Jakob Pins, gravure sur bois « The Apocalyptic City » scène de terreur et destruction
« L'époque qui a tous les moyens techniques d'altérer absolument les conditions de vie sur toute la Terre est également l'époque qui, par le même développement technique et scientifique séparé, dispose de tous les moyens de contrôle et de prévision mathématiquement indubitable pour mesurer exactement par avance où mène - et vers quelle date - la croissance automatique des forces productives aliénées de la société de classes : c'est à dire pour mesurer la dégradation rapide des conditions mêmes de la survie, au sens le plus général et le plus trivial du terme.» Guy Debord, (1971)1
Le naturalisme de Marx
Il est devenu de plus en plus « tendance » d’accoupler le nom de Marx avec l’air du temps au détriment même de la totalité de sa praxis et d’en faire, en fonction des modes, un Marx « indigéniste », un Marx « décolonialiste», un Marx « féministe » … et, bien entendu, un Marx « écologiste »2. Il est évident pour toute lecture sérieuse, c’est-à-dire non idéologique, de Marx que celui-ci a toujours envisagé, depuis ses textes dits de « jeunesse » jusqu’à ceux de sa « maturité » dont les « Grundrisse » et le « Capital », le rapport indissociable de l’Homme et de la nature comme une des problématiques centrales de son matérialisme historique. « Chez Marx, nature et histoire sont intimement et indissolublement liées. »A. Schmidt, Le concept de nature chez Marx3. C’est pour cela qu’il est important d’indiquer que la démarche de Marx s’apparente à ce qu’on pourrait désigner comme un « naturalisme historique » car elle est déterminée par les rapports sociaux historiques qui transforment en profondeur les interactions entre nature et humanité.
« Dès 1844, Marx voit dans la relation entre l’être humain et la nature une question centrale de sa théorie de l’aliénation. Pour lui, la rupture radicale de l’unité primitive entre l’être humain et la nature est à l’origine de la vie aliénée moderne, et il lui oppose l’idée émancipatrice de la réunification de l’humanité et de la nature sous la formule ; « humanisme = naturalisme ». Kohei
Saïto, La nature contre le capital, Syllepse, Paris, 2021.
La définition même du concept de « nature » permet de différencier des puissances créatrices et d’engendrement extérieur à l’homme et à ses techniques. L’existence de la nature précède
1Debord, Guy, La planète malade, dans OEuvres, Gallimard, Paris, 2006.
2Par exemple l’ouvrage de Bellamy Foster, John, Marx écologiste, éditions Amsterdam, Paris, 2011 qui essaye de fonder un « écolo socialisme », alors que le marxisme de Marx est en lui-même une totalité organique.
3Cet ouvrage, publié en français en 1994 aux PUF, est un impeccable exposé des rapports entre Homme et nature du point de vue du « marxisme vivant ».
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donc celle de l’apparition de l’homme. Mais cette nature commence seulement à avoir une histoire lorsqu’elle est transformée par les activités humaines, elles aussi produites par cette « mère » nature.
« Parler de l’histoire sociale de la nature revient à défendre la coappartenance des pratiques humaines et de leur condition matérielle objective. » Paul Guillibert, Terre et capital, p.57, éditions Amsterdam, Paris, 2022.
Concomitamment, l’homme ne s’extrait de son animalité qu’au travers de la transformation de la nature par le travail, entendu ici comme activité productive, point de départ et base du processus d’hominisation.
« C’est précisément en façonnant le monde des objets que l’homme commence à s’affirmer comme être générique. […] Grâce à cette production, la nature lui apparaît comme son oeuvre et sa réalité. […] L’homme ne se recrée pas seulement d’une façon intellectuelle, dans sa conscience, mais activement, réellement, et il se contemple lui-même dans un monde de sa création. » K. Marx, Manuscrits de 1844, Paris, Éditions sociales, 1968.
La vision du monde de Marx correspond à une totalité d’interdépendances et de médiations réciproques entre la nature et les rapports sociaux humains qu’il conçoit comme un « métabolisme » de coévolution d’espèces distinctes et multiples. Sur le plan scientifique, cette approche peut être rapprochée des notions d’écosystème ou de biogéocénose, systèmes reposant sur un faisceau d’interactions entre des facteurs de différentes natures (biotiques, abiotiques) et des êtres vivants. En creux, elle dénote également d’un certain vitalisme. Le rapport nature-humanité est conçu comme l’expression de la dialectique d’un rapport réciproque entre des objets naturels ou des sujets objectivés. Pour respirer, un être a besoin d’air, c’est-à-dire d’un objet extérieur à lui. La nature est donc un ensemble de relations entre des êtres naturels organiques (vivants) et/ou inorganiques (minéraux, métaux).
« La distinction entre corps organique et inorganique renvoie selon moi au naturalisme de Marx, c’est-à-dire à l’idée que tous les êtres naturels se définissent par le type de relation qu’ils entretiennent avec d’autres êtres objectifs sans lesquels ils ne peuvent exister. (…) Il s’agit plutôt d’une philosophie des discontinuités entre organique et inorganique dans une totalité naturelle constituée par leurs interactions objectives. » P. Guillibert, p.75.
La destruction de la nature c’est la destruction de ces relations et interactions ; sans air on ne respire plus.
« Le soleil est l’objet de la plante, un objet qui lui est indispensable et qui confirme sa vie, de même, la plante est l’objet du soleil, en tant qu’elle manifeste la force vivifiante du soleil, la force essentielle objective du soleil. Un être qui n’a pas sa nature en dehors de lui n’est pas un être naturel, il ne participe pas à l’être de la nature. Un être qui n’a aucun objet en dehors de lui n’est pas un être objectif. Un être qui n’est pas lui-même objet pour un troisième être n’a aucun être pour objet, c’est-à-dire ne se comporte pas de manière objective, son être n’est pas objectif.» K. Marx, Manuscrits de
1844, p. 137, Éditions sociales, Paris, 1972.
L’irruption du rapport social capitaliste
Mais ce qui importe le plus à Marx, c’est de comprendre en quoi le M.P.C a totalement rompu et perverti ce métabolisme pour en faire une monstruosité de catastrophes entrainant toutes les
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espèces organiques et inorganiques dans un procès de destruction. Avec la grande industrie mécanisée, il y a rupture de ces échanges de substances au profit d’une logique capitaliste aliénée qui transforme tout en marchandises. Dans la phase spécifiquement capitaliste se développent de plus en plus les troubles et pathologies dus à la rupture de ce métabolisme entre nature et humanité, en même temps que s’accélèrent les contradictions capitalistes. Ce processus d’accélération des contradictions est le moteur de l’augmentation de catastrophes de tous types qualifiées ou non de « naturelles ». Cela se traduit également par la séparation renforcée entre « villes et campagne » ; pôles géographiques de l’aliénation humaine. En effet, chez Marx, si nature et humanité se sont initialement engendrées mutuellement, c’est l’apparition du rapport social capitaliste qui introduit une séparation totale et délétère entre l’une et l’autre.
« Ce n’est pas l’unité des hommes vivants et actifs avec les conditions naturelles, inorganiques de leur échange de substance avec la nature ni, par conséquent, leur appropriation de la nature, qui demande à être expliquée ou qui est le résultat d’un procès historique, mais la séparation entre ces conditions inorganiques de l’existence humaine et cette existence active, séparation qui n’a été posée comme séparation totale que dans le rapport du travail salarié et du capital. » K. Marx, Manuscrits de 1857-58 dits « Grundrisse », p.448, éditions sociales, Paris, 2011.
De plus, ce que l’économie classique appelait encore il y a peu des « biens libres » (les fonds marins, l’air, l’eau, la lumière, l’espace…) sont en voie d’être définitivement appropriés et subsumés par le capital, et donc : dénaturés, pollués et militarisés. En cela, le capital poursuit son mouvement d’expansion. Sa tendance à repousser ainsi continuellement les limites de son emprise sur le plan des biens naturels rejoint à ce titre sa tendance à exercer son ascendant sur tous les aspects de la vie quotidienne.
