Enquêtes dans les cités minières britanniques (1939-1945), éditions EHESS, Paris, 2025
Le 23 mai 2026
Arianne Mak, En
guerre et en grève. Enquêtes dans les cités minières britanniques
(1939-1945), éditions EHESS, Paris, 2025. « Au cours de mon travail de
terrain, aussi bien aux archives qu’au fil de mon enquête orale, j’ai
été maintes fois confrontée à une incrédulité récurrente : « Mais enfin,
il n’y avait pas de grèves pendant la guerre ! » C’est ainsi que
commence cet ouvrage qui revient sur une période méconnue de l’histoire
des grèves dans l’industrie minière au Royaume Uni. L’histoire
officielle a donc gommé 7455 grèves répertoriées entre 1940 et 1944,
pour protéger les récits mythiques du Home Front, d’une nation toute
entière unie dans la People’s War » (p. 14). Du fait de l’approche
ethnographique et du caractère académique des travaux, le livre, malgré
son intérêt documentaire, reste à un niveau d’analyse très partiel de
la question. La seconde partie apporte très peu d’éléments dépassant la
« petite histoire ». La première, par contre, aborde les diverses
mesures mises en place par l’Etat : interdiction de quitter le secteur
minier, criminalisation des grévistes (amendes, prison), punition sévère
de l’« absentéisme ». Les syndicats ne sont pas en reste, faisant « du
décret 1305 un instrument de mise au pas de leurs propres adhérents, se
montrant plus intransigeants dans la répression des grévistes que les
autorités » (p.64). Les grévistes ne sont pas dupes ! Enfin, les
accusations d’antipatriotisme, de sympathie avec l’ennemi sont largement
utilisées. Lors de la grève de Betteshanger en 1942, « dans sa
condamnation des grévistes, la presse trouve à s’appuyer sur l’URSS,
convoquée aussi bien en tant qu’alliée à qui les mineurs du Kent
auraient fait défaut, qu’en tant que modèle emblématique de la ferveur
patriotique attendue de la part des ouvriers. Le gouvernement
britannique a alors entamé un large travail de propagande enjoignant les
travailleurs et travailleuses britanniques à prendre exemple sur la
productivité virile des Soviétiques. Or la grève de janvier 1942 se
télescope avec le tour des mines et usines entrepris par la délégation
soviétique (…) Sa venue dans le bassin minier du Lanarkshire en janvier
1942 est ainsi l’occasion de rappeler les exploits du célèbre piqueur
Aleksei Stakhanov, lui attribuant 20 000 tonnes de charbon extraites par
mois et louant les efforts de l’ensemble des mineurs du bassin de
Donetz qui auraient triplé leur rendement. Le même mois, à Birmingham,
lors d’une conférence des syndicats des Midlands, c’est l’exemple d’un
mineur russe de 65 ans, qu’ E. M. Sakov porte aux nues pour « avoir
refusé avec dédain de profiter d’une bonne retraite et avoir extrait 150
fois la charge normale de charbon ». Autant d’icônes offertes comme
contrepoints à l’égoïsme cupide des mineurs de Betteshanger. » (p. 97).


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire