lundi 7 avril 2025

A l'origine de la décomposition du mouvement dit "bordiguiste" : les sirènes mortelles du populisme ‘anti-impérialiste’.



Publié le 31 Mars 2025 par PB/Pantopolis

«luttes de libération nationale» (Moyen-Orient, Afrique et Asie) : les sirènes mortelles du populisme ‘anti-impérialiste’.

Face au conflit permanent qui opposait depuis 1948 les États arabes à l’État d’Israël, le courant de Bordiga demeura internationaliste, insistant toujours sur le facteur «lutte de classe internationale». Dans un article de juin 1948, on pouvait lire : «En Palestine, ce ne sont pas la liberté, l’indépendance, quelque principe éternel qui sont défendus : ce qui est en jeu, c’est le régime international de l’exploitation, de l’impérialisme et de la guerre. C’est seulement par la rupture révolutionnaire de ce régime que les prolétaires arabes et juifs obtiendront la liberté et la paix», mettant ainsi fin à leur «esclavage»[1].

Cette position fut encore défendue lors de la Guerre des Six jours de juin 1967. L’organisation, dirigée par Bruno Maffi, dauphin de Bordiga, fut extrêmement claire dans l’article portant comme titre : «Il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient ni ailleurs tant que régnera partout en maître le Capital»[2]. On notera que dans cet article, il n’était nullement question de soutenir le «camp arabe» ni d’assimiler les prolétaires israéliens à des «pieds-noirs» :

«Les prolétaires arabes et israéliens ont contre eux le même ennemi : ou ils lutteront ENSEMBLE pour le déstabiliser, et les prolétaires des grandes métropoles impérialistes – qui ont bâti avec leur chair leur propre fortune – seront LES PREMIERS à donner l’exemple d’une bataille qui ne connaît pas de frontière de race, d’État et de religion; ou bien il y aura encore la guerre, là-bas comme partout, aujourd’hui comme demain»[3].

En fait, dès 1972, le ton commence à changer, d’abord théoriquement. Il Programma comunista republie un vieil article de Bordiga, «Oriente», puis exhaustivement les thèses de Bakou d’appel à la «guerre sainte» contre l’impérialisme anglo-saxon, les déclarations de Zinoviev et d’autres[4]. Puis, en octobre, après le massacre d’athlètes israéliens à Munich par le groupe terroriste palestinien «Septembre Noir» et la riposte militaire «musclée» de l’État israélien[5]. Le groupe français rejette les deux camps, mais sans condamner explicitement «Septembre noir», en soulignant que la violence terroriste est essentiellement bourgeoise et institutionnelle : «Ce que le monde bourgeois réprouve donc, ce n’est pas la violence et la terreur en soi, mais la violence et la terreur illégales, tandis qu’il se résigne comme à une de ses lois indestructibles (quand il ne l’exalte pas cyniquement) à la terreur étatique et militaire sanctionnée par la loi et le droit international». Aux luttes de libération nationale auxquelles ils concèdent un peu de «sympathie», les «programmistes» opposent l’«harmonie» de la «dictature prolétarienne universelle» :

«La politique prolétarienne ne nie pas les problèmes nationaux, mais la possibilité de les résoudre dans le cadre du capitalisme. Elle ne refuse pas toute sympathie aux minorités nationales opprimées en révolte, mais ne leur accorde son appui que pour faire triompher l’entente internationale des travailleurs... Aux solutions bâtardes de l’impérialisme, elle oppose les solutions harmonieuses (sic) de la dictature prolétarienne universelle».

L’expulsion de la tendance de gauche, agrégée autour de Lucien Laugier (France) et de Carsten Juhl (Suède) qui défendaient les positions kapédistes, accéléra la régression des «programmistes» vers les thèses national-populistes défendues au Congrès de Bakou en septembre 1920.

Lors de la guerre du Kippour, en octobre 1973, la réponse était déjà moins «classiste», et donc moins bordiguienne. Le prolétariat du Moyen-Orient avait disparu sous l’étiquette très populiste de «masses rurales et urbaines», une manière d’escamoter l’importante classe ouvrière d’Égypte et d’Israël. «… il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient tant que l’impérialisme mondial, et avec lui les bourgeoisies locales et les classes dominantes étroitement liées… n’auront pas été renversés par une gigantesque vague de classe unissant enfin les prolétaires des métropoles capitalistes de l’Ouest et de l’Est aux masses rurales et urbaines aujourd’hui encore jetées par leurs exploiteurs les unes contre les autres au nom du sang, de la race ou de la religion»[6].

Une position, il faut le souligner bien plus internationaliste que celle des trotskystes qui en appelaient au soutien des bourgeoisies arabes, sans que soit mentionnée l’existence de prolétaires juifs et arabes :

 «Si les révolutionnaires prolétariens doivent être résolument pour la victoire des États arabes parce qu’une victoire d’Israël renforcerait la domination impérialiste au Proche-Orient, ils ne doivent pas pour autant laisser croire que la lutte anti-impérialiste passe par la guerre contre Israël et qu’elle peut être menée par les bourgeoisies arabes»[7].

Cette position trotskyste, le PCI va la faire sienne progressivement, prenant ouvertement parti pour les combattants des milices palestiniennes, les fédayins, «véritables victimes»[8]. Guerre était déclarée à Israël : «les masses exploitées du Liban et de Palestine … doivent faire face à l’État ‘pied-noir’ d’Israël», finalement comparé à l’Algérie coloniale française. Les ouvriers israéliens et palestiniens étaient jetés à la trappe, pour mieux encenser les «magnifiques élans des masses plébéiennes exploitées et pauvres» (sic).

De fait, la guerre du Kippour marquait un tournant, qui fut souligné par la revue du groupe «Révolution internationale» dès janvier 1974[9]

Le PCI «programmiste» tint de moins en moins une rhétorique prolétarienne au point de soutenir, parfois dans un langage maoïste («marxiste-léniniste») les luttes de libération nationale au Moyen-Orient, en Afrique Noire et les «révolutions paysannes» dans la péninsule indochinoise, dont les États-Unis venaient de se dégager après la visite de Nixon en Chine.

Dans un article intitulé «Honneur à Luanda et aux prolétaires d’Afrique noire»[10], l’organisation bordiguiste française passait allégrement d’une vision marxiste, fondée sur la lutte des classes, à une vision anti-impérialiste et racialiste de l’histoire. Le Prolétaire se félicitait de l’intervention des troupes cubaines encadrées par des conseillers russes pour repousser les troupes sud-africaines et consolider le nouvel État angolais : «La victoire de la jeune république d’Angola et la débandade des troupes adverses sur tous les fronts est un événement d’une portée considérable… Aujourd’hui, puissamment aidé par un fort contingent cubain et par un apport imposant de matériel et de conseillers russes, le MPLA [Mouvement populaire de libération de l’Angola][11] a mis en déroute non seulement l’inconsistant FNLA et refoulé au Zaïre les troupes de Mobutu et les mercenaires, mais il a aussi repoussé la colonne d’intervention sud-africaine... ».

Même si l’article du Prolétaire soulignait les appétits impérialistes d’une Russie qui peut «ainsi se placer sur la route du pétrole et des minerais qui vont de l’océan Indien vers l’Europe et même l’Amérique», les bordiguistes s’enthousiasmaient pour cette victoire du MPLA et des Cubains jugée «historique». Il s’agissait d’une victoire aussi bien «raciale» que morale, et même «prolétarienne» :

«Cette victoire du MPLA sur l’Afrique du Sud… dépasse de loin l’importance somme toute limitée de l’engagement militaire proprement dit. Elle est déjà un encouragement formidable à la lutte des exploités et des opprimés dans toute cette partie de l’Afrique, la plus industrielle et en même temps la plus explosive du continent. C’est une victoire du mouvement d’émancipation de la race noire contre l’oppression séculaire perpétrée par la race blanche. Le succès militaire devient ainsi une victoire morale qui doit faire souffler sur toute l’Afrique opprimée un vent libérateur, qui atteindra d’ailleurs tôt ou tard l’impérialisme russe lui-même… Mais il y a une autre chose dont le prolétariat international a mille raisons de se réjouir : ce sont les premiers pas faits sur la scène politique par le jeune prolétariat de Luanda et des autres villes par les prolétaires et semi-prolétaires des plantations et par toutes les masses exploitées… »[12].