Nature et propriété
C’est dès la rédaction d’un de ses premiers articles que Marx va envisager la question agraire, dont la propriété du sol et la rente foncière, pour polémiquer contre l’appropriation privative et destructrice des restes de propriété commune villageoise.4 En 1842-43, dans la « Gazette rhénane », Marx a dû en effet, comme il l’écrit, « pour la première fois dire mon mot sur ce qu’on appelle les intérêts matériels » à propos des débats à la Diète rhénane sur le vol du bois et la situation des vignerons de la Moselle.5 C’est particulièrement intéressant de constater qu’un des premiers combats politiques de Marx concernait justement la défense de ce droit coutumier ancestral permettant aux villageois pauvres de ramasser le bois mort tombé des arbres en contradiction avec la sacro-sainte législation défendant les propriétaires forestiers. De leur point de vue bourgeois, ce ramassage de bois mort constitue un vol puisqu’il intervient sur « leur » terrain mais concerne le processus naturel de la chute du bois morts, pouvant donc être l’objet d’une appropriation collective. Ce débat est on ne peut plus actuel puisqu’il oppose l’appropriation privative d’un bien dit libre devenu matière première d’une industrie en devenir. Il en va ainsi aujourd’hui de l’appropriation privative des fonds marins et
4Il s’agit là encore d’un très bon exemple de ce que le marxisme révolutionnaire s’est toujours intéressé à ces questions n’en déplaise au nouveau découvreur d’un Marx « écologiste ». Ainsi la revue Le fil du temps consacra trois numéros, 2, 6 et 7, dans la fin des années 60, début 70, à ce sujet sous le titre : « Le marxisme et la question agraire ».
5Pour une analyse détaillée de cette première ébauche d’analyse matérialiste, lire Lascoumes - Hatwig Zander, P., Marx, du « vol de bois » à la critique du droit, PUF, Paris, 1984.
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des richesses qu’ils détiennent : « Nickel, cuivre, manganèse et cobalt sont de plus en plus recherchés, notamment pour la production de batteries électriques, de panneaux solaires ou de smartphones. On les trouve dans des amas sulfurés, ou sous forme de nodules polymétalliques. »6.Ce sont maintenant les abysses7 qui sont en danger car ils sont encore considérés comme un espace commun appartenant à tout le monde et donc à personne.
La conquête de la nature par le capital est ainsi une condition de sa reproduction et l’expression de sa domination de classe. Ce type de problématique pourrait aujourd’hui être transposé quasi littéralement aux conflits qui opposent les populations de certains pays périphériques aux appétits capitalistes, par exemple sur la question de la ressource en eau. On pense notamment à celui qui opposa les habitants de Cochabamba à la multinationale Betchel lors de la fameuse « guerre de l’eau » de l’année 2000. Pour Marx, les ramasseurs de bois ne font eux qu’exécuter un jugement rendu par la nature indépendamment des règles de la propriété privée. C’est la même réalité contradictoire qui opposa lors de la colonisation, mais encore aujourd’hui, l’appropriation terrienne et minière par les capitalistes face aux indigènes amérindiens pour qui la terre comme le ciel étaient par essence non appropriables. Encore une fois, dans l’opposition entre les reliquats de droit coutumier et celui toujours plus envahissant du droit bourgeois, c’est le rapport de force armé qui trancha et tranche dans le sens de l’appropriation /destruction de la nature par le capital et ses représentations concurrentes (individus, sociétés, États).
Désagrégation des conditions naturelles
Si l’unité fondamentale entre nature et humanité a été définitivement brisée par le rapport social capitaliste qui en se développant, accroit chaque fois plus leur séparation, cette rupture est aussi génératrice de désagrégation et de destruction, à la fois de l’humanité et des conditions naturelles de son existence. En ce sens, les catastrophes dites écologiques ne sont qu’un moment du catastrophisme général du M.P.C., comme récemment le tremblement de terre bien prévisible du mois de février 2023 en Turquie qui n’a fait que révéler des failles sismiques bien connues en même temps que des constructions défaillantes dues à la corruption et au cynisme systémique de la course au profit. Il en va de même pour l’écroulement du viaduc Morandi à Gênes, en aout 2018, aveu du béton en tant qu’ «arme de destruction massive du capitalisme »8. Nous pouvons également citer les catastrophiques inondations qui ont ravagé la région de Valence (Espagne) en novembre 20249. In fine, qu’elles soient liées à des phénomènes connus et prévisibles tels que ceux-ci ou aux effets du
6France Culture, Au fond des océans, des richesses convoitées, juillet 2023, sur le site web :https://www.radiofrance.fr/ franceculture/podcasts/grand-reportage/grand-reportage-emission-du-vendredi-17-fevrier-20 23-9417242 7La science-fiction a déjà anticipé la fin catastrophique de l’humanité du fait de dommages irréparables causés aux abysses. Il s’agit du roman : « Abysses » de l'auteur allemand Frank Schätzing , paru en 2004 et dont la traduction française est disponible aux Presses de la Cité, où la nature déchaine les éléments contre l’avidité des hommes.
8Nous reprenons cette expression de l’ouvrage intéressant d’A. Jappe : Béton, arme de construction massive du capitalisme, L’échappée, Paris, 2020, qui pour une fois nous vend moins la nouvelle idéologie de « Palim-psao » que nous avons déjà largement critiquée dans notre texte de la revue Matériaux Critiques N°5 : « La Sainte famille des gratteurs ou la critique de la critique de la valeur (Contre Kurz, Jappe et consorts) » disponible sur notre site web : https://materiauxcritiques.wixsite. com/monsite/textes
9Voir sur cette importante réaction prolétarienne : « Personne ne nous fera taire Nous parlerons au nom de nos morts » écrit par nos camarades du grupo Barbaria : https://barbaria.net/et publié en français dans notre revue Matériaux Critiques N°10 ainsi que sur le site web : https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
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M.P.C. sur l’environnement (conséquences du dérèglement climatique, destruction des habitats, pollutions, introduction d’espèces particulièrement « invasives » dans de nouveaux habitats, surexploitation du milieu, etc.) l’ensemble de ces catastrophes s’explique par les rapports malsains entre les hommes et les choses engendrés par le principe capitaliste.
Fausses solutions et vraies opportunités
Bien évidemment, les reconstructions se feront dans les mêmes conditions, si pas encore elles aussi amplifiées et accélérées, produisant nécessairement les mêmes conséquences dramatiques. La destruction (dévalorisation) est la condition indispensable à la reconstruction permettant une nouvelle valorisation du capital10. Ces catastrophes sont, comme les guerres capitalistes, les moments privilégiés pour, par la reconstruction grâce à une nouvelle composition technique du capital, permettre l’augmentation du taux de profit et poursuivre le procès de valorisation. La tradition du marxisme révolutionnaire a, sur cette question aussi, maintenu la compréhension radicale d’un monde moderne courant vers sa destruction. Face au péril écologique, la variante « verte » de cette tendance générale revêt les habits de la bio-ingénierie ou d’autres formes de « techno - solutionnisme » comme réponses du capital aux catastrophes qu’il engendre et nouvelles modalités d’expansion du marché.
