samedi 12 octobre 2024

Pittsburgh: la monnaie universelle sur le grill

 

dollar_grisFin septembre à Pittsburgh aux Etats-unis doit se tenir, un nouveau G20, ou la question centrale qui sera mise sur le tapis, sera le maintien du dollar comme équivalent universel. La crise du dollar ne date pas d' hier, mais aujourd' hui il semble bien que son déclin irréversible conduise à un « nouveau Bretton Woods » c' est ce qui ressort du discours ci dessous de N.Sarkosy.

« Et puis j’ai eu l’occasion également de dire combien je souhaitais, même si c’est un sujet difficile, que dans les mois qui viennent, nous parlions de la monnaie et du système monétaire international. Nous sommes sur le système de Bretton Woods. Bretton Woods c’est 1945, un pays qui a gagné la guerre, les Etats-Unis d’Amérique, une monnaie qui finance le plus vaste plan de soutien, le plan Marshall. Franchement, soixante ans après, on doit se poser la question : est-ce qu’un monde multipolaire politiquement ne doit pas correspondre à un monde multi-monétaire économiquement ? Je pense qu’il n’y a pas besoin d’être un grand spécialiste pour comprendre que l’une des questions de la stabilité de la situation économique passe aussi par cela. Alors il y a des tas de propositions sur la table : la proposition du FMI, la proposition des Chinois de créer une nouvelle monnaie de réserve, les propositions américaines. Il ne m’appartient pas de trancher entre ces différents débats mais il faut qu’il y ait un débat. » ( extrait de la conférence de presse de N. Sarkosy ,L' Aquila- jeudi9juillet 2009)

 Ce n'est donc pas les bonus qui sont importants, mais qui va payer la gargantuesque addition de la surconsommation à crédit du monde et notamment des Etats-Unis. La dette du Trésor et de la Réserve fédérale approche les 25 000 milliards de dollars.

 Nous venons de mettre sur le site mondialisme un article de 1994  sur le déclin du dollar et qui porte le titre: 

cliquer ci dessous pour voir l'' article

Les crises financières internationales

 

Dollarium tremens: la dédollarisation en marche ( août 2009)

 

  « Il est préférable que la plupart des citoyens de notre nation ne comprennent pas le fonctionnement de notre système bancaire et monétaire parce que, si c' était le cas, je pense qu'ils commenceraient une révolution dés demain matin. »  Henri Ford

   Dollar_cyclopeLa danse du scalp contre le dollar roi, est de nouveau active  et de nouvelles tribus tournent autour du feu pour liquider le roi dollar et adorer de nouveau le veau d' or.

Ce n' est certes pas nouveau, depuis l' abandon de l' étalon or en 19141, jusqu' aux accords de Bretton Woods2 après la seconde guerre mondiale, la gestion financière de la planète fut l' objet de nombreuses remises en question. Le Bancor3 proposé comme monnaie internationale fut rapidement mis au rancart par les Etats Unis qui imposèrent alors le dollar. Tant que les Etats-Unis, disposaient dans les coffres de Fort- Knox  d'importante réserves en or, il n' y avait pas de problème. C'est seulement quand la croissance économique se déplaça des Etats-Unis vers l' Europe, que les réserves d' or des américains s'amenuisèrent et se traduisirent  par un déficit de plus en plus important de leur balance des paiements. C' est à ce moment que les premières remises en cause du dollar comme monnaie universelle commencèrent. En dépit de diverses mesures de « replâtrage » le dollar se maintiendra. C'est en mars 1968, qu'une nouvelle crise monétaire éclate , qui se soldera  par la mise en place  d'un double marché de l' or.4

Depuis que le dollar est devenu l'étalon monétaire de la planète, tous ceux qui ont essayés de le détrôner, n'y sont pas parvenus, En France De gaulle ( 1965), puis Giscard ont essayés, ils ont été évincés.  Quand Saddam Hussein voulu payer le pétrole en euro, il avait mis en place une arme de  « destruction massive » qui lui vaudra la vie.

Stock d’or, en % des réserves mondiales

Années

Etats-Unis

Royaume-Uni 

   France

Allemagne

1923

44,4 

8,6

8,2

1,3

1924

45,7   

8,3

7,9

2,0

1925

44,4

7,8

7,9

3,2

1926

44,3

7,9

7,7

4,7

1927

41,6

7,7

10,0

4,7

1928

37,4

7,5

12,5

6,5

1929

37,8

6,9

15,8

5,3

1930

38,7

6,6

19,2

4,8

1931

35,9

5,2

23,9

2,1

Source : Barry Eichengreen, 1996, L’expansion du capital. Une histoire du système monétaire international, L’Harmattan,p.87.

Depuis, la crise financière , à considérablement réduit la puissance de la City et de Wall street, le dollar n 'est même plus une monnaie suspecte, il n' est plus une monnaie ou si l' on préfère une monnaie hélico5 alimentée par la planche à billet.

Alors les détenteurs de dollars s'énervent un peu plus et prennent des initiatives, les monarchies du Golfe  (Arabie saoudite, Bahrein, Emirats arabes unis, Koweit, Oman, Qatar, envisageaient, pour 2010 une monnaie unique sur le modèle de l' euro. Au moment de signer l' accord il n' en restait plus que quatre. Puis se fut le tour des détenteurs de matières énergétiques, qui ne veulent pas être les dindons de la farce, de passer à l' offensive.  Le Cartel de l' OPEP et la Russie veulent marcher sur les traces de Saddam Hussein;  ils comptent mettre en place une monnaie unique pour honorer les contrats pétroliers. Le Kazakhstan et l’Iran veulent une monnaie régionale, la Chine propose la mise en place d'une monnaie universelle par la mise en place d’un instrument de paiement dont la valeur serait déterminée à partir d’un panier de monnaies, et non plus fixée sur celle du dollar américain. Or cet instrument existe déjà, mais pas pour cet usage : ce sont les DTS. Fin mars, Dominique Strauss-Kahn déclarait « légitimes » les discussion sur une nouvelle monnaie de réserve.

Michael Hudson6, dans son article : Dé-dollarisation: le démantèlement de l' empire militaire et financier américain (17 juin 2009) va jusqu à dire :

« La ville Russe de Iekaterinbourg, la plus importante à l’est de l’Oural, pourrait désormais être connue comme le lieu où sont morts non seulement les tsars mais aussi l’hégémonie américaine. Non pas uniquement l’endroit où le pilote américain Gary Powers a été abattu en 1960, mais aussi celui où l’ordre financier international dominé par les USA a été mis à bas.