Et de conclure par un hymne africaniste, où sont convoqués tous les martyrs «prolétariens» de la lutte «anti-impérialiste» : Patrice Lumumba et l’UPC (Union des populations du Cameroun)[13], définitivement «vengés». Le Congrès de Bakou des «peuples de l’Orient» (septembre 1920) est alors transposé en Afrique noire : «Une ère nouvelle s’ouvre pour l’Afrique ‘arriérée’ qui vient de donner une leçon à l’Europe et à l’Amérique ‘civilisées’. Honneur à l’Afrique»[14].

Même position chez les schismatiques du groupe florentin Il Partito Comunista (dirigé par Giuliano Bianchini*). Celui-ci, invite en février 1976 à constituer des «noyaux communistes révolutionnaires», «participant, de façon organisée, et sur leur propre terrain de classe, d’abord à la guerre de libération anti-impérialiste, puis à la révolution communiste anti-bourgeoise»[15].

Quelques mois plus tard, le PCI allait même plus loin dans son anti-impérialisme, lorsque les Khmers rouges soutenus par la Chine entrèrent à Phnom-Penh qu’ils vidèrent de sa population, déportée dans des camps de travail et des camps de la mort. Ils saluèrent la «terreur révolutionnaire» massivement appliquée par les «sans-culottes» khmers :

«Tout révolutionnaire et militant anti-impérialiste sincère ne peut pas ne pas sentir comme un devoir élémentaire la solidarité avec la révolution indochinoise, et en particulier avec la terreur révolutionnaire avec laquelle la composante la plus radicale du mouvement indochinois défend et poursuit au Kampuchéa des bouleversements économiques, politiques et sociaux qui, dans leurs manifestations les plus extrêmes, évoquent les mouvements nationaux-révolutionnaires que l’Internationale de Lénine se proposait de soutenir, de propulser et de diriger dans les aires arriérées»[16].

Le «Parti» soutient «la terreur révolutionnaire… contre laquelle se déchaine, avec un sûr instinct de classe, la presse au service de l’impérialisme, parce qu’elle sait qu’il n’y a pas de révolution victorieuse sans dictature, ni de dictature consolidée sans terreur»[17].

En 1979, l’invasion du Cambodge par l’armée vietnamienne révéla l’étendue du génocide commis par le régime khmer rouge. Mais le PC International considéra que c’était une simple «tragédie», au même titre que la Révolution russe. Néanmoins, la marche en avant de la «révolution bourgeoise» devait être «saluée et favorisée», «en tant que prémisse de la naissance d’un prolétariat moderne»[18].

Les schismatiques florentins du PC International (Il Partito Comunista), qui de 1975 à 1979 avaient fait silence à propos de la «question cambodgienne», ne tinrent pas un autre langage, absolvant à leur tour les khmers rouges. Tous les paysans khmers étaient identifiés aux khmers rouges, et c’est donc eux qui avaient perpétué un massacre mis sur le compte de la «révolution agraire» et d’un ‘reliquat’ de «communisme primitif» :

«En combattant seuls, les paysans khmers ont réalisé leur révolution radicale, une révolution agraire qui comme toutes les précédentes dans l’histoire humaine se caractérisa par sa violence et sa férocité, par la haine de la civilisation urbaine, … par un naïf égalitarisme ayant encore en mémoire les formes de communisme primitif dans l’exploitation de la terre… Ce n’était pas le socialisme mais l’action d’un État s’appuyant sur des bases socio-économiques agraires – de plus – arriérées, c’était des mesures d’urgence nécessaires à la survie même du nouvel État, intrinsèquement fragile. Les bourgeois et les opportunistes, y compris les Vietnamiens, se scandalisent de la terreur et de la férocité qui se sont manifestées au Cambodge, alors qu’au contraire une telle férocité était nécessaire, proportionnée aux abus et à l’oppression que les paysans khmers avaient subis pendant les longues années d’exploitation coloniale et impérialiste, d’une part, et de l’isolement et de la trahison de la même bourgeoisie vietnamienne qui se prétendait révolutionnaire… Nous croyons que – alors que tous ont condamné le radicalisme social des khmers rouges, funeste présage pour les bourgeois de révoltes agraires dans toute l’Indochine – tous (Chine incluse) ont poussé un soupir de soulagement quand les troupes vietnamiennes sont entrées au Cambodge et se sont révélées être les meilleurs garants du statu-quo social»[19].

La réalité sanglante de l’oppression, qui fut aussi bien sociale que raciale[20], recouvra toute cette sanguinolante logorrhée anti-impérialiste. Néanmoins, aucun des deux tronçons du Parti communiste international n’osa jamais battre sa coulpe sur cet appel à la «terreur rouge» qui fut mis en pratique systématiquement sur le territoire khmer. Il aurait fallu conjointement une réflexion approfondie sur le phénomène génocidaire qui dépassait un entendement plongé dans le formol sectaire, une réflexion aussi sur ces «bourreaux ordinaires» dont la motivation n’était pas la «revanche sociale»[21].

Dans un ultime sursaut, avant la crise finale de 1982, une réunion générale du PCI «programmiste» de l’automne 1979 put proclamer «la fin de la phase révolutionnaire bourgeoise dans le tiers-monde», et donc la vacuité des «révolutions doubles»[22].

Elle concluait par un rejet de facto des thèses de Bakou préconisant « l’union des centaines de millions de paysans d’Orient avec les prolétaires d’Occident ». Désormais, un nouveau cycle mondial s’ouvrait aboutissant «à l’union des centaines de millions de prolétaires des vieux et nouveaux mondes entrainant derrière eux, dans la lutte contre les forteresses impérialistes et toute la chaine mondiale des États bourgeois, les masses aussi nombreuses de paysans pauvres et exploités des continent dominé[23].

L’insurrection de la Pologne ouvrière contre le capitalisme d’État amena le mouvement «programmiste» à publier en différentes langues un Manifeste. Reconnaissant que «s’épuisait le cycle des révolutions anticoloniales», il affirmait que «la société (était) archimûre pour le communisme» et que «c’est vraisemblablement en Europe centrale que se gagnera après une série de batailles menées sur tous les continents la première manche décisive de la prochaine vague révolutionnaire»[24].

À la fin des années 90, devant la montée en puissance du capitalisme chinois, les «programmistes», fort affaiblis, proclamaient la fin des révolutions «national-bourgeoises» : elles devaient s’incliner devant la «jeune taupe» de la mondialisation[25]. Le processus communiste triompherait par «l’institution despotique d’un plan unique mondial qui, en violant les lois du marché, mettra à la disposition de l’ensemble du monde, l’ensemble des richesses aujourd’hui accumulées dans une poignée de pays hyperprivilégiés aux dépens de l’immense majorité des pays économiquement dominés»[26]

Cette conclusion, anticipée par le Manifeste de 1981, se trouvait en pleine contradiction avec la politique «national-révolutionnaire» défendue jusqu’ici par le «Parti» à propos de la question palestinienne.

 

 

 

[1] «Per chi scannano i proletari ebrei ed arabi», Battaglia Comunista n° 19, 3-10 juin 1948, p. 1.

[2] «Non vi sarà pace né nel Medio Oriente, né altrove, finchè regna sovrano dovunque il capitale», Il programma comunista n° 11, 14-28 juin 1967, p. 1. Cet éditorial est probablement de Bruno Maffi qui était le rédacteur en chef.

[3] Le journal français Le Prolétaire n° 45, juillet-août 1967, par contre, soulignait que la «fondation d’Israël est la fausse solution d’un problème social». Le groupe du PCI en Algérie, composé au départ d’un bon nombre de coopérants français et italiens (comme Salvatore Padellaro*), en appelait au rejet de tout patriotisme et à la fraternisation par-delà les fronts militaires : «À vous prolétaires palestiniens, arabes et israéliens, nous disons : Fraternisez, jetez les armes, mieux encore, retournez-les contre vos exploiteurs… Vive la lutte de classe des travailleurs contre la guerre de la bourgeoisie. Vive la lutte pour la révolution sociale».

[4] «Le tesi sulla questione nazionale e coloniale al primo congresso dei popoli d’Oriente (Baku, 1920)», Il programma comunista n° 12, 10 juin 1972; «Il discorso Zinoviev al primo congresso dei popoli d’Oriente», Il programma comunista n° 14, 8 juillet 1972; «Le tesi sulla questione nazionale e coloniale al primo congrosso dell’Internazionale comunista», Il programma comunista n° 16, 29 août 1972, p. 2.

[5] «Filisteismo della non violenza» [Philistinisme de la non-violence], Il programma comunista n° 18, 27 sept. 1972, p. 1. Voir aussi : «De l’attentat de Munich à la guerre du Liban», Le Prolétaire n° 135, 2-15 oct. 1972.

[6] Souligné par nous. «Ancora il Medio Oriente», Il programma comunista n° 19, 11 oct. 1973, p. 1; «Le Moyen-Orient en flammes», Le Prolétaire n° 159, 22 oct.–4 nov. 1973. La version italienne avait ajouté comme ‘ennemi de classe’ : «l’ignoble sanhédrin [tribunal religieux et civil] de leurs propres exploiteurs». Ce membre de phrase a disparu de la version française.

[7] «Le conflit du Proche-Orient : pourquoi les révolutionnaires sont dans le camp des pays arabes», Lutte de classe n° 14, nov. 1973 [Mensuel de l’organisation trotskyste française «Lutte Ouvrière»]. Et d’ajouter : «La lutte d’émancipation des pays du Moyen-Orient, dans le contexte actuel de la domination impérialiste, passe peut-être par la guerre contre Israël. Mais la guerre contre Israël n’est pas un moyen d’abattre et de détruire l’impérialisme» [Souligné par nous].

[8] «Face sanglante du Moyen-Orient, cynisme d’une guerre, cynisme d’une paix», Le Prolétaire n° 160, 5-18 nov. 1973.

[9] Cf. l’article de Chardin  : «Misère de l’invariance», qui soulignait «l’abandon du terrain de classe» du Moyen-Orient au Chili. Cet article brocardait les «petits écrivains du Prolétaire qui réclament des mouvements ‘audacieux’, ‘despotiques’ de ‘jacobins’ et de ‘sans-culottes’», qui «substituent la guerre des races à la guerre des classes» et s’accrochent, en mauvais acrobates, à «une invariance mythique d’un programme invariant qui n’a jamais existé». L’auteur lâchait in fine un petit ‘mot de Cambronne’ : «à force d’être con, on devient odieux» [Révolution internationale n° 8, Paris, mars-avril 1974, p. 10-16]. 

[10] «Honneur à Luanda et aux prolétaires d’Afrique noire», Le Prolétaire n° 214, 21 février-5 mars 1976, p. 1-2.

[11] Issu du Parti communiste d’Angola, le MPLA avait été fondé en décembre 1956. Établissant son siège à l’extérieur de l’Angola portugaise autant à Alger qu’à Conakry, il reçut l’appui de l’impérialisme russe, tandis que le mouvement rival le FNLA recevait celui de la Chine, du Congo-Kinshasa de Mobutu et des USA. De 1975 à 1992, le MPLA, soutenu par la Russie et Cuba, gouverna le pays, sous forme de parti unique. En 1976, le MPLA et les troupes cubaines (Operación Carlota) contraignirent l’armée sud-africaine à se retirer du territoire angolais, laissant ses rivaux l’UNITA et le FNLA sans autre appui que celui des Américains et des Chinois. Sous la présidence de Ronald Reagan (1981-1989), les Sud-Africains reçurent tout l’appui américain nécessaire pour pénétrer militairement en Angola. Appuyés par le FNLA, ils furent défaits par l’armée cubaine, qui comprenait plus de 30.000 hommes, à la bataille de Cuito-Canavale (12-20 janvier 1988). Dans le contexte de l’effondrement du bloc soviétique et du régime raciste d’apartheid en 1991, la « guerre froide » prit fin… pour quelque temps. Un gouvernement d’union nationale avec l’UNITA et le FNLA se forma, où ils ne jouèrent qu’un rôle fantôme. Le MPLA est aujourd’hui membre de l’Internationale socialiste. La guerre civile, en fait une guerre entre grandes et petites puissances impérialistes, où intervinrent toutes les grandes puissances, laissa un million de morts. Le seul «honneur des prolétaires africains», célébré par le PCI en 1976, fut celui d’avoir été massacrés pour une cause et des intérêts qui n’étaient pas les leurs.

[12] Ibid. Souligné par nous.

[13] L’UPC, parti nationaliste camerounais, avait été fondé en 1948. Soutenu par Pékin, il s’insurgea contre le pouvoir colonial français dès 1955 puis contre les nouveaux dirigeants camerounais soutenus par la France. L’un des chefs de la guérilla UPC, Félix-Roland Moumié, fut empoisonné à Genève par les barbouzes français en octobre 1960. Un autre dirigeant, Ernest Ouandié, fut fusillé le 15 janvier 1971 sur ordre du dictateur Ahmadou Ahidjo, qui conserva le pouvoir jusqu’à novembre 1982.

[14] Ibid. Souligné par nous.

[15] «Angola: independenza nazionale tra il fuoco incrociato del imperialismo», Il Partito Comunista n° 18, Florence, février 1976, p. 2-3; «Angola: La borguesia nazionale rinuncia alla rivoluzione», Il Partito Comunista n° 6, février 1975 : «Guerre sainte contre l’impérialisme». Souligné par nous.

[16] «La LCR et le Kampuchéa révolutionnaire, une caricature d’internationalisme», Le Prolétaire n° 225, 24 juillet-3 sept. 1976, p. 4. Souligné par nous.

[17] Ibid. Souligné par nous.

[18] «Le socialisme est internationaliste et international ou il n’est pas», Le Prolétaire n° 286, 24 mars-6 avril 1979, p. 1.

[19] «Nella guerra d’Indocina affonda il mito del socialismo vietnamita», Il Partito Comunista n° 54, Florence, février 1979, p. 2. Souligné par nous.

[20] Cf. Ben Kiernan, Le Génocide au Cambodge, 1975-1979. Race, idéologie, et pouvoir, Gallimard, Paris, 1998.

[21] On peut lire ce compte rendu clinique d’un psychiatre français, en contact avec des réfugiés khmers : « (Les bourreaux) ignorent la dialectique et ne sauraient faire la différence entre un crime politique et un assassinat crapuleux. Ils n’ont pas été formés à l’école du parti (sic). Nombreux viennent des campagnes et furent avant tout de bons riziculteurs, de bons voisins aussi, partageant leurs maigres revenus avec leurs proches… sans haine, ni passion, sans désir de revanche sociale, sans plaisir non plus, ils tuent bien plus d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards que leur mémoire ne leur permet aujourd’hui de comptabiliser. Approximativement deux mille de ses propres mains, dira l’un d’entre eux… En fait, il ne sait pas, le nombre, il a oublié». Quant à la classe dirigeante khmère rouge, dirigée par Pol Pot, elle «ne considérait les vivants destinés à la destruction que comme des cadavres en puissance» [Richard Rechtman, «Faire mourir et ne pas laisser vivre. Remarques sur l’administration génocidaire de la mort», Revue française de psychanalyse, PUF, mars 2016, n° 1, tome LXXX, p. 137-148].

[22] «La fin de la phase révolutionnaire bourgeoise dans le ‘Tiers Monde’», Programme communiste n° 83, juillet-septembre 1980, p. 23-58.

[23] Ibid.

[24] Brochure n° 17, De la crise de la société bourgeoise à la révolution communiste mondiale. Manifeste du Parti Communiste International. 1981 (supplément au n° 332 du Prolétaire, 20 mars-2 avril 1982). Ce Manifeste devait être publié en 10 langues, dont le farsi, l’arabe et le turc.

[25] C’est ce que souligna avec force dans les années 90, l’organe «programmiste» italien : «E’ al lavoro la talpa della ‘globalizzazione’ capitalistica», Il programma comunista n° 11/12, déc. 1997. En français : «La taupe de la ‘globalisation’ capitaliste est au travail», Cahiers internationalistes n° 5, Milan, printemps 1998, p. 1-3.

[26] Ibid.

dimanche 6 avril 2025

Dévalorisation permanente de la force de travail à l'échelle globale, pour empêcher la dévalorisation du capital.

 

Le texte ci dessous fut l'objet d'un débat avec un dénommé « Luniterre » et sa théorie Banco- centralisatrice qu'il oppose à la grande dévalorisation de Ernst Lohoff, Norbert Trenkle . L’intérêt de ce débat est de hisser la critique de l' économie capitaliste à ses frontières, celles d'un capital fictif aux abois présageant la crise catastrophique finale du capital et sa fuite vers la guerre. Actuellement les bourses mondiales dévissent et un Krach mondial est déjà opérant,

Le texte ci dessous de 2020 était resté en attente

Le Covid est, bien évidemment à l' échelle mondiale ce « marché » dont ils vont chercher à tirer profit ( cela ne veut pas dire qu'ils (les capitalistes) vont y parvenir tout dépendra des réactions populaires. Je dis populaire car il n'y aura pas que le prolétariat concerné, mais aussi la classe moyenne salariée CMS,les petits entrepreneurs et tout ceux qui seront victime de la « nouvelle économie ». Il y a encore dans les pays de l'OCDE des réserves en épargne que le capital est en mesure de pomper ( son dernier recours).

