageux afin que les collectivités territoriales
procèdent à leur assèchement. Ainsi pourraient se créer des zones propres à accueillir
51 Grenoble, pays, paysans, paysages, Musée Dauphinois/ADAYG, Glénat 1991
52 Cf. Grenoble, pays, paysans, paysages, Musée Dauphinois/ADAYG, Glénat 1991
53 Le Daubé, 26 juin 2003
54 Le Daubé, 28 avril 2003
55 Le Daubé, 6 juillet 2003
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des entreprises. La suite a démontré que (…) Paul Jargot faisait le lit des
extraordinaires implantations de micro et nanotechnologies, orgueil de la région
grenobloise. Il rejoignait en cela son "meilleur ennemi", Aimé Paquet (NdA. Députémaire
de droite, « républicain indépendant »)56. »
« Cette commune, disait le maire de Crolles, je l’ai gérée en promoteur public de
développement économique57. » Moyennant quoi sa population a doublé entre 1985
et 200258, ainsi que celle du Grésivaudan passée de 43 630 habitants à 86 360 entre
1968 et 199959.
La distance moyenne parcourue par le personnel de STMicroelectronics Crolles étant de 22 km60,
le trafic automobile s’accrût et s’intensifia dans la cuvette. Le conseil général de l’Isère suggérant
aux nouveaux rurbains l’achat, dès leur installation, d’une deuxième voiture, « c’est presque
incontournable, si vous souhaitez vivre à la campagne61. » - Demandez aux Gilets jaunes.
La campagne, le Grésivaudan, c’est l’espace où l’on va du CEA au CERN par l’autoroute, ainsi
que l’explique Michel Destot, ingénieur du CEA, fondateur de la start-up Corys, membre du PSU
puis du PS, maire de Grenoble entre 1995 et 2013 :
« Je me plais fréquemment à décrire cette vallée du Grésivaudan, ce Sillon alpin qui
va du Synchrotron grenoblois au CERN de Genève, en me demandant pourquoi nous
ne l’appellerions pas la "Vallée de l’Intelligence"62. »
Les représentants de la Communauté de communes du Moyen Grésivaudan (Cosi), celles de cette
« Vallée de l’Intelligence », se plaisent tout autant à cette description :
« Véritable pôle d’innovation et de croissance, le Moyen Grésivaudan est un vivier
d’entreprises industrielles et de haute technologie, où les entreprises des secteurs de
la papeterie et des métaux (aluminium) côtoient celles de la microélectronique et des
nanotechnologies. Pour vos projets d’implantation la Cosi, acteur du développement
économique, vous propose 12 parcs d’activités d’entreprises, soutient votre
démarrage et accompagne votre croissance63. »
On voit que Jean-François Clappaz, le maire de Montbonnot-Saint-Martin et 1er Vice-Président
de la Communauté de communes du Grésivaudan - en charge de l'attractivité Économique,
Industrielle et Touristique - s’inscrit dans une continuité consciente et combattive, quand il refuse
même de prendre connaissance de « nos analyses ».
***
56 Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné, 11 juillet 2003
57 Le Daubé, 5 juillet 2003
58 L’Essentiel de Grenoble et de l’Isère, mai 2002
59 Recensements INSEE
60 Cf. Impacts prévisionnels sur l’emploi, l’habitat et les transports de l’accord
STMicroelectronics/Motorola/Philips, Agence d’Urbanisme de la Région Grenobloise, 2 janvier 2003