La commercialisation de ces techniques productives et autres inventions savantes et technologiques ne dépend nullement d’un pseudo caractère neutre ou moins nocif mais de leur profitabilité. La science, comme toutes les autres forces productives du capital, est totalement intégrée et subsumée par celui-ci. C’est l’oeuvre idéologique contre-révolutionnaire de la social-démocratie et du stalinisme que d’avoir prétendu les forces productives (du capital) comme socialement neutres et donc utilisables, en soi, dans une autre logique et par un autre mode de production. L’humanité, enfin débarrassée des classes sociales et du règne ignoble de la marchandise, qui aura été révolutionnée par la classe des prolétaires, des esclaves salariés, déterminera ce qui lui convient le mieux et convient donc à la nature dont elle est une partie intégrante. La production nécessaire des moyens de subsistance n’étant plus alors déterminée par le profit, comme sous le capitalisme, mais par les besoins réels des êtres humains, il est certain que les sciences et les forces productives actuelles subiront elles-mêmes de profonds bouleversements. Les tendances écologiques présentes, quelles qu’elles soient, ne proposent que des rapiéçages parce qu’elles s’inscrivent dans la logique du monde du Capital. Les communistes authentiques refusent cette logique et s’affrontent au système comme un tout. La catastrophe écologique ne pourra donc être éradiquée que par la transformation radicale de la société, par la révolution sociale à l’échelle planétaire. Tout ce qui ne va pas dans ce sens n’est que diversion nous empêchant de prendre le taureau par les cornes.
« De la contradiction entre forces productives et rapports de production, social-démocratie et stalinisme ont retenu ce dont ils avaient besoin : un projet (prétendu) rationnel de domination de la nature. Loin de faire une critique du capitalisme, ils l’ont accompagné autant dans l’exploitation des prolétaires que dans la destruction de l’environnement naturel. » Gilles Dauvé, Pommes de terre contre gratte-ciel, Entremonde, Genève/Paris, 2024.
10Sur cette question nous revoyons le lecteur à notre texte « Notes critiques sur valorisation/dévalorisation » dans notre revue Matériaux Critiques N°1, disponible sur notre site web https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes
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Le culte de la religion du progrès commune à tous les défenseurs en la croyance en une possible issue rationnelle et optimiste justifie et renforce, de facto, l’accélération des catastrophes capitalistes, et ce même parmi les prétendus révolutionnaires11. « Il n’est de couillonade, si vaste soit-elle, que la technique moderne ne soit pas prête à avaliser et à recouvrir de plastique virginal, lorsque cela correspond à la pression irrésistible du capital et à ses sinistre appétits (...) L’âge capitaliste est plus chargé de superstitions que tous ceux qui l’ont précédé. L’histoire révolutionnaire ne le définira pas comme l’âge du rationnel, mais comme l’âge de la camelote. De toutes les idoles que l’homme a connues, c’est celle du progrès moderne de la technique qui tombera des autels avec le plus de fracas. » A. Bordiga, Politique et « construction », Prometeo, juillet 1952 : Espèce humaine et croûte terrestre, p.76-101, Payot, Paris, 1978. Marx productiviste ?
Le productivisme supposé et attribué à Marx, aujourd’hui « dénoncé » par les idéologies postmodernes, est en fait celui du scientisme et du progressisme bourgeois ; non l’apanage du marxisme vivant. Ce sont principalement la social-démocratie, avec son culte gradualiste du progrès, et le stalinisme, avec sa prétention mégalomaniaque à battre le capitalisme libéral par son étatisme sous-développé, qui sont les plus enthousiastes zélateurs du productivisme capitaliste. Et aujourd’hui, ce sont certains de leurs descendants idéologiques, enfants orphelins du stalinisme historique et criminel, qui inversent ce productivisme pour devenir les disciples béats d’un « décroissantisme » ne signifiant que toujours plus de misère…mais verte.
«Le défaut rédhibitoire du gradualisme n’est pas de prendre trop de temps, mais de conserver l’essentiel : il démocratise et adoucit capitalisme, entreprise et salariat, sans aller au-delà -d’ailleurs, son programme n’est pas de s’en débarrasser, mais de le modérer. » G. Dauvé, p.167, déjà cité p.5.
Marx n’a pas attendu la venue de nouveaux parodistes pour découvrir et étudier avec attention les travaux de Justus von Liebig12 sur les dommages irréversibles de l’épuisement des sols dus à l’agriculture industrielle et intensive. C’est ce qu’il déclare d’ailleurs clairement :
« L’un des immortels mérites de Liebig est d’avoir développé le côté négatif de l’agriculture moderne»(…) Comme dans l’industrie urbaine, l’augmentation de la force productive et le plus grand degré de fluidité du travail sont payés dans l’agriculture moderne au prix du délabrement et des maladies qui minent la force de travail proprement dite. Et tout progrès dans l’agriculture capitaliste est non seulement un progrès dans l’art de piller le travailleur, mais aussi dans l’art de piller le sol ; tout progrès dans l’accroissement de sa fertilité pour un laps de temps donné est en même temps un progrès de la ruine des sources durables de cette fertilité. Plus un pays, comme par exemple les États- Unis d’Amériques, part de la grande industrie comme arrière-plan de son développement et plus ce processus de destruction est rapide. Si bien que la production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de production social qu’en ruinant dans le même temps les sources vives de toute richesse : la terre et le travailleur. » K. Marx, Le Capital, Livre premier p.566-567, Messidor/éditions sociales, Paris, 1983.
C’est pourquoi certains auteurs (Malm, Haraway , Guillibert) ont parlé de « Capitalocène »
11Nous avons écrit sur cette importante critique un texte « En marge de la crise sanitaire : Pour une critique marxiste de la science » dans notre revue Matériaux Critiques N°4, disponible sur notre site web https://materiauxcritiques.wixsite.com/ monsite/textes
12Justus von Liebig (1803-1873) est un chimiste et agronome allemand considéré comme le fondateur de l’agriculture industrielle basée sur la chimie organique.
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pour caractériser la cause capitaliste des dérèglements climatiques et des dites catastrophes naturelles.
« Face à l’émergence du concept d’Anthropocène, une perspective critique a récemment émergé. Appuyant son raisonnement sur la dynamique interne du capitalisme davantage que sur celle d’un « mauvais » Anthropos, Andreas Malm, doctorant en écologie humaine à l’Université de Lund en Suède, propose le concept alternatif de Capitalocène. »13
Si cette caractérisation permet d’identifier nominalement le capitalisme comme cause fondamentale des catastrophes multiples, reste que ce néologisme ne donne aucune perspective quant à la résolution radicale de ces « dérèglements » et n’indique donc pas la nécessaire révolution communiste comme seule possibilité pour empêcher la course mortifère du système.
À quoi sert l’écologie ?
Comme toutes les sphères séparées de la connaissance, l’écologie représente bien la tentative réformiste et vouée à l’échec d’une adaptation de certaines de ses conséquences les plus néfastes à la logique capitaliste. Originellement, il s’agit de la « science de l’habitat » mise au point en 1866 par Ernst Haeckel, un biologiste darwinien, mais elle est rapidement devenue l’étude de l’homme et de son environnement. C’est à ce titre que l’écologie est, par la suite, devenue « politique » et prétend pouvoir résoudre les dysfonctionnements environnementaux et climatiques dont les pollutions industrielles dans l’ensemble de la biosphère.
Il s’agit par essence d’une vision partielle qui demande, pacifiquement ou non, à l’État du capital de se transformer pour éviter dans certains domaines les pires de ses « dérapages ». Cela fait des dizaines d’années que ces mouvements alertent l’opinion publique des dangers se déroulant sous nos yeux. Et il n’a pas fallu attendre 1972 et les avertissements du rapport « Halte à la croissance » du Club de Rome pour que l’alarme soit donnée. Pour João Bernardo, l’aura croissante dont bénéficiera l’écologie à partir des années 1970 reposerait en grande partie sur le reflux des luttes sociales qu’elle accompagne. Pour lui, la genèse de cette dernière entretiendrait un lien profond avec l’histoire et l’idéologie des fascismes14.
