jeudi 14 mai 2026

LES CAMPS DE TRAVAILLEURS VIETNAMIENS EN FRANCE (1939-1952) pages 24-25-26 sur 26

 


QUELQUES MOMENTS FORTS

forcément occultés de cette véritable lutte de classe intégrée dans la lutte pour l'indépendance.

Les Conseils dans les Mines de Hongai-Campha *

Au moment où Ho chi Minh avait pris le pouvoir dans le nord en août 1945, dans l'enthousiasme de la libération, les 30 000 mineurs des Charbonnages de Hongai-Campha, ont cru qu'ils étaient libres de prendre leur destin en main. Ils ont élu des Conseils pour gérer eux-mêmes la production minière. Ils contrôlaient les services publics du district, les chemins de fer, le télégraphe, ils appliquèrent le principe du salaire égal pour tous à tous les échelons du travail manuel et intellectuel. Ils se sont même attaqués à l'analphabétisme en organisant des cours entre eux. Ainsi la vie s'est-elle organisée dans cette Commune ouvrière, sans chef, sans flics. Mais le mouvement était resté isolé, donc terriblement vulnérable; les troupes du gouvernement provisoire de Ho chi Minh furent envoyées afin d'encercler le district des Mines; leur commandant interpelle les mineurs invoquant la nécessité de l'union nationale, et, afin de les amener à reddition, promet le maintien d'un certain statu quo de leur Commune. Cela n'a pas traîné : non seulement il fait arrêter tous les délégués ouvriers élus, mais il remplace immédiatement les Conseils par une nouvelle hiérarchie de cadres Viet minh. Et bientôt règne sur le district, après trois mois d'autonomie révolutionnaire, l'ordre militaro-policier de la stalinienne.

Les mouvements autonomes de paysans

Au Tonkin et dans le Nord Annam, les paysans, sous la pression de la famine et qui se sont rappelés le mot d'ordre du Parti Communiste Indochinois en 1930, avaient refusé l'union nationale avec les propriétaires fonciers et avaient poussé les Comités du peuple à confisquer les biens des riches et à leur remettre la terre : Ils sauraient, eux, lui faire produire davantage et la récolte ne serait pas détournée vers la spéculation. Ho chi Minh là aussi, ne tarda pas à mater ces initiatives. Une circulaire de novembre 1945 aux Comités provinciaux proclame le rétablissement d'une hiérarchie pyramidale conforme à celle du Viet minh. La hiérarchie stalinienne fit intervenir sa police et imposa manu militari la restitution des terres et des biens aux propriétaires fonciers.

Dans le Sud, dans la région du Mékong, les paysans se sont aussi spontanément emparés des terres de leurs exploiteurs. Des militants staliniens — pour avoir essayé de les retenir — ont failli être lynchés par les expropriateurs. Dans la presse paraît un communiqué du commissaire de l'Intérieur du gouvernement de facto stalinien : « Seront impitoyablement punis ceux qui auront poussé les paysans à s'emparer des propriétés foncières. La révolution communiste, qui résoudra le problème agraire, n'a pas encore eu lieu. Notre gouvernement est un gouvernement démocratique et bourgeois bien que les communistes soient au pouvoir. »

Les Comités du peuple « A la même époque, en septembre 1945, à Saïgon, le lendemain d'une grande démonstration de force stalinienne, nous distribuons un tract, .au nom de la Ligue des communistes internationalistes, sur la place du Marché central, qui appelle la population à s'armer, à s'organiser en Comités du peuple, à constituer des milices populaires... Les gens cherchent à se procurer des armes. Dans Saïgon, des Comités du peuple (réminiscence des Comités d'action de 1936) surgissent spontanément, nombreux, comme organismes de gestion locale. Déjà, au mois d'août, les ouvriers des quartiers de Saïgon avaient élu les leurs. Des embryons de Conseils populaires poussent partout ; le dynamisme apparaît irrésistible. La Ligue se déploie dans la coordination de ce mouvement. Nous ouvrons dans un quartier populaire de Saïgon un local, où les délégués élus peuvent se rassembler, protégés par des ouvriers armés. Ces délégués diffusèrent une déclaration dans laquelle ils affirmaient leur indépendance vis-à-vis du gouvernement de facto stalinien et leur condamnation résolue de toute atteinte à l'autonomie des décisions ouvrières et paysannes. Le gouvernement stalinien a envoyé ses flics et jeté les délégués en prison pour les traduire devant un tribunal dit populaire. »

