F Travail productif et improductif
Gérard Bad septembre octobre 2001
Avant propos :
Au cours du texte ci-après je m'efforcerais de défendre que pour Marx, le prolétariat au sens révolutionnaire du terme, sens politique, c’est celui qui n’a que sa force de travail à vendre, il est à ce niveau soi une classe en soi, et donc classe pour le capital, soi une classe révolutionnaire, d’ou la sentence de Marx : “ le prolétariat est révolutionnaire ou il n’est rien ”. Dans le Kapital, dont il fait l’anatomie Marx fait la démonstration de l’origine de la plus value, “ Il ne s’agit point ici du développement plus ou moins complet des antagonismes sociaux qu’engendre les lois naturelles de la production capitaliste, mais de ces lois elles-mêmes , des tendances qui se manifestent et se réalisent avec une nécessité de fer ”( Kapital T I, préface de la première édition allemande, 25 juillet 1867.) elle provient de l’exploitation du seul prolétariat productif de plus-value. Marx reste au niveau de l’économie politique et par son analyse démontre les limites objectives de l’accumulation du capital, suprématie du travail mort sur le travail vivant, crises de surproduction et enfin crise finale crise de l’accumulation et baisse radicale du taux de profit.
1) Travail productif et improductif.
La différence entre travail productif et improductif est essentielle pour l’accumulation, car seul l’échange contre le travail productif permet une retransformation de plus value en capital. (Chapitre inédit du Capital édt 10/18 page 240 .)
La définition du travail productif ( et donc aussi de son contraire, le travail improductif) se base sur le fait que la production capitaliste est production de plus value, et que le travail qui’ s’y emploi produit de la plus-value. (Chapitre inédit du Capital édt 10/18 page 239 .)
Le travail productif, est un travail en général qui réalise un produit ou une marchandise, un artisan par exemple produit une marchandise X ou un produit Y, il fait un travail productif, mais du point de vue de la production capitaliste il n’effectue pas de travail productif “ est donc productif le travail qui valorise directement le capital ou produit de la plus value .. ”(Chap Inédit du Capital, 10/18 page 224). J’attire votre attention sur le fait qu’ici Marx fait une différence entre le travailleur productif qui valorise le capital et celui qui produit de la plus value, ceci aura une importance dans mon développement ultérieur.
En effet un capitaliste du secteur productif peut effectuer du travail productif ( en ce sens que sont travail étant intégré au procès de travail total, s’incarne dans le produit.) il n’est pas pour autant un prolétaire, ni même un travailleur productif de plus value. C’est pourquoi Marx va remettre les pendules à l’heure sur cette confusion :
“ Il faut toute l’étroitesse d’esprit du bourgeois, qui tient la forme capitaliste pour la forme absolue de la production, et donc pour sa forme naturelle, pour confondre ce qui est travail productif et ouvrier productif du point de vue du capital avec ce qui est travail productif en général, de sorte qu’il se satisfait de cette tautologie : est productif tout travail qui produit en général, c’est-à-dire qui aboutit à un produit ou valeur d’usage quelconque, voire à un résultat quel qu’il soit. ” pages 224,225 (Chapitre inédit du Capital édt 10/18) Marx sous le titre “ Travail productif et improductif. ”)
Pour Marx la définition du travail productif est la suivante :
“ Pour distinguer le travail productif du travail improductif, il suffit de déterminer si le travail s’échange contre de l’argent proprement dit ou contre de l’argent-capital. ” (Chapitre inédit du Capital édt 10/18 page 238 .) A partir de cette définition Marx , page 233 du “ Chapitre inédit du Capital ” nous donne l’exemple du littérateur prolétaire de Leipzig, de la cantatrice, qui travaillant pour un patron deviennent des travailleurs productifs en ce qu’ils valorisent le capital , il dira la même chose dans un note du T I du capital sur un enseignant qui travail dans le privé.
par le tableau qui suit je vais essayer de rendre les comparaisons plus simples.