La remise en cause de l’Amérique sera le thème principal des réunions élargies de Iekaterinbourg, en Russie (ex-Sverdlovsk) des 15 et 16 Juin rassemblant le président chinois Hu Jintao, le président russe Dmitri Medvedev et les représentant les six pays de l’ Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Cette alliance regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et l’Ouzbékistan. L’Iran, l’Inde, le Pakistan et la Mongolie y ont le statut d’observateurs. Mardi le Brésil s’y joindra pour les discussions commerciales entre les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). » «

Suite à cette réunion le Président Sarkosy s' est dit en accord avec l' esprit de  Iekaterinbourg, ceci dans la logique du Gaullisme et lors du G8 qui s' est tenue à L' Aquila (Italie) plusieurs chefs d’État et de gouvernement ou leurs représentants ont clairement remis en cause l’ordre monétaire existant depuis les accords de Bretton Woods, ainsi que la prédominance du dollar dans les échanges mondiaux. Nicolas Sarkozy, a appelé à un débat sur la monnaie de réserve. Le représentant chinois a évoqué, pour sa part, "un régime monétaire international de réserve diversifié et rationnel" sur la base des droits de tirage spéciaux (DTS), le panier de monnaies utilisé par le Fonds monétaire international (FMI).

Le ministre allemand des finances Peer Steinbrück, a tenu à prendre ses distances en informant la presse que l' Allemagne restait farouchement favorable au dollar comme monnaie de réserve.

Selon Peer Steinbrück, "le rôle dominant des marchés financiers anglo-saxons" demeure mais il s'est "relativisé" avec la crise financière. le ministre social-démocrate (SPD) dans l'hebdomadaire Manager magazin, indique que  "le dollar va certainement garder son rôle particulier", mais selon lui "dans une proportion moins importante".

La réponse américaine ne s'est pas fait attendre

Le président Obama a défendu le dollar : “En ce qui concerne la confiance dans l’économie américaine ou dans le dollar, je ferais remarquer que le dollar est extraordinairement fort en ce moment. Et la raison pour laquelle le dollar est fort en ce moment, c’est parce que les investisseurs considèrent que les États-Unis ont l’économie la plus forte du monde, avec le système politique le plus stable du monde. Je ne crois pas à la nécessité d’une monnaie mondiale.»

  Il apparaît donc, que la question du dollar comme monnaie universelle est au centre des contradictions du monde capitaliste, au centre de leurs rivalités. Comme l' histoire de l' argent nous l' enseigne, il arrive toujours un moment ou il faut passer sous les fourches caudines du « paiement au comptant », ce moment semble arrivé..

En ce qui nous concerne, nous ne pensons pas que le retour à l' étalon or , change les paramètres de la crise du capital, ni un système basé sur les DST et autres monnaies. Il nous faudra revenir sur cette question dans un prochain article. Pour rappel l' article ci-dessous  de Loren Goldner qui anticipait déjà la crise.

continuité et discontinuité dans le déclin de l' accumulation mondiale centrée sur le dollar

notes

1-Le système de l'étalon-or a fonctionné de 1879 à 1914. Issu de l'échec du système bimétallique, il ne survivra pas à la crise économique et financière créée par la première guerre mondiale.

2Les accords de Bretton Woods, furent conclus à la suite d' une conférence tenue du 1er au 22 juillet 1944, entre quarante quatre pays membres, afin d' instituer un nouvel « ordre monétaire » suite à la deuxiéme guerre mondiale. Ces accords sont à l' origine de la création  du fond monétaire international (FMI) et de la Banque internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD)

  Etalon monétaire international dont la création fut proposée par John Maynard Keynes lors de la conférence de Bretton Woods (1944) et qui aurait servi de référence pour déclarer les taux de change.

L'or monétaire ne représentait plus, en 1968, que la moitié des réserves mondiales, contre les deux tiers en 1958. l' économie mondiale manquait de liquidités, ce qui favorisera le passage de l' étalon de change-or à l' étalon dollar

En novembre 2002, Bernanke (qui n’était alors qu’un des gouverneurs de la Réserve fédérale) a prononcé un discours célèbre dans lequel il a déclaré qu’au cas où déflation aux Etats-Unis serait semblable à celle du Japon, le gouvernement américain devait imprimer de l’argent à l’infini (faire marcher la planche à billets) et le déverser par hélicoptère. Depuis on le surnomme « helicopter Ben ». Les marchés le soupçonnent d’être un inflationniste.

Michael Hudson, brillant économiste jusqu’à récemment tout à fait marginal (pas marxiste, plutôt hudsonien). Son livre Super imperialism (1972) décrivit si bien la stratégie américaine de l’« Imperial Management Through Bankrupcy » (gestion impériale par la faillite) que le gouvernement Nixon s’en servit pour affiner sa stratégie. Il démontra que « l’aide » américaine subventionnait les exportations américaines et rien de plus, ce qui obligea le ministère du Commerce à réviser et même à supprimer les statistiques sur lesquelles Hudson s’appuyait. Super Imperialism a été réédité en 2002 par Pluto Press (Londres) avec une nouvelle préface et un nouveau chapitre final qui remettent l’analyse à jour.

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vendredi 11 octobre 2024

Macron comme Lagarde veut l'internationalisation des taxes

Le chef de l'État a par ailleurs plaidé pour «l'internationalisation» des taxes, lors d'un débat au sommet sur le système financier mondial qu'il organise à Paris.

«Vous êtes ici dans un pays à la pointe de la créativité en matière de taxes» : Emmanuel Macron a ironisé jeudi sur la forte pression fiscale française, plaidant pour «l'internationalisation» des taxes. Lors d'un débat au sommet sur le système financier mondial qu'il organise à Paris, le président français a rebondi sur des appels à de nouvelles taxes internationales pour financer la lutte contre le réchauffement climatique et contre la pauvreté.

En France, «nous sommes numéro deux au niveau mondial en termes de niveaux» de prélèvements obligatoires, a-t-il affirmé. «Et pourtant nous avons une taxe sur les compagnies aériennes, nous avons une taxe sur les transactions financières. Nous avons mis en œuvre les deux», a-t-il ajouté, déplorant que le reste du monde n'ait pas suivi, malgré des années de débats en faveur de ces impôts.

«Parfois, nous nous sentons un peu seuls», a poursuivi Emmanuel Macron. «Je suis un grand supporter de l'internationalisation de ces taxes, car cela réduirait mes problèmes», a ajouté le chef de l'État, qui s'est engagé politiquement à ne pas augmenter et même à réduire les impôts français, et s'est attiré le surnom de «président des riches» pour avoir en partie supprimé, lors de son premier mandat, l'impôt de solidarité sur la fortune.


jeudi 10 octobre 2024

CSG et CRDS, un racket permanent de l’Etat (Echanges 110-Automne 2004)

 

24 septembre 2006

Au moment où le gouvernement Raffarin semble s’opposer pour un temps à une hausse de la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) votée par la commission spéciale dont le président est le député UMP du Bas-Rhin Yves Bur, il nous semble important de faire un historique de la mise en place de cet impôt qui frappe la quasi-totalité des revenus, y compris les allocations familiales et les allocations chômage. Avec cet impôt instauré en 1996 « à titre provisoire » [1] pour financer les déficits de la Sécurité sociale entre 1993 et 1995, les salariés, retraités, chômeurs... rembourseront jusqu’en 2008 au budget général de l’Etat une dette dont ils n’avaient pas conscience. Chaque année 12,5 milliards de francs, vont dédommager l’Etat des 110 milliards de dette de la Sécurité sociale. (Voir Echanges 95, hiver 2000-2001, La « dette sociale », ponction fiscale généralisée).