61 Isère Magazine, février 2004
62 Cf. In L’espace alpin et la modernité, bilan et perspectives au tournant du siècle, sous la direction de Daniel J.
Grange, PUG 2002
63 Présences, septembre 2003
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Toute la vie de cette vallée où règnent les plus hautes technologies, s’annonce dès lors comme
une abstraite accumulation de chiffres. Et plus il y en a, plus ils sont gros, plus nos technocrates
vibrent d’une froide et impérieuse excitation, factuellement et fonctionnellement transcrite par
l’organe central de la technocratie dirigeante :
« L’union fait la force. Les trois leaders des semi-conducteurs, le franco-italien
STMicroelectronics, le néerlandais Philips et l’américain Motorola, via sa toute
nouvelle filiale Freescale Semiconducteur, ont signé jeudi 22 avril à Grenoble (Isère),
un contrat commun de recherche et développement d’une durée de quatre ans (2004-
2007) avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) pour un montant de 285
millions d’investissement. Il sera financé par l’Etat, les membres de l’Alliance
(STMicroelectronics, Philips et Freescale Semiconducteur) et les collectivités locales
(région, département, ville de Grenoble et communauté d’agglomération). La
répartition du financement n’a pas été communiquée. L’objectif de cette coopération
est de développer la technologie nanoélectronique de demain (au niveau de l’atome).
(…)
"Si nous nous additionnons, nous formons la plus grosse compagnie du monde", a
déclaré jeudi 22 avril lors de la signature, René Penning de Vries, directeur général
adjoint pour la technologie de Philips. Il y a à peine plus d’un an, les trois industriels
s’étaient déjà associés pour créer un centre commun de recherche et de
développement à Crolles (Isère). Ce centre (2,8 milliards d’euros d’investissements)
est dédié aux prochaines générations de technologies nanoélectroniques et à la
production pilote de tranches de silicium de 300 mm, qui représente le nouveau
standard de fabrication de l’industrie de la microélectronique (…).
Création de start-up
La pierre angulaire sur laquelle repose tout l’édifice, c’est le CEA/LETI (laboratoire
d’électronique et des technologies de l’information), considéré comme l’un des plus
importants centres européens de recherche appliquée en électronique (120 brevets
par an). En cinq ans, son budget a doublé (de 80 millions d’euros, il est passé à
165 millions d’euros cette année), pour un effectif total, étudiants en thèse et
partenaires compris, qui avoisine 1500 personnes. Interlocuteur privilégié du monde
industriel - 100 partenaires et 500 contrats en cours -, le LETI est aussi à l’origine de
la création d’une trentaine de start-up de haute technologie, dont Soitec, le leader
mondial du silicium sur isolant64. »
Trois jours plus tard, notre centre informationnel réinsiste sur l’importance du secteur des hautes
technologies pour l’effectif industriel de la cuvette :
« Fin 2002, celui-ci recensait 30 000 emplois dans les technologies de l’information
et de la communication, dont 14 500 emplois industriels dans l’électronique et les
micro et nanotechnologies.
C’est ce secteur qui tire aujourd’hui la croissance. Le fabricant franco-italien de semiconducteurs,
STMicroelectronics, qui emploie près de 5000 personnes, réparties sur
deux sites, l’un à Grenoble et l’autre à Crolles, joue le rôle de locomotive. « En dix
ans, nous avons créé plus de 3500 emplois directs et, compte-tenu du coefficient
multiplicateur, près de 10 000 emplois induits », comptabilise le directeur de la
64 Nicole Cabret, Le Monde, 23 avril 2004. « A Grenoble, le CEA signe un contrat de recherche avec
STMicroelectonics, Philips et Motorola »
19
recherche et développement au sein du groupe STMicroelectronics, Joël Monnier. La
nouvelle usine STMicroelectronics-Philips-Motorola, présentée comme l’une des
plus grosses plates-formes de recherche et développement (R&D) du monde
(3,5 milliards d’euros d’investissement), est supposée créer, d’ici à 2005,
1200 emplois. (…)
Le Laboratoire d’électronique, de technologie et d’instrumentation (LETI), qui