«Pour le capitalisme, toutes les ressources naturelles ont la couleur de l’or. Plus il les exploite rapidement, plus le flux d’or s’accélère. L’existence d’un secteur privé a pour effet que chaque individu essaie de faire le plus de profit possible sans même penser un seul instant à l’intérêt de l’ensemble, celui de l’humanité. Par conséquent, chaque animal sauvage ayant une valeur monétaire, toute plante poussant à l’état sauvage et dégageant du profit est immédiatement l’objet d’une course à l’extermination. (…) L’État peut certes faire beaucoup pour empêcher l’impitoyable extermination d’espèces rares. Mais l’État capitaliste n’est après tout qu’un triste représentant du bien commun (…) Le capitalisme (…) a remplacé le besoin local par le besoin mondial, créé des moyens techniques pour exploiter la nature. Il s’agit alors d’énormes masses de matière qui subissent des moyens de destruction colossaux et sont déplacées par de puissants moyens de transport. La société sous le capitalisme peut être comparée à la force gigantesque d’un corps dépourvu de raison. Alors 13«Anthropocène ou Capitalocène ? Quelques pistes de réflexion », L’esprit libre, juin 2017, sur le site web https://revue lespritlibre.org/anthropocene-ou-capitalocene-quelques-pistes-de-reflexion
14« J’ai montré, avec de nombreuses preuves, l’affiliation entre l’écologie et les régimes fascistes, et notamment entre l’agro-écologie et le national-socialisme allemand. », on pourra avec intérêt se reporter à la seconde partie de son texte https://mondialisme.org/IMG/pdf/J-bernardoledesertetlesmonstres.pdf ainsi qu’à son article : João Bernardo Écolos et antivax : https://www.npnf.eu/IMG/pdf/joaobernardoecolosetantivax.pdf
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que le capitalisme développe une puissance sans limite, il dévaste simultanément l’environnement dont il vit de façon insensée » A. Pannekoek, La destruction de la nature, juillet 190915.
Cette prévision d’un des principaux représentants du marxisme révolutionnaire au vingtième siècle anticipe déjà l’absurdité des mouvements écologistes dans leur croyance en un État qui pourrait gérer le capitalisme de manière équilibrée et respectueuse des hommes et de la nature. Quelle ironie de demander à l’instance principale de reproduction du système de veiller à celle-ci sans trop de dommages ou même de devenir le garant d’une décroissance…des profits. Le maximum du résultat de l’activisme écologiste a été que quasiment tous les partis de l’arc politique bourgeois se sont sentis forcés de glisser dans leurs programmes une touche verte, obligés en cela par les déferlements de catastrophes et la pression idéologique devenue dominante. Bien évidemment une fois aux affaires, tous, verts compris, sont contraints de s’adapter aux nécessités du développement et des exigences capitalistes comme dans l’exemple sidérant du retour au nucléaire (pacifique et militaire), ancienne ligne de démarcation de tous les écologistes d’opposition. De plus, outre le fait de dévier l’attention des exploités, l’écologie est devenue très rentable pour le capitalisme. Il n’y a rien que celui-ci ne transforme en valeur marchande.
Mais l’important n’est pas seulement là ; par leur mobilisation importante et spectaculaire, ces mouvements citoyennistes donnent un complément indispensable de déculpabilisation à la fausse conscience consommatrice typique de la petite bourgeoisie. Consommer, certes, mais responsable, en circuits courts, et, pour ceux qui n’en n’ont pas les moyens, il y a toujours l’austérité verte et la seconde main « vintage ». De plus, les réformes réalisées au nom de l’écologie ne correspondent pas nécessairement aux bonnes intentions affichées pour sauver le monde du réchauffement ou de la pollution. Pour ne prendre qu’un exemple dans l’actualité brulante, envisageons les campagnes « éco responsables » de promotion de la voiture électrique au détriment de celle thermique ; outre l’évidence d’une redistribution des cartes industrielles dans la course concurrentielle à la voiture la plus vendue, celle thermique n’est pas moins « écologique » que celle électrique :
«Certains mettent en avant sa production, très gourmande en énergie tandis que d’autres disent que sa pollution dépend du pays où elle est rechargée et de sa production d’électricité. Le cabinet indépendant Carbone 4 a publié une étude afin d'y voir plus clair. Ce qu'elle montre, c’est que la production d’un véhicule électrique pollue plus que la production d’un véhicule thermique équivalent. C’est la fabrication de la batterie, le coeur du véhicule électrique, qui est très énergivore »16. « Si l'on veut comparer l'impact écologique de la voiture électrique avec celui des thermiques, essence ou diesel, tous les experts l'affirment : il faut tenir compte de l'ensemble du cycle de vie, de la fabrication au recyclage. Et là, le gagnant n'est pas toujours celui attendu. (…) Pour fabriquer la batterie qui l'alimente en électricité, explique Maxime Pasquier, chef adjoint du service transports et mobilité de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), il faut aller chercher les métaux parfois à l'autre bout du globe. Cobalt, graphite, manganèse, lithium, nickel… leur extraction demande une quantité phénoménale d'énergie. Sans compter l'eau et des adjuvants chimiques, extrêmement nocifs pour l'environnement » 17
15Pannekoek, Anton, « La destruction de la nature », dans Zeitungskorrespondenz N° 75, 10 Juillet 1909, https://www.marxists.org/francais/pannekoek/works/1909/07/pannekoek_19531108.htm
16« La voiture électrique est-elle vraiment moins polluante que la voiture thermique ? », novembre 2022, sur le site web : https://www.europe1.fr/societe/la-voiture-electrique-est-elle-vraiment-moins-polluante-que-la-voiture-thermique-4145186
17« Voiture électrique ou thermique : laquelle pollue le plus ? », Le Parisien, août 2019, sur le site web : https://www.leparisien.fr/automobile/voiture-electrique-ou-thermique-laquelle-pollue-le-plus-12-08-2019-8132190.php
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Le ripolinage écologiste et l’adaptation de sa misérable survie individuelle aux aléas environnementaux sont de plus englués dans une morale culpabilisatrice du plus charlatanesque effet ; comme si chaque petit geste additionné pouvait constituer la solution globale à ces catastrophes démultipliées. Cette croyance en des solutions graduelles de sommations d’actions individuelles (le fameux « Colibri » de Rabhi !) correspond bien au mythe citoyenniste de la responsabilité partagée afin de camoufler les causes réelles économiques, sociales et politiques de ces désastres. Ce réformisme avéré englobe toute l’écologie jusqu’au « municipalisme libertaire » d’un Murray Bookchin18.
« Tant va la croyance au progrès qu’à la fin elle se lasse…Ersatz bourgeois de la religion, l’idée d’un avenir meilleur garanti se décompose inexorablement, mais sur ce fumier poussent des fleurs monstrueuses : la nostalgie qui hante nos contemporains, et qui leur fait envisager sous un jour idyllique toutes les formes archaïques de survie et de conscience qui y sont liées, porte la marque indélébile de l’impuissance et de la puérilité. » Encyclopédie des nuisances : Discours préliminaire, p.14, Novembre 1984, Paris, 2009.
Par ces manifestations et actions spectaculaires, l’écologie permet, à l’instar de la confession catholique, de fournir temporairement et à peu de frais une bonne et fausse conscience. Les piaillements de Greta Thunberg et de ses avatars ne sont que l’expression de l’impuissance érigée en politique de la déculpabilisation et en déculpabilisation de la politique. Cette nouvelle idéologie n’étant malheureusement pas biodégradable, elle nécessite une critique radicale de ses effets soporifiques qui renforcent d’autant la chape contre-révolutionnaire typique de cette période. C’est à ce titre que Slavoj Žižek peut concevoir l’écologie politique comme l’un des principaux champs d’expression de l’idéologie, entendue comme vision déformée de la réalité. Pour Žižek19, l’écologie est un avatar moderne de la pensée religieuse qui permet à ses adeptes d’apprivoiser la terrifiante réalité des conséquences du M.P.C. en se présentant comme une réalité indiscutable et, par là même, rassurante. La prévision de Bordiga en 1951 est, ici, bonne à rappeler : « S’il est vrai que le potentiel industriel et économique du monde capitaliste est en augmentation et non en baisse, il est vrai que plus il se développe, et plus les conditions de vie de la masse humaine face aux cataclysmes naturels et historiques empirent. A la différence de la crue périodique des fleuves, la crue de l’accumulation frénétique du capitalisme n’a pas pour perspective une « décrue » semblable à la courbe descendante que l’on peut lire sur l’hydromètre, mais la catastrophe de la rupture. » Amadeo Bordiga, « Crue et rupture de la civilisation bourgeoise », Espèce humaine et croûte terrestre, p.29-30. Cette « catastrophe de la rupture » sera soit celle, capitaliste, de la destruction de la terre et de l’humanité, soit celle, révolutionnaire, de leur émancipation par la révolution communiste. « Ce que l’homme a créé, il peut le détruire. Ce que l’homme peut détruire, il peut aussi le refaire de toute autre façon. » Lewis Mumford : Technique et Civilisation20 2025 : Fj, Eu, Ms & Mm.
18C’est ce libertaire qui permit le blanchissement idéologique du très militariste et mafieux chef du PKK Abdullah Öcalan et la construction d’un mythique État communaliste et clanique au Rojava. Bookchin est l’un des « pères fondateurs » d’une écologie libertaire non révolutionnaire et tournée vers la constitution de petites communautés autonomes et autogérées (communalisme).
19Si nous reprenons certaines parties pertinentes de l’analyse de ce philosophe, c’est, comme dans le cas d’H. Lefebvre, en même temps pour nous différencier totalement de ses analyses politiques contre-révolutionnaires dans la tradition stalinienne du révisionnisme structuraliste et lacanien.
20Cité par l’Encyclopédie des nuisances : Discours préliminaire, p.14.
10
Illustration musicale : Steppenwolf : «Born To Be Wild» https://youtu.be/YwLmmXGEEps?si=SE85 6X03RL1MZwhs
Bibliographie
Livres
Bellamy Foster, John, Marx écologiste, éditions Amsterdam, Paris, 2011.
Bordiga, Amadeo, Espèce humaine et croute terrestre, Payot, Paris, 1978.
Debord, Guy, La planète malade, dans OEuvres, Gallimard, Paris, 2006.
Dauvé, Gilles, Pommes de terre contre gratte-ciel, Entremonde, Genève/Paris, 2024.
Guilibert, Paul, Terre et capital, éditions Amsterdam, Paris, 2022.
Lascoumes-Hatwig Zander, P., Marx : du « vol de bois » à la critique du droit, PUF, Paris, 1984.
Marx, Karl, Le Capital, Livre premier, Messidor/éditions sociales, Paris, 1983.
Marx, Karl, Manuscrits de 1857-58 dits « Grundrisse », éditions sociales, Paris, 2011.
Marx, Karl, Manuscrits de 1844, Éditions sociales, Paris, 1972.
Saïto, Kohei, La nature contre le capital, Syllepse, Paris, 2021.
Schmidt, Alfred., Le concept de nature chez Marx, PUF, Paris, 1994.
Articles
- Pannekoek, Anton, « La destruction de la nature », dans Zeitungskorrespondenz N° 75, 10 Juillet 1909, https://www.marxists.org/francais/pannekoek/works/ 1909/07/panne koek_19531108.htm
- Encyclopédie des nuisances : Discours préliminaire, Novembre 1984, Paris, 2009.
Sites Web :
- Europe 1 « La voiture électrique est-elle vraiment moins polluante que la voiture thermique ? », novembre 2022 : https://www.europe1.fr/societe/la-voiture-electrique-est-elle-vraiment-moins-polluante-que-la-voiture-thermique -4145186
- France Culture, « Au fond des océans, des richesses convoitées », juillet 2023 : https://www.radiofrance.fr/
franceculture/podcasts/grand-reportage/grand-reportage-emission-du-vendredi-17-fevrier-2023-9417242
- L’Esprit Libre « Anthropocène ou Capitalocène ? Quelques pistes de réflexion », L’esprit libre, juin 2017 : https://revuelespritlibre.org/anthropocene-ou-capitalocene-quelques-pistes-de-reflexion
- Le Parisien : « Voiture électrique ou thermique : laquelle pollue le plus ? », Le Parisien, août 2019 : https://www.leparisien.fr/automobile/voiture-electrique-ou-thermique-laquelle-pollue-le-plus-12-08-2019-81321 90.php
samedi 13 juin 2026
NATURE, CAPITAL ET CATASTROPHES-par Matériaux Critiques
mercredi 10 juin 2026
Ripostons à l' attaque mondiale du capitalisme contre les systèmes de retraite.2010
Ripostons à l' attaque mondiale du capitalisme contre les systèmes de retraite. article de 2010
C 'est en septembre 2010, que les grandes décisions vont intervenir pour de nouveau, nous faire travailler plus longtemps pendant que la jeunesse vit dans la précarité, sans pouvoir satisfaire à son indépendance économique. En France, 415 000 adultes logent encore chez leurs parents.
Bien qu'en France, notre système de retraite soit différent des autres et inversement, l' attaque du capital contre le « salaire différé » est bien mondiale. Elle correspond au retournement monétariste des années 1980, qui engendrera la dite mondialisation/globalisation et ses montagnes de dettes.
C'est dans ce contexte que la privatisation des systèmes de retraite a été menée d'abord au Chili (1981), puis au Pérou (1993), en Argentine et en Colombie (1994), en Uruguay (1995), au Costa Rica (1996) et au Mexique (1997). Les anciens systèmes de retraite par répartition ont été remplacés (totalement ou partiellement) par des fonds de pension privés.
A l'origine de ce retournement, on identifia, plusieurs causes : la récession économique, la crise de la dette, le surendettement des Etats, la corruption, la fuite des capitaux, l'effondrement de l'activité, le chômage, la faiblesse des rentrées fiscales et l'augmentation de la pauvreté.
Ces facteurs nous pouvons aujourd'hui les constater dans l' UE; où l'on parle beaucoup des déficits publics , et même d' Etats ( comme la Grèce) pouvant entrer en faillite. Mais lors de la crise argentine de 2001/2002, c'était déjà ce même problème qui se posait , celui de hyper endettement de toute l' économie de la zone latino américaine.
Pour rappel: fin novembre 2001 : le FMI décide de geler un prêt de 1,3 milliard de dollars à l’Argentine. Raison avancée : le gouvernement n’est pas parvenu à honorer l’engagement d’un déficit budgétaire zéro. Cette décision précipite une crise économique, politique et sociale d’une rare ampleur. En quelques semaines, le peso argentin s’effondre, des millions d’épargnants et de retraités se retrouvent sans rien, des manifestations, puis de véritables émeutes s’emparent de Buenos Aires, provoquant la chute de deux gouvernements successifs (celui d’Alfonso Rodriguez Saá ne dure que cinq jours). avec l’adoption d’un système de retraite par capitalisation, ce sont des millions de retraités qui allaient perdre leur épargne en 2001-2002.
Six ans après, le 7 novembre 2008, le gouvernement de Mme Cristina Fernandez de Krichner vote à une écrasante majorité du Parlement la nationalisation des retraites, et fait main basse sur les organismes privés de gestion de l’épargne-retraite, les Administradoras de Fondos de Jubilaciones y Pensiones (AFJP)qui géraient quelque 28 milliards de dollars. La rumeur dit que le gouvernement veut utiliser les fonds de l' AFJP pour faire face aux échéances de la dette extérieure de l' Argentine 40 milliards de US $.1
Notre propos ici n' est pas de choisir entre la capitalisation ou la répartition, c' est à dire une réforme au sein même du système capitaliste, ce que propose généralement le syndicalisme. Notre propos est essentiellement une critique globale du système capitaliste,menant à sa destruction et pas à son replâtrage. La seule préoccupation des gouvernements est d'enfermer les travailleurs, dans un système de dichotomie, pour qu'ils acceptent au final,calmement une des réformes de retraite.
Petit à petit, réforme après réforme les retraites sont rognées. Les luttes syndicales permettent seulement de gagner un peu de temps mais le rouleau compresseur avance inexorablement, prouvant que le système capitaliste est non seulement dans l' incapacité de produire des réformes positives; mais qu'il fait disparaître celles durement acquises.