Cette dette de 110 milliards de francs aura donc été payée deux fois : une première fois via la hausse de la CSG décidée en juillet 1993 (1,4 point) et la seconde par l’instauration de la CRDS.

Comment une telle aberration a été imposée au monde du travail

Au cours de l’année 1993, le déficit de la Sécurité sociale a été mis sur le dos de la brutale récession de l’économie française. « Le Trou de la Sécurité sociale », comme nous le connaissons bien en France, tant il nous obsède et nous culpabilise, est d’une telle ampleur, que le gouvernement Balladur fait reprendre le déficit par l’Etat - à titre temporaire.

En 1993, pour rembourser l’Etat, un fonds est créé : le FSV (Fonds de solidarité vieillesse). Il sera alimenté à partir du 1er juillet 1993 par l’augmentation de la CSG, qui passe de 1,1 % à 2,4 %. Depuis, le fonds a été intégré à d’autres prestations, mais le taux de la CSG a continué d’augmenter.

La ponction FSV devait se traduire par un prélèvement annuel de 12,5 milliards de francs sur les con-citoyens pendant treize ans pour rembourser l’Etat.

Le FSV et la hausse de la CSG avaient donc officiellement réglé la dette sociale de 1993. Cependant, quand Alain Juppé arrive à Matignon, en septembre 1995, il est lui aussi confronté au trou éternel de la Sécurité sociale. Pour la période 1994-1995, le déficit bat un nouveau record (120 milliards de francs) auxquels il faut ajouter les 110 milliards de 1993, visiblement pas remboursés, puisque la dette cumulée sera de 230 milliards [2].

Un véritable complot a été monté, pour liquider le système de protection sociale, au profit des sociétés d’assurances. La loi du 30 décembre 1995 va autoriser le gouvernement, en application de l’article 38 de la constitution, à réformer le système de protection sociale ; les fers sont mis au feu pour liquider le système de protection sociale français.

La voie est dégagée pour que l’Etat, mette en place un nouvel étage de prélèvement sur le monde du travail : la création de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades), le 24 janvier 1996, indique de par sa dénomination le sens de sa mission : faire payer aux salariés, retraités, chômeurs... les 137 milliards de francs de dette de la Sécurité sociale d’ici 2009.

Cependant, la Cades ne fera pas disparaître la FSV et le prélèvement de 1,3 % de CSG supplémentaire continuera à alimenter les caisses de l’Etat. Le FSV changera d’affectation : il servira à prendre en charge les périodes de chômage et de service national. Le scandale est si grand que même Mme Weil va reprocher ouvertement au gouvernement de « faire payer deux fois les Français ».

La Cades mise en place, le déficit va se poursuivre, malgré les non remboursement de médicaments... en 1995 il atteint 74,6 milliards de francs au lieu de 64,5 prévus, et en 1996 Juppé reconnaît un déficit de 54 milliards de francs. Il n’en fallait pas plus pour que le déficit reparte. En effet la Cades est un investissement garanti par l’Etat au taux obligataire de 6,033%, noté « triple A » par le agences de rating. Par conséquent la Cades offre un produit financier sans risque à taux élevé financé par les prélèvements sur le monde du travail.

« Une compagnie d’assurance-vie a pris 1 milliard d’un coup » [3] ( La Tribune du 27 septembre 1996) selon le même journal l’emprunt a trouvé preneur « auprès d’une communauté d’investisseurs diversifiée, incluant principalement des assureurs et des gestionnaires français, certes, mais aussi des banques allemandes, belges et luxembourgeoises, des fonds britanniques et italiens, et jusqu’à une banque central du Moyen-Orient ».

Le déficit chronique de la Sécurité sociale peut continuer, il faut qu’il continue pour alimenter le juteux marché de la dette sociale des placements financiers auprès de la Cades. Donc en 1997, le ministère de l’économie et des finances annonce le prolongement de la Cades pour cinq ans ( c’est à dire la ponction sur le peuple) (du 31 janvier 2009 au 31 janvier 2014), pour éponger les nouvelles dettes.

L’Etat étant le principal organisateur du capital financier, et aussi un grand bénéficiaire de la Cades [4], il fera tout pour prolonger la dette sociale et donc son remboursement... La Cades emprunte alors 300 millions d’euros (La Tribune du 26 juin 2001) pour que le spectacle continue.

Dans la situation actuelle, la Cades doit reprendre 35 milliards d’euros de dette pour la fin de l’année, auxquels il faut ajouter des déficits prévisionnels pour 2005 et 2006. Voilà le mécanisme, le déficit de la Sécurité sociale justifiant le prolongement des ponctions CRDS jusqu’en 2020.

« Les banques entourant l’opération avaient également observé que la perception des investissements n’avait pas été altérée par le nouveau prolongement de la durée de vie de la Cades (initialement prévue en 2014), dû au transfert des nouvelles dettes décidé récemment par le ministère de la Santé. » (La Tribune du 9 juin 2004.

Plus étrange encore, un curieux personnage du nom de Reichman a fait un grand tapage au mois d’août, pour célébrer la victoire de son association anti-sécu, le Mouvement pour la libération de la protection sociale (MLPS) [5]. Il indique même comment échapper à la CSG et CRDS en prenant une assurance à l’étranger et en fournissant une attestation à la Sécurité sociale. Si le transfert autorisé par l’Etat depuis 2001 venait à se faire par le truchement de contrat groupe dans des sociétés d’assurances étrangères, la dette sociale serait alors concentrée sur les assurés âgés qui ne pourraient pas quitter la Sécurité sociale.

G.Bad

Juillet 2004

samedi 5 octobre 2024

De la technocratie La classe puissante à l’ère technologique (PMO)

 


