dimanche 24 mai 2026

Arianne Mak, En guerre et en grève.

 

 Enquêtes dans les cités minières britanniques (1939-1945), éditions EHESS, Paris, 2025

Le 23 mai 2026







Arianne Mak, En guerre et en grève. Enquêtes dans les cités minières britanniques (1939-1945), éditions EHESS, Paris, 2025. « Au cours de mon travail de terrain, aussi bien aux archives qu’au fil de mon enquête orale, j’ai été maintes fois confrontée à une incrédulité récurrente : « Mais enfin, il n’y avait pas de grèves pendant la guerre ! » C’est ainsi que commence cet ouvrage qui revient sur une période méconnue de l’histoire des grèves dans l’industrie minière au Royaume Uni. L’histoire officielle a donc gommé 7455 grèves répertoriées entre 1940 et 1944, pour protéger les récits mythiques du Home Front, d’une nation toute entière unie dans la People’s War » (p. 14). Du fait de l’approche ethnographique et du caractère académique des travaux,  le livre, malgré son intérêt documentaire, reste à  un niveau d’analyse très partiel de la question. La seconde partie apporte très peu d’éléments dépassant la « petite histoire ». La première, par contre, aborde les diverses mesures mises en place par l’Etat : interdiction de quitter le secteur minier, criminalisation des grévistes (amendes, prison), punition sévère de  l’« absentéisme ». Les syndicats ne sont pas en reste, faisant « du décret 1305 un instrument de mise au pas de leurs propres adhérents, se montrant plus intransigeants dans la répression des grévistes que les autorités » (p.64). Les grévistes ne sont pas dupes ! Enfin, les accusations d’antipatriotisme, de sympathie avec l’ennemi sont largement utilisées. Lors de la grève de Betteshanger en 1942, « dans sa condamnation des grévistes, la presse trouve à s’appuyer sur l’URSS, convoquée aussi bien en tant qu’alliée à qui les mineurs du Kent auraient fait défaut, qu’en tant que modèle emblématique de la ferveur patriotique attendue de la part des ouvriers. Le gouvernement britannique a alors entamé un large travail de propagande enjoignant les travailleurs et travailleuses britanniques à prendre exemple sur la productivité virile des Soviétiques. Or la grève de janvier 1942 se télescope avec le tour des mines et usines entrepris par la délégation soviétique (…) Sa venue dans le bassin minier du Lanarkshire en janvier 1942 est ainsi l’occasion de rappeler les exploits du célèbre piqueur Aleksei Stakhanov, lui attribuant 20 000 tonnes de charbon extraites par mois et louant les efforts de l’ensemble des mineurs du bassin de Donetz qui auraient triplé leur rendement. Le même mois, à Birmingham, lors d’une conférence des syndicats des Midlands, c’est l’exemple d’un mineur russe de 65 ans, qu’ E. M. Sakov porte aux nues pour « avoir refusé avec dédain de profiter d’une bonne retraite et avoir extrait 150 fois la charge normale de charbon ». Autant d’icônes offertes comme contrepoints à l’égoïsme cupide des mineurs de Betteshanger. » (p. 97).

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