Dans les pays de UE, c'est à qui avancera le plus vite, pour faire sauter toute référence d'âge pour prendre sa retraite et en reculer la date à coup de loi. L' Allemagne d' Angela Merckel veut reculer l' âge pour prendre sa retraite à 69 ans, L'Espagne du socialiste Zapatero passe de 65 ans à 67 ans, la Grèce est dans le même sillage...
En France, la réforme des retraites est sur le billot, cette fois Le gouvernement Sarkosy/ Fillon met le paquet, sondage d' opinion, campagne d' intox par le truchement de Sauvegarde Retraites
principalement contre les fonctionnaires.
G. Bad le 15 mai 2010.
note
1 En réalité, celui-ci semble ferrailler sur plusieurs tableaux, les fonds de retraite, les excédents accumulés de la flambée des prix agricoles...Pour cela, le gouvernement a créé, en décembre 2009, un fonds bicentenaire pour la réduction de la dette et la stabilité. Au total,la présidente de l’Argentine, a mis la main sur un trésor de 48 milliards de dollars qui devrait lui permettre de faire face aux échéances de la dette extérieure qui s’élèvent à 15 milliards de dollars en 2010.
dimanche 7 juin 2026
G. Bad-VICTOIRE DU PSG ET ECHEC DU « TITTYTAINMENT » DE ZBIGNIEW BRZEZINSKI.
Nous avons à plusieurs reprises mis en exergue, les conclusions du premier « State Of The World Forum », dans l’Hôtel Fairmont de la ville de SanFrancisco en 1995. Les participants à ce forum réunis à San Francisco (Mikhaïl Gorbatchev, George Bush, Margaret Thatcher, Vaclav Havel, Bill Gates, Ted Turner, etc..) arrivèrent à la conclusion que l’arrivée de la dénommée Société 20/80 est inévitable, celle dans laquelle le travail de 20% de la population mondiale sera suffisant pour soutenir la totalité de l’appareil économique de la planète. 80% de la population restante ainsi s’avérera superflu, ne disposera pas de travail ni d’occasions d’aucun type et nourrira une frustration croissante.
Pour contenir et combattre la poussée des surnuméraires ou classes dangereuses, le célèbre
Z. Brzezinski allait proposer sa potion magique « le tittytainment »1 un mélange d’aliment physique et psychologique visant à aliéner les masses , une sorte de resucée de la Rome antique avec ces jeux et du cirque.2
Seulement, la question sociale ne saurait être absente des grands spectacles de ce monde, rien que pour voir leurs idoles du foot ou des concerts de musiques, ils doivent rester à l'extérieur des stades ce qui engendre des frustrations et des déchaînements de violence, avec prolongation et tir au but avec les forces de l' ordre.
Les émeutes une exception française ?
Le samedi 30 mai 2026, Marine Le Pen a publié cette phrase sur X(Nouvelle fenêtre). "Il n'y a qu’en France où chacun se sent obligé de s'enfermer chez soi un soir de victoire pour éviter d'être confronté à des violences" Jordan Bardella a poussé le curseur encore plus loin
"Guerre civile", "prédateurs", "demain, ils rentreront dans vos appartements"…. "C'est bien souvent lié au football, c'est bien souvent lié à un certain club de foot", a estimé sur BFMTV(Nouvelle fenêtre) le président du Rassemblement national.
. Le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, a par exemple estimé que la situation de samedi soir n'était "pas acceptable, c'est une évidence". Emmanuel Macron a déploré des "scènes de violence inacceptables"."On ne veut plus voir ça. Fini. On en a ras-le-bol."toutes ces constatations conduisent à justifier un contrôle de masse à la chinoise, déjà en action en France mais officiellement condamné.
Ne nous trompons pas d' ennemi, Macron est tout de même celui qui a fait éborgné nombre de gilets jaunes, celui qui veut sans cesse augmenter le budget des armées , réintroduire le service militaire....
Guerre à l' extérieur répression à l'intérieur
les forces de l'ordre ont procédé à "plus de 890 interpellations" partout en France : c'est "45% de plus" qu'en 2025, lors de la précédente victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions, calcule le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, Le dispositif policier était pourtant d'ampleur, avec 22 000 policiers et gendarmes mobilisés : "14 000 sur le territoire national, auquel il faut ajouter 8 000 pour Paris et l'agglomération parisienne".
La violence du capital qu'elle soit « occidentale » ou provenant du capitalisme d' état, chinois, islamiste et autres, ne doit pas nous impressionner et surtout nous faire basculer dans un de ces camps sous la pression des événements, notre objectif de toujours étant l' avènement de la république sociale universelle par la destruction des états. Nous ne manifestons pas pour des indépendances nationales palestiniennes et autres toujours manipulé par un impérialiste, la libération des peuples passe par l' abolition de l' exploitation de l'homme par l'homme3,l' abolition du patronat et du salariat. Le chauvinisme qui accompagne généralement les matchs de foot n' a pas de frontière,quelques exemples trouvés sur le Net :
la parade organisée dans les rues de Londres pour célébrer le titre de champion d'Angleterre d'Arsenal a aussi été émaillée de violences : 24 personnes ont été arrêtées(Nouvelle fenêtre) lors de cet événement, qui a rassemblé entre 750 000 et un million de supporters, et pour lequel 500 policiers étaient déployés(Nouvelle fenêtre).
Le 16 mai, en Écosse, plusieurs policiers ont été blessés après que 3 000 supporters du Celtic Glasgow ont voulu fêter le titre obtenu en championnat. "Le niveau de criminalité constaté, et notamment l'hostilité manifestée envers nos agents, est tout simplement inacceptable et ne saurait être toléré. Les personnes impliquées doivent être assurées qu'elles seront identifiées et arrêtées", avait alors réagi un responsable de la police locale(Nouvelle fenêtre).
Mercredi 27 mai, à quelques heures de la finale de Ligue Conférence entre les Anglais de Crystal Palace et les Espagnols du Rayo Vallecano, des violences ont été observées dans les rues de Leipzig (Allemagne). Selon un rapport de la police locale(Nouvelle fenêtre), plus de 300 supporters étaient impliqués.
Autre exemple, en novembre 2024 : une soixantaine de personnes avaient été interpellées à Amsterdam (Pays-Bas), après des violences lors d'un match de Ligue Europa de l'Ajax contre le club israélien du Maccabi Tel-Aviv. De violentes agressions s'étaient produites dans les rues de la ville.
Ce n'est donc pas un phénomène social isolé mais bien plutôt les prémices d' une poussée constante et générale de ce que le capital considère comme classes dangereuses. Je me souviens du premier festival international de rock le 24 février 1961 ,il allait attirer toutes les bandes de blousons noirs dont j' étais à l' époque comme la plupart des jeunes. Il va se terminer par un saccage du palais des sports et des extérieurs. voir la vidéo
https://www.dailymotion.com/video/x1aszwz
Voir aussi la brochure « la révolte des cités françaises, symptôme d'un combat social mondial
membre 2005, Echanges et mouvement.
le tittytainment pleinement réalisé avec les smartphones.
Il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte du degrés de dépendance et d' aliénation des populations aux smartphones.
Au niveau international cette dépendance devient un accès privé de surveillance de masse avec coupure du net comme ce fut le cas en Chine, au Tibet, en Iran. Comme nous l' avons déjà signalé il y a une lutte acharnée et décisive pour le contrôle de « la machine à gouverner » entre blocs continentaux. La Chine à quelques longueurs d' avance dans ce domaine pour elle la vidèosurveillance algorithmique permet un contrôle de masse dissuasif déjà diffuser à la Russie , l' Iran et les BRICS, l' entreprise chinoise Tiandy en assume la sécurité.
G.Bad juin 2026
1 Brzezinski explique l’origine du terme tittytainment, comme une combinaison des mots anglais « tits » (« poitrines » en jargon américain) et « entertainment » qui, dans aucun cas, ne doit être compris avec des connotations sexuelles, mais au contraire, comme allusif à l’effet endormant et léthargique que l’allaitement maternelle produit chez le bébé quand il boit.