Débat sur le despotisme de « la technique »
L’association Technologos, qui réfléchit et débat sur « le rôle déterminant de la technique dans
nos sociétés », nous invite à plancher lors de ses rencontres sur « La technique dans la montée
de l’autoritarisme » le vendredi 20 septembre à 10h30 à Paris.
Nous avons maintes fois répété que nous n’avions pas, quant à nous, de querelle avec « la
technique » (tekhné, « l’art », « le savoir-faire »), mais avec la technologie. Non pas « l’étude
des techniques » (au sens premier du terme), mais la technologie au sens moderne, produit de
la science et du capital, avec l’essor vertical du machinisme industriel (Bigelow, 1829).
Que celui-ci, avec son organisation totale et implacable, soit intrinsèquement autoritaire, nul
ne l’a mieux montré, ni en si peu de mots, que Friedrich Engels, dans son article De l’autorité
(octobre 1872), exhumé par nos soins en 2015 (« Ludd contre Lénine », in De la technocratie).
L’extension de l’organisation scientifique du travail (OST. Taylor, Stakhanov) à l’ensemble de
la société elle-même, au moyen de la machinerie cybernétique, tel qu’on l’a vu depuis un quart
de siècle (rets électroniques, smartphones, mégadonnées, QR codes, etc.), ne peut donc
qu’entraîner l’extension et l’intensification de l’autoritarisme à l’ensemble de la société. Une
mutation que nous désignons comme l’avènement d’une société-machine, voire du règne
machinal1.
Comme le dit Engels, vous qui entrez ici, oubliez toute autonomie. La société-machine peut
être « pilotée » par une technocratie « de gauche », ou par une technocratie « de droite » (elles mêmes
pilotées par les algorithmes et « l’intelligence artificielle ») ; mais on y cherchera en
vain une quelconque « dialectique ». La société-machine est intrinsèquement hétéronome – et
autoritaire – ou plutôt, totalitaire.
Notre propos, lors de ces rencontres, portera sur « La technocratie, classe puissante à l’ère
technologique ». En prélude à des échanges qui seront forcément trop courts, voici notre préface
sur le sujet. Nous remettons également en circulation l’article extra-lucide de Friedrich Engels
dont, ni lui, ni les héritiers du « socialisme scientifique », n’ont à ce jour tiré autre chose qu’une
justification cynique de l’ordre industriel, de leur domination dans cet ordre, et de leurs pulsions
autoritaires.
Pièces et main d’oeuvre
Grenopolis, 7 septembre 2024
Rencontres Technologos, les 20 et 21 septembre 2024, au Centre International de Culture
Populaire, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris

 De la technocratie
La classe puissante à l’ère technologique
Avant-propos
Nous réunissons ici en volume une suite de textes publiés en ligne et en pièces détachées sur le
site de Pièces et main d’oeuvre et en fascicules imprimés, entre janvier 2015 et mars 2017. Nous
souhaitons les mettre ainsi à la disposition d’un autre public que celui des universitaires
émérites ou en activité, et des jeunes diplômés ou doctorants – quelques fois déserteurs - qui
nous font l’honneur d’y puiser des idées, des raisonnements, des références. De même que nous
remercions de tout coeur les auteurs cités, dont on trouvera la copieuse bibliographie en fin
d’ouvrage.
Aux alentours des années 2000, la critique écologiste la plus conséquente – donc antiindustrielle
– a élu les briseurs de machines luddites parmi ses sources d’inspiration les plus
sûres2. Après avoir mis en ligne en décembre 2010, Une Armée de justiciers, le merveilleux
chapitre consacré à la révolte des ouvriers luddites par l’historien E.P. Thomson, dans sa
Formation de la classe ouvrière anglaise3, nous nous sommes concentrés sur les ennemis des
luddites. Les partisans et défenseurs de la Machine. Inutile de souligner que nous devons –
nous, luddites, écologistes, anti-industriels, naturiens, etc. – connaître notre ennemi comme
nous-mêmes, afin de le combattre, à défaut de le vaincre.
Divers noms ont été mis à l’essai depuis 200 ans pour définir et désigner cette classe ennemie ;
bureaucratie, intelligentsia, « capitalistes du savoir », « professionnels », spécialistes, experts,
directeurs, managers, organisateurs, « bourgeois salariés », « bourgeois/petits-bourgeois
intellectuels », ITC (ingénieurs, techniciens, cadres), « technostructure », « couches » ou
« classes moyennes », etc.
Le plus juste, le seul juste, et le plus simple, était évidemment celui de « Technocratie », forgé
en 1919 par l’ingénieur californien William Henry Smyth, lui-même membre conscient et
partisan de la technocratie ainsi définie par le dictionnaire :
« Substantif féminin, souvent péjoratif. Système (politique, social, économique),
dans lequel les avis des conseillers techniques (dirigeants, professionnels de
l’administration) déterminent les décisions en privilégiant les données techniques
par rapport aux facteurs humains et sociaux ; par métonymie, le groupe social
participant à ce système.
Etymologie et historique. 1934 (Larousse. Mens.t.9, p.326). Composé des éléments
formant techno.- (de technique) et – cratie – « Je suis le maître », probablement par
l’intermédiaire de l’anglo-américain technocracy (1919. W.H. Smyth in Industrial
Management dans NED supple.) » (Trésor de la Langue Française. Tome 15. 1992)
Loin de se réduire à une caste de ronds-de-cuir acharnés à réglementer la fabrication de nos
fromages, la technocratie se définit comme la classe dirigeante - et consciente d’elle-même ; la
classe de la puissance et de la volonté de puissance, dans les sociétés technologiques avancées.
Puissance et volonté de puissance se définissant comme la capacité et la volonté d’agir sur le
monde et sur l’humain, et de les transformer concomitamment afin d’accroître sans cesse cette
2 Cf. David Noble, Le progrès sans le peuple, Agone, 2016 ; Les Amis de Ludd, La Lenteur, 2008
3 E.P. Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise, Le Seuil, 1988
3
puissance. A l’échelle historique, la rationalité de la puissance l’emporte sur toutes les autres,
mobilisant à chaque époque les moyens de la puissance propres à cette époque.
En un mot, la technocratie est la classe du savoir, de l’avoir et du pouvoir, tout à la fois produit
et productrice de la révolution industrielle, afin de révolutionner constamment les produits,
services et moyens de la puissance.
Détentrice de l’expertise, de l’efficacité et de la rationalité maximale, elle est ainsi l’aspect
dominant du bloc fusionnel qu’elle forme avec l’Etat et la « finance » par d’innombrables
alliages de famille, de culture, d’activités et d’individus interchangeables ou polyvalents ; ces
individus circulant sans cesse du « public » au « privé », du civil au militaire, de la recherche à
l’entreprise, quand ils n’endossent pas, simultanément, plusieurs aspects de la domination
technocratique.
L’enquête ayant saisi que la volonté de (toute-) puissance et la quête des moyens de la (toute-)
puissance, motorisaient l’histoire des sociétés humaines depuis leur émergence, elle peut
désormais en retracer le cours général. Que les conquérants de la puissance obéissent à la
nécessité matérielle, autonome, de produire pour se produire ; acquérant puissance et volonté
de puissance dans cet humble processus immanent ; et transformant ainsi leur corps et le monde
qui le prolonge (la nature, « le corps non-organique »), en machines et moyens de leurs fins
sans fin. – Ou - que ces conquérants obéissant à un modèle mimétique imaginaire (Dieu), et
reçu de l’extérieur (hétéronome), poursuivent au fil des temps le projet grandiose et
transcendant d’égaler l’omniscience et l’omnipotence divines. De s’auto-diviniser. Quitte à
s’aliéner dans cette insatiable et furieuse volonté de (toute-) puissance.
Science + puissance = puiscience. Si la conquête scientifique est en dernière instance celle des
moyens de la puissance ; la technologie, entendue ici comme application de la science, résulte
de ses noces avec le capital, à l’époque de la révolution industrielle (Bigelow, 1829). La
puissance du capital et de l’Etat ne peut s’accroître sans accroître constamment les moyens de
la puissance technologique. Les « transferts de technologie » sont des transferts de puissance.
À l’ère technologique, tout pouvoir doit se faire technocratique ou périr face à ses ennemis et
rivaux. L’Etat, l’armée, l’entreprise sont technocratiques. Le capital, privé ou public, est
technocratique. Une coopérative nucléaire ou un communisme cybernétique n’en seraient que
davantage technocratiques, achevant la mobilisation des machins humains au sein et au service
de cette Machinerie générale qui broie et dévore les milieux, les espèces, les peuples, les classes,
les individus – les « ressources » et « matières premières » - dont elle s’alimente.
Suivant les idées reçues de Marx et d’Ellul, et pieusement répétées par leurs disciples, les
systèmes capitaliste et technicien seraient tous deux des systèmes automates. Autonomes, c’està-
dire, ne recevant leur loi (nomos), que d’eux-mêmes. Des « processus sans sujet »,
uniquement mus par la « force des choses » et sans autre but que leur « auto-accroissement »
perpétuel (toujours plus de capital, toujours plus concentré ; toujours plus de technologie,
toujours plus expansive). Bref des moyens sans maître et sans autre fin que leur autoreproduction
en perpétuel emballement. (Songez à la prolifération des balais dans L’apprenti
sorcier)
Quant aux capitalistes et aux techniciens, ils ne seraient que les « fonctionnaires » asservis du
capital ou de la technique, des instruments impersonnels et interchangeables, non moins soumis
à leurs lois que les exécutants de base, et donc irresponsables de leur expansion universelle.
Or ces idées qui prennent l’apparence pour la réalité succombent à l’examen.
Les capitalistes ne sont pas réductibles aux « fonctionnaires du Capital », ni à des financiers
fous ou à des accapareurs pathologiques. Le profit capitaliste est d’abord un moyen d’acquérir
des moyens, une accumulation de moyens sous forme de signes d’équivalence (devises ou titres
4
de valeurs), en vue d’un but ; au service de la volonté de puissance ; pouvoir, prestige,
jouissance, longévité ; et même en vue de la toute-puissance ; création et immortalité.
Les capitalistes sont d’abord des passionnés de puissance qui accumulent les moyens de la
puissance dans la société de leur temps : les vaches, la terre, les armes, l’argent, les machines.
Que ces moyens changent, ils changent de moyens. De mékhané comme disent les Grecs qui
confondent moyen/machine sous un même nom. Ainsi la recherche du gain financier et de la
plus-value pourrait disparaître sous le capitalisme technocratique, en tant que moteur de
l’accumulation, au profit de celle des moyens directs de la puissance tels que les poursuivent
les promoteurs du transhumanisme.
La Machinerie générale qui détruit le monde et ses habitants depuis 200 ans n’est pas plus
« automate » qu’« autonome ». Il n’y a pas de « force des choses », sauf à sombrer dans la
pensée magique et l’anthropomorphisme (les objets se « cachent », ils ont de la « malice », etc.),
et à s’imaginer que les jouets s’éveillent la nuit pour vivre leur vie secrète.
Il faut distinguer entre la logique intrinsèque et virtuelle de « l’art de faire », du « savoir-faire »
- la tekhnê – la mékhaniké teckhnê par exemple, l’art de faire une machine, et son actuel
développement par certains hommes.
La logique virtuelle « des choses », leur rationalité, présente bien l’aspect automate du système
technicien, du capitalisme technologique (et de leur emballement conjoint), mais cette logique
virtuelle, cet automatisme latent, ne peut rien par lui-même tant qu’il n’est pas actualisé et activé
par des hommes qui « ont les moyens », qui « veulent des moyens », qui « se donnent les
moyens », etc. Et ils le font, au niveau platement empirique et historique, contre la volonté
d’autres hommes, et contre d’autres rationalités, d’autres « logiques des choses », qui perdent
en général. C’est qu’il y a réciprocité entre la tyrannie de l’efficacité et l’efficacité de la
tyrannie.
Si les champions du « socialisme scientifique » et les anticapitalistes de toutes nuances, n’ont
jamais critiqué la technocratie, c’est qu’ils en font sociologiquement partie. Ils ne peuvent pas
se voir, même si cet aveuglement est intéressé. L’arbre du capitalisme leur cache la forêt de
l’industrialisme. C’est qu’ils voient un bienfait dans l’emballement technologique et que la
théorie marxiste n’avait pas prévu l’avènement de la technocratie, dans sa prophétie du duel
final entre l’immense prolétariat paupérisé et la minuscule ploutocratie capitaliste. C’est enfin
que Marx n’a vu dans la révolte luddite qu’une rage infantile – voire réactionnaire - du nouveau
prolétariat industriel. Or Marx avait tort, et Ludd avait raison.
L’idéologie technocratique est née sous le terme d’« industrialisme », en même temps que la
classe qui l’incarnait, et sous la plume du Français Saint-Simon (1760-1825), l’un des maîtres