dépend du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), véritable motrice de la
microélectronique grenobloise, n’a même pas senti la crise : en trois ans, il a
embauché 300 chercheurs au rythme d’une centaine par an. Le pôle européen des
micro et nanotechnologies, Minatec, qui devrait réunir plus de 1200 chercheurs et un
millier d’étudiants, pourrait encore donner un coup d’accélérateur. Au total, ce sont
7 milliards d’euros qui sont mobilisés en quinze ans par les acteurs de la filière
microélectronique, l’Etat et les collectivités locales, pour environ 8000 emplois
créés. (…)
Reste qu’une bonne part de ces emplois ne sont pas des créations mais des mutations,
et surtout n’ont pas "d’impact direct sur le recrutement local", relève Bernard Kropp,
le directeur départemental du travail, de l’emploi et de la formation
professionnelle65. »
En dehors des emplois de larbins « induits » (vente, commerce, tourisme, artisanat, immobilier,
restauration, soin, prestations de services, etc.), il s’agit d’importer des ingénieurs et cadres « à
haut pouvoir d’achat », quitte à les réexporter au gré des raisons techniques ou fluctuations de
conjoncture. Voilà bien Le Règne de la Quantité, dénoncé en 1945 par l’ésotériste René Guénon
(1886-1951)66, trois ans avant que le mathématicien Norbert Wiener (1894-1964) n’annonce, lui,
le règne machinal dans Cybernetics, or Control and Communication in the Animal and the
Machine. D’où notre proposition finale :
« Livrons-nous à un simple calcul. Les 3,5 milliards investis en partie par le
contribuable pour Crolles 2 sont censés financer 1200 emplois. Autrement dit,
chaque emploi créé coûte 2 916 666 €, (soit près de 20 millions de francs). Est-ce
bien raisonnable ? Est-ce plus raisonnable que le scénario suivant ? Imaginez qu’au
lieu de financer une méga-usine dévoreuse d’eau et d’espace et productrice de
gadgets polluants, on donne 1500 € nets mensuels à chacune de ces 1200 personnes
pour se promener dans les vergers - plutôt que de travailler en trois-huit en salle
blanche, déguisé en pingouin. On pourrait lui offrir une belle vie pendant 114 ans,
charges sociales comprises. Et le Grésivaudan aurait une chance de redevenir un
"paysage unique"67… »
***
« Rien de ce qu’on disait en juin 2004 ne s’est avéré faux à ce jour, ni dépassé par le mouvement
réel des choses ou sa critique ultérieure. » En fait, si. Nous avons longtemps cru aux autres. Ou
feint d’y croire pour nous sentir moins seuls. Ou pour leur sauver la face et ne pas sombrer dans
le catastrophisme et la misanthropie. Nous avons longtemps feint de penser que « s’ils
savaient », « ils ne laisseraient pas faire », nous assignant du même coup la mission de « faire
savoir ».

_____________________
65 Le Monde, 26 avril 2004
66 Cf. René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des temps, Gallimard, 1945
67 « Planification urbaine et croissance à la grenobloise. Comment on nous détruit. », 11 juin 2004 sur
www.piecesetmaindoeuvre.com
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Nous étions bien sots. Ils savent et ils ne veulent rien savoir. Les élus de tous bords sont bien
d’accord là-dessus et à l’image des électeurs qui ne veulent pas autre chose que ce qu’ils ont eu.
Non seulement des emplois et les moyens de leur misérable consommation de choses, d’objets
et de services aujourd’hui « connectés »68 ; un habitat équipé, desservi, entretenu, « sécurisé » ;
mais surtout leur intégration machinale de machins dans la Machine. Voilà ce que vaut leur vie
à leurs propres yeux. - Mais pardon. On vous retient là, on en dit trop, on parle trop, comme
d’habitude. Ça fait quatre ans que ça dure, depuis qu’on a commencé à l’automne 2000, et il nous
en reste encore deux à déblatérer à tue-tête contre « Minatec et son nanomonde ». Deux ans
jusqu’à la manif de juin 2006. On ne sait pas trop si on y arrivera, si on tiendra, si vous suivrez
jusque-là. Alors et à tout hasard…
(A suivre)
Pièces et main d’oeuvre
Grenopolis, le 15 mai 2026
68 Cf. Georges Perec, Les Choses, une histoire des années soixante, Julliard, 1965

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