2-Les jeux du cirque, instrument de pouvoir dans la Rome, par Jean-Paul Thuillier, École normale supérieure (Paris). Les jeux du cirque ont joué un rôle important pendant toute l’Antiquité romaine. Les magistrats de la période républicaine et les empereurs ont su en faire un instrument de leur pouvoir. Ces ludi circenses ont été un puissant facteur de romanisation dans l’Empire et ont contribué à l’unité de la société romaine. Cette constatation n’a rien d’étonnant si l’on songe que le système des courses de chars ressemble très fortement à cePatrick Dewaere Coup de tête (film, 1979)lui du football contemporain et à notre sport-business. Voir aussi Patrick Dewaere Coup de tête (film, 1979)
3 « Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation. Du jour où tombe l'antagonisme des classes à l'intérieur de la nation, tombe également l'hostilité des nations entre elles. « (Le Manifeste Communiste)
Le récent « pogrom » à Amsterdam, par Fred Corvo
Publié le 20 Novembre 2024 par Fred Corvo, 13 novembre 2024 in politique bourgeoise
les émeutes d'Amsterdam suite à des matches de foot, en fait des actes de hooliganisme entre les groupes de pression pro-israéliens et pro-palestiniens font la même chose.
Introduction
Nous publions (en français canadien, par la grâce du logiciel DeepL) cet article d'un camarade néerlandais (F.C), très bien informé, qui vient bien à propos, sur les événements d'Amsterdam présentés par les médias de l'extrême droite à la gauche comme des "pogroms antijuifs"...
Pantopolis, 20 novembre 2024
https://leftdis.wordpress.com/2024/11/13/the-recent-pogrom-in-amsterdam/
- «
Les masses ont été poussées à la guerre pour le bien du grand capital :
la cruauté et la violence sanglante, la destruction et la profanation,
la ruse scandaleuse et le meurtre perfide leur ont été enseignés comme
les plus hautes vertus patriotiques. Un mépris total de la vie et de
l'âme humaines leur a été inculqué. Cette vie et cette âme ont été
jetées comme du fumier sur les champs de l’impérialisme. La suprématie
brutale des moyens mécaniques de destruction gouverne le monde.
Tous les moyens, tous les actes, toutes les tortures, toutes les bestialités sont permis contre l'ennemi. Le droit des gens devient un fantôme, salué par les gouvernants aussi froidement que les « règles de l’humanité ».
Les inhumains et les barbares sont les moyens par lesquels l'ordre impérialiste est construit.
Tant que cet ordre existera, cet empire sera le plus puissant et gouvernera le monde qui possède la plus grande quantité de moyens mécaniques de destruction, le plus grand nombre d'hommes pour les fabriquer et les renouveler, le plus grand pouvoir d'organisation pour les utiliser, et qui n'est gêné par aucun scrupule dans leur utilisation. L'impérialisme et l'humanité sont aussi incompatibles que l'impérialisme et la démocratie.
Henriette Roland Holst – van der Schalk,
« L'action révolutionnaire de masse » (1918)
Les événements d'Amsterdam qui ont commencé autour du match de football de l'UEFA entre l'Ajax local et le Maccabi Tel Aviv, ami, ont suscité de nombreuses et diverses réactions aux Pays-Bas, en Israël et au-delà. Comme d'habitude, les médias de masse, depuis les soi-disant journaux de qualité jusqu'aux médias « sociaux », et les politiques bourgeois de droite comme de gauche « encadrent » les événements et les faits fabriqués dans leur « récit », qui fait la promotion des sous-intérêts matériels des secteurs et des groupes bourgeois spécifiques qu’ils défendent. Autrement dit, on nous présente des justifications idéologiques d'intérêts spécifiques contre d'autres intérêts, toujours les intérêts bourgeois du pouvoir et de l'argent contre les intérêts de ceux qui sont exploités et opprimés, voire traumatisés, blessés ou tués dans la guerre inter-impérialiste.
Personne ne peut nier que ces intérêts bourgeois sont en partie liés à la guerre actuelle au Moyen-Orient entre l'État d'Israël et divers États palestiniens « potentiels » tels que le Hamas, le Hezbollah, les Houthis et d'autres milices « islamiques » soutenues par l'Iran. D'autre part, Israël bénéficie du soutien des États-Unis et, à travers l'AUCUS, l'OTAN et l'UE, de plusieurs pays qui forment le bloc occidental contre le bloc formé autour de la Chine, de la Russie et de l'Iran. Ce qui s'annonce dans les guerres locales au Moyen-Orient, en Ukraine et en Russie, en Asie (Myanmar) et dans de nombreux pays africains, c'est une troisième guerre mondiale entre les États-Unis, puissance mondiale en déclin, et la Chine, puissance mondiale montante. Une raison suffisante pour analyser les événements d’Amsterdam et leurs conséquences afin de les utiliser dans la propagande de guerre afin de préparer la population à cette guerre mondiale planifiée.
Une guerre mondiale n'est pas inévitable. Tout comme la Première Guerre mondiale – au cours de laquelle Roland Holst a écrit ces mots – a pris fin par une action révolutionnaire de masse en Russie, et plus tard par des mouvements de conseils ouvriers en Autriche-Hongrie et en Allemagne, de même la La classe ouvrière internationale peut empêcher une Troisième Guerre mondiale. soins, de l'éducation, manque de logements). Dans cet article, nous défendons l'unité des travailleurs, sans distinction de « race », de passeport, de langue, de religion, d'éducation, etc., en tant que classe avec ses propres intérêts opposés à ceux de la classe capitaliste , de la grande et de la petite bourgeoisie. C’est notre « cadre », mais sans idéologie, sans justification de l’oppression et de l’exploitation.
L'idéologie utilise certains mots, souvent dans un contexte historique et nationaliste, pour justifier l'exploitation et l'oppression, et dans la propagande de guerre pour mener les opprimés et les exploités dans une guerre impérialiste pour les intérêts bourgeois du profit et du pouvoir. Le sens de ces mots change aussi avec les intérêts bourgeois qui les utilisent. C'est pourquoi nous avons mis le mot pogrom entre guillemets dans le titre de cet article. Ce qui s’est passé à Amsterdam n’est pas un pogrom au sens des persécutions contre les Juifs en Europe de l’Est depuis le Moyen Âge. Elle n'est pas non plus comparable à la « chasse aux Juifs » organisée par les fascistes néerlandais et les occupants allemands à Amsterdam en 1941, contre laquelle une grande partie des travailleurs d'Amsterdam a protesté par la grève de février, ce magnifique acte de solidarité dans une action de masse spontanée sans précédent. Une action de masse, d’ailleurs, à propos de laquelle les médias et la politique bourgeoise restent terriblement silencieux. Nous n'utilisons pas non plus le mot « antisémite », puisque le lobby israélien s'est approprié ce mot pour condamner comme antijuive la critique de la politique de l'État d'Israël, même lorsqu'elle émane d'Israéliens et de Juifs. Nous n'utilisons pas de mots appropriés par le lobby palestinien pour des raisons similaires, telles que génocide (appel au droit international) et colonialisme (ignore les intérêts impérialistes des mouvements de « libération » nationaux).