Le mouvement des gilets jaunes caractérisé d' atypique fut de ce type.

La période actuelle marque l'échec de l'économie du développement. Aussi bien du nationalisme économique des ex-colonies et des pays de l'Est que l'activité des institutions internationales d'aide au développement. Elles ont été incapables de développer des pôles nouveaux d'accumulation qui puissent servir de marché pour le capital.

Les eldorados capitalistes successifs qu'ont été le Mexique, le Brésil, certains pays d'Afrique se sont rapidement effondrés sous le poids de leur endettement et de termes de l'échange systématiquement défavorables.

Gerard Bad:L' endettement international et l'échappatoire de la planche à billet.

La région de l'Asie du Sud-Est mériterait de ce point de vue une étude particulière, pour déterminer dans quelle mesure l'accumulation du capital y est plus équilibrée,d'une part, et d'autre part pour savoir dans quelle mesure ce développement - tant qu'il dure – ne résulte pas simplement d'un processus de délocalisation à partir d'autres zones, le cas du Vietnam et de l' Ethiopie. Tels sont donc les éléments qui illustrent et résument le caractère déséquilibré de l'accumulation du capital dans la période actuelle. Il y a déséquilibre, non seulement au sens social ,mais aussi au sens où la production effective de plus-value est insuffisante pour justifier les anticipations que le système du crédit fait sur cette production: la dette s'accumule de façon inexorable, et rien ne permet de penser que les créanciers recouvreront un jour la totalité de la valeur qu'ils ont avancée. Autrement dit par Loren :

« Il s’agit maintenant de montrer comment et pourquoi la transformation keynésienne de l’état capitaliste entre 1933 et 1945, était l’expression nécessaire de la domination formelle/ plus value absolue et la domination réelle/plus value relative. L’ Etat Schachto-Keynésien1 de 1933-45, et l’état keynésien mur d’après 1945, apparaît au moment ou la composition organique du capital, globalement, est suffisamment élevée pour que toute innovation technologique visant la plus value relative tend à dévaloriser-transférer en fictivité- davantage de capital fixe qu’elle n’en produit de plus value apte à être transformée en profit, intérêt et rente foncière. » Cet Etat a pour fonction d'organiser la dévalorisation permanente de la force de travail à l'échelle globale, pour empêcher la dévalorisation du capital. (Remarque sur la transformation de l'Etat capitaliste dans la phase de la plus-value relative Loren Goldner )

Actuellement le Capital fictif cherche une porte de sortie, en considérant la dette comme perpétuelle « non remboursable » en théorie. Mais il va chercher à recouvrer cette dette au maximum, peu importe de quelle façon, C' est l'objectif de la nouvelle économie du capitalisme vert, du big pharma et du contrôle planétaire par la 5G.

Comme tu l' affirmes, cette issue est complètement bouchée, mais le capital va tout tenter pour éponger sa création monétaire à perpétuité, c'est ici que nos divergences se font jour, toi tu penses qu'ils ne peuvent plus pomper les populations « nos maigres revenus ».

Réponse de Luniterre

« Tu cherches désespérément les moyens par lesquels la bourgeoisie forcerait le prolétariat à « rembourser la dette »…Tu en cites quelques uns, bien réels, mais sans vouloir voir la démesure entre ce qu’ils pourront « rapporter » et le gouffre actuel de la dette, qui ne cesse pas, pour autant, de se creuser ! »(...) « C’est carrément vouloir vider la mer avec une petite cuillère, ou même avec une louche, en ce qui concerne nos maigres revenus prolétariens, mais quand, d’un autre côté, ce sont des torrents de dettes qui s’y déversent. »

Réponse G,Bad

Avant de parvenir à la situation que tu décris « 'impossibilité de rembourser les dettes » en fait « la crise finale du capitalisme » qui d'ailleurs est déjà en phase de décomposition par manque de plus-value. Les contretendances étant devenues inopérantes, pour éponger une mer à écoper à la petite cuillère comme tu le dis. Cette mer , l' endettement mondial est actuellement de 250 000 Milliards de dollars (selon les données préliminaires de l'Institute of International Finance (IIF) pour 2019 ) elle est en 2024 de 320 000 milliards. Ce chiffre bien qu’impressionnant nécessiterait une analyse dans le détail puisque un pays endetté comme la Chine détient de la dette américaine, que la dette chinoise permet son expansion économique ( route de la soie )...

L'océan des 250 000 Milliards nécessite de le disséquer, car tu conviendras qu'il y a plusieurs sorte de dettes.

http://www.chine-info.com/french/Rs/Ec/20190716/326113.html

Si l'arc historique est juste, tu te trompes en pensant qu'il n'y a plus rien à pomper, ils peuvent encore paupériser les classes moyennes,les retraités, les petits capitalistes (la pléthore) ...et l' épargne mondiale.

Il va y avoir une montée en puissance des luttes sociales des populations justement de plus en plus paupérisées, précarisées et surnuméraires qui vont devoir s' affronter aux états et s'y affrontent déjà, tel est l' essor spontanée et historique des mouvements de masse qui viennent se briser régulièrement sur les falaises du capital , le menaçant de destruction, d' anarchie. La tâche de l' heure n' est pas revendiquer un contrôle du crédit, qui d' ailleurs ne peu se faire que dans un contexte où la révolution sociale qui se sera débarrassé des appareils d' état à l' échelle mondiale.

Ta découverte du Banco- centralisme, c' est à dire du déficit croissant de « plus value réelle » était déjà inscrit dans l' avènement de la machinerie, c' est à dire selon Marx des la crise de 1825, mais il y avait encore loin de la coupe aux lèvres et Marx et Engels feront leur autocritique « L'histoire nous a donné tord à nous et à tous ceux qui pensaient de façon analogue. Elle a montré clairement que l' état de développement économique sur le continent était alors bien loin d'être mûr pour la suppression de la production capitaliste ; elle l'a prouvé par la révolution économique qui depuis 1848 a gagné tout le continent et qui a véritablement donné droit de cité qu' à ce moment à la grande industrie ... » (Introduction de F Engels a « luttes de classes en France ». Comme quoi « anatomie de l' homme explique l' anatomie du singe » s'applique aussi à l' évolution des forces productives.

C'est seulement après la seconde guerre mondiale que le coup de boutoir décisif de la domination réelle du capital va se faire. Il aura sa consécration par l' abandon de l' étalon change or qui donna aux USA l' autorisation d'imprimer de la monnaie universelle à gogo. Ce n' est d'ailleurs pas un hasard, si régulièrement il est question de remise en cause du dollar pour un panier de monnaie. Le système du QE et de la dette à perpétuité n' est que la poursuite de cette course folle pour le maintien du capitalisme. La victoire de la domination réelle du capital et en même temps sa perte, il est vraiment la fin de l'histoire de son histoire.

K.Marx, considérait que c' est après la crise de 18251 que s' ouvre le cycle périodique de la vie moderne du capital, c'est à dire de la soumission réelle du travail au capital. Ce passage d' une forme d' exploitation basée sur le force de travail créatrice de plus value absolue par le truchement du surtravail existe toujours dans le monde, c'est celle de l' augmentation du taux de profit par l' allongement du temps de travail. Ce qui change c' est sa place au sein du procès de production.

« Dés lors, le procès de production cesse d' être un procès de travail, au sens où le travail en constituerait l' unité dominante. Aux nombreux points points du système mécanique, le travail n' apparaît plus comme être conscient, sous forme de quelques travailleurs vivants. Éparpillés, soumis au processus d' ensemble de la machinerie, ils ne forment qu'un élément du système, dont l' unité ne réside pas dans le travailleurs vivants, mais dans la machinerie vivante (active) qui par rapport à l' activité isolée et insignifiante du travail vivant, apparaît comme un organisme gigantesque. » (K Marx Grundrisse 3chap. Du Capital ed. 10/18 ,p.328

Cette perte de centralité du prolétariat2 au sein du MPC est la conséquence de la baisse tendancielle du taux de profit, nous pouvons donc considérer que « la baisse tendancielle du taux de profit «  compensée par sa masse » est une identité des contraires ,le pôle positif étant la plus value absolue et le négatif la plus value relative les deux termes entrent en conflit devant provoquer un saut qualitatif issu de ce conflit, c' est à dire une révolution sociale car il faudra bien un jour exproprier les expropriateurs.

Il ne faut pas voir dans cette perte de centralité du prolétariat au sein du MPC un affaiblissement de celui-ci, mais un affaiblissement des gestionnaires de la force de travail « les syndicats » et sur le plan politique celui de la « démocratie politique » poussée de l' abstention, rejet du parlementarisme, des partis. Les prolétaires du monde occidental pensent que leur travail se délocalise de plus en plus et que de jour en jour ils perdent leurs acquis au profit de classes bourgeoises montantes dans les pays émergents.

En réalité il y a une nouvelle restructuration du capitalisme mondial dite « mondialisation » où les forces productives d' occident se déplacent vers la haute technologie, même sur le plan militaire laissant derrière elle une population surnuméraire facteur de révolution sociale. En effet sous la domination réelle du capital « Le temps est tout, l'homme n'est plus rien; il est tout au plus la carcasse du temps. Il n'y est plus question de la qualité. La quantité seule décide de tout : heure pour heure, journée pour journée; mais cette égalisation du travail n'est point l'œuvre de l'éternelle justice de M. Proudhon; elle est tout bonnement le fait de l'industrie moderne. » K.Marx, Misère de la philosophie ed. Sociale, p.64)

Quand Marx a écrit cela, il était considérablement en avance sur son temps. Il faudra attendre la crise de 1929 pour que se manifeste dangereusement, cette mise hors circuit de millions de travailleurs. La crise qui secoua le monde capitaliste dans ses centres historiques ; suivi par un chômage de masse confirmait la théorie selon laquelle il y a accumulation de la richesse à un pôle et la pauvreté à l' autre. Durant cette crise, comme en témoignera Paul Mattick le mouvement révolutionnaire resurgissait ( voir les IWW aux USA) et avec lui l'idée que le capitalisme n' en avait plus pour longtemps, son effondrement était proche. Le chômage n' était plus seulement structurel mais chronique. Ceci inquiéta non seulement Keynes, mais aussi Eugène Varga3 économiste de l' Internationale communiste.

la période Keynésienne donna l' impression avec les trente glorieuses que le capitalisme était en mesure de satisfaire au plein emploi et la consommation de masse. La crise de 1929 avait pourtant secouer le monde capitaliste dans ses centres historiques et la reprise ne se fit pas rapidement « le problème du chômage ne fut pas résolu avant que l'approche de la Deuxième Guerre mondiale eût contraint les gouvernements à réaliser ce qu'ils n' avaient pas voulu ou pu entreprendre pendant la dépression. » (Mattick, Marx et Keynes, ed. Gallimard, p.148)

Mattick dans son livre Mars et Keynes dans un contexte d'expansion du capitalisme monopoliste d' état avait prévu que le Keynésianisme aurait une fin.4 .Nous pouvons sans trop nous tromper dire qu' effectivement la vague monétariste anti-inflation visait la restauration des taux de profits, par un réajustement des coûts des états providence de l' OCDE. Malgré une offensive économique sans pareil contre le monde du travail , le capital ne fut pas en mesure d' empêcher la crise de 2007/2008 qui perdure encore actuellement.

Un rapport publié par l' OIT constatait avec une certaine inquiétude le déclin des classes moyennes en occident .Le rapport cite l'exemple de l'Espagne où les ménages à revenus intermédiaires ne représentent plus que 46% de la population active fin 2010, contre encore 50% en 2007. Aux Etats-Unis, la part des ménages aux revenus moyens est tombée de 61% à 51% entre 1970 et 2010. Or, l'affaiblissement des classes moyennes dans les économies développées est un sujet de préoccupation "pour des raisons économiques", souligne l'OIT, car "les décisions d'investissement à long terme par les entreprises dépendent aussi de la présence d'une vaste et stable classe moyenne qui soit en mesure de consommer", analyse Raymond Torres, chercheur à l'Organisation. Il convient donc de soutenir cette classe de revenus, afin de créer un cercle vertueux de croissance. Les chiffres ci dessus datent, mais la tendance se poursuit.

Pour conclure provisoirement notre débat, il faut dénoncer régulièrement toutes les tentatives ( souvent par la fiscalité et taxation...) des états à éponger leur dette. Voir la constitution réelle de ces dettes afin de vérifier ce que nous avançons « le manque de plus-value » et la fuite du capital dans la fictivté.

G.Bad le18 octobre 2020

1 Hjalmar Schacht était le président du Reishsbank allemand de 1923-1930, et puis ministre des finances d’Hitler de 1933 à 1938. Devenu célébre pour son assainissement financier de l’économie allemande lors de l’hyperinflation de 1923, son rôle dans le régime nazi était tout à fait innovateur : c’est lui qui a organisé une circulation massive de valeurs fictives ( les fameux Mefeweshsel) souscrites par l’état qui ont relancé l’économie allemande et la production d’armements comme l’ont fait tous les états capitalistes en 1937/1938.

1« D' un coté, la grande industrie sortait à peine de l' enfance, car ce n' est qu' avec la crise de 1825 que s'ouvre le cycle périodique de sa vie moderne. »Postface de la deuxième édition allemande du Kapital 24 janvier 1873

2« Désormais, le travail individuel cesse, en général, d' apparaitre comme productif. Le travail de l'individu n' est plus productif que dans les travaux collectifs s'assujettissant les forces de la nature ».. (K Marx Grundrisse 3chap. Du Capital ed. 10/18 ,p.333

3Figure importante de l'Internationale communiste, il a été le collaborateur de toutes les Directions qui se sont succédé à la tête du Parti communiste de l'Union soviétique et de l’Internationale - de Lénine jusqu’à Khrouchtchev. Souvent attaqué pour opportunisme « de droite », plusieurs fois disgracié, il est toujours revenu dans le cercle dirigeant, mettant son expertise au service de la Direction en place.

4Voir son livre Marx et keynes ed. Gallimard

Imperialism : from Rhodes to Elon Musk par Pantopolis

 


 Publié le 20 Mars 2025 par Pantopolis, 20 March 2025

« All these stars... these immense worlds that remain out of reach. If I could, I would annex the other planets » [Sarah Millin, (Cecil) Rhodes, Chatto & Windus, London, 1933, p. 138].

The Macedonian Alexander the Great conquered half of the Orient, and twenty cities bore and even continue to bear his name, from Alexandria in Egypt to Alexandria in Arachosia (present-day Kandahar in Afghanistan).

In the course of European colonial expansion, all the new conquerors dreamt of giving their names to immense lands conquered mostly by iron and fire, to establish regimes of organized predation sacred to "civilization".

Since Christopher Columbus and Simon Bolivar - and well before[1] - Cecil Rhodes (1853-1902) is the only empire builder to have given his name to a newly conquered territory: Northern Rhodesia (Zambia since 1964) and Southern Rhodesia (Zimbabwe since 1980), to which he added Nyasaland[2] . This clergyman's son, businessman and prime minister of the Cape Colony (1890-1896) was the founder of the British South Africa Company, whose aim was to colonize and exploit the territories north of the Transvaal. He is celebrated in the stock exchanges of the capitalist world as the creator of the De Beers diamond company. Above all, he is the archetype of carnivorous Anglo-Saxon imperialism, successfully extending His Gracious Majesty's African empire from Cape Town to Cairo.

Cecil Rhodes epitomizes the imperialist ambitions of the time. The first colonial power was officially extending its domination over part of the planet "to make peace, liberty and justice reign everywhere". In his first will - written at the age of 24 - he envisaged the British Empire absorbing all the Pacific islands, including Japan (sic), the Chinese coast and South America. In 1877, he even toyed with the idea of "reconquering the United States of America".

Although he had not conquered the entire planet, Rhodes prided himself on being the most authentic philanthropist; he had donated scholarships... but strictly reserved for white students. Rhodes launched the slogan of equal rights for "all civilized men", taking care to specify that a black man capable of writing and working was worth more than a lazy or idle white man[3] ...