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Travail productif |
travail improductif |
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Etant donné qu’il représente le capital productif, engagé dans son procès de valorisation, le capitaliste remplit une fonction productive, qui consiste à diriger à diriger et exploiter le travail productif ” (Chapitre inédit du Capital édt 10/18 page 239 .) Procès de production immédiat. |
“ si j’achète une marchandise chez un travailleur indépendant ou un artisan qui est son propre employeur, il n’y a pas lieu de parler de travail productif ” (Chapitre inédit du Capital édt 10/18 page 238 .) |
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En somme, seul est productif le travail qui pose le capital variable-et partant le capital total- comme C+rC = C+rv, autrement dit, le travail utilisé directement par le capital comme agent de son autovalorisation, comme moyen pour produire de la plus-value. (Chapitre inédit du Capital édt 10/18 page 225 .) |
“ En somme, les travaux qui ne peuvent être utilisés que comme service, du fait que leurs produits sont inséparables de leur prestataire, de sorte qu’ils ne peuvent devenir des marchandises autonomes ( ce qui ne les empêche pas au reste, d’être exploités d’une manière directement capitaliste), représentent une masse dérisoire par rapport à celle de la production capitaliste ” p234 |
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“ tout travailleurs productif est salarié, mais il ne s’ensuit pas que tout salarié soit un travailleurs productif ” p228
“ Par rapport au capitaliste financier, le capitaliste industriel est un travailleur, travailleur en tant que capitaliste, c’est-à-dire un exploiteur du travail d’autrui ” (Le Capital, Chap. 23,T.3 ) |
“ Avec le développement de la production capitaliste, tous les services se transforment en travail salarié et tous ceux qui les exercent en travailleurs salariés, si bien qu’ils acquièrent ce caractère en commun avec les travailleurs productifs ” P230 Marx ajoute un soldat est un salarié, il n’est pas pour autant travailleur productif. “ Même si les fonctionnaires deviennent des salariés en régime capitaliste,ils ne deviennent pas pour autant des travailleurs productifs. |
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Ici Marx nous indique qu’il ne faut pas confondre le travail productif et l’ouvrier productif, pour enfoncer le clou il précise :
“ Seul est productif l’ouvrier dont le procès de travail correspond au procès productif de consommation de la force de travail - du porteur de la force de travail - par le capital ou capitaliste. ” (p. 226 (Chapitre inédit du Capital édt 10/18) Marx sous le titre Travail productif et improductif.)
2- Positions déjà développées. (Camatte Jacques, et Paul Mattick.)
Camatte jacques dans “ Capital et Gemeinwesen ” développe avec l’amplitude que nous lui connaissons le sujet “ travail productif et improductif ”page 114 édt Spartacus il va en particulier mettre l’accent sur l’importance des classes moyennes, classes qui ne peuvent se développer que sur la base d’un capital réellement développé (extraction de la plus value relative). Camatte va citer Marx “ Dans la société, cette classe représentera la consommation pour la consommation, comme la classe capitaliste représente la production pour la production ; l’une incarne la “ passion de la dépense ”, l’autre la “ passion de l’accumulation ” (P 122)
Camatte souligne qu’au stade de la domination réelle, il y a généralisation du salariat “ tous les services étant transformés en service pour le capital ”(p 131) et il fait remarquer que “ la différence entre travail productif et improductif tend à s’estomper, non pas en ce qui concerne le prolétariat, car pour lui, il ne fait aucun doute que seul son travail est productif, mais, vis-à-vis du capital et des classes moyennes .
Ici Camatte assimile Prolétariat a productif, alors qu’en ce qui me concerne, le prolétaire est celui qui n’a que sa force de travail à vendre ( cela vaut pour les sans travail, chômeurs...) parfaitement improductifs . l’histoire d’ailleurs nous enseigne, que le prolétariat a souvent été divisé en deux sur cette base “ productif et improductif ” . Durant la 1er internationale les Marxistes regroupaient les prolétaires créateurs de valeur et les anarchistes les autres les improductifs. La montée du fascisme en Allemagne c’est en partie opérée sur cette distinction/contradiction.