NGO VAN

La Milice ouvrière « Le soir de l'insurrection de Saïgon, le 23 septembre 1945, les ouvriers des Ateliers de Tramways décident de participer à l'insurrection contre le retour des Français en toute autonomie. Dans l'esprit internationaliste de la Ligue, prenant à la lettre les appels à l'armement du peuple, ils ont rompu avec la Confédération générale du Travail stalinienne, baptisée, et se sont rassemblés en une milice (une appellation inspirée de la Guerre d'Espagne). La soixantaine de combattants s'est organisée en groupes de onze placés chacun sous la responsabilité d'un camarade choisi par nous-mêmes. La Milice ouvrière prend position au centre de la première ligne du front, pendant l'encerclement de Saïgon occupé par les troupes anglaises et françaises. Elle a ainsi participé au combat contre les forces coloniales en essayant de créer une organisation révolutionnaire qui ne doive rien à des stratégies imposées du sommet. » •

NGO VAN

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Du FRONT POPULAIRE A LA LIBÉRATION

L’objet de ce bref recueil de citations est de permettre d'entamer des discussions sur la question coloniale, à partir de la première réunion de l'Infokiosque consacre aux camps de travail pour les travailleurs vietnamiens en France (1939-1952). C'est pourquoi les citations ne couvrent que la période comprise entre le Front populaire et les lendemains de la Libération, ou le PCF accéda pour la première fois à la tète de l’État, avec Maurice Thorez comme vice-président du Conseil, pour tenter de remettre sur pied, sous le nouveau vocable d'Union française, ('Empire colonial français. C'est d'ailleurs des 1935 que les députes du PCF votent au Parlement, au nom de la défense de la démocratie, les crédits militaires du gouvernement Laval — donc en particulier les crédits des opérations coloniales ('oppose de ce qu'ils avaient fait depuis 1920, contrairement a la SFIO. Leur masque était tombe. Bien entendu, la stigmatisation du nationalisme des partis de gauche français n'implique nulle complaisance envers celui des partis et des organisations de libération nationale, tels que le parti communiste indochinois.

LE PARTI ( SOCIAL-DEMOCRATE AU POUVOIR (1936-1938)

« Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d'attirer a elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture. » Leon Blum, discours a Ia Chambre sur la question coloniale, 1934.

« La politique coloniale socialiste aura d'autant plus de chance d’être constructive et durablement féconde qu'elle se préoccupera mains de communiquer d'une manière directe l’idéologie socialiste aux indigences [...1. II faut prendre garde au déchaînement de forces incontrôlables, a la situation confuse et instable, impropre a toute construction positive, qui pourraient sortir d'une action oïl des notions mai digérées de lutte des classes, certains fanatismes religieux, la nature émotive des Africains, la dissimulation islamique et asiatique et toutes sortes d'influences souterraines se rencontreraient en des réactions complexes et imprévisibles. » Marius Moutet, ministre socialiste des Colonies, Le Populaire, organe de la SFIO, 1937.

« Vous maintiendrez l'ordre public par tous les moyens légitimes et légaux même par poursuites. L'ordre français doit régner en Indochine comme ailleurs dans ('Empire. » Marius Moutet, circulaire au délégué général du Front populaire en Indochine, a propos des grèves de masse en Cochinchine, 1937.

« La France entend rester fidèle a sa tradition de terre d'asile. Ii ne serait pas cependant admissible que des étrangers puissent sur notre territoire prendre part de manière active aux discussions de politique intérieure et provoquer des troubles et du désordre. » Marx Dormoy, ministre socialiste de l’Intérieur, circulaire aux préfets sur la participation des « indigènes » a Ia grève générale en France et ('expulsion des « tètes chaudes » vers leurs colonies respectives, 1937.

« Le décret a pour but d'atteindre tous ceux qui en quelque lieu et par quelque moyen que ce soit, ont convoqué soit des indigènes algériens, soit des résidents en Algérie, à des désordres ou manifestations contre la souveraineté française, a la résistance active ou passive contre ('application des lois, décrets, règlements ou ordres de l’autorité publique. » Raoul Aubaud, radical, sous-secrétaire d’État à l’Intérieur, discours à la Chambre, sur ('application du décret Regnier de 1934 du gouvernement de droite Laval, pour interdire I'Etoile nord-africaine, organisation nationaliste de gauche, et emprisonner ses leaders, comme Messali Hadj, 1937.

« A I'heure actuelle, l’intérêt supérieur du mouvement ouvrier français et du mouvement ouvrier international — prolétaires allemands en premier lieu — c'est de faire échec partout au fascisme hitlérien, de lui refuser partout de nouveaux moyens de puissance et de domination. L’intérêt non mains évident des peuples des colonies françaises — considère sous ('angle de leur émancipation nationale et sociale — c'est de rester unis a un peuple chez lequel subsistent encore heureusement les notions de liberté et d’égalité des races. » Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, Avant-Garde, organe des Jeunesses communistes, 1936.