Chronologie des événements et leur « cadrage »
Il n'est pas surprenant que les agences de presse « occidentales » et « arabes », par exemple, aient choisi des sélections à partir de faits réels et fabriqués de toutes pièces. Des vidéos circulent même sur les médias sociaux d’événements qui n’ont pas eu lieu du tout à Amsterdam et à une autre époque. Beaucoup de choses restent floues. Voici une tentative de reconstitution des faits les plus importants.
mercredi 6 novembre
Un groupe de partisans du Maccabi parade dans la ville dans un style hooligan. Ils crient « Palestine, va te faire foutre » et enlèvent un drapeau palestinien d'un squat. Sur la place du Dam, un drapeau palestinien part en fumée et un taxi est vandalisé. Un appel aux chauffeurs de taxi à se mobiliser apparaît en ligne. Dans un casino, où se trouvaient à l'époque environ 400 partisans du Maccabi, des affrontements ont eu lieu avec des chauffeurs de taxi (pour la plupart « arabes » et « musulmans »). La police protège les partisans du Maccabi. Il y a aussi des rumeurs selon lesquelles des partisans de football cracheraient au visage des femmes portant le foulard.
jeudi 7 novembre
Les partisans du Maccabi organisent une « marche des partisans » au centre-ville. Ils déclenchent de grands feux d'artifice et scandent des paroles anti-arabes et anti-palestiniennes qui glorifient la violence. D'autres crient et insultent les partisans, qui sont retenus par la police. Dès lors, des scooters sont apparus dans la ville, recherchant et attaquant les partisans isolés du Maccabi, pour ensuite disparaître à nouveau rapidement : des délits de fuite.
Avant le match, les partisans du Maccabi présents au stade ont interrompu la minute de silence en hommage aux victimes des inondations de Valence. L'Ajax gagne 5-0. Certains partisans du Maccabi se rendent à leurs hôtels dans des autobus protégés par la police. D'autres se rendent seuls dans les hôtels du centre-ville. Des appels apparaissent sur les médias sociaux pour trouver les fans du Maccabi au centre-ville. Les délits de fuite avec des scooters se répètent à grande échelle. Les gens sont poussés au sol, insultés, frappés à coups de poing et de pied, parfois forcés de dire « Palestine libre ». Les gens qui semblent juifs se font jeter des taxis. Des passeports sont requis pour déterminer si les gens sont israéliens. La police ne peut que rassembler un grand groupe de partisans et les transporter en autobus jusqu'à leurs hôtels. Cinq blessés ont été soignés à l'hôpital et des blessures mineures ont été signalées ailleurs. Les craintes des familles israéliennes concernant des enlèvements, semblables aux attaques du Hamas qui ont déclenché la guerre à Gaza, se sont révélées infondées.
Du jour au lendemain, le Jerusalem Post parle de « pogrom » à Amsterdam. Netanyahu veut envoyer deux avions à Amsterdam pour le rapatriement, ce qui s'avère ensuite inutile. Geert Wilders (le chef du parti d'extrême droite PVV, ouvertement pro-israélien – le plus grand parti au pouvoir aux Pays-Bas) écrit sur X : « Ça ressemble à une chasse aux Juifs à Amsterdam. Arrêtez et chassez les déchets multiculturelles qui ont attaqué les partisans du Maccabis dans nos rues. Et : « Un pogrom dans les rues d’#Amsterdam. Nous sommes devenus la Gaza de l’Europe ».
Vendredi 8 novembre
Le premier ministre Schoof (indépendant et ancien chef des services secrets AIVD et NCTV) décide de rester pour le moment au sommet de Budapest et rapporte sur X : « des attaques antisémites totalement inacceptables contre des Israéliens » . Il appelle Netanyahu.
Les
politiciens du pays et de l'étranger se sont empressés de condamner le «
pogrom » et d'exiger que des mesures soient prises. Le chef de Denk (un
parti « éveillé ») accuse les politiciens néerlandais d'indignation
sélective : «
Ces politiciens hypocrites sont restés silencieux lorsque la racaille
du Maccabi a scandé des slogans racistes et génocidaires sur Gaza. »
La
mairesse de gauche d'Amsterdam, Femke Halsema (Gauche verte), se laisse
entraîner dans le maelström de droite et pro-israélien, qualifiant les
auteurs de l'attaque avec délit de fuite d'«émeutiers et criminels haineux et antisémites ». » Elle se concentre uniquement sur la nécessité de rassurer la communauté juive de la ville. (1)
La « racaille marocaine »
Les émeutes à Amsterdam se sont poursuivies plusieurs jours après le départ des partisans du Maccabi, notamment dans un quartier d'Amsterdam où vivent de nombreux jeunes d'origine marocaine. La communauté marocaine aux Pays-Bas comprend toutes les classes, de la haute bourgeoisie à la classe moyenne et petite bourgeoisie, en passant par les travailleurs et l'inévitable lumpenprolétariat, dont certains sont impliqués dans la criminalité liée à la drogue. Ils se sentent souvent victimes de discrimination, et parmi les jeunes en particulier, beaucoup sont peu scolarisés et au chômage en raison d'une discrimination évidente sur le marché du travail. Les images de la guerre à Gaza et la propagande pro-palestinienne émanant des pays arabes et de militants d’extrême gauche, principalement des étudiants, ont mené à une identification à la cause palestinienne parmi cette jeune population.
En tant que maire de gauche d'Amsterdam, Halsema a finalement dû s'adapter à ce groupe, surtout lorsque la droite et l'extrême droite du gouvernement ont blâmé l'ensemble de la population d'origine arabe et musulmane pour la « chasse aux Juifs ». Tout cela, bien sûr, sous le signe de la démocratie, de l’égalité des droits civiques, de la tolérance et du respect.
Le noyau dur des partisans du Maccabi
Alors que les médias établis font toujours la distinction entre les partisans de football ordinaires et les hooligans lors d'événements similaires, il est frappant de constater que les partisans du Maccabi sont désormais regroupés. Les groupes de pression pro-israéliens et pro-palestiniens font la même chose. Les attaques contre les partisans ne faisaient également aucune distinction ; être israélien ou même juif était une raison suffisante pour être attaqué. Comme dans la guerre entre les puissances impérialistes, comme aujourd'hui au Moyen-Orient et avant dans les deux guerres mondiales, « l'ennemi » est la population entière qui, parce qu'elle est soldat, ouvrière dans l'industrie de guerre, mère de la prochaine génération. C'est pourquoi toute propagande de guerre vise à déshumaniser la population de « l'ennemi ». « On va baiser les Arabes », scandaient les hooligans du Maccabi à Amsterdam, et « Il n’y a pas d’écoles à Gaza parce qu’il n’y a pas d’enfants ». Et de l'autre côté, soi-disant en faveur des Palestiniens, aucune distinction, tous « Israéliens » ou « Juifs », quelle que soit leur position sur la guerre. C'est ce que « l'identité nationale », qu'elle soit fabriquée à gauche ou à droite, fait aux gens : elle les déshumanise et les prépare à tuer et à être tué.
Selon le « hooligan watcher » James Montague, le noyau dur du Maccabi Tel Aviv est connu pour son racisme envers les Palestiniens et les Arabes. Certains partisans sont des soldats déployés contre la population de Gaza et du Liban. Il est également probable que le Mossad se soit infiltré parmi les hooligans pour recueillir des renseignements et organiser des provocations, comme nous l'avons vu à Amsterdam. On sait aussi que les services secrets de différents États coopèrent parfois. Cela explique pourquoi NCTV n'a pas vu de menace concrète dans l'arrivée du Maccabi à Amsterdam.(2) Les émeutes ont été utiles à la fois à Netanyahu (« les Juifs sont en sécurité seulement en Israël ») et à Schoof aux Pays-Bas (« nous avons un problème d'intégration ». ), ainsi que pour les forces derrière les « Palestiniens ».
- L'ensemble du spectre politique bourgeois, de l'extrême gauche à l'extrême droite, se polarise vers plus de nationalisme, plus de répression, bien sûr sous couvert de paix, de droits de la personne, de démocratie et de droit international .
- Si la classe ouvrière se laisse diviser par cette situation, elle paiera un prix encore plus élevé que le déclin observé depuis les années 1980.
Fredo Corvo, 13-11-2024
(1) Selon certains articles de Trouw, notamment « Hoe een etmaal van spanningen eindigt in een nacht vol geweld » du 11/09/2024.
(2) Au contraire, Montague voit « un échec total des services de sécurité néerlandais ». Trouw, 12-11-2024, p. 4. La naïveté d'un observateur hooligan ?