Colonialism à la Cecil Rhodes, for the benefit of a capitalist state or a small European kinglet (the Belgian Leopold II), ruler of the Congo, was nothing more than a method of plunder and enslavement in his "personal" colony. His record is one of historical tragedy for the populations subjected to his rule[4]

The record of colonial policies pursued in Africa by the capitalist states of France, Germany, Italy, Portugal, Spain and Great Britain can be better quantified. The French Empire also shamelessly boasted of having brought, in the words of Education Minister Jules Ferry: "peace", "liberty" and "justice"[5] . The British Empire, whose colors Rhodes bore, caused colossal famines in India. They were worse than those of the Soviet Union, Mao's China and North Korea combined, with 100 million deaths .[6]

The daily obsession of Cecil Rhodes and his confraternal rivals (the French, Belgian, Spanish and Portuguese colonial empires, etc.) was that the unemployed, starving people below should not rise up against "their" "fatherland", but engage in all-out class war against Capital.

 "Yesterday I was in the East End, and I attended a meeting of unemployed people. I heard the most frenzied speeches. It was all one cry: Bread! Bread! Reliving the whole scene on my way home, I felt even more convinced than before of the importance of imperialism... The idea closest to my heart is the solution of the social problem: to save the forty million inhabitants of the United Kingdom from a murderous civil war, we colonizers must conquer new lands to settle our surplus population, to find new outlets for the products of our factories and mines. Empire, I've always said, is a matter of the stomach. If you want to avoid civil war, you must become imperialists" .[7]

These direct calls for bloody wars of plunder against populations subjected to the colonial iron heel, starved, exploited and repressed without respite, did not prevent the outbreak of the first great imperialist butchery, for which the proletariat of both metropoles and colonies paid the heaviest price. The drastic rationing imposed by the capitalists and spiraling food price inflation hit the proletarians of the British Empire hard, though less so than those of the Central Empires, victims of a better-organized blockade .[8]

Rhodes didn't live to see his empire crumble with the end of a doomed colonial system in the aftermath of the war. More than 120 years after his death, his statues have been dismantled or discarded .[9]

Elon Musk, a South African like Rhodes, has set himself up as a legitimate successor, a white supremacist who has dreamed of reclaiming "white" power since childhood.  At the head of the supreme power, with his compatriots Trump and Vance, he accuses "non-whites" of wanting to "confiscate land" ("white") and "treat certain categories of population (read: "white"), VERY BADLY" threatening to suspend American aid to the "rainbow nation", pending a "full investigation into the situation"[10] . Musk's sights are set even higher: not only does he want to take over the entire sublunar capitalist world, he wants to engender an extraterrestrial, even extragalactic capitalism in the supralunar world

The SpaceX company, which Musk founded in May 2002 with the profits from the sale of PayPal[11] , is now well known in the field of space exploration. With an estimated value of $180 billion and undeniable technical successes, such as the Starship, a reusable rocket capable of carrying over 100 tons of payload. Despite several in-flight explosions[12] , the company seems determined to turn this childish dream into reality. Whatever it takes, to borrow a well-known antiphon...

In the new Muskian saga, Earth is doomed in the short term (but not capitalism, which is assured of sui generis immortality). Earth is an endangered (capitalist) Atlantis, which must be abandoned without delay with myriads of spacecraft)[13] . America's new Gulf "genius" promises to build a colony on Mars with titanic resources

- giant reusable rockets (except for the risk of periodic explosions...), which would reduce launch costs;

- a space fleet financed by public and private capital, capable of transporting up to 100,000 people at each orbital synchronization!

- a long-term strategy (or rather, prophecy...) involving thousands of launches to create a city of a million inhabitants on the icy "red planet", devoid of oxygen, water or any infrastructure to support the future conquerors of the void.

Elon Musk, a clone of Doctor Strangelove, sinks into a hallucinatory nirvana, punctuated by (unrepressed) Nazi salutes. For him, launching a Starship would cost "only" $2 million. With a target of 100 ships built per year, SpaceX could have 1,000 Starships within a decade, all capable of carrying a megatonne of material per year.

In the same vein as Trump, who builds smoky (and mafia-like) projects that always flop[14] , "Kekius Maximus" (nickname of the Space Imperator) maintains that a ticket to Mars could cost less than $100,000. "Going to live on Mars will someday cost less than $500,000, and maybe less than $100,000," he indicated on X. "A figure low enough for most people in the developed world to sell their homes on Earth and move to Mars if they wish" (sic), and with no guarantee of return...

Elon Musk also set out his societal vision for Mars. Favoring a "direct democracy" rather than a "representative democracy", he advocates that the first inhabitants themselves decide on their mode of governance. In his view, the colonization of Mars is not just about survival, but about building a "civilization" of new Croesus, based on the virtual, since the currency would be bitcoin, the sole guarantor of the "direct democracy" of these space imperialists.

The first unmanned Starship missions could take off as early as 2026, with the aim of landing humans on Mars four years later. Ideal launch conditions, which occur every 26 months, would punctuate the stages of this project. The inhabitants of this planet of nothingness, should they survive, would be veritable zombies controlled from Musk's operational base in Texas: Starbase[15] . It should be pointed out that the zombies of extraterrestrial space would have brains devoid of "Muskian genius", but implanted with electronic chips to activate or deactivate them at will...

All these projects of a retarded adolescent megalomaniac - whose "humanity" is limited to making the Hitler salute - rest solely on the putative longevity of the Trumpian iron bar.

This assumes that :

- the brutal, whimsical policy of all-out tariffs does not jeopardize the highly uncertain stability of trade and the stock market, and therefore the viability of the American economy;

- the sale of Tesla electric cars, manufactured in China, the USA, Germany, etc., continues without a hitch, while fierce boycott campaigns or effective Chinese (or other) retaliation measures are developing;

- the workers in Musk's industrial lagoons still behave like "gentle" submissive slaves, despite merciless exploitation, a total absence of rights, and the reign of fear instilled by the Musk-Trump-Vance mafia camarilla supported by powerful far-right "social" networks.

A month and a half after the "legal" seizure of power at the ballot box, this regime based on manipulation, "fake news" and corruption is already so heavily in debt that it is sowing doubts in the minds of the capitalists themselves. The matamores of the heralded "golden age" are already facing the spectre of bankruptcy:

"The value of X has plummeted since its takeover; new projects have sunk into limbo, with 80% of the workforce laid off; advertisers and users are fleeing. And in Wall Street, London and Paris, banks have just offloaded more than 5 billion in potentially bad debts out of the 13 billion in debt contracted by the tycoon to buy the platform at the end of 2022. There's nothing invincible about Elon Musk. He's a colossus with feet of clay. In politics as in business.[16]

For the moment, Musk has unlimited use of the federal "phynances" pump  drink himself dry. It's not certain that this mafia-style plundering for private use will last indefinitely, as it did in the blessed days of imperialist piracy, when there were no brakes to limit the rapacity of the great barons of private capitalism.

Year after year, this system unlimited imperialist plunder destroys the entire planet, reducing its population to a state of advanced decay. The deleterious effects of the capitalist system are even more tangible with the reign of Musk-Trump-Vance and their compatriots Putin and Xi Jinping, increasingly engaged in endless imperialist wars.

The imperialist system is inevitably doomed, in the short to medium term. The destruction wrought imperialist wars is already piling up on our doorsteps: Ukraine, Russia, Israel-Gaza, the Middle East, Africa (Congo, Sudan, etc.), pending conflicts over Taiwan and Korea in the Indo-Pacific. There is no place on earth where humanity is not now in danger.

No, capitalism cannot perpetuate itself for the sole benefit of a few profit-hungry oligarchs, who do not hesitate to spill the blood of the exploited, either by ferociously repressing them or by throwing them away as cannon fodder in their imperialist wars. Not on the "blue planet", nor on some fantasy planet that imperialism, in its delusions of grandeur, dreams of conquering, the better to destroy it

Imperialism, in all its versions ("liberal", "illiberal", state capitalist, "communist", etc.) is destroying planet Earth meticulously, hour after hour, through the simple pursuit of profit, in generalized wars between capitalist pirates to get the last accessible and saleable crumbs on capitalist markets.

The ball is now in the court of the American-Canadian and European proletariat. Everything now depends on its class reaction, and therefore on its ability to organize in order first to break capital's offensive, and then to pose the question of the seizure of power by the exploited.

Pantopolis, March 16, 2025.

 


[1] The Ottoman Empire, which Erdoğan wants to re-found, derives from the name of Emperor Osman, the first of the dynasty. It was founded at the end of the 13th century (in 1299) in northwestern Byzantine Anatolia (today: Turkey).

[2] Nyasaland's history is marked by the massive takeover of African communal land by white British settlers. Nyasaland was renamed Malawi in 1964.