« Pour les peuples colonises, le droit au divorce n’entraîne pas ('obligation de divorcer [...1 Mieux vaut rester unis. » Maurice Thorez, discours au X' congres du PCF, 1937, pour justifier ('alliance de l'URSS avec les démocraties contre l'Axe, et donc, la reconnaissance de leurs empires coloniaux respectifs.

« Si quelques fous songeaient a dépouiller la France de son domaine colonial, toutes les énergies françaises et toutes les consciences droites dans le monde se révolteraient contre pareille tentative. » Jean Jaurès, L’Humanité, 1904.

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« Si la question décisive du moment, c'est la lutte victorieuse contre le fascisme, l'intérêt des peuples coloniaux est dans leur union avec le peuple de France et non dans une attitude qui pourrait favoriser les entreprises du fascisme et placer par exemple l'Algérie, la Tunisie, le Maroc sous le joug de Mussolini et de Hitler. » Maurice Thorez, Œuvres choisies, 1938.

Le parti communiste français au pouvoir (1945-1947) Sur l'Algérie

« Nous le disons avec netteté et sans équivoque, si les populations de la France d'outre-mer ont le droit de se séparer de la métropole, cette séparation, à l'heure présente, irait à l'encontre des intérêts de ces populations E...] car elles ne sont pas en état de garantir leur existence indépendante. »

Henri Lozeray, membre du BP du PCF, Les Cahiers du communisme, avril 1945.

« Il faut tout de suite châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l'émeute [...] il y va de la défense de la république française, métropole et territoires d'outre-mer, une et indivisible. » Communiqué du BP du PCF, sur les émeutes de masse en Algérie, justifiant l'ordre donné par le ministre communiste de l'Aviation, Charles Tillon (ex-chef des FTP) de bombarder les régions de Sétif et de Guelma, mai 1945.

« La CGT appelle les travailleurs musulmans et européens à déjouer les manœuvres criminelles du Parti du peuple algérien du Messali Hadj, au service des ennemis du peuple. Travailleurs, restez unis au sein de la grande Confédération générale du travail... Tous ensemble, nous irons vers le bien-être, dans la liberté; nous ferons une Algérie amie de la France nouvelle, plus belle, plus démocratique, plus heureuse. » Communiqué de la section algérienne de la CGT, mai 1945.

« Les tueries de Guelma et de Sétif sont la manifestation d'un complot fasciste qui a trouvé des agents dans les milieux nationalistes arabes. » Etienne Fajon, porte-parole du PCF à la tribune de la Chambre des députés, juillet 1945.

« La thèse de l'indépendance immédiate de l'Algérie, préconisée par le Parti du peuple algérien (PPA) conduirait aux pires déboires. La situation actuelle de l'Algérie, pays colonial dont l'économie a été volontairement maintenue dans un état arriéré, le ferait passer immédiatement sous la coupe des trusts américains. » Léon Feix, membre du BP du PCF, Les Cahiers du communisme, septembre 1947.

Sur l'Indochine « Le stade des négociations avec Ho Chi Minh n'est pas dépassé. Il est nécessaire d'envoyer une commission d'enquête parlementaire en Indochine. » L'Humanité, après le bombardement d'Haiphong par l'amiral d'Argenlieu et le vote des crédits par la fraction parlementaire du PCF pour l'envoi du corps expéditionnaire, composé en partie d'ex-FTP, novembre 1946.

« L'intérêt national exige le maintien de l'influence et des positions françaises en Extrême-Orient. La poursuite des hostilités contre le peuple du Vietnam en violation des principes de la Constitution aboutirait infailliblement à ruiner ces positions et cette influence, comme ce fut le cas naguère en Syrie et au Liban. » L'éditorialiste des Cahiers du communisme justifie la position du PCF lors du vote des budgets militaires pour l'Indochine. Le groupe parlementaire s'abstient tandis que les cinq ministres évitent de « rompre la solidarité ministérielle ». Résultat, les crédits sont octroyés. Et en mars 1947, Maurice Thorez, vice-président du Conseil dans le gouvernement Ramadier, signe l'ordre d'intervention militaire contre les Vietnamiens, (mars-avril 1947).

« Notre parti n'a jamais approuvé la politique de désagrégation de l'Union française en Indochine. [...] Pour la maintenir, il faut octroyer certains droits démocratiques aux peuples colonisés. » Maurice Thorez, XI' congrès du PCF, après l'exclusion des ministres communistes du gouvernement Ramadier, juin 1947.

Sur Madagascar « Malgré les événements tragiques de Madagascar, la meilleure solution pour l'île est de rester dans l'Union française. » Georges Cogniot, membre du BP du PCF et rédacteur en chef de L’humanité, juin 1947, après la répression sanglante de l'insurrection malgache, en mars 1947, autorisée par le vice-président du Conseil, Maurice Thorez, le ministre communiste de la Guerre, François Billoux, et le ministre socialiste des Colonies, Marius Moutet.

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