à penser de Marx, dont l’idéal résumé par Engels était de « remplacer le gouvernement des
hommes par l’administration des choses ». Ce qui à l’époque d’Internet (le filet), du smartphone
(le téléflic) et du QR-code (Quick response code) frise le fait accompli.
Saint-Simon avait connu son quart d’heure de célébrité en faisant remarquer que le pays ne
perdrait rien avec la disparition subite de la caste politique (princes, préfets, évêques, pairs du
royaume et présidents de la cour de cassation). « Le peuple en serait fort triste, car il a le coeur
bon. Mais si disparaissaient les cinquante plus grands industriels, les cinquante plus grands
savants, les cinquante meilleurs artisans, la nation serait détruite. » Ce qui était pointer la
nouvelle aristocratie sans lui donner son nouveau nom.
Six mois après son coup d’Etat, Lénine expose sa ligne économique dans la Pravda du
5 mai 1918. Il s’agit de construire « un capitalisme d’Etat industriel », sur « le modèle de
l’Allemagne et des trusts », en s’appuyant sur « les spécialistes-techniciens ou organisateurs,
moyennant des salaires élevés » et à l’aide de « méthodes barbares » pour « combattre la
5
barbarie ». Si l’on s’en tient aux faits – têtus - comme disait Lénine, c’est le parti de la
technocratie qui a pris le pouvoir et qui exerce la pire dictature jusque-là connue, au nom de la
classe ouvrière et sur la classe ouvrière. Le révolutionnaire Makhaïski a vu les faits sur le vif,
à travers les mots, lui qui dénonce l’intelligentsia exploiteuse des capitalistes du savoir :
fonctionnaires, directeurs, organisateurs, bureaucrates, scientifiques, spécialistes, ingénieurs,
techniciens, chimistes, agronomes, contremaîtres, cadres, comptables, gérants, etc. Les futurs
apparatchiks de la nomenklatura, reconvertis plus tard en oligarques et Nouveaux Russes.
Ludd avait raison, mais les léninistes ont eu raison de Ludd. Les paysans et les ouvriers russes
sont broyés par la machine technocratique qui forge en vingt ans la deuxième puissance
industrielle du monde, avant de s’effondrer en 1989, face à la concurrence extérieure
(américaine), et à la contestation intérieure (populaire).
La technocratie existait avant d’être nommée, de se connaître elle-même et d’être connue des
autres. La Première Guerre mondiale, la Grande Guerre industrielle et de matériel, est
l’équivalent inaperçu de sa révolution ; l’occasion et le moment d’émergence politique de la
classe technocratique, en tant que telle et consciente d’elle-même, dans tous les pays industriels
où elle ne se développait jusqu’alors, depuis plus d’un siècle, que dans l’ignorance à peu près
générale.
C’est donc aux Etats-Unis et sous la plume de William Henry Smith que surgit en 1919 ce
« mouvement technocratique » ès-qualité. Et des Etats-Unis qu’il se diffuse dans le monde, à
travers « l’américanisme ».
Smith avait eu des précurseurs (qui n’en a pas ?), notamment Edward Bellamy (1850-1898) et
H.G. Wells (1866-1946), mais c’est lui qui donne son nom à la technocratie et qui théorise
l’économie totale à la sortie de la Grande Guerre. Cependant que Thorstein Veblen, l’auteur de
la Théorie de la classe de loisirs, appelle à la formation de « soviets d’ingénieurs » et à la
révolution technocratique contre le capitalisme financier. Que Henry Ford, l’ingénieur et
industriel emblématique du XXe siècle impose le fordisme et le pacte fordiste à travers ses
livres et ses méthodes de production - sa version personnelle du technocratisme. Que Howard
Scott, enfin, l’agitateur, lance dans les années 30 un mouvement technocratique de masse, avec
parades, uniformes, organisation para-étatique, groupant des centaines de milliers d’adeptes,
avant d’être absorbé par le New Deal et noyé dans l’effort de guerre.
Mais l’irruption et l’exubérance technocratiques, couplées à celles des masses en mouvement,
caractérisent la période dans nombre de pays ; exaltation de la guerre, de la vitesse, de la
violence, des machines, de l’électricité, des paquebots, aéronefs, stades et Métropolis ; fascisme
et futurisme italiens ; bolchevisme, futurisme et cosmisme russes ; « modernité réactionnaire »
(Jeffrey Herf)4 et national-socialisme allemands (Ernst Jünger, Le Travailleur. Luddendorf, La
mobilisation totale).
En France, des groupes et des individus fraient la voie à « L’Esprit nouveau » (Apollinaire), à
« l’esprit industriel, mécanique et scientifique » (de Gaulle), au « planisme » (Philippe Lamour,
Le Corbusier), au « néo-socialisme » (Marcel Déat), directement inspiré de Saint-Simon,
Comte, Durkheim. Le groupe « X-crise » de Polytechnique (1931, Alfred Sauvy, Jean Coutrot),
attise ce mouvement technocratique qui traverse le Front populaire, l’Etat de Vichy et les
républiques d’après-guerre. Georges Lamirand célèbre Le rôle social de l’ingénieur (1932) et
de Gaulle plaide pour L’Armée de métier - de techniciens (1934) ; en attendant d’accomplir ses
propres plans : l’ENA, le CEA, la Bombe, les autoroutes, les cités, les centres commerciaux,
etc.
4 Cf. Jeffrey Herf, La modernité réactionnaire, L’Échappée, 2018
6
Organisation totale, mobilisation totale, fonctionnement total. Plan Manhattan, débuts de la
cybernétique et de l’informatique, essor du capitalisme technologique et technocratique.
Un siècle après le Coup d’Octobre, les spectres du communisme, les Négri, Badiou, Mélenchon
et leurs sous-produits (Vacarme, Multitudes, Comité « invisible », etc.), n’ont rien appris ni
oublié. Néo-futurisme, néo-bolchevisme de l’avant-garde de la technocratie qui « rêve
d’expansion au-delà des limites de la Terre et de notre forme corporelle immédiate ». Et qui
répète :
« Le socialisme est impossible sans la technique du grand capitalisme, conçue
d’après le dernier mot de la science la plus moderne, sans une organisation d’Etat
méthodique qui ordonne des dizaines de millions d’hommes à l’observation la plus
rigoureuse d’une norme unique dans la production et la répartition des produits.
Nous les marxistes, nous l’avons toujours affirmé ; quant aux gens qui ont été
incapables de comprendre au moins cela (les anarchistes et une bonne partie des
socialistes-révolutionnaires de gauche), il est inutile de perdre deux secondes à
discuter avec eux » (Manifeste de l’Accélérationnisme, Multitudes n°56, été 2014).
Il s’agit toujours de se mettre à l’école du techno-capitalisme le plus avancé, celui de la Silicon
Valley, pour « s’approprier les moyens de production et d’échange » (les NBIC, Internet, les
réseaux, les fablabs, les big data, l’usine automatique). De « dépasser » le cyber-capitalisme
pour lui substituer « la machine à gouverner » : le cyber-communisme des technocrates. Et
comme il y a un siècle, ils sont prêts à employer des « méthodes barbares » pour « combattre la
barbarie » - les réfractaires à la destruction du vieil homme et du vieux monde, de nos restes de
nature et d’humanité.
Le transhumanisme est l’idéologie de la technocratie à l’ère des « technologies convergentes »
(NBIC). Le mot apparaît en 1957 sous la plume du biologiste Julian Huxley pour remplacer
celui d’ « eugénisme », discrédité par le nazisme. L’emballement des NBIC nous mène au règne
machinal et à l’incarcération de l’homme-machine dans le monde-machine. C’est là que nous
en sommes.
Classe centrale, classe puissante, en quantité et en qualité, des sociétés technologiques
avancées, au moment de leur unification planétaire, la technocratie élimine les autres classes -
paysans, ouvriers, boutiquiers, employés de bureaux, des guichets, du commerce - qu’elle
remplace par des machines pilotées à distance (cybernétique). Cette élimination atteignant
désormais de multiples professions libérales (droit, presse, médecine, comptabilité), et de
métiers du soin et de l’enseignement (infirmiers, aides-soignants, enseignants), évincés par des
algorithmes, des logiciels, des automates et des robots.
Ainsi la recherche de « retour », de rendement financier, pourrait disparaître sous le régime
technocratique, en tant que moteur de l’accaparement, au profit de celle des moyens directs de
la puissance tels que les poursuivent les transhumanistes : c’est-à-dire des machines, des
« engins de création » de Drexler et de l’auto-machination. En clair, la transformation du corps
par ingénierie génétique et hybridation électromécanique5.
Voici plus de trente ans que, dans le sillage de Gorz6 des penseurs annoncent la sortie du
5 Eric K. Drexler, Engins de création, l’avènement des nanotechnologies, Vuibert, 2005
6 Cf. A. Gorz, Adieux au prolétariat-Au-delà du socialisme, Galilée, 1980 ; Les chemins du Paradis
(l’agonie du capital), Galilée, 1983 ; L’immatériel, Galilée, 2003
7
capitalisme, sous la poussée de l’automation et la chute des taux de profit. Ainsi se réaliserait,
disent-ils, la prophétie de Marx dans ses Fondements de la critique de l’économie politique
(1857) sur l’avènement du communisme, issu des flancs de la vieille société7. Rien n’interdit
en effet un « capitalisme collectif », un capitalisme sans capitalistes, un capitalisme d’Etat par
exemple – voyez l’URSS et feues les « entreprises d’Etat », en France - mais aussi le dirigisme
étatique du capitalisme américain ou chinois. La mode, chez nos penseurs, étant plutôt au
capitalisme participatif, coopératif, avec distribution de revenus à tous les cyborgs, suivant des
modalités plus ou moins généreuses, afin de conserver à la Machine des consommateurs
solvables. Bref, la creative class des start up s’intégrant aux robots dans une machine sociale
au fonctionnement optimal. Le cyber-communisme naissant du capitalisme technologique de la
Silicon Valley et « le dépassant ».
Cyber-communisme ou cyber-capitalisme, ce qui compte ici, c’est le changement de moyens.
La conversion du capital en machines. Ce n’est pas la première fois que l’on voit changer les
moyens de la puissance. Le capital lui-même n’était que la conversion du cheptel, des têtes
(caput) de bétail en signes et vecteurs de puissance. Nous en gardons la trace dans la pécune, la
richesse en bétail – puis en argent – issue de l’indo-européen peku, « troupeau ».
Bref, nous connaissons assez l’histoire pour savoir que la bourgeoisie et le capitalisme industriel
n’ont pas toujours existé ni régné, et pour imaginer qu’ils ne soient pas, ni ne règnent, toujours ;
mais à quoi bon, si doit leur succéder une technocrature libertarienne ou communiste ? Voire
le règne machinal de l’espèce supérieure des cybernanthropes ?
C’est de quoi il est ici question.
Marius Blouin
Janvier 2023