La thèse de Camatte consiste donc à dire que le Capital “ veut noyer le prolétariat dans les classes moyennes et proclamer, ainsi qu’il n’existe plus. ” page 137 il considère que le capital s’ordonne de la façon suivante :
Un groupe d’hommes productifs : les prolétaires.
B Un autre lié au capital de la façon suivante :
Une partie directement intéressée au développement de celui-ci, parce qu’elle touche un quantum de plus-value sociale. Elle gère le capitalisme ; elle est en fait la classe des capitalistes.
Ceux qui vivent aux dépens de la plus-value, parce qu’ils permettent sa réalisation : ce sont les classes moyennes.
Ceux qui défendent l’appropriation du travail non-payé (ils vivent aussi aux dépens de la plus-value) et en garantissent la perpétuation : la police, les gendarmes, l’armée, etc.. en un mot, l’Etat.
Il est exact, que les gérants du Capitalisme ( société anonymes, mutuelles, scop...) sont du coté du capitalisme, tout comme l’armée, la police... c’est leur fonction qui veut cela ils sont des défenseurs de la classe des capitalistes.
Pour le petit (b) le simple fait de vivre “ aux dépens de la plus-value ” dans les services ou comme fonctionnaire ne saurait justifier le classement que fait Camatte. Une très importante partie de ces salariés sont des prolétaires, ils sont exploités, et sont soumis à des rythmes de travail productiviste, ils font la grève. A leur égard je n’aime pas du tout le terme “ aux dépens ”, leur fonction réelle est de faire circuler la plus value et de la réaliser le plus rapidement possible, il sont donc exploités à ce titre et nullement inutiles dans le cadre du fonctionnement du capital. Ce qui se passe, ce n’est pas que le prolétariat disparaît dans le salariat, mais le contraire le salariat se prolétarise. L’idéologie cherche absolument à masquer cela y compris par des théories nous prédisant une fin du travail proche, nos adieux au prolétariat.
C’est d’ailleurs une des caractéristiques de l’époque actuelle, de faire tomber des travailleurs indépendants, dans le prolétariat, la fameuse généralisation du salariat n’est en fait que la prolétarisation constante démontrer par Marx. Ex : Les chaînes de restauration, les chaînes d’optique Afflelou...qui portent chaque jour un coût fatal aux derniers travailleurs indépendants.
Dans le tertiaire, en général le management utilise de plus en plus des termes venant de l’industrie notamment celui de productivité, d’outils, d’atelier, les économistes parlent même des services industrialisables ( grande distribution, la poste, les télécommunications, les banques et les assurances...)
Ce qu’il nous faut retenir, c’est que tout prolétaire, n’est pas forcément créateur de plus value.
3) Prolétaires productifs et prolétaires improductifs.
Si nous parlons maintenant de prolétaire productif et de prolétaire improductif, c’est précisément pour savoir ou en est le capital dans sa course à l’accumulation, autrement dit où en est l’évolution de la contradiction fondamentale entre les forces productives et les rapports de production. Nous restons sur le terrain de l’anatomie du Capital. L’autre terrain c’est la lutte politique du prolétariat contre la bourgeoisie capitaliste. Cette lutte étant la manifestation de la contradiction fondamentale entre les forces productives et les rapports de production, ne prend pas en compte cette distinction en prolétaires productif et improductifs, l’ensemble de la classe la grande majorité mène le combat émancipateur.
- Sur le terrain économique.