[3] Jean Werz, Le Monde, July 6, 1953, "The memory of Cecil Rhodes, builder of England's African empire, is celebrated by Queen Mother Elizabeth".

[4] In 1885, Leopold II created the independent state of Congo as his personal property. His "vigorous" colonial action earned him the title of "Lord of the Congo". The generally accepted figure for the victims of royal colonization could be several hundred thousand, although historians are unable to agree on a plausible figure. Cf. Tanguy De Wilde D'Estmael, Université catholique de Louvain and College of Europe Bruges: leopold-ii-roi-des-belges-et-souverain-du-congo-une-figure-historique-confonte-aux-mythes-memoriels.pdf.

[5] Speech to the National Assembly on July 28, 1885 ("Les fondements de la politique coloniale"), just before a military expedition to Madagascar: "Can you deny, can anyone deny that there is more justice, more material and moral order, more equity, more social virtues in North Africa since France made its conquest? When we went to Algiers to destroy piracy and ensure free trade in the Mediterranean, were we acting as pirates, conquerors and devastators? Is it possible to deny that, in India, and despite the painful episodes encountered in the history of this conquest, there is today infinitely more justice, more light, more order, more public and private virtue since the English conquest than before?"

[6] "How British colonialism killed over 100 million Indians in 40 years", "crises" site: https://www.les-crises.fr/comment-le-colonialisme-britannique-a-tue-100-millions-d-indiens-en-40-ans/

[7] Emphasis added. The text comes from journalist W.T. Stead (1849-1912), quoting his friend Cecil Rhodes. Cf. Die Neue Zeit, 1898, xvie year, no. 1, p. 304, and Lenin, in his work L'Impérialisme stade suprême du capitalisme (1916). W.T. Stead did not experience the sinking of capitalism in 1914, but rather the sinking of the Titanic in 1912, which was his final resting place...

[8] For Germany, see Nicolas Patin, "Réflexions autour des victimes allemandes du blocus de 1914-1918", Les Cahiers Sirice, 2021/1, no. 26, pp. 95-107. In Germany, the number of victims of hunger due to the naval blockade was around 500,000.

[9] The Rhodes must fall movement, led mainly by students in South Africa, has spread around the world thanks to social networks, in order to fight against "white supremacism".

[10] Cf. Le Monde, February 5, 2025: https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/02/05/quand-l-enfant-du-pays-elon-musk-s-immisce-dans-la-politique-americaine-vis-a-vis-de-l-afrique-du-sud_6532289_3212.html

[11] The PayPal platform is an alternative to payment by check or credit card.

[12] The Starship rocket exploded over the Bahamas on January 16 again on March 6, 2025. This is not stopping Musk from his short-term plans: https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20250308-explosion-de-la-fus%C3%A9e-starship-le-doute-plane-sur-l-agence-am%C3%A9ricaine-de-l-aviation

[13] Brilliantly illustrated in Edgar P. Jacobs' L'Énigme de l'Atlantide, Dargaud.

[14] Cf. Le Monde of October 18, 2024, on a financial project of Trump, carried by "dubious businessmen": https://www.lemonde.fr/pixels/article/2024/10/18/donald-trump-fait-un-flop-avec-world-liberty-financial-son-projet-de-cryptoactif_6355332_4408996.html

[15] Le Point, January 25, 2025: https://www.lepoint.fr/monde/bienvenue-a-starbase-la-ville-revee-d-elon-musk-25-01-2025-2580781_24.php

[16] Rosa Moussaoui, "Elon Musk un colosse aux pieds d'argile", L'Humanité, February 19, 2025. Elon Musk runs up against legislative roadblocks concerning the income of large capitalists. A Delaware judge has just rejected a staggering 55.8 billion compensation package for the Tesla boss.


jeudi 3 avril 2025

Dénoncer la catastrophe humaine fait partie de la guerre impérialiste



 Voici un extrait d'un long texte du GCI dont nous étions proche, ce Groupe Communiste Internationaliste qui a disparu sans explication. Cependant ils ont produit nombre d'articles sur les événements dans les Balkans et autres que nous avons mis sur notre blogue.

GCI-Le Kosovo et les bombardements de la Yougoslavie par l'OTAN Enième épisode de la guerre dans les Balkans

Extrait

Dénoncer la catastrophe humaine fait partie de la guerre impérialiste

Mais alors, si tout cela n'est pas neuf, pourquoi ces informations émergent-elles maintenant?

La réponse est simple: la dénonciation elle-même, quel que soit le camp impérialiste duquel elle émane et quelle que soit la fraction bourgeoise mise en accusation fait partie, elle aussi, de la guerre. Il y a dénonciation ou non, en fonction des intérêts en jeu. La tragédie humaine qu'occasionnent les guerres est relevée ou pas selon les intérêts des parties belligérantes; on en parle ou on la passe sous silence en fonction des nécessités économico-militaires des camps en présence. L'important, ce n'est pas la tragédie humaine, l'important, c'est comment gagner la guerre à tout prix, et la dénonciation humanitaire n'est qu'un autre pan de cette guerre impérialiste. Et Haro de s'interroger: «Quelle est la raison de la publication de ce rapport aujourd'hui, alors qu'il traite de faits qui se sont déroulés il y a déjà quelques années? Et pourquoi est-ce l'UNICEF qui le divulgue, lui, pourtant si proche de l'ONU et des casques bleus? Je suspecte là une manoeuvre faisant partie de la campagne des Etats-Unis à l'encontre de Butros-Gali». Normalement, l'opinion publique ne devrait pas être mise au courant de ce type de «détails», somme toute habituels de la logique humanitaire, mais lorsque l'on se décide à «informer» (bien qu'il soit audacieux d'appeler cela de l'«information»), c'est parce qu'il y a d'autres intérêts en jeu, bien plus sonnants et trébuchants que ces menus «détails».

Vous souvenez-vous de ce jour où les écrans de télévision du monde entier ont soudain été envahis d'images d'enfants décharnés et sous-alimentés, aux ventres ballonnés, petits squelettes moribonds? Vous souvenez-vous que la situation qui régnait en Somalie à l'époque nous était présentée, avec force image, comme ayant atteint un niveau de gravité jusque là inconnu? Vous souvenez-vous qu'ensuite nous avons tous été appelés à venir en aide à ces enfants affamés en achetant du riz qui devait être ensuite expédié en Somalie?

Et bien sachez que cela coïncidait exactement avec la mission humanitaire des Marines américains en Somalie et qu'il fut difficile de cacher que des «scélérats» dressaient des barricades contre cette aide pourtant si désintéressée. Et quand ces «sauvages» atteignirent un niveau d'ignorance tel qu'ils se mirent à affronter, les armes à la main, ces Marines aux vertus humanitaires, alors, comme par enchantement, ces horribles images d'enfants décharnés, de ventres ballonnés, de morts-vivants, disparurent de nos écrans aussi soudainement qu'elles étaient apparues,... Et à nouveau, nous eûmes droit aux superbes beautés publicitaires, aux parties de football endiablées, aux pubs pour lessives qui lavent plus blanc que blanc. Qui peut dormir tranquille? Qui peut croire que ces ventres ballonnés aient disparu de la planète? Qui peut croire que les agents de l'humanitaire aient réussi à rassasier tant d'affamés (2)?

Ensuite, ce fut au tour des enfants décharnés d'Ethiopie d'occuper les écrans de télévision, puis vinrent ceux du Rwanda, du Burundi, du Zaïre, de Tanzanie, d'Irak, de Slovaquie, de Croatie, du Kosovo,... mais, eux aussi, apparaissaient et disparaissaient au rythme frénétique des intérêts impérialistes contradictoires et des publicités commerciales.

Ainsi, la participation des commandos et parachutistes belges et français, à la direction et à l'organisation des massacres et génocides (ou «holocaustes»! ou «crimes contre l'humanité», comme aiment les dénommer les grands de ce monde, quand cela remplit leurs escarcelles!), perpétués ces dernières années en Afrique et ailleurs, est parfois partiellement révélée au public. On a même vu le Pape se prêter au jeu cynique des remords et des aveux publics, reconnaissant textuellement (dans son discours au nouvel ambassadeur du Rwanda au Vatican) la «participation de certains prêtres dans les tueries» du Rwanda. Mieux encore, on parvint finalement à un consensus international dénonçant la participation du régime de Mobutu et de ses alliés impérialistes de toujours, Paris et Bruxelles, à tous ces massacres. Mais pas besoin d'être voyante extra-lucide, ou spécialiste ès politique internationale, pour se rendre compte que si toutes ces hyènes se sont soudain mises à pleurnicher en public sur le sort des Noirs exterminés, c'est simplement parce qu'il y avait plein de fric en jeu.