 

 

G,Bad-Christine Lagarde milite pour une politique fiscale mondiale, pour faire face à la prochaine crise.

 

Le discours prononcé 20 septembre 2024 à Washington1 par Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne et ancienne directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), est révélateur de l' inquiétude des milieux d' affaires .

Si précédemment Christine Lagarde pensait que la crise était derrière nous, cette fois elle inaugure une nouvelle explication en traçant des parallèles entre les années « 1920 et 2020 ».

Ce que le discours de Mme Lagarde indique dans ses comparaisons d' époques, c'est le rôle central jouer par les découvertes technologiques, découvertes devant chambouler régulièrement le monde. La fameuse « destruction créatrice » de Schumpeter.

« La deuxième transformation majeure au cours de cette période ont été les progrès technologiques rapides. Si la fragmentation avait constitué un pas en arrière, la technologie, elle, enregistra des progrès indubitables. Mais ces progrès déclenchèrent une série de changements dans l’économie et les marchés financiers, qui placèrent les banques centrales devant de nouveaux défis.

L’innovation accéléra rapidement à cette époque, essentiellement sous l’effet des avancées réalisées pendant la guerre. Ces développements entraînèrent l’introduction de nouvelles machines à bien plus grande échelle qu’auparavant. Les progrès les plus évidents furent ceux provoqués par le moteur à combustion interne – la ligne d’assemblage pionnière de Henry Ford – et par le réseau et le moteur électriques.

Le boom technologique entraîna des gains de productivité rapides. En Grande-Bretagne, par exemple, il fallait l’équivalent de cinquante-cinq semaines de travail d’un employé pour produire une voiture dans les usines de l’Austin Motor Company en 1922, contre dix seulement en 1927. Pour l’Europe dans son ensemble, le taux moyen de croissance de la productivité passa à plus de 2 % par an entre 1913 et 1929, contre environ 1,5 % par an entre 1890 et 1913. » (Discours de Christine Lagarde, présidente de la BCE, à l’occasion de la Conférence Michel Camdessus sur l’activité de banque centrale organisée par le FMI en 2024

Ici on remarque que la guerre est salvatrice, et permet des gains de productivité c' est à dire une diffusion plus importante de la machinerie pour l' extraction de la plus value relative. Macron est visiblement d' accord avec cette ineptie de guerre salvatrice :

« Lors de sa visite d’Eurenco à Bergerac, le 11 avril 2024, Macron a affirmé, satisfait, que l’économie de guerre créait richesse et emplois. Il considère donc que la mort et la destruction sont éminemment rentables. Et somme toute, tel est le but suprême recherché par tout bon administrateur des affaires capitalistes ! Quant aux esclaves salariés, ils ne sont considérés que comme chair à exploitation et à canon, et bien c’est ce qu’ils sont, qu’on se le dise ! Mais il ne s’agit encore là que d’un effort très modeste qui doit nécessairement se déployer grâce et par la politique de terreur et d’intimidation devant convaincre les classes subalternes du bien fondé d’une telle politique.

« La France a ainsi passé commande pour 20 milliards d'euros d'équipements militaires en 2023, un tiers de plus que les années précédentes, et les commandes export s'accumulent. Paris attend notamment la livraison de 1500 missiles antichar MMP, de 55.000 obus et pour les missiles anti-aériens, de 300 Mistral, 500 Mica-NG et 220 Aster. »2 (le Figaro)

La politique fiscale au niveau de l'OCDE.

Le discours de Mme Lagarde va mettre l' accent sur la politique fiscale au niveau mondial, ce n' est pas neutre et il faut s' attendre à une mise à contribution des dites classes moyennes plus intense. A ce niveau la France très endettée sera le premier pays de l' UE à promouvoir cette ponction à l' échelle mondiale, en réalité au niveau de l' OCDE.


« De l'autre côté de l'Atlantique, dans un discours prononcé en Irlande, la première directrice générale adjointe du FMI, Gita Gopinath, a mis en garde contre la crise qui s'aggrave dans les finances » publiques à mesure que les dettes s'accumulent.

Gopinath a déclaré que l’objectif de sa conférence était de promouvoir un « changement stratégique dans la politique fiscale mondiale » pour garantir que les gouvernements disposent des ressources nécessaires pour « lutter contre la prochaine crise ».(Discours Lagarde extrait).

Ce n' est pas la première foi que les USA interviennent pour imposer une super taxation, alors que les GAFA ne cessent de se faire une rente de situation sur les peuples d' Europe.

En 2021, Joe Biden avait dévoilé son programme de taxation pour financer la transition énergétique et les infrastructures, soit plus de 2000 milliards de dollars.

Pour le financer :

« Il prévoit notamment une augmentation du taux d'imposition des sociétés de 21 à 28%. " Si les Etats-Unis augmentent leur taxe fédérale à 28%, à laquelle il faut ajouter un taux propre à chacun des états, la taxation des entreprises américaines s'élèverait en moyenne à 32,4%. Les Etats-Unis risquent ainsi de devenir l'un des pays dont le taux d'IS facial est le plus élevé. Il est possible que par un effet de retour de balancier, certains groupes préfèrent s'installer en Europe " (Frédéric Teper, associé du cabinet Arsene, spécialisé en fiscalité internationale des entreprises.)

