Publié le 28/10/2025
video- https://www.youtube.com/shorts/7Bbh8otZvmk
Népal, Maroc, Madagascar, Indonésie, Pérou… ces derniers mois
et semaines, des manifestations monstres, des émeutes ou même des
chutes de régimes ont eu lieu dans différents pays du monde et ont
fait souffler un vent qui ranime nos plus vifs espoirs !
En
Indonésie, l’indignation montante aux privilèges des élites sur
fond d’austérité a basculé quand le 28 août, les flics ont tué
un jeune lors d’une manifestation à Jakarta puis quand, le 31
août, des vidéos montrant des parlementaires dansants alors qu’ils
venaient de recevoir une allocation logement indécente deviennent
publiques. Les semaines suivantes, des émeutes embrasent le pays,
conduites par le slogan « Indonesia Gelap, Revolusi
Dimulai » (« l’Indonésie est sombre, nous
commençons la révolution »). Des parlements régionaux sont
incendiés, des résidences de ministre pillées. La répression
terrible, ayant mobilisé police et armée, qui a conduit à des
dizaines de morts et de disparus, a depuis réussi son objectif
d’intimidation… le mouvement avait aussi la particularité
d’avoir comme symbole le drapeau de One Piece, ce manga
sur les pirates et leur soif de liberté, un symbole repris ensuite
du Népal à Madagascar en passant par le Pérou.
Au Népal, le
souffle du mouvement qui dénonçait à la base le népotisme et les
privilèges de la caste dirigeante a été destructeur. Le 9
septembre, après des semaines d’affrontements à Katmandou ayant
mené à plus de 70 morts, les manifestants ont envahi le Parlement
et les résidences de plusieurs membres du pouvoir, dont celle du
premier ministre, et les ont brûlé de fond en comble ! Car on
ne s’arrête jamais en si bon chemin, les sièges du Parti
Communiste Népalais (marxiste-léniniste, le parti au pouvoir) et du
PCN (de l’opposition maoïste, qui appelait les manifestants à
être pacifiques), et du Congrès népalais, sont vandalisés par les
émeutiers, et la prison du district de Kailali est attaquée puis
incendiée, permettant à tous les détenus de retrouver la
liberté !
Au Maroc, c’est la mort de 8 femmes après leur
accouchement par césarienne à Agadir en raison du manque de moyens
du secteur sanitaire marocain, qui a mis le feu aux poudres. Dès les
premiers jours de manifs, le pouvoir a réprimé en interpellant ou
en tabassant en masse tout contestataire, mais les révoltés ont
continué de déferler dans les rues.
Récemment, le collectif
GenZ 212, une des façades du mouvement, a annoncé que les manifs ne
remettaient pas en cause les fondements de l’autorité royale,
qu’elles se devaient de rester pacifiques et que les appels
cesseraient momentanément suite aux promesses de réformes du roi
Mohammed VI (alors qu’au même moment, la justice condamne à tours
de bras nombre de contestataires par des peines de plusieurs années
de prison)
On ne nous la fera pas ! Les jeunes marocains qui
sont allés dehors, qui ont enflammé les rues, qui ont détruit les
comicos, ceux qui se sont fait flinguer en tentant de prendre
d’assaut des postes de police pour prendre armes et munitions, ceux
qui ont blessé plus de 300 policiers, n’étaient en rien
pacifiques et n’avaient sûrement pas qu’en tête d’améliorer
le service public !
A Madagascar, les manifs et appels à la
grève sont partis de l’exaspération provoquée par les coupures
d’eau et d’électricité imposées à la population et se sont
étendus à une remise en cause généralisée du pouvoir en place,
alors que l’île connaît une pauvreté massive. Le pouvoir a réagi
comme il sait si bien le faire : lacrymos, tabassage, tirs à
balle réelles…. Dans les jours suivants, malgré les morts et le
couvre-feu, le mouvement s’intensifie et des pillages massifs se
déclarent : supermarchés, commerces, banques, hôtels … tout
y passe, malgré les appels au calme des démocrates !
Au
Pérou, c’est aussi un système généralisé de corruption du
pouvoir et des nouvelles réformes sur les retraites, qui est
dénoncé, principalement par les étudiants. A Lima, les
manifestations ponctuées d’affrontements violents avec les forces
de l’ordre, de cocktails molotovs et de tentatives d’invasion du
Congrès se répètent ces dernières semaines. Le 10 octobre, la
présidente Dina Boluarte a été destituée, ce qui n’est « qu’une
étape » selon nombre de révoltés.
Si les revendications
explicites de ces mouvements parlent de justice sociale, de lutte
contre la corruption ou contre la mauvaise gestion des services
publics, nous ne pouvons que voir dans toutes ces protestations une
remise en cause générale des conditions de vie qui sont imposées
aux exploités de ce monde. Partout, ce qui est attaqué c’est
l’État et sa bureaucratie, c’est le personnel politique (même
celui qui se revendique historiquement « révolutionnaire »
tel que les ersatz staliniens des différents Parti Communistes comme
au Nepal) , c’est la bourgeoisie qui s’enrichit sur le dos des
exploités, c’est la misère par les salaires dérisoires ou le
chômage forcé, c’est les restrictions et le manque de ressources,
c’est les flics qui protègent les exploiteurs à coups de
matraques et de fusils, c’est le manque de perspectives futures
dans ce monde de merde.
On peut déceler aussi une force
anti-politique qui sous-tend en partie ces manifestations. Dans
plusieurs de ces mouvements, comme au Népal, c’est le monde des
politiciens en général, toutes orientations confondues, qui fut
attaqué pendant un temps. C’est l’enrichissement généralisé
de tous les bourgeois et des dirigeants qui fut remis en cause, comme
en témoignent les attaques du Parlement ou des résidences de
parlementaires. Pourtant, nous pouvons voir que les sirènes
démocrates et leurs sempiternelles promesses de réformes,
d’apaisement, de répression judiciaire des anciens décideurs,
fonctionnent malheureusement toujours aussi bien. Au Népal, une
nouvelle Première ministre a été choisie sur Discord (qui avait
été un outil décisif dans le mouvement) après la chute du
gouvernement, au Maroc les réformes promises par le roi ont mis en
pause le mouvement, en Indonésie le mouvement est fini en attendant
les aménagement promis, à Madagascar un technocrate a été nommé
Premier Ministre, et au Pérou les oppositions en ont profité pour
destituer la présidente, en attendant sûrement de prendre la place
et régner à leur tour…
Le capitalisme et l’Etat, comme des
serpents qui muent mais ne meurent pas, savent se réinventer
constamment pour récupérer les espoirs les plus farouches et les
intégrer. A tout prix, nous devons nous interroger sur les raisons
qui permettent si facilement à la démocratie de récupérer des
révoltes si offensives matériellement et de pouvoir réinstaurer
une autre autorité qui ne changera rien à rien.
Soit-dit en
passant, il est étonnant qu’en France, il y ait plus d’intérêt
pour des députés en représentation médiatique sur des bateaux
pour leur carrière que pour des gens qui attaquent leurs propres
députés.
De l’Indonésie et du Népal à partout ailleurs, que
vive la révolte contre le vieux monde !
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