Le Capital, il me semble nécessaire de le rappeler, se compose de deux procès, le procès de valorisation c’est la sphère de production ( et une partie des transports)1 celle ou la force de travail produit de la plus value donc du capital. Le procès de dévalorisation, c’est la sphère de la circulation du capital et des marchandises ou la plus value doit finalement se réaliser, cette sphère n’est pas créatrice de valeur . Il en résulte donc que les prolétaires de cette sphère ne sont pas créateurs de plus value, mais ils contribuent à sa réalisation et peuvent accélérer par la rapidité de leur travail la rotation du capital. C’est il me semble particulièrement limpide chez Marx :
“ ...le temps de circulation détermine seulement la valeur pour autant qu’il est un obstacle naturel à la valorisation du temps de travail. En effet, c’est une déduction sur le temps de surtravail, autrement dit une augmentation du temps de travail nécessaire. Il est clair que le temps de travail nécessaire doit être payé, que le procès de circulation se déroule lentement ou rapidement. ” Grundrisse 3. Chapitre du capital p 58 édt 10/18.
“ Le temps de circulation représente donc une limitation de la productivité du travail ; il augmente le temps de travail nécessaire, et diminue la plus -value, bref c’est un frein, une barrière à l’autovalorisation du capital ” Grundrisse 3. Chapitre du capital p 59 édt 10/18.
Paul Mattick, va aussi dans se sens :
“ En dehors des emplois liés à la production des marchandises et à leur circulation, il existe une foule de professions qui, sans participer ni de l’une ni de l’autre de ces sphères , produisent des services et non des marchandises. Leurs membres émargent au budget soit des travailleurs ou des capitalistes, soit des uns et des autres. Du point de vue du capital, et quelque utile ou nécessaire que puisse être leur travail, celui-ci est improductif : que leurs services soient achetés en tant que marchandises ou rémunérés avec de l’argent provenant des impôts , tout ce qu’ils encaissent est pris sur le revenu des capitalistes ou le salaire des travailleurs.
Voilà qui paraît devoir soulever une difficulté. En effet, parmi ces professions, il en est beaucoup ( enseignants, médecins, chercheurs scientifiques, acteurs, artistes et autres) dont les membres, tout en produisant uniquement des services, ne se trouvent pas moins en situation d’employés et rapportent du profit à l’entrepreneur qui leur donne de l’ouvrage. C’est pourquoi celui-ci considère comme productif ce travail qu’il a payé et qui lui a permis de réaliser un profit, de valoriser son capital. Pour la société cependant, ce travail reste improductif étant donné que le capital ainsi valorisé représente une certaine part de la valeur et de la plus-value créées dans la production. De même, en ce qui concerne tant le capital commercial et le capital bancaire que les employés de ces deux secteurs : en ce cas également, du surtravail est produit et du capital valorisé, bien que les salaires et les profits afférents à ces branches soient nécessairement prélevés sur la valeur et la plus- value créées dans la production ” (Intégration capitaliste et rupture ouvrière , Paul MATTICK edt EDI. Pages 241 et 242)
Je suis ici tout à fait en accord avec P Mattick qui fait bien la distinction entre le prolétariat force politique et le prolétariat créateur de valeur et donc d’accumulation du capital, les salariés du tertiaire sont certes des prolétaires, mais ils ne sont pas créateurs de plus-value, ce que Marx confirme ci-dessous.
“ par conséquent, des frais qui renchérissent le prix de la marchandise sans lui ajouter de la valeur d’usage, qui appartiennent donc pour la société aux faux frais de la production, peuvent être source d’enrichissement pour le capitaliste individuel. Ils n’en conserve pas moins un caractère d’improductivité , puisque le supplément qu’ils ajoutent au prix de la marchandise ne fait que répartir également ces frais de circulation. C’est ainsi que les sociétés d’assurances répartissent sur l’ensemble de la classe capitaliste les pertes des capitalistes individuels ; ce qui n’empêche pas les pertes ainsi compensées d’être et de rester des pertes au point de vue du capital total de la société. ” ( Le Capital T2. Chap. vI page 138 édt .de Moscou.
C’est pour cela d’ailleurs que les trois tomes du Kapital se découpent ainsi , le Tome I procède à l’anatomie de la sphère de production origine de la plus value, le tome II de la sphère de circulation naissance et développement du capital financier, et le tome III qui analyse le capital total.
- Sur le terrain de la lutte de classe.
Sur le terrain de la lutte des classes, cette distinction entre travailleur productif et improductif n’ a pas beaucoup d’importance, puisque je le répète est prolétaire celui qui n’a que sa force de travail à vendre, et le sens ancien de prolétariat est celui qui produit des enfants, qui reproduit sa classe. Mattick à donc raison de dire :
“ L’existence du taux de profit moyen, que la concurrence établit en fonction de l’offre et de la demande, fait qu’il importe peu au capitaliste que son capital soit investi dans la production, dans la circulation ou dans les deux sphères à la fois. Le problème du travail productif et du travail improductif ne se pose pas pour lui. Pas plus les travailleurs ne se demandent s’ils sont employés de manière productive ou improductive. Dans un cas comme dans l’autre, en effet, leur existence dépend toujours de la vente de leur force de travail. ” (Intégration capitaliste et rupture ouvrière , Paul MATTICK edt EDI. Page 242)
Mattick fera donc toujours cette distinction, entre le prolétariat vu comme créateur de plus value (anatomie du capital et de l’accumulation capitaliste) et le prolétariat au sens politique, celui qui achèvera le vieux monde, la grande majorité des prolétaires de ce monde.
Il confirmera son point de vue dans le cinquième Chapitre de son dernier livre “ Marsism-Last Refuge of the Bourgeoisie ? ”
“ La pression exercée sur le taux de profit par la croissance disproportionnée du travail non-productif par rapport au travail productif ( c’est-à-dire producteur de profit) ne peut être relâchée que par une croissance supplémentaire de la productivité du travail en général et de celle du travail productif en particulier. Dans l’intervalle, les mouvements du taux de profit affectent les deux couches de la population travailleuse et les placent dans la même opposition objective à la nécessité pour le capital de maintenir sa profitabilité. Ce n’est donc pas le caractère de son occupation qui définit le prolétariat mais sa position sociale de travailleurs salariés. La diminution de la classe ouvrière industrielle sous-entend en fait la croissance de la classe ouvrière en général, compte non tenu du type d’emploi que celle-ci remplit. ” (page 29 edt AB IRATO , de la pauvreté et de la nature fétichiste de l’économie.)
Nous avons selon moi, deux tendances révisionnistes, l’une que nous venons de voir avec Camatte consiste à réduire le prolétariat à sa fraction productrice de plus value (Thèse classique du PCF) et donc de diviser le prolétariat , même tendance avec la théorie de l’aristocratie ouvrière qui n’est qu’un épiphénomène.
L’autre tendance consiste à gommer progressivement la distinction entre la sphère de production et la sphère de circulation et de nous présenter un prolétariat socialisé sous le vocable de travailleur collectif. Ainsi tout salarié qui vend sa force de travail devient par cette généralisation un créateur collectif de plus value. Comme nous le verrons, le travailleur collectif se rapporte au produit créé, produit social, quant à la plus value elle implique un rapport déterminé entre l’acheteur et le vendeur de travail. Le travail productif, en tant que produisant de la valeur, est donc toujours, vis-à-vis du capital, le travail de la force de travail individuelle.
A propos du travailleur collectif.
Dés la “ Misère de la Philosophie ”, Marx commence à nous parler du travailleur ou de l’atelier collectif dans l’entreprise capitaliste à la différence du travailleur individuel de l’économie parcellaire, artisanale et paysanne. Des que l’on passe de la coopération à la manufacture, Marx parle de travailleur collectif de la manufacture (Cap.T 1 page 368 édt Moscou.). Nous voyons donc que le travailleur collectif n’est pas un phénomène moderne, ni le produit du passage de la domination formelle à la domination réelle.
“ La machine entre les mains du capital crée donc des motifs nouveaux et puissants pour prolonger sans mesure la journée de travail ; elle transforme le mode de travail et le caractère social du travailleur collectif, de manière à briser tout obstacle qui s’oppose à cette tendance.... ” (Cap.T 1 page 390, édt Moscou.)