C'est que déjà, à l'horizon, se profilait une série d'accords entre les grandes multinationales, concentrées au Canada et aux Etats-Unis et certaines autres factions bourgeoises d'Afrique, telle la fraction Kabila qui signa alors d'importants marchés (les bourses du monde entier enregistrèrent une subite montée des actions de ces compagnies!). Des pressions s'exercèrent, dès lors, sur le reste des fractions bourgeoises pour qu'elles acceptent les réaménagements généraux que le taux de profit dictait en Afrique. Et du jour au lendemain, Mobutu, historique «ami de l'occident», à qui on avait permis tant de massacres, tomba en disgrâce et l'on se «rendit compte», tout à coup, qu'en réalité Mobutu ne représentait pas le modèle démocratique qu'on avait toujours présenté. Et une fois les remaniements impérialistes indispensables dûment réalisés, on s'empressa d'oublier les millions de morts que cela avait coûté.

Et si, la publicité, le foot, Diana, et autres modes qui envahissent quotidiennement les écrans de télévision, ne suffisent pas à nous faire oublier, on n'hésite pas à nous reparler des chambres à gaz, des juifs exterminés par les nazis,... Face à ce matraquage médiatique, le spectateur n'a plus qu'à se prosterner, car, face au massacre perpétré par les nazis, tout autre massacre ne peut apparaître que comme un écart, une déviation de la norme,... Face à l'horreur nazie, tout le reste ne peut être réduit qu'à une question de «détails». Une fois que la bourgeoisie mondiale a donné sa propre définition du mal absolu, tout autre mal ne peut être qu'un détail, comme le furent Hiroshima, Nagasaki, Dresde, ou les nombreux camps de concentration des alliés avant, pendant et après la guerre. Les bourgeoisies et puissances triomphantes, de la dite deuxième guerre mondiale, ont redéfini ce génocide de telle sorte que toute comparaison avec un autre génocide constitue un péché. L'antifascisme, idéologie suprême de l'ordre mondial, utilise l'ensemble des appareils de l'Etat mondial afin d'empêcher quelque comparaison que ce soit. Avec la participation des trotskistes, du Mossad, des staliniens, des complices de Vichy... une gigantesque campagne antifasciste s'est développée qui s'ingénie à amalgamer toute critique de l'antifascisme à une position fasciste. Cela permet de persécuter et d'acculer les révolutionnaires qui, depuis toujours, ont dénoncé le fascisme et l'antifascisme comme étant les deux mâchoires du régime bourgeois; cela permet d'accuser de complicité avec l'extrême-droite, tous ceux qui ne se résignent pas à accepter le mythe créé au nom d'un mal absolu incarné par les nazis et leurs «chambres à gaz»... cela permet enfin, au nom de la lutte contre le fascisme, de réduire au rang de futilité tout massacre actuel ou passé et quiconque ose comparer le massacre des juifs, durant la deuxième guerre, au massacre des indiens d'Amérique, ou au génocide esclavagiste perpétré sur le continent africain par les colonisateurs européens, se voit aussitôt traité de révisionniste. Et à mesure que les exigences commerciales l'exigent, les contours du massacre du continent africain s'estompent pour ne plus apparaître que comme une chose triviale et de deuxième ordre. On en revient au consensus généralisé, on ne parle plus des massacres dans lesquels étaient impliqués les para-commandos et les parachutistes des fameuses démocraties européennes ou les prêtres assassins; «il faut que l'économie fonctionne», on annonce de nouveaux gouvernements, des accords nationaux, des accords de coopération, de nouvelles visites ministérielles, de nouveaux investissements,... et on martèle qu'«il faut être réaliste!».

Non seulement, ils sont capables de nous faire le coup des secours humanitaires en fonction de leurs actions militaires, de leurs positions dans la guerre, suivant leurs actions anti-émeutes, leurs actions et intérêts boursiers et de tout faire disparaître quand cela les arrange, mais en plus, ils nous considèrent comme des débiles mentaux et nous font croire à n'importe quel bobard, aussi énorme soit-il. Ainsi, par exemple, il y a quatre ans, on parlait de plus d'un million d'êtres humains se trouvant dans une famine terrible, on disait que les réfugiés rwandais et burundais ayant survécus aux massacres organisés, crevaient littéralement de faim, on annonçait la plus grande tragédie humanitaire de tous les temps.

Ensuite, comme par enchantement, plus rien, plus aucune référence à ce million de personnes agonisantes. Et, pire encore, à qui continuait à se préoccuper de la question, on répondait, qu'en réalité, «on ne savait rien de ces personnes», précisant encore qu'«on en avait perdu la trace». Avec un aplomb sans nom, radios, télévisions, journaux, sans oublier internet, déclarèrent alors qu'effectivement, ce million de personnes était introuvable, qu'on n'avait pas la moindre idée de l'endroit où elles se trouvaient et tentèrent par tous les moyens de minimiser l'affaire,... ils auraient été, en réalité, moins nombreux qu'annoncé précédemment,... tout au plus 300.000 ou 400.000 personnes.

Ainsi, d'un côté, on nous fait croire que grâce aux satellites et autres moyens de contrôle que possèdent les grands de ce monde, c'est désormais un jeu d'enfant de déchiffrer, depuis l'espace, une plaque d'immatriculation, d'identifier le profil d'un quidam ou de lire une carte d'identité et de l'autre côté, on nous explique, sur ce ton sérieux qu'on utilise lorsqu'on cite les chiffres d'un ou deux millions de morts (c'est une approximation tellement absurde et cynique!), qu'un million de réfugiés se sont envolés en fumée, et aucune puissance impérialiste, aucun service secret, n'est capable de localiser ne fut-ce qu'un seul d'entre eux! Et les satellites, alors? Ils sont en panne? Ou c'est nous qui sommes débiles?

Des mois plus tard, alors qu'on ne parlait presque plus des morts du Rwanda et du Burundi, une «commissaire» européenne en mission dans la zone dénonça le fait que les réfugiés continuaient à mourir comme des mouches dans la région, affirma qu'il était faux de prétendre qu'on ignorait où se trouvaient ces réfugiés, que, sur ce territoire, des centaines de milliers de personnes crevaient de faim et que le silence généralisé à leur égard constituait un véritable scandale,... Mais peu de temps après, ces révélations tombèrent dans l'oubli et on n'entendit jamais plus parler de cette fameuse «commissaire» scandalisée.

Une fois de plus, on constate la puissance des moyens de désinformation publique, alternant rumeur ou silence, leur capacité à faire et défaire l'événement et le «non-événement», mais aussi leur capacité à déterminer la réalité même. Dans la mesure où il est rentable et sert les objectifs de telles ou telles campagnes militaires et/ou de mobilisation de l'opinion publique, le faux est un moment décisif du monde actuel. Le faux et le vrai, l'information et l'occultation, le mensonge et la campagne de désinformation constituent différents moments et processus de la réalité sur laquelle ils ont à la fois une incidence et un rôle, consolidant une fraction bourgeoise contre une autre.

On constate aussi la valeur des campagnes humanitaires menées par les différentes puissances et répercutées par leurs «ONG» et leur presse.

Frère, prolétaire, militant, camarade, sans doute n'avons nous pas la force aujourd'hui d'imposer la violence révolutionnaire contre l'humanitarisme d'où qu'il vienne, Casques Bleus, curés et autres bienfaiteurs de même acabit,... mais, au moins, quand ils viennent te parler d'«humanisme», de collectes, quand ils conseillent d'acheter quelques grains de riz à envoyer, quand ils t'invitent à soutenir telle ou telle action humanitaire, n'hésite pas: crache-leur au visage!

Notes

1. Avec en prime, photos à l'appui, les très humanitaires procédés des militaires, telles les décharges électriques appliquées sur les peaux noires. Ont-ils cru, ces citoyens modèles, qu'il s'agissait là d'un traitement spécial pour faire revenir à eux les prisonniers ayant perdu connaissance?
2. Sur les 5 milliards 480 millions de personnes vivant dans le monde, on estime qu'actuellement 600 millions ont faim, et que plus d'un milliard n'ont pas accès à l'eau potable.


Ruines et vertiges de l’illusion religieuse

Ce texte est paru dans Echanges n° 155 (printemps 2016).   Les religions empoisonnent l’humanité depuis des millénaires. Non seulement l...