La solution est donc d'augmenter le taux de taxation en Europe,c'est tout le discours actuel du nouveau premier ministre Michel Barnier en France qui prétend « faire payer les riches » :

« l’effort » des grandes entreprises et des plus fortunés sera « ciblé et limité dans le temps »

Tout ce discours consiste à masquer que les Etats-Unis et les pays européens veulent trouver un accord sur un taux d'imposition minimal des entreprises 3afin d'instaurer des règles du jeu internationales plus équitables et régler les problèmes posés par les paradis fiscaux.

Les Etats Unis veulent un taux minimal d'impôt sur les bénéfices dans le monde de 21 %, soit presque le double des 12,5 % escomptés par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Mais aux dernières nouvelles l' OCDE vient de lâcher prise et accepte de taxer le patrimoine :

« l'OCDE suggère aux Etats d'adopter des mesures pour supprimer les dépenses fiscales sont source de distorsions et accroître les recettes provenant des impôts indirects, des taxes environnementales et des impôts sur le patrimoine dans de nombreux pays". L'OCDE appelle à augmenter la fiscalité sur le patrimoine .

Voir aussi ;Les remèdes du docteur Joe Biden : la relance de la consommation et la révolution fiscale.

Qui paye ses dettes s' enrichit

Tel est un verset biblique, qui ne concerne pas les Marxistes surtout quand il nous faut rembourser les dettes des capitalistes.

 "La dette publique, en d'autres termes l'aliénation de l’état qu'il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l'ère capitaliste. La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c'est leur dette publique." (K. Marx T 1 p 721 du Capital éd. Moscou)

En définitive, le peuple doit servir de garantie aux préteurs de tous bords, d' autant que la dette est devenue elle même un produit financier par le truchement de la monétisation de la dette publique 

On vend de la dette comme de la barbe à papa en foire. Il en résulté que depuis déjà quelques années une dévalorisation permanente des valeurs travail, et une sur-accumulation du capital fictif.

En dehors de la planification de la fiscalité des entreprises et du patrimoine, les taxes et ponctions diverses vont toucher le peuple au sens large. Les dépenses sociales sont déjà dans le collimateur de l' état, le report de l'indexation des retraites sur l'inflation du 1er janvier au 1er juillet 2025.Les dépenses de santé de l' assurance-maladie, seront cadrées et ne devront pas dépasser 2,8% en 2025.

Les collectivités locales devront, elles, lisser leurs dépenses, après avoir été accusées par le gouvernement sortant d’avoir contribué au dérapage du déficit public en 2024. Une baisse des effectifs de 100 000 emplois.

L' éco-paupérisation, elle vise les transports polluants notamment les véhicules thermiques, le secteur aérien français qui s’attend à être taxé à la hauteur d’un milliard d’euros supplémentaire. Des économies supplémentaires de 5 milliards d’euros seront demandées aux ministères

La non-revalorisation des crédits en fonction de l’inflation se traduira par une diminution d’environ 15 milliards d’euros pour les 1,5 milliard d’euros en faveur de la transition écologique.

Le tout devant atteindre 60 milliards d' euros.

VOIR AUSSI

Crise financiere-Ils veulent tous sauver le noyé en lui faisant boire de l' eau.


G.Bad

NOTES

1P ar Christine Lagarde en l’honneur de l’ancien directeur général du FMI. Michel Camdessus

26Sur le site web : https://www.lefigaro.fr/societes/economie-de-guerre-macron-en-dordogne-pour-une-future-usine-de-poudre -20240411

7Sur cette importante question nous avons publié un texte : « Impérialisme et anti-impérialisme...Formules de confusions »

dans notre revue Matériaux Critiques N°2 ainsi que sur le site : https://materiauxcritiques.wixsite.com/monsite/textes

3Depuis son accession à l'Elysée en 2017, le président Emmanuel Macron a en effet fait passer l'impôt sur les sociétés de 33,3% à 25% environ.

vendredi 4 octobre 2024

Julian Assange prononce son premier discours depuis sa sortie de la prison de Belmarsh: «j’ai plaidé coupable d’avoir fait du journalisme»

 



Laura Tiernan
  • Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a prononcé un discours puissant mardi à Strasbourg, lors d'une session de 90 minutes de  l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE). Il a décrit les 14 années de persécution extrajudiciaire, d'acharnement judiciaire et d'emprisonnement dont il a fait l'objet de la part des États-Unis et de la Grande-Bretagne, ainsi que leurs effets dissuasifs sur la liberté des médias dans le monde entier.

Assange est venu d'Australie pour se présenter en personne devant l'APCE. Il était assis aux côtés de sa femme Stella et du rédacteur en chef de WikiLeaks, Kristinn Hrafnsson. Il s'agissait de la première intervention publique d’Assange depuis sa sortie de la prison de Belmarsh, il y a quatre mois, à la suite d'un ‘accord de plaidoyer’ conclu avec le ministère américain de la Justice.

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, s'adresse au Conseil de l'Europe à Strasbourg, dans l'est de la France, le 1er octobre 2024 [AP Photo/Pascal Bastien]

Assange a déclaré à propos de l’accord, dans lequel il a plaidé coupable d'avoir conspiré avec l'analyste du renseignement de l'armée américaine Chelsea Manning pour obtenir et divulguer des documents classifiés : « J'ai finalement choisi la liberté plutôt qu'une justice irréalisable après avoir été détenu pendant des années et risqué une peine de 175 ans sans recours efficace ». Il a souligné: «Je ne suis pas libre aujourd’hui parce que le système a fonctionné. Je suis libre aujourd’hui après des années d’incarcération parce que j’ai plaidé coupable d’avoir fait du journalisme».

Il a déclaré que sans une campagne mondiale sans précédent pour sa liberté, menée par des militants, des citoyens, des professionnels du droit et de la santé et des représentants politiques, «je n'aurais jamais vu la lumière du jour».

Assange a assisté à une session parlementaire spécialement convoquée sur sa détention et sa condamnation. La session a été introduite par la députée islandaise Thórhildur Sunna Ævarsdóttir, rapporteure générale sur la situation des défenseurs des droits de l'homme pour le Conseil de l'Europe et membre du Parti pirate. Mercredi, l'APCE débattra de son rapport intitulé «La détention et la condamnation de Julian Assange et leurs effets dissuasifs sur les droits de l'homme».

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Julian Assange prononce son premier discours depuis sa sortie de la prison de Belmarsh: «j’ai plaidé coupable d’avoir fait du journalisme»

Le rêve destructeur de l'impérialisme de Cecil Rhodes à Elon Musk

Publié le 17 Mars 2025 par Pantopolis, 16 mars 2025 Le capitalisme à la recherche de nouvelles Atlantides extraterrestres « Toutes ces...