La machine en simplifiant le travail, va engager un élargissement de ce travailleur collectif qui n’est plus dans la phase de domination réelle restreint à l’entreprise puisqu’il devient facilement interchangeable et qu’il apprend en quelques mois un travail simple le plus souvent de surveillant de la machine. De ce fait Marx y voit un changement dans la composition du travailleur collectif ( femmes et enfants doivent travailler).
“ La subordination technique de l’ouvrier à la marche uniforme du moyen de travail et la composition particulière du travailleurs collectif d’individus des deux sexes et de tout âge .... ” (Cap.T 1 page 405 édt Moscou.) “ A partir du moment, cependant, où le produit individuel est transformé en produit social, en produit d’un travailleur collectif dont les différents membres participent au maniement de la matière à des degrés divers, de prés ou de loin, ou même pas du tout, les déterminations de travail productif, de travailleur productif, s’élargissent nécessairement. ” (Cap.T 1 page 481 édt Moscou.)
La question est ici posée, jusqu’ou va cet élargissement ?
Nous savons que les industries modernes exploitent maintenant dans le monde entier ce travailleur collectif, les barrières nationales ne résistent plus au découpage de l’exploitation planétaire. Ici on fait le moteur d’une automobile, la bas les batteries, ailleurs le montage... Phénomène auquel il faut ajouter l’explosion de l’immigration.
Ceci étant, le travailleur collectif ne saurait gommer la distinction entre la sphère de production qui est son domaine d’évolution et la sphère de circulation qui ne produit pas de plus-value et donc se poser la question de savoir si un travail de surveillance est productif de plus-value ou pas, se rapporte à cette distinction. Dans la sphère de production le travail de surveillance ou de maintenance robotique ou machine à commande numérique est créateur de plus-value. Dans le tertiaire sphère de circulation, ce même travail de surveillance et de maintenance (souvent informatique) rapporte du profit et en se sens valorise le capital de l’employeur, mais il ne créé pas de plus-value ( profit et plus-value ne sont pas la même chose).
“ En tant que productif de valeur, (dit Marx) le travail reste donc toujours le travail de l’individu, mais exprimé en termes sociaux. Le travail productif, en tant que produisant de la valeur, est donc toujours vis-à-vis du capital , le travail de la force de travail individuelle, quelles que soient les associations que les ouvriers puissent former dans le processus de production...
Tandis que le capital représente vis-à-vis de l’ouvrier la force productive sociale du travail, le travail productif de l’ouvrier ne représente jamais , vis-à-vis du capital, que le travail de l’ouvrier individuel ” (Théories sur la plus-value,I, p.356-365 histoire des doctrines économiques)
Pour terminer, Marx intervient souvent pour affirmer que les travailleurs payés par les impôts “ les fonctionnaires ” sont des improductifs. La question que je me pose et que je lance en débat, que faut il penser des aides de l’état au patronat pour financer les 35 h aides pour la loi Robien sur 7 ans et 5ans pour la loi Aubry. IL s’agit d’un financement par l’état d’une partie du salaire de chaque salarié de l’entreprise.
FIN
1 “ Le mode capitaliste de production diminue les frais de transport pour chaque marchandise prise à part, en développant les moyens de transport et de communication, ainsi qu’en concentrant le transport, en agrandissant l’échelle. Il augmente la fraction du travail social, d’abord en convertissant en marchandises la grande majorité des produits, ensuite en substituant aux marchés locaux les marchés éloignés. La circulation, c’est-à-dire la course effective des marchandises dans l’espace , est résolue par le transport. D’un coté, l’industrie des transports constitue une branche autonome de production , et par conséquent une sphère spéciale de placement du capital productif ; d’un autre côté , elle se distingue en ce qu’elle apparaît comme la continuation d’un procès de production à l’intérieur du procès de circulation et pour lui. ”. ( K. MARX le Kapital T 2 édt Moscou p